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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 23:47


Minuit, 2011. 188 pages.

 

 

 

Prologue

Claire, une jeune femme de 24 ans remonte l’avenue Niel ( dix-septième arrondissement) en vélo pour rejoindre son ami Antoine, elle est excitée à l’idée d’aller au théâtre ce soir.

Le récit commence à la troisième personne, et glisse au monologue intérieur avec des bribes de dialogue s’intercalant sans que l’on s’en aperçoive tellement c’est bien agencé.

 

Claire se dépêche, pourtant elle n’aime pas Antoine avec qui elle ne partage pas grand-chose

 «Lui qui n’y va que pour me faire plaisir et bouge tout le temps ou s’endort… il est exactement comme papa… Vingt-cinq,  il peut attendre. J’irai seule au théâtre et je vais lui offrir son DVD de merde, tiens, grande et généreuse, si  si, je te l’offre, ça me fait plaisir, j’ai gagné au loto tu savais pas ? »


Claire a gagné un peu d’argent au loto, et sa grand-mère lui a fait la morale

 «  Elle qui roule sur l’or sans jamais avoir eu  à gagner un sou de sa vie, comme maman et toutes ces bonnes femmes qui ont tiré le gros lot rien qu’en… et moi, si j’épouse Antoine, si… mon gros lot, lui, mon… ? »

 

Pourtant, Claire est heureuse , elle rêve

offrant son visage au soleil, éblouie par quelque chose de beaucoup  plus grand que l’excitation de se rendre seule au théâtre le vendredi, comme si, sortant d’un bois, elle s’élançait en pédalant au milieu des champs de colza, la lumière et l’odeur et Claas l’attendant les bras ouverts au bout du chemin… Claas, près de la grange où enfin ce serait elle, son tour à elle, enfin…


Et c’est l’accident :

Il a freiné. Elle a senti la masse sombre et chaude se rapprocher et la frôler en grondant sur sa gauche : je tombe, grelots, Anne ma sœur Anne et Claas et Nathalie, maman et  Claas, maman, vrombissement aigu de son cri rouge, orange, bolide, fusée plongeant soudain dans du caoutchouc élastique, puis dur, noir, et tout fut silencieux.

 

Que va-t-il arriver à Claire ? Va-t-elle vivre ou mourir ?

Qui est ce Claas, tombeur de ces dames ?

Pourquoi  le papa de Claire est-il si nul ?

Pourquoi Claire croit-elle devoir faire un mariage d’argent de nos jours ?

 

 

Et voilà la « pièce rapportée » qui entre en scène : Elvire, la mère de Claire, bouleversée, qui voudrait bien se rendre au chevet de sa fille hospitalisée, mais sans rencontrer son mari, ce type arrogant hypocrite et vulgaire,  qui forcément s’y trouve aussi à l’hôpital. Les époux en conflit s’envoient des messages comme autant de flèches empoisonnées ; grâce au portable, Elvire évitera peut-être la confrontation.

Elvire dispose d’un appartement rue Bayen, qu’elle a acheté pour sa fille, elle s’y réfugie et, lorsque la panique la quitte momentanément, plonge dans les souvenirs:

 

Elle a épousé Frédéric vingt-cinq ans plus tôt « elle n’avait attentivement regardé l’homme qu’après avoir entendu le nom : Bohlander, qui, prononcé par Claas, semblait basculer doucement comme un rocking-chair, les accents se déplaçant vers l’avant, la première syllabe était longue, la deuxième lançait la dernière pour en faire un A juste entrouvert…Elvire Bohlander… des milliers de fois répétés avec la diction de Claas dans l’oreille, tandis que Frédéric poussait la balançoire plus haut, toujours plus haut, jusqu’à son père : Pierre Bohlander

«  C’est le nom et le père que j’épouse…ma bague, c’était celle de sa mère, il l’a donnée à Frédéric dans l’écrin original d’un joailler de Vienne...Je lui ai déjà parlé de toi, mon cousin allemand, mon frère, c’est ce que je dis aux gens maintenant pour te situer dans ma vie.

Simplement ça pendant dix ans, le regard aimant du père, une compréhension muette qui passai t aussi dans la voix


Entre Pierre le beau-père aimé à présent mort,  Frédéric le méchant mari, et Claas l’être merveilleux idolâtré, Elvire n’a pas eu la vie facile. Et Claire a été entraînée dans ce désordre.

Une écriture maîtrisée, agréable et souple, attentive aux détails, une exploitation judicieuse du langage familier, des passages poétiques,  un récit qui progresse vite et bien, de monologues angoissés butant sur les mots qui font peur,  en saynètes cruelles et tragi-comique.

On se demande jusqu’à quel point Elvire va devenir lucide ?

 

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commentaires

K


Ah je ne connais pas ce roman, récent (2011). Tu as aimé, finalement?



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L'histoire est assez convenue  mais c'est vraiment bien écrit...



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