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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 20:13

Les-Europeens

Points Seuil, 1993, 236 pages.

 

Il a paru en 1878, c’est l’un des premiers romans d’Henry James, alors âgé de trente-cinq ans.

 

L’auteur met en place  certaines  des constantes de son œuvre : l’opposition entre Nouveau et Ancien monde, les problèmes d’argent et d’ascension sociale.

 

Frère et sœur,  Félix et Eugénie viennent d’arriver à Boston. Américains, ayant toujours vécu en Europe, ils découvrent ce continent pour la première fois.

Sans fortune, Eugénie a dû contracter un mariage « morganatique » en Allemagne. Cela signifie qu’elle a épousé un prince, n’ayant pas elle-même d’origine noble.

Par ailleurs, on soupçonne aussi qu’elle n’est pas mariée légalement, puisque ledit prince veut la répudier. En tous cas, elle a fui cette situation sans issue.

Félix, son jeune frère d’un heureux caractère (comme l’indique son prénom) se définit comme un aventurier ; il a été comédien, chanteur, et maintenant dessinateur, et vit de petits jobs depuis toujours.

Leurs situations précaires les ont amenés à se souvenir de leurs riches cousins américains, dont ils espèrent tirer quelque bonne fortune.  Eugénie, déjà 33 ans, pourrait se remarier correctement…

 

  Les Wentworth vivent en banlieue.

Nous sommes au dix-neuvième siècle et ces banlieues rupines du Massachussetts sont fort agréables à Félix, un peu moins à Eugénie, qui depuis le début du récit se déplaît fort ici.

Il n’est pas facile de se présenter chez des cousins que l’on n’a jamais vus, avec des arrières pensées intéressées,  et de prétendre avoir seulement envie de les connaître, sans pouvoir réellement celer qu’on est  économiquement faible, comparé à eux.

    Les  Wentworth sont une famille austère.Ils  fréquentent l’église assidûment ,n’ont guère d’imagination et vivent tristement une routine ennuyeuse. La jeune fille sur laquelle Félix a jeté son dévolu, est promise à un pasteur plutôt coincé.

 

Habiles, charmants, aptes aux intrigues,  Eugénie et Félix s’invitent, se font héberger, courtisent et se font courtiser.   

Eugénie va se faire appeler «  la Baronne de Münster », et composer un personnage mystérieux, plein de bizarreries. A l’opposé, Félix adopte une spontanéité déjà presque américaine, et annonce pour tout métier «amateur », mot qui va faire effet auprès des Wentworth.

 

«  Je n’ai jamais étudié ; je n’ai pas de formation. Je fais un peu de tout, mais rien de bien . je ne suis qu’un amateur ».

Cela faisait encore plus de plaisir à Gertrude de penser qu’il était un amateur que de penser qu’il était un artiste ; le premier offrait à son imagination des associations encore plus subtiles… Mr Wentworth, lui, l’employait abondamment, car, bien qu’il ne lui fût à vrai dire pas très habituel, il le trouvait commode pour aider à situer Félix qui, jeune homme extrêmement intelligent, actif, apparemment honorable, et cependant sans profession définie, constituait un phénomène gênant. »

 

Il ne cache pas son passé aventurier «  bohème , et pierre qui roule » sachant l’impact que ces mots peuvent avoir sur une jeune fille élevée avec des principes, mais qui s’ennuie est et prête à la romance. Eugénie elle aussi, tente de faire le siège d’un cousin, puis d’un autre

 

les caractères que James prête à cette famille américaine ( naïveté,  générosité, ignorance des usages,  repli sur soi ,  puritanisme ) ne les empêchent pas de loger leurs cousins européens, et de les écouter en dépit de leur méfiance. De nos jours, la connaissance du vaste monde leur aurait moins fait défaut et leur sens de l’hospitalité en eût été amoindri.

Lorsque j’ai lu Daisy Miller ou Les Ailes de la colombe, les portraits des américains tels que les voit Henry James m’ont paru vraisemblables, et ceux-là un peu moins !

 

 

Le séjour d’Eugénie et Félix près de Boston, leurs marivaudages incessants,  ne manquent pas d’intérêt. Il y a beaucoup de parties dialoguées, avec de courtes répliques, bien plus que je n’en ai relevées dans mes précédentes lectures de l’auteur. Des métaphores amusantes et inédites, et des situations cocasses le récit n’en manque pas, mais il n’est pas tout rose, loin de là !

 

 

 L’ensemble est une lecture agréable, sans être aussi intéressant que mes précédentes lectures de James.

 

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commentaires

Eeguab 08/08/2010 17:58



Curieusement j'ai très peu lu Henry James et c'est surtout le cinéma qui me l'a fait découvrir,Portrait de femme,Les innocents,Washington Square.Encore plus curieusement
j'ai adoré le livre de Colm Toibin Le Maître qu lui est consacré.J'ai d'ailleurs écrit une petite chronique là-dessus.



Dominique Poursin 15/08/2010 15:25



Je n'ai vu que "les Ailes de la colombe" de Benoît Jacquot. C'est ce film qui m'a donné envie de le lire!



Dominique 08/08/2010 10:32



En fait je partage les romans de James en deux piles, celle que j'aime : Les papiers d'Aspern, Whashington place, portrait de femme, les ailes de la colombre et ...les romans très très longs et
un peu ennuyeux , les Européens ou les Ambassadeurs, je vois que tu partages un peu ce sentiment, il y a un film tiré du livre qui n'est pas mal du tout et qu'on trouve en DVD



Dominique Poursin 08/08/2010 10:49



"Les Européens " n'est pas très long, mais il en a l'air! Les Ailes de la colombe, je ne l'ai pas lâché une heure de temps!


Mes prochains " James" seront sûrement Washinton Place et Portrait de femme...



keisha 08/08/2010 08:23



Il me semble que c'est Les ambassadeurs que j'ai abandonné... Un auteur que je pourrais lire, mais il a l'air un peu difficile? Tu peux permettre de l'apprivoiser, avec tes billets.


Ah si, j'ai lu de lui une histoire où la jeune fille meurt d'un paludisme contracté à Rome (Daisy Miller??? je ne sais plus)



Dominique Poursin 08/08/2010 10:08



Comme je l'ai écrti c'est dans sa dernière période qu'il est difficile, peut-être parfois incompréhensible, je ne suis pas tombée sur des ouvrages vraiment difficile.


Daisy Miller meurt du paludisme, et ce fut le premier grand succès de James en tant qu'écrivain. Il est de la même période que celui que je viens de chroniquer. Ce sont des oeuvres de jeunesse,
comme on dit, mais tout à fait réussies!


Ceci dit, si après Daisy Miller, on n'a pas été enthousiaste, inutile de continuer; il y a d'autres bons auteurs...



mango 07/08/2010 22:06



Je baigne un peu en ce moment  dans la même ambiance avec "Les New Yorkaises de Wharton! J'avais bien aimé le dernier livre lu de James :"Les ambassadeurs" mais il faut s'accrocher
parfois! 



Dominique Poursin 08/08/2010 10:03



Je n'ai encore pas lu Edith Wharton, mais elle me tente...



Lilly 07/08/2010 21:49



J'ai bien aimé les nouvelles de James que j'ai lues jusqu'ici, surtout "Le tour d'écrou" qui est un chef d'oeuvre. J'ai tenté de m'attaquer à ses romans avec "La Source sacrée" en juin, j'ai
lâché l'affaire aux deux tiers du livre, lassée de ne rien comprendre. J'ai l'impression qu'Edith Wharton est plus pour moi que son mentor...



Dominique Poursin 08/08/2010 10:02



J'en ai lu plusieurs, des romans et des recueils de nouvelles. En général, c'est plaisant intelligent, ironique...  en langue originale,  j'ai lâché " Maisie" , je ne comprenais
décidément pas!


Le Henry James de la dernière période( que je n'ai abordé qu'avec la Coupe d'or) est souvent difficile en effet, il multiplie les allusions, tourne autour du pot, s'abandonne aux disgressions.


Il faut le lire dans sa période "intermédiaire" ( celle du Tour d'écrou des Dépouilles de Poynton, des Papiers d'Aspern)



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