Actes-sud Babel,1987 ( 1ere publication en 1981), 286 pages.
Ce roman est le premier d’une trilogie s’intitulant « le livre de Tora ».
Tora est un enfant norvégienne, vivant sur une île au climat rude, très froid l’hiver, pas chaud l’été, balayée par de fréquentes tempêtes. Elle vit avec sa mère Ingrid et son beau-père Henrick dans une demeure délabrée « la maison des mille » où habitent également une famille de sept enfants et un célibataire. Tous sont pauvres, vivent de la pêche, soit en mer , soit pour procéder au conditionnement.
Ingrid a eu Tora pendant la guerre avec un soldat allemand, ce qui vaut à le fillette d’être fréquemment traitée de boche. Mais ce n’est pas le pire.
Le livre débute par le mot « Péril »
« Le péril : elle n’aurait pu dire à quel moment elle en avait pris conscience. Mais ça avait été longtemps après s’être installée dans la petite arrière-cuisine que sa mère lui avait attribuée pour qu’elle ait sa chambre bien à elle. Mais une chambre à soi, c’est une pièce que l’on peut fermer à clef lorsqu’on le juge nécessaire. Et Tora n’a pas de clef. Dès lors, tous les manquements sont permis avec ce monstre qu’est son beau-père.
Tora n’osera jamais en parler, même si le péril augmente, et même pas à sa tante Rakel, qu’elle estime davantage que sa mère, même pas à d’autres rares personnes qui se montrent bienveillantes à son égard. Elle n’a confiance en personne. Henrik est trop bien toléré dans le pays, et trop violent aussi.
Il est vraisemblable qu' Ingrid se refuse à son exécrable époux, raison pour laquelle il abuse de Tora. Donc cette situation arrange la mère, qui préfère ne rien voir.
Abandonnée à son terrible sort, Tora s’enferme dans l’imaginaire, a des visions qu’elle tente de rendre idylliques…
Le lecteur devine beaucoup de non-dits à travers l’histoire de cette fillette martyre, de ces familles dont les conditions de vie précaires sont décrites par le menu. Des vies entières de labeur exténuant, très mal payé, peu de pauses, peu de loisirs, une nourriture frustre et rationnée, peu de chauffage, des vêtements usés que l’on retaille sans cesse pour en faire de nouveaux.
L’aspect documentaire de cette fiction, est d’un intérêt remarquable. Le romanesque est évité. La vision du monde de Tora mi réaliste, mi surnaturelle, est parfois originale ( descriptions de moments de bonheur fugitifs ou d’horreur extrêmement longs) mais le plus souvent désespérante.
Vais-je lire les autres tomes ? Pas sûr... ces lectures sont tout de même éprouvantes, et la suite ne laisse rien présager de nouveau. Mais je suis content d'avoir lu cette auteure.
commenter cet article …