Flammarion, 2012, 454 pages
Paul Steiner quarante ans , écrivain, résidant en Bretagne, face à la mer, séparé de sa femme Sarah, temporairement espère-t-il, Porté sur la bouteille, atteint de temps à autre d’une Maladie que l’on identifie comme un genre de dépression.
Son frère François, vétérinaire dans la région parisienne, lui enjoint de venir voir ses parents à V. dans la banlieue sud, car leur mère vient d’être hospitalisée suite à une fracture du col du fémur.
Paul ne va presque jamais dans cette banlieue où il a passé ses enfance et adolescence. Depuis cette époque, il a fait du chemin. Il ne renie pas le milieu modeste dont il est issu, et dont il a souvent parlé dans ses livres, mais ne sait comment s’adresser à son père et à son frère, et redoute de rencontrer ses anciens amis de là-bas. Là-bas, c’est la cité ouvrière, puis les petits pavillons un peu plus vivables, mais une ville fantôme rien qui ressemble à un lieu où l’on vit vraiment.
Paul a changé de milieu social, mais il ne se sent bien nulle part, ni chez les intellectuels, ni chez les ouvriers, ni dans la petite bourgeoisie… d’ailleurs adolescent déjà, il préférait le cinéma de minuit aux virées entre copains pour voir des « blockbusters » , la littérature au journal l’Equipe, écoutait ses musiques préférées en cachette de tout le monde… en dépit de ses différences, il était et est toujours avide de contacts humains…
le paradis pour lui, c’est une plage bretonne par grand vent, et la ville de Kyôto au Japon. Justement, au Japon, c’est la catastrophe :la centrale nucléaire de Fukushima est fort mal en point.
Pendant quelques temps, Paul va toutefois affronter son passé, ses père et frère, tendance droite décomplexée, ses anciens camarades, aux prises avec le chômage, la précarité sociale sous toutes ses formes, la pauvreté quelquefois. Tous lui en veulent : ce dont il parle dans ses livres, il ne le vit pas vraiment, lui c’est un planqué derrière son ordinateur dans sa belle maison. Pour son frère et son père, c’est encore pire : à leur yeux, écrire des livres et en parler ne revient qu’à faire le malin… Paul a toujours été irresponsable, c’est bien connu !
Du côté des femmes, d’autres problèmes l’attendent : un secret de famille que sa mère lui dévoile, son ex-amie de lycée Sophie qui semble vouloir lui tomber dans les bras après vingt ans de silence ! Paul ne se méfie pas et tombe dans plusieurs pièges.
Voilà un roman foisonnant à plusieurs entrées : le meilleur est la description sans fard des situations de ses anciens amis restés en banlieue se débattant dans des situations difficiles. Intéressant aussi est le malaise des retrouvailles avec les amis rencontrés, les difficultés de contact bien rendues. Les descriptions de la nature sont bonnes aussi, en particulier la Bretagne, les Côte d’Armor, plus précisément. Le moins bon c’est une certaine complaisance dans le malheur que Paul étale à l’envi, des longueurs lorsqu’il veut fustiger l’attitude de certaines personnes, exagérant parfois le trait jusqu’à la caricature. Les récits concernant sa femme et son amie érotomane sont un peu trop romanesques.
A sa place je ne me comparerais pas à Annie Ernaux : car leurs écritures sont complètement différentes. Adam recherche l’amplitude, le souffle, le lyrisme ( et les trouve parfois) tandis qu’Annie Ernaux recherche la sobriété.
On ne peut nier cependant qu’Olivier Adam écrive bien mieux que dans le précédent livre que j’ai lu de lui (Falaise).
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