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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 23:52

invisible

Actes sud mars 2010, 291 pages.

 

    Adam Walker, vingt ans, étudiant à l’université de Columbia, rencontre au cours d’une soirée où il s’ennuie, Rudolf Born et son amie Margot, Ils sont trentenaires, Rudolf est déjà professeur, Margot énigmatique femme en noir est sa compagne.

 

Adam étudie la poésie des troubadours provençaux du Moyen-âge et trouve intéressant voire révélateur, que l’homme porte le même nom qu’un de ces poètes,  Bertrand de Born.

 

     Mais Bertrand de Born n’était pas un poète du  fin’amor : c’est la guerre qu’il chantait. Dante l’a envoyé en enfer, dans l’un des Cercles les plus douloureux.

De fait, Rudolf Born, pendant cette soirée, professe des idées d’extrême-droite, qui ne peuvent que choquer le jeune Adam…

 

     A la fin de la soirée, pourtant, l’étudiant et le jeune professeur se sont si bien entendus que Rudolf a proposé à Adam de lui assurer son avenir, en finançant un magazine dont il serait le rédacteur en chef. Deux jours se passent, il lui a signé un gros chèque et il s’efface opportunément à Paris, tandis que Margot lui offre son corps et ses repas succulents…

 

 

Qu’est-ce qu’ils me veulent ?  pense Adam, dans ses instants de lucidité.

 

Rudolf sait trop de choses sur lui ! À quoi doit-il sa bonne fortune, et comment pourrait-elle durer ?

 

Il  est tombé sur un individu à priori animé d’excellentes intentions à son égard mais énigmatique et  qui se révèle l’une des pires rencontres que l’on puisse faire...

 

 

 

 

Ce récit date de 1967. Trente ans plus tard Adam est au bord de la tombe,  et c’est Jim l’un de ses ancien congénères de Columbia, qui vient  de recevoir son texte.  Avant de mourir,  Adam veut écrire le récit de sa vie, pendant cette année 67 qui décida de toute son existence ultérieure. A son ami, il lègue son premier récit et deux autres, le second écrit à la deuxième personne, le troisième conté par un narrateur omniscient, comme si Adam devait prendre du recul face à des événements éprouvants. Ecrit à la va-vite, car il n'a plus le temps....

 

 

 

 

 

Ce roman est typique d’Auster. On y retrouve ses thèmes favoris, pour commencer le problème de l’antisémitisme.

Adam est juif, et ce titre «  Invisible » c’est son sentiment de devoir se dissimuler.  Sa famille portait un nom polonais imprononçable qui a été anglicisé en « Adam Walker » (idem pour Sid dans La Nuit de l’oracle).

L’un des personnages de cette Nuit, se dissimulait dans un abri anti-nucléaire...dont il ne sortait pas, car Sid ne savait pas comment continuer l"histoire.

 

Ici, guidé si j'ose dire ! par l'invisibilité du titre, nous attendons que plusieurs personnages se rendent invisibles, dissimulant leur véritables personnalité, leurs sentiments, leurs actions leurs motivations.

 

C’est vrai surtout de Born, mais les autres vont se révéler plutôt transparents.

 

 

La pluralité de narrateurs-personnages apporte au roman une apparence de complexité. Ici, nous en avons trois : Jim est en train de lire  le récit d’Adam, qu’au début nous croyons être seulement de lui ; on apprend progressivement à quel point Jim peut et doit l’avoir transformé....

 

Deux écrivains amis, dont l’un recueille le récit de l’autre qui ne peut aller plus loin,  va le mettre en forme, et se faire un devoir de  poursuivre des investigations pour mieux comprendre cette existence qui s'offre à lui : c’est aussi plus ou moins l’intrigue de Léviathan qui est ici reprise. Jim devient une sorte de double d’Adam, et nous allons bientôt comprendre que les textes que nous lisons sont à la fois les siens et ceux d’Adam à qui il aura servi de «  nègre » littéraire, volontairement et par amitié.

 Jim devient narrateur à son tour pour raconter sa réception du récit, les événements qui suivirent, ses recherches ultérieures.

Un troisième narrateur intervient, Cécile, qui clôt l’ouvrage …

 

Ces récits à plusieurs voix  sont fréquents chez Auster.

 

A quoi servent-il dans ce cas ? N’aurait-ce pas été plus simple de donner le récit d’Adam et celui de Cécile, et, pour que nous ayons la version de cette femme,  de faire se retrouver Adam et Cécile ?

 

Encore que la version de Cécile n'étonne pas le lecteur, qui avait compris depuis longtemps le personnage de Born. Et ce qui arrive à Cécile aurait pu tout aussi bien arriver à Adam...!

 

Bref, Auster aurait pu se borner à relater le récit d'Adam, l'année 1967, puis le retrouver plus tard pour une ultime confrontation peut-être plus décisive que celle qui oppose la narratrice Cécile à Rudolf Born. Cécile reste un personnage secondaire dont on n'attend pas grand chose. Je ne vois pas l'intérêt d'avoir rendu Adam incapable de continuer sa narration.  Le fait que sa soeur nie une partie de son récit la concernant ne m'a pas intéressée non plus. Cette soeur, belle, brillante, surdouée, nous-dit-on,  n'a rien de surprenant dans les mots...

 

D'autres personnages ne tiennent pas leur promesse, notamment Margot, qui s'avère n'être rien de plus que ce qu'elle paraissait au départ...

 

 

Auster cherche à déconcerter le lecteur.

Ce n'est pas nouveau, et l'on aime bien qu'il nous "perde" ainsi.Si  le jeu en vaut la chandelle... je ne suis pas sûre que ce soit le cas dans ce nouvel opus.

 

 

Le thème de l’inceste,  je ne me souviens pas de l’avoir déjà rencontré chez Auster ( mais je suis loin d’avoir tout lu de lui). Remarquons aussi les descriptions d’actes sexuels frénétiques, et l’importance qu’Adam accorde à la sexualité.  Ces descriptions ne sont pas ce que j’ai préféré dans le roman ; je ne les ai pas trouvées originales. Peut-être n'est-ce qu'un début, et allons nous découvrir un Auster plongeant dans l'érotisme, sur le tard. Je doute qu'il y excelle...

 

 

 

 

 

Narration, description et dialogues sont pourtant bien équilibrés.

Les parties plus anecdotiques du récit concernant la vie quotidienne des personnages sont étonnamment justes. Notamment, j’ai aimé la façon dont Adam Walker relate son expérience de magasinier dans une bibliothèque universitaire. Pour  avoir connu moi-même une pratique similaire, je ne peux que saluer la remarquable pertinence du propos.

 

Dans  l’ensemble ce roman est  mieux construit   que «  Seul dans le noir », plus cohérent, dans la mesure où le fil conducteur est le personnage  de Rudolf Born, fil qui n’est jamais perdu de vue.

 

Bonus!  trois extraits d'Auster façon érotique :

 

1) Margot dévêtue révélait sa minceur presque sa maigreur, de petits seins d'allure adolescente, des hanches menues, et des bras et jambes nerveux.Une bouche pulpeuse, un ventre plat au nombril légèrement protubérant, des mains tendres, un buisson touffu, des fesses solides et une peu d'une blancheur extrême... Margot était si au fait de l'art de mordiller, de lécher et d'embrasser, si peu réticente à m'explorer des mains et de la langue, à attaquer, à se pâmer, à se donner sans coquetterie ni hésitation qu'il ne me fallut pas longtemps pour me laisser aller.

 

 

 

2) Gwyn la soeur d'Adam déclare : j'adore le corps des hommes, et j'éprouve une affection particulière pour cette chose qu'ils ont que les corps féminins n'ont pas. Etre avec une femme est assez agréable, mais ça n'a pas la force d'une bonne vieille culbute hétéro à l'ancienne.

 

3) ... elle trouve fascinante la toison qui est apparue sur ta poitrine et considère avec un intérêt inlassable la mutabilité de ton pénis : membre inerte et ballottant tel que le décrivent les manuels de biologie, titan phallique dressé de toute sa taille à l'acmé de la bandaison, petit être rétréci et épuisé lors de la retraite post-coïtale. Elle qualifie ta bite de spectacle de variété... emportée par la monte de l'orgasme, elle a tendance , toutefois, à revenir aux utilités contemporaines, recourant pour exprimer ce qu'elle ressent aux mots les plus simples et les plus crus du lexique. Con, chatte, baise. Baise-moi, Adam. Encore et encore... pendant un mois entier tu vis en captif de ce mot, prisonnier volontaire de ce mot, incarnation de ce mot.

 

 

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commentaires

praline 19/04/2010 22:39



Moi j'ai apprécié ce roman, même s'il reprend des vieilles ficelles. Bon l'érotisme, c'est pas ça...



Dominique Poursin 20/04/2010 18:59



Je me laisse facilement entraîner par Auster, même quand il n'est pas à son meilleur niveau.


Pour l'érotisme, il en esr encore  à ses débuts. Peut-être sera t'il plus inspiré la prochaine fois.



Ys 16/04/2010 22:57



Ce livre est dans ma PAL depuis peu. Je compte un peu sur lui pour me réconcilier avec l'auteur, avec un peu de sexe, pourquoi pas...



Dominique Poursin 19/04/2010 12:15



C'est difficile de réussir de bonnes scènes de sexe... Auster n'y parvient pas vraiment, mais tout de même, son propos est très supportable.



Mango 14/04/2010 00:11



Bien qu'ayant deux titres chez moi de cet auteur, je ne l'ai pas encore lu!  Ton résumé éveille ma curiosité!  Bien que tu ne considères pas ce livre comme son meilleur, l'histoire me
plaît mais beaucoup moins, en revanche,  les phrases érotiques plutôt lourdes à mon goût! 



Dominique Poursin 14/04/2010 19:51



Il vaut le détour je t'assure! Mais je l'ai déjà assez lu pour me rendre compte qu'il est assez inégal. Lis ce que tu as, et donne-nous tes impressions !



Sibylline 11/04/2010 20:24



Ah oui, moi aussi je trouve que "Moon Palace" est l'un des meilleurs, pour ne pas dire LE...



Dominique Poursin 12/04/2010 10:35



Je ne passerai pas l'année sans l'avoir lu!



Bénédicte 11/04/2010 18:41



je ne connais pas du tout cet auteur que je n'ai encore jamais lu



Dominique Poursin 12/04/2010 10:35



Pas grave! je l'ai lu à plus de quarante ans la première fois. Si Auster figure malgré tout dans les premiers pour mon carnet de bal, c'est une fréquentation d'âge mûr.



dasola 11/04/2010 15:43



Bonjour Dominique, alors comme ça, Auster écrivain érotique?. Depuis que j'ai eu LA signature du grand homme, j'ai mis le roman sur le dessus de ma PAL. D'Auster, j'avais surtout aimé ses
premiers romans: la trilogie new yorkaise (entre autre). Après, j'ai un peu laissé tomber. Et c'est vrai que je l'imagine mal dans les descriptions érotiques. Il est tellement cérébral... Bonne
après-midi.



Dominique Poursin 12/04/2010 10:26



J'aurais dû mettre un extrait de ces fameuses pages pour qu'on s'en fasse une idée. Je vais peut-être le faire.


J'ai lu plusieurs romans de lui, mais je suis loin d'en avoir fait le tour. Anna Blume, La Nuit de l'oracle, et l'Invention dela solitude m'ont laissé un bon souvenir.



keisha 11/04/2010 15:35



Justement il ferait mieux de continuer à écrire comme il sait le faire... Moon palace est un de ses anciens, j'en ai un souvenir vague...



Dominique Poursin 12/04/2010 10:31



J'aurais dû écrire un extrait de cet érotisme tout neuf! je vais peut-être le faire...


Je ne sais pas citer, je tombe toujours sur de mauvais textes qui n'illustrent jamais ce que je veux montrer... je les fais trop longs ou trop courts, bref! la citation c'est un art!


 


 



keisha 10/04/2010 09:40



Je viens de lire ce roman , ce n'est pas le meilleur d'Auster à mon goût (mais je note que je dois lire Leviathan et la nuit de l'oracle!), il me semble aussi qu'Auster se lance pour la première
fois (?) dans les descriptions érotiques, franchement on pouvait s'en passer. Reste quand même une histoire qui tient le lecteur en haleine, et beaucoup de questions à la fin.



Dominique Poursin 11/04/2010 10:57



Pas originaux du tout ses débuts dans l'érotisme!


C'est un roman moyennement intéressant qui se lit bien.


Mon prochain à lire, c'est Moon Palace...



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