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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 09:18

Moon Palace

 

LP, 317 pages, 1990

 

Citation en exergue «  Rien ne saurait étonner un américain »

                                                            Jules Verne «  De la Terre à la Lune ».

 

Marco Stanley Fogg nous fait le récit de sa vie de 1965 à 1972 .

De dix-huit ans lorsqu’il arrive  à l’université Columbia à NY pour y commencer ses études jusqu’à vingt cinq ans où nous le trouvons dans un lieu fort différent ,et de toutes autres dispositions , il connut  une période qui s’avéra capitale pour son initiation.

Ce récit est tout entier résumé dans le premier paragraphe du roman qui fonctionne comme une longue quatrième de couverture.  Cette présentation laisse à penser que le roman est bien structuré. Inversement, pendant la lecture , nous aurons l'impression d'une errance sans fin.

Lisons donc attentivement ce premier paragraphe, afin de n'être pas trop dérouté  par cette histoire qui comporte sept chapitres très denses, et de fréquentes digressions.

 

A dix-huit ans, Marco quitte son oncle Victor, la seule famille connue qu’il lui restait. L’oncle, un brin désordonné, et aussi rêveur que lui, l’a persuadé que son nom Fogg le même que celui du héros de Jules Verne,  et ses  prénoms Marco Stanley étaient signes du destin :

» D’après lui, cela prouvait que j’avais le voyage dans le sang, que la vie m’emportait en des lieux où nul homme n’avait encore été. Marco, bien entendu rappelait Marco Polo, premier européen à se rendre en Chine. Stanley, le journaliste américain qui avait t=retrouvé la trace du Dr Livingstone au cœur des ténèbres africaines"

Pour commencer son aventure se déroule en chambre : les livres de son oncle rangés dans des cartons de tailles différentes lui servent de mobilier jusqu’à ce qu’il soit forcé de les vendre ( non sans les avoir lus) car il n’a plus d’argent, son oncle est décédé, et il ne cherche pas de travail.

Pourquoi chercher du travail dit Fogg au concierge de son immeuble, je me lève tous les matins, je vis, j'endure ma journée,  et je vais jusqu'au bout de celle-ci,  c'est déjà une tâche importante...

Il a parfaitement raison! 

 Il vit en mangeant très peu, en remuant le moins possible, faisant de sa grande précarité une expérience quasi mystique (Je voulais vivre dangereusement) Il va et vient dans sa chambre à présent vide, s’étend sur son matelas, consigne des réflexions dans son carnet. Il est heureux, parfois. Mais fait l’expérience que nous sommes conditionnés par la matière, car il souffre  de la faim. 

On a souvent dit que les pages dans lesquelles Fogg fait l'expérience de l'inanition étaient inspirées de "La Faim" de Knut Hamsun. Je n'ai pas lu cet ouvrage, mais à  présent j'en ai bien envie.

Expulsé de son appartement, il traîne quelque temps dans Central Park, fouillant les poubelles et regardant les étoiles.

Nous voilà en 1969, deux hommes ont marché sur la Lune «  Depuis le jour de son expulsion du Paradis, jamais Adam ne s’était trouvé aussi loin de chez lui ».

 

Pas vraiment suicidaire, Marco va se remettre et chercher tout de même un emploi : Le voilà au service d’un vieil homme en chaise roulante, Thomas Effing, un vieux despote qui lui conte sa vie ( qu'il appelle sa "notice nécrologique" )que Fogg doit ensuite dactylographier.

En dépit du caractère difficile du vieux monsieur, une relation forte s’établit entre lui et Marco, qui a souffert  du manque de père dans sa vie.

Le vieux monsieur irascible se révèle un être passionnant, et même parfois comique, lorsqu'il tient à se balader dans les rues de Manhattan un parapuie ouvert, sous un soleil resplendissant...

Les récits d’Effing lui plaisent, bien qu’il le soupçonne de mentir, en particulier lorsque le vieux monsieur évoque son passage dans une caverne pleine de bandits de trésors de pillage, qui semble sortir des Mille et une nuits, et d’autres aventures à caractère  plutôt « Robinsonniennes « 

Fogg continue à rêver, encouragé par son mentor» le projet Apollo. Apollon dieu de la musique. L’ouest, la guerre contre les Indiens ; la guerre au Vietnam, jadis appelée l’Indochine. Je me disais : armes bombes explosives nuages nucléaires dans les déserts de l’Utah et du Nevada ; et puis je me demandais Pourquoi l’ouest américain ressemble-t-il tant au paysage de la Lune ? »

Marco apprend à décrire ce qu’il voit dans la rue pour en faire le récit à son patron ; ce dernier prétend être aveugle ( Marco n’en est pas sûr…) et l’oblige à des descriptions minutieuses ;  Ces exercices lui apprennent à écrire !

Ce roman est sympathique car fort optimiste. Faire de pareilles rencontres lorsque vous êtes seul, attaché à la solitude, et indigent, cela relève du rêve ou du conte.

Le héros est agréable le récit parfois poétique, toujours aventureux.

Les histoires s’emboîtent les unes dans les autres. Fogg raconte quelques années décisives de sa vie, Ce faisant, il rapporte l’histoire de la vie de Thomas Effing le vieux monsieur qui en fait son « nègre » en quelque sorte.Son nègre , et davantage encore...

Et la relation de la vie contient aussi celles de Blakelock peintre et ses toiles «  au clair de Lune » , des toiles très étranges, poétiques sans être romanesques qui entraînent une réflexion sur l'art et ses buts; de Samuel Barber, autre personnage qui revêt une grande importance tant pour Effing que pour Marco. Puis viendra la relation du livre de Barber, véritable conte de science fiction…

 

Livre ambitieux, car voulant nous donner la mesure de l’imaginaire américain,   souvent intéressant, parfois poétique, d’une intelligence aigüe, avec des passages comiques.

Mais aussi des longueurs impitoyables. J’ai passé une cinquantaine de pages sur 317, car certaines histoires ne font que répéter les précédentes.  Ce qui est faible dans ce livre, c'est la relation sentimentale avec une jeune chinoise, qui reste bien conventionnelle, mais qui occupe une trop grande part du récit. De même, le personnage de Samuel Barber est...barbant.

 

Dans l’ensemble je m’attendais à apprécier beaucoup plus ce roman. Dès que Fogg en a terminé avec l'excentrique vieux monsieur Effing, le récit m'a moins plu. Le héros semble fluctuant, on sait qu’il recherche son père, à travers ses pérégrinations, mais il ne semble pas pour autant tendre vers un but pour lui-même.

Le roman d’ailleurs, à mon sens ne s’achève pas !

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Published by Dominique Poursin - dans Lectures romans, nouvelles
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commentaires

Nymphette 27/10/2010 11:37



A vrai dire, je garde peu de souvenirs du roman. Mais il m'a profondemment marqué (en tant qu'"objet") car je l'ai lu à un moment très important pour moi à titre personnel et même
intime. Cela confirme ce que nous disons souvent: les livres sonts mes amis, ils m'accompagnent partout, et s'ancrent dans ma mémoire en même temps que les souvenirs. Ta note est très détaillée
et intéressante pour qui veut avoir un avis nourri sur le sujet!



Dominique Poursin 27/10/2010 13:42



Nous n'appréhendons les livres  de façon complètement objective. Le contexte inhérent à ces lectures est aussi important que le contenu et la forme du livre.


Un livre lu fait aussitôt surgir des circonstances de lecture, un cadre, un moment de la vie, uen ou plusieurs personnes qui  ont joué un rôle à ce moment-là! 


De temps en temps, lorsque j'écris un billet, je rappelle ces circonstances. Parce qu'elles peuvent expliquer bien des choses sur l'appréhension de ce livre...


 


Je ne trouvais pas ma note très satisfaisante, tu me rassures!



Manu 20/10/2010 15:57



Comme tu es impitoyable ! Ce roman est mon favori de Paul Auster et j'en garde un fort sentiment. A te lire, je me dis d'ailleurs que je dois le relire !!!!



Dominique Poursin 26/10/2010 21:28



Paul Auster mérite toujours d'être relu!



keisha 20/10/2010 15:24



Lu il y a si longtemps, je devrais le relire! Un bon vieil Auster, même si tu n'es pas enthousiaste? En tout cas, quand je me lance dans un de ses romans, je ne peux le lacher, j'en redemande!
parfois la fin laise un peu étonné, oui, comme dans certains films de Chabrol.



Dominique Poursin 26/10/2010 21:27



Je l'ai bien aimé dans l'ensemble. La fin est "ouverte", pourrait-on dire...



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