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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 19:22

Christian Bourgois, 213.

Publié en 1987 sous le titre « Las Fantasmas »

A Buenos Aires, un immeuble en construction. Un bâtiment pour riches propriétaires, six étages, un appartement par étage. Une piscine au dernier étage. Elle est encore vide. Les appartements manquent en partie de cloisons. Un trou préfigure l’ascenseur. Les escaliers n’ont pas de rampe.

Au dernier étage, vit une famille de Chiliens, les Vinas, un couple avec cinq enfants jeunes et une grande fille de 15 ans, Patri (Patricia). La famille est très pauvre et vit sans aucun confort. Aucun appareil ménager, pas même de frigo ou de lave-linge ne vient soulager Elisa la maîtresse de maison.

Nous sommes le 31décembre, on va fêter la nouvelle année et il fait une chaleur caniculaire. Au sixième étage, c’est pire évidemment.

Les ouvriers du chantier, ainsi que la famille Vinas, y compris les sœurs, et les cousins voient des fantômes à toute heure du jour, dans l’immeuble en construction. Les esprits apparaissent sous la forme d’hommes nus, pâles et couverts d’une substance plâtreuse. Ils naissent dans les endroits les plus invraisemblables. Ils semblent facétieux et serviables ; capables de refroidir une bouteille de vin et d’en améliorer le contenu par exemple si on place une bouteille entre leur main. Ils sont toujours nus et cela pourrait gêner mais nul ne semble en souffrir.

On se doute que ces personnages sont avant tout symboliques ; il n’empêche que c’est déconcertant, non qu’il y ait des fantômes, mais que nul ne s’en étonne, ni ne les craigne.

Elisa la maîtresse de maison, lave les vêtements de la famille avec de l’eau de Javel : cela déteint les vêtements et les abîme. Ce détail m’a attristée, comme si je la connaissais, et je ne sais d’ailleurs pas quelle signification accorder à cela. Imaginer ces personnes arborant tous les jours des vêtements sans couleur….

La journée avance; les ouvriers partent ; les Vinas attendent le reste de la famille pour fêter la Noël sur la terrasse de leur dernier étage. Patri, l’adolescente, vers le crépuscule, voit les fantômes d’une autre façon (comme des hommes) et voilà qu’ils lui adressent la parole…

Le récit, comme la plupart de ceux de l’auteur, présente une situation et des personnages réalistes, avec des détails très précis, et y ajoute une dimension qu’on peut admettre comme surnaturelle (ou non, c’est au choix). Fantasma signifie fantôme aussi bien que fantasme.

L’ensemble se veut un conte philosophique, portant sur les questions fondamentales (l’art, la vie, le rôle de l’art, la destinée) tout cela à travers le vécu d’une adolescente désenchantée, ressentant le « non-construit » de l’immeuble inachevé (trou pour l’ascenseur, cloisons absentes, ouvertures sur le vide, courants d’air, singularités des ombres) comme des insuffisances personnelles.

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