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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 20:22

Bertrand Bonnello 2010

Le film commence « au crépuscule du 20eme siècle » en 1899. L’Apollonide est une maison parisienne tenue par une tenancière qui y loge ainsi que ses deux petites filles, et une douzaine de prostituées. La maison comprends plusieurs étages : au premier, les filles reçoivent les clients, boivent avec eux, font leur travail de séduction. Le premier est un lieu cossu et accueillant. S’y trouve un canapé où se prélasse une panthère noire, appartenant à un client.

Au second Marie-France loge sa famille. Au troisième, les filles subissent le commerce charnel dans des chambres séparées. Au quatrième, il y a un grenier, une salle de bain, des chambres. Les filles se lavent avec application, se revêtent de chemises de nuit blanches et occupent les lits ( à deux ou trois).

Le prologue montre Madeleine ‘la Juive » avec un client. Elle ouvre une boîte contenant une émeraude et s’étonne qu’on lui fasse ce cadeau. Le client la pénètre avec un masque blanc.

Ensuite, on assiste au début de soirée, au premier étage. Chaque fille boit avec son client. Elles sont joliment habillées, bien maquillées, pas vulgaires. Un peu plus jolies que l’ensemble des femmes. Ont l’air accueillantes, mais la façon dont elle tourne leur doigts le long du verre de champagne, et d’autres détails disent combien elles sont lasses.

Madeleine monte avec son client ; elle lui raconte le rêve qu’elle a fait. Il demande s’il peut l’attacher. Elle répond oui (elle est obligée suppose-t-on). Et il lui lacère le visage des deux côtés de la bouche. Madeleine est devenue « la femme qui rit ». Elle ne va plus coucher, et s’occupera de l’entretien de la maison. Le client pervers continue à venir. D’autres sont intéressée par la mutilation. Madeleine sera un jour forcée d’aller dans une partie fine où elle sera humiliée.

Autres péripéties : Julie attrape la syphilis et meurt rapidement. Pauline est une nouvelle venue : elle a seize ans, voudrait se prostituer « pour être libre et indépendante » ce qui fait rire Marie-France. Après quelques semaines (ou mois ?) de pratique, Pauline quittera la maison, surtout lorsque la maladie de Julie sera déclarée.

Les filles enferment Le client avec la panthère à la fin du film…

L’une des jeunes femmes Clothilde, espérait se faire épouser mais son client la délaisse. Elle se met à fumer l’opium…

Le film est somptueux et la photographie magnifique. La journée que les filles passent au bord de la Seine à se baigner donne l’occasion d’émouvants tableaux impressionnistes. Ce ne sont pas les seuls.

L’ultime soirée de l’Apollonide, le bal masqué du 14 juillet, est également d’une esthétique très travaillée qui diffuse une atmosphère inquiétante. Ainsi que la terrible partie fine…

Bien sûr, c’est un film d’homme, donc il y a de beaux plans sur les corps des filles, pourtant les désagréments du plus vieux métier du monde ne sont pas masqués. De longs plans sur les visages des filles en train de subir l’accouplement, visages impassibles, ennuyés, las, parfois à la limite de l’exaspération, témoignent de leur souffrance. Les longues séances répétitives dans la salle de bain, les montrent se frottant énergiquement avec des produits corrosifs pour contrer la maladie (ou la grossesse) ; ces fréquentes ablutions sont fort loin de ce qu’on appelle « les joies du bain », et ces séquences sont tout le contraire des tableaux genre « femme à sa toilette ».

Les simagrées auxquelles doivent se livrer les jeunes femmes sont fort contraignantes : l’un doit jouer à être un mannequin, l’autre se plonger dans un bain de champagne, une troisième se grimer en geisha… le supplice de Madeleine, son agression, est répétée tout au long du film, avec chaque fois des détails différents ( car elle ne cesse de revivre ce traumatisme et nous avec elle).

Lorsque Samira explique le travail qui l’attend à Pauline, rien là-dedans n’est édulcoré : « tu fais semblant » lui dit-elle, pour expliquer le processus de séduction, et l’obligation de feindre le plaisir, avant de s’étendre longuement sur le déroulement des ablutions.

Les longues matinées au lit lorsque les jeunes femmes récupèrent … et s’ennuient…

Bref ces souvenirs sont loin d’être nostalgiques ! Le film est à la fois esthétiquement beau, émouvant, théâtral, inquiétant, et d’un réalisme implacable. Beaucoup de qualités, et l’on n’est pas loin du chef d’œuvre…

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Published by Dominique Poursin - dans Cinéma
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