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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 00:59
Zadie Smith De la beauté

Gallimard, 2007, 544 pages.

Howard Belsey professeur d’histoire de l’art à Wellington, Massachusetts ; s’attaque à des idées préconçues telle que le génie, l’humanisme, l’idée du beau, en prenant pour exemple Rembrandt dont il veut prouver qu’il n’est qu’un artisan appliqué au service du pouvoir en place. Et rien de plus. Howard a un idéal sévère exempt de toute joie : il combat la figuration en peinture, et de manière générale tout ce qui pourrait donner du plaisir, dans l’art.

Ses théories ont rendu l’atmosphère de la maison quelque peu étouffante. Son fils aîné Jerome s’est même tourné vers le catholicisme ! Il a fait un stage en Angleterre chez Mrs Kipps autre professeur d’université psychorigide, mais celui-là défendant des idées ultraconservatrices. Les deux enseignants se ressemblent dans leurs intransigeances, c’est pour cela qu’ils sont ennemis.

Jerome revient chez lui, malheureux, la fille de Kipps Victoria l’ayant séduit et lâché aussitôt.

Un an plus tard, Kipps déménage à Wellington, pour y enseigner ! Howard et Kipps vont se quereller encore davantage.

En outre, rien ne va plus dans la famille Belsey. Howard a été infidèle à Kiki sa femme, et ils vivent ensemble sans se parler.

Kiki, infirmière sympathise avec Carlene la femme de Kipps : cette personne , femme au foyer, agrippée à des idées démodées, lui semble malade et toujours seule, les siens menant leur vie sans elle…

Pour compléter, j’ajouterai que nous suivrons aussi les trajectoires des enfants Belsey, Zora l’étudiante brillante, Levi le cadet passionné de rap et de slam, Vitoria la fille Kipps qui joue les femmes fatales, Claire, professeur de poésie, Carl un orphelin autodidacte… tous ces personnages sont noirs ou métis, donc en proie à la discrimination raciale ( sauf Howard et Claire qui sont blancs).

Le roman est à la fois psychologique et social, la critique s’exerce sur les universitaires, qui, à partir d’observations pertinentes, fabriquent des idéologies absurdes et mortifères, et dont le sérieux n’empêche pas de tomber dans les bras de la première étudiante bien roulée qui leur fait du charme. L’enseignante de poésie n’est pas épargnée elle non plus, dont on cite des vers ridicules ; tout cela a petit côté David Lodge, et l’auteure très douée pour la satire n’a rien à lui envier. Par ailleurs, le récit a aussi des résonances dramatiques très bien mises en scène.

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 10:40
Benjamin Wood Le Complexe d’Eden Bellwether ***+

Zulma, 2014, 495 pages.

Oscar aide-soignant à Cedarbrook maison de retraite située à Cambridge proche de la célèbre université. Ce garçon de vingt ans regrette de n’avoir pas fait d’études ( sa famille ne voulait pas) et est tout particulièrement attaché à Mr Paulsen, résident de Cedarbrook. ancien professeur à Cambridge. Le vieil homme lui prête des livres et discute avec lui. Un soir après son travail Oscar est attiré par un concert dans la chapelle sur le chemin du retour. L’orgue et le chœur sont tout spécialement attrayants.

Sur les bancs de la chapelle il fait connaissance d’Iris Bellwether jeune fille en 2 eme année de médecine. Ils se plaisent. L’organiste est son frère Eden qui a un don pour la musique.

Bientôt on se rend compte qu’Iris apprécie chez Oscar le fait qu’il soit extérieur à cette population universitaire, et d’un autre monde que ses riches parents et son frère dont la personnalité pose des problèmes.

Eden fait des recherches en musicothérapie. Il se croit capable de manipuler les gens grâce à un système d’hypnose et de pratique musicale. Sa sœur lui sert de cobaye depuis son plus jeune âge. Il a également une petite cour d’admirateurs deux étudiants et son amie Jane, sur qui il compte pour se faire aider. Telles qu’Iris les révèle à Oscar ces pratiques sont perverses : il hypnotise la personne, la blesse physiquement, puis la « guérit ». Il va exercer son pouvoir sur Oscar : malgré son pragmatisme le jeune homme se laisse hypnotiser sans son accord conscient. Il faut dire qu’Oscar commence par idéaliser cette petite coterie d’étudiants de haut niveau, monde dont il rêve de faire partie. D’autre part Eden se considère comme un scientifique, un bienfaiteur de l'humanité.

Cependant, Iris compte sur lui pour dénoncer Eden dont elle fut (et reste) le premier souffre-douleur) : les parents d’Eden nous apparaissent comme irresponsables, obnubilés par le « génie « de leur fils.

Le récit montre les tentatives des deux jeunes gens pour arrêter Eden dans ses méfaits lesquels deviennent de plus en plus inquiétants. Mais ni Oscar ni Iris ne sont suffisamment armés pour ce combat, et même Oscar reste plus ou moins sous la coupe d’Eden…et ils ne sont pas les seuls.

Comment un psychopathe réussit et échoue à former une secte, et comment lui résister, c'est le sujet du récit. A mesure que le récit progresse, on est de moins en moins intéressé par Eden le psychopathe en question. Ses mises en scènes longuement narrées ne nous font pas d'effet. C'est le problème d'un récit pourtant bon dans l'ensemble.

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 17:30
Thomas Hardy Loin de la foule déchaînée***

1ere parution 1874

LP, 2015, 470 pages.

Bathsheba une jeune fille de vingt ans, a hérité l’exploitation agricole de son oncle, à son décès ; elle en prend la direction et règne sur une équipe d’ouvriers, tous des hommes, avec célérité. Elle a une demoiselle de compagnie gentille et un peu sotte, cela lui suffit comme fréquentation féminine. Un jour sa ferme manque de périr dans un incendie ; Gabriel Oak, ex-fermier ruiné devenu journalier, sauve la propriété et entre à son service. Batsheba et Gabriel se connaissent déjà ; il en est amoureux mais elle l’a éconduit.

Le fermier voisin de la jeune fille, Boldwood est un célibataire endurci deux fois plus âgé qu’elle ; pour lui faire une farce, elle lui envoie une carte de St Valentin. Hélas ! Boldwood a pris la chose au sérieux et commence à lui faire une cour plus qu’assidue. Oak, sage pieux et travailleur, continue à l’aimer en silence. Cependant que Batsheba est attirée par le sergent Troy, bel homme, galant, et plus amusant que les deux soupirants précédemment cités.

Nous avons là une action plutôt lente inscrite dans une tradition bucolique ; la vie à la campagne, les travaux des champs, sont minutieusement décrits pour chaque saison. Des événements naturels tels qu’un gros orage, un incendie, les beautés de la nature ( aube, nuit, coucher de soleil, averse) font l’objet de peintures colorées.

On suit les bonnes et mauvaises fortunes de Batsheba aux prises avec ses amoureux : le vieux voisin dépressif et insistant, le trop sage Gabriel ennuyeux comme un bonnet de nuit, et le libertin intéressé et dispendieux… la pauvre jeune fille est bien mal lotie !

On la plaint… L’intrigue ne réserve pas de vraie surprise (on en devine facilement les grandes lignes). Le style est très soigné. les personnages sont bien campés, l’intrigue est parfaite,et… je me suis passablement ennuyée ! Il faut croire que je suis plus rat des villes que des champs…

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 23:03
Ruth Rendell Et l’eau devint sang ****

En hommage à Ruth Rendell, décédée il y a quelque jours, je me suis plongée dans l'un des deux romans d'elle que je n'avais pas lus et qui reposaient dans ma PAL...

Editions des Deux-Terres, 370 pages , 2006.

Titre original : Water’s Lovely ( « l’eau est bien bonne » : ce qu’on dit aux autres lorsqu’on va se baigner dans la mer , qu’elle soit vraiment bonne, ou au contraire glacée.) On aurait dû garder ce titre en français.

...Il s’agit en fait d’une baignoire. Il y a douze ans de cela, Le beau-père d’Ismay, s’est noyé dans son bain. Sa mère et elle revenaient d’une course en ville, et ont trouvé Heather la sœur d’Ismay toute mouillée descendant de la salle d’eau au premier étage. Ismay a toujours pensé que sa sœur (alors âgée de 13 ans ) était impliquée dans ce décès. Sa mère et elle lui ont fourni un alibi.

A présent, Ismay revient dans la maison de son enfance. Elle a achevé ses études, et commencé un job de représentante commerciale. La salle de bain a disparu, remplacée par une nouvelle chambre.

Sa mère, devenue folle à délirer sans retour de conscience, vit à l’étage avec sa sœur Pamela qui veille sur elle. Ismay vivra au ré de chaussée avec Heather.

Bien que les deux sœurs aient un emploi, elles ne quittent pas la maison familiale. Elles se mettent à fréquenter chacune un homme. Pour Ismay ce sera Andrew, un jeune avocat, superficiel, volage, et snob. Pour Heather ce sera Edmund, un homme de 35 ans, qui peine à se détacher de son horripilante mère hypocondriaque….

Les deux sœurs vouent un amour inconditionnel à leurs partenaires respectifs. On en vient à préférer les rôles secondaires : par exemple, le personnage de Marion m’a beaucoup amusée : une femme qui vit d’expédients, de vols, tente de se faire coucher sur le testament de certaines personnes, et n’arrive pas à assassiner ses employeuses ! L’expérience désastreuse de Pamela avec les rencontres genre « speed-dating » n’est pas mal non plus. La mère d’Edmund est un bon personnage aussi.

J’ai tout de même bien aimé le cas de conscience d’Ismay, qui ne cesse de repenser à cet après-midi fatal et au rôle joué par sa sœur...

Il s’agit en fait, de familles dont les membres ont peine à se détacher les uns des autres, pour vivre leurs vies. Et quant ils le font, ils sont pathologiquement entichés de leurs partenaires. Le sujet est traité avec pas mal d’inventivité, le suspense est au rendez-vous, certains passages sont franchement comiques, l'ensemble est une bonne comédie de mœurs.

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 14:04
David Lodge l’Auteur ! L’auteur !  ***

Rivages/Romans 2005, 414 pages ( Author ! Author !)

Biographie romancée de l’écrivain Henry James. On apprend à connaître les relations de James avec notamment George du Maurier romancier assez oublié, et dont on nous dit qu’il est l’auteur de « Trilby » ( pour moi, Trilby est l’histoire d’un lutin, écrit bien avant Du Maurier, par le Français Charles Nodier, d’où ma surprise de le retrouver sous la forme d’une jeune fille orpheline !!) Miss Woolfson qu’il appelle familièrement « Fenimore » vieille demoiselle, probablement celle qui servit de modèle à la femme dans la Bête de la Jungle. Elle aussi a écrit beaucoup de romans à succès, qu’on ne lit plus. Henry James, meilleur prosateur que ces deux amis, plus doué et exigeant, vendait nettement moins qu’eux. A présent, c’est lui que la postérité a retenu. On comprend qu’il se sentait à l’aise avec des romanciers plus simples que lui, amicaux, à qui il n’avait rien à prouver.

La carrière dramatique ratée de James est longuement contée, (j’ignorais qu’il avait écrit pour le théâtre et s’était obstiné si longuement). C’est intéressant mais un peu longuet. Ses derniers mois de vie à Kensington aussi ; les intrigues entre domestiques, pas mal mais répétitives.

Dans l’ensemble le récit est très narratif, et l’on n’aborde pas tellement les questions littéraires. On suit James en train de fuir quelques femmes (dont Fenimore) entreprenantes, tout en souhaitant continuer à les fréquenter, pour l’agrément de leur conversation. Cela ne nous étonne pas. On avait entendu parler de son homosexualité, sans doute platonique. Rien de neuf là-dessus non plus. Un ensemble parfois bien long, quoique agréable sur la moitié du texte environ.

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 13:43

Gallimard, 2014, 326 pages.

Jeune employé au bureau de l’information, Thomas Foley est envoyé à l’exposition universelle de 1958 à Bruxelles, représenter la Grande Bretagne en contrôlant un pub le » Britannia ».

Habitué à du travail de bureau sans intérêt, Thomas est enchanté de l’aubaine, bien que cette embauche ne soit vraiment pas une promotion. Son univers étriqué pèse à ce gratte-papier. Marié à Sylvia, femme au foyer, essentiellement occupée du bébé qu’ils ont eu et des travaux domestiques, il s’ennuie ferme à Tooting dans la banlieue londonienne.

Il rêve de l’Atomium cet engin nouvellement construit qui semble cristalliser tous ses rêves d’aventure.

Avant de partir, Thomas est approché par deux messieurs qui lui posent des questions, sur ses opinions politiques, et sa conformité aux normes socioculturelles en vigueur. Le lecteur voit bien que ce sont des agents du renseignement mais pas Thomas, ce qui rend la chose comique.

Une fois à Bruxelles, il rencontre un Russe qui se prétend journaliste, et rencontre un compatriote, Tony, qui s’occupe de présenter une machine « Zeta » qui doit servir à fabriquer de l’énergie thermonucléaire à des fins domestiques. On place beaucoup d’espoir dans ces recherches ( qui n’ont jamais rien donné d’intéressant à l’heure actuelle). On s’inquiète vaguement des problèmes de santé que pourrait présenter les gros fumeurs. On vante les qualités d’une nouvelle pâte dentifrice « à rayure ». Dix ans plus tard l’hexachlorophène (bactéricide contenu dans les fameuses rayures) sera interdit à l’occasion de l’affaire du talc Morhange.

Au cours d’un pique-nique, on lira l’article d’un journaliste russe décrivant la vie sur terre en 2058, cent ans plus tard ! Article qui vaut son pesant d’or…

On respire une odeur d’optimisme et de foi dans le progrès qui contraste fortement avec la période actuelle où pratiquement toutes les substances (alimentaires, pharmaceutiques, domestiques, industrielles) sont suspectes ou dénoncés comme nuisibles.

On se rend compte que l’on vit une drôle d’époque. A moins que ce ne soit les années 50 qui sonnent bizarres ?

Heureux quoique souvent pris pour sous-fifre, Thomas n’a plus envie de retourner chez lui.

Ce roman ne m’a pas tellement plu. Le personnage de Thomas est un peu trop simple, et il ne lui arrive rien de palpitant. Coe nous habitué à davantage d’intrigues enlevées, de rebondissements et d’histoires cocasses.

En tant qu’espion malgré lui, il ne joue qu’un rôle très subalterne. Ses problèmes conjugaux n’évoluent pas, ses amourettes restent superficielles. Coe a voulu photographier une partie de la société de 1958, sa foi en l’avenir, ses idées toutes faites. C’est pas mal mais loin d’être aussi fouillé que par exemple « Testament à l’anglaise » pour les années Thatcher. Il y a aussi des situations comiques assez nombreuses mais toutes ne font pas mouche. Le meilleur curieusement c’est le très beau commentaire du morceau d’Arthur Honegger, Pastorale d’été, entendu dans un concert. Dans le détail, j’ai lu beaucoup de bons petits passages mais l’ensemble n’a pas réussi à m’intéresser vraiment. J’ai nettement préféré les deux précédents ( la Vie de Mr Sim et La Pluie avant qu’elle tombe).

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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 00:15

2013, 570 pages. ( The Cuckoo Calling)

Lula Landry, mannequin célèbre, tombe du troisième étage de son appartement et s’écrase dans la neige de ce début de janvier. Nous sommes dans le quartier de Mayfair à Londres. La police considère qu’il s’agit d’un suicide. La victime souffrait de troubles maniaco-dépressifs.

Trois mois plus tard, le détective Cormoran Strike, criblé de dettes, prêt à fermer boutique, n’a pas le cœur de renvoyer Robin, la jeune secrétaire intérimaire que vient de lui envoyer Temporary Solutions. Cela semble lui porter chance, car voilà qu’un client arrive ; c’est John Bristow le frère, de la victime. Très affecté par la mort tragique de Lula, et persuadé qu’on l’a assassinée, il souhaite que l’on enquête plus sérieusement.

Cormoran, ancien militaire, ayant combattu en Afghanistan en est revenu avec une patte folle. Robin, sérieuse et aspirant à un métier plus excitant que le secrétariat, s’enchante de cette enquête. Les indices sont nombreux mais semblent peu exploitables. Il y a ces deux hommes que les caméras de surveillance ont vu courir dans les environs de l’immeuble, des inconnus, à priori… Il y a le témoignage de Tansy la voisine du dessous qui dit avoir vu et entendu bien des choses cette nuit là.. mais son appartement est insonorisé! Et son mari où était-il ? Que valent les alibis donnés par des gens complaisants à l’ami de Lula, avec qui il se querellait tous les jours avec violence ?

Il s’agit donc d’un roman policier classique, avec une énigme à résoudre. Les enquêteurs sont sympathiques et Cormoran est un original doué de personnalité. L’intrigue est assez complexe, avec quelques digressions (juste ce qu’il faut pour nous perdre un peu) Ses personnages de suspects sont variés crédibles et bien campés. Le suspens ne manque pas. Un policier très agréable à lire, et qu’on ne lâche pas.

Après lecture, je me suis rendu compte que Galbraith était le pseudonyme de JK Rowling, l’auteur des célèbres »Harry Potter ». Je n’avais jamais lu cette auteure. Je souhaite qu’elle continue à écrire des polars, car elle y réussit très bien !

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 15:06

2014 Gallimard, 430 pages.

De 1972 à 74 à Londres. Le MI5, les services secrets britanniques, emploie Serena, jeune femme de 21 ans, mal orientée dans ses études. La jeune femme ne fait pas de politique, n’a pas d’opinion arrêtée, et ignore tout de l’espionnage.

Ses parents l’ont contrainte à faire une licence de maths à Cambridge. Elle a eu quelques difficultés. En fait, Serena lit beaucoup de romans, d’abord pour se divertir « la lecture était un moyen de ne pas penser aux mathématiques … C’était un moyen de ne pas penser du tout ». Elle ne se passionne pas pour la belles-lettres « j’attachais peu d’importance aux thèmes ou aux phrases bien tournées, je sautais les descriptions… ll me fallait des personnages auxquels je puisse croire… je préférais qu’ils tombent amoureux ou se séparent, mais je ne leur en voulais pas trop s’ils essayaient de faire autre chose. Elle aime, avant le dénouement quelqu’un demander « veux-tu m’épouser ? »

Toutefois, elle évolue : écrit des chroniques de livres appréciées et s’intéresse à Soljenitsyne et l’Archipel du Goulag.

Jugée attirante, y compris par elle-même, elle fréquente des étudiants avec des fortunes diverses, puis un professeur de 30 ans son aîné. Ça y est, c’est l’amour !

Grâce à lui, elle est embauchée au MI5. Très mal rémunérée, mal logée, elle classe des dossiers toute la journée. Le MI5 s’attache à promotionner de jeunes écrivains, qui défendent la société capitaliste libérale, et critiquent les dictatures communistes. Comme Serena a la réputation de bien connaître la littérature contemporaine, elle est chargée d’infiltrer Tom Haley, jeune écrivain qui semble correspondre aux critères du MI5. Elle doit lui proposer une allocation pour écrire, versée par une fondation (évidemment fictive) qui lui trouve un talent prometteur.

Comme le vieil amant a disparu, Serena est avide de rencontrer Tom….

Ce récit décrit la situation politique et sociale de l’époque, du point de vue du MI5 ; le terrorisme de l’IRA y occupe une grande place, la Guerre Froide est encore active aussi. Il y a l’embargo palestinien sur l’essence, le fameux « premier choc pétrolier »: les grèves de mineurs, et d’autres groupes sociaux. La Grande Bretagne craint de manquer d’électricité et veut instaurer la semaine de trois jours. La jeune Serena qui sort tout de même de Cambridge ne touche que 14 livres la semaine en 1973, elle tire le diable par la queue ! Et dire que cette période fait partie des « Trente Glorieuses »…

Un autre thème est l’apprentissage de l’écriture par Tom Haley : ses nouvelles et son roman sont longuement racontées avec des passages cités en italique par Serena. L’écrivain en herbe revisite des grands thèmes littéraires à sa façon notamment l’Apocalypse, et le fétichisme. En réalité, la plus marquante de ces nouvelles, l’histoire de l’homme amoureux d’un mannequin, fut autrefois publiée par Mc Ewan lui-même sous le titre « Morte jouissance ». Après lecture de ces nouvelles, on s’attend à ce que Tom, le futur amour de Serena soit un type vraiment tordu… mais il va se révéler bien plus ordinaire que je ne l’avais imaginé.

le troisième thème c'est l'amour ; Serena est une héroïne sympathique mais un peu nunuche. Des clichés sur les femmes : oui elle est bonne en maths mais jusqu’à un certain point… elle pense beaucoup à l’amour, et n’est pas très ambitieuse. Elle sert de faire-valoir à deux hommes plus doués qu’elle.

La façon dont elle décrit ses différents amants (y compris Tom Haley) est très réaliste ; elle note des détails qui laisseraient penser qu’ils ne sont pas du tout excitants ! Tony Canning, tout d’abord « était très bel homme » puis l’intimité aidant « son pauvre corps nu ressemblait à une vieille chaussette éculée. Sa peau formait des plis en des endroits improbables jusque sous les bras …sous une certaine lumière Tony semblait du même jaune que les pages d’un vieux livre de poche… mais s’il me paraissait légèrement rouillé, et me rappelait parfois le vieil ours en peluche râpé de la demeure familiale, c’était un amant averti et courtois. » mais les jeunes ne sont pas très ragoûtants non plus… en dépit de cette lucidité bien venue, Serena se pâme d’amour !!

Bref, après m’être passionnée pour la première partie, brillante et ironique, j’ai été un peu déçue. Mon ennui a commencé lorsque Serena lit la troisième nouvelles de Tom, pas terrible. Résumer un seul de ses écrits (le meilleur) aurait suffi.

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 10:06

(Small World, 1984) Rivages, 1991, 415 pages.

Ce monde est celui de quelques professeurs d’université, d’un traducteur, un romancier du mouvement « des Jeunes gens en colère », de quelques femmes de ces profs, ainsi que d’une jeune thésarde Angelika, très courtisée, cultivée et futée, qui joue des tours pendables aux plus jeunes comme aux plus âgés.

Les profs vont de colloques en congrès, poursuivant une promotion en or « la future chaire de littérature de l’UNESCO, cent mille dollars par an, et aucune charge d’enseignement ».

Le roman est une suite de saynètes humoristiques, satiriques, et l’esprit de l’auteur fait mouche la plupart du temps. Le suspense est bien orchestré. Nous suivons un grand nombre de personnages, dans des lieux et des situations qui changent tout le temps.

On est malheureux pour Persse , jeune prof irlandais enseignant à Limerick ( une très petite université où n’enseignent que trois profs) un pur catholique, veut rester chaste jusqu’au mariage( ce personnage est une parodie de Perceval le célèbre apprenti chevalier).Il est éperdument amoureux de l’insaisissable Angelika, qu’il suit jusqu’au bout du monde. Morris Zapp américain d’environ 60 ans, divorcé, est féru de structuralisme (nous sommes au milieu des années 80) tandis que son collègue Philip Swallow est résolument anti théoricien, et cœur d’artichaut. La femme divorcée de Zapp Désirée, écrit des romans à succès qui ressemblent déjà furieusement à Cinquante nuances de je ne sais quoi, tandis que le romancier Ronald Frobischer chef de file des « jeunes hommes en colère » donne du fil à retordre à son traducteur japonais lequel n’entend rien à ses jeux de mots obscènes, car il ne connaît que l’anglais classique. Il y a aussi L’étrange von Turpitz et sa main éternellement gantée de noir, le Turc Abkil plutôt mal loti dans son HLM en ruine, Fulvia Morgana une prof très vicieuse, très riche, et très gauchiste, le dépressif Dempsey, qui a élu psy un ordinateur, Rodney Wainwright qui n’arrive pas à dépasser la troisième page du texte qu’il doit présenter en conférence, une hôtesse de l’air très fleur bleue, une stripteaseuse et plein d’autres personnages amusants.

un classique de la littérature satirique...

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 16:59

  la ferme des animaux

 

 

Les animaux de la ferme de M. Jones sont différents des autres : ils se sont trouvés un ancêtre Sage l’Ancien, de l’espèce porcine, dont les propos circulent dans les mémoires après sa mort «  nous avons un ennemi commun l’homme, qui nous exploite ; cela ne peut plus durer !"

Profitant d’une vacance du pouvoir humain, les animaux s’emparent de la ferme. Sage l’Ancien, a des disciples devenus naturellement leaders : Napoléon et Boule de neige font merveille  pour rédiger sept commandements réglant leur vie future, plus la décision de vivre en autarcie, un drapeau, un chant révolutionnaire Bêtes d’Angleterre, dont les couplets sont donnés : essayez de le fredonner sur l’air de l’Internationale, cela fonctionne.

 

Trop inventif, Boule de Neige provoque la jalousie de son acolyte et pourtant rival Napoléon  qui l’évince et désormais régnera par la force avec des chiens-soldats. Il y aura des purges napoléoniennes des massacres en série. Enfin retour au … calme… avec cette loi devenue célèbre «  tous les animaux sont égaux mais certains le sont plus que d’autres ».

 

Orwell joue sur les différentes appréhensions du porc. Aujourd’hui affublé de connotations négatives, il fut considéré comme sacré…

Il insiste sur l’absence de révolte de la part des animaux : l’âne Benjamin comprend la situation mais ne cherche pas à mobiliser ses congénères  contre les cochons déviants. D’aucun le diraient cynique.

Un effet comique remarquable est obtenu avec les moutons ( accessoires indispensables du pouvoir parce qu’ils répètent ce qui se dit le plus fort) en train de bêler les slogans.

Si certains animaux n’arrivent pas à s’alphabétiser correctement, c’est que l’instruction autorise le savoir ( lire les commandements) et qu’ils ont peur de savoir…

 

Une lecture réjouissante quoique pessimiste pour les adolescents et tous les âges! 

 

Indispensable à faire étudier au collège!

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