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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 23:44

 ( The Rain Before It Falls, 2007)

Gallimard, 2009, 249 pages.

 

Rosamond vient de mourir, laissant sa nièce Gill être son exécuteur testamentaire. La vieille dame vivait retirée dans une maison du Shropshire qui lui était chère. La mort ne semble pas du tout naturelle. En outre Rosamond a laissé plusieurs cassettes enregistrées, qui doivent être écoutées si possible par Imogen, une petite cousine à elle.

Imogen à qui elle semble beaucoup tenir.


Pas simple ! Gill n'a vu Imogen qu'une seule fois, à l'anniversaire des cinquante ans de naissance de Rosamond. C'était une jolie petite fille de huit ans, aveugle, qui lui avait fait une forte impression. Et donné l'occasion de chercher à décrire ce qu'elle voyait.

Gill et ses deux filles, dont l'une est musicienne,  vont tenter de retrouver Imogen, mais en attendant, elles écoutent le récit enregistré de Rosamond, dont, faute de mieux, elles sont les dépositaires.

Rosamond a raconté sa vie à la jeune aveugle, pour que celle-ci apprenne d'où elle est issue. Car Imogen est une enfant adoptée.

Et c'est tout d'abord  la figure de Gracie que l'on voit surgir des mémoires de la vieille dame esseulée, à travers la première des vingt photographies qu'elle a choisi de décrire et commenter pour Imogen. La meilleure amie de Rosamond enfant, dont elle fut séparée par la guerre. Rosamond n'a pu lui dire adieu : son doigt était coincé dans le petit trou d'une barrière en bois... à la photo suivante, apparaît  Beatrix ...

Le récit a été conçu pour une aveugle. C'est donc en aveugle que le lecteur va le recevoir. Un choix judicieux car un lecteur ne voit jamais qu'en imagination ce que le narrateur veut lui dire ; d'où l'importance accordée à la description, à l'aspect visuel et musical de toutes choses.


Le récit de Rosamond est la vie d'une femme subjuguée très jeune par sa cousine, forte personnalité déséquilibrée, à laquelle elle se lie pour toujours, pour le meilleur et pour le pire, et lorsqu'elle n'a plus rien à en attendre, elle se tourne vers sa descendance : Beatrix. Dépourvue de disposition pour la maternité, cette dernière ne semble avoir un enfant que pour le donner à Rosamond et le lui reprendre, et sa propre fille agira de même. Tandis que Rosamond se trouve des compagnes de vie qui ne la satisfont jamais, Beatrix épouse des hommes qu'elle s'empresse de quitter. Les deux femmes sont liées mais Beatrix vit cette relation sur un mode haineux et destructeur.


Le titre «  la pluie avant qu'elle tombe » fait penser à ce sentiment de bonheur intense et terrifié dont on pressent qu'il va être suivi d' une catastrophe parce que c'est trop beau et que ça se paie... ou plus prosaïquement le changement de l'atmosphère lorsque la pluie menace, l'orage en particulier. On peut attendre d'un Anglais qu'il en  ait fait à de nombreuses reprises l'expérience...

Un récit mélancolique axé sur le destin que l'on doit endurer, plus que sur la critique sociale à quoi Jonathan Coe s'attachait surtout jusqu'ici. On retrouve cependant des références cinématographiques chères à l'auteur. Jennifer Jones dans "Duel au soleil" à laquelle ressemble l'héroïne principale du roman, Beatrix, portrait de femme au tempérament violent. Il est question d'un autre film " la Renarde" que je ne connais pas.


Il n'y a que des héroïnes femmes dans ce roman écrit par un homme ! Les   hommes y sont  réduits à très peu de choses. Aucun ne trouve grâce aux yeux de Rosamond, la narratrice...


Pourquoi Rosamond ? J'ai d'abord pensé à Rosebud, et puis je me suis rappelée de cette préface que Coe, en 1995,  consacra à « Poussière » de Rosamond Lehmann, préface que l'on peut lire dans la réédition de ce roman chez Phébus( année 2007).


Coe y reconnait Lehmann ( 1901-90) comme un de ses auteurs préférés «  un roman qui continue de m'ensorceler », la défend avec brio contre ceux qui  la jugent passéiste, admire «  les superbes portraits de personnages masculins » de son roman, qu'il aime particulièrement « la plupart des hommes y reconnaîtront des aspects d'eux-mêmes, et l'embarras les fera rougir ». Sans doute a-t-il voulu lui rendre hommage, et nous livrer de superbes portraits de personnages féminins,  ainsi que des descriptions merveilleuses de la campagne anglaise comme savent si bien le faire nombre de romancières de ce pays, ce qui explique que ce roman soit si différent de ceux qu'il écrit d'ordinaire, plus traditionnel dans sa construction, plus ciblé sur les émotions.

C'est une étape intéressante dans le parcours de Coe, mais il serait  malvenu de comparer cette œuvre singulière à ses autres romans.


L'avis de Dasola.

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 00:32

(The Night Watch) 10/18,2008.

1947 à Londres : Helen et Vivien tiennent une agence matrimoniale. Elles s'entendent bien mais pensent  chacune de son côté, aux épreuves traversées pendant la guerre toute proche, alors que Londres était bombardée. Helen vit avec Julia, écrivain de romans noirs. Elle est très jalouse de Julia des rencontres qu'elle peut faire en dehors d'elle, la surveille...Viv a un amant Reggie, marié et père, une liaison qui ne lui plaît plus mais elle ne sait comment y mettre fin. Le frère de Viv, Duncan, quoique jeune vit avec un vieux monsieur arthritique qu'il connaît de longue date. Ce monsieur va consulter un spirite pour supporter ses douleurs et sa condition... Dans cette même maison loge Kay, qui fait de longues balades tous les jours, et regrette son travail d'ambulancière pendant la guerre...

Chacun de ces personnages vit mal son existence actuelle, non sans craindre tout changement possible...


Le roman est divisé en trois parties,  qui remontent dans le temps, jusqu'en 1941 où l'on voit les protagonistes s'affronter au problème qui va les poursuivre pendant la guerre et après...

 Le  récit, bien équilibré,  alterne les points de vue des quatre personnages importants,  sans changement de paragraphe ou de chapitre, ce qui donne un parfait enchaînement et un rythme soutenu.  Le récit est classique, romanesque sans être sentimental, réaliste, le plan social et psychologique bien rendu.

La seconde partie est la mieux venue avec de terribles et belles descriptions de Londres bombardée et des errances des divers personnages dans cette épreuve.

Merci Chiffonnette pour ce beau roman choisi pour moi à l'occasion du swap londonien.
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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 23:10

  Titre français : Sur la plage de Chesil



Vintage, 2008, 166 pages.

Ce roman est le septième Mc Ewan que je lis.


Un jeune couple, d'un peu plus de vingt ans, dans une auberge du Dorset, proche de la mer, s'attaque pesamment à sa lune de miel.


 Nous sommes en 1962, Edward Mayhew vient d'épouser Florence Ponting. Ils se sont rencontrés deux ans plus tôt au cours d'un meeting contre le nucléaire.


Florence est issue d'un couple atypique, son père est un homme d'affaire, sa mère prof de philosophie. Elle est violoniste et s'occupe activement de mener à la gloire le quatuor à cordes qu'elle a formé.

Edward vient d'un milieu plus modeste son père est instituteur, sa mère, handicapée mentale suite à un accident, a rendu chaotique l'existence des siens. Le jeune homme, fraîchement  licencié d'histoire,  rêve encore d'écrire des monographies de personnages marginaux et héroïques, bien qu'il ait dû, pour avoir Florence,  accepter un emploi de représentant multicarte dans l'entreprise de son père. Pour avoir Florence, il a fait des concessions,   mais va-t- il la posséder charnellement ?


Florence aime Edward, mais n'est pas le moins du monde attirée par la sexualité.

Aujourd'hui on dira que c'est impossible d'aimer sans désir sexuel.

Pour avoir du désir, elle devrait avoir l'impression de faire quelque chose d'interdit.  A mon avis c'est la sensation de faire queque chose d'interdit ( au sens large du mot) qui prédispose  au désir et non je ne sais quelle nécessité bio-physique...( je ne dirais pas que l'auteur est de cet avis mais il le rend évident sans le savoir).

Or Florence  vient de promettre au prêtre d'appartenir corps et âme à Edward.  c'est son devoir, c'est ce qu'elle se répète...

A chaque attouchement, elle réagit par des symptômes hystériques qu'elle tente de dissimuler,   quelquefois en encourageant ses manœuvres. Elle est prête à faire semblant et a lu un manuel de bonne conduite sexuelle,  qu'elle se remémore.


Edward est lui aussi encore vierge, et même, assez innocemment, il s'est abstenu de toute pratique masturbatoire récente, en vue du grand soir.( He felt trapped between the pressure of his excitement and the burden of his ignorance. Beyond the films,t he dirty jokes, and the wild anicdotes, most of what he knew about women was derived from Florence itself). Lui a ressenti, dès qu'il l'a connue, que Florence résistait,  sans se le dire.


Elle n'en sait rien. Ils n'ont jamais parlé de sexualité...


L'auteur a voulu me semble t'il montrer un couple emblématique du début des années 60, en même temps qu'il dote chacun des protagonistes de traits particuliers, pour mélanger la comédie de mœurs au roman psychologique. C'est assez réussi.

Le récit de la nuit de noces ratée alterne avec les souvenirs obsédants des deux jeunes gens de situations pénibles qui viennent ajouter à leur confusion. Lorsqu' Edward voulut venger un ami juif, victime d'antisémitisme actif et  que ce dernier s'estima humilié, davantage par l'action de son ami, que par le mal infligé par son ennemi...


  Le ton est  vif, ironique, sans pour autant nous empêcher de participer aux épreuves des deux jeunes gens. Les dialogues s'entremêlent de notations détaillées et concrètes des mouvements et sensations des jeunes gens assaisonnés des propos ironiques du narrateur.


Un roman  d'une intelligence aiguë.

D'autres avis sur " Chesil' : Jules 

Amanda Meyre

Sylvie



Toutefois le meilleur Mc Ewan, le plus abouti  est " Expiation".

Ensuite viennent Délire d'amour, Un Bonheur de rencontre, L'Enfant volé, et le Jardin en ciment , tous intéressants et qui valent celui-ci.


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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 23:19


Titre original The Chimney Sweeper 's Boy, 1998.

Livre de poche, 2001. 478 pages.


Après la mort de Gerald Candless, romancier célèbre sa femme Ursula se sent soulagée. Geradl lui menait la vie dure. Il ne l'avait épousée que pour avoir des enfants et la  calomniait auprès d'eux. Avec ses deux filles, Sarah et Hope, il formait un trio inséparable dans lequel la mère n'avait pas sa place. Dépossédée de ses enfants, Ursula peut-elle les regagner ?


Sarah la plus âgée des deux filles est pressentie pour écrire la biographie de son père. Elle se rend dans sa famille  qu'il ne fréquentait pas, et découvre que le vrai Gerald Candless  ne saurait être son père. Déconcertée, elle mène une enquête pour savoir la vérité, embauche un étudiant, descendant des Candless, pour faire des recherches. Ils lisent les romans de «  Gerald » supposés autobiographiques. Pourquoi avait-il fait imprimer sur ses couvertures de livres une phalène noire ?


Dans l'ensemble c'est un bon roman la plupart des personnages sont intéressants, le père les deux filles, et  même les second rôles tels que Jason l'étudiant et sa grand-mère Thague,qui participent à l'enquête, ou encore  David l'ami avec lequel Sarah entretient une curieuse relation amoureuse. On s'intéresse aux intrigues secondaires bien intégrées à la principale. l'arrière-plan social est  réaliste.


Le roman relance l'intérêt grâce à de bonnes trouvailles, comme ce « jeu de mains » qui fut choisi pour le titre français, ce jeu que Gerald pratiquait avec ses filles, jeu apparemment incompréhensible, rite de passage, à signification symbolique. Si un étranger  comprend  de quoi il retourne il est intégré au trio ; or, le lecteur ne saisit pas avant longtemps...



Un certain délayage nuit pourtant au roman. L'histoire d'amour d'Ursula est un peu trop convenue et gagnerait à être coupée de moitié. Les quarante pages finales qui achèvent de nous livrer la clef de l'énigme sont interminables d'autant que nous avions compris déjà ce qui était en jeu. Condensées en dix, ces quarante pages auraient pu être intéressantes.

Les meilleurs roman de Rendell décidément sont ceux qui ne dépassent pas les 350 pages en français.

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 23:00
Phyllis Dorothy James a 88 ans aujourdhui.



Tous ces romans sont publiés dans le Livre de poche policier.

Cet opus n'est pas tellement connu. On cite toujours «  Un certain goût pour la mort ».

 


J'ai un goût particulier pour celui-là, court et excellent que j'hésite à poster en littérature policière, d'autant plus que nul représentant de la loi, ni l'inspecteur Dalgliesh ( que j'aime profondément à l'égal de Mrs James elle-même) ni la courageuse Cordélia Gray n'interviennent dans cette  enquête menée par une jeune narratrice...


Philippa Palfrey vient d'avoir dix-huit ans. Adoptée dix ans plus tôt , sans aucun souvenir des ses premières années, elle se met en quête de ses origines, obtient de l'administration son acte de naissance :

«  Rose Ducton, fille de Marie et Martin Ducton ».


 A l'adresse où ses parents biologiques sont censés vivre, elle apprend que son père a violé une fillette 10 ans auparavant, et que sa mère étranglé l'enfant. Condamnée à perpétuité, Marie Ducton a été élargie et doit sortir le 15 août....


Très secouée par cette nouvelle, Philippa va s'expliquer bruyamment avec ses parents adoptifs. Maurice Palfrey est professeur de sociologie et chercheur ( l'intérêt qu'il a porté à Philippa enfant n'est pas étranger à ses préoccupations professionnelles). Hilda, son  épouse,  se passionne pour la cuisine et les travaux domestiques.

 Mal assorti, ce couple  a peu de choses en commun. Enfant précoce, Philippa semble avoir été adoptée aussi pour jouer un rôle d'interlocutrice cultivée avec Mrs Palfrey, rôle que sa femme ne tient pas.

 


 En dépit des mises en garde de ses parents adoptifs, Philippa décide de vivre trois mois ( ses vacances) avec sa mère biologique «  pour faire une expérience ». Elle veut devenir écrivain et imagine là une histoire inédite, qui, en outre, serait la sienne...

Mécontent de son départ, Maurice découvre qu'il tient à elle davantage qu'il ne pensait...


Philippa et sa mère s'installent dans un appartement modeste à Marylebone. Elles s'entendent bien, partagent les tâches domestiques, se découvrent des lectures communes.
Pourtant Philippa n'apprend rien de son enfance avant l'adoption. Sa mètre tente d'expliquer  le meurtre de la petite voisine,  mais se tait sur Philippa elle-même et leurs relations d'autrefois.

La jeune fille a des souvenirs fugitifs de violence extrême, mais ne veut pas   en savoir plus.
Les trois mois écoulés, elle ne veut plus quitter sa mère, capable de complicité voire d'amitié avec elle.
Philippa est en passe de renoncer à ses études, de se condamner à la solitude en vivant avec une reprise de justice...

Mais un homme, George Scase, cherche depuis longtemps la meurtrière de sa fillette, et peut faire évoluer la situation...



Voilà un roman excellent, par le suspense psychologique, l'art de la description et du dialogue, l'intelligence  des personnages, et de leurs motivations.


Grâce à ce talent, la petite cuisine d'un appartement miteux, un étalage de fruits et légumes, un pot de géranium, une roseraie,( apparue dans une sorte de rêve), une bibliothèque un meurtrier étrange vêtu d'un imperméable transparent , des mains qui tremblent, toutes ces petites choses  deviennent précieuses.


Les personnages : c'est la relation ambiguë entre Philippa et sa mère qui nous intéresse le plus, mais les autres personnages ont tous de l' envergure.

 Cette femme restera-elle  incompréhensible ?

Philippa peut évoquer une «  Marie Bell »* qui aurait bien tourné, grâce à une adoption-sauvetage, et au fait que ses géniteurs, délinquants jusqu'au crime, avaient, dès le départ, un désir particulier de s'élever dans leur misère.

Avec Georges Scase, PD James renouvelle le thème du vengeur. Peu convaincu de son désir de vengeance, promesse faite à l'épouse, il recherche dans son passé de petit garçon craintif ce qui pourrait le motiver...


* Marie Bell est une petite fille de onze ans qui a défrayé la chronique dans les années soixante. Sévèrement  maltraitée par sa mère, elle est devenue agressive jusqu'à tuer un camarade de classe...

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 23:58

 


Paru d'abord sous forme de feuilleton en 1895, Jude l'Obscur fit par sa façon franche de traiter des mœurs dans la campagne anglaise de la fin du siècle.

 


Jude Fawley est  orphelin et a dû travailler très tôt dans sa vie. Il livre tous les jours le pain de sa tante la boulangère en échange du gîte et du couvert. Mais il rêve de faire des études, de devenir enseignant écrivant ou chercheur. Lorsque débute le roman, l'instituteur Phillotson, va quitter la petite ville, et s'il avait été sincère, il aurait dû emmener Jude avec lui, connaissant ses aptitudes et ses ambitions. Mais il s'en fiche, admettra seulement de lui expédier des grammaires grecques et latines. Jude  apprendra seul en travaillant. A dix-huit ans, il part à pied pour Christminster (Oxford) après un mariage raté avec une paysanne qui a feint d'être enceinte de lui, Arabelle. Il a appris un métier : tailleur de pierre et s'est beaucoup instruit en autodidacte.

Mais à Christminster, il vit de son métier et ne trouve aucune embauche dans les milieux intellectuels. Les professeurs l'envoient promener en lui enjoignant de rester dans sa classe sociale (le monde ouvrier et artisan).

Jude rencontre sa cousine Sue, elle aussi en mauvaise posture. Elle a quitté ses parents qui ne pourvoient pas à ses besoins. Elle aussi est cultivée et pauvre.  Jude est épris d'elle depuis l'enfance et rêvait à partir de sa photographie.

Sue intègre une école d'institutrices, mais elle est trop libre de pensée et de caractère pour le supporter et s'enfuit. Quoique Jude et elle s'entendent bien, elle ne veut pas lui céder, soit par frigidité, soit pour d'autres mystérieuses raisons. Elle se résout à épouser l'instituteur, qui n'avait guère aidé Jude et qui sera décidément son rival....

Mais la vie conjugale avec cet homme lui répugne et elle s'enfuit encore, se met en ménage avec Jude. «La guerre terrible qui se livre entre la chair et l'esprit»

N'ayant pu vivre de leur  intelligence , ils végètent, font de petits jobs. Malgré leurs connaissances,  ils laissent venir les naissances inconsidérément. Jude doit récupérer le fils d'Arabelle, dont elle prétend qu'il est le sien. Ce petit garçon est  gravement perturbé et se suicide entrainant ses frères dans la mort. Le ménage n'était pas heureux, il explose, et Sue retourne avec M. Phillotson.

 Jude est atteint de tuberculose et  agonit seul dans la maison d'Arabelle, en prononçant des paroles désespérées du Livre de Job en guise d'excipit....






Jude l'obscur est un roman unique :

Thomas Hardy  écrivait dans son journal : «  ce sera une nouvelle sur un jeune homme qui n'a pu aller à Oxford. Ses efforts, son échec.» Hardy estime que «le monde doit savoir» quelles difficultés rencontrent les non-privilégiés pour s'instruire - l'ultime ambition de Jude.

L'auteur  veut aussi contester  les lois sur le mariage, qui «constituent la machinerie tragique de l'histoire».

Effectivement, traiter un tel sujet à l'époque, et avoir des revendications aussi radicales, c'est tout à fait remarquable.

Thomas Hardy n'a pourtant pas complètement réussi son roman. Il tourne au mélodrame : le nombre de pépins qui pleuvent sur les héros finit par agacer et nuit à la vraisemblance. 

Le retour d'Arabelle l'épouse de Jude et ce petit garçon  dont les  penchants sont  tellement destructeurs sont en trop. Le mariage avec Arabelle, tôt dans le roman, m'ennuie.   On a peine à croire que Jude la prenne au sérieus,  se contraigne à l'épouser. Il ne convient pas au roman qu'il soit à ce point naïf. On ne saisit pas très bien non plus pourquoi Jude et Sue, qui sont tout de même des esprits éclairés, enchaînent les naissances non désirées dès lors qu'ils se sont mis en ménage... !

Malgré ces imperfections, Jude l'Obscur reste un roman cher à mon cœur.


Le personnage de Sue est plus intéressant que ses homologues françaises tels que la Marie de l'Education sentimentale, ou encore  Louise de Rênal et Mathile de la Mole dans le Rouge et le noir, deux romans par ailleurs tout à fait bons...  Les romanciers français du 19eme siècle ( pour ne pas parler du 20eme...)  ne mettent en scène que des femmes incultes, tout juste bonnes à tomber amoureuses, faire des dettes,  et/ou à intriguer. Il faut lire les pages où Jude et sa cousine ont des conversations sur la littérature et la société.... !   




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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 23:08

(publié en 1961).

482 pages en Penguin classic, et 601 dans la traduction française faite pour les éditions POL qui avaient autrefois lancé une collection de littérature classique, abandonnée hélas, dont je possède encore quelques spécimens.

La préface, excellente, est de René Belletto, écrivain, guitariste, auteur de polars, traducteur.

Je n'achèverai pas ce blog sans avoir chroniqué un Belletto...mais lequel et quand?

 

Pour revenir aux Grandes espérances...

1)Un petit village dans une région marécageuse, à quelques heures de Londres en diligence.

L'ouverture est une scène de cimetière !

Pip, huit ans,  examine les pierres tombales.  Il  fait l'inventaire de sa famille disparue : sa mère Georgiana, et 4 frères. Cette promenade est rituelle.

Puis il s'en retourne chez Joe Gargery, forgeron qui l'élève avec l'aide de sa femme, Giorgiana,  qui est aussi la sœur aînée de Pip, la seule famille qui lui reste. Joe ne se défend pas, et ne veut pas défendre Pip contre cette tyranne domestique. Sa bonté un peu niaise influence même le jeune garçon.

Pip est apprenti forgeron.

Il  fréquente aussi son oncle Mr Pumblehook vendeur de grain, cynique et vaniteux, ainsi que Mr Wosple, le pasteur idéaliste qui rêve de devenir acteur. Deux occasions pour Dickens de camper des personnages pittoresques.

Dans cette ambiance, Pip est appelé chez l'étrange miss Havisham qui vit en robe de mariée depuis trente ans, terrée dans son logis aux persiennes toujours closes. Couverte de toiles d'araignée, elle rôde autour d'une table où trônent un gâteau moisi, et des couverts en piteux état. Son époux s'est enfui le jour des noces...

Pip tombe amoureux de sa fille adoptive, Estelle, jeune orpheline aux origines mystérieuses. Il prend  miss Havisham pour une sorte de bonne fée, (alors que le lecteur la perçoit comme une sorcière, le pendant bourgeois de Giorgiana),  rêve qu'elle lui donnera la main d'Estelle,  au terme d'une série d'épreuves qu'il lui  incombera de surmonter. Et que s'il se conduit bien, elle fera sa fortune, et le juge dès à présent digne de devenir un monsieur.


  Il atteint 15 ans lorsque sa  mâratre de sœur est victime d'une agression dont elle ne se remet pas. Gâteuse et affaiblie, elle ne martyrise plus personne. Une orpheline est employée pour vaquer aux soins de la maisonnée. Biddy va des vues sur Pip.

Mais voilà que le vœu du garçon semble se réaliser : un bienfaiteur dont le nom doit rester inconnu, veut qu'il fasse son éducation à Londres ; une grosse somme d'argent lui est allouée. Pip est sûr que Miss Havisham est derrière tout cela.


2) Pendant 5 ans, Pip va vivre ses années d'espèrance et d'oisiveté...

Cette partie londonienne lui fait croiser de nombreux personnages, le notaire Jagger, qui s'occupe de gérer son pécule à l'étude de la « petite Bretagne » et lui alloue une pension. Un ami, Herbert Pocket, dont la famille est couverte de dettes. 

Pip revient par intermittence visiter miss Havisham pour la faire parler, en vain. 
Estelle est lancée dans le monde, et fréquente l'abominable Drummle, ennemi juré de Pip, qui voit dans ce malotru un obstacle à vaincre pour conquérir Estelle. 

Herbert et lui s'endettent. Il lit beaucoup, mais ne prépare pas de cursus universitaire, ne songe à aucune profession ni occupation séreiuse. Un soir son bienfaiteur se présente : évidemment, ce n'était pas miss Havisham... mais le forçat Magwitch, que Pip avait caché et nourri au cimetière lorsque, à peine âgé de huit ans, il l'avait croisé, en se baladant parmi les pierres tombales.

Le forçat a fait fortune en Amérique, et envoyé de l'argent pour que Pip devienne un gentleman.

Cette révélation déçoit Pip. Il n'a pas aidé le forçat par bonté. Petit garçon, il en avait peur, et l'autre l'avait d'ailleurs menacé.


3)  Pip met Herbert dans le secret et Jaggers ferme les yeux. Magwitch a 60 ans il est toujour passible de la peine de mort. Pip décide de le renvoyer en Amérique par voie fluviale. Le forçat s'en fiche, sa vie s'achève, et il ne peut juger de l'effet réel provoqué sur Pip par ses largesses. 

Pip organise son évasion avec Herbert Startop et Wemich, clerc asscocié à Jaggers.

Entre temps Pip découvre les vraies origines d'Estelle, fille du forçat et d'une mère criminelle qui tenta de la tuer. Une dernière  visite à miss Havisham  se révèle peu probante. La vieille folle provoque un incendie qu'il maîtrise. Elle survit peu de temps, et Pip sera fort malade de ses brûlures. Au moment de faire évader Magwitch, il se rend à un rendez-vous anonyme et manque d'être assassiné par son ancien camarade de la forge, Orlich, qui était aussi l'auteur de l'agression de Giorgiana. Magwitch est repris, tue son  pire ennemi, et meurt à Newgate avant d'être pendu.

Pip et Herbert se décident à prendre des emplois de commis dans une entreprise d'import-export. Estelle a divorcé de Drummle qui la battait. Au village, Joe a épousé Biddy, et ils ont eu deux enfants. Le garçon s'appelle Pip. Ainsi Pip assure la descendance de son prénom, de son diminutif qu'il s'est choisi, mais pas de son nom "Pirrip".

Personne ne l'a jamais appelé autrement que Mr Pip...


Pip est le cousin de Lucien de Rubempré. Il n'a pas d'ambitions littéraires, mais il est comme l'autre, un héros négatif ne devant  son salut ou son infortune qu'à des  hasards qui le dépassent. Le forçat est un brave homme au contraire de Vautrin qui précipitait Lucien à sa perte. Les deux jeunes gens restent immatures. Outre Miss Havisham, personnage de sorcière intriguante, et Estelle qu'elle forme à lui ressembler et à la venger des hommes,  Magwitch est le forçat évadé et repenti, personnage emblématique lui ausssi.

Jaggers et Wemmich sont des notaires qui s'occupent de la fortune de Pip. Très réglementaire, Jaggers « s'en lave les mains », geste obsessionnel à double sens...

La famille Pocket est hystérique, couple mal assorti et enfants livrés à eux-mêmes, qui claquent de l'argent et passent leur temps à échapper à des créanciers. Les mêmes existent chez David Copperfield , et sont représentatifs de la famille de Dickens ...( Mr Pocket est prof d'université, dépassé par sa famille.)


 Dickens a un côté «  bon enfant » qui lui interdit de donner le premier rôle à un gredin tel que Vautrin. Cet auteur  a des idées chrétiennes qui n'effleurent pas Balzac. D'un autre côté sa façon de décrire les situations, de camper les personnages est plus légère, plus fine et humoristique que Balzac.

L'un se sert d'une plume et l'autre d'un gourdin a-t-on dit...

Les personnages les mieux réussis ne sont pas  les héros mais plutôt les seconds rôles importants tels que Jaggers le notaire rigide qui se fait comprendre à demi-mots lorqu'il veut communiquer quelque chose de personnel. L'abominable famille Pocket est bien vue aussi ainsi que Miss Havisham, qui crée une forte impression...



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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 17:34

J'avais éprouvé un intérêt certain pour «  Enduring Love », «  Une étrange séduction », » L'Enfant volé »  et le dernier «  Expiation ».

Ce n'est pas rien. Mais «  Samedi » m'a énervée.  Mc Ewan met en scène un neurochirurgien, persuadé que « tout est dans les gènes » !!

La journée de début de week-end qu'il va vivre sera  difficile pour lui  et les siens.  Cette famille bourgeoise  va vers  une confrontation difficile avec un  homme dangereux malade et  haineux (que le héros ressent comme tel).

D'habitude, les épreuves endurées par les héros bourgeois de Mc Ewan ne les laissent pas  indemnes. Bien souvent ces épreuves les détruisent, ou les poussent fortement à se remettre en question.

Le roman est tout simplement ennuyeux. Les pensées du chirurgien avec tous ces termes médicaux spécialisés que l'on n'a pas envie de connaître ... son échauffourée avec le  délinquant malade et rancunier qui veut se venger d'une aile de voiture froissée est interminable, elle lasse.

Le récit en flash-back de la rencontre du héros avec sa femme que bien sûr il a opérée autrefois, et sauvée,  paraît bien conventionnel. Ainsi que  l'évocation de ses enfants bien entendu surdoués, des parents exemplaires etc....

 Le suspense engendré par la crise des cinquante ou cent dernières pages est mieux enlevé.


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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 23:15


Publié aux éditions Rivages.

Ce livre avait été sélectionné pour le Booker Prize en 1971.

L'un des derniers ouvrages d'Elizabeth Taylor, qui compte parmi mes préférés avec « Noces de faïences ».

 Si son roman le plus célèbre est incontestablement «  Angel », ce n'est pas le meilleur. Celui là, ces 215 pages- là sont supérieures, l'auteur n'a pas changé de style mais elle va à l'essentiel et presque toutes les phrases sont choisies et font mouche.

En 1971, lors de la parution, l'auteur a 59 ans ; elle n'est pas aussi âgée que son héroïne ; sans qu'on le dise Mrs Palfrey semble être septuagénaire. Elizabeth Taylor a encore quatre ans à vivre, son héroïne entame sa dernière, lorsque, veuve, elle s'installe à l'hôtel Claremont «  un dimanche après-midi de janvier ». Au cœur de Londres, cette  pension abrite des hôtes de passage et des personnes âgées, qui ne peuvent plus rester dans leur famille ou n'en ont pas. Ce n'est pas une maison retraite car on n'y trouve pas de personnel de santé.

Comme le dit Mrs. Palfrey à un jeune homme rencontré au hasard d'une chute qu'elle fait dans une rue et qui s'occupe de la réconforter, «  Nous ne sommes pas autorisés à mourir ici ».

Lorsque les pensionnaires de l'hôtel le quittent c'est pour l'hôpital ou l'hospice. L'hospice surtout, attendu que, l'argent dont ils disposaient, ils l'ont dépensé à vivre dans cet hôtel.

Mrs Palfrey a un petit fils Desmond qui travaille au British Museum et vit à Hamstead. Des précisions qu'elle donne avec fierté aux autres pensionnaires, trois veuves et un veuf affectés de problèmes divers : Mrs. Arbuthnot d'arthrite, Mrs Burton d'alcoolisme, Mrs Past de mélancolie, et Mr. Osmond d'obsessions sexuelles.

Mrs Palrey parle de son petit-fils, seul moyen de se mettre en valeur, et annonce imprudemment sa prochaine visite. «  Desmond ne vint pas. Le pull que lui avait tricoté Mrs Palfrey était presque achevé et chacun savait  qu'il n'était pas venu le chercher. Sauver la face avait été un élément important de la vie en Extrême orient et Mrs Palfrey à présent s'y efforçait de nouveau. Une telle attitude entraîne généralement des ennuis, et les ennuis apparurent car elle se trouva obligée de mentir et de se souvenir des mensonges qu'elle avait proférés ».

Les mensonges ne font pas illusion et les autres pensionnaires lui témoignent de la pitié et une sympathie méprisante, quand ils ne suggèrent pas que ce petit fils  elle l'a inventé.

Heureusement elle fait une chute, retour de la bibliothèque municipale, un jeune homme la secourt qui vit dans un entresol en face de la rue où elle gît à terre. Ludo (nom qui évoque le jeu et le plaisir) est écrivain sans avoir rien publié, vit dans le dénuement le plus complet.

 Mrs Palfrey l'invite à Claremont pour le remercier. Ludo paraît surpris, consterné puis c'est l'allégresse qui le gagne : «  lorsque la voiture disparut, il retourna dans la pièce et, penché sur sa table, nota dans un calepin : «  longue culotte grise et pelucheuse... élastique...vine de la jambe couleur de raisin ...parfum d'eau de lavande (berk !)...taches brunes sur le dos des mains vernissées, veines apparentes...plis horizontaux. »

Ludo est apprenti écrivain et il travaille sur le motif. L'idée d'aller visiter Mrs Palfrey lui apparaît comme un matériau intéressant pour écrire. Ecrire sur les personnes âgées l'intéresse d'autant que Mrs Palfrey a prononcé sans le savoir, une phrase au contenu dramatique qui suppose un certain pathos maîtrisé « nous ne sommes pas autorisés à mourir ici » et, mine de rien  a désigné Claremont comme un lieu de passage symbolique ( antichambre  de la mort, scène où l'on fait son apprentissage de l'agonie, lieu de souffrance maquillé).

Cette phrase deviendra le titre du roman que Ludo  achève à la fin du livre que nous lisons.

« Ils ne sont pas autorisés à mourir ici »

Une relation forte s'établir entre Ludo et Mrs Palfrey, principal objet du livre. Ludo est un personnage très positif. Il ne se lasse pas d'écrire malgré la quasi-misère dans quoi il vit ; mélange de naïveté et d'honnêteté, il rend Mrs Palfrey amoureuse de lui, sans l'ignorer et sans chercher à en profiter non plus. Il lui emprunte de l'argent et travaille pour le lui rendre. Mrs Palfrey voudrait l'inscrire sur son testament : il n'en saura rien et elle  ne pourra pas. Son profit, il le trouve dans le matériau que cette dame et les autres pensionnaires lui fournissent involontairement pour l'écriture. Un roman que Mrs Palfrey n'aurait pas aimé se dit Ludo lorsqu'elle lui demande de lui en faire parvenir un exemplaire lorsqu'il sera publié. La  nature de leur relation est profondément réaliste et vraie à l'opposé de «  Harold et Maude » film contemporain du roman, et dont le sujet est quasiment le même : le jeune homme et la vieille dame.

Ce récit ne propose rien d'invraisemblable ni de faux. Rien d'idéaliste. Vraie et subtile, El. Taylor ne prétend pas que Ludo pourrait être amoureux d'une vieille dame. Il recherche la compagnie des filles de son âge. Il ne se plaît pas particulièrement avec Mrs.Palfrey. Le grand âge n'est pas idéalisé.  Mrs Palfrey, isolée,  tombe une deuxième fois pour avoir voulu échapper  à des avances importunes  et cette seconde chute lui ramène Ludo.

De  sorte que, nous rappelant Harold et Maude nous voyons ce qu'il y a de faux dans  ce film  en regard de ce roman.   Point ici de relation fusionnelle mais lucidité et respect mutuel.


Des intrigues secondaires, comiques et émouvantes en même temps, viennent étoffer le roman, l'apparition du vrai petit fils alors que les pensionnaires avaient adopté l'autre comme tel.

La vie de cette petite société de personnes âgées qui affrontent ou évitent les manquements ou les misères leur condition, leur tentative de participer à une «  boum » et les petites catastrophes qui s'ensuivent sont rapportées avec un  humour caustique parfois cruel.


Mais la surprise ce sont les deux personnages principaux, sympathiques et performants, rares chez Elizabeth Taylor qui préfère dénoncer les travers de la société dans ses personnages plutôt que  de montrer des êtres  intelligents.

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 11:16

Titre original «  A House and its Head » publié en 1935. C'est le quatrième roman de l'une des plus célèbres romancières victoriennes, et à présent mon préféré avec «  Frères et sœurs » que j'ai également chroniqué.


 Je n'ai pas choisi ce roman parmi plusieurs autres : il était disponible à la bibliothèque, c'est  tout. Christiane Jordis a

publié un essai sur Ivy Compton-Burnett «  L'Univers concentrationnaire ».

Mais il n'y a rien dans ces familles victoriennes, haineuses et avides  de pouvoir ou d'argent qui ne se puisse retrouver dans n'importe quelle famille! Simplement, l'auteur veut mettre en lumière ce qui d'ordinaire ne se dit pas, et que nul n'ose même  penser sérieusement.   


Titre : « famille » (House) doit s'entendre sur un plan social davantage que psychologique : il s'agit d'une demeure où vivent des personnes de la même famille qui sont impliqués dans des conflits d'intérêts financier tout autant que familiaux.

« Head » : c'est l'instance qui commande, et n'est pas seulement le père de famille.


       Quelques jours après Noël  en 1885, Ellen Edgeworth, femme de Duncan, maître des lieux, meurt, dans  une indifférence à peu près totale. Elle était malade depuis longtemps, soumise, effrayée, contrainte par Duncan, tyran domestique, de travailler malgré son mal, lequel n'a pas été diagnostiqué. A peine enterrée, Ellen  est remplacée par Allison que Duncan ramène de chez «  la tante Maria ».

Allison  a 28 ans, Duncan 66. Le neveu de Duncan, Grant, qui est aussi son fils adoptif, se sent menacé dans son rôle d'héritier. Il fait aussitôt des avances à la nouvelle épouse. Enceinte, elle accouche d'un garçon Richard, qu'on reconnaît pour celui de Grant, car il a une mèche blanche dans les cheveux, signe que partagent les membres de cette famille.

Duncan  est averti. Qui est responsable de cette indiscrétion ? Il semble que Sybil, la fille cadette de Duncan, qui affiche une forte affection pour son père, ait « payé » la nurse pour faire des révélations. En tout cas les commérages vont bon train.


Allison s'enfuit avec  un galant. Duncan annonce son troisième mariage  avec Cassie, gouvernante des enfants, qui est la fille de Gretchen  une redoutable vieille femme qui régente son pasteur de fils  Oskar.

Au même moment, Grant, que son oncle n'a pas chassé malgré la disgrâce qu'il lui fait subir, se marie, lui aussi, avec Sybil.

Cassie et Sybil sont enceintes en même temps.

Le bébé Richard  est assassiné... 



Conflits :

Le principal est entre Duncan et Grant. La mort d'Ellen, met Grant en difficulté, le remariage de son oncle lui permet de faire un enfant à Allison  avant que Duncan (qui a 66ans) y ait lui-même réussi.  

Duncan tire la leçon de son échec : il épouse Cassie qui attendait son heure (Il devait l'épouser lorsqu'il s'est entiché d'Alisson...).

Que va faire Grant?

Sybil, jolie fille de 18 ans, voulait épouser Alméric, mais il s'enfuit avec Alisson. Que lui reste t'il ? Son père, qu'elle a déjà servi en lui faisant savoir que Richard n'était pas de lui ?

Sybil et Grant s'unissent en dépit de leurs dissentiments.

En tout cas ces intrigues  valent à Sybil a fortune de tante Maria. Son rôle dans l'histoire reste ambigu. Qui sert-elle vraiment ?

Nance : elle vise le pasteur Oskar et l'obtient (à la mort de Gretchen).

Elle intervient par ses remarques satiriques sur sa famille et n'épargne personne, à l'opposé de Sybil qui se donne le rôle d'aimer » tout le monde. Chacun son jeu !

Style : des dialogues brillants et cyniques. Les personnages sont tous brièvement présentés (comme des didascalies internes au texte), lors de leur entrée en scène. Ils sont plus complexes que cette présentation. Tout le monde parle des conflits évoqués  ci-dessus à travers des propos ordinaires et il faut saisir le double sens. Il est difficile de saisir exactement où en est chacun.  Il faut deviner à partir des propos elliptiques, des remarques apparemment insignifiantes, des pointes nombreuses et convenues. Apparemment assez simple, l'intrigue et les dialogues résistent à la première lecture.

Ce livre se révèle énigmatique contrairement à «  Frères et sœurs ». Il faut étudier les second sens des répliques, les relations entre elles qui peuvent mener à un plus grand dévoilement.


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