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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 12:50
Amis-l-INformation.jpg1ere parution en 1995.

Il s’agit de l’information que l’on recueille en faisant de l’espionnage : le renseignement eût également convenu.

 

Richard Tull vient d’avoir quarante ans. En pleine dépression. Dix ans plus tôt il a publié deux romans qui ont obtenu un succès d’estime. A présent il en est à son sixième. «  Sans titre » est un roman à problème, longue suite de monologues plus ou moins interrompus. Tous ceux qui ont tenté de le lire se sont tombés malades avant la dixième page, victimes d’un stress sévère ou de migraines aigues sinusites graves, troubles de la vision.

Richard gagne sa vie en faisant des comptes-rendus de lectures sous-payés et jalouse Gwynn Barry, son ancien mais de collège qui vend bien sa prose, passe à la télé, affiche un bonheur conjugal insolent. Richard lui, est devenu impuissant, ne parvient même pas à tromper sa femme. Obsédé par l’idée de nuire à Gwynn, il entre en relation avec Scozzy, dealer et tueur à gages avec mission de filer l’importun et de lui nuire.

 

«  The War Of Everyone Against Everyone » cet extrait du Léviathan de Hobbes concernant les rapports sociaux vaut également pour les écrivains. La littérature c’est la guerre continuée par d’autres moyens.

 

Gwynn et Barry forment un couple d’écrivains que tout oppose. Quasiment oublié, Richard envie le succès de son adversaire «  Il semblerait que Barry ait su capter une profonde aspiration collective.  Ainsi s’explique le succès de son livre qui ne doit rien à son contenu ».

 

Deux conceptions du monde s’affrontent. Richard Tull a renoncé au « roman » dans sa forme

traditionnelle. Ce dernier lui semble appartenir au monde de «  l’homocentrisme » d’un temps où l’homme se croyait au centre de l’univers ; Gwynn vit encore dans ce monde-là Du moins l’exploite t’il. Ses livres sont des utopies rassurantes, très new-age.

Ricahrd Tull a été lui, affecté par les progrès de la science de l’astronomie en particulier. Il veut témoigner dans ses écrits du fait que la place de l’homme dans l’univers est insignifiante, qu’il est passé du géocentrisme à l’héliocentrisme puis à l’idée que les galaxies s’interpénètrent et se rencontrent anonymement.

 

Ceci pur le côté noble de l’affaire. Car Richard est aussi un pauvre type qui n’assume pas ses désirs et n’est pas ou plus en phase avec l’écriture. Il tente de réduire à néant Gwynn, alors qu’il ne devrait même pas s’intéresser à lui. Imagine t’on un écrivain véritable, fût-il en panne de lecteurs, jalouser un Paolo Coelho et ses mélos pseudo ésotériques ?

En réalité les deux hommes vivent dans le même monde, ont un égal mépris des femmes, une avidité semblable de gloire vaine et d’argent facile, c’est ce qui les rapproche.

 

C’est avant tout un récit basé sur le comique de situations, de gestes, de mots, (néologismes fréquents parfois savoureux). Toutes les vaines tentatives de Richard pour réduire Richard à néant, sont autant de scènes grotesques. La satire du monde de l’édition et du journalisme fait souvent rire. Le portrait du délinquant Scozzy est assez fouillé.

L’écriture est elliptique, originale, mais trop de cynisme font tomber parfois le livre dans la dérision. Excepté les passages où Richard s’entretient avec son fils Marco sympathiques voire émouvants.

 
 
 
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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 20:22

poussi--re.jpgJ'ai treize ans  ( 1 966)  ma mère me met entre les mains «  Poussière » de Rosamond Lehmann, un roman qu’elle a lu dans sa jeunesse et vraiment apprécié.

Nous voici  dans la campagne anglaise, par-dessus le mur d’en face dans une grande propriété où Judith, l’héroïne, joue avec ses cousins (ou/ et amis) et les séduit tous : il y en a quatre ou cinq peut-être davantage et un arbre fruitier qui est peut-être un cerisier. On échange des serments. Quelque temps après cet été mémorable, elle part dans un internat et séduit au moins deux pensionnaires : l’une est qualifiée de réellement dépravée, mais elle l’observe de loin, avec la seconde elle partage des sentiment exaltés. Je me rappelle une scène de nu : l’amie de Judith (peut-être Jennifer ?) la moins dépravée se baigne nue dans la Tamise sous le regard de Judith, qui récite des vers et se promet de ne pas faire le mal.
Quelques années encore et elle retrouve ses cousins ; certains sont à présent indisponibles pour cause de décès dus à la guerre et à la maladie ; avec les autres aucun lien conjugal ne se noue.
On échange des lettres, des rendez-vous se donnent où l’on se promet d’en rester là, puis c’est la belle Jennifer qui sollicite une entrevue : heureusement, elle a posé un lapin car Judith était prête à tout !
Lorsque je replace le livre sur l’étagère, ma mère me demande ce que j’en pense : j’ai la sensation d’avoir lu un livre interdit puisqu’il y est question d’amitiés «  anormales » entre filles ; ma mère l’a lu avant moi ; elle me l’a sans doute conseillé pour tester ma probité. J’aurai dû, au milieu du livre, dès qu’il est question des amies d’internat, lui rendre son bien,à ma mère,  en lui disant,  la mine choquée, que je n’irai pas plus loin ; puis demander timidement des explications sur ce qui se passe d’ »anormal » dans ce récit, et  terminer le livre  tout de même  non sans   prétendre n’avoir  pas très bien compris,
m’indigner vertueusement…
mais je ne sais pas y faire je ne dis rien, je me tais, définitivement coupable à ses yeux.

Note : "Poussière" a été réédité chez Phébus il y a un an ou deux. 

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13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 09:40

Jennifer Ehle rôle Elizabeth Bennet

Lizzie ( Jennifer Ehle)
Orgueils et préjugés Jane Austen 1813.
 

Les Bennett qui habitent dans le domaine de Longbourn ont cinq filles à marier.


C’est un problème car, en l’absence d’héritier mâle, et vu les oncles que ces jeunes filles ont la malchance d’avoir, le domaine revient  à ces messieurs. Les filles doivent se trouver un mari à la situation honorable, en ne faisant usage que de leurs charmes pour les conquérir.

Le second obstacle, c’est qu’aucune d’entre elles n’est décidée à épouser quelqu’un pour qui elle ne se sentirait aucune inclination sérieuse.

Les Bennett, enfin, n’ont, c’est le troisième obstacle, pas donné d’éducation sérieuse à leurs filles. Elles n’obtenaient des professeurs que si elles souhaitaient par elles même étudier quelque chose, et cessaient lorsque cela leur chantait.

 

A Netherfield , beau domaine près de chez elles, les filles voient arriver deux mecs : Mr. Bingley jeune et riche célibataire 4 à 5000 livres de rentes, et Mr. Darcy jeune, beau, fier, 10 000 livres de rentes.


Cela semble bien s’annoncer pour Jane Bennett et Mr. Bingley. Lizzy, la cadette, et Mr. Darcy, qui ont l'un et l'autre un peu d’esprit, débutent une relation  piquante sur le mode ironique, en se louant l’un l’autre par antiphrases.

 
 

Pendant ce temps, Kitty et Lydia, les benjamines, font la chasse aux officiers de Meryton, petite ville voisine.


Seule, Mary Bennett s’abîme dans des études compliquées qui ont le résultat, fâcheux pour sa réussite sociale féminine, de la faire parler par citations. Pire : elle ne veut ouvrir la bouche que si elle a quelque chose à dire d’intelligent!

 

Tout d’un coup, Netherfield se vide pour de mystérieuses raisons... Mr. Bingley et ses sœurs, ainsi que Mr. Darcy partent pour Londres et ne veulent pas revenir. Elizabeth décide d’enquêter…

 
  _____________________________________________________________________________________
 

Les personnages sont nombreux ; certains sont plaisants, d’autres inutiles.

Mrs Bennett, la mère,  est sotte et gaffeuse. Ces caractéristiques servent l’intrigue car elle fait fuir les prétendants qu’il faudra ensuite reconquérir.

Mrs Long, qui est une marieuse invétérée, favorise les contacts et complique les situations.

La sœur de Mr. Bingley, Caroline, et Mrs Hurst intriguent pour empêcher Lizzy d‘épouser Darcy. Les mêmes tentent de mettre Anne Darcy dans les bras de Charles Bingley.

Ces dames veulent créer des mésalliances, moins par méchanceté que pour tromper leur ennui.

Mr. Collins, le pasteur d’Hunsford, cousin des sœurs Bennett, hérite de Longbourn ; il devrait avoir de bonnes chances d’épouser une des sœurs. Homme peureux, quoique sensé, il répète sans trêve des phrases de cérémonie et de conciliation qui le font paraître extrêmement ennuyeux à ses cousines ; il épousera Charlotte Lucas amie d’Elizabeth, qui ne répugne pas à un pur mariage d’argent, et son amie la méprisera pour cela.

Charlotte n’est pas un personnage intéressant, ni drôle, mais elle est essentielle à l’action donc utile et l'on s'intéresse à elle.

 
 

  Elizabeth( Lizzie) est  ironique, intelligente, beaux yeux. Aime Mr. Darcy , met longtemps à s’en apercevoir, d’abord attirée par George Wickham, lieutenant « plein de charme douceâtre » qui doit gagner sa vie, alors qu’aucun métier ne lui convient.

Ce Darcy cultivé, orgueilleux fort riche, élégant, s’éprend d’Elizabeth qui n’est pas un parti pour lui.

Et cependant il s’y tiendra, ce qui donne au roman son allure « conte de fée ».

 

 

Lizzie et Mr Darcy

 

Lizzie et Mr Darcy

 

 

 

 

Leur relation qui se maintient longtemps sur le mode négatif, intéresse parce qu’ils se repoussent autant qu’ils s’attirent. Malgré les embûches mises sur leur route, leur lien évolue lentement mais sûrement ver la reconnaissance d’une inclination mutuelle.

Le prince et la princesse, quoique imparfaits, se retrouvent à l’état pur au milieu d’un univers réaliste qui ne cache rien des mesquineries de la société.


Mary la jeune sœur est une femme savante : elle ne trouve aucun parti. Représente l’auteur qui est restée célibataire. C’est un personnage esquissé, qu’on aimerait plus approfondi.

 

Certains personnages semblent inutiles et gagneraient à être supprimés : Kitty qui est Lydia en plus faible, n’est qu’un doublon. Les Bennett n’auraient dû avoir que quatre filles.

Mrs Hurst ne fait que « doubler » Caroline Bingley qui saurait aussi bien semer des obstacles seule.

 

 

 


 

la vieille peau

la vieille peau

 


 Jane Bennett et Charles sont là pour mettre en valeur Lizzy et Darcy : mais ils sont très conventionnels et finissent par ennuyer.

Il n’y a  pas dans « Mansfield Park »( voir l'article précédent)  de personnage "en trop "et de ce fait la composition a plus de force.


Mais dans  ce même Mansfield Park , on  subit une avalanche de sentiments chrétiens qui nous lassent sans compter la condamnation du théâtre par le jeune Edmond qui me le fait trouver assez antipathique alors que jusque là je l'avais à la bonne...


Ni dans ce livre-là, ni dans l’autre nous ne sommes dispensés d’une surabondance de lettres pour rendre compte de faits qui font progresser l'action. Ces péripéties nous parviennent de façon distanciée au travers d’une narration épistolaire.


Décidément je ne me fais pas aux longs récits par lettres !

Cependant les romans de Jane Austen ont  des qualités  d'intrigue, de suspense dramatique bien entretenu,  d'ironie fine et d'observation aiguë des moeurs de son époque.

Bah...! j'en lirai un troisième...un jour.
  Lire une  autre chronique d'Orgueil et préjugés  sur Passion des  livres
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13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 09:36
mansfield-park.gifJane Austen

Mansfield Park. roman de mœurs et psychologique.
Année de publication : 1815
Edition : 10/18.


Trois sœurs, Lady Bertram, Mrs Norris et Mrs Price ont épousé la première un Lord, la deuxième un bourgeois, la troisième un matelot alcoolique.

 Mrs Norris n'a pas d'enfant et veut être charitable pour se prouver qu'elle est bonne. Elle fait venir de Portsmouth, sa nièce défavorisée Fanny Price âgée de dix ans pour l'élever chez elle à Mansfield Park, propriété familiale commune.

Mais la fillette devra habiter chez les Bertram et à leurs frais, Mrs Norris étant, en dépit de ses bonnes intentions,  trop avare pour la prendre.

Effrayée dans sa nouvelle demeure, tolérée davantage qu'aimée, la timide et honnête orpheline à l'on confie trop souvent des tâches ménagères, trouve un allié et un confident dans la personne de son cousin Edmond, seize ans. Un tendre sentiment les unit qu'ils ne s'avouent pas.

Quelques années plus tard, au presbytère des Grant, autres résidents de Mansfield Park, arrivent de Londres deux jeunes gens de bonne mine et à la rente confortable : Mary Crawford et son frère Henry.

Edmond s'éprend de Mary, mais, cette jeune femme un peu frivole va-t-elle vouloir d'un pasteur pour époux ?

Pendant que Mary intéresse Edmond, la pauvre Fanny, telle une Cendrillon, supporte un abandon relatif mais violemment ressenti : la jument qu'elle monte lui est ravie pour permettre à Mary de faire des balades ; lors d'une excusion familiale à Sotherton, elle passe la journée assise seule  sur un banc tandis que les couples passent à ses côtés.

 


 Cepndant, Henry tente sa chance auprès de toutes les filles de Sir Thomas Bertram, et fait une cour assidue à Fanny, qui vient d'avoir dix-huit ans et va faire son entrée dans le monde. Mais Fanny, que son oncle voudrait bien marier, va-t-elle vouloir d'un époux séducteur, malgré sa fortune et son beau parler ?

Un jeune homme Yates, fait son apparition chez les Bertram pendant l'absence du chef de famille et propose de monter une pièce de théâtre, Lover's vows, un drame  au langage assez libre dont l'héroïne est une mère célibataire...

Les jeunes gens et leur mères,  investissent la salle de billard, fabriquent des costumes et des décors, se répartissent les rôles. Edmond, le futeur pasteur juge tout cela inconvenant, mais  se laisse entraîner à donner la réplique à Mary!

Fanny, encore plus choquée que lui par la pièce, se révèle incapable, dans son "innocence" d'orpheline, de jouer un rôle.

L'arrivée inopinée de sir Thomas, le père, met fin aux réjouissances, et place au coeur d'Edmond une culpabilité qui  pourrait le rapprocher de Fanny et l'éloigner de Mary.

La condamnation du théâtre comme corrupteur des moeurs de cette famille fait penser à ce qu'en dit Rousseau ( Lettre à d'Alembert sur les arts et les spectacles), trente ou quarante ans plus tôt.

 

Fanny Price : un nom qui n'est pas choisi au hasard. Ses cousines qui sont censées valoir bien davantage ne font que se vendre au plus offrant, mais à des personnages médiocres. Fanny, qui paraît l'humilité même, et qui, à la vérité se sent redevable de la faveur qu'on lui a fait de l'éloigner de son milieu social défavorisé, ne peut que désirer la richesse spirituelle.

Et cependant, pour être retournée à Portsmouth, huit ans après avoir été adoptée par sir Thomas, son oncle, elle se rend compte que l'argent est nécessaire à faire valoir une personne qui a du prix …

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25 mars 2007 7 25 /03 /mars /2007 21:46
51hLDxA87-L.-AA240-.jpgElizabeth Taylor « Angel » (1957) trad. 1988.
 

Elizabeth Taylor, (1912-1975), excellente romancière anglaise, fut éclipsée par son homonyme l’actrice.

Maintenant que François Ozon vient de l’adapter au cinéma, on lui souhaite davantage d’audience. El Taylor a écrit douze romans et plusieurs recueils de nouvelles de trente à 60 ans publiées en traduction aux éditions Rivages.

« Angel » est son cinquième roman.

Angelica, dite « Angel » est prénommée ainsi parce qu’un peu démoniaque mais elle ne fait le malheur de personne, sauf le sien.

El Taylor, s’est inspirée de la vie de Marie Corelli romancière bien oubliée qui fit les délices de la reine Victoria et la précéda de peu dans la célébrité. Pendant trente ans elle fut l’auteur de 21 best-sellers mondiaux, avant le déclin, et ses « Souffrances de Satan » se sont vendues à cinquante mille exemplaires, le jour même de la parution. Honnie des critiques et adorée des medias, extravagante, romantique, travaillant six heures par jour, et contentant des milliers de lectrices et de lecteurs avec un exotisme de pacotille.

Le roman : Angel seize ans, vit à Norley, ville industrielle des environs de Birmingham dans une modeste maison qu’elle partage avec sa mère, qui tient une épicerie. Tante Lottie a inscrit sa nièce dans une école religieuse et vient prendre le thé régulièrement pour voir si sa protégée tient ses promesses.

Pendant ses visites, elle raconte Paradise House la vie et la propriété de Madame dont elle est la femme de chambre et qu’elle vénère. Madame a une fille, et Angel a été nommée comme elle Angelica, parce qu’elles sont nées presque en même temps.

Angel, raconte aussi la vie de rêve que l’on mène à Paradise House à ses copines, y ajoutant qu’elle ne vit pas chez cette riche parente parce que sa mère a été « mésalliée et déshéritée »

Les copines bavardent, Angel doit quitter l’école sa mère s’étant trouvée très embarrassée. Feignant la maladie, Angel écrit « Heaven Castle » en s’inspirant des récits de tante Lottie, brodant sur ce canevas, rien de plus, car elle ne lit pas.

Son manuscrit atterrit chez Théo Gilbright qui pense que réécrit, le livre peut se vendre, et cela ne coûte rien d’essayer avec un petit tirage. Le manuscrit doit être sorti du cerveau ramolli d’un vieux monsieur ou d’une célibataire âgé un peu folle. L’arrivée d’Angel le plonge dans la stupéfaction.

Le roman se vend bien et devient livre de chevet de l’Angelica de Madame.

Les critiques l’abreuvent le roman d’injures le qualifient de tas d’inepties. Angel est piquée mais elle continue à écrire.

Angel a dépassé 25 ans lorsqu’elle rencontre Nora, adoratrice de ses œuvres et Esmé peintre raté qui « fait des intérieurs de pubs et des terrains vagues ». Grand, mince, délicat, il plaît à Angel. Nora devient sa dame de compagnie et, à vrai dire, la seule vraie relation de cette femme asociale.

Esmé a réussi à lire un de ses livres et lui fait un petit compliment. Angel se laisse portraiturer, emmène Esmé à Paradise House, désertée par ses occupants, qu’elle a racheté.

Esmé lui fait une déclaration d’amour de politesse ; à sa surprise elle se déclare aussi et semble sincère… Ils s’épousent et se fâchent. L’amour sexuel lui paraît « un jeu bizarre et grotesque au cours duquel Esmé et elle perdent toute dignité et leur identité même ». Elle s’y soustrait. Esmé fait le jardinier jusqu’à la déclaration de guerre part au front, voit une femme pendant ses permissions, revient amputé et déprimé, se noie dans l’étang. Angel lui fait dresser un mausolée.

Paradise House où elle s’est installée et qu’elle veut remettre en état, est un gouffre financier. Quarante ans, le succès est loin derrière, les dettes s’accumulent et Nora souffre de la goutte. Les domestiques fuient la maison qui se délabre et se remplit de chats.

Angel reçoit un jeune critique Clive Fennelly qui lui rappelle Esmé. Par ses yeux on contemple Angel vêtue de vieux vêtements, excentriques, et en loques mais qui se croit très belle et il se voit offrir des pêches toutes pourries. Elle embrasse les chats et sa chevelure est couverte de poux.

« Elles était parfois violente à l’égard des hommes, ses contemporains, comme le sont les gens qui aiment les animaux ».

Hiver rigoureux : bronchiteuse chronique, Angel arpente son domaine en ruine pour sauver un petit chaton perdu dans la neige. Le greffier s’en tire mais pas elle. Claudicante, la fidèle Nora suit son cortège funèbre, et pense « Elle n’aimera pas ça, restée couchée au cimetière, parmi les morts ».

Clive, le jeune critique est là aussi, il imagine la fin du domaine lorsque la nature reprend ses droits sur les lieux en une fort belle page.

Car le personnage principal n’est pas Angel mais le rêve d’Angel, ce qui lui a servi d’inspiration, le domaine enchanté de Paradise House.

Le roman est ironique, réaliste, sans concession, tous les personnages sont soignés jusqu’aux plus petits rôles. Angel y est un être complexe, orgueilleux, arriviste, naïf, inculte, qui flatte les goûts du public avec de mauvais romans et entretient le rêve au détriment de la pensée chez un lectorat qui lui ressemble toutes classes sociales confondues ; elle n’en sait rien, c’est pour elle qu’elle écrit. La fin de sa vie nous la rend touchante et pathétique. Elle ne réussit pas à aimer les humains et déborde d’affection pour les chiens les chats et les objets.

La deuxième partie de cette biographie imaginaire qui dépeint le déclin et la chute inexorable d’ Angel et de son pauvre empire est remarquable.

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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 09:08
Norman Levine «  Vue sur la mer »
1963 Phébus (Domaine anglais)
 
Un écrivain, sa femme, ses trois filles, des récits de voyages, la  famille, les amis. Il gagne sa vie en écrivant des récits de voyages romancés. Un type cultivé qui a épousé une femme ordinaire, excellente maîtresse de maison et mère, et tenant à le rester. Elle n’apprécie pas de tout d’être obligée de travailler à temps plein comme institutrice lorsqu’il n’y a plus d’argent à la maison. ( « Elle me punit en se refusant à moi »).  C’est du moins ce qu’il imagine…

Il ne peut être sexuellement excité par une femme que si il se sent supérieur à elle. La tentative qu’il rapporte avec l’actrice qui lui fait des avances et qu’il ressent comme «  un peu plus qu’ordinaire, il dirait même exceptionnelle » n’aboutit pas.
C’est l’histoire, la vie quotidienne d’un macho, qui se raconte sans hypocrisie ni fioriture, avec une certaine innocence. Il est né en 1924. Il fréquente Francis Bacon, il est intelligent, sympathique, et ne fait pas semblant de penser que la femme est l’égale de l’homme. La plupart sont restés comme lui mais ils le dissimulent. 
Norman Levine est canadien d'origine, mais ce roman se situe en Angleterre où il a vécu une partie de son existence et appartient à la littérature anglaise.
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23 mars 2006 4 23 /03 /mars /2006 18:51

Orlando-Huppert.jpgOrlando

Virginia Woolf  LP-Biblio

Première date de parution en 1928.


« Cette biographie que je vais m’amuser à esquisser rapidement pendant une semaine… »écrit Virginia Woolf, le 5 octobre 1927 dans son « Journal »à propos d’Orlando.

L’œuvre en question fut publiée un an après. Ce récit dont elle comptait faire un divertissement de plume était devenu un chant d’amour à son amie Vita Sackville-West « belle, brillante et inconstante aristocrate » qui lui plaisait jusqu’à la fascination.

Dans son Journal, elle précise «  Une biographie qui commence en 1500 et se poursuivra jusqu’à notre époque, intitulée « Orlando : Vita » ; mais avec un changement en cours de route ».

 

 

En 1927, Virginia vient de publier « To The Lighthouse »,(dont le sujet est la mère, en particulier la sienne)   et deux ans plus tard, sortira « Une Chambre à soi »( Consacré aux problèmes de la condition féminine). Orlando s’inscrit entre les deux, et se situe à la hauteur de ces grands romans même si ce ne devait être qu’une escapade ou une fantaisie.


L’histoire : Orlando a seize ans en 1500, c’est un aristocrate, favori de la reine Elizabeth. Sous le règne de Jacques Stuart, son successeur, se produit le Grand Gel. La Tamise est prise dans les glaces, un immense carnaval est donné. Orlando y rencontre Sacha, fille de l’ambassadeur de Moscou. Ils vivent une grande passion jusqu’à la fonte des eaux qui autorise les navires à lever l’ancre et à repartie vers leur pays natal. Sacha part sans remords et Orlando se sent trahi. » Les eaux tourbillonnantes s’emparèrent des mots que je hurlais et rejetèrent à mes genoux mouillés un pot brisé et un petit fétu de paille ».

Cet épisode  est transposé et autobiographique : c’est Virginia qui, en l’occurrence est représentée par Orlando et Vita par Sacha.

 Deux siècles plus tard, Orlando est toujours en deuil de sa passion. Le roi Charles lui offre le poste d’ambassadeur à Constantinople (Vita elle-même y avait vécu avec son ambassadeur d’époux). Un soulèvement met la ville à feu et à sang. Orlando, lui s’endort d’un sommeil comateux, une longue léthargie dans une chambre à l’écart, protégée des conflits. Il se réveille transformé en femme ; et cette mutation, dénouement de son chagrin, il la reçoit sans surprise, sans peine et sans souffrance.

 « A tous égards, vous demeurez le même […] le changement de sexe, bien qu’il change l’avenir, ne change en rien l’identité »

Lady Orlando rentre en Angleterre : elle prends la mesure des différences de conduites envers elle-même et de celles que les mœurs de la société lui enjoignent d’observer. Une société qui s’étend sur plusieurs siècles et qu’elle traverse du  haut de sa position d’aristocrate lettrée, observant les mœurs avec un détachement amusé et ironique, qui n’empêche pas les réflexions amères sur la condition féminine à laquelle elle ne se plie pas sans mal.

Nous voilà rendus à l’aube du vingtième siècle, Orlando est mariée à un navigateur qu’elle voit à intervalles lointains (« Il passe son temps à doubler le cap Horn »). Elle joue le rôle de l’épouse qui attend, adossée à un chêne, qui dès le début de l’histoire est son principal confident, évoquant « toute la variété de moi » qu’elle a vécu à travers les siècles.

Le roman s’achève sur cette phrase : « Mais je suis seule ».

Traversé de périodes de gaieté et de tristesse qui se métamorphosent rapidement, le récit s’achève sur la mélancolie.

Dans sa vie, Virginia fut atteinte de dépression au terme d’Orlando.

Orlando ne ressemble à rien de ce que Virginia a écrit auparavant.

  C’est un roman fantastique (dans le sens de «  merveilleux ») proche du conte (éternelle jeunesse du héro/ïne, transformation magique) qui épouse au fil des siècles que traverse Orlando beaucoup de formes de récits ( picaresque, amoureux, intimiste, comique, psychologique, social…).

Cet hommage à l’amie (même trompeuse) est infiniment plus juste et attrayant que l’hommage à la mère (« To The Lighthouse" la Promenade au phare  ).

 

La photo représente Isabelle Huppert dans le rôle; Orlando a fait l'objet d'une mise en scène théâtrale remarquée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 février 2006 4 02 /02 /février /2006 15:41
Dickens, Charles :  Un Conte de deux villes

 Roman historique
Année de publication : 1850
Edition : Folio  
Né en 1812, Charles Dickens aurait eu  194 ans le 7.
   

A Londres en 1775, Mr Lorry , fondé de pouvoir à La banque Tellson, et qui s'occupe des interêtes de Lucie Marette, 17 ans, française, élevée par une gouvernante, Miss Cross, est chargé d'emmener la jeune fille à Paris, faubourg Saint-Antoine, chez Mr Defarge , marchand de vin, qui cache le père de Lucie, dont il a été autrefois le domestique et auquel il reste attaché.Mr Marette, embastillé peu après la naissance de Lucie, sous la foi d'une lettre de cachet , se remet mal de sa longue incarcération.

Par ailleurs, le cabaret de Defarge sert de lieu de réunion, pour préparer un soulèvement social de grande envergure. Malgré les circonstances, Lucie retrouve son père, et les protagonistes regagnent Londres sans encombre.

Lucie y fait connaissance d'un beau jeune homme, Charles Darnay, accusé d'escroquerie, et qui risque la pendaison. Sauvé par le jeune avocat Sydney Carton, il va pouvoir épouser Lucie. Sydney est le rival malheureux Charles. Il s'adonne à l'alcoolisme, mais reste l'ami de la famille, partage leurs joies et leurs souffrances, et renonce complètement à vivre pour son propre compte.

En fait, Charles est un cousin du marquis de Saint-Evremond célèbre pour ses exactions. Il a coupé les liens avec sa famille, porte un pseudonyme, et a chargé un administrateur de s'occuper de ses terres en France. Ce dernier lui envoie un message de détresse: il a été jugé mauvais citoyen, risque le pire, Charles doit le soutenir de sa présence. Il se précipite en France, suivi sans le savoir, par Lucie, maintenant sa femme, leur enfant, et leurs protecteurs Mr Lorry et Miss Cross ainsi que son ami Sydney, lesquels avaient tenté de le dissuader sans résultat d'entreprendre ce périlleux voyage..

Le temps a passé et les événements là-bas sont bien au-delà de ce qu'on imagine même à la banque Tellson...

      Extrait

- Allons-y , alors! " s'écria Defarge d'une voix tonnante. Patriotes et amis, nous sommes prêts. A la Bastille!

Comme si le souffle de la France entière avait vociféré le nom abhorré , le flot humain se soulève en rugissant, vague sur vague, profondeur sur profondeur, et inonde la cité. Le tocsin sonne, les tambours roulent, lea mer fait rage et déferle comme un tonnerre sur cette nouvelle grève, et l'assaut commence.

Fossés profonds, double pont-levis, murailles énormes, huit grosses tours ,canons, fusils, feu et fumée. A travers le feu et la fumée!(...) Defarge le cabaretier lutte en brave de puis deux cruelles heures.

Un fossé profond, un seul pont-levis, murailles épaisses, huit grosses tours, canons, fusils, feu et fumée. Un pont-levis à bas! " A l'oeuvre, camarades! A l'oeuvre, Jacques un, Jacques deux, Jacques mille, Jacques deux mille, Jacques vingt-cinq mille! Au nom des saints ou du diable-comme vous voudrez- À l'oeuvre! " Hurle Defarge le cabaretier, toujours à son canon qui est brûlant depuis longtemps.

- A moi, les femmes! s'écrie Mme Defarge. Nous pourrons tuer tout aussi bien que les hommes quand la place sera prise!

     

Charles Dickens a voulu écrire sur la Révolution française à l'exemple de l'historien Carlisle dont il a épousé les convictions. Les atrocités de L'Ancien Régime ont provoqué " cette terrible époque", dont il décrit certaines actions spectaculaires avec brio, trouvant là l'occasion de se mesurer avec talent aux difficultés du récit épique.

Cependant l'intrigue romanesque est prépondérante dans ce roman. Les manoeuvres de Sydney Carton pour faire échapper son ami à la guillotine plaisent pour leurs suspenses et rebondissements mais son sacrifice n'est pas très vraisemblable, enfin je veux dire il agace un peu.

 
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15 janvier 2006 7 15 /01 /janvier /2006 17:45

Ivy-Compton-burnett.gifCOMPTON-BURNETT , Ivy (1892-1969)

 Frères et sœurs. Roman anglais.

L’émission de France-Culture ( ce dimanche soir)  sur Ivy Compton-Burnett, romancière anglaise que présente Christiane  Jordis, donne envie de la  (re) découvrir.

Année de publication : 1929

Edition actuelle: Gallimard (L’Imaginaire).

Andrew Stace, gentleman farmer qui va bientôt mourir laisse son domaine à Christian (son fils adoptif )et une rente à Sophie(sa fille biologique). Les deux jeunes gens, qui ont toujours vécu ensemble, font connaître leur intention de se marier. Stace s’oppose à cette union, puis renonce ,et laisse seulement une lettre dans son secrétaire «  à ouvrir après ma mort par Christian ». le mariage a lieu, puis les obsèques du maître des lieux,  mais personne ne se risque à ouvrir le secrétaire où reste à dormir le document..

Vingt-sept ans plus tard, on va fêter les vingt-cinq ans d’Andrew, premier-né du mariage de Christian et Sophie. Lui, Dinah sa sœur, vingt-quatre ans, et Robin , le petit dernier, vingt-deux, sont traités comme des enfants  attardés et vivent sous l’emprise de Sophie, dans leur ancienne nursery, rebaptisée « studio ». Robin a toutefois le droit de gagner sa vie  à Londres.  Christian, médecin surmené, connaît peu ses enfants

Pour se divertir, la famille reçoit quelques voisins qui fonctionnent en couples ou en trios, des voisins qui les envient : Le cousin Peter, bavard, et pique-assiette, sa fille, la pauvre Tylla, qui tient le ménage de ce  vieux despote, et s’occupe de son jeune frère Latimer, légèrement débile. Un autre couple de frère et sœur de l’âge des Stace, Jullian et Sarah, vivent modestement  et feignent d’avoir de l’argent. Jullian souffre de tourments existentiels qu’il énonce plaisamment ainsi : «  Comment faire pour que mon absence ou ma présence représente un vide non négligeable pour moi comme pour les autres ? »

Un quatrième couple de frère et sœur, Edward, pasteur, et Judith,  vivent dans une de certaine gêne sans le dissimuler, et tentent de se mettre en valeur  en prêchant une morale  chrétienne  qu’ils déplorent, en privé, de devoir pratiquer.

Toutes les jeunes femmes précitées voudraient plus ou moins épouser Andrew, et les jeunes gens Dinah. Mais, au vrai, ils préfèrent rester comme ils sont, car l’inceste, pratiqué ou non, reste plus fort que l’attirance pour un partenaire qui ne soit pas de la famille.

Personne chez les Stace n’a jamais ouvert le secrétaire ni lu la lettre adressée à Christian. Le secret du vieux Stace  semble trop facile à deviner pour qu’on  mette les choses au point.

Un couple de frère et sœur français, Gilbert et Caroline, et leur mère Mrs Lang, qui viennent de s’installer,  va précipiter les événements...

la technique narrative est celle des dialogues et du discours indirect libre, avec peu de descriptions. C’est sur le ton le plus ordinaire que les personnages se disent les pires  méchancetés, et avec beaucoup d’emphase qu’ils se communiquent des choses de peu d’importance. L’absence de chagrin réel de Sophie qu’elle transforme en deuil exubérant est très bien rendu. Peter, Tylla , et Latimer forment un trio comique, et Tylla se venge d’être coincée entre père grincheux et tyrannique et frère demeuré, en devenant l’une des plus belles langues de vipère de la littérature.

Ivy Compton-Burnett n’a pas sa pareille pour dénoncer l’hypocrisie sociale, le chantage affectif, la misère psychologique. Sa galerie de personnages est d’un  réalisme féroce.  

 

Année de publication : 1929

Edition actuelle: Gallimard (L’Imaginaire).
Photo : la romancière , enfant.


 

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