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3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 16:37

Livres lus cette année : 77 dont 63 sont des fictions en prose.

Ce n’est guère satisfaisant.
 

Jusqu’en 2002, je lisais de 100 à 120 livres par an, dont 1/3 de non fiction. En 2003, 73 livres seulement ont été lus, de 2004 à 2006, encore pire, ça tournait autour de 60. Maintenant je note un léger mieux, mais trop de fictions.

Nouveaux films vus : 24 seulement en salle, ça me désespère et je ne crois pas pouvoir y remédier de sitôt.

Des films fort intéressants  tels que Still life de Jia Zhang Ke, je n’ai pu en parler car c’est difficile d’en dire quelque chose à première vue. Les procédés utilisés par le metteur en scène sont si différents et tellement plus sophistiqués que ceux des occidentaux…

Des films fort intéressants  tels que Still life de Jia Zhang Ke, je n’ai pu en parler car c’est difficile d’en dire quelque chose à première vue. Les procédés utilisés par le metteur en scène sont si différents et tellement plus sophistiqués que ceux des occidentaux…

 

 J’ai bien aimé aussi Ping-pong de Mathias Luthart je n’ai écrit aucun article à ce sujet.

 

Des avis sur : La vie des autres, Très bien merci ; les Témoins ; L’affaire Lip vous les trouverez dans l’index à droite.

 Mais vous ne trouverez pas La liste de Carla :

Elle ne comporte que des noms masculins : Ratko Mladic, Ante Gotovina, Radovan Karadzic…

Ce n’est pas pour autant un carnet de bal !

Ce sont les noms des criminels de guerre, responsables du massacre de Srebrenica, et qui sont encore en fuite dix ans après les événements. Ils sont accusés de viol et meurtre tant sur des femmes que sur des hommes. Les rescapées du massacre attendent encore que justice soit faite. Elles comptent sur le Tribunal Pénal International, et surtout sur son procureur Carla del Ponte.

Marcel Schüpbach, cinéaste suisse a filmé Carla et les membres de son équipe, engagée dans une recherche qui tourne parfois à la chasse à l’homme. Recherche infructueuse souvent.

A voir aussi.
 

J’aimerais bien voir «  De l’autre côté » ; «  La Graine et le mulet » ; «  La nuit nous appartient » ; «  XXY » …

 
 
 
Blog :

Visiteurs uniques en deux ans : 33 488.

 Moyenne mensuelle : 9000 pages vues et 4100 visiteurs uniques environ.
C’est à peu près trois fois plus que l’an dernier à la même époque. Mais le blog rank lui ne varie pas ; il est toujours de 50 à 60.

 

Article les plus commenté : Dans le scriptorium Paul Auster.

La concierge qui en savait trop.
La Voix ( Indridason)
La Nuit du chasseur.
 

Cependant les commentaires sont invisibles sur le blog, de l’extérieur,  sauf les 10 plus récents. Ce qui a pour résultat que certains internautes, sans le savoir,  remettent un commentaire sur l’article qu’ils avaient déjà commenté ! Hélas, je n’y puis rien changer.

De plus, une vilaine couleur bleu foncé rend illisibles les titres des articles, sauf à poser la souris dessus. Je suis donc contrainte de répéter le titre dans le corps de l’article.

 

Les visiteurs amenés par les moteurs de recherche  demandent des choses bizarres, parfois incompréhensibles :

seche cheveux et suicide ; expression en vogue ; Ada Wong suce ;clitoris très développé ; vieille à poil ; dame rencontre jeune homme ;  la mort de Bob Dylan circonstances ; Ulysse variations ; récit pipi ; ma vie na aucun sens sans toi ; mode d’emploi de la vie ; Rimbaud dispute à propos d’un hareng ; partenaire Ophélie 04 ; le blog rose  (ici, un blog rose !! Mais où donc Google a-t-il la tête ?) Glorification du travail (!!) ; trousse d’écolier petit prix ;  inconsolable ; Jeu de Cloclo ; comportement culturel dissonant, précarité existentielle partagée; si la gauche survivait ; rempoter son géranium ;culture de bananes naines

 

Mais surtout ils demandent : commentaire composé, résumé précis et clair,  clef, sens profond,  analyse de texte, analyse textuelle… de l’Avenir d’une illusion, Madame Bovary, Miss Harriett, Sans toit ni loi, Liaisons dangereuses etc.

 
Grand bien leur fasse !
Bonne année à tous.
 
 
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16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 00:43
 Erreur 404.
 

Cet article porte le numéro 404 suivant Over-blog : le premier a été posté le 4 janvier 2006.

L’an dernier à la même époque j’ai posté le N° 220.
non, ne partez pas si vite.

A l'affiche, "les Trois Brigands " : Sarkou, Kadhafou, Fillou : ni bons ni gros ni grands...
Vous voyez que je suis l'actualité.

Si  ces propos vous ennuient encore, vous pouvez toujours écouter les chansons au compteur deezer,  à gauche.

Donc cela fait à peu près 200 par an et 1 tous les deux jours. Mais davantage en 2006, parce que c'était le début. 
Au commencement était le lien.
j' avais mis une somme impressionnante de liens en tous genre :

Même un blog cuisine " les carnets de Marie"
même Super-Toinette
même le Tiers livre
même le Quatrième pouvoir
même le Cinquième élément 
même la Langue sauce piquante,

même le le Désordre ( remarquez, le Désordre, je le lis encore :

même Michel Volkovitch ( remarquez, je le lis toujours, il m'envoie sa lettre d'info illustrée tous les mois).

même Libé  : au fait pour Libé, il y a de l'espoir, vous savez?
En effet, certains journalistes ont écrit  un article pour  faire savoir que Jean-Claude Gaudin avait été surpris à traiter les journalistes de Libé :
"
En toute légèreté, il a sévi lundi soir au siège du parti sarkozyste, rue La Boétie, à Paris, devant une soixantaine d’étudiants des grandes écoles encartés à l’UMP. Invité pour parler des prochaines municipales, Jean-Claude Gaudin a fait passer un message politique essentiel : on peut être un cancre pour peu que l’on soit «tiré à quatre épingles». Pour sa démonstration, il a cité Christian Estrosi, secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer et candidat UMP «autodidacte» à Nice : «Il a beaucoup de talents, il est toujours tiré à quatre épingles.»Pour se mettre les rieurs dans la poche, le sénateur-maire de Marseille et candidat à la présidence du Sénat a forcé son talent comique : «C’est mieux que les journalistes de Libération que nous reniflons dans les avions avec leur pull-over serpillière, leurs cheveux longs et leurs ongles sales !»"
( in Libé fr. du mercredi 13 décembre).

Vous voyez ce que ça signifie : Libé serait toujours vraiment de gauche, en somme !

Et moi je suis toujours là, à écrire.

 

80 de mes "articles" sont des récits de fiction ou des souvenirs personnels, 170 résultent de lecture de fiction, 17 d’essais ou documentaires, 48 de cinéma,  30 sont des jeux de langages,   sans compter les notes comme celles-ci qui s’adressent directement au « lecteur » et sont répertoriées  dans la catégorie «  Bouteilles à la mer ».

Commenter l’actualité culturelle politique, c’est tentant, mais je ne ferais que répéter ce que l’on dit ailleurs et mieux. Donc, je ne le fais plus.


Jacques A. Bertrand, dans son roman « j’aime pas les autres » nous dit ceci : «  J’ai toujours eu un peu tendance à croire au Père Noël … sans être vraiment dupe pour autant remarquez. Mais quand on écrit, on écrit toujours plus ou moins au Père Noël ».

Je trouve cette remarque assez juste ; et pour le «  blogging » c’est pareil.

 
90 articles ont reçu des commentaires : de un à 4 (il y en a 120 au total). J’ai dû en supprimer  une dizaine qui étaient hors de propos.
Certains des commentateurs ont laissé une adresse de site. Je l’ai mise en lien lorsque le blog me plaisait. une fois sur deux, environ.

La plupart du temps mon blog me semble vide, désert, triste.

Lorsque j’ai  visité des blogs qui, à priori me plaisaient, et que j’y laissé une trace, ils ne  sont pas venus. Alors, frustrée, tôt ou tard,  j’ai filé.
Je suis la reine du malentendu. Je me pointe toujours où il ne faut pas.

En revanche, les personnes qui  sont venues sur mon blog, l’ont trouvé seules, sans que je les  sollicite d’abord, grâce à leur grande capacité d'investigation, et aussi à leur absence de préjugés.

Elles sont peu nombreuses, et je n’ai pas à passer tout mon temps à arpenter la blogosphère.

Je vais moins sur Internet 



Certains articles sont   régulièrement « visités » d’après Over-blog :

Le Jeune homme et la vieille dame (650 visites (depuis mai)
c'est très porno, je vous préviens tout de même.

Sans toit ni loi (470 visites)
c'est  hard, je préviens

L’Avenir d’une illusion (660).
c'est long, c'est pour les couche-tard

Mais sont-ce de vraies visites ou de simple clics ? 
Ces articles n’ont pas reçu de commentaires.


Aucune discussion n’a eu lieu.


Pour achever le blog il y aura encore une douzaine de lectures dont je vais faire la liste :

Koike Mariko : Le Chat dans le cercueil.
Marie N’Diaye Mon coeur à l’étroit.
Yasuanri Kawabata : Le Grondement dans la montagne.
Henri Michaux : Passages.
Nabokov : Lolita que je relis, après avoir enregistré le film de Kubrick, vu à la télé.

 
Et aussi le DVD du film de Losey : M. Klein.

Pour les documentaires : les nouvelles mythologies (présentées par Jerome Garcin).

 

Peut-être y aura-t-il encore un certain nombre d’erreurs 404, ou peut-être aucune, je ne peux savoir.

Bonne nuit.


 
 
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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 00:00

La famille partit en vacances avec les grands-parents et la nouvelle institutrice, Geneviève. Celle-ci avait divisé les quelques cinquante leçons de lecture d'un manuel, utilisant la méthode Boscher, (syllabique) pour coïncider avec les trente et un jours.
Nous étions installés dans une petite station balnéaire de la Loire-Atlantique. La villa de Saint-Brévin se situait aux confins de la Vendée, à la porte de la Bretagne. Elle avait nom «La Langouste».lalangueoust. Des langoustes, je n’en vis guère sur la plage : l'activité des chantiers navals de Saint-Nazaire se déployait sur la rive d'en face : grues, cheminées, portions de ciel noir. Des ombres grise et fuyantes se nichaient dans les anfractuosités des rochers et fuyaient à l’approche des humains.

Je récitais mes leçons tous les matins et pouvais aller à la plage l'après-midi, le plus souvent avec Geneviève, Philippe et le bébé.

Je me répétais des lettres et des syllabes toute la journée, les buvais avec l'indigeste chocolat au lait concentré, les mastiquais en même temps que la viande à midi, les retrouvais dans le potage du soir. A la plage, on ramassait les pommes de pin, on cueillait de petits œillets odorants, Geneviève donnait le biberon au bébé et lui parlait d'une voix douce, de sorte qu'il ne vomissait pas.
Tout devait être su par cœur, par cœur, par cœur. Geneviève, un peu choquée par l'attitude de Maman, osait parfois prendre la défense de son élève : Elle fut congédiée, et disparut après le trente et un…

Un homme s'ennuyait, qui tournait tout autour de la villa, comme un détenu dans la cour aux heures de promenade. C'était  Grand-père. Son béret toujours plus enfoncé sur sa tête, ressemblait à une galette. Il portait un pull-over à motifs jacquard, que les femmes avaient tricoté. Il se plaignait du chandail trop fantaisiste et des occupations trop monotones : " Que peut-on faire ici? Il n'y a rien à visiter! " Maman répondait : " la plage, l'eau de mer, l'iode, la santé, on profite!".

Quelque temps plus tard, la famille terminait ses vacances à Louins dans l'Heur. J’aperçus le manuel de lecture posé sur l'herbe et l'ouvris avec crainte, persuadée d'avoir oublié mes leçons.
Je dépassai les pages maudites tant de fois récitées : il y avait un au-delà des leçons. Le premier s'intitulait : "La Petite poule rouge". Comment une poule pouvait-elle être rouge? Une volaille n’est-elle pas noire, blanche ou rousse ?
Page suivante, le loup Ysengrin se faisait attacher un seau à la queue pour pêcher, suivant les conseils de Renart. Il attendait, l'hiver venait, l'eau gelait autour du seau et de la portion de queue qui trempait. Renart riait. Je ris à mon tour.
Les adultes s'approchèrent, me firent relire tout haut ce dont je venais de prendre connaissance.

Je savais lire ! c'était un miracle. Le premier, le dernier.

 
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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 00:58

Juin arriva. La Montessori fit accompagner mon départ d'un discours où perçait la note du scandale. Haute, droite, jamais elle ne pencha le bloc monolithique de sa personne, pour se plaindre à Maman de ma conduite. Je n'avais même pas appris à lire! Cela m'étonna, je ne savais pas au juste ce que qui m’était demandé. Rien n'était imposé aux élèves. S'ils n'avaient pas envie de travailler, ils jouaient, et tout travail était également présenté comme un jeu. Cette liberté faisait partie d'une pédagogie avancée. Je n'avais aucune excuse, on m'avait bien reçu, on m’avait témoigné de l'affection, on m’avait proposé des activités, on avait tenté de m'intéresser.

Je n'avais pas du tout compris ce qu'on attendait de moi. Sachant qu'on m'envoyait à l'école parce qu'à la maison je ne faisais que crier, pleurer, me cacher sous les meubles, les enfants nés après moi pâtissant de cet exemple déplorable, sans compter que la surveillance opiniâtre de Maman pour éviter les catastrophes, sa recherche incessante des bons médicaments l'occupaient tout entière.

 

 Et puis le verdict tomba. Il aurait fallu savoir lire. « Elle a déjà six ans » disait la Montessori d'une voix rêche.

Les grands hommes disent: j'ai toujours su lire, je ne me souviens pas d'avoir appris. Avant même l’âge des souvenirs, ils lisaient. Jean-Jacques qui lisait avec son père. Marcel, qui assistait tous les jours à la classe de son père. Sans effort ni ennui particulier, il sut lire à la fin d’un trimestre.

Si c'était Maman qui payait les frais de scolarité, elle n'en avait pas pour son argent. Toutefois Maman ne se sentait pas dans son droit : elle ne faisait pas partie des nantis qui peuvent réclamer. D'autre part, elle n'attendait rien de cette école sauf qu'on la délivre quelques heures par jour d'un fardeau encombrant. Elle s'énerva, se sentit accusée, joignit ses plaintes à celle de cette femme, promit et jura qu'elle allait réparer le dommage causé. 

Elle recruta une jeune fille blonde aux cheveux longs. Et fit tomber la sentence : " Il faut que tu sache lire dans un mois, le 31 juillet au plus tard avant minuit. Sinon… »

Je ne me vis pas exister encore au-delà de ce trente et un. Il était impossible que je susse lire à cette date. Mon histoire pleine de bruit et de fureur ne pouvait que s'arrêter là.

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9 décembre 2007 7 09 /12 /décembre /2007 00:52

Jean ou Jeannot Lapin, un jour l’un, un jour l’autre, était davantage qu'un garçon, moins et plus à la fois. C'était une créature déjà en marge. Parfois les créatures de la marge risquent de tomber du cahier dans le décor et de perdre le support de la page; on ne sait ce qu'il en advient.

Je me tenais souvent aux côtés de cet enfant-là qui portait des pantalons longs au temps où les petits garçons étaient le plus souvent en culottes courtes, été comme hiver, à l'exception de ceux qui allaient aux sports d'hiver et portaient des fuseaux. Jeannot avait de l'élégance à ne pas exhiber ses genoux. Peut-être avait-il quelque chose à cacher. Ses cheveux étaient incroyablement longs, flottant jusqu'au milieu du dos. Quelquefois ils étaient tressés. Il portait un long tablier bleu- marine qui avait un peu l'air d'une robe. Il expliquait volontiers que s'il avait été gentil, sa mère l'habillait en garçon et l'appelait Jean. Dans le cas contraire, elle lui passait une robe et il assumait un rôle de fille, affublé alors du sobriquet Jeannot Lapin. Il lui arrivait également de porter une queue de cheval qui ne lui seyait pas. Il arrivait en classe tantôt "fille", "tantôt garçon ". Il était fier de sa condition, nullement timide, bavard même. Utilisant des intonations curieuses et sachant même ventriloquer, il savait trouver des auditeurs, et lorsque ceux-ci faisaient défaut, c’était moi qu’il irriguait de ses bavardages. Personne ne le fréquentait sérieusement. Le jour où il disposa de la trousse, je me vis contrainte de me fâcher avec lui. La Montessori l'ignorait, alors que j’endurais des châtiments répétés et humiliants (On m'envoyait souvent chez les Petits de deux trois ans pour me punir de je ne sais de quoi).

 

Sans doute Jeannot était-il très malade (On est souvent tolérant avec eux).

Avec Jeannot, on ne se battait pas. On lui donna simplement la trousse. Il se comportait comme si elle lui avait toujours appartenu et qu'il venait juste de la retrouver. Princièrement.

 
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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 17:46

    Lorsque j’eus cinq ans, on me conduisit à l’école chaque matin au pas de course. Maman l'appelait l'« école Montessori » parce qu’on y appliquait les méthodes éducatives de cette dame. Le nom réel était sans doute « Cours Bernard Palissy ».

On traversait deux boulevards extrêmement dangereux (Pereire et Berthier) et dès la rue Eugène Flachat, j’avais envie de pleurer...

"Je te préviens, tu n'as pas intérêt à…Sinon…".

C'était déjà ma troisième école. Je me souvenais des précédentes, d'avoir fait des taches d'encre sur de petits cahiers quadrillés, dessinés des bâtons brisés, des lettres tremblotantes. J’avais réussi une fois à me faire mettre au piquet, après maints efforts pour parler haut et troubler l'ordre, afin que mes camarades s'intéressent à moi. Sans résultat durable. Des instituteurs se plaignaient à Maman de mon comportement. Elle faisait toujours écho d'une voix tranchante : " Oh, je sais très bien…" et promettait le châtiment, la reprise en main.

A l'école Montessori il y avait trois sections. Je fus admise chez les Grands.

Le matin, chaque élève devait choisir son atelier. Je n'en choisissais aucun, craignant de déranger ou d'être dérangée, et jugeant que de toute manière ce serait infructueux. Je n'étais attendue dans aucun de ces groupes. Je cherchais juste un petit coin où me dissimuler. Cette attitude provoquait l’apparition d’une institutrice ou d’une assistante maternelle. Je la suivais et fréquentais toujours le même atelier, en me livrant à la même activité : compter.

 

En fin d'année, je ne connaissais toujours pas l'atelier de lecture. L'institutrice qui présidait à ses destinées, était une grande femme osseuse, rigide, toute droite, vêtue d'une robe anthracite rectiligne : lorsqu'elle s'approchait, c'était un pan de mur sombre qui s’avançait vers vous, implacable comme une déferlante. Votre souffle en était coupé.

 

Cette personne dirigeait l'établissement. Elle m’avait assez vite repérée. Je n'avais jamais de matériel de classe ni règle, ni crayons… ne parvenais pas à me procurer une simple trousse d'écolier. Tantôt je n'osais en demander une, tantôt je l'avais déjà perdue, si ce n’était un autre écolier qui s’en était emparé. Selon son humeur, Maman ne voulait pas en acheter une autre. Elle avait déjà donné, ou ne voyait pas l'utilité de cet accessoire dans une classe maternelle.

 

La jeune institutrice qui venait me chercher chaque matin était elle aussi passablement effrayée par la Montessori, et passait beaucoup de temps à ramasser tout objet traînant à terre pour le fourrer en hâte dans un casier quelconque. Il lui advint de trouver une vraie trousse, avec un contenu adéquat, une trousse inemployée, une belle trousse qui consistait en une petite boîte rectangulaire, de couleur jaune, citronnée et ensoleillée. Je regardai cet objet qui devait me sauver, et son contenu que l'on examina : gomme, crayons noirs, couleurs, taille-crayon brillant, règle plate et graduée, autant de trésors sortis d'un coffre. La jeune femme blonde serait très heureuse de me l’offrir. Un instant d'hésitation rendit possible et même effective la disparition de la trousse que d'autres mains avaient furtivement et prestement saisie avant les miennes.

 
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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 14:43



Agatha Christie est l’auteur dont j’ai lu le plus de livres :  cinquante.  Je pense que la plupart des amateurs de romans à énigmes feraient la même consta… tata… 

Ecrivons correctement !

...le même constat.

J’ai lu mon premier Agatha en 1990, en préparant le CAFB lecture publique (un diplôme qui ne m’a servi à rien, sauf à changer quelque peu de lectures…).


Une des épreuves consistait à faire, à l’oral  deux  présentations d’ouvrages « grand public »,  tirés au sort dans une  liste à lire pendant l’année.


Je me suis mise à Agatha en même temps qu’à Chandler, Goodis, Highsmith, et PD James.


J’avais déjà 35 ans passés. Je n’avais jamais lu de polar auparavant. Jusque là je lisais beaucoup de littérature dite difficile (ou expérimentale ? ou encore… ? j’ai oublié comment la caractériser) et des classiques.


L-Ile-des-morts--B--cklin.jpg

On peut dire que le CAFB m’a dépravée...

Ce premier Agatha, le Roger Acrogne, m’a profondément ennuyée, car je connaissais déjà la solution. En revanche le second, les dix petits…
je crois que l’on doit dire «  meringues chocolatées » à présent ? sans quoi l’on passe pour raciste.
Les Dix petites meringues chocolatées ?

Je dois dire que c’était une bonne surprise.
Donc j’en ai lu cinquante, miam!  de 1990 à 2003. Je vous fais la liste des meilleurs :  
 
Dix petites meringues… 
Les Sept cadrans. ( le suspense est génial) il est chroniqué sur le blog

Cartes sur table. (J’ai failli apprendre le bridge).

 La Plume empoisonnée ( il y a des personnages étoffés)

Tragédie en trois actes ( c’est mené avec brio).
The Sad Cypress ( y’a comme une poésie mélancolique).

The Murder At The Vicarage (j’ai un petit faible pour les pasteurs).

Death In The Clouds (La Mort dans les nuages) (voyez l’arme du crime originale).
The Crooked House ( La Maison biscornue). Il y a un grand-père (un géronte) une petite fille une gouvernante un toubib ( le docteur des amoureux  et Arlequin c'est Poirot ; ça ressemble à la comedia dell arte.

Les Pendules ( la construction est plus complexe que d’habitude).

Le Miroir se brisa.

11 sur 50. C’est pas mal.  
 

Le deuxième auteur dont j’ai lu le plus de livres : la comtesse de Ségur (là encore rien d’original …) J’en ai lu au moins 17 autour de 1960.

 
Là aussi je recommande :
 
La Fortune de Gaspard (un roman d’éducation un vrai).


gaspardfrolichen2.JPG


 Les Mémoires d’un âne.( Cadichon…ce pauvre Cadichon )
cadichon.jpg













Les Deux nigauds( sans blague, c’est très drôle !) .

 François le bossu (c’est à publier dans la bibliothèque noire ). 

 


Le troisième auteur   dont j’ai lu  le plus de livres ?  Pfft ! il y en une dizaine ex æquo. Je  vais tirer au sort ou faire plusieurs articles supplémentaires ?
 
 
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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 20:48
 
"Certains enseignants refusent de lire les derniers mots du jeune communiste fusillé en 1941. L'Élysée rappelle que la lecture de la lettre est obligatoire mais que les professeurs récalcitrants  ne seront pas sanctionnés
Votre avis sur la polémique.

  •  
  • OUI
  •  
  •  
  • 41%
  • NON
  •  
  •  
  • 59%

Le vote est clos. Vous êtes 12.683 à y avoir participé."


(Extrait  du Figaro.fr de ce matin  :  Titre  " Faut-il obliger les enseignants à lire la lettre de Guy  Moquet?")

C'est complètement dingue ! 

Un pas de plus vers un gouvernement totalitaire.

Maintenant l'ELysée se met à dicter les programmes d'enseignements que les professeurs doivent suivre et envisagent sérieusement de les sanctionner en cas de non obéissance !

Il existe des instructions oficielles dont les professeurs s'inspirent pour leur enseignements.
Ils ne doivent pas accepter  cette mainmise intolérable de la part d'un  gouvernement  dont les méthodes font penser  de plus en plus  au fascisme.
  




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15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 14:05
Le haïku qui n’a pas rêvé d’en composer ?

Pauvres apprentis poètes bloqués au milieu d’un infaisable sonnet, perdus dans un ennuyeux truc en vers libres qui perd tout sens à force de chercher des assonances à tout prix, faire dans la brièveté voilà qui paraît possible

Il s’agit de trouver un seul vers un seul (ouf !) de cinq syllabes sur la première ligne sept sur la seconde cinq sur la troisième ; les rimes sont intérieures.

On s’en croit capable.

Les maîtres nous disent que les haïkus furent composés pour célébrer quelque chose. En ce moment que peut-on célébrer, Sarkozy mis à part ? Rien, évidemment ! Moi je n’ai que ce mot à la bouche, comment faire autrement ?

Je flâne dans les librairies je ne vois que Sarkozy pour les Nuls, Sarkozy en dix quinze leçons, parler le sarkozy tout de suite, le Sarkozy pour tous en cent recettes simples et peu coûteuses,

Le désir selon Sarko, et même lorsque je crois tomber sur un bon gros roman sentimental comme le titre semble l’annoncer «  L’aube le soir ou la nuit », c’est encore lui qui se cache derrière.

J’allume la télé sur Arte en pensant y échapper puisque c’est la chaîne de la culture… mais là aussi à une heure de grande écoute on nous montre le bon petit Saint Nicolas en train de sauver les ptits enfants qui passaient là et que le boucher de Neuilly tentait de découper dans son saloir. En deux exemplaires puisque Sarko intervient pour aider l’acteur qui joue son rôle. Evidemment insuffisant l’acteur.

On distribue des prix Nobel je pense que Sarko aura le Nobel. Le Nobel de quoi ? Ben, le Nobel absolu. Le Nobel, le vrai. Sans complément.

 

Donc mon haïku célèbrera Sarkozy et même son identité complète
nom et prénom  sur la première ligne ah ce qu’on y aspire !

Hélas ce nom et ce prénom comptent six syllabes, une de trop. Le gène supplémentaire qui rend notre président bien aimé impropre à la poésie ?

Et pourtant, ce son obsédant qui frappe identique à lui-même la deuxième syllabe du prénom et du nom, le «  ko » le co-ko c’est tout de même quelque chose ! C’est LUI.

Cela me rappelle ce poème de Jean Tardieu qu’il me tarde de vous faire découvrir, même si vous le connaissez déjà :

 
Le Coco du bla-bla
 
Foin des chi-chis, flons-flons et tralalas
Et des pioupious sur le dos des dadas
Loin des can-cans, des bouis-bouis, des zozo,
Ce grand ding-ding faisait fi du flafla
Et fi du fric : c’était un zigoto !
 
Il a fait couic, le gaga au tic-tac
( Zon sur le pif, patatras et crac-crac !),
Dans on dodo il serra le kiki.
Mais les gogos, les nians-nians, les zazous
Sur son bla-bla ne feront plus houhou
La Renommée lui fait kili-kili.
 
(tiré de "Un mot pour un autre", Gallimard-Poésie.  1ere publication en  1951).

Il semble que pour Sarko le meilleur soit encore à venir…
Il n’est même pas mort et ça marche déjà.

 Ou peut-être vivons-nous une époque ou la mort n’ajoute rien à la gloire.

 
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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 20:09

   Par un bruineux crépuscule d’automne, que rien, à première vue, ne devait distinguer d’un de ses frères maussades, Hélène entra au BHV, et gagna le rayon des livres où elle avait ses habitudes, lesquelles consistaient à «  emprunter » deux ou trois volumes par semaines, et à remettre les produits du précédent larcin à leurs places respectives, non par remords, mais afin que sa mère, qui, sans relâche, fouillait ses affaires, restât bredouille, et que des objets aussi précieux que des livres, ne fussent point livrés aux appréciations profanes, ni ne dussent finir à l’abandon faute d’un asile convenable. Ces opérations prenaient du temps car elle tenait obstinément à les remettre les ouvrages à l’endroit exact où elle les avait dérobés.

Même par temps revêche, même sous la pluie battante, elle aimait à pérégriner le soir après la classe, contente d’arpenter les environs du lycée où elle venait d’être admise en seconde littéraire : Ses cousines avaient toutes quitté l’école en cinquième.

 

 Hélène était assoiffée de savoir : elle ne volait que des livres, de bonnes éditions munies d’un appareil critique. Elle ne répugnait pas non plus aux illustrations des Petits Classiques de l’Art, faciles à dissimuler. Toutefois, son tempérament et son âge la portaient aussi vers des aventures plus frivoles.

   Ainsi ne fut-elle pas mécontente lorsque au sortir du magasin, à peine le crachin épais recommençait-il à la transir, qu’un individu l’aborda. Elle se crut l’objet d’une mâle convoitise. Il était grand, mince, d’aspect agréable, vêtu   d’une gabardine sur un col roulé vert olive assorti lui sembla-il à ses yeux et ses lèvres fines esquissaient un sourire singulier tandis qu’elle s’entendait dire : « Jeune fille, venez avec moi ».

    Il insista quand elle haussa les épaules en détournant la tête, la mine offensée, hésitant toutefois à presser le pas car c’était la toute première fois qu’un homme encore jeune, mais déjà mature et un peu attrayant l’entreprenait.

 « C’est sérieux, vous allez me suivre ! »

 « Pour qui vous prenez-vous ? » rétorqua-elle. Au même instant, il la saisit par le bras et elle comprit. A la déception succéda   le sentiment d’irréalité d’être séance tenante officiellement hors-la-loi. En outre, elle se livrait à ce trafic depuis si longtemps, qu’elle se croyait habile autant que discrète et ne pensait plus guère à la surveillance.

   Au commissariat, les agents vidèrent son sac de classe et déposèrent sur une table le Théâtre de Pirandello, sur qui elle avait jeté son dévolu ces temps-ci, les Personnages en quête d’auteurs, la Vérité qui changeait de visage au gré des besoins et des souhaits, et même des ouvrages qu’elle n’avait pas dérobés: « Crime et châtiment »  dont elle ne se séparait pas, « l’Assommoir », que bien sûr elle étudiait en français, divers manuels de classe et la biographie de « Che Guevara » par Jean Lacouture qu’elle voulait juste remettre en rayon…la plupart des livres qu’on sortit du sac, étaient soit des «  poches »soit des livres plus onéreux mais aucun n’était relié. Certains agents lui posèrent des questions : Qu’est-ce qu’une jeune fille de son âge pouvait bien vouloir faire avec ces livres ? Ce n’étaient pas des romans pour les gamines ni pour les jeunes filles. Même pas, supposaient-ils, pour les lycéennes qui étudient studieusement leur latin. En outre, ils ne valaient pas cher à la revente… Les policiers en vinrent à la conclusion qu’elle était kleptomane, que le besoin de voler l’emportait sur l’intérêt effectif du larcin et même sur l’aspect extérieur des objets dérobés.

   Tandis qu’on appelait la famille, lasse de ce contretemps, elle s’éclipsa en pensée et entama une cogitation sur Crime et Châtiment, ouvrage suspecté mais honnêtement acquis. Etait-ce pour justifier son crime un tantinet crapuleux, que Raskolnikov inventait sa théorie selon laquelle des personnes d’intelligence supérieure étaient au-dessus des lois ou à l’inverse, commettait-il des forfaits pour expérimenter cette théorie ? Dans le premier cas, c’était un pauvre type, dans le second, un fou.

    Son père arriva. Grand, mince, anguleux, bien vêtu, agitant vivement sa cravate à pois, et fleurant une eau de toilette qui puait un brin, il salua ces messieurs avec une courtoisie qu’il voulait moqueuse et enroba sa progéniture d’un sourire de miel. 

    Il était représentant (son secteur était précisément la librairie ) pour le compte d’une société assez florissante, toutefois sa situation financière personnelle variait, dépendant de ses succès auprès de futurs clients ( presque toujours des clientes), recrutés par téléphone auquel il devait faire signer des contrats qui les contraignaient à acheter plusieurs livres par an et à accepter la « sélection du mois » qui leur était automatiquement expédiée si elles ne renvoyaient pas à temps leur coupon mensuel.

 Sa journée avait été mauvaise, des claquements de porte, des injures, et des aboiements agressifs humains et canins l’avaient persuadé de réintégrer l’appartement familial au milieu de l’après-midi. Le coup de téléphone du commissariat l’avait fait voler au secours d’Hélène, son unique enfant, qu’il imagina aussitôt tripotée par une horde de brutes vulgaires et obscènes, autrement dit des gendarmes. A y bien réfléchir, il se dit qu’Hélène, fine mais bien bâtie, vive, farouche, et quelque peu violente leur donnerait du fil à retordre. Puis, il soupira : elle s’était fourvoyée à chaparder des livres : leur petit trois-pièce en était saturé !

Hélène n’y touchait pas : les livres pratiques, les romans normaux et le «  développement personnel » lui faisaient horreur depuis quelque temps. Ses professeurs lui avaient fait la leçon.

 

     «  La télé siffle et l’écran est sillonné de zébrures. Je tournais en rond.» lui expliqua-t-il dès qu’il entra. « Cela me fait plaisir de te voir ma chérie. » Il observait à présent les flics d’un regard soupçonneux, demanda en aparté à Hélène s’ils ne lui avaient pas manqué de respect ?

      Elle détourna la tête. Lui qu’elle avait un jour giflé lorsqu’il lui avait pincé les fesses, lui qui conservait envers elle des manières veloutées, des façons ambiguës, lui, s’enquérir de la vertu des flics !

      Après que son père eût sermonné les agents qui ripostèrent et voulurent lui donner des avis du reste assez flous sur la façon d’éduquer sa fille, ils sortirent tous deux affronter l’averse. La grande aile noire de l’immense parapluie paternel jaillit soudain au-dessus de la tête d’Hélène. Le père décida qu’on irait tout droit dans un estaminet proche du grand magasin attendre que la pluie régresse.. Attablés devant une bière blonde et un chocolat chaud, ils reprirent leur entretien. Il  s’avoua navré que les livres qu’il vendait, ne puissent plus convenir à sa fille : la société ne fournissait pas d’ œuvres littéraires ni de biographies de révolutionnaires prestigieux …mais tu iras loin ! Je suis fier de toi.

Dans sa grande mansuétude, il souhaita lui donner un peu d’argent qu’elle refusa. Accepter, sans témoin, le plus petit sou de son père, lui semblait équivoque au moins depuis qu’elle était pubère. Alors, il s’emporta : « Crois-tu qu’on va aller te chercher au commissariat tous les soirs ? Suppose que je dise à ta mère  que tu es une voleuse ?  » Et le discours sur l’honnêteté « qui n’avait jamais manqué à personne dans cette famille modèle avant que l’adolescente ne vienne les couvrir de honte »… se déversa sur Hélène avec la même abondance que la pluie qui, au-dehors redoublait d’intensité.

 
 
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