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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 19:19

(Sandrine’s Case, 2013) Seuil-Policiers, 2014, 385 pages.

Ce roman relate le procès de Samuel Madison, accusé d’avoir tué sa femme Sandrine. Les différentes phases de ce procès, et les pensées et réminiscences de l’accusé nous sont présentées en alternance, ainsi que ses contacts avec plusieurs personnes proches de lui ( son avocat, sa fille, son ex-maîtresse en particulier), pendant ces dix jours de procédure.

Sandrine a été trouvée morte dans son lit. L’autopsie a montré qu’elle avait absorbé des analgésiques puissants mélangés à de la vodka. Un suicide, selon toute vraisemblance. Elle n’avait que 46 ans, mais souffrait d’une grave maladie neurologique, et, quoique encore valide, n’avait plus rien à attendre de l’existence qu’une rapide dégénérescence musculaire menant à la mort quelques années plus tard. Une raison sérieuse de se suicider.

Pourquoi donc Samuel est-il sur le banc des accusés ?

Au cours de ces journées, Sam revit les étapes de sa vie commune avec Sandrine. La nature de leur lien n’est pas tout à fait claire. Et leurs différends, semblent multiples et complexes.

Il y a vingt ans, Sandrine et Sam, alors amants, ont effectué un voyage en Méditerranée « d’Athènes à Albi » : c’est là que Sandrine a demandé Sam en mariage. Elle en était amoureuse, il s’est laissé aimer et persuader qu’il l’aimait en retour. Ils n’avaient pas les mêmes aspirations...

Juste avant son suicide, Sandrine s’était violemment querellé avec Sam et l’avait traité de » sociopathe » entre autres. Le procès fait apparaître qu’elle s’était confiée à plusieurs personnes, disant que son mari la délaissait et souhaitait qu’elle meure rapidement.

Il apparaît que tout le récit repose sur le sentiment de culpabilité. Celui que Samuel devrait ressentir et qu’il se reproche de ne pas éprouver, pour ensuite en être copieusement submergé. Il dit à un moment, se sentir comme dans le Procès de Kafka, ce qui n’est pas faux : il n’y a aucune preuve matérielle qu’il ait tué sa femme, pas davantage qu’elle ait été assassinée, et ce procès, logiquement, ne devrait pas avoir lieu.

A la moitié du récit, j’ai commencé à tiquer, ne voyant pas où l’auteur voulait en venir. Que signifie le fait que Sandrine ait décidé qu’elle aimait sérieusement Sam, parce que « c’était un homme bon » ? Est-ce qu’on est amoureux pour de telles raisons ? A mesure que le procès avance, on voit que Sam est accusé d’avoir perdu « sa bonté, sa tendresse » , de n’avoir pas su se comporter envers sa femme, dépressive à cause de sa maladie, de n’avoir pas su renoncer à ses idéaux d’écriture ( alors qu’elle n’avait pas renoncé non plus à son rêve d’ouvrir une école), d’avoir souhaité qu’elle meure ( ce n’est pas un saint, d’accord !) ; bref, un couple qui ne s’entend plus, qui ne s’est jamais très bien entendu, et qu’une maladie mortelle précipite dans la tragédie.

Je ne vois pas que Sam soit plus coupable que Sandrine ; avant sa maladie même, elle semble avoir été psychorigide comme on dit maintenant (et lui de même !). La fin ne me plaît pas.

Un récit qui au fil de la lecture devient moralisateur, une fin édifiante !

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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 09:19

2014 Gallmeister

Un quatuor venu chasser le cerf à l’ouverture de la chasse. Le grand-père, le père, le fils ( onze ans à l'époque) et l’ami de la famille, Tom. le narrateur est le fils devenu adulte.

Lieu : Californie du nord, le ranch dénommé Goat Mountain ( son sommet le plus haut a une forme de chèvre ou de corne de chèvre) deux hectares de nature sauvage où reviennent les chênes verts les pins notamment les pins blancs dont certains sont deux fois centenaires , les buissons de manzanitas ( petites pommes sauvages ???) les lézards les crotales, l’ours que le gamin n’a jamais vu, et bien sûr les cerfs.

Le narrateur a le droit de tuer son premier cerf cette année. Après, il sera un homme. Mais, avant cela, il devient un assassin !

En effet, les chasseurs aperçoivent un braconnier sur leurs terres. Tranquillement assis, su une roche à deux cent mètres d’eux, ne se cachant même pas. Ils l’observent dans le viseur de leurs armes , et invitent le garçon à jeter un coup d’œil lui aussi. Et il tire…

Le geste était intentionnel, quoique le narrateur est sûr qu’au moment de tirer il n’a pensé à rien. Il ne regrette pas son acte. Il n’a pas intégré de codes de morale où d’éthique. Les adultes ont beau le traiter d’assassin, ils ont « des règles » mais pas trop de morale non plus. Surtout, on parle peu dans cette famille…et ils sont descendants de Cheyennes , donc formés à des rites païens.

Les trois adultes ne sont pas d’accord sur la conduite à suivre : Tom veut qu’on aille voir le shérif et tout lui dire ; le père veut qu’on enterre le mort et qu’on n’y pense plus , et qu’on ne dise rien ; le grand-père veut qu’on tue le gamin ( son petit fils tout de même…) ; à partir de là tout le monde se met à délirer, chacun entre en conflit avec les autres, le gamin plus ou moins seul contre tous.

La chasse ne fait que commencer...

Le narrateur, à présent adulte, se remémore les deux jours qui ont suivi son geste. Cette terrible histoire est bien mise en scène, avec son déchaînement de violence, les sentiments étranges du gamin envers le mort ( qu’il ressent encore vivant) envers le cerf qu'il veut encore tuer.

Le moins bon de ce récit, ce sont les dissertations bizarres du narrateur adulte à propos de ses lectures de l’Ancien Testament et des Évangiles. Je n’y ai rien compris ( sinon que peut-être il cherche à justifier son geste criminel par ces textes mal digérés).

Des dissertations qui ne sont pas sans ressembler aux délires mystico-réalistes du flic de True Detective ( pour ceux qui ont vue cette série), même s’il ne réfère pas aux mêmes textes. De temps en temps c’est intéressant, mais globalement on n’y comprend rien !

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 23:33

1940 ; dédié à Annemarie Schwarzenbach

Roman américain : tragédie dans un état du sud, la Géorgie. Il y a le colonel Langdon et sa femme Alison, cardiaque ancien prof de latin, qui s’ennuie au lit, en attendant la fin. Son serviteur philippin Anaclecto, excentrique et loufoque. Un autre militaire, le capitaine Penderton, cultivé, pas forcément méchant, attiré par les hommes. Sa femme, Léonora, bonne vivante, attachée aux plaisirs charnels ( avec le colonel) aux plaisirs de la table, aux réceptions superficielles, à sa jument qu’elle adore monter. Un soldat schizophrène, Williams, pas assez atteint pour qu’on l’ait remarqué, qui lui, a remarqué Leonora. Penderton a remarqué Williams. Leonora, La belle cavalière sans malice, n’a rien remarqué. Tous ces personnages sont bien campés, sauf le colonel, sans grand relief. Mes préférés sont Alison et Anaclecto. Le film de John Huston est plus célèbre que le roman, mais le roman est très bien.

Beaucoup mieux que Frankie Adams, qui m’avait ennuyée.

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 18:36

Actes-sud 2011,317 pages.

Mike Heller 28 ans travaille en Floride à vider les maisons que leurs propriiétaires ont dû délaisser , surendetté par la crise des subprimes. Ce jeune homme a interrompu ses études et ne voit plus ses parents, suite à un drame qui a coûté la vie à son frère adoptif et dont il se sent responsable.

Ici en Floride, il a rencontré Pilar une très jeune et très brillante lycéenne. C’est l’amour, partagé en plus ! mais Mike doit s’éloigner. Pilar est mineure, et une de ses sœurs veut le dénoncer.

Mike va s’installer dans un squat à Brooklyn Sunset Park. Là il vit avec d’autres jeunes gens : Alice thésarde persévérante, Ellen artiste peintre cherchant sa voie entre Lucian Freud et Egon Schiele, non sans un petit côté…Rustin ! Et Bing, grand cœur généreux, brocanteur, à la tête d’un « hôpital des objets cassés » et bassiste de jazz.

Mike doit aussi revoir ses parents, (père, belle-mère, mère …) et peut-être reprendre contact avec eux.

Nous suivons ces personnages pendant un an environ. Je dois dire que les premiers moments passés, je me suis ennuyée, et j’ai passé des pages. En particulier celles qui concernent les parents de Mike. Le père éditeur en faillite, la mère actrice pour du théâtre expérimental, son deuxième époux, le belle-mère enseignante et dépressive, tout cela est tellement prévisible...et plein de clichés! La vie des ces personnages , pourtant intelligents et sympathiques ne m’a pas du tout intéressée.

J’étais partie sur le devenir des jeunes, et n’ai pu supporter les aînés … chez les jeunes non plus rien de surprenant , mais j’ai aimé les personnage de Bing et Ellen, un peu moins la » thésarde ». La jeune Pilar n’a guère de relief : au début elle est prometteuse ( l’ énoncé de ses pratiques sexuelles…) ensuite elle ne fait rien d’autre que d’être intelligente et jolie, et l’amour entre elle et Mike n’évolue pas. On en reste au bon vieux coup de foudre qui s’éternise. Lorsque l'intrigue devient intéressante, c'est la fin de l'histoire!

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 20:31

Philippe Rey, 563 pages.

Mudwoman est un surnom ironique, pour une femme ayant connu un destin hors norme. Chaque titre de chapitre reprend ce surnom ( Mudgirl pour l’enfance et adolescence) suivi d’un fait particulier « Mudgirl sauvée par le Roi des Corbeaux » ; « Mudwoman fait une découverte »…

Ces entrées en matière font penser à un roman feuilleton, dans lequel l’héroïne de livrerait à certaines prouesses, vivrait des aventures exceptionnelles, ou encore à certains récits réservés aux enfants.

En fait si l’histoire de « Mudwoman » est par certain côtés extraordinaire, elle est aussi désolante et semée d’échecs, et se déroule tantôt dans un imaginaire horrifique qu’il lui plaît de reconstituer, tantôt dans une enfance fangeuse, tantôt dans le monde de tous les jours, rationnel et pas moins impitoyable.

Maltraitée par une mère aliénée, qui cherche à la noyer dans un marécage (elle converse avec Dieu et lui dit "Je Te la rend" en jetant la gamine dans la boue) la fillette est sauvée tout de même. Comme dans la Bible, Isaac ne fut pas sacrifié, physiquement en tout cas.

Comme dans bien des légendes, les êtres humains sont nés de la boue ( on dit aussi le limon), la petite Jedina subit une deuxième naissance ; elle se renomme elle-même Jewell ( c’est le nom de sa sœur qu'elle espère mieux traitée... et puis Jewell fait signe à Jewel, objet précieux).

Elle deviendra pour l’état civil « Meredith Ruth Neukirchen « . Le couple qui l’a adoptée, lui garantit une existence à l’abri du besoin et lui donne de l’affection. Mais Meredith découvre qu’elle ne fait que compenser la perte de leur enfant morte quelques années auparavant, et qu'il est interdit de parler du passé. " C'est Dieu qui t'a donné à nous" lui répète sa mère adoptive.

De fil en aiguille, l’héroïne est devenue M.R. Neukirchen, enseignante dans l'enseignement supérieur, puis présidente d’une grande université. Dieu est absent à présent... Nous voilà en 2002, et elle doit prononcer son discours d’inauguration, mais au même moment elle se sent attirée par cette rivière marécageuse où se fit autrefois son terrible baptême, et s’égare dans ces contrées aux paysages tout de même magnifiques. Chaque fois qu’une responsabilité lui incombe concernant ses nouvelles fonctions, elle retourne à son enfance, se voit couverte de boue, recherche des vestiges du passé, ou s’invente une aventure incroyable, par le biais du rêve. Le lecteur a envie de croire à certaine de ces aventures (par exemple Mudwoman In extremis, digne d’un fabuleux thriller). Si seulement cet épisode avait vraiment eu lieu!

En fait Mudwoman rêve d'agression et de viol ( le thème est omniprésent dans tous les romans de Oates...) et dans la vie, elle cherche à se trouver en mauvaise posture.

L’idée de l’auteur, est visiblement de jongler entre le mythe, le roman de formation, et la critique sociale (concernant les infâmes collègues de travail de MR, conservateurs, misogynes, négationnistes, et la situation troublée des USA sur fond de guerre d’Irak). Tout cela est très bien conçu… pourtant je n’ai pas tellement aimé le roman et j'ai même failli le lâcher plusieurs fois.

L’enfance et l’adolescence m’ont plu , ainsi que certaines des divagations de l’héroïne, les descriptions de paysage, son mal-être dans une certaine mesure, mais je n’arrive pas à croire à Mudwoman présidente d’université, cela semble plaqué sur le reste. Je ne crois pas non plus à sa vie sentimentale avec un astronome amant secret, ces évocations m’ont irritée au plus haut point. On ne croit même pas à Mudwoman diplômée de philosophie, malgré, (surtout) la présence de quelques citations et réflexions sans grande portée.

Il y a dans le roman trop de répétitions ( de propos peu intéressant pour l'histoire) et les monologues de Mudwoman sont souvent très affectés, les artifices employés par l'auteur ne me semblent pas convenir aux situations. Donc, ce qu'il y a de bon dans le récit est gâté par un certain maniérisme.

Il me semble que ce roman est un peu surestimé par la critique.

Je n'avais pas non plus tellement aimé " Petit oiseau du ciel" pour d'autres raisons, et je ne pense la lire une nouvelle fois cette année.

Voir l'avis de Keisha ( pas convaincue non plus).

De Claudialucia ( très positif).

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 00:36

Actes sud, 2005, 365 pages

Le sens de « folly » est plus proche de loufoquerie, délire fantaisiste, divagation, que de démence et aliénation mentale.

Le récit débute par « je cherchais un endroit tranquille où mourir » et la suite dément immédiatement cette affirmation. Nathan convalescent presque remis d’une maladie grave, ne cherche qu’à vivre et ne veut surtout pas de tranquillité. Installé dans un appartement à Brooklyn, il rencontre par hasard, son neveu Tom, qu’il a perdu de vue, et qui travaille à présent dans une librairie à vendre des occasions et des éditions rares et anciennes. Ce neveu, étudiant brillant, a dû abandonner sa thèse de littérature, pour gagner sa vie. Tom a pour patron Harry, dont il raconte aussitôt à Tom le passé plutôt mouvementé. Autour de Tom gravite aussi la figure d’Aurore sa sœur, dont la vie est également très agitée, et dont il a momentanément perdu la trace. Nathan de son côté cherche à renouer avec sa fille : ils se sont brouillés bêtement.

Grâce à ces personnages qu’il suit de près, et dont il partage les multiples aventures, Nathan commence à écrire un livre « de la folie humaine » fourmillant d’histoires tristes et drôles, de coups du destin relançant tout le temps l’action. Il recherche avant tout la fantaisie, la joie de vivre pleinement, le mouvement perpétuel qui entraîne les protagonistes d’aventures en aventures, non sans ponctuer ses histoires de réflexions, voire de sentences.

On a un récit aimable, bavard, triste et gai, quelquefois agaçant, quelquefois très bon.

Le maître mot de ces histoires est qu’il faut pouvoir jouir de l’instant présent comme s’il était le dernier ; « assez étrangement, je n’avais pas peur ; la crise m’avait transporté ailleurs, dans une région où les questions de vie et de mort étaient sans importance. Il suffisait d’accepter. Vous preniez simplement ce qu’on vous donnait, et ce qu’on me donnait ce soir –là, c’était la mort –j’étais prêt à l’accepter ».

En dépit de passages irritants, semblables à des anecdotes un peu faciles, l’humour et la fantaisie de l’auteur emportent l’adhésion.

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 14:54

L’Olivier, 300 pages

Dans la grande banlieue londonienne, à Arlington Park la pluie tombe sur plusieurs pages, violente, insistante, dense, drue, interminable. Cette pluie, c’est l’existence quotidienne de plusieurs femmes entre trente et quarante ans, deux à quatre enfants en bas âge, des maris très occupés ( deux d’entre elles sont seules mais cela ne change rien). Des femmes dont la journée se résume à s’occuper des enfants, faire la cuisine, voire un peu de ménage, une sortie dans un magasin en groupe, un ennui incommensurable.

Juliet Randal est enseignante à mi-temps dans un lycée privé de filles. Titulaire d’un doctorat, elle aurait aimé un poste à l’université, et se sent humiliée, révoltée de son travail actuel, et de ce destin de ménagère et mère dont elle ne tire guère de joie. Amanda a cessé de travailler pour s’occuper des enfants, elle était dirigeante d’une importante société, elle n’est plus rien, et se venge sur le ménage, astiquant sans relâche, est presque heureuse au volant de sa voiture (son véhicule, elle en est le maître…).Christine a fait un beau mariage inespéré, et sa vie est bien meilleure qu’avant. Pourtant, elle est frustrée, insatisfaite, comme les autres. Solly n’a de distraction que la femme à qui elle loue la chambre d’amis, femme qu’elle jalouse, dont elle fouille les tiroirs obsessionnellement. Maisie ne fait plus ni cuisine ni ménage, son mari s’en occupe en rentrant, et c’est lui qui couche les enfants. Elle va devenir folle, il comprend.

Elles se savent privilégiées, ont de jolies maisons avec jardins, pas de gros travaux à effectuer, de bons revenus (mais ce sont pour l’essentiel ceux de leurs maris…). Les maris sont relativement compréhensifs, il y en a un ou deux qui s’occupent de tâches ménagères. Elles se fréquentent mais ne sont pas amies. Lors des réunions, le café pris en commun, la virée au magasin de vêtements, elles ne se disent rien d'important. En fait, elles sont très seules...

Juliet est la plus remontée de toutes ces femmes, c'est normal, elle possède une culture que les autres n'ont pas.

Elle n’aime plus rien ni personne ! Son mariage l’a « assassinée ». Le vendredi soir au club de lecture qu’elle anime à la bibliothèque du Lycée, elle tente d’initier les élèves à la littérature. De bonnes élèves qui ne posent aucun problème de discipline. Pourtant, elles ne sont pas très futées, le chapitre relaté en témoigne.

A propos des Hauts de Hurlevent, Juliet dit que le pasteur, le père des sœurs Brontoë assassina son épouse Maria. Les dictionnaires n’en disent rien. Je me demande d’où elle tient cette information et si elle est avérée.

On se demande pourquoi ces femmes, qui vivent dans l’aisance matérielle, ne font pas garder leurs enfants, pendant qu’elles se livreraient à une occupation sérieuse et gratifiante, rémunérée ou non ? Qui a décidé qu’elles devraient rester à la maison toute la journée ? Leur train de vie les autoriserait à faire autrement. On ne sous dit pas comment cette morne existence a été décidée ni pourquoi. Des enfants que leur mère garde, si elle est excédée et malheureuse de ce destin, ne sont pas heureux non plus, et ce n’est donc pas une bonne idée.

Personnellement, lorsque mes enfants étaient jeunes, soit je travaillais, soit je faisais des études, souvent les deux ( sans avoir d' aisance matérielle).

C’est un roman à l’image des premières pages, avec la pluie qui tombe sans relâche et l’on est souvent tenté d’arrêter la lecture. Bien que cette écriture ait des qualités, sans être spécialement inventive.

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 16:56

Christian Bourgois, 2013, 276 pages.

Chaque fois que Holly a les idées noires, elle fait claquer dans sa tête un élastique imaginaire et pense à autre chose. Ce truc lui a été suggéré par un psychothérapeute et elle s’y est tenue. Sauf que ce matin de Noël, le procédé ne fonctionne plus si bien.

Holly s’est réveillée très tard, après un cauchemar d’où subsiste un leitmotiv « c’est comme si quelque chose les avait suivis depuis la Russie »

Ce voyage en Russie, en Sibérie plus exactement, elle et son mari Eric l’ont effectué 13 ans plus tôt, pour adopter un enfant dans un orphelinat. L’enfant, ce fut Tatiana, « Bébé Tatty », âgée de quinze ans aujourd’hui.

Noël devrait être un jour heureux, un jour anniversaire, mais Holly est poursuivie par la pensée qu’une malédiction s’est abattue sur la famille. En même temps, elle doit s’occuper de tâches ménagères urgentes ; préparer un repas de fête pour une dizaine d’invités. toute envahie qu'elle est, par de sombres évocations : cette bosse qui pousse sur la main d’Eric, les nombreux deuils qu’elle a enduré dans sa famille ( A 50 ans à peine, elle est la seule survivante), son corps mutilé qu’elle n’a jamais accepté. Holly, victime ainsi que les femmes de sa famille d’un gène défectueux, avait dû, encore jeune, se faire amputer des organes génitaux. Tatiana, l'enfant parfaite, n'a jamais vu un médecin.

Tatiana est l’enfant rêvée de Holly ; c’est un poème de Wallace Stegner « Esprit d’hiver » qui a présidé à cette rêverie exotique d’une Russie légendaire, et amené Holly à adopter un bébé, forcément magnifique, arraché au sordide d’un orphelinat sibérien.

Il est maintenant onze heures et Tatiana ne se lève pas. Lorsque elle fait son apparition, elle est bizarre, absente, pensive, ou encolérée, inatteignable, changeant tout le temps de vêtements, se réfugiant souvent dans sa chambre.

La famille et les amis auraient dû arriver, mais une soudaine tempête de neige retient tout le monde sur la route, ou à la maison. L’i-phone de Holly sonne fréquemment avec pour entrée en matière Hard-Rain-s-gonna-Fall, tragique sonnerie de téléphone. Un climat de frayeur s’installe et va crescendo envahissant toute la maison les actions et objets les plus communs.La détresse de Holly s’ exprime à travers les actions et les souvenirs les plus ordinaires aussi bien que dans ses réflexions : de la vaisselle brisée accidentellement, des odeurs bizarres pas vraiment identifiables, l’évocation de poules qui s’étripent, l’accoutrement de Tatiana (cette robe noire et ces chaussures hideuses d’où viennent-t-elle ?), ces reflets bleutés qui effraient et fascinent sur le visage de sa fille, le téléphone qui renvoie un rire enregistré, et toutes les pauvres ruses de Holly pour s’écarter d’une vérité qui pourtant la serre de plus en plus près. A travers Holly et ses divagations se fait aussi entendre la voix de Tatiana, accusant sa mère de n'avoir pas pris ses responsabilités.

Holly a écrit des poèmes autrefois, mais ne parvient plus à écrire depuis longtemps. Tatiana devait en quelque sorte remplacer cette œuvre absente; mais l'adolescente en chair et en os, pose d'autres problèmes...

C’est là un monologue, nous sommes enfermés dans la conscience de Holly. Il est judicieux que ce soit écrit à la troisième personne, pour donner un peu de hauteur.

On retrouve les métaphores préférées de Kasischke sur la neige ( Les mêmes ont pu séduire dans "Un oiseau blanc dans le blizzard"), sur la fascination opérée par le sang et la viande ( on se souvient là de " La vie devant ses yeux") et il s'agit aussi de la confrontation d'une femme avec ce qu'elle savait mais voulait ignorer. On peut y voir aussi une réflexion sur les fantasmes liés au désir d'être mère, des variations réussies sur l'angoisse de mort. un récit riche et dense avec une certaine économie de moyens.

La fin nous permet de revisualiser les diverses scènes avec un supplément de beauté tragique.

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 13:43

L’Olivier, 2013, 475 pages.

Le récit se présent comme une autobiographie partielle de Dell Parsons, à présent professeur de littérature à la retraite. Son existence a été brusquement infléchie par un événement particulier à l’adolescence : ses parents ont braqué une banque en août 1960, alors que sa sœur et lui avaient quinze ans. Le couple a été incarcéré. Les enfants, peu soucieux d’être envoyés à l’orphelinat, ont fugué chacun de leur côté, la fille avec un copain, tandis que Dell a profité de ce que sa mère avait préparé pour eux en cas de malheur : partir avec une infirmière de sa connaissance, et commencer une nouvelle vie au Canada…

Dell raconte longuement les circonstances du hold-up, se basant sur ses propres souvenirs, et la relation qu’en fit sa mère en prison.

Il cherche aussi à comprendre pourquoi ses parents agirent ainsi, d’où des pages de réflexions.

Son père Bev, il le décrit comme un homme du sud ( Alabama) militaire, mis très tôt à la retraite, débonnaire, hâbleur, peu instruit, irréfléchi, toujours lancé dans des combines douteuses. Sa mère, institutrice, rêvant d’écrire, et voulant pour ses enfants une bonne éducation et des études universitaires. Classes sociales, niveaux d’étude, caractères et aspirations très différents.

Lors des faits, ils vivent depuis quatre ans à Great Falls, Montana. Ils n’ont pas d’amis, et sont coupés définitivement de leur famille d’origine.

Bev Parsons le père, se retrouve piégé, lorsque son trafic tourne mal. Des créanciers les menacent de mort. C’est ainsi que l’idée du hold-up survient. Dell détaille par le menu la chose : la façon dont le couple organise et exécute le hold-up pourrait faire rire, tant c’est naïf et risqué, n’étaient les conséquences. L’aventure prend un tour surprenant lorsque Dell s’aperçoit que ses parents sont très heureux juste avant de faire cette folie. Enfin, ils ressemblent à un vrai couple !

Lorsque Dell part avec Mildred l’infirmière pour le Canada, une autre histoire commence. Dell va vivre près de Saskatchewan, une existence dure et aventureuse… comme terre à lui promise, le Canada doit se mériter.

Un roman écrit de façon très classique, intelligent, les différentes parties du récit sont bien alternées, la narration avec du suspense et de l’action, les descriptions soignées et suffisamment évocatrices , le rendu des ambiances et du vécu excellents dans l’ensemble, les réflexions sur les événements , intéressantes, et génératrice d’une éthique de vie très américaine à mon sens, très différente de la nôtre, mais pas dépourvue d’intérêt.

Pourtant, c’est un peu long, parfois répétitif, notamment ses aventures auprès d’Arthur Remlinger : il « tire à la ligne » dans cette partie, sans que ce soit mauvais pour autant !

On aimerait qu’il raconte un peu moins ce qui lui est arrivé et davantage la vie de sa sœur (à laquelle on ne comprend pas grand-chose).

C’est une lecture à laquelle j’ai pris plaisir, et je relirai sûrement Richard Ford.

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 21:36

(The Mariage Plot)

L’Olivier, 212 USA 580 pages

C’est l’histoire de trois étudiants d’un peu plus de vingt ans, en 1982/83. Au début du récit, ils vont obtenir leur diplôme de quatrième année à Brown, prestigieuse université située à Providence ( Rhode Island. )

Madeleine étudie la littérature et souhaite faire une thèse sur le roman victorien. Ses parents, de condition aisée, sont déjà dans l’enseignement supérieur. Hélas, le jour de la remise des diplômes, la jeune fille a passé la nuit à noyer un chagrin d’amour dans une fête alcoolisée.

Le responsable est Leonard, étudiant en biologie et philo. Madeleine et lui se sont rencontrés au cours de « Sémiotique 211 » où ils étaient censés se familiariser avec les thèses structuralistes : Derrida, Foucauld, Saussure, peut-être bien Jakobson, toutes les semaines un texte intimidant et impénétrable à lire. La pauvre jeune fille soupçonne que l’on veut culpabiliser les gens qui prennent du plaisir aux récits traditionnels avec intrigues et personnages. Qu’on les prend pour des cons. C’est là que Leonard, ce beau garçon bien baraqué, a remis à sa place un étudiants et un prof, snobs et branchés. Madeleine et lui se sont aimé et haï sous le haut patronage de Roland Barthes et ses Fragments d’un discours amoureux.

Mais Leonard, atteint de psychose maniaco-dépressive, est un homme souffrant et un amoureux plus que déroutant.

Le troisième élément du trio, Mitchell, étudiant en théologie, est amoureux de Madeleine, qui ne le lui rend pas. Pas encore, pense-t-il mais cela viendra. En attendant, il prépare un voyage en Europe et en Inde avec un ami. Pour s’initier à l’hindouisme ou au bouddhisme ? Non, c’est au catholicisme qu’il voudrait se convertir. Il aimerait s’occuper des miséreux mais une sorte d’élan mystique le trouble parfois.

La pauvre Madeleine est bien mal lotie ! Cependant, attirée par Leonard, elle veut le suivre dans son enfer, sachant que Mitchell, même à l’autre bout du monde, l’attend patiemment.

Il faudra un an pour que l’intrigue se dénoue. Pour le mieux, à mon avis…

En dépit du savoir-faire de l’auteur (bonne construction ; bon dosage des dialogues et de la narration ; progression correcte de l’intrigue) on s’ennuie un peu et même pas mal en particulier avec Mitchell, ses prières, son cheminement sans surprise ni révélation. Leonard intéresse davantage, son vécu en crise à lutter contre sa maladie donne de l’intensité au récit. Madeleine, c’est la fille, et elle sert un peu trop de faire-valoir pour les deux hommes.

Bien que très brillants sujets, les trois jeunes gens ont, à mon avis, des idées bien conformistes. Leonard est darwiniste, fort bien, mais il croit que tout vient des gènes, sa maladie, et aussi l’homosexualité ! Le fait est qu’on leur donne de drôles de professeurs pour une école réputée aussi élitiste ! La première partie est amusante parce qu’assez comique. Pour le reste, on s’enlise un peu, mais il y a des moments forts.

L’auteur sait nous rendre familiers et attachants les jeunes gens ; on veut savoir ce qui leur arrive. Les professeurs et les autres étudiants seconds rôles sont efficacement croqués. En revanche, les histoires concernant les parents et frère et sœurs des protagonistes sont vraiment de trop.

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Présentation

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