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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 23:26

portrait de femme2   10/18 690 pages.

     1er publication en 1881 c’est le dernier roman de la première période de James.

 


Je le trouve intéressant, parfois répétitif, avec  de merveilleux  passages que j’ai soulignés mais que je ne parviens pas à retrouver…

Isabelle Archer, orpheline, vit à Albany dans une maison spacieuse qui va bientôt être vendue par ses sœurs qui s’occupent des aspects pratiques de l’existence.  Elle vit seule, s’ennuie un peu, rêve de voir le monde, de voyager.

Arrive Mrs Touchett, Lydia, sa tante installée en Angleterre mais qui ne reste jamais longtemps en place ; Isabel plaît à sa tante, qui décide de s’occuper d’elle et l’emmène en Angleterre dans la propriété familiale de Gardencourt. Isabel y fait la connaissance de son oncle déjà malade, de son cousin Ralph, tuberculeux, de Lord Warburton  un ami de Ralph… tout le monde adore Isabel !

Elle a pour eux un charme particulier qui tient de ses manières assez libres (en paroles) de son sens de la répartie, de son langage brillamment impertinent. Et surtout, elle ne cherche pas à se marier, comme la plupart des jeunes filles de cette époque, elle donne l’impression » d’avoir des projets personnels », mais nul ne sait lesquels, cette ambiguïté plaît.

Isabel ressemble un peu au personnage de la Bête de la jungle, un homme persuadé d’avoir un destin, qu’elle doit découvrir.

Son soupirant américain Goodwood l’a suivie en Angleterre et lui fait une cour acharnée et assez agressive. Henrietta son amie journaliste, traverse aussi l’Atlantique, elle doit faire des articles sur le mode de vie anglais.

Isabel reçoit la demande en mariage de Lord Warburton qui est fort riche, puissant, et radical d’opinions.

Elle refuse ces deux prétendants (elle en aurait trois si Ralph n’était pas malade) elle veut vivre découvrir l’Europe, voyager, avant les chaînes du mariage. Le lecteur  croit comprendre aussi  qu’elle n’est pas amoureuse de ces messieurs, elle espère pouvoir se marier par amour.

A la mort de son oncle, elle hérite d’une belle fortune, grâce à son cousin.  Son train de vie va changer. Et les coureurs de dot attendent, ayant flairé la bonne fortune. Une Mme Merle lui fait du charme à l’aide de quelques notes frappées sur un piano ; à Florence cette dame lui fait  rencontrer Gilbert Osmond quadragénaire qui se pique de culture et d’art. On se doute qu’il en veut à son argent, mais Isabel éprouve enfin le sentiment amoureux ; elle va l’épouser.

Là,  je crois que je ne la comprends plus… et je ne suis pas la seule ! Son cousin, sa tante, son amie … ils sont nombreux à avoir saisi la supercherie, mais Isabel ne veut rien savoir.

Les charmes des ces merveilleuses villes italiennes (Florence mais aussi Rome) offrent un décor propice au développement du sentiment amoureux.  Décrites par James , elles donnent envie de s’y précipiter…

D’autre part, Isabel a une personnalité complexe, qui se dévoile peu à peu différente de ce que l’on avait cru au départ.

Préfère-t-elle donner sa main à un homme sans fortune, pour être sûre de le dominer ?

Eprouve-t-elle une sorte de culpabilité à avoir hérité de tant d’argent et se croit-elle tenue de le donner ?

Est-elle paralysée par l’admiration de son bienfaiteur de cousin, condamné à être  spectateur de la vie et surtout de celle d’Isabel qu’il observe incessamment?

 

Isabel ne peut souhaiter tant que cela la liberté et l’autonomie. L’exemple de son amie Henrietta , femme relativement libérée, qui travaille pour un journal, se met en ménage, se mariera plus tard, sûre de s’entendre durablement avec son ami, Isabel ne peut le suivre. Elle est très dépendante des hommes (et même d’une femme) qu’elle écoute beaucoup trop, qu’elle endure bien trop longtemps, car elle aime être courtisée, refuser les avances, et  se faire relancer.  Une tendance au masochisme  surgit aussi, entre les lignes, et ces jeux finissent mal…

Osmond se révèle un  tyran domestique, elle sera malheureuse. Ses anciens soupirants refont leurs apparitions à plusieurs reprises (en fait, ils la suivent partout, surtout l’homme d’affaire, le collant Goodwood, dont elle ne parvient pas à se débarrasser). Etonnant !

Dans ce gros roman riche, de nombreux personnages  dialoguent abondamment,  s’expriment entre les lignes et finissent par nous perdre.

Chaque lecteur interprète à sa manière les événements. Pour ma part j’y vois une suprême ironie de la part de l’auteur, d’avoir suscité l’impression que c’est le bienfaiteur qui fait le plus de mal.

 

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 23:17

 

 

 

la Femme d'en face roman USA ; Joëlle Losfeld, 2001.

Titre original : The Divining Road., 1998.  ****


Est-ce la route du divin, de la divination, ou de la devinette? Ce roman est il vraiment religieux ?

En tout cas il raconte de façon assez captivante l’éternelle histoire de l’adultère.  Alternance de narration : tantôt l’auteur, tantôt le personnage Simon Bell, à l’état de fantôme mais qui raconte une histoire bien réelle. On est ému par la transformation de Simon Bell prenant conscience qu’il est réellement amoureux. L’auteur conduit l’histoire à la tragédie tout en évitant le mélodrame. Le ménage à trois est campé sobrement efficacement. Simon Bell-Sam Holloway-Délia.

Et aussi la vieille Betty Fowley qui cherche le trésor de son défunt mari avec une baguette de coudrier dans le terrain de golf. Et la petite Maddie Robinson. Le roman se clôt sur elle et Bob Robinson ( le père) qui veulent montrer que la vie continue,  pour Delia en tout cas.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 13:18

 

 

 

ron-rash-un-pied-au-paradis,M25887

 

Edition Le Masque, trad de l’américain.

 

 

Oconee une petite ville de Caroline du sud, dont les environs sont condamnés à plus ou moins brève échéance.  Carolina Power une entreprise hydro-électrique a annoncé qu’elle noierait  les terres alentour  pour en faire un lac artificiel. Les villageois  ignorent quand,  mais ils en sont déjà affectés.

Le shérif Alexander est  à la  recherche  d’Holland Winchester. La veille, Holland s’est saoulé dans un bar, a provoqué une rixe et exhibé des oreilles humaines qu’il se vante d’avoir tranchés à des ennemis lors de la guerre.

Le soir même, il a disparu.

Alexander suspecte Billy,  paysan pauvre et travailleur, voisin d’Holland. La mère de l’ex-soldat  a entendu un coup de feu venant de chez Billy. Elle prétend que  la femme de Billy très avenante, «  avait des relations avec Holland ». Crime passionnel, pense Alexander. Mais Billy  n’a rien à dire, continue à bêcher son champ, et le supposé cadavre reste introuvable…

Dans la deuxième partie la femme de Billy, Amy, raconte l’histoire de son point de vue, évidemment bien différent. Son mari et elle furent confrontés à un grave problème, et , pour son malheur, elle s’en fut demander conseil à la veuve Glendower, qui passe pour une sorcière…

 Trois autres protagonistes vont à leur tour rendre compte de l’histoire, chacun à sa manière, les deux derniers, vingt ans après les faits,  au moment où le pays tant aimé est noyé sous les flots.

 

Récit  bien fait, belle langue, poésie simple, rurale et  émouvante, très bon suspense. Davantage qu’un simple roman policier, un très bon roman.

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 22:25

   PointOmegaDonDelilloActes sud 2010, 139 pages.

 

     C'est la première fois que je lis cet auteur. Et c'est son dernier livre.

L'idée m'en est venue en lisant lecture-écriture. Don Dellilo est l'auteur du mois choisi    par Sibylline.

 

         Je lis peu d'auteurs américains ( en dehors de Paul Auster,  et de certaines romancières).De temps à autre je me met en devoir de lire un de ces grands auteurs, avec des fortunes diverses.  Je n'ai jamais réussi àm'intéresser à Philip Roth, par exemple.

 

       Le texte consiste en  une introduction et une conclusion intitulées Anonymat 1 et anonymat 2 ; au milieu, le récit proprement dit en 4 parties.

 

        Dans « Anonymat » un homme  regarde «  24 heures psycho » de Douglas Gordon,  œuvre –vidéo qui consiste à projeter le film d’Hitchcock «  Psychose » au ralenti, de telle façon qu’il dure 24 heures. Sans le son, faut-il préciser.

Cette œuvre est ce que l’on appelle de nos jours «  une installation ».

 

         Elle occupe une salle d’un grand musée de New-York. Voir l’œuvre en continu n’est pas possible, car le musée ferme tous les  soirs  à 19 heures. L’homme en question considère que cette expérience de voir le film au ralenti «  c’était comme du film pur, du temps pur. L’horreur du vieux film d’épouvante était absorbée dans le temps. Combien de temps allait-il devoir rester là combien de semaines ou de mois, avant que le temps du film n’absorbe le sien  ». On voit qu’il  aspire à une  expérience plus ou moins métaphysique, en tout cas capable de changer radicalement ses habitudes de pensée et de perception des choses.

 

Le spectateur est « privé de tout recours à l’anticipation ». La narration et l’histoire racontés dans le film disparaissent. A une époque où l'idée que l'espace et le temps puissent se confondre nous est familière, on est intéressé par  toute tentative d'approcher un tel mystère. On pense aussi aux deux formes d'appréhension du temps dans la philosophie grecque? l'aion( le temps cosmique) et le chronos( le temps linéaire). Bref,cela peut nousentraîner bien loin!

 

Imaginant moi-même ce que peut donner un ralenti d'une telle intensité, il me semble que le résultat doit être déréalisant, voire angoissant pour le spectateur. Le ralentissement tend vers la mort...

 

L’homme  réfléchit en regardant ces mouvements étirés en longueur »Moins il y avait à voir, plus il regardait intensément, et plus il voyait… C’était le but du jeu. Voir  ce qui est là regarder, enfin, et savoir qu’on regarde, sentir le temps passer, avoir conscience de ce qui se produit à l’échelle des registres les lus infimes du mouvement. »


La deuxième  partie du récit commence, alors que "l’homme" n’a pas terminé son investigation. A présent,  nous sommes dans une région désertique, un pays tropical,  près d’un bungalow de fortune. Un jeune cinéaste Jim Finley est venu interviewer Richard Elster, 73 ans, qui fut employé au ministère de la guerre pour  y déployer son savoir en géopolitique. «  Division des opérations spéciales, troisième étage du Pentagone, disait-il. Le muscle et la frime. »

 

A présent, retraité, il vit dans son bungalow, sans autres repères  temporels que ceux fournis par la nature.

 

Jim Finley est l’auteur d’un film atypique dans lequel il filmait « des extraits de films et des programmes télévisés des années 50 « représentant  « Jerry Lewis jour et nuit et jusqu’au lendemain, héroïque, tragicomique, surréel ».

Jim ne sait pas si Elster va consentir à se laisser interviewer. Il est son hôte depuis douze jours, ils parlent ,mais la négociation n’avance pas.

Puis arrive la fille du maître, Jessie, et cela lui fait une compagnie.

 

Cette partie est faite de propos apparemment décousus,  mais toujours en relation avec cette réflexion sur le temps :

la façon de le ressentir bizarrement, a chronologiquement. Jessie raconte «  qu’elle s’est engagée sur un escalator immobile et, ne parvenant pas à s’adapter, elle avait dû fournir un effort conscient pour gravir les marches… une espèce de marche, mais qui donnait l’impression de n’aller nulle part parce que l’escalator ne bougeait pas ». C’est là une expérience banale ( et assez déroutante ) que tout le monde a faite un jour ou l’autre…

 

Elster voudrait que le tout soit contenu dans un seul instant. Le haïku l'inspire comme forme d'art.

 

Bientôt il sera aussi question de l'oeuvre  «  24 heures psycho » que les protagonistes ont également vu, et ce qu’ils ont ressenti….Elster évoque sa formation «  j’étudiais l’œuvre de Teilhard de Chardin…il disait que la pensée humaine est vivante, qu’elle circule. Et que la sphère de la pensée humaine collective approche de son terme, de l’explosion finale ».

 

 

Le texte est donc, vous l’aurez compris une longue méditation sur les grandes questions élémentaires qu’est l’homme comment peut-il vivre, comment trouver un sens à la vie promise à la mort ect…Elster semble penser que l’espèce humaine veut retourner à la matière inorganique.

  Elster  pense-t-il réellement comme ce théologien que l'homme doit rejoindre dieu en un point oméga?

 

Ses interlocuteurs ne le contrent ni ne l'approuvent. Nous ne lisons pas une discussion suivie, ni  une suite de dialogues où chacun défendrait un point de vue argumenté. Chaque personnage parle pour son propre compte, sans véritablement répondre à un autre, chacun enfermé dans son monde, même si  tous les trois semblent parler de la même chose...

 

Là-dessus, Jessie disparaît, seul événement survenant dans ce récit....

 

Nous avons là beaucoup de réflexions intéressantes sur lesquelles le lecteur peut argumenter à sa manière suivant  ses expériences et convictions personnelles.

 

Pour découvrir Don Dellilo romancier, il faudra que je me tourne  vers un autre titre.

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 15:50

La fille tatouée

Joyce-Carol  Oates  La Fille tatouée ***

Stock Cosmopolite ( The Tattooed Girl, 2003)

374 pages.

 

 

Alma , la fille tatouée est arrivée dans la petite ville de Mount Carmel.  Vingt ans plus tôt elle naissait en Pennsylvanie dans l’Akron Valley, connue pour  son air pollué par la suie. Elle a fui sa famille usée par le travail à la mine et l’alcoolisme, la police qui la recherchait pour drogue et prostitution.

Et ce la ne fait que commencer. A peine échouée dans la première brasserie venue, elle est repérée par Dmitri, barman et proxénète à l’occasion, qui voit en elle une  aubaine….

Sur la Colline, dans une demeure cossue, désordonnée, pleine de livres, Joshua Sieg l écrivian de bientôt quarante ans est en train de traduire l’Eneide. Il est l’auteur de plusieurs livres dont »les Ombres »dans lequel  il relate la déportation de ses ancêtres juifs, récit transmis dans sa famille paternelle. Il n’aime plus ce récit, se sentant gêné d’avoir écrit à la première personne ce qu’il  n’a pas lui-même vécu.  Non seulement il ne l’a  pas vécu mais il l’a  arrangé pour que les victimes aient l’air héroïques… Il  s’inquiète aussi  de sa santé. Des symptômes lui sont apparus qui font penser à une dégénérescence  musculaire.

Joshua se cherche un assistant pour l’aider à trier ses papiers faire du secrétariat répondre au téléphone, et peut-être davantage, il ignore comment son mal va évoluer.

Aucun candidat  ne lui convient…

Il est peu probable qu’Alma la fille tatouée puisse faire l’affaire ! et pourtant, il va l’embaucher ; il n’a pas honte de ses symptômes devant Alma, et peut les lui cacher. Elle n’est pas  non plus, croit-il, en mesure de critiquer ses écrits ni de lui poser des questions gênantes et en cas de besoin, elle pourra servir d’infirmière.

Au-delà de leurs préjugés, ces deux êtres vont se trouver pris dans une relation qui va les transformer tous es deux.  La haine qu’éprouve Alma  pour son employeur, va  évoluer vers la  considération et  davantage. Joshua va pouvoir l’apprécier au-delà de ce qu’il pensait… dès lors qu’ils auront des  conversations sérieuses sur la shoah, l’antisémitisme, la  misère à Akron Valley abandonnée par les pouvoirs sociaux, les  problèmes humains fondamentaux.

Deux portraits d’être humains et l’histoire d’une relation qui sonne étonnamment juste. A mes yeux tout au moins…  Deux êtres qui réussissent à communiquer au-delà de leurs différences de classe sociale.  Mais la société autour d’eux  va se montrer stupide, féroce, impitoyable…un  récit très noir qui s’achève encore plus mal que les précédents.

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 19:40

kasischke monde parfait

 

Christian Bourgois, 2010, 332 pages.

 

Edition originale 2009  même titre.

 

Jiselle, hôtesse de l’air romanesque, vient d’épouser son beau pilote Mark Dorn. Lune de miel dans les pays les plus exotiques, argent qui coule à flot, belles fringues, bijoux de prix, bonne entente physique, mariage en grande pompe… ! Elle nage dans le bonheur…

 

En dépit des avertissements de sa mère «  Quel genre de femme consent à épouser un homme qu’elle connaît depuis trois mois ? Un homme qui a trois enfants ? Un homme dont elle n’a pas rencontré les enfants ? »

… «  Bien sûr, il y avait quelque chose en plus, en plus de l’amour, sinon pourquoi le mariage et pourquoi cette hâte ? Mais comment aurait-elle pu expliquer à quiconque le mystère étrange et fou que c’était pour elle ? Se prenant à s’imaginer en mariée, elle avait capitulé ! Et puis …le commandant Dorn ! Le plus bel homme de la terre ! »

 

Jiselle s’installe dans la propriété des Dorn, au vert, à soixante kilomètres de Chicago et vingt du premier centre commercial, avec les enfants de Mark.  Ses deux belles-filles adolescentes la détestent, la cadette ouvertement, mais elle s’entend bien avec Sam le petit dernier. Mark est veuf d’une belle femme, Joy, dont le portrait la toise en plusieurs endroits. Elle apprend à devenir « femme au foyer ». N’a aucune peine à préférer les tâches domestiques, dont elle ignore tout, au métier d’hôtesse qui était devenu une insupportable routine. En effet, ces tâches domestiques apparaissent comme de véritables conquêtes, et Jiselle se met à régner sur ce petit monde, qui va s’agrandir du fait de circonstances particulières.

 

Elle voit son époux en coup de vent entre deux escales : c’est bon pour l’amour ! La frustration entretient le désir, et elle n’apprend pas à le connaître, restant sur de bons souvenirs.

 

Un jour, Mark est retenu en Allemagne, à cause de l’épidémie de » grippe de Phoenix ». 

Après quelques temps d 'affolement,  Mark va s'effacer de sa mémoire et encore plus vite de celle de ses enfants et voisins, pour faire place à de vraies priorités...

 

Jiselle ne s’est jamais beaucoup informée de la "grippe de Phoenix", mais elle constate des difficultés croissantes. Pannes de courant, omniprésence de la maladie qui rôde insidieusement, renaissance de superstitions, relations des époques de peste par son voisin historien, communiqués peu éclairants des médias lorsqu'ils fonctionnent.

L’existence qui l’attend est  très différente de ce qu’elle avait pu imaginer…

 

L’auteur a mis en scène une détérioration des USA, qui pourrait bien évoluer comme «  La Route » de Mc Carthy, mais nous arrête à mi-chemin, détaillant avec finesse les stratégies et la volonté de survie d’un groupe plein d'entrain, dans lequel Jiselle tient le rôle principal.

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 10:58

fille-noire-fille-blanche,M28051    Philippe Rey, 2009, 378 pages.

(Black Girl, White Girl, 2006.)

 

     A la rentrée 1974, Genna Meade intègre le Schuyller College pour y débuter ses études supérieures. Cette université a été fondée par une ancêtre de sa lignée paternelle dans l’intention d’y cultiver un harmonieux mélange des races. Genna espère y trouver ses repères. Le foyer familial qu’elle a connu était confus et instable : son père, activiste gauchiste se voue à des causes généreuses, mais verse dans la délinquance, et il est toujours en fuite. Sa mère est de mœurs très libérales. La maison était envahie en permanence par des amis squatters, drogués, fêtards, hippies… on suppose «  que le FBI les espionne » .

 

        Au contraire de Genna, sa camarade de chambre, Minette, vient d’une famille hyper conservatrice  son père est pasteur, sa mère à la maison.  Elle est croyante et très pratiquante, lit la Bible et prie. Peu fortunée, alors que Genna a toujours eu de l’argent.

L’autre différence, annoncée  dans le titre  c’est que Genna est blanche, et Minette noire.

           Deux jeunes filles que tout oppose, et qui pourtant ont un point commun, la dépendance mortifère à leurs pères respectifs. Minette se récite la Bible toute la journée, Genna se récite le catéchisme du militant révolutionnaire, voulant être à la hauteur des idéaux de son père, dont elle ignore les dérapages.

Genna voudrait être l’amie de Minette. Et de toute sa famille, si différente de la sienne.  C’est même chez elle une obsession. Or Minette la tient à l’écart, s’aperçoit à peine de sa présence, pas plus que de celle des autres filles, parmi lesquelles d’autres jeunes noires, apparemment plus sociables que Minette. Laquelle n’est guère aimée. Genna ayant remarqué les difficultés de sa camarade, se consacre à sa protection.

Quelques temps après son arrivée, Minette remarque un carreau fêlé à la fenêtre, devant son bureau. Cela pourrait être la tempête qui a sévi hier. Mais pour Minette, manifestement il s’agit d’un acte malveillant qui la vise. D’autres suivront : on a déchiré son anthologie de littérature, volé un de ses gants, puis se commettent des actes à connotation ouvertement raciste. Là encore, Genna intervient pour « protéger » Minette, contre son gré semble-t-il.

Minette est persécutée : qui peut lui en vouloir ? Pourquoi les autres jeunes filles noires ne se plaignent-t-elles  de rien ?

 

Le roman ne donne pas toutes les réponses. Chacun interprète à sa façon.

 

Nous avons là un huis-clos entre deux jeunes femmes, comme dans « Solstices », dont l’une fragile psychologiquement, est  fascinée par l’autre, qui souffre d’une pathologie différente.

 

Ici, par la voix de Genna, revenant sur son passé, quinze ans plus tard, Oates réussit un portrait bouleversant de Minette, jeune étudiante noire, inadaptée, perdue dans un monde hostile, que sa situation incline à s’identifier à ses ancêtres réduits en esclavage,  et de sa descente aux enfers sous le regard impuissant de sa camarade qui peut-être ne fait qu’aggraver les choses… L’agitation bien-pensante autour de Minette et des persécutions racistes dont elle se plaint, sont dénoncées avec vigueur comme des manifestations de vaine bonne conscience.

On regrette toutefois que la défense des droits de l’homme, le socialisme, la justice sociale, soient représentés dans ce roman par des êtres aussi irresponsables que les parents de Genna !  

Genna dont l’existence, vouée à la personne de son père, son travail qui ne témoigne pas non plus d’un choix personnel, nous navre presque autant que la tragédie de Minette.

 

Malgré ses grandes qualités, encore un roman très pessimiste !

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 21:17

                                                

 

Edtions Faber paperback 1972, 258 pages                                                 

Gallimard ( L'Imaginaire) 2007, 271 p

 

 

 

C’est un des livres les plus anciens de ma PAL. Il m’attend depuis 1974, et j’en lisais de temps à autre quelques pages, sans comprendre suffisamment. Ma lecture était toujours longue et laborieuse. Mon anglais n’est pas fameux et la langue américaine m’est encore moins familière.

J’ai fini par acheter  une  traduction à laquelle j’ai eu hélas souvent recours.

C’est donc la seule œuvre de type romanesque de Sylvia Plath, écrite un an avant sa mort en 1962 .

 

Elle s’y met en scène sous le nom d’Esther Greenwood, jeune étudiante de dix-neuf ans, venue à New-York , après avoir gagné un concours organisé par un magazine, pour lequel elle a composé des poésies, histoires, et slogans publicitaires. Elles sont une douzaine de jeunes lauréates qui vont travailler à la rédaction du magazine pendant quelques semaines. Travailler pour tenter d’être admises au cours d’écriture organisé par un écrivain célèbre au mois d’août.

Mais Esther qui n’a jamais quitté  sa Pennsylvanie natale se trouve prise dans un tourbillon de sorties de soirées dansantes décevantes avec sa copine Dorreen et des types de rencontre bêtes et méchants… cela convient à sa nature exubérante mais pas à son esprit critique. Le magazine en question ne donne pas dans la littérature et elle se sent aussi dépaysée intellectuellement.

D’entrée de jeu, la narratrice éprouve un malaise encore plus sérieux ; le roman s’ouvre sur l’exécution des Rosenberg ( nous sommes à la fin du printemps 1953) qui terrifie Esther. Elle ne sait pas grand-chose de ce couple maudit, c’est l’idée de l’électrocution qui la torture…

Puis elle se sent vide comme aspirée par la fameuse cloche de verre qui la menace et revient comme un leitmotiv tout le long du texte.

E n même temps qu’elle évoque de façon très imagée, vive, cocasse, humoristique, les événements de ce mois new-yorkais,  elle revient à son jeune passé ( disparition du père ; déception sentimentale avec un étudiant en médecine particulièrement buté ; conflits avec sa mère ;

et cette curieuse expérience en montagne où, débutante,  elle s’est précipitée sur une piste de ski dangereuse, sachant qu’elle allait tomber et éprouvant une sensation enivrante…)

 

«  The thought that I might kill myself  formed in my mind coolly as a tree or a flower.

… people and tress receded on either hand like the dark sides of a tunnel as I hurtled on to the still, bright point at the end of it, the pebble at the bottom of the well, the white sweet baby cradled in its mother’s bell"

 

De retour chez sa mère, Esther apprend qu’elle n’a pas été retenue pour le cours d’écriture du mois d’août. Elle sombre dans la dépression, fait une tentative de suicide sérieuse, se trouve ballotée d’hôpitaux psychiatriques en cliniques où les traitements qu’on lui inflige sont les pires qui soient. Elle ne semble même pas avoir bénéficié d’une psychothérapie, ou alors c’était tellement succinct que cela ne lui a pas laissé de souvenirs…

Ce récit est tout ensemble terrible et comique au second degré : les portraits des personnages et situations comportent une bonne part  de dérision et d’ironie. La plupart des personnages, femmes, hommes, jeunes, vieux, professeurs, psychiatres, femmes au foyer, compagnes de classe, voisines de chambre, boy-friends,  sont ridicules ( descriptions de vêtements bizarres, de posture, de gestes, de répliques sottes) ou affligeants de bêtise. Pas épargnée non plus,  cette auteure, Philoména Guinéa, qui lui est venue en aide, en la transférant dans une clinique moins dure que la précédente :

C’est le monde où a vécu l’auteur,  et elle n’idéalise pas. Nul ne résiste à sa plume, qui l’air de rien, est bien féroce. Souvent aussi, elle engendre de belles métaphores.

 

Un très bon récit…  

 

 

Lu aussi par Titine et Lilly

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 09:20

la fille du fossoyeur

 

  Philippe Rey, 2010, 650 pages.

   Titre original » The Gravedigger’s Daughter « 

 

    Rebecca Schwart travaille dans une usine de caoutchouc pour élever son petit garcon de trios ans Niley. Nous sommes dans la vallée du Chautauqua état de New-York en 1959.

     Rebecca a aussi un mari Tignor, délinquant et violent qui ne lui donne pas d’argent, et la bat.

 

      Sur le chemin de halage qui mène jusque chez elle, un homme la suit, qui l’appelle “Hazel Jones” puis disparaît. Rebecca rêve sur ce nom, qui lui semble tellement plus léger que le sien…

 

       Le récit se poursuit par un flash back  : on remonte à la naissance de Rebecca, 23 ans plus tôt  sur le bateau qui transportait ses parents et ses frères, ainsi que d’autres juifs fuyant l’Allemagne nazie.

 

 

 

Les Schwart, juifs allemands non pratiquants, issus de la bourgeoisie moyenne cultivée, se retrouvent tout en bas de l’échelle sociale, en tant que réfugiés aux Etats Unis. Après l’éprouvante traversée en mer, le père de famille, Jacob, est employé comme fosssoyeur à Milburne petite ville de l’état de New-York. Le logement de fonction est une masure insalubre.

  La métaphore du gardien de cimetière, ne pousse pas Jacob Schwart à enterrer le passé, mais il ne peux pas non plus s'en prévaloir...c'est bien plus un mort qui garde les morts...

Envahis par les soucis matériels,  inadaptés au groupe social dont ils font désormais partie, poursuivis par un fort antisémitisme, les Schwarts se replient sur eux-même, maltraitent leurs enfants, sombrent dans la dépression et la paranoia…

 

Les flashback évoquant le passé de Rebecca alternant avec un présent guère plus réjouissant pour Rebecca. Victime des violences de son père, elle l’est aussi de son mari, épousé sur un coup de tête, pour oublier un passé traumatisant, et va bientôt fuir ce destin malheureux avec son petit garcon…

 

Un gros roman qui relate la vie presque entière de Rebecca qui va s’efforcer  de transformer son existence dangereuse et misérable, en vivant de petits travaux et de fuites  perpétuelles. Puis des périodes de sédentarité de plus en plus longues

Petit à petit la fille du fossoyeur fait son trou, rend possible à son fils l’épanouissement de ses facultés artistiques, et dans le dernier chapitre va se réconcilier avec sa filiation.

 

C’est  sa grand-mère à qui est dédié le roman, dont JC Oates a relate l’histoire, une femme courageuse et pleine de resources dans l’adversité.

Un grand roman social qui montre l'antisémitisme, la difficile intégrations de réfugiés à peine tolérés, et met en scène comme presque toujours chez Oates les relations de victimes et bourreaux, la perversion et la maladie mentale, des thèmes qui lui sont familiers.Une écriture très simple mais qui sonne juste.

 

 

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 09:18

Moon Palace

 

LP, 317 pages, 1990

 

Citation en exergue «  Rien ne saurait étonner un américain »

                                                            Jules Verne «  De la Terre à la Lune ».

 

Marco Stanley Fogg nous fait le récit de sa vie de 1965 à 1972 .

De dix-huit ans lorsqu’il arrive  à l’université Columbia à NY pour y commencer ses études jusqu’à vingt cinq ans où nous le trouvons dans un lieu fort différent ,et de toutes autres dispositions , il connut  une période qui s’avéra capitale pour son initiation.

Ce récit est tout entier résumé dans le premier paragraphe du roman qui fonctionne comme une longue quatrième de couverture.  Cette présentation laisse à penser que le roman est bien structuré. Inversement, pendant la lecture , nous aurons l'impression d'une errance sans fin.

Lisons donc attentivement ce premier paragraphe, afin de n'être pas trop dérouté  par cette histoire qui comporte sept chapitres très denses, et de fréquentes digressions.

 

A dix-huit ans, Marco quitte son oncle Victor, la seule famille connue qu’il lui restait. L’oncle, un brin désordonné, et aussi rêveur que lui, l’a persuadé que son nom Fogg le même que celui du héros de Jules Verne,  et ses  prénoms Marco Stanley étaient signes du destin :

» D’après lui, cela prouvait que j’avais le voyage dans le sang, que la vie m’emportait en des lieux où nul homme n’avait encore été. Marco, bien entendu rappelait Marco Polo, premier européen à se rendre en Chine. Stanley, le journaliste américain qui avait t=retrouvé la trace du Dr Livingstone au cœur des ténèbres africaines"

Pour commencer son aventure se déroule en chambre : les livres de son oncle rangés dans des cartons de tailles différentes lui servent de mobilier jusqu’à ce qu’il soit forcé de les vendre ( non sans les avoir lus) car il n’a plus d’argent, son oncle est décédé, et il ne cherche pas de travail.

Pourquoi chercher du travail dit Fogg au concierge de son immeuble, je me lève tous les matins, je vis, j'endure ma journée,  et je vais jusqu'au bout de celle-ci,  c'est déjà une tâche importante...

Il a parfaitement raison! 

 Il vit en mangeant très peu, en remuant le moins possible, faisant de sa grande précarité une expérience quasi mystique (Je voulais vivre dangereusement) Il va et vient dans sa chambre à présent vide, s’étend sur son matelas, consigne des réflexions dans son carnet. Il est heureux, parfois. Mais fait l’expérience que nous sommes conditionnés par la matière, car il souffre  de la faim. 

On a souvent dit que les pages dans lesquelles Fogg fait l'expérience de l'inanition étaient inspirées de "La Faim" de Knut Hamsun. Je n'ai pas lu cet ouvrage, mais à  présent j'en ai bien envie.

Expulsé de son appartement, il traîne quelque temps dans Central Park, fouillant les poubelles et regardant les étoiles.

Nous voilà en 1969, deux hommes ont marché sur la Lune «  Depuis le jour de son expulsion du Paradis, jamais Adam ne s’était trouvé aussi loin de chez lui ».

 

Pas vraiment suicidaire, Marco va se remettre et chercher tout de même un emploi : Le voilà au service d’un vieil homme en chaise roulante, Thomas Effing, un vieux despote qui lui conte sa vie ( qu'il appelle sa "notice nécrologique" )que Fogg doit ensuite dactylographier.

En dépit du caractère difficile du vieux monsieur, une relation forte s’établit entre lui et Marco, qui a souffert  du manque de père dans sa vie.

Le vieux monsieur irascible se révèle un être passionnant, et même parfois comique, lorsqu'il tient à se balader dans les rues de Manhattan un parapuie ouvert, sous un soleil resplendissant...

Les récits d’Effing lui plaisent, bien qu’il le soupçonne de mentir, en particulier lorsque le vieux monsieur évoque son passage dans une caverne pleine de bandits de trésors de pillage, qui semble sortir des Mille et une nuits, et d’autres aventures à caractère  plutôt « Robinsonniennes « 

Fogg continue à rêver, encouragé par son mentor» le projet Apollo. Apollon dieu de la musique. L’ouest, la guerre contre les Indiens ; la guerre au Vietnam, jadis appelée l’Indochine. Je me disais : armes bombes explosives nuages nucléaires dans les déserts de l’Utah et du Nevada ; et puis je me demandais Pourquoi l’ouest américain ressemble-t-il tant au paysage de la Lune ? »

Marco apprend à décrire ce qu’il voit dans la rue pour en faire le récit à son patron ; ce dernier prétend être aveugle ( Marco n’en est pas sûr…) et l’oblige à des descriptions minutieuses ;  Ces exercices lui apprennent à écrire !

Ce roman est sympathique car fort optimiste. Faire de pareilles rencontres lorsque vous êtes seul, attaché à la solitude, et indigent, cela relève du rêve ou du conte.

Le héros est agréable le récit parfois poétique, toujours aventureux.

Les histoires s’emboîtent les unes dans les autres. Fogg raconte quelques années décisives de sa vie, Ce faisant, il rapporte l’histoire de la vie de Thomas Effing le vieux monsieur qui en fait son « nègre » en quelque sorte.Son nègre , et davantage encore...

Et la relation de la vie contient aussi celles de Blakelock peintre et ses toiles «  au clair de Lune » , des toiles très étranges, poétiques sans être romanesques qui entraînent une réflexion sur l'art et ses buts; de Samuel Barber, autre personnage qui revêt une grande importance tant pour Effing que pour Marco. Puis viendra la relation du livre de Barber, véritable conte de science fiction…

 

Livre ambitieux, car voulant nous donner la mesure de l’imaginaire américain,   souvent intéressant, parfois poétique, d’une intelligence aigüe, avec des passages comiques.

Mais aussi des longueurs impitoyables. J’ai passé une cinquantaine de pages sur 317, car certaines histoires ne font que répéter les précédentes.  Ce qui est faible dans ce livre, c'est la relation sentimentale avec une jeune chinoise, qui reste bien conventionnelle, mais qui occupe une trop grande part du récit. De même, le personnage de Samuel Barber est...barbant.

 

Dans l’ensemble je m’attendais à apprécier beaucoup plus ce roman. Dès que Fogg en a terminé avec l'excentrique vieux monsieur Effing, le récit m'a moins plu. Le héros semble fluctuant, on sait qu’il recherche son père, à travers ses pérégrinations, mais il ne semble pas pour autant tendre vers un but pour lui-même.

Le roman d’ailleurs, à mon sens ne s’achève pas !

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