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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 10:53

Juillet 1981.


L'arbre grimpe sur deux ou trois mètres  avant de former une fourche d'où partent deux grosses branches  dont la courbure imite deux jambes à demi repliées, battant l'air de façon  gauche.  Plus haut encore, la ramure se déploie généreusement et dans le plus grand désordre. Vivre auprès d'un grand arbre présente des avantages donne un sentiment de sécurité, cependant Guillaume  ne veut pas reprendre la maison, vivre dans la proximité de souvenirs d'enfance qui parasiteraient son existence future.  Alors je vends, dit Eve. J'ai vécu dix-huit ans ici, Alida dix-sept, Guillaume  six à temps complets, et cinq à temps partiel...

 

Guillaume contemple l'arbre :

-La première chose que j'ai faite, lorsque nous avons emménagé ici, ç'a été de grimper aussi haut que possible ...

Nelly imagine des ruches et des pots de miel de tilleul, des pots ovales joliment incurvés  comme des flacons de parfum, des arbres fruitiers nantis d'une couronne  neigeuse à la belle saison .

Elle n'y tient pas vraiment et préfére les quelques plantes en pot gratifiées d'un coup d'oeil  plusieurs fois par jour, et jetées au bout d'un mois, faute de soins rationnels, ainsi que  le bouquet de fleurs séchées qu'elle accroche au plafond du séjour à la place  d'un lustre. La maison qu'ils achèteraient n'aurait pas de jardin.


 Les Wilson, elle les a endurés.

  Terrifiée de présenter Melk à Alida, elle l'a trouvée hypocrite avec son accueil trop chaleureux.  Elle l'a scruté, l'enfant, durant toute l'entrevue. Personne ne voulait croire que Melk était l'enfant de Guillaume,  lui-même ne le croyait sans doute pas profondément. Par malheur, ils n'avaient aucune espèce de ressemblance physique.  C'était même pour cela qu'ils s'entendaient si bien.


-Monté jusqu'où ? demande Melk.

- Jusqu'aux fenêtres du premier étage.


Guillaume et Eve se sont raccommodés sans se  réconcilier : Eve avait répondu présent à un faire-part l'avisant de la naissance de Camille le 17 mai. Trois jours plus tard, à deux heures de l'après-midi, il entrait dans la chambre de la maternité, avec un bouquet de glaïeuls qu'il tenait maladroitement en les écartant de lui. Nelly  se rappelle qu'ils ont évité les questions en suspens, discuté du nouveau-né et du nouveau gouvernement, autant de sujets bienvenus pour ignorer  le passé. Guillaume se réjouissait de l'arrivée de Camille mais pour le gouvernement il aurait préféré Rocard. « Je soupçonne ton inclination d'être sentimentale plus que politique » avait dit Eve, qui lui avait expliqué longuement ce qu'il conjecturait de la situation d'alors. Jamais ils n'avaient été plus loin et Guillaume éprouvait toujours un malaise à le voir.


- Et qu'as-tu vu ?

   -   Moi-même  dans le reflet.


  - Ce costume est joli, apprécie Eve. Lui mets-tu souvent des robes ?

   -Quelquefois ».

Nelly reste évasive. Elle a acheté une dizaine de robes, et accessoire divers pour le premier âge féminin, de toutes les couleurs et de toutes les formes, et les a parqués dans l'armoire sans s'en vanter, craignant qu'on ne lui dise qu'elle jouait à la poupée. Camille change de tenue plusieurs fois par jour. La robe à bretelles et le pull à manches courtes sont en fin lainage d'un jaune légèrement orangé, assez pour éviter le qualificatif « poussin. »

Eve et Guillaume rivalisent de concert pour expliquer au gamin ce qu'est un reflet, et les voilà  donnant une définition de l'acte de voir.


Nelly les laisse s'embourber dans une discussion invraisemblable où Guillaume qui tente toujours, mine de rien, de prouver à son père qu'il n'est pas vraiment  con, perdra la partie une fois encore, vis-à-vis d' Eve, mais pas de Melk... Elle s'éloigne vers la limite inférieure du jardin et s'assied derrière un massif  de verdure. Protégée par la ramure, elle sort de son sac à main  le porte feuille, en extirpe  la lettre chiffonnée qui  se dissimule  entre sa carte de prof et sa carte de groupe sanguin.


Chère Nelly

Je t'écris du septième étage de l'université X ; j'y suis magasinier et j'envoie des thèses de doctorat et de troisième cycle au rez de chaussée suivant les besoins des étudiants et chercheurs ;  j'aime bien ce travail car je suis seul  toute la journée et il  s'écoule environ une heure parfois davantage avant que je ne reçoive des nouvelles d'en bas.  En ce moment, je fume, je bois un café pris au distributeur de boissons et  j'écoute  une chanson que j'adore  «  Somewhere lost in this lonely crowd/ Is a man who swears he's not to blame/ ALl along  the day  I hear him shout so loud/ Crying out that he's been framed..."

Tu devines que cet homme ce n'est que moi ;  et aussi sans doute que je suis toujours avec Isabelle ; je ne gagne pas assez pour partir, et il y a des complications ( elle a voulu un enfant...) . 

 Une chanson que j'aimerais encore davantage si le refrain pouvait me concerner « I see my light is shining/ From the Western to the  East / Any day now,any day now/ I shall be released..."

Mais il n'en est rien.

C'est ce que j'avais à  te dire. A te dire à toi ou à Guillaume ? Je ne sais pas.  A toi de  savoir. Tu peux m'écrire en poste restante... »


Nelly lit la missive à Camille  qui ne tète plus et ne dort pas. Non sans chantonner la ballade : le bébé commence à pleurer assez fort. Nelly cesse puis reprend son chant d'une voix plus aiguë, provoquant une recrudescence de  protestations. Elle doit s'interrompre. Chuchote à sa fille  « Je chante faux ou quoi?

Que dois-je faire à ton avis ? ».

 





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Published by Dominique Poursin - dans Guillaume W, récit à épisodes
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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 10:50

Guillaume était à peine vêtu d'un tee- shirt et d'un caleçon de bain, nu-pied et pas rasé.  L'air épuisé de qui n'a pas dormi depuis plusieurs semaines.  En compagnie de Nelly  en pantalon de coton noir, et petit chemisier Vichy boutonné de travers, qui avantageait ses formes généreuses, alors qu'il s'attendait à le trouver avec Song.


Et d'un enfant qu'ils tenaient par la main.


Guillaume lui présenta Nelly, ils admirent s'être déjà vus, et Melchior, notre fils.  Eve fut contraint d'être enchanté comme les convenances l'y obligeaient. Guillaume avait renoué avec elle... la fille de la pleine lune... moins intéressante que Song qui était belle, noble de sentiments, pourvue de dons artistiques. 

Et puis Nelly avait eu un enfant, et Guillaume était assez bon pour l'avoir adopté.

Sur la table basse, au premier ils avaient ouvert une bouteille de lait, tous les trois, et trempaient leurs doigts au goulot tout à tour pour en cueillir la crème, se disputant .joyeusement.

Nelly s'éloigna vers la fenêtre :Le fleuve s'étirait paresseusement avec des remous de vaguelettes ombrées de gris . Plus loin, une surface argentée et brillante, la masse échevelée d'une avancée de terre dont on percevait les feuillages de saules. Elle évitait Eve, évidemment mécontent de .la nouvelle situation.

 

Il y a aussi ce petit tableau nouvellement accroché au mur. Du brun que venait rehausser des touches de jaune de diverses nuances en éventail et en petites gerbes. Au centre, neufs carreaux bleu et blanc. L'ensemble était mortifié par deux emplâtres gris sur les côtés. Les couleurs  contrastaient mordaient s'infiltraient les unes dans les autres.   Que penser de cela ? ... Eve se souvenait de dessins à la plume, et au fusain,du  "tronc se reflétant dans l'eau".


-C'est complexe, fit-il, désignant du menton le tableau. Toutes ces couleurs inégalement réparties, c'est particulièrement subtil. J'aime l'élément noir au milieu, continua t'il, suant à grosses gouttes. Est-ce de toi?

Guillaume acquiesça.

-. Chaque fois qu'on le regarde on n'y voit pas la même chose, dit Nelly  dans un effort désespéré de conversation....

 Eve sut également que Guillaume allait bientôt déménager pour rejoindre Nelly et Melk, il exercerait comme professeur dans un lycée ou un collège ?

Comme tu veux, soupira Eve. On vient de créer un capes d'arts plastiques.


Guillaume partit chercher des bières dans la cuisine, Eve le suivit. Il admira une nature morte aux huîtres, une copie d'un tableau célèbre qui décorait le mur... engagea à nouveau la conversation, parla des natures mortes au poisson que Guillaume aimait bien copier autrefois. La Raie. Guillaume? la Raie,  il ne peut plus la regarder en ce moment. 

Que s'est-il passé ? dit enfin Eve.

Song est partie quelque part en direction d'Andrew. Elle et moi c'était du flan, lui dit Guillaume.

A bout de force, Eve ne put s'empêcher de lui demander s'il connaissait cet enfant depuis longtemps, s'il était sûr de sa paternité.


Guillaume le gifla et fut giflé en retour. C'était la première fois qu'ils en venaient aux mains. Ils s'observèrent avec stupeur

«  Nous sommes bêtes... » fit Guillaume, mais Eve se retira sans un mot, sans un regard, sans un bruit.

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 10:28

   Tard dans la matinée.

 

-J’ai lu ta pièce, enfin celle qui t’as inspirée pour Melchior…l’Eveil du printemps… c’est donc moi, ce type lâche, ce Moritz, ce mauvais élève qui rêvasse dans sa tombe, en regardant les turpitudes des imbéciles qui s’agitent en tous sens ? Et puis Melchior, il doit devenir le héros ? Combattre, avoir la réussite économique, gagner la princesse. S’il savait, pauvre enfant !

-Tu n’as pas compris.


   Guillaume et Nelly parlent depuis la veille au soir de leur vie future, du passé, du présent, mêlant les trois temps et les divers projets qu'ils tentent d'élaborer. Chacun raconte son histoire  y mêlant la troisième qui leur est déjà commune depuis peu. Les gestes se heurtent aux paroles dans un désordre tout ensemble joyeux tendu et violent.  Guillaume tremble un peu,  comme un vieillard, comme un enfant , comme un homme.

   

Il reproche à Nelly son attirance pour d'autres que lui, pour Andrew, qu'elle ne déteste que parce qu'il l'a repoussée. Elle nie. Il éclate : tu convoitais Andrew avant moi mais les appas trop visibles le rebutent. D'où cette aversion pour ton corps que tu ressasses toujours, inconcevable, si je comptais vraiment pour toi. Nelly pleure d'être  devinée en partie. Elle ne pourra pas tout dire...


Quand elle reprend son souffle, c'est pour mettre en évidence la cour assidue que Guillaume faisait toujours à des danseuse brunes, médiocrement touchées par ses feux, et le méchant second rôle qu'elle a si souvent joué de celle qui se donne, et que l'on prend, faute de mieux. Guillaume dément avec force.

Finalement, ils convinrent que  depuis deux jours  au moins, et neuf ans au plus, ils s'aimaient.


   Nelly  s'inquiète de Melchior. Pourquoi ne donne-t-il pas signe de vie ? Il aurait dû frapper à leur porte et même entrer ou appeler. Il explore la maison, disait Guillaume, il est peut-être descendu à la cuisine, pour chercher de la nourriture ? C'est très dangereux, je me lève. Elle en était à son cinquième je me lève, lorsqu'ils entendirent  le carillon. « C'est ton cousin, fit Nelly. Ce Stubborn.

-Pourquoi le nommer ainsi ?

-C'est que je le trouve stupide et borné.

 -Mais, « Stubborn » ne signifie pas «  stupide » ni même «  borné ».

- je le sais, Nelly se leva en hâte, repoussa ses cheveux emmêlés, je vais dans la salle de bain, reçois le comme tu veux.


Au premier,  Guillaume aperçut Melchior assis sur la moquette qui trempait une tranche de pain de mie dans un pot de Chrismas Fruit, suçant délicatement la peau des prunelles. En même temps, il discourait avec un petit personnage bleu auquel on avait peint des cheveux blonds : une fille. Une naine de Blanche-Neige.

 L'enfant ne voulut pas lui montrer le jouet et manifesta une hostilité manifeste. Lorsque Guillaume lui proposa une boisson, il refusa au motif c'était Mathieu qui lui préparait son chocolat.

« Je n'ai pas de chocolat, fit Guillaume ; après un instant de silence. Et c'est moi qui m'occupe de ton déjeuner désormais. »

Pourrait-il un jour parler de Mathieu à Melk  et de quelle manière ? La sonnette retentit encore.

Il fallait répondre.

Ils regagnèrent le living, où prenait l'escalier, le gamin s'apprêtant à descendre avec lui.

Sans doute croyait-il que Mathieu sonnait .

 A ce moment, Nelly atteignait le premier d'une démarche vive et gracieuse, joliment vêtue en noir et blanc, fleurant  une Eau de Cologne citronnée. Tous les trois vinrent accueillir le visiteur au  ré de chaussée. Je ne pense pas à Andrew,  lui dit Guillaume, mais plutôt à Bernard l'éditeur de la Fée du Logos, il m'avait prévenu d'une visite ces jours-ci...

 


Guillaume ouvrait enfin la porte, et ils se turent.

 C’était Eve Wilson qui tenait à la main une bouteille de lait se préparant à dire que le liquide risquait de tourner si on la laissait dehors par cette chaleur.

Il le dit d’ailleurs, mais avec un certain manque de naturel.

 

 

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 00:07

Vers huit heures, à moitié étourdi, le front brûlant, devant un bol de thé voisinant avec un toast et une coupelle de gelée qu'on venait de lui servir sur une tablette, la lumière blessant les yeux, il eut conscience de  ses deux voisins, un homme âgé, sans doute grabataire, et un blond robuste. Il voulait appeler le standard, et sa main tremblait, non il était préférable de prendre un peu de nourriture. Chacun entreprit de se sustenter, le vieux repoussa le tout très vite, s'allongea en émettant une toux discrète, où qui se voulait telle mais qui tourna à vif. Maintenant, Guillaume sentait qu'il avait eu raison de se forcer à boire et à manger. Du reste, il ne se forçait jamais beaucoup pour la nourriture.

Le vieux ne cessait de crachouiller : Seigneur, où l'avait-on mis ?

Il lui semblait que son voisin l'observait ironiquement. Ils échangèrent quelques mots. L'autre était soigné pour la tuberculose. Quelle folie de l'avoir installé là. La colère le prit même si le blond déclarait n'être en aucune façon contagieux. Il se gaussait tellement que Guillaume mourait d'envie de le taper. Il ne pourrait pas frapper efficacement un type avec une charpente aussi solide, quelque soit son mal. Lui-même avait une ossature ridiculement mince, fluette. Il jeta un coup d'œil critique à son poignet. « Poignet d'allumette ».  Si l'enfant lui ressemblait en quelque façon, c'était de cette manière-là : l'ossature.


La pensée de Nelly et Melchior l'une plongée dans un bain, l'autre s'emparant de la chouette en osier et tirant sur sa grosse pupille entrait en conflit avec Andrew et Song s'introduisant subrepticement, l'ayant surveillé, et ayant profité de son départ pour prendre possession de la maison qu'ils attendaient, décidés à chasser les intrus. Il se figurait leurs visages inquiets mais résolus, et la réaction explosive de Nelly, une mêlée confuse, elle se jetait sur l'autre fille, et Stillborn disparaissait dans un nuage de poussière, les sols et meubles en étaient tous saupoudrés, Guillaume oubliait souvent de passer l'aspirateur ...Ou Nelly partait dignement en claquant la porte, l'enfant dans les bras. Pourquoi se battrait-elle contre une rivale déjà fuie. Dehors, elle tombait dans les bras de Mathieu qui l'avait prise en filature depuis son départ.

 Il se rendit compte à quel point il était contrarié d'habiter cette maison, là, sur le qui-vive, ne sachant pourtant pas partir.


 Lorsque l'on décrocha il n'entendit rien, déclina son identité avec un peu  de gêne.     La voix qu'il entendit alors le fit sursauter : Bien posée, elle avait une tonalité enfantine et excellente, un timbre chaud agréable. Guillaume se dépêcha alors de dire à Melchior qu'il était en train de déjeuner, de détailler les faits sans aucun rapport avec la maladie ou l'hôpital, de lui poser des questions fort concrètes, en tournant ses phrases d'une façon bizarre : n'étant pas sûr que l'enfant savait exactement qui il était au téléphone, ce qu'il avait retenu de la veille, il répétait son nom, craignant que le petit ne se mette à lui donner du monsieur, répugnant pourtant à lui dire tu te souviens de moi, encore davantage à lui rappeler quelque petit fait de la veille, même d'avant son malaise

Quand à demander Nelly, il ne pouvait se servir d' aucun vocable tous paraissant inadéquats : le » ta mère », donnait l'impression d'une créature malveillante, le « ta maman », sonnait franchement bête à ses oreilles , et le « Nelly » il hésitait à le prononcer parce que Nelly était cette femme qu'il avait intimement connue et qu'il connaîtrait encore avec un peu de chance, et en l'appelant Nelly  il aurait l'impression  de le mettre dans la confidence, même si Nelly et Noli n'étaient pas les mêmes.. Arrivant avec trois ans de retard, il ne savait même pas la nommer en s'adressant à Melchior... comment les autres s'y prenaient-ils ?

Elle prit le combiné et s'enquit de lui.

« Noli,

-Oui, je suis là, répéta-t-elle deux fois parce que Guillaume paraissait devenu sourd.

Il prononça une série de phrases bien articulées et un peu essoufflées, d'où il ressortait que est-ce que Mic... Melchior se sentait bien, est-ce que je lui ai fait peur, a-t-il pu dormir, attention qu'il n'ouvre pas la chouette en osier, elle est pleine de billes, est-ce qu'il peut encore croire que ce sont des bonbons et surtout : ne partez pas.

« Nous avons eu  peur, tous les trois, non ? dit-elle avec une vivacité maladroite. Tu as été contrarié ? Comment te sens-tu ?

-Non. Oui. J'étais très content de vous voir.

-Oui. Tu nous as si bien accueillis. Tu l'aimes un peu ? Mais cela  a provoqué une réaction violente... un conflit ?

-Est-ce que tu va m'en dire un peu plus au sujet de Mathieu ?

-Je suis venue lui demander conseil sur...la meilleure façon de te parler au sujet de Melchior...C'était en février.

Elle expliqua que c'était un service...

« Vous vous êtes rendu un service sexuel ?

- Oui, et alors ? il a disparu trois mois plus tard, considérant sans doute que c'était absurde et sans avenir, encore qu'il n'ait pas donné ses raisons. J'ignore ce qu'il est devenu. On pourrait cesser de parler de lui.

-Tu crois que c'est facile ?

-Pas du tout.

-Je ne veux pas que tu partes encore...

Je viens d'arriver, voyons. Nous occupons la chambre à deux lits.

-Ah ! C'est... bien. Mais je ne vais pas toujours rester à l'hôpital.

-Que veux-tu  dire ?  Bien sûr que non ! T'as vu le docteur ?

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 00:01

Lorsque Guillaume lâcha prise, comme il l'avait dit à Nelly, cherchant le moyen de mettre un mot sur l'incident, ce fut bien parce qu'un instrument, une canule lui chatouillait la gorge, s'immisçait dans le pharynx. Des vannes s'écartèrent pour  expulser, rejeter, répandre et laisser perdre des matières, des liquides acides, de l'air vicié, trop longtemps enfermé. Vidé, anéanti.

Il essayait d'envoyer promener la parole muette de l'ennemi intime, cruelle et incompréhensible pour l'instant. «  T'as procréé, maintenant, t'as plus rien  à faire ici, il te reste plus qu'à mourir ». Des mots des pensées, une phrase entière, accompagnaient souvent une crise, ça se réduisait à l'injonction qu'il fallait mourir à présent, et sous n'importe quel prétexte, ou sans raison du tout.

Le souffle revint timidement, aidé par une sonde nasale.

Quel dommage, pensa t-il, alors, j'ai gâché la fête, je me suis oublié, pourvu qu'on ne me voit pas. Las, il n'y avait aucune chance pour que ça passe inaperçu. Tant pis ! Il se sentait léger. L'arrivée au bureau des admissions lui fit seulement penser : serais-je un assez bon sujet devant Saint-Pierre ? Trouverais-je d'assez douces mains pour me nettoyer ?

Il revint à la dure nécessité  en voyant dans le large couloir des arrivants nettement plus en peine que lui.

Et voilà qu'on lui avait dit «  Votre femme vous a apporté des vêtements et un nécessaire de toilette ». Il en avait été irrité. 

Personne ne lui avait jamais dit : «  Votre femme... ».

 Autrefois, ceux qui ne les connaissaient pas, dans les hôtels et divers lieux de passage, disaient «  Votre amie », ou «  la jeune femme » « la jeune femme qui vous accompagne... »


 Et puis, tout à fait revenu, il  songea avec dégoût que l'on remettrait à  Nelly le paquet de vêtements souillés. Eût-il voulu la faire fuir qu'il n'aurait pu mieux s'y prendre.

 De même il  lui revint que Mic..

que l'enfant l'avait vu avec le masque  à oxygène. Non que cette vision  fut aussi terrible que les masques portés par les soldats dans les tranchées. Dans le grenier à Verrières, Fiord et lui en  avaient  autrefois déniché un, tout craquelé et revêtu de poussière qu'ils osaient parfois endosser pour quelque jeu terrifiant.

 Il n'avait jamais été soldat. Exempté du Service. Ici et là. Seulement bon pour le service de réanimation. Du côté allongé. Il avait tout de même appris à tirer dans un stand, il était bon nageur tout de même, il...

 il s'était énuméré tout ce qu'il savait faire, de façon hétéroclite, et la phrase de l'ennemi intime était revenue s'était bornée à répéter  crève !, et il lui adressait en retour, toi-même ! On eût bientôt dit un de ces échanges de politesse que se font des gamins dans une cour de récréation. Il arrivait lors de ces pugilats que Guillaume fût à cours de souffle, plus vite que son adversaire qu'il dût aller à l'infirmerie. 

N'importe, il savait combattre... Dans une cour de récréation.



Ils étaient restés peu de temps à ses côtés, à cause de l'enfant. Guillaume était partagé entre le désir de voir Nelly, et l'irritation à l'idée de cette vie domestique qui  pourrait commencer. Toutefois Nelly, toute égarée et décoiffée dans sa veste en coton aux couleurs fraîches, un imprimé Madras, qu'elle froissait avec ses doigts, le regard éperdu,  les gestes troublés, indécis, la peau tiède et douce,  avait chassé l'image de l'épouse impitoyable et organisée, de la tyranne oppressante « qui vous apporte un sac de vêtements ». Rassuré, il avait voulu s'abandonner à sa présence.

   Et puis l'enfant avait désiré voir Mathieu.

  Mathieu ? Comment et pourquoi ? Lequel avait cherché l'autre ? Non, il n'était pas incongru que Nelly ait noué des liens épisodiques pendant ces années où chacun était parti de son côté. Il avait cru  qu'elle avait continué à penser à lui, pour le maudire, le regretter, le désirer...

Tu parles !

C'était un peu différent : elle  avait continué à penser à lui, à travers un autre, malgré cet autre, et avec son appui, puisque c'était Mathieu.

Lorsqu'elle avait écrit, c'était dans l'urgence. Plus d'emploi, bientôt plus de toit et  le gamin qui  réclamait Mathieu disparu, il fallait lui trouver un autre père : pourquoi pas l'original ?



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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 15:11

De retour à l'appartement, aux premières heures du jour, ils mangèrent une partie du goûter abondant que, somme toute prévoyant, il avait laissé à peine entamé.

Ils montèrent explorer la deuxième chambre, celle que Guillaume n'avait pas occupée tout à l'heure, et qui comprenait deux lits à une place. Sur une table de chevet, elle reconnut la lampe de Guillaume, celle de son petit logement parisien, dont un griffon  supportait l'ampoule. Elle coucha l'enfant dans le lit correspondant.

Là où Guillaume s'était allongé,  dans l'autre chambre, la couche était spacieuse.

 Elle fouilla tous les tiroirs à la recherche d'une image, d'un écrit, d'un objet appartenant  à la presque mythique thaïlandaise, dont elle doutait qu'elle eût quitté la vie de Guillaume. Cependant, elle ne trouva rien qui attestât de la présence de la fille, rien d'oublié, à croire que Guillaume avait prévu qu'elle chercherait. Dans un tiroir de chevet plusieurs flacon des pilules Ontalgic que prenait Guillaume et une autre variété qu'on devait servir ici seulement. Au-dessus, sur la table, l'aérosol, qui s'était révélé curieusement inefficace, lui-aussi.

 Parmi ses plus anciens souvenirs, elle déambulait dans des maisons comme celle-là, grandes maisons bourgeoises : pas la sienne. Sa mère qui faisait toujours des ménages, l'emmenait avec elle, ne pouvant ou plutôt ne voulant pas la laisser à la Maternelle. Un grande chambre comme celle-là, vide bien sûr, les patrons devaient être absents: elle manipulait  des objets extraordinaires, de petits bibelots, un thermomètre qu'elle avait cassé, le brillant filet argenté comme un un serpent. Et des comprimés bleus et ronds qu'elle avait goûtés : en raison de leur âcreté, elle les avait abandonnés sous un lit.

Le sentiment d'être en effraction, de fouiller la maison d'autrui l'irritait. Même Guillaume ne s'était peut être jamais senti   chez lui  dans une maison prêtée par la famille... fumait-il ici ? Une faible  odeur de tabac flottait alentours, les cendriers étaient vides. Hier il n'avait allumé aucune cigarette.

Elle redescendit au premier, nerveuse, lasse incapable de se coucher. A chacune des extrémités de la cheminée se trouvaient deux lampes, l'une avait pour pied une sorte d'hexagone massif en métal argenté, bosselé, doucement luisant surmonté d'un abat-jour transparent, l'autre  était aussi haute mais plus mince avec un pied triangulaire du même métal uni.

 N'importe qui aurait cherché à obtenir un effet de symétrie en posant deux objets de même volume, ou d'allure correspondante, voire se serait contenté de flanquer grossièrement les deux bords de cheminée de deux fois la même lampe. N'importe qui mais pas Guillaume.

 A son arrivée, elles rayonnaient déjà  à cause du temps maussade, mais elle n'y avait prêté aucune attention.


Un petit tableau, accroché au mur, qu'elle avait déjà remarqué sans s'y attarder. Une sorte d'escalier bordé de fleurs jaunes sur la rampe, le long d'un mur gris... mais non, ce n'était pas du tout cela : ni escalier ni mur, la toile était abstraite : elle n'aimait pas qu'il fît ce genre de chose maintenant : l'abstrait, c'était pour elle de la décoration, il n'y avait rien à comprendre, rien à interpréter, elle ne savait quoi faire en présence de ce type de réalisation. Rien à penser, pas plus que si elle voyait du papier peint, se disait-elle parfois avec une sorte d'agacement: Bien sûr elle taisait son incompétence, ne voulant point passer pour sotte. Elle avait lu des ouvrages sur la question, et répétait en cas de besoin, suivant les interlocuteurs, que la peinture avait gagné son autonomie  d'abandonner  l'illusion des  trois dimensions et de n'avoir plus besoin de représenter des objets «  dont on possède déjà les originaux », elle avait appris par cœur ce qu'il convenait de dire,  mais le cœur n'y était pas ; et l'intellect n'était pas satisfait non plus. Rien que de la décoration ? 

Non ce n‘était pas décoratif cela, des éléments noirs, neuf carrés inégalement répartis de bleu qui formaient le centre et dont le dessin se prolongeait à droite et à gauche en bandes blanches délavées: un chemin peut-être, pas un escalier, entouré d'ocre jaune et de terre de sienne et, mordant sur le motif central, une petite flamme jaune vive. Les deux bandes grises très empâtées en haut et en bas condamnaient les tons chauds.

Au premier coup d'œil, on pouvait aussi bien ne voir  que de lumineux points jaunes dans un mur gris.

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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 23:00

Moins d'une heure plus tard, il quitta le logis en ambulance, et on dût aller le chercher au deuxième étage où il s'était réfugié afin que ses convives ne vissent pas son malaise. Cette fuite exténuante vers l'étage supérieur où l'air se raréfiait toujours plus...

Au téléphone, elle s'exprima dans un anglais trébuchant, craignant que s'arrête ce petit halètement qu'immobile et concentré, il parvenait encore à émettre.

Ouvrir la fenêtre eût été ridicule et inefficace. Elle répétait, ce n'est pas grave, et Melchior l'imitait  en réitérant la négation.

Plus tard encore, elle s'employa à téléphoner aux coordonnées qu'on lui avait remises et après nombre d'essais infructueux, reçut des nouvelles rassurantes, l'injonction de préparer des effets pour Guillaume et de les apporter rapidement.


 Elle s'autorisa à visiter la maison où il vivait depuis près de quatre ans, en commençant par une armoire au second, caressa un peu au hasard les vêtements chaussettes, caleçons, tee-shirts ,s'enfouit convulsivement le visage dans  le pull vert chiné à col roulé, qu'il portait lors de leurs vacances dans deux îles anglo-normandes et sur la côte de Cornouailles, endroits où d'après les dates, ils avaient conçu,  dénicha un unique pyjama, satiné à l'extérieur, avec un imprimé de triangles beige sur fond mordoré ; aucun des boutons ne fermait ; il ne devait pas le mettre, persuadé encore que le port d'un vêtement de nuit quelconque suffirait à lui donner un malaise nocturne: c'était ce type de superstition qui accompagne tout ou partie d'une vie.

 Il possédait aussi des cravates. Des cravates, c'est tellement ringard !

 Nelly se souvint de son père faisant des entrées remarquées qui l'avaient éblouie petite, vêtu d'un costume  de couleur vive, une cravate aux tons multicolores , un gilet parfois, et des gants, puis ce grand chapeau, il est vrai qu'on en portait à l'époque, elle croyait que c'était ça la toilette, le chic, le raffinement ! Et il racontait avec un verbe flamboyant comment il avait vendu pour des sommes pathétiques un ange de jardin, une moulinette, une tronçonneuse, et elle écoutait avec passion...


 Elle remplit une trousse de toilette, porta l'ensemble à l'hôpital, accompagnée de Melk.

Ils restèrent peu de temps auprès de Guillaume, qui était pâle, épuisé, remis de l'essentiel, à savoir que le souffle ne lui faisait plus tellement défaut,  mais  très nerveux, et qui avait voulu  parler, expliquer à Melk, ce qu'il faisait là, ce qu'étaient tous les appareils, suscitant des questions de la part de l'enfant.

D'abord intimidée, Nelly  trouvait difficile d'être là, tenant Melk par la main. Là, c'était quasiment innommable pour elle. Elle n'osait pas le regarder en face, songeant qu'elle n'avait pu le secourir, ni même lui tenir la main, il ne supportait pas qu'on le touche, ni le réconforter. La dernière fois qu'elle s'était rendue dans un semblable lieu, elle y avait vu son père, affligé d'un désordre cardiaque dont il ne devait pas se remettre.

Allongé, dans la même posture, à demi-nu, muni également d'une sonde nasale et d'une perfusion, plus d'autres appareils, dont Guillaume n'était heureusement pas affublé.

Remplie de confusion, parce qu'il lui avait lancé, le père, tout va bien maintenant, lui faisant des œillades, bon pied bon œil ma petite tu va voir avec un optimisme puéril que lui avait facilement transmis le toubib, Son corps avachi, le visage anormalement blanc, cette fausse allégresse vulgaire : il se trompait, se laissait berner, ne voulait pas savoir. Une puérilité très spécifique à l'adulte. Elle avait éprouvé de la pitié, sentiment détestable, ressenti parfois lorsque l'on reconnaît que le caractère spécifiquement humain de celui-là qui est en face, s'amenuise, ou vire à la caricature.


«  Comment allez-vous depuis tout à- l'heure ?

Nelly sursauta  et croisa le regard qui cherchait. le sien. La voix un peu entravée, le teint blême, animé du désir de parler.

« Je croyais que tu dormais, fit Nelly. Elle ajouta très vite : «  je voulais t'accompagner tout à l'heure, on m'a dit pas question avec le petit, on nous a repoussé, ils ont filé. ».

On eût dit qu'elle évoquait des cambrioleurs.

« Ils ont eu raison, ce fut un très mauvais quart d'heure. Si ce n'était qu'un quart d'heure. Je n'étais pas dans le sens de la marche et il me semblait rouler à vive allure vers la porte immense et noire d'une grange où je m'enfoncerais dans une meule de foin qui m'étoufferait encore davantage. »

Les infirmiers voulurent l'intuber, dit-il encore, mais dès que la canule entra en contact avec sa gorge, des vomissements se produisirent et ils durent l'enlever en hâte.

«  T'as vomi ? « demanda Melk, que Nelly espérait rester en dehors de la conversation.

Mais Guillaume lui répéta tout ce qu'il voulut savoir de façon qu'il le comprenne. Il parlait avec ce mélange de détachement et d'intensité qui lui était propre.

« Ensuite je me suis abandonné, j'ai lâché prise. »

« Que veux-tu dire? »

Guillaume  changea de sujet, s'enquit de la manière dont ils s'étaient installés dans la maison. Nelly sentait ses doigts qu'elle cherchait à entrelacer dans les siens, ses doigts nerveux qui remuaient sans cesse.

Elle supposa qu'il avait dû perdre conscience un moment.

Melk lui posait des questions sur les objets qui l'entouraient et les touchait : la sonde nasale ; l'aiguille à perfusion, qui devait faire très mal à son avis, Nelly s'inquiétait, si à présent, il ne montrait que de la curiosité, plus tard, il aurait peur, pensait-elle. Pour faire diversion, elle dit avoir amené un sac contenant un pyjama, une trousse de toilette et les montra.

«  On te donnera un autre sac, fit Guillaume précipitamment, avec mes vêtements de ce matin. Jette-les.

« Mais pourquoi ?

«  Ces affaires sont souillées. Jette-les, ce sera plus simple.

Nelly acquiesça avec l'intention de n'en rien faire, peu soucieuse de jeter des vêtements neufs et seyants. Guillaume répéta plusieurs fois son injonction comme si tout d'un coup, sa vie en dépendait.

Melk paraissait fatigué et donnait des signes d'énervement. Ils se préparèrent au départ, lorsque l'enfant demanda à Nelly  est-ce qu'on va voir Mathieu ?

« Mathieu ? répéta Guillaume.

« Mathieu n'est pas malade », dit Melk résolument,

«  Tant mieux pour lui ».

Nelly parla alors tout aussi ouvertement, pour dire qu'elle avait eu une liaison avec Mathieu, oui, celui-là même auquel il pensait, que c'est plutôt un arrangement, un dépannage, qu'elle a dû l'héberger, oui , horrible mot, mais je le comprends, moi aussi je suis en... congé... il s'est   occupé de Melk, je ne lui ai pas dit  de se taire ... à Melk, d'abord, il est trop jeune,  et puis je  méprise les crachotteries, les.. et toi Guillaume tu n'es pas resté seul tout ce temps, moi non plus, on était libres, non?


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10 août 2008 7 10 /08 /août /2008 23:00

Parfum léger. Costume de velours bleu, chemisette à  rayures fines. Rasé d'aussi près que possible, sans même une égratignure. Mélange de désinvolture et d'anxiété. Les cheveux agréablement ondulés où se promène un index hésitant.  Qu'il  les eût d'un châtain si foncé la surprend comme si   elle l'avait décoloré depuis lors. Le nez aussi : elle le lui a dessiné vraiment droit, celui-là est nettement plus accusé... Elle se plait à le contempler dans ses vêtements raffinés, pensant au dépouillement qui s'opérera, plus tard, à ce pantalon qui tombera sur les jambes velues embroussaillées...mais pourquoi donc est-elle venue ?

 

Ils sont dans le vestibule qu'on ne quittera pas avant que les présentations ne soient faites, elle ne sait par qui commencer, ou par quoi.

 

Elle reste muette.

« Je m'appelle Guillaume, » dit Guillaume à l'enfant. Un timbre grave, aux accents mélodieux.

Personne ne répond.


«   J'ai reçu la lettre dit-il à Nelly. Hier.

 -Je ne sais pas si tu m'as vraiment crue ?

   - Je ne devrais pas ? 


«  Je n'ai pas tout dit : on est parti hier soir... fait Nelly d'une petite voix.

-         tu as une maison là-haut, interrompt le gamin.

-         Oui, on va monter.


- Je pensais bien que tu viendrais puisque l'année scolaire est terminée, mais tu aurais pu...

 Nelly secoue la tête, éperdue « tout ça, c'est fini. Je suis au chômage


Au premier étage, il  les conduit vers un long canapé  devant une table basse. Dans un vase carré en verre, trois pivoines roses s'inclinent sur le bord vers le plateau du thé abondamment garni.

On dirait qu'il les attendait

 Comme les enfants,  il a toujours aimé, se rappelle Nelly, le petit déjeuner et le goûter : il lui faut une bonne collation pour ces moments-là. Le thé,  le café, le jus de fruit, les toasts, la confiture, et  ces gâteaux ronds et blonds montés sur pied, de gros champignons , parsemés de fétus blancs, et d'où sortent à deux endroits différents de petits cônes, repérables pour des pointes d'ananas, le tout ayant suffisamment d'irrégularités pour avoir été fait sur place, même si la cuisson n'est pas récente.

Des muffins !

Nelly ne put s'empêcher de rire : «  Tu cuisines donc? »

-N...Si. Guillaume la regarde bien en face comme pour relever un défi.


Il a le temps, nerveux et un peu blessé, de servir Melchior qui voulait prendre comme lui du thé avec du lait, et le boire à l'aide d'une paille, Guillaume en a des pailles. Ils ont une sorte de conversation à propos du sucre en poudre, Melchior a l'habitude d'en voir en morceaux. Puis il saisit une des pivoines et répand des gouttelettes sur Nelly qui pense avec humeur je n'achète  jamais de fleurs.

Elle  poursuit, gênée «  Tu sais, on  n'a plus rien ».

«  Plus rien »répète Guillaume

-tu vis dans un quartier plutôt rupestre !

- Rupin ??

C'est l'appartement d'Andrew, je lui paie un loyer, vous resterez aussi longtemps que cela vous plaira... non, Andrew n'attend pas que je lui rende la maison, si bien sûr, il l'espère, mais n'ose rien demander.

Guillaume réussit à se montrer familier et aimable  mais  une multitude de gestes nerveux et de tics légers trahit tout de même son émotion.


Il a tout d'un coup l'air oppressé, comme si une créature invisible l'attaque, une de ces créatures malfaisantes de qui l'on ne repère la présence que lorsqu'elles se jettent sur leur proie. L'air se refuse à lui, on lui a passé une corde autour du cou, et un étau lui comprime la poitrine. L'ennemi intime ne lui inspire rien d'autre qu'une injonction peu aimable : maintenant que t'as procréé, t'as plus qu'à crever.



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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 23:00

Un matin chaud et orageux, après avoir tempêté Beethoven une partie de la nuit, et vaguement sommeillé sur le canapé, Guillaume s'approche de la fenêtre, entre deux arbres, le fleuve clapote en dessous d'un cumulus anthracite, gros chou-fleur qui menace de crever.

La rue est déserte, la chaleur étouffante, il prend la bouteille de lait le journal   et une lettre.

Andrew qui lui écrit de rendre le logis ?

Déguisé en laitier ou en facteur embusqué derrière la porte, il l'attend.

Guillaume  se force à rire de sa nervosité, sursaute : l'écriture sur l'enveloppe lui est familière mais ces lettres plutôt grandes belles bien formées,  ne sont pas les illisibles gribouillis d'Andrew. Le déchiffrer requiert de la patience et des dons de divination. Guillaume se souvient avoir essayé de l'imiter, dès l'enfance, s'appliquant à écrire mal, persuadé que ce « mal » était un signe d'intelligence. Il a imité, envié, jalousé Andrew, fardeau aimable et infaillible.  Il ne veut plus de ce modèle.

Arrivé dans le séjour, essoufflé d'avoir monté les marches à toute allure, sans raison particulière, il chasse Andrew de son esprit, enlève la capsule de la bouteille, et recueille la crème dans le goulot  à l'aide de son index gauche.

Ce n'est pas Andrew,  c'est  Nelly.

Tremblant d'excitation, il relit son nom sur l'enveloppe. Une lettre de Nelly.  Leur dernière entrevue. D'autres scènes plus anciennes auxquelles il pense parfois.

Même vivant avec Song, il a cru plusieurs fois  l'apercevoir dans la rue, saisi par l'égarement et l'anxiété que causent la réapparition éclair  d'images  troublantes  qui vous arrachent au présent.

De temps à autre les voilà réunis en rêve, une entrevue fortuite, équivoque, voluptueuse, une rencontre dans un autre monde, à l'occasion d'un voyage, étreinte d'une intensité suffisante pour épuiser toute une vie en quelques instants. Il se plait à ces rêveries, nullement prêt à affronter la réalité d'un message de la véritable Nelly.

Il allume une cigarette  à peine quelques bouffées tirées  la tête lui tourne. Il part dans la cuisine faire chauffer la bouilloire, la lettre toujours en main. Pas assez bien portant pour lire une lettre de Nelly. Mieux vaut se rendre dans son atelier pour... mais la chaleur aidant, il ne supportera aucune odeur de peinture. Il n'ose pas non plus déposer la lettre, comme si elle avait le pouvoir de disparaître en quittant le contact avec sa main. Le nom et l'adresse mentionnés au dos de l'enveloppe, une adresse inconnue de lui, le nom d'une ville le code postal, 95.

Il  opère lentement, comme si  l'enveloppe souffrait qu'on la  fendît. Plusieurs feuilles de papier grand format apparaissent, du papier à lettre finement côtelé, d'excellente qualité. Une petite photographie s'en échappe, s'immobilise sur le sol, pudiquement retournée comme une carte maîtresse. Pourquoi lui envoyer sa photo ? Le cœur lui manque : une mutilation, une maladie incurable, des adieux  appuyés par une image de déchéance.

 «  lorsque tu recevras cette lettre, je ne serais plus...chaque fois que nous nous sommes rencontrés, tu ne m'as pas reconnue et chaque non-regard m'as un peu plus défigurée, effacée ».

Voilà les mots que, dans son égarement, il voit déjà écrits, dont il ne sait d'où ils viennent, mais il ne saurait y en avoir d'autres. Fouillant dans les souvenirs il ne saisit que des détails et des visages brouillés.

Ils se sont manqués.

Regarde-la donc cette photo !

 ... rien d'effrayant : deux yeux marrons, un visage mince et pensif encadré de cheveux blonds, une chemise écossaise... rien de monstrueux.  Pas du tout une femme. Un petit garçon.

Mais ça veut dire quoi ? Elle a eu un enfant et elle va bientôt mourir : une catastrophe a eu lieu, c'est pour cela qu'elle me recherche à nouveau.


Vive et acérée, l'écriture n'est pas celle d'une personne malade, mais des taches un peu trop nombreuses maculent le papier, le stylo fuyait, serait-elle  morte en couches ?  Qui, dans ce cas, écrit, en  osant l'imiter ?

 « Tu trouveras dans l'enveloppe une photo ; celle de Melchior  qui est ton enfant et ton fils en même temps que le mien. »

« La manière dont nous vivions ensemble Se fréquenter et se laisser libre : j'ai voulu croire que c'était la meilleure solution.

Tu ne m'as pas laissé le choix.

 Lorsque j'ai commencé à travailler en 1973, je me suis dit que je pouvais dorénavant m'occuper d'un enfant Guillaume ramasse la petite photo tombée encore une fois à terre,  gagne la cuisine à grands pas, enfonce l'interrupteur de la bouilloire électrique, empoigne un sachet de thé dans la boîte, avec de tels gestes qu'elle va culbuter à l'autre bout de la pièce. La bouilloire entre en ébullition, et Guillaume s'agite et s'échauffe à l'unisson. Il entend un claquement sec, et  s'exclame tout haut avec colère. Comment a-t-elle pu ?  Sans dire un mot, sans rien dire, pendant  des années?

Guillaume retourne dans le séjour, avec un bol plein, ayant eu le temps d'en casser un premier. Qu'est-ce qu'elle raconte ? Pourquoi moi ? Est-ce qu'il me ressemble ? La gorge desséchée, il boit lentement, allume une cigarette, qui, cette fois est la bienvenue, aspire avec fureur, le poison aimé et reprend sa lecture. Ou plutôt recommence au début.

 Jamais elle n'a parlé d'avoir un enfant.

«  Lorsque je t'ai rencontré, j'avais fait l'expérience de la goujaterie masculine et il n'était pas question de me soumettre aux services sexuels et à la reproduction de l'espèce. »

Aussitôt qu'il lui arrivait de se trouver des attraits, elle en déduisait être le genre de beauté vulgaire qui plaît à la quasi-totalité de la gent masculine, et flatte ses bas instincts. Ça, je le sais, ce n'est pas vraiment sa faute, le père, cet espèce de grand clown osseux qui se faisait friser les cheveux, bronzer la peau,  et appeler Jack, qui ne cessait de l'humilier, de lui pincer les fesses, de lui faire des compliments ignobles dès qu'elle a eu dix  ans, sa mère qui fermait les yeux, mais toi qu'attends-tu pour les ouvrir ?

Jusqu'à ce qu'Andrew me dise qu'elle l'avait entrepris lors d'un séjour à Paris et qu'il n'avait pas donné suite. Ce pauvre Andrew qu'une femme charnellement développée effarouchait.

Elle avait décidé, il me semble, que j'appartenais à une engeance particulière, ni saint-nitouche ni soudard que je la regardais avec d'autres yeux, et aussi, forcément que je lui faisais l'amour avec un organe différent des autres. Je le croyais, comme elle, et même davantage et je devais le lui prouver .... Avec les autre filles, je me conduisais comme un salaud, je  ne pouvais faire autrement, avec mon autre sexe, l'inférieur, une simple bite, dégueulasse, aveugle, ignoble.

« Cette pensée qu'avoir un enfant de toi ce serait  obtenir de toi ce que tu ne me donnais pas et ne pourrais  pas me reprendre .Je n'avais pas l'intention de te le dire. Tu n'en aurais pas voulu, tu aurais cherché à me dissuader, puis tu aurais cessé toute relation avec moi.

En dehors de ces évidences, il  était très important que tu ne le sache pas.

Le processus s'est mis en route, fin mars ou début avril 74. Nous étions dans les Cornouailles. C'est dans un de ces petits hôtels, peut-être le jour que j'ai trouvé cette Bible, je trouvais cela tellement bizarre, une Bible dans une chambre d'hôtel, je n'ai guère voyagé, et en France, il est impensable que ce type d'objet traîne dans des lieux publics !  Je la croyais oubliée par un ecclésiastique, et ma réaction t'a fait rire. Tu m'as lu des passages avec talent. »

Ah, oui, ce jour là ! Je lui ai lu la Genèse. Avec emphase. Je me trouvais assez doué, pour la comédie, pas pour la prédication. On a beaucoup ri on s'est violemment excité. Même le lendemain, nous n'étions pas rassasiés des Ecritures, ni du sexe.

 Adam et Eve n'étaient pas  le premier couple biblique à nous accompagner.

 J'espère, mais comment être sûr,  qu'il nous est arrivé de prendre du plaisir sans le soutien de quelque transgression imaginaire ou réelle !



« Peu  avant sa naissance, en décembre, j'ai voulu réellement que tu sache. Ta famille m'a appris que tu vivais en couple, Que trois mois à peine après notre séparation, tu avais rencontré une fille et que tu vivais avec elle comme tu n'avais jamais voulu le faire avec moi en six années de fréquentation : partager le quotidien, l'écoulement des jours, pas seulement des vacances et des fins de semaine. Tu n'attendais, semblait-il, que d'être débarrassé de moi pour vivre ta vie ; il ne me restait plus que Melchior ( Je l'avais appelé ainsi à cause de l' »Eveil du Printemps »)

J'ai toujours parlé de toi à Melchior comme si vous alliez vous rencontrer un jour. Je le souhaite maintenant.

Guillaume pose la lettre, ses mains tremblent. L'enveloppe tombe, et la ramassant, il observe le minois de l'enfant,  Mic...Melchior ? Elle aurait pu l'appeler Gaspard ! « Je suis venu calme orphelin/ Riches de mes seuls yeux tranquilles / vers les hommes... »

L'Eveil du Printemps ? Il ne connait pas mais le titre lui suggère leurs premières rencontres, celui qu'il était alors, un gamin qu'elle a dépucelé.


A nouveau la colère le prend. Puis une vague de souvenirs précis, concrets, violents.

 Il observe le petit garçon blond qui mordillait sa lèvre inférieure, de grands yeux, sur un fond neutre. Elle n'a pas envoyé de photo genre la mère et l'enfant, pas davantage un cliché de lui en train de jouer à la maison. C'était quoi la maison ?

Il observe la photo encore et encore, cherchant plutôt qu'une ressemblance, un détail probant.


Avoir un enfant de toi, ai-je pensé, ce sera obtenir de toi ce que tu ne donnes pas, et tu ne pourras pas me reprendre.

 Elle l'aime. Au point de croire qu'il y a-quelque chose à donner et à prendre. Au point de faire une folie.

Ou a-t-elle attrapé un gosse, perdu le père, et veut le lui faire endosser ?

 Un cliché pris chez un photographe, une image impersonnelle. Quelques taches de rousseur, il ne sourit pas, l'air ennuyé et maussade. Au moins ne prend-t-il pas la pose.

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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 23:05

    Au début de cet été 1978, Guillaume vit seul dans la maison que son cousin Andrew lui a prêtée trois ans et demi plus tôt, lorsqu'il est parti dans sa famille paternelle, après sa rupture  avec Nelly.


Pendant son séjour il a rêvé tout éveillé dans des amphis, dans  des classes de mômes et d'ados, devant un comptoir de vente, dans un lit auprès d'une belle insomniaque. Il  peint et dessine des créatures. Qui ne lui rapportent ni succès, ni estime, ni honneur, à peine un peu de satisfaction personnelle.

 Son départ a mis Mathieu en difficulté. Ne pouvant pas obtenir d'emploi fixe, son ami comptait sur lui tantôt pour la nourriture, tantôt pour le logement.  

Guillaume lui a envoyé de l'argent...que Mathieu n'a pas accepté.   Il s'est fâché avec lui aussi, et n'a plus de nouvelles. Sans compter Andrew qui s'est mis avec Song et veut reprendre son logis. Guillaume n'est pas résolu au départ   et continue à expédier chaque mois  à Andrew la somme convenue pour le loyer.

Affreuse comédie que tout cela.


Pour retrouver le calme et  occuper la solitude, il s'exerce au piano. Andrew lui avait dit qu'il était désaccordé, impraticable, sur un ton léger mais insistant. Il lui déplaisait que Guillaume en use aussi bien pour s'entraîner sur des partitions classiques, que pour jouer du jazz ou simplement plaquer des accords pour chanter des airs populaires.

Guillaume éprouve autant de soulagement que d'anxiété à se servir de l'instrument en profanateur.

Depuis quelque temps, il souffre aussi d'une hantise des images, plus spécialement des visages quelque soit le traitement où le support observé. Les visages lui sont autant de figures grimaçantes, hostiles, bouffonnes, il les esquive. Toutes les images qui l'attiraient, le fascinaient depuis l'enfance, l'agressent  violemment.  Et même la pensée que l'on peut tremper ses doigts dans n'importe quelle substance, étaler, salir des pinceaux, et des toiles est devenue ignoble. Sale, puéril, cruel. Que l'on puisse faire des mélanges avec des produits douteux, se tacher soi-même, souiller des toiles avec ses infamies, il  en supporte difficilement la pensée, même si sa répulsion ne s'étend pas à ses productions personnelles, pour autant qu'il soit en train de les réaliser. La pensée s'oppose au geste mais ne fait que le renforcer. S'y adonner lui procure même un soulagement et augmente son dynamisme et son ardeur au travail ; jamais il ne s'est senti aussi proche de cet art qu'un mouvement contraire en lui condamne.

 Ces accès de dégoût et d'hostilité devant ce qui s'expose, son désarroi envers les regards des images (elles le regardent presque toutes avec divers degrés d'intensité, l'envahissent lui sautent à la gorge) ne se manifeste qu'à l'encontre de produits finis. 

Il ne renonce pas à son activité. Mais ne cesse de s'étonner.

Pourquoi ce monde autre, ne le surprend-il qu'à présent, et comment peut-il en parler raisonnablement depuis deux années qu'il donne des cours d'initiation artistique ?

Il sait que des interdits ont pesé sur la production des images et qu'il peut en avoir hérité mais pourquoi cette répulsion subite à la vue de quelques visages grimaçants et bouffons, de lèvres gourmandes, d'étoffes et des draperies, de bimbeloterie, de baisers lépreux. 

Le Joueur de luth de Hals, et ‘l'allégorie de l'Avarice de Dürer.  Qui l'un et l'autre s'imposent à son esprit avec une acuité particulière. Dans ces visions, ils se moquent de lui et désignent tous les autres tableaux comme s'ils en étaient les représentants, et le bouffon semble dire, en hochant la tête « voyez ce qu'est le monde : une grimace ».

Effarante comédie que tout cela.

On dirait qu'il a le même regard que celui d'un enfant. Outre son étrange hantise pour les images et les visages représentés et surtout peints, qui singent ou révèlent plus que jamais le monde d'une façon dérangeante, il est assez mal en point physiquement, tousse, crache, éternue à la moindre occasion, à la recherche d'un soupçon d'air. Il sait que sa hantise est une étape durable sur un chemin, et se dit parfois que ce couple devenu gênant le Bouffon et L'Avarice doivent être des représentations peu ragoûtantes de ses géniteurs.

Le tableau auquel il a autrefois pensé à propos de Nelly et lui, le Noli me tangere  qui fut pour eux une expression préludant à l'érotisme, celui-là qu'il avait tenté de copier adolescent, échappe à son animosité anxieuse, et  il possède une collection secrète  de petites reproductions de la même scène interprétée par des artistes variés.

L'aventure continue.


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