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27 août 2006 7 27 /08 /août /2006 16:28

Une jeune femme les avait interrompus.

 

Elle sortit d’une Volkswagen blanche un short bouffant rose fuschia semé de petites fleurs grenat, de très longues jambes, une blouse assortie, des cheveux marron d'Inde nattés, un font de teint mordoré ,un rouge soutenu sur des lèvres gourmandes, et l’ œil mirabelle pétillant mais réfléchi. Gaie, appétissante.

 

« Allez-vous loin ? »

Ils allaient aussi loin qu’on voulait les mener, n’ayant pas vraiment de destination.

 

Elle s’appelait Bénédicte et leur avait offert le transport et l'hospitalité à condition que l'un des deux couche avec elle la nuit suivante.

Guillaume trouvait l’ensemble plutôt encourageant.

« Bien sûr, avait-il dit, soudain empressé, l’un de nous aura cet honneur et j’espère que vous ne serez point déçue. »

 

Bénédicte insista pour que Mathieu monte à l’avant. Indigné par cette touriste frivole et tape à l’œil, il commençait à souffrir d'un étrange vertige.

Il était loin de penser à la bagatelle. C’est à Guillaume de se dévouer, lui qui couchait avec n'importe quel sac à viande. Qu'est-ce que je suis venu faire avec lui ?

 

Pendant ce temps Guillaume, à l’arrière, ruminait que bien sûr, elle préférait Mathieu, qui était bruni, la taille bien prise, mince mais pas maigre, avec cette allure de beau ténébreux que suggéraient ses longs cils noirs, abritant des yeux qu’on croyait sombres et qui dans cette lumière apparaissaient presque bleus, avec cette maussaderie étudiée…

A l 'avant, elle le baratinait, tentait de le faire parler.

« Avez-vous juré votre fidélité à une personne du sexe ? »

-Je crois que oui, voulut bien dire Mathieu, mais cette personne … n’en sait rien. Nos relations … sont chastes et doivent le rester. Je ne puis me fâcher avec… elle, pour cela.

-Ce n’est pas une histoire de jupon, lâcha t-il, avec un peu de mépris.

.-En fait, je suis libre, reconnut-il. Mais je n’aime pas que vous vous proposiez comme cela.

-Je ne choisis pas au hasard… commença la demoiselle, froissée par cette arrogance .C’est, de ma part, une offre et un don qui vous sont réservés.

-Il n’empêche que vous irez volontiers avec Guillaume si…

-Volontiers, je ne sais pas.Votre Guillaume, c’est Chérubin avec la voix de Don Giovanni. Un affreux mélange.

-Vous aimez les raccourcis !

- Vous savez ce que c’est que l’état amoureux. qui nous prend parfois...

-Je … suis désolé, je ne puis penser à …La vérité, c’est que je suis terriblement mal en point…Je suis en train de mourir.

-Ce n’est qu’un mauvais moment à passer.

-Ouais, mais ça peut durer toute la vie.

Mathieu se tut, on ne l’entendit plus guère, parfois il geignait quelque peu.

 

 

Et les demoiselles ne sont plus ce qu'elles étaient. Celle-là était une fieffée menteuse : elle ne les mena pas sur ses terres, ni dans son château,  mais dans un vulgaire terrain de camping, bondé et surchauffé, où elle avait loué au mois un emplacement pour une tente de dimensions réduites.

Même Guillaume déchanta. Tant de chairs à divers degrés de cuisson, tant de transistors bruyants, tant d’objets domestiques étalés sur les surfaces d'herbe jaunie, desséchée, et pas un arbre en vue.

 

Bénédicte monta leur tente à l'aide d'un voisin. Guillaume les regardait faire et tendait de temps en temps l'objet demandé pour édifier la charpente. Ce n'était jamais le bon.

Mathieu leur tournait carrément le dos. Il sortit de son sac l'infernal trio DFK (Dostoïevski Freud Kafka) chaque  exemplaire estampillé d'un tampon encreur maternel  violet et hargneux , imprimant le nom de la famille et l'adresse, suivi du numéro de téléphone.

 

Des livres qu’il ne lirait jamais plus. Les phrases dansaient devant ses yeux, lointaines, aucun monde n'en sortait.

 

-Vous avez l’air d’un homme qui a vu sa propre tombe s’ouvrir devant lui.

Mathieu tressaillit.

-Laissez-moi, lui dit-il, avec Guillaume vous ne sauriez être en de meilleurs bras.

 

 

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26 août 2006 6 26 /08 /août /2006 14:26

 

Résumés des chapitre précédents. Peut-être étiez-vous impatients de savoir ce que Guillaume était devenu? Hélas pour lui, il est parti avec son ami Mathieu un vrai bonnet de nuit! Voyez de quelle façon il s'en accommode... 

 

 

" Veux-tu qu'on s’initie à la voile? Mais ça nous coûterait assez cher, morbleu! »

 

Avant que Guillaume n'ait réellement annulé cette proposition, Mathieu intervint :

- N… non. Je ne pourrais pas supporter de bateau. Sur… s'il n'est pas grand. Surtout si. Enfermé sur le pont, encerclé de tous côtés par la mer !

- Tu souffres du mal de mer?

-Pas du tout. Je souffre du huis clos. Je sais pire que le roulis et le tangage. Tu es sur un bateau, une petite surface limitée. Tu dois te tenir tranquille, accomplir des gestes précis que tu n'as pas choisis. Tu ne peux pas remuer comme bon te semble. Tu ne peux pas t'éloigner. Tu veux t’enfuir ? T'es coincé. Où que tu veuille aller, l'eau est là, partout, la salope, elle t’entoure, elle te cerne, elle te clôt.

- Au fait, je ne peux me baigner dans la mer se rappela Guillaume, c'est trop froid, ça me coupe le souffle. Alors pas de voile. Juste une courte traversée pour aller dans une ’île : laquelle préfères-tu ? What ? Ouate ?.

- Le bateau, … je viens de te dire… es-tu sourd ? J’ai le vertige...

-Le vertige?

 

 

Ils étaient debout en sandales sur l'herbe grillée, environnés par la stridence des criquets. Une toile de tente à demi déroulée s’étalait sur le sol et de ci de là des tubes métalliques de grandeurs diverses qui devaient s'emboîter les uns dans les autres. Du Diable si j'y comprends quelque chose, disait Guillaume, perplexe. Il étudiait le mode d'emploi, les schémas de montage en proposant des activités réalisables dans  cette station balnéaire fréquentée, sur la presqu'île.

 

« Le cinéma, tu veux bien ? Le tennis de table, J’adore. Le golf miniature ! Pourquoi pas ? Quimper, le quartier médiéval, la rue Ravignan. Le Musée des Beaux-Arts. Pas d’étoile, on s'en fiche. Il y a quelques Boudin. Ça passe le temps. Tu m'écoutes? »

 

Ils venaient d'arriver sur la côte: ce devait être assez frais d'habitude, venté, voire pluvieux, mais cet été-là un soleil de plomb rayonnait sur le pays. Une chaleur écrasante, utérine.

 

Même à Paris, pour les épreuves du bac français, ils s’étaient sentis gluants et poisseux, le stylo glissant des doigts.

" Vous voilà quasi bacheliers, avait dit Eve, l'ironie tranquille, le sourire impitoyable, le débit onctueux. le mot ne vous semble t'il pas un peu trop lourd, un peu chuintant pour ce qu'il représente?"

Ils avaient traîné une quinzaine d’années à l’école pour ânonner quelques borborygmes convenus sur Phèdre et L’Assommoir !

 

 

Secoué de frissons, claquant des dents, Mathieu s’assit en tournant le dos à son ami, les bras serrés autour de ses jambes pliées contre son corps.

« Tu devrais aller chez le toubib, lui lança Guillaume impatienté mais pragmatique. Attraper la crève par une chaleur pareille, ça ne se fait pas!"

 

Avant le départ, Mathieu avait reçu  quatre cent francs de sa mère et Guillaume deux fois plus, qu'ils avaient mis en commun. Cette situation financière n’autorisait que le camping, estimait Guillaume, et Mathieu, dépourvu d’idée quant au prix de la vie n'avait pu qu'obtempérer. Il savait ce que coûtaient les livres de poche, les trente-trois tours, les cigarettes, le cinéma, certains actes de rébellion, quelques consommations au café, les agendas de textes et les bics : c'était tout.

Guillaume avait des notions d ‘économie plus variées . Même pour trouver le meilleur endroit où dormir à la belle étoile, les lieux adéquats pour faire les grosses et petites commissions avec un peu d'aisance, il semblait que la décision dût toujours lui appartenir.

Voilà que Guillaume lui rendait la vie amère, détestable, le réduisait à néant.

Pas lui tout de même!

 

La pratique quotidienne de l'auto-stop les avait gênés. Sur le bord de la route ils lisaient, dessinaient, discutaient, fumaient, cassaient la croûte et négligeaient de faire signe aux véhicules. Ce geste paraissait à Mathieu racoleur et à Guillaume tout simplement bête. La plupart du temps, ils ne pouvaient s’y résoudre, un peu surpris de cette inhibition imprévue.

Avant le départ, ils s’enthousiasmaient à l’idée d’une existence errante, libre, d’un nomadisme supposé fécond pour la pensée. Et puis- très vite- ils maudirent les talus, les fossés, les carrefours toujours recommencés…. Jamais de toute leur vie, ils n’avaient contemplé autant de panneau publicitaire, même en attendant le métro.

Guillaume dessinait comme on respire, remplissait son carnet de croquis, et gardait de mystérieux contacts avec l’entourage..

 

Il s'était acheté " Sur la route", de Kerouac, afin de savoir comment on s'y prenait pour aimer cette vie.

Mathieu lisait " Robinson", un nouveau Robinson, le roman de Michel Tournier, qu'il avait emprunté à la bibliothèque.

Mathieu n’aimait pas Kerouac : ces étudiants qui n’étudient pas, ces petits délinquants de pacotille qui s’ennuient, se font des grimaces, se droguent, baisouillent mollement sans jamais savoir avec qui ! Et croient vivre des moments sublimes, dans leur pitoyable misère !

-Bah, lui avait rétorqué Guillaume, un peu surpris d’un tel discours. Tu deviens d’un vertueux !

-Mathieu avait haussé les épaules : tu n’aimerais pas cette vie là !

-Sans doute! Et cela m ‘empêche-t-il de les accompagner ? » Il savait s’identifier à n’importe quel idiot de personnage, porté par on ne sait quel chant secret.

 

Mathieu voulait qu’un livre soit soutenu par une pensée…


 

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16 août 2006 3 16 /08 /août /2006 17:02

Août 69 : Nelly a tout un mois devant elle pour se remettre d’une déception sentimentale. Va-t-elle y parvenir ?


Dès le lendemain, Nelly retrouva la voix suave qui emplissait l’espace du magasin avec son « si pratique citron vert », que diffusait toute la journée un haut-parleur invisible à raison d’une annonce tous les quart d’heure. Elle n’avait jamais cherché à identifier ce produit, liquide à laver la vaisselle ou le linge, poudre à récurer les surfaces carrelées, vitrées, ou les lieux d’aisance. Elle revoyait juste Guillaume, peu vêtu, penché sur une tasse marron à décor nénuphar en train de suçoter une rondelle de citron, tandis qu’un pépin se glissait dans le thé.
Installée devant un carton contenant un assortiment de récipients en plastique ou en verre colorés pourvus de titres et de textes, elle les sortait un à un et les plaçait dans les rayonnages de manière à boucher tous les trous. Le chef leur assenait périodiquement que les rayonnages devaient être garnis entièrement de telle façon que les clients n’aient pas l’impression d’un manque ou d’un oubli. Il était bon que quelques articles supplémentaires s’alignent sur le sol et que l’on puisse voir de temps à autre quelque carton plein
.

Un moment plus tard, les collègues de Nelly déplorèrent comme à l’accoutumée qu’elle ait placé des déodorants avec des flacons de shampooing, et fait voisiné ceux-ci avec des eaux de toilette et commencèrent à remettre de l’ordre : elle les aida en maugréant et encore plus tard, elles se plaignirent à nouveau qu’elle eût mélangé les marques des produits. Elle s’impatienta encore davantage et resta longtemps à contempler fixement une bouteille bleue intitulée Obao, dont elle ne savait quel type de liquide ou de gaz devait sortir, ni s’il convenait d’appuyer sur un bouton, de dévisser le flacon, ou de presser le bouchon protecteur. Son appréciation des produits de beauté restait sommaire : en tant qu’utilisatrice, elle se laissait enchanter par la forme la couleur ou l’odeur d’un flacon, ou d’une savonnette, mais ne perdait pas de temps à comparer plusieurs produits et n’utilisait pas d’accessoires tels que les déodorants, fixateurs, gels et crèmes de beauté. Elle avait choisi « pêche » pour fond de teint, subodorant que cette nuance lui seyait, sans rechercher une marque particulière. Ses camarades lisaient avidement les dépliants publicitaires et discutaient des mérites des marques des diverses lotions ce qui les rendaient bien plus performantes pour le job.
Après la pause-déjeuner, Nelly fut cantonnée au rayon livres et papeterie, qui comprenait également un photomaton. Ce secteur, peu visité, s’ouvrait sur la rue de Provence, et elle attendit tranquillement derrière une petite caisse ; de temps à autre, une femme et un enfant s’approchaient d’elle avec un album à colorier, une aventure d’ours brun, ou d’un kangourou à la poche bourrée de rejetons, un fascicule de recettes culinaires. Elle relevait la tête du livre qu’elle avait placé sous la caisse, laissant Laurent et Thérèse à leurs tristes ébats et le tiroir de la caisse s’ouvrait sur un cliquetis.
Une fois, elle vit s’approcher Pierre Abrazone, un ami de Guillaume dont Anne s’était entichée ; Grand et mince, le visage tourmenté, le sourcil noir, le regard aigu et appuyé, de fortes lèvres resserrées sur un énigmatique chagrin, les joues légèrement creuses et les pommettes un peu saillantes, il avait une allure incontestable. Comme il ne tenait rien en main, elle lui demanda s’il venait pour des photos d’identité, s’entendit répondre avec gravité qu’il était là pour elle.
 

« Je sors avec Guillaume » objecta-t-elle froidement.

Simultanément, elle recueillit dans ses mains un des peignes qui avaient glissé de ses cheveux. Fixés à l’arrière de son crâne, ils avaient la double fonction de maintenir une partie de la masse en arrière et de laisser échapper quelques mèches qui venaient danser sur ses tempes , voltiger ou retomber en petites cascades. Maintenant, dénoués, ils tombaient sans trop de souplesse sur ses épaules. Seule subsistait là-haut à hauteur du cortex, une grosse barrette, qui elle-aussi amorçait une descente. 

 

Pierre lui redonna l’un des peignes qui avaient glissé par terre, en y jetant un bref regard intense. 

« En es-tu sûre ? »

 

Nelly haussa brusquement les épaules. « Nous pouvons aller chez moi tout à l’heure. Il n’y a personne. »

 

Levant des yeux magnifiques et énamourés, Pierre proposa à voix basse et quelque peu incertaine des préliminaires en forme de verres à prendre et de soirées  night-club. 

Elle secoua fermement la tête. « Nous allons chez moi tout à l’heure : pour toi, ce sera cent francs, parce que tu ne me déplais pas. » 

Il ne dit rien et s’éloigna vers la sortie, après un dernier regard stupéfait.

Deux jours plus tard, Laurent devait provoquer la noyade de Camille. La barque tanguait dangereusement, lorsque Nelly entendit un tonitruant « Mademoiselle ! », et releva brusquement la tête, plaçant machinalement l’ouvrage sous la caisse. Elle se crue perdue : ce n’était qu’une cliente pressée, plantureuse, pleine de menaces mais sans danger réel. Elle tourna les talons avec bruit dévoilant un garçon à la mine effrayée, aux grands yeux rehaussé de cils noirs qui donnaient l’impression du maquillage, un garçon vêtu de noir aux longs cheveux frisés et dépeignés, qu’elle reconnut aussitôt pour être un ami de Guillaume lui-aussi, un des plus proches, un garçon qui passait pour bizarre, asocial, insensé etc… tout ce qui plaisait à Guillaume. C’était lui qu’il devait chercher, qu’aurait-il fait sans Guillaume, le pauvre ?

 

Nelly le salua ironiquement : « N’étais-ce pas ta mère, cette râleuse ? Elle t’attend dehors ! ».

Le garçon la foudroya du regard et s’en fut vers les rayonnages, y resta longtemps, sortit avec deux livres de poche qu’il fourra dans celles de son blouson sans se retourner.

 

Laurent et Thérèse devaient bientôt se marier, mais chaque fois qu’ils pensaient l’un à l’autre, le spectre de Camille se dressait entre eux. Enfin unis, le fantôme du cadavre continue à les harceler, verdâtre, mou, visqueux, sortant d’un cadre où Laurent avait fait son portrait. Irritée tout autant que dégoûtée, Nelly poursuivait cette lecture tragique. Mais elle s’énervait contre une pensée autre qui lui venait en cette nuit d’été, trop douce, trop éclairée de lune, assise en tailleur dans son lit de jeune fille qu’elle avait regagné, tapotant la page qu’elle lisait : N’y avait-il pas eu une sorte de spectre entre Guillaume et elle ? Un spectre qu’elle était seule à voir, et dont il lui appartenait de se débarrasser elle-même, un spectre qui était apparu dans sa mémoire, alors qu’elle emmenait Guillaume à l’appartement de ses parents ? quelque trouble-fête ,avec qui Guillaume offrait une légère mais persistante ressemblance.
Avait-elle tenté de noyer Eve?

Certes, oui, mais l’alcool conserve… elle reprit sa lecture nocturne : Laurent jetait contre le mur un grand chat tigré jugé maléfique. Dans le même mouvement, elle projeta à son tour le livre en direction de la fenêtre, ouverte sur la nuit d’été. Le livre vint heurter le mur au lieu de plonger par la fenêtre, et retomba sur le sol.


Vingt cinq jours s’étaient écoulés. Trop vite, elle avait perdu sa place au Monoprix, et n’avait gagné que six cents francs au lieu des huit cents escomptés. S’étant fait embaucher à distribuer des affichettes publicitaires pour finir le mois, elle avait perdu cet emploi dès le premier jour, parce qu’elle coinçait deux réclames au lieu d’une entre les pare-brise des voitures.
Elle n’arrivait pas davantage à paraître vénale : chaque fois qu’elle avait croisé Pierre Abrazone qui vadrouillait dans la rue de Provence et à qui elle avait voulu monnayer ses charmes, il lui avait lancé un regard sévère, voire indigné, sans lui parler le moins du monde. Anne lui disait qu’elle retrouverait son ami à la rentrée, prêt à l’entreprendre à nouveau, et qu’elle ne devrait pas céder,  avant plusieurs mois, en tous cas plusieurs semaines, et, s’il ne lui demandait rien, elle devrait se faire une raison.

 

Ne pas céder, garder la tête haute, c’était l’essentiel.

 

 


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16 août 2006 3 16 /08 /août /2006 15:55

 

Résumés des ch. préc.

Guillaume, jeune bourgeois vaguement artiste, inconséquent et prudent, a connu une brève et première liaison d'une exceptionnelle intensité avec Nelly Fischer (blonde et lègère, mais pas trop ; a laissé partir son amie jugée encombrante. Comment survit-elle? Nous sommmes le 2 août ( 1969)elle fête ses dix-huit ans le deux c'est la saint Julien. A la Saint Julien chacune trouve le sien dit le proverbe...

 

 

Lorsque l’on tambourina à la porte, Nelly sauta sur ses pieds, saisie d’une frénésie intense. Elle lâcha son agenda intime qu’elle écrivait, non sans peine, en anglais et allemand afin que ses géniteurs indiscrets ne pussent le déchiffrer. Elle jeta un rapide coup d’œil sur le texte lyrique et haineux qu’elle avait commis, repoussa les dictionnaires qui retrouvèrent leur place contre le mur entre les autres volumes qu’elle faisait tenir entre deux gros serre-livres en bois clair. Le tiroir de la table s’ouvrit en grinçant pour accueillir le document. Les coups se répétèrent, trois petits chocs méticuleux séparés chacun d’une demi-seconde.

Sur le côté gauche de la table gisait  le paquet éventré d’où émergeaient un soutien-gorge garni de dentelle rose pâle et le slip correspondant qu’elle avait commandé dans un catalogue. Elle empoigna le tout se dirigea vers la penderie : la fermeture-éclair crissa, deux cintres furent écartés, le paquet disparut dans l’étroite ouverture pratiquée.
Elle se rapprocha du visiteur, attendit un instant devant la cloison, prit conscience d’ une fièvre plus intense que ces derniers jours.

La porte s’ouvrit pour laisser entrer Anne.

 

Elle était perchée sur des sandales noires à haut talons, lacées aux chevilles de larges lanières croisées plusieurs fois, qui l’élevaient au mètre soixante, et vêtue d’une petite jupe plissée écossaise et d’une chemisette bleue genre tennis.
Nelly marqua un temps d’arrêt qui ne pouvait passer inaperçu, puis elles s’embrassèrent avec élan. Anne la suivit dans la cuisine, d’une démarche légère, sortit elle-même des tasses. Les deux jeunes filles s’observèrent avec un soupçon d’embarras.

 
 

la cafetière électrique vide et maculée déplut à l'amie  qui  répara l’erreur, tout en relatant d’un ton badin à peine forcé deux semaines passées dans le sud, voile, baignades, discothèque et lecture avec agonie des trois Thibaud. Tandis qu’elle s’affairait, et que le café moulu répandait son odeur toutes deux retrouvèrent une sincère jovialité. « Je n’étais pas encore partie, l’informa Anne, lorsque je t’ai aperçue en galante compagnie et n’ai pas voulu intervenir ».

 
 

- Oh, fit Nelly avec une négligence mal étudiée, ce n’était que Guillaume Wilson.

 

- Quelle calamité ! » plaisanta Anne.

Cette année scolaire s’était accompagnée d’un arrivage de « secondes » sexuellement plausibles. Mais Guillaume n’était pas vraiment un nouveau venu : durant les trois ans qu’Anne avait passé au lycée, période qui venait de prendre fin, elle l’avait souvent aperçu dans les parages, soit à la bibliothèque derrière un livre quelconque d’où il observait les allées et venues des filles, intervenant parfois maladroitement dans les conversations, soit dans le préau en train de pincer les cordes de sa guitare où même de chanter des romances démodées. C’était un grand gamin rêveur et efflanqué qui faisait un peu trop partie du paysage et tenait ce rôle ingrat sans ostentation. Il avait fini par achever sa puberté. Anne n’ignorait pas que son amie avait été quelque peu touchée du résultat.

 

-Il n’a que seize ans, continua Nelly. Que… pouvais-je faire ?…
Ce tronçon de phrase énigmatique fut interrompu par des contractions de gorge, préliminaires à de violents symptômes d’affliction.

 

 

 

Lorsqu’ils s’apaisèrent, Anne apprit, comme elle le soupçonnait, que des liens s’étaient formés entre Nelly et cet adolescent auquel on donnait volontiers dix-huit ans, et que cet attachement avait pris fin parce qu’elle s’était crue amoureuse. Et  s'était sottement déclarée.

 

 

 

Elle se jurèrent de devenir aussi libertines que possible, et de cultiver la froideur et le détachement.

 

 

 

Pour se distraire, davantage que par nécessité, elles emplirent la baignoire de la salle de bain et s’immergèrent. Anne se plaçait le dos au robinet parce qu’elle était prudente et économe de gestes et savait éviter les obstacles invisibles.

 

Elles étaient physiquement très différentes : Nelly plutôt grande, charnellement bien développée, et Anne petite et mince, ne portant de soutien-gorge qu’en hiver, juste pour la décoration. Elle s’invectivèrent plaisamment comme à l’accoutumée, Anne lui faisant des observations à son amie sur son buste provocant, Nelly répliquant à l’adresse d’Anne qu’elle n’irait pas loin avec ses minuscules protubérances…elles s’insultèrent mutuellement, firent monter le ton, s’aspergèrent, feignirent de se noyer l’une l’autre, cessèrent parce l’eau nécessaire aux ablutions viendrait à manquer si elles persistaient dans leurs excentricités.

 

Pour occuper la chambre –salon elle rabattirent le divan escamotable et les deux tables de chevet. Anne prépara deux grands verres de coca et rhum blanc où flottèrent des glaçons.

Des informations télévisées, elles retinrent que Gabrielle Russier, ce jeune professeur qui, l’an passé, avait pris pour amant un de ses élèves, dont la famille l’avait poursuivie en justice, était à présent interdite d’exercer à l’issue d’un nouveau procès. Elles avaient suivi l’affaire, surtout depuis que Gabrielle avait été fouillée nue par la Justice un froid jour de décembre. Toutes deux s’indignèrent du sort qui lui était imparti, mais Anne dit qu’elle avait été imprudente, qu’une telle liaison aurait dû rester clandestine tandis que Nelly accusait violemment la famille de ce Christian et ce garçon lui-même …

 

« Au fait, s’informa Anne, est-ce qu’il était vierge ?

- Tu ne te gênes pas pour me questionner ! » lança Nelly, froissée.

 

D’habitude, elles se disaient presque tout sur leurs aventures, qui n’en méritaient pas le nom. A présent, elle voulait garder le secret qu’on ne lui avait pourtant pas demandé.

 

« Guillaume, c’est un choix, s’écria –t-elle soudain. . Avant lui, j’acceptais des propositions d’ individus modérément plaisants pour différentes raisons : si nous partions en vacances avec un ou des couples, on me dégottait un copain ; si je me trouvais en état d’ébriété, je ne disais pas toujours non ; si j’étais à jeun, parfois oui.

 

-Y-a t'il un avant et un après lui ? Anne s’inquiétait.

 

-  !

 


 

Elles regardèrent distraitement défiler des images sur l’écran, puis s ‘en lassèrent et reprirent la conversation.

 

Nelly avait trouvé pour le mois d’août un poste de caissière au Monoprix.  Elle était soulagée d' avoir collés ses parents dans  une  deux-pattes en route pour la Bretagne, pendant un mois : bronzage, ennui sous le soleil, trempette minable dans les vagues, romans insipides.
« Ma mère, dit Nelly, m’a confié vouloir que mon père ait une maîtresse, juste pour lui fiche un peu la paix. »

 

Aimable, quelque peu facétieux , mais sournois, M. Fischer, le père de Nelly était un personnage difficile à cerner.

Avec elle, il avait toujours eu des gestes quelque peu déplacés, des manières onctueuses et trop douces, les propos surtout. Elle s’en était vraiment avisée à la puberté. 
Maintenant le scabreux de la situation avait été cassé. Nelly avait  dix-huit ans, une vie personnelle et une méchante humeur.   Ce papier peint aux coquelicots, sur les murs, elle ne pouvait plus le supporter.

 

Anne observa le décor incriminé : c’était un peu chargé et d’un rouge soutenu mais gai. Elle se souvint que Nelly avait elle-même choisi ce papier peint, agréé par ses parents et qu’elles l’avaient collé toutes deux, l’an dernier, pour remplacer les envahissants végétaux jaunes et vert qui écrasaient la pièce exiguë.
Une parole s’était élevée contre les délicats coquelicots aux tiges graciles ; une parole que Nelly avait entérinée et dont elle ne dirait rien. Une parole proférée par le jeune homme qui avait des idées sur l’esthétique des papiers peints !

« Que veut-il faire dans la vie… ton ami ? risqua Anne. Je l’ai seulement entendu chanter dans le préau. Avec une belle voix profonde, ajouta –t-elle amicalement.

 

Le fait est que Guillaume alliait son apparence de fragilité avec une surprenante voix de baryton.

 

Nelly lui rappela avec irritation que tout était fini et que cette voix était celle du traître.

 

Anne pensa que ce qui était grave, traître et méchant, c’était cette maladie chronique que son amie développait et contre laquelle on était impuissant. Elle proposa le cinéma, se mit à étudier l’Officiel des spectacles en quête d’un film sans la moindre allusion à une quelconque velléité amoureuse. Un western sans femme ? Un Tex Avery ? Un documentaire ? Une comédie ?

 

Lorsqu’elles eurent gagné leurs strapontins et que le titre « Ma Nuit chez Maud » s’afficha sur l’écran, elles admirent définitivement leur échec à se garder de toute aventure sentimentale.
Le dépaysement les enchanta. Ce fut noir et blanc. Ce fut gris. Ce fut l’hiver, le vingt-six décembre, ce furent les montagnes enneigées, ce furent un homme et une femme de trente ans qui allait sûrement leur en apprendre sur la vie.
 

 

Après la séance, Nelly dit à son amie qu’elle trouvait agréable que, dans ce marivaudage pascalien, la position de l’homme soit ici celle qu’on réserve d’habitude à la femme. Ne pas baiser sans une raison sérieuse, résister ou se donner, c’est dans le film l’affaire de l’homme.

 

« Mais non, répliqua Anne, c’est tout le contraire ! Ici comme toujours, la femme est tentatrice, et l’homme décide, qui a ce qu’il voulait au départ. Ou plutôt n’a pas ce qu’il ne voulait pas. Quant à  la fille rencontrée à l'église, elle assurera les vertus domestiques et la sexualité hygiénique.

 

Anne savait raisonner. D’autant que, ne voulant jouer aucun des deux rôles précités, elle se gardait pour elle-même.

 

 

 

 

 

 

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27 avril 2006 4 27 /04 /avril /2006 23:58

"Je ne veux pas- cesse de me chatouiller- œuvrer pour une quelconque révolution. Bellum est Le premier mot de latin que j'ai appris ; ce n'est pas beau."

Le second, Noli,  on devait comprendre, supposait-elle que la beauté y avait sa part. 

Nelly  tenait ouvert un livre grand format, tout en se livrant à des attouchements polissons. Ils étaient revenus chez Guillaume et s’y trouvaient à l’aise. Contre le mur qui avait supporté des sentences rimbaldiennes se trouvaient à présent punaisé le jeté de lit aux teintes vives.

 "Les peuples ne progressent pas sans guerre. Ils ont à se frotter l'un contre l'autre. Pas d'art sans cela.

- J'ai froid.

Guillaume s'enfouit sous le couvre-lit et progressa, sans être oppressé, jusqu'à se mettre en conjonction avec la partie inférieure du buste de sa compagne. Nelly posa le livre sur la petite table de chevet où il écrasa sous son poids un paquet de pommes chips dont ils s'étaient précédemment restaurés.  Elle ébouriffa une toison de poils folâtres à reflets roux, se fit câline et flatteuse : " Toi qui ne dit rien, toi qui ne mens pas, toi qui n'a pas de passé".

- Que dis-tu? Mais si, elle a un lourd passé!

-Ca n'a pas de cervelle, voyons! Est-ce qu'elle a un nom?

-Elle est orpheline.

- Dis-moi son nom. A moi seulement.

- Attention, mon livre est plein de miettes de chips qui vont poisser les pages".

Le paquet fit un vol plané à travers la pièce pour achever sa chute près du bureau  de Guillaume, Nelly reprit  l'ouvrage : tous deux s'employèrent à balayer les minuscules morceaux  dorés,  chacun gardant une main libre pour émouvoir le corps de l'autre. Guillaume s'imprégnait de l'odeur de son amie largement masquée par"Opium" ou "Spiritual Spy » . Elle achetait les flacons dans une boutique indienne en même temps que les sacs en laine rêche tressée qu’elle portait en bandoulière  et dont la durée de vie n’excédaient pas trois mois 

 Relevant la tête, elle éclata soudain de rire  et désigna la page qu'elle venait d'astiquer : " Ceci n'est pas une pipe". Veux-tu savoir ce que c'est? Puisque le maître ne le dit pas".

Sa gaieté ne rencontra aucun écho. Guillaume tourna vers elle un regard agacé, ses lèvres se resserrèrent  en une moue indulgente.

«  Cette blague a trop servi. Et l’image n’est pas innocente. Je ne veux pas que l’on me dicte mon comportement sexuel. »

Nelly referme le volume qu’elle pose à terre, se sent prise en flagrant délit de naïveté devant le gamin de seize ans, qui n’a pas fini de grandir si ça se trouve…ses deux longues jambes blanches et poilées, son membre à demi tendu, l’épaule étroite et le bras qui la touche les petits muscles allongés, durs contre sa peau, et cette intransigeance, il veut que ses désirs lui soient propres, que ce grand pipeur de Magritte n’y soit pour rien. Elle pose un pied sur le sol.

«  Où va-tu ? «

  Inquiet, le jeune homme la saisit par les épaules, arrête son mouvement de recul,  Je ne voulais pas  te blesser.

Un peu plus tard, Guillaume se prépara à sombrer délicieusement dans le sommeil, dont l’insomnie  le privait souvent. Il s'emmêla avec elle et ferma les yeux.

" Ne t'endors pas, Guillaume, tu ne m'as pas dit son nom"

-Cosette.

-Tu veux dire : la petite Cosette? La voilà toute petite, à présent.

- Elle a été malmenée, expliqua Guillaume, étouffant un bâillement. Elle a dû coucher sous un méchant escalier à raidir de froid, ou à suffoquer dans de mauvais draps. On lui a souvent préféré de méchantes filles. Elle s'est rendue au puits, la nuit, seule, morte de peur. Mais elle a eu raison de persévérer".

Nelly moucha Cosette aux larmes épaisses.

 Guillaume partait le lendemain pour les Alpes en colonie de vacances. Ils avaient échangé leurs adresses. Dans sa somnolence, Guillaume l'entendait murmurer des mots qu'il ne comprenait pas. Elle éleva un peu  la voix  pour lui demander s'il l'aimait.

Zut !

Il s'endormit tout à fait.

 Ses yeux s’ouvrirent pour apercevoir les ombres obliques qui assombrissaient la chambre. L'après-midi touchait à sa fin. Il était seul. Ses vêtements reposaient  sur le dossier de la chaise en face du bureau, jetés à la va-vite. Ne subsistait de la présence de Nelly, que le parfum lourd de son eau de toilette.  Une feuille de papier quadrillée pliée en deux était plantée au sol à l'aide d'une punaise. Il n'était "qu'un crétin, un sale petit bourgeois, avec sa gentille petite gueule d’hypocrite",  elle avait "perdu son temps avec lui, on ne l'y reprendrait pas".




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27 avril 2006 4 27 /04 /avril /2006 09:25
résumé des épisodes précédents: le jeune Guillaume naïf et rusé, inexpérimenté et intuitif parisien, héritier et boursier pseudo anglais un peu artiste et sa liaison en tout point singulière et difficile avec Nelly, gr.bl. jol fes un peu intello, un peu fémin. enthous. méf. ni héritière ni boursière
.
Guillaume apprenait le dessin et la peinture par correspondance, ainsi qu’au lycée où il suivait des cours facultatifs, et l’histoire de l’art dans un centre culturel. Pour finir l’année scolaire, on avait demandé aux élèves d’étudier un tableau représentant une scène biblique, de préciser le propos, le situer historiquement, le décrire, en expliquer la composition. Un tableau qu’ils puissent examiner en chair et en os.
 
La famille était agnostique de longue date, et quoique du côté maternel on répétât de temps à autre qu’il était nécessaire de connaître le Livre pour savoir sur quoi reposaient nos principes de pensée et les considérer à bonne distance, les conversations portaient rarement sur les Ecritures. Guillaume ne voulait rien qui fût trop explicitement religieux, ne par le sujet ni par les postures : il appréhendait les génuflexions, les mains jointes, les auréoles, les couronnes d’épines etc.les scènes de violence lui déplaisaient tout autant.
Après avoir jeté son dévolu sur des femmes seules, peu vêtues ou bien mises, aux attitudes émouvantes ou admirables il trouva Bethsabée trop courtisée et parcourut en vain le Musée à la recherche de Salomé.
Tandis qu’il relatait ses pérégrinations à Nelly, ils s’arrêtèrent devant le tableau que, lassé d’errer, il avait choisi. L’atmosphère de fête qui régnait auprès du tombeau lui avait plu, faisant oublier tout ce qui concernait la situation relatée dans l’ Evangile : que Jésus ressuscité, s’apprêtait à partir Dieu savait où et que Madeleine ne devait pas le toucher. Les postures des personnages suggéraient un épisode d’une liaison entre deux amants. Ils se tournaient autour l’une vêtue, l’autre presque nu, sans stigmates ni auréoles et bien portant. Les couleurs, bleu, vert et rouge donnaient de la gaieté.
Où donc Guillaume avait-il pu pêcher de semblables idées ? Ne succombait-il pas à une overdose d'initiations variées : Outre l’art, il suivait des cours de guitare, de solfège, de la physiothérapie, révisait les matières scientifiques pour la rentrée… mais tout cela est excellent se gourmanda Nelly dont l’éducation s’était réduite à très peu de chose. Ne te moque pas !
Elle convint qu’il se jouait un épisode mystérieux dans « ce couple », mais Jésus était trop athlétique, sa musculature d’un développement excessif. Avides de célébrer le corps , ces artistes italiens avaient transformé en sportif de haut niveau, un homme dont la principale activité avait été la parole, assortie de déambulations pédestres nombreuses mais pratiquées à une allure ordinaire, agrémentées d’un petit souper par ci , d’un repas de noces par là : moi je ne critique pas ! Il faut prendre des forces pour l’épreuve finale ! Pour tout dire elle les préférait longilignes, la vraie force ne se montre pas crûment, c’est trop simple. Par exemple… celui de Pasolini, si tu vois ce que je veux dire ?
( De tableaux adéquats, elle n’en remettait aucun). De plus, elle ne se concevait pas dans la posture de Madeleine accroupie avec un air d’adoration. ( Pourvu que Guillaume ne l’ait pas surprise avec une semblable dégaine ! ça lui semblait impossible, mais …)
Ce n’était en rien de l’adoration, protesta Guillaume, mais du désir, et la certitude qu’il était partagé.
Ils tombèrent d’accord que Guillaume ne le copierait sûrement pas à cause de ses dimensions imposantes, quittèrent la salle, se rapprochèrent l’un de l’autre, murmurèrent la formule prohibitive en deux idiomes, se pourchassèrent dans les escaliers et n’eurent pour lors d’autre souci que de se chercher un abri pour épuiser leurs fougues voluptueuses.

 

Le second, Noli, on devait comprendre, supposait-elle que la beauté y avait sa part.
Nelly tenait ouvert un livre grand format, tout en se livrant à des attouchements polissons. Ils étaient revenus chez Guillaume et s’y trouvaient à l’aise. Contre le mur qui avait supporté des sentences rimbaldiennes se trouvaient à présent punaisé le jeté de lit aux teintes vives.
"Les peuples ne progressent pas sans guerre. Ils ont à se frotter l'un contre l'autre. Pas d'art sans cela.
- J'ai froid. Guillaume s'enfouit sous le couvre-lit aux couleurs lumineuses et progressa , sans être oppressé, jusqu'à se mettre en conjonction avec la partie inférieure du buste de sa compagne. Nelly posa le livre sur la petite table de chevet où il écrasa sous son poids un paquet de pommes chips dont ils s'étaient précédemment restaurés. On entendit des craquèlements. Elle ébouriffa une toison de poils folâtres à reflets roux, se fit câline et flatteuse : " Toi qui ne dit rien,toi qui ne mens pas, toi qui n'a pas de passé".
- Que dis-tu? Mais si, elle a un lourd passé!
-Ca n'a pas de cervelle, voyons! Est-ce qu'elle a un nom?
-Elle est orpheline.
- Dis-moi son nom. A moi seulement.
-Tu pourrais faire attention, mon livre est plein de miettes de chips qui vont poisser les pages".
Le paquet fit un vol plané à travers la pièce pour achever sa chute près du bureau de Guillaume,. Nelly reprit l'ouvrage : tous deux s'employèrent à balayer les minuscules morceaux dorés qui risquaient de tacher les pages, chacun gardant une main libre pour émouvoir le corps de l'autre. Guillaume s'imprégnait de l'odeur de son amie largement masquée par"Opium" ou "Spiritual Spy » dont elle s’aspergeait inconsidérément. Elle achetait les flacons dans une boutique indienne en même temps que les sacs en laine rêche tressée qu’elle portait en bandoulière et dont la durée de vie n’excédaient pas trois
Relevant la tête, elle éclata soudain de rire et désigna la page qu'elle venait d'astiquer : " Ceci n'est pas une pipe". Veux-tu savoir ce que c'est? Puisque le maître ne le dit pas".
Sa gaieté ne rencontra aucun écho. Guillaume tourna vers elle un regard agacé , ses lèvres se resserrèrent en une moue indulgente.
« Cette blague a trop servi. Et l’image n’est pas innocente. Je ne veux pas que l’on me dicte mon comportement sexuel. »
Nelly referme le volume qu’elle pose à terre, se sent prise en flagrant délit de naïveté devant le gamin de seize ans, qui n’a pas fini de grandir si ça se trouve…ses deux longues jambes blanches et poilées, son membre à demi tendu, l’épaule étroite et le bras qui la touche les petits muscles allongés, durs contre sa peau, et cette intransigeance, il veut que ses désirs lui soient propres, que ce grand pipeur de Magritte n’y soit pour rien. Elle pose un pied sur le sol.
« Où va-tu ? «
Inquiet, le jeune homme la saisit par les épaules, arrête son mouvement de recul, Je ne voulais pas te blesser, oui je veux bien.
Un peu plus tard, Guillaume se prépara à sombrer délicieusement dans le sommeil, dont l’insomnie le privait souvent. Il s'emmêla avec elle et ferma les yeux.
" Ne t'endors pas, Guillaume, tu ne m'as pas dit son nom"
-Cosette.
-Tu veux dire : la petite Cosette? La voilà toute petite, à présent !
- Elle a été malmenée, expliqua Guillaume , étouffant un bâillement. Elle a dû coucher sous un méchant escalier à raidir de froid, ou à suffoquer dans de mauvais draps. On lui a souvent préféré de méchantes filles. Elle s'est rendue au puits, la nuit, seule, morte de peur. Mais elle a eu raison de persévérer".
Nelly moucha Cosette aux larmes épaisses.
Guillaume partait le lendemain pour les Alpes en colonie de vacances. Elle remplacerait sa mère au guichet de l'État Civil pour le mois d’août.. Il avaient échangé leurs adresses. Dans sa somnolence, Guillaume l'entendait murmurer des mots qu'il ne comprenait pas. Elle éleva un peu la voix pour lui demander s'il l'aimait. Il s'endormit tout à fait, épuisé et opportuniste.
Ses yeux s’ouvrirent pour apercevoir les ombres obliques qui assombrissaient la chambre. L'après-midi touchait à sa fin. Il était seul. Ses vêtements reposaient sur le dossier de la chaise en face du bureau, jetés à la va-vite. Ne subsistait de la présence de Nelly, que le parfum un peu lourd de son eau de toilette. Une feuille de papier quadrillée pliée en deux était plantée au sol à l'aide d'une punaise . "Il n'était qu'un crétin, un sale petit bourgeois, avec sa gentille petite gueule d’hypocrite, elle avait perdu son temps avec lui, on ne l'y reprendrait pas".
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26 avril 2006 3 26 /04 /avril /2006 13:19

Résumé des ch. préc. Guillaume est un jeune lycéen naïf et rusé, paresseux et besogneux, timide et courageux. Il a réussi à draguer une grande blonde, Nelly qui est la fille de la lingère du lycée. Lui Guillaume, c'est le fils de la documentaliste.

Son amie lui raconte sa vie : ils ont un problème de classe sociale, on est en 1969.

Et aussi de sexe : Guillaume est du 1, Nelly du 2.

 

 

 

Quelques heures plus tard, à l’aube, elle lui avouait qu’elle aurait en fait dix-huit ans en août. Deux de plus que lui. Ça ne se voit pas, estima Nelly, qui n’en finissait pas de s’étonner de la prestance, même un peu gauche, de Guillaume. Il persistait à l’appeler Noli, à répéter ce nom avec tendresse. Le jour de ma naissance, dit-elle, ils n’avaient pas de prénoms féminins : le saint du jour était Hélène, ce qui convenait à ma mère. Mon père voulait une petite inflexion anglo-saxonne d’où Nelly. Bien sûr Noli, acheva Guillaume.

Le matin, comme des flopées de soleil entraient par la fenêtre, elle lui parlait de ses premiers émois littéraires.

« A mes yeux, mes parents n’avaient qu’un seul livre, énorme, renfermant tous les contes du monde, ceux de Grimm en réalité, et jusqu’à mes sept-huit ans, ils m’en lisaient un chaque soir à tour de rôle, en suivant l’ordre du livre sans choisir ; j’ai été frappée par « La Sage Elise», un récit bref, qui n’a guère retenu l’attention des exégètes.

- Qu’est-ce que cela dit ?

- Je … n’en sais plus rien, hésita Nelly, soudain troublée. Ce n’était pas intéressant du tout. Une fille qu’on essaie de marier, une paysanne, Elise, à un type de rencontre, Jean. Pendant les pourparlers, on l’envoie à la cave remplir de bière la cruche au tonneau. Pendant l’opération, elle lève la tête, aperçoit un pic oublié par le maçons en équilibre instable au-dessus de sa tête. Elle imagine avoir eu un fils de Jean, qu’il descend à la cave à son tour avec la cruche, et que le pic lui tombe dessus, le tuant.

- Il ressemble à quoi, ce Jean ?

-Tais-toi ! laisse-moi raconter. Le texte ne le dit pas. Elise se met à sangloter : tour à tour , la mère, le père, la servante, et même le prétendant descendent la chercher, elle leur relate l’hypothétique accident, et tous s’en émeuvent, louant son intelligence et sa lucidité. Quels que soient les malheurs qui pourraient survenir plus tard après son mariage, elle saurait, croient-ils, les prévenir. Aussitôt la noce faite, Jean l’envoie aux champs pour moissonner le blé.

-Et lui, que fait-il ?

- Ne m’interrompt pas tout le temps, contesta Nelly, mais on la devinait satisfaite. Il prétend qu’il va en ville travailler pour gagner sa vie. A peine arrivée au champ, elle déjeune d’une bonne bouillie…

- De la bouillie ! La pauvre !Je croyais qu’on mangeait du pain bis et du lard. Même pas de bière ?

- Ensuite elle s’allonge pour la sieste et ne se réveille même pas lorsque Jean vient la chercher, à la nuit. Il la coiffe d’un bonnet à grelots, pour signaler qu’elle est folle, et lui ferme sa porte à clef. Effectivement, elle ne se reconnaît pas pour Elise, la cherche en vain, et la voilà condamnée à errer jusqu’à ce que mort s’en suive. Je sentais en moi quelque similitude avec cette malheureuse et redoutais un destin semblable.

Elle craignait encore quelque chose de similaire. Guillaume s’en étonna pour lui-même car il se représentait une Nelly, impérieuse, un brin amazone, peu encline à l’effroi.

« C’est une histoire étrange, dit Guillaume, mais plus originale que ces récits d’animaux qui doivent obligatoirement se changer en princes avec l’aide de la magie » .Nelly avoua son goût pour les récits insolites qui soumettaient des questions difficiles qu’on préfère ignorer .

Je te ferais faire un certificat de nouvelle naissance puisque tu es un homme à présent, plaisanta-t-elle, comme si l’initiation de Guillaume réclamait aussi qu’il dût écouter des récits comme celui-là, des récits qui n’avaient rien de merveilleux ni d’édifiants.

Si tes parents te payent une chambre, tu pourrais te faire offrir un lit à deux places !

Guillaume se voyait souvent ramené, fût-ce sous le ton de la plaisanterie, à sa classe sociale qui était censée faire de lui un petit jeune homme un peu vain à l’existence facile. Il avait choisi d’ignorer ces remarques. Nelly lui faisait le récit de sa vie, s’adressant à lui comme à un jeune adulte.

 

« Ma mère, initialement, faisait des ménages. Le fait d’intéresser l’occupant d’un de ces appartements où elle travaillait ne lui parut pas de mauvais augure. Elle avait presque trente ans, le tenait pour assez riche, pas trop âgé, et il était toujours en costard : les représentants, c’est ça, qu’ils vendent où non, ils en jettent. Engrossée et mariée, ma mère dut continuer les ménages et toujours plus. Il ne vendait rien et il fallut même déménager assez vite de cet appartement qui ne lui avait pas déplu. Elle travailla encore davantage. Grâce à des cours du soir, elle est devenue fonctionnaire. Et lui, il se balade…

 

- Ce n’est pas si amusant de faire du porte-à-porte.

 

Nelly l’observa longuement puis elle s’emporta :

 

« Il reste souvent sans travailler entre deux embauches infructueuses. Il se balade… je veux dire : dans la maison. Il ne sait quoi faire, il écrit pas, il bouquine pas ; la télé ça lui suffit pas. Il faut qu’elle le divertisse. Derrière le beau costard, les manières avantageuses, le langage abondant, il y a le harcèlement, les appétits grossiers, les propos orduriers.

 

 

Guillaume fut indigné. En même temps, il pensait que Nelly était bien au-dessus de ces gens-là qui lui avaient servi de parents. Il se livra à quelques gestes tendres.

 

  « Je voudrais qu’on pense surtout à nous deux », fit-elle, d’un ton rêveur.

 


« Nous deux ? « se dit –il , vaguement effrayé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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25 avril 2006 2 25 /04 /avril /2006 19:48

 

Résumés des ch.préc. Guillaume, un ado désoeuvré passe a quitté sa chambre pour aller draguer dans une manif de 1969. Nelly qui n'a connu que des amours de chantiers a pris plaisir à initier ce lycéen. Mais elle veut s'installer chez lui. il la persuade de squatter l'appart de ses parents à elle.

 

Le Marteau Piqueur, Nelly l’a inventé à partir de récits lus ou entendus.

Guillaume et elle traversent le square de la Trinité. Il a insisté pour venir chez elle, et le week-end ayant libéré le petit appartement où elle vit avec ses parents, ils se dirigent vers ce « réduit », ainsi qu’elle l’appelle. En regardant les gamins jouer dans le bac à sable, elle s’imprégne de la présence de Guillaume auprès d’elle, encore interdite qu’il ait pris cette place d’amant et qu’il tienne ce rôle, de telle façon que c’est ce mot romanesque qui lui est venu à l’esprit et non celui de « petit ami » » copain » ou « mec ». 

 

 

Hélas, elle songe à l’an passé.

 

A cette époque, Guillaume, encore presque enfant, se rinçait l’œil à observer les habituées de la bibliothèque, et Nelly tentait d’intéresser le cousin pianiste fraîchement débarqué d’Angleterre que Mme Wilson lui avait présenté avec une déférence rieuse, s’amusant à donner à chacun ses titres et qualités avec une abondance de détails saugrenus. Le cousin Andrew jouait le jeu exagérant politesse et marques d’intérêts à l’égard des lycéennes conquises au style de la bibliothécaire. Nelly avait pris au sérieux ces courtoisies, tout comme elle se fiait à cette femme pour lui servir de mentor.
Sa mère adorait Mme Wilson, tout en disant à Nelly qu’il « fallait rester à notre place ».

 

Maintenant elle montre à Guillaume la pièce à tout faire où se trouvent son lit, une table à usage multiple, sa penderie, et l’entraîne vite dans la meilleure pièce de l’appartement qui est aussi la chambre de ses parents. Guillaume y jette un coup d’œil circulaire et interrogatif. Nelly fait apparaître le lit et les tables de chevet, escamotables, permettant à la chambre de faire office de salon. Cet ameublement encastré répugne à Guillaume. Il n’aime pas davantage la grande plante verte « caoutchouc » ni le papier peint aux coquelicots qui congestionne l’espace vital à cause du charme de ces fleurs et de leur trop vive couleur. Il se hâte de suivre Nelly dans la cuisine pour se rasséréner devant une tasse de café.

 

Bien que très jeune, il se montre curieux d’elle. Comment vit-elle ici ? Avec qui ?

 

Nelly a un mouvement d’humeur. Guillaume, tu l’as vue ma mère et sa blouse bleue, tu l’as peut-être entendue faire son numéro à la bibliothèque ?

-Son numéro? 

 

Mon père est représentant, et le difficile pour en parler, c’est qu’il ne représente jamais la même chose. Ne ris pas.
Nelly commence à pouffer la première. Il a été vendeur d’articles ménagers.

 

Des aspirateurs ?

Oui, bien sûr, des aspirateurs qui servaient aussi de balai à laver, à cirer, de plumeau et de lances d’arrosage… quinze jours plus tard, c’était fini, il vendait des bêches et des râteaux. Puis des assurances contre la vie…des sonnettes d’alarme. Et aux dernières nouvelles, des romans d’amour historiques, des horoscopes et des recueils de sagesse psycho-ésotériques pour les mémères. Là il fait des merveilles : presque deux ans que ça dure.

 

Elle tente de présenter son histoire familiale de façon attrayante, mais elle la juge sordide : ses parents ont tous deux fui l’usine à son âge à elle. Lui, son père pour porter des costards, bouffer au restaurant et tenter d’épater une bourgeoise avec n’importe quel objet  à vendre, elle, sa mère pour faire des ménages, court-vêtue, chez des célibataires.

 

Guillaume insiste pour rester dîner. Ils achètent des sandwiches garnis de thon, salade, tomates confites.

 

C’était dans cette cuisine, que Nelly avait attendu Eve, l’an dernier pendant des heures en buvant tasse sur tasse où, sur le tard, elle versait des lampées de tord-boyau. Ses parents étaient là et savaient qu’elle espérait la visite d’un jeune homme. Elle s’était couverte de ridicule : « Il va rappliquer ton artiste ? » disait son père, railleur et jaloux.

Elle ne devrait pas y penser : Guillaume a un soupçon de ressemblance, avec Eve, la même bouche, les cheveux bien plus abondants, d’un châtain tirant sur le roux. Presque rien.

Guillaume lui caresse la main, et elle manque la retirer.

 

« Ne veux-tu plus qu’on se touche ? ».

 

Si. Bien sûr que. Nelly n’a pas prévu que les souvenirs jailliraient. De misérables lambeaux qui n’en méritent pas le nom.

 

Pourtant elle a retiré sa main.

 

« Tu étudies le piano comme ton cousin ? » risque-t-elle.

 

Guillaume secoue la tête. Il aime bien jouer mais n’a aucune disposition particulière. On lui a donné son cousin en exemple… la phrase tourne court. Guillaume veut parler de ce qu’il aime faire et n’y parvient pas.

 

Son artiste ! Elle l’avait écouté en concert, debout dans un centre culturel, avec quelques admirateurs, desquels Guillaume devait faire partie lui, le « gamin » de Mme Wilson, pour qui elle n’avait alors pas eu un regard. Voyant Andrew souffler, ahaner, ruisseler, avec des gestes crispés, le visage grimaçant, sur son instrument, elle lui avait trouvé une touche dionysiaque. Tout d’abord, elle avait repéré en lui des harmonies apolliniennes ; une remarquable complétude devait l’habiter.

 

Guillaume retrouve la mémoire pour lui dire qu’il s’apprête à copier en ce moment un tableau.  très difficile.

 

Nelly ne peut plus rien absorber, et Guillaume ne cesse de manger, sortant de la soupière qui sert de compotier, pêches, poires et bananes qu’il pèle avec délicatesse et déguste lentement l’un après l’autre sans souffler. C'est lui dit-il, un tableau qui représente Jésus sorti du tombeau, et Madeleine qui s’élançe vers lui. Il tente de l’écarter sans trop de conviction : Noli me tangere : ne me touche pas.
Nelly en profite pour dire qu’elle veux bien, seulement chez ses parents, ici, elle perd la tête.

Ce qui n'empêche pas Guillaume de s'étendre sur le lit marital en face du poste de télé qu'il considère hésitant.

« Bon , dit Nelly embarrasée, je sais ce que tu penses! mes parents sont entichés de ça ; ils ne sont pas très... moi je ne la regarde jamais !» achève-t-elle fièrement.

 

 

Guillaume hoche la tête comme s'il comprenait. A la surprise de son amie, il allume le poste, et bientôt s'arrête sur un générique.

Tandis qu’il regarde « La Poursuite impitoyable » à quoi elle jette un coup d’œil de temps à autre en direction de Marlon Brando en shériff habité de préoccupations éthiques, les scènes de l’an dernier reviennent encore l’assiéger.

 

Pour Andrew, elle avait raté le dernier métro, et dû passer la nuit chez les Wilson ,  on lui avait offert un  lit de camps dans la chambre de Fiord.

Une interminable et honteuse attente. Vers minuit, on avait eu la tranquille audace de s'immiscer dans la pièce, et elle le tort de suivre ce tout autre partenaire,  quelque part dans la nature.

L’avait relancé les jours suivants et obtenu un rendez-vous dans un restaurant indien où, sans fournir la moindre excuse, il avait tenu à commander d’indigestes boissons au yaourt, assorti de couplets ironiques, quoique farcis d’éloquence, sur les bienfaits des laitages, de la cuisine asiatique, de la douceur de la nuit et des pulsions engendrées par la pleine lune.

Elle avait déjà consommé la moitié de la bouteille de gnôle du placard de la cuisine par sa faute et peut-être sentait-il son haleine. Au court d’une conversation animée où elle n’avait pas hésité à lui dire qu’elle le désirait,encore, il lui avait répondu qu’il n’aimait pas les « mangeuses d’hommes . »

 

« Quelque-chose ne va pas ? ».

Elle se laisse réconforter par Guillaume qui éteint le poste et discute de la « Poursuite », quasiment seul, en la caressant, et l’appelant Noli. Nolli.

 

 

Elle s’était infligé quelques individus supplémentaires, avait enduré leurs assiduités ans les regarder, sans les toucher, sans leur parler, parce les Aînées disaient qu’il fallait avoir de l’expérience, et d’abord s’habituer au déduit.


 

Questions pour les champions :


1) Quelle est l'intrigue de "La Poursuite impitoyable"?

2) Quel  fut le tout autre partenaire ?

3) Dans quel chapitre du présent récit a-t'on déjà rencontré le "cousin Andrew"?

 

Réponses dans "GW" N° 9

 

 

 

 

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25 avril 2006 2 25 /04 /avril /2006 09:45

 

Quelques jours plus tard, Guillaume savait où et comment diriger sa flamme. Il avait oublié sa mère, le docteur Daco, et même les remèdes contre l’ontalgie.

 

Nelly venait de lui raconter à peu près tout de cet insupportable individu qui l’avait prise la première fois, très brutalement, le genre marteau-piqueur, tu vois ? Et qui déclarait chaque fois qu’ils se rencontraient en posant la main sur son sexe que ça lui appartenait. Et qui lui disait » ça te plaît ce que je te fais, hein ? »

Ingénument Guillaume la plaignit :

« Et tu as découvert qu’il en disait autant à d’autres ? »

A ce moment-là, ils descendaient la tortueuse rue des Dames, en marchant tantôt sur la chaussée, tantôt sur une apparence de trottoir rogné. Glissant sur l’arrête du bord, elle faillit tomber, Guillaume la rattrapa et profita de cette petite défaillance pour l’embrasser longuement.

 

« Il ne faut pas tenter de s’appartenir l’un à l’autre », dit-elle, lorsqu’il lui eut laissé la possibilité de parler. Ni se moquer du désir d’une fille et se vanter de celui qu’on suscite chez elle. »

Elle planta ses yeux dans les siens. Le regard fier, vif et même volontiers insolent qui avait plu à Guillaume, se faisait grave et égaré lui plaisant encore davantage. Avec ardeur, Il déclara qu’elle avait tout à fait raison.

Guillaume avait de beaux yeux gris sous lesquels couvait la cendre. Une pensée de midinette se dit-elle. Mais soudain les images banales la comblait d’aise, et les romances se chargeaient de signification.

Il n’avait pas de mauvais penchants, rien que la funeste mentalité de son sexe. Comment faire son éducation ? s’inquiéta-t-elle, car elle pensait aussi d’une façon didactique.

 

Guillaume ne se remettait pas de ce qui lui était arrivé.

 

En descendant la longue rue inondée de soleil, ils s’arrêtèrent devant le kiosque à journaux, lurent ensemble les gros titres.

Deux hommes avaient marché sur la Lune.

Depuis le début de l’année on avait envoyé deux hommes sur la Lune et vingt-cinq mille au Vietnam. Il s’indignèrent. Guillaume, en son for intérieur, s’amusa tout de même : il faisait ses premiers pas lui-aussi mais il se passait de combinaison et restait dans la chair ferme. Les astronautes ressemblaient à des fœtus égarés dans un espace illimité mais irrespirable. Il confia quelques-unes de ses pensées à Nelly.

Ils firent des plaisanteries obscènes, plaignirent les héros du jour, privés de la jouissance d’ici-bas. Ils se rappelèrent les innombrables voyages en ballon, les montgolfières, n’était-ce pas en ballon qu’on étaient arrivés sur l’île mystérieuse ? Et cet autre fabriqué artisanalement avec un grand panier d’osier pour nacelle et un ballon de caoutchouc gonflé à l’azote, et recouvert de baptiste dans lequel un de leurs ancêtres ingénieux avait durant cinq ans voyagé. Mais ces types-là qui se déplaçaient tout encapuchonnés et tâtonnaient laborieusement pour un peu de poussiéreuse gloire lunaire ! Dans une obscurité laiteuse semée de clous brillants fichés dans la céleste voûte. Et pour planter leurs petits drapeaux !

Il se moquèrent de ces malheureux qui accomplissaient des sauts de puce pour attraper un peu de matière instable sur un cratère désolé, sec, sous une lumière blanche et froide. Guillaume avait, à l’inverse, l’impression d’être réellement descendu sur terre, de mesurer le poids des choses, d’aimer cette terre. Nelly partageait cette complicité contre ces faux conquérants.

 

Pourtant, Guillaume ne la comprenait pas toujours très bien : elle ne voulait pas qu’il se conduise comme un propriétaire ayant des droits sur elle. Dans le même temps, elle apportait chez lui des affaires personnelles, scolaires et intimes qui donnait l’impression qu’elle emménageait.

 

Questions pour les champions :

1) qui est l'ancêtre remémoré par Guillaume et Nelly qui voyagea cinq ans à bord d'un ballon "artisanalement fabriqué avec un grand panier d'osier pour nacelle et un ballon en caoutchouc gonflé à l'azote?

2) Qui sont les voyageurs descendus sur l'île mystérieuse ? D'où venaient-ils?

Réponses au n° 10 de "Guillaume Wilson"

premier prix : un vélo tout terrain pour l'espace.

Du deuxième au 13eme prix: une souris blanche neuve si la votre est noire et inversement.

Du 14eme au 34eme prix : une lampe spéciale pour s'éclairer sur la lune.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 avril 2006 1 24 /04 /avril /2006 20:02

résumé des chps préc. un garçon de seize ans qui vit seul dans une piaule équipée en juillet 69 a compris qu'il était en âge de désennuyer une jeune fille : ce sera Nelly, blonde et blonde et blonde mais plus cultivée que lui et d'un milieu nettement plus modeste...les voilà au pied du mur et du lit.

 

 

«  Cs textes me gênent, fit Nelly. Je n’aime pas les affiches ; c’est agressif et violent. Surtout dans une pièce aussi petite. Peux-tu supporter de voir cela à longueur de journée ?

 

-Comme tu veux, répondit Guillaume qui continuait à fouiller son tiroir avec un zèle comique. Il l’entendit déchirer le papier juste derrière lui. Elle mit les banderoles maintenant froissées dans la corbeille à papier et leva la tête, scrutant avec attention la cuvette du lavabo. Un peu d'émail y manquait par endroit. Elle examina la savonnette sur un petit support, les deux serviettes de toilette, étalées sur leurs cintres, la brosse à dent en service le tube replié.

 

"la dernière fois que je suis entrée chez un type, J’ ai vu, dix paires de chaussettes trempant dans un semblable lavabo."

 

-Pourquoi porte-tu des chaussettes?" fit Guillaume, déçu. C’était de petites chaussettes blanches bien tirées, s’arrêtant à mi-mollet. Elle aurait pu porter au moins un collant, ou rien du tout.

 

Ignorant superbement l’allusion, elle le rejoignit sur le lit sans se presser d’enlever l’accessoire vestimentaire incriminé.
Le tiroir de la table de chevet s’y trouvait avec son contenu un assortiment d’objets disparates, crayons et carnet à spirales rempli de figures grimaçantes, étranges peu identifiables de parties du corps ou d’objets usuels vus de très près, photos de famille : la mère de Guillaume grande et mince pose avec un ennui étudié près du cousin Andrew… tiens ? et cartes postales à scènes bibliques, spirale de réglisse et aspirine en cachets, carrés de chocolats et Camel filtre.

 

« Tu n’as pas trouvé ? fit Nelly, levant les yeux sur un visage défait et angoissé qui lui plut.

Guillaume secoua négativement la tête.

- C’est sans importance, je prends la pilule.

- Ah ! fit Guillaume, interdit, et soudain le fou rire le prit.

 

Ils jouèrent, luttant contre des agrafes, boucles de ceinture et fermetures-éclair rebelles, et Nelly tirait sur sa chemisette avec une joyeuse avidité.

 

Guillaume était un faux maigre. Aucun os ne saillait avec insistance sous la peau de son corps menu à la taille marquée. Ses épaules étroites étaient bien tendues formant un angle droit avec la base du cou, même si sa poitrine présentait une petite dépression à gauche.

Il aimait qu’on le pelote, qu’on le mordille, qu’on insiste à certains endroits où ils ne sont guère sensibles d’habitude. Lorsqu’il eut à lui rendre hommage de la façon la plus directe et élémentaire, ses ardeurs se déployaient inutilement en tous sens. Elle lui murmura quelques mots à propos d’un changement de tactique en vue de prévenir les frustrant dérapages. Ensemble, ils saisirent le membre inhabile pour l’acheminer vers sa destination.

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