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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 20:20

Sabine Wespieser , 2019

L’auteur s’est inspirée de l’histoire des lycéennes enlevées par Boko Haram en avril  2014 à Chibok dans le nord ouest du Nigéria ; elle s’est documentée, sur place, a interviewée des rescapées. En est sorti un récit déchirant et fort bien conduit.  

Maryam a environ 16 ans, est enlevée dans le dortoir où elle dormait avec ses congénères. Elles sont conduites dans le repaire des jihadistes dans une immense forêt réduites en esclavage, malnutries, et violées régulièrement par les soldats.

Lorsqu’on la marie avec Mahmoud, soldat pour le compte de la secte, elle ne sera plus violée : Lui aussi s’est fait avoir : on lui a promis de l’argent pour aider sa mère miséreuse s’il s’engageait. Ensuite, il n’a pu fausser compagnie au groupe de criminels. Le couple engendre un enfant, et Maryam donne naissance à Babby une petite fille qu’elle peine à nourrir. Mahmoud revient d’un combat, blessé, et au lieu de le soigner on l’ampute, et on lui donne le rôle de sentinelle. Lorsqu’un groupe armé attaque le campement de Boko Haram, il aidera Maryam à s’enfuir.

Dans la forêt, avec son bébé et Buki une compagne d’infortune, elles sont perdues affamées altérées, mangent et boivent ce qu’elles trouvent sur leur chemin, se cachent…

Nous suivons cette éprouvante errance. Car Maryam n’en est pas à la fin de ses malheurs.  Si, plus tard elle parvient à retrouver sa mère, elle est très mal accueillie : quoique chrétienne, sa famille est très influencée par des croyances archaïques : on la rejette, on ne veut pas du bébé « car il est de leur sang » et on veut « exorciser » l’adolescente encore choquée !   La mère de Maryam est sous la coupe d’un oncle et les agissements de ces villageois arriérés est à peine plus supportable que ceux du groupe de criminels tortionnaires. Le sort d’autres jeunes filles est évoqué : certaines ont été vendues à des hommes riches, une s’est sauvée du camion où on les emportait mais a perdu la raison. Nul n'est sorti indemme de l'histoire.

 

 

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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 03:14

Albin Michel, 480 pages . 2018

 

Pendant la grande famine de 1845 ( elle est tristement célèbre ) et qui va durer plusieurs années, les cultures de pommes de terre en Irlande sont gâchées par une maladie (le mildiou) .

La famille dont Grace est issue vivait déjà de façon précaire, à présent ils souffrent de la faim ; Sarah la mère est seule pour élever ses enfants trois garçons et Grace l’aînée qui va fêter ses 14 ans. On comprend que la mère a été obligée de se prostituer au propriétaire pour survivre. Elle attend un cinquième enfant. Craignant que ce Boggs ne s’en prenne à sa fille, elle lui enjoint de quitter la habillée en garçon, et, comme sa puberté est tout juste ébauchée, elle a des chances de passer pour un jeune gars qui cherche du travail.

On ressent de façon presque  physique le malheur qu’il y a à être une femme dans une telle situation…

Grace s’en va donc sur les chemins, en compagnie de son jeune frère Colly : on lui a interdit de la suivre mais ils ne peuvent se passer l’un de l’autre. Grace est attaquée par le maudit Boggs se défend, fuit avec son frère.

Après un épisode malheureux, son frère disparaît, mais il continue à parler par sa bouche, tantôt lui tantôt elle, et ce fantôme conserve la personnalité ironique, réaliste et joueuse du jeune garçon, ce qui aide Grace ( et le lecteur !) à continuer d’avancer. Car Colly est le personnage dont on a vraiment besoin.

Car la suite, est vraiment moche. Grace se terre dans des maisons abandonnées, dans des fossés, vit d’expédients mangeant tout ce qu’elle trouve sous sa main. Elle réussit à se faire embaucher dans un « chantier public » où l’on donne neuf pence la journée pour transporter des cailloux et faire semblant de construire une route… sa puberté, retardée par la malnutrition, finit par se manifester. Grace est en danger. Elle va avoir un protecteur : Bart, un homme du chantier, handicapé de naissance, la défend contre la gent masculine… Grace est contrainte de cheminer avec ce protecteur, même s’il ne plaît guère à son côté « Colly ». Un troisième larron, bien intentionné, Mc Cutt se joint à eux. Ils vivent désormais de rapines voire de braquages et cambriolages ; mais avec leur peu de moyens

Texte lyrique, ode à une nature rude et sans concession mais qui invite Grace à un certain mysticisme  «  La lune s’est levée pale mariée qui pose une gaze sur les nuages et Grace ne la contemplant pense que toute chose en ce monde est et n’est pas ce qu’elle est. « 

 

Mais aussi description réaliste des désastres causés par la famine de la vie des gens qui ont tout perdu et sont donc jetés sur les routes pour une marche interminable dormant n’importe où, mangeant n’importe quoi de pas forcément comestible.  

Les victimes sont prêtes à s’entretuer ; les nantis, ainsi que ceux qui sont simplement à l’abri du besoin, devraient s’attendre à être pillés : c’est ce qui arrive parfois. Lors d’un cambriolage, la famille de bourgeois aisés se plaint qu’ils aident les démunis, et  ont mis au point une soupe populaire, pourquoi s’en prendre à eux… mais cela est loin de suffire ! Grace et ses acolytes en ont fait l’expérience : tout le monde ne réussit pas à se faire servir de soupe et celle-ci n’est qu’un bouillon avec des herbes…

Un beau texte, parfois long, l’auteur insiste souvent sans nécessité mais l’ensemble est vraiment bouleversant.

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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 10:40

1 ere publication : Sunrise, 1976 ; traduction actuelle : Métailié, 2009, 186 pages.

Murdo Munro, garde forestier à l’ île du Beinn an Edin, vit au villlage d’Acheninger (côte ouest de l’Ecosse).

58 ans ; le jour du mariage de sa fille, met le feu à la maison conjugale et s’enfuit. Souhaite se réfugier chez sa sœur Bessie sur la côte de l’Ecosse. Commence par gagner l’île d’Elean Na Reinich en barque…dans sa cavale il finit par s’y rendre, non sans mal, mais Bessie cohabite avec le frère de son défunt mari Alec, alcoolique, pêcheur de homards, sa femme Mary, leur enfant Dougie. La maison appartient à Alec ; Murdo n’est le bienvenu que pour Bessie, et Dougie avec qui il s’entend bien. Cela ne suffit pas. Après un malheureux accident ( dont les dégâts sont minimes), il doit s’enfuir encore...

 

Le portrait de cet homme privé de l’affection de ses femme et fille qui l’ignorent et le méprisent, et qui finit pat « péter un plomb » est très bien vu ; son immersion dans les éléments naturels est l’essentiel du roman ; très belles descriptions de nature ( le personnage principal avec Murdo c’est cette nature, dont l’ étonnante description d’un orage,auquel je trouve des accents hugoliens.  L’auteur n’ennuie pas en racontant tomber la pluie, en décrivant la mer, la lande, les falaises et leurs reliefs, les ruses de Murdo pour durer encore et encore, des dizaines de fois ! Murdo aura connu quelques jours de bonheur l’amitié du petit Dougie, et quelques heures de félicité ici et là à profiter de l’été malgré, ou grâce à son activité de fugueur.

 

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 18:05
William  Trevor le ¨Voyage de Felicia *****

1996 (1ER publication 1994)

Phébus

Dans les années 1990, Félicia, jeune fille de 17 ans, vient de quitter sa famille en Irlande, pour aller retrouver Johnny en Angleterre. Félicia est enceinte de lui ; elle croit savoir qu’il travaille dans une usine de tondeuse à gazon, à Birmingham. Mais il ne lui a jamais communiqué son adresse.

Félicia a d’autres raisons de partir : mise à pied de l’usine de conserverie de viande où elle travaillait, elle s’est vue contrainte de devenir ménagère pour le foyer de son père et ses frères, et aide-soignante pour sa grand-mère grabataire. D’où une important perte d’autonomie.

Le séjour de Félicia à Birmingham, d’errance en errance, va se transformer en parcours initiatique ; au cours de ses pérégrinations, elle partage brièvement l’existence de personnes sans domicile fixe, d’une communauté de convertis exaltés genre témoins de Jéhovah, et surtout de l’inquiétant M. Hilditch, un homme de cinquante ans, qui attire chez lui les jeunes filles en détresse, sous prétexte de les aider. Lorsque ce monsieur vole l’argent de Felicia afin qu’elle soit contrainte de revenir à lui, nous avons très peur pour elle…

L’intrigue se déploie avec lenteur entrelacée de deux monologues : tantôt nous sommes dans les rêveries et pensées de M. Hilditch, tantôt dans celles de Felicia ; l’un et l’autre, le prédateur et la proie, sont finalement assez proches ; en égrenant leurs souvenirs, on s’aperçoit qu’ils se mentent à eux-mêmes, mais de moins en moins, et vont s’approcher de leurs vérités respectives. Bien sûr, le récit n’est pas exempt de suspens ; nous avons là un thriller à la façon très spéciale de William Trevor, en plus d’un roman social, le tout teinté d’une ironie noire. Ce roman est l’un des meilleurs de son auteur.

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 14:51

Eilis Lacey jeune fille environ 18 ans vit à Enniscorthy près de Wexford,dans le sud est de l'Irlande. Dans les années 50, le chômage sévit, et elle n’a trouvé que Mme Kelly, une vieille harpie, pour l’employer à temps partiel, dans son épicerie. Sa mère, veuve est dans le besoin, et ses frères ont dû s’exiler en Angleterre pour gagner leur vie.

Rose sa sœur, 30 ans, employée de bureau fait vivre la famille. Indépendante, elle ne se marie pas, pour rester auprès de sa mère, par goût, pour laisser une chance à Eilis de quitter la maison, et pour une autre raison qu’on saura plus tard.

Le père Flood, à qui Rose à parlé d’Eilis, l’envoie Eilis à Brooklyn devenir vendeuse de prêt à porter chez Barocci ; une nouvelle vie va commencer pour Eilis…

Bon roman de mœurs, qui nous plonge dans les problèmes des années 50, le chômage en Irlande qui oblige à s’exiler pour vivre, la condition de la femme dans la communauté catholique de cette époque, la vie à Brooklyn. On aime les petits détails : le grand magasin Barocci, sa manière d’évoluer, les personnages finement croqués, les préjugés de l’époque, le racisme… Un roman qui ne sombre pas dans la guimauve et les grands sentiments : Eilis se plaît dans la compagnie de jeunes gens qu’elle pourrait épouser par convenance, sans être amoureuse, sans que cela lui déplaise non plus… mais le mariage lui fait peur (en principe quelque soit le mari, il ne la laissera pas travailler …) et elle ne voit pourtant rien de mieux pour elle…

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 00:23
Paul Lynch La Neige noire

Albin Michel, 300 pages, 2015

La famille Kane, américains d’adoption, irlandais d’origine, ont rejoint Le Donegal, terre de leurs ancêtres, pour s’y installer. Cela fait dix ans, et leur fils y a grandi. Nous sommes en 1945.

Un incendie s’est subitement déclaré dans l’étable ; Barnabas s’est précipité dedans sans réfléchir avec son serviteur qui paiera de sa vie son dévouement…

Les vaches sont toutes mortes et le paysage, pendant longtemps autour de la ferme, va être pénible à voir, un charnier… tandis que la petite famille sent l’odeur de brûlé, et voit des cendres partout répandues, jusqu’à l’hallucination…

« Les vaches se décomposent peu à peu là où la mort les a fauchées en silence, arrêtées dans des postures saugrenues où elle les a abandonnés, une rangée de côtes affleure sur un flanc, pareille à une large denture. Le festin des oiseaux. En les guettant depuis la fenêtre , elle se persuade que la nature est ainsi faite, voila tout, mais elle ne peut empêcher le poing de l’épouvante d’étreindre ses entrailles »

Barnabas sombre dans la dépression, bien qu’ils puissent encore s’en tirer en vendant quelques uns de leurs champs ; Il s’y refuse, se querelle avec sa femme qui ne comprend pas son obstination, se fâche avec le seul voisin qui leur voulait sincèrement du bien.

C’est que Barnabas soupçonne très vite que l’incendie doit être criminel. L’épreuve que constitue la perte du cheptel, et le décès du serviteur (décès dont Barnabas se sent un peu responsable, et dont quelques uns vont l’accuser) sera bien vite décuplée par la pensée qu’on leur en veut. Ils ne vont plus regarder les autres fermiers de la même façon.

Billy le fils a lui aussi ses raisons d’imaginer qu’on a mis le feu à l’étable, mais il se tait.

Un récit poignant ( et désespéré aussi, pas fait pour garder le moral...), servi par une écriture somptueuse, des dialogues d’une grande vérité, pour décrire la montée de l’angoisse chez ces trois êtres, la nature rude et belle , dont ils vont maintenant se méfier, l’escalade du soupçon, et l’impossibilité de distinguer clairement si les désastres qui se succèdent sont dus à des persécutions de la part de voisins ( et lesquels ?) , à la malchance ou encore à l’altération de leur jugement.

Devant l’attitude superstitieuse ou simplement menaçante de leur entourage, les Kane finissent par penser qu’ils ne sont pas réellement intégrés à ce pays, à ces façons de penser très archaïques, qui n'avaient pas cours dans le monde ouvrier urbain de la Nouvelle Angleterre.

Le silence de la ferme irradie sa malfaisance dans la maison, pèse de tout son poids sur les choses.

Les oiseaux se sont acharnés sur la carcasse, cueillant dans les orbites la gelée tendre des yeux...

« Eskra au salon, ses doigts courant doucement sur les touches du piano. Un morceau qu’elle a souvent répété, si délicat qu’elle craint de meurtrir la mélodie sous son toucher, de la faire voler en éclats. »

C'est un roman dont on a plaisir à citer des passages, une langue si bien travaillée, si bien traduite, qui sonne toujours juste, dans les descriptions comme dans les dialogues, mettant en valeur une galerie de personnages diversifiés.

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 17:06
Les Enfants de Dynmouth William Trevor ****

Phébus (littérature étrangère) 2014, 237 pages

Edition originale même titre 1976

Petit village dans le Dorset : 4000 âmes dont la moitié d’enfants. L’un d’entre eux, déjà adolescent de 15 ans, déscolarisé, passe le temps à errer dans les rues du village et alentour en espionnant ce qu’il peut d’une population, qui, visiblement, ne ferme pas ses fenêtres et se querelle au grand jour.

Timothy Gedge est livré à lui-même depuis longtemps. Il n’a pas de père. Sa mère et sa sœur aînée travaillent toute la journée et forment couple, n’ont jamais rien à lui dire lorsqu’elles rentrent le soir, ne lui achètent même pas suffisamment à manger. Il n’a que la télé pour compagne.

Bientôt c’est la kermesse de Pâques : les forains de la compagnie Ring’s Amusement vont s’installer sur la grand place. Il y aura entre autre un concours « les Talents de demain » ; chaque concurrent y présente un court spectacle : saynète, interprétation de chant ou chanson, prestidigitation…

Timothy a l’intention de présenter un sketch macabre dont l’humour noir n’apparaît qu’à lui ; assassin de trois femmes, il jaillira trois fois d’une baignoire en robe de mariée, puis procédera à un assassinat simulé des victimes en costume d’homme. L’argument lui est inspiré par un groupe de cire du musée Mme Tussaud’s .

Pour se procurer la baignoire, il va tenter de faire chanter Mr Plant le cabaretier, qui en possède une vieille dans sa cour : Plant sort avec sa mère, il les a surpris tous les deux… pour le costume, le rideau de scène, et la robe de mariée,il va aussi faire chanter diverses personnes, dont deux enfants de douze ans encore perturbés par un deuil récent... tout en exerçant son penchant pour la mythomanie,

D’emblée, nul ne rejette Timothy, qu’on sait être un pauvre garçon dont sa famille ne s’occupe pas.

Pourtant il se fait d’abord fraîchement éconduire par ses victimes ! Mais ce blond à l’air avenant, éternel sourire aux lèvres revient à l’attaque aussi longtemps qu’il le faut !

Il va même tenter se soutirer des confidences au pasteur, homme déçu par son métier, le peu d’enthousiasme qu’il suscite dans la paroisse et l’ennui des fêtes de charité.

D’’autres personnages gravitent autour, dont la femme du pasteur déprimée par une fausse couche, miss Lavant, une dame qui ne s’est pas mariée, le Dr Greenblade qu’elle couve des yeux… nous sommes dans une petite ville, les gens vivent un peu comme au 19 eme siècle, et certains d’entre eux sont naïfs.

De plus, Timothy n’invente pas totalement ce qu’il dit : il exagère des situations embarrassantes, y rajoutant des détails vraiment moches…

Roman à l’action très lente comme d’habitude, étude de mœurs bien amenée, personnages crédibles, ce n'est pas son meilleur livre, mais on retrouve les qualités de Trevor.

d'autres romans de Trevor :

En lisant Tourgueniev ( celui qui j'ai préféré)

Ma maison en Ombrie plutôt bien, à lire après le précédent .

Mourir l'été

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 13:55

Début du 20 ème siècle, domaine de Lahardane campagne irlandaise : le prochain village Kilaurens est à quelques kilomètres. Dans la propriété, vivent Le capitaine Gault sa femme, la trentaine, et leur petite fille Lucy. Des voyous ont empoisonné les chiens, puis quelques jours plus tard apporté des bidons d’essence pour incendier la propriété. Le maître de maison a tiré en l’air pour effrayer les incendiaires et les faire fuir. Il a blessé un garçon à l’épaule.

Il y a pas mal de soulèvements dans cette partie de l’Irlande. D’autres familles ont quitté la région. La femme de Gault (anglaise) prend peur et veut partir. Le capitaine s’y résout. Mais Lucy la fillette refuse de quitter les lieux. A- t’elle bien compris la situation ?? Sans doute pas. Et elle est très attachée à Lahardane, davantage qu’à ses parents, peut-être ? En tout cas, elle organise sa fugue le jour du départ, s’enfuit en forêt avec de la nourriture et l’idée de rejoindre la servante à présent congédiée en faisant du stop. Elle pense que ses parents ne partiront pas sans elle, et que, l’ayant retrouvée chez la bonne, ils renonceront au départ.

Mais rien ne va se passer comme prévu...

Ce récit traite de la solitude, de l'abandon, de la culpabilité, et aussi des étonnants pouvoirs de la terre natale ( sans idéologie ) sur certains de ceux qui y sont nés; il a pour héroïne Lucy, et le domaine de Lahardane auquel elle voue un attachement viscéral. l'action est évidemment lente comme toujours avec cet auteur, et plus encore que d'ordinaire, mais on se laisse volontiers entraîner, tant l'écriture est belle et juste.

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 18:28

Phébus, 1999. 234 pages. (Death in Summer, 1998.)

Quincunx : une grande propriété dans la campagne anglaise, où l'on vit dans une opulence discrète. Thaddeus Davenant vient de perdre sa femme victime d’un accident de vélo. Elle laisse une petite fille de quatre mois Georgina. On reçoit plusieurs jeunes filles pour un poste de baby-sitter à domicile. Pettie fait partie des concurrentes. C’est une orpheline, qui n’a plus de quoi payer sa chambre à Londres. Aucune jeune fille n’aura le poste, car Mrs Iveson, la belle-mère, tient beaucoup à s’occuper de sa petite fille, maintenant qu’elle a perdu Leticia. Mais Pettie ne s’en remet pas. Elle se croit amoureuse du maître de maison.

Son ami Albert, orphelin lui aussi, tente de la raisonner. Albert est considéré comme débile léger. Mais de tous les jeunes qui ont souffert à l’orphelinat, c’est lui le plus raisonnable, lui qui s’en tire le mieux. Pettie n’écoute pas ses conseils ; elle retourne rôder vers la propriété…

Un roman intéressant, avec pas mal de non-dits, concernant les intentions et les pensées des personnages. Une action qui s’installe doucement. Les réminiscences de Thaddeus sur son enfance, sa mère notamment, dévoilent un homme mal détaché du passé, devant faire face à un deuil au moment où tardivement, il prenait plaisir à être époux et père. Le personnage de Leticia l’épouse décédée reste assez énigmatique. La belle-mère est surprenante. En dépit d’une lenteur assez pesante,au début, le récit se révèle d’une grande justesse. Le choc de l’orpheline pauvre et sans repères, reçue par un homme aimable, dans une magnifique propriété, la vision du bébé, tout cela qui exaspère sa détresse, et précipite son malheur, est bien rendu et serre le cœur. Le drame vécu par Mrs Iveson et Thaddeus prend à la gorge. William Trevor sait fort bien installer des ambiances diversifiées, nous mener sans crier gare vers la tragédie, et brosse des portraits de personnages attachants. Les petits rôles,assez nombreux, sont très bien aussi.

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 12:23

(Down the River, 1998)

Un couple de fermier James et Bridget et leur fille unique Mary treize ans, dans les années 80 campagne irlandaise. James abuse de sa fille, qui, honteuse, terrorisée, menacée, n’ose se rebeller ni se confier à personne. On pense à l’héroïne d’Herbjorg Wassmo dans sa trilogie norvégienne…

Un de ses professeurs soupçonne que l’atmosphère familiale est délétère et réussit à la faire admettre dans une institution religieuse. Mary y reste peu. Elle plaît à la sœur Aquinate , de façon ambiguë, mais elle est vite renvoyée chez elle car sa mère vient de mourir. Livrée encore plus à son père, elle tombe enceinte à 14 ans. Elle fugue, se refugie à Dublin chez un sympathique jeune saltimbanque, doit encore repartir

Une voisine cinquantenaire Betty prend sur elle de l’emmener en Angleterre la faire avorter : Hélas les bigotes du coin, en tête la terrible Roisin, mais aussi Nonni, Veronica… s'en mêlent Betty a des ennuis avec la justice.

Finalement Mary fait l’objet d’un procès au retentissement national.

Le roman est intéressant en partie seulement car les personnages qui se mêlent de l’affaire sont très nombreux et certain d'entre eux paraissent puis disparaissent au bout de deux ou trois pages. Les bigotes, véritables furies pro-life, occupent un très grand nombre de pages décrivant leurs prêchi-prêcha, menaces et agissements. A la longue cela irrite, le lecteur connaît déjà bien leurs arguments qui ne varient point.

Très douée, la romancière, ici, se montre trop prolixe…mais les personnages de Mary, ses deux parents, la voisine Betty, le copain du sinistre père incestueux, le jeune homme qui l’héberge, sont très réussis.

Les haltes près de la rivière (titre original : Down the River) reviennent de façon récurrentes pour Mary et pour sa mère, c’est poétique et très triste.

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