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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 11:12

Gallimard, 2017,  480 pages.

Après un prologue qui nous propulse de nos jours, et nous montrent Lila et Lenu sexagénaires, et toujours en train de se quereller, retour à la fin des années 60.

Lila et Lenu ont 24 ans, et l’on aborde la période troublée de 1968 ; Lila a quitté son mari Stefano et vit avec Enzo, sans relations sexuelles. ils élèvent  le fils qu’elle croit avoir eu avec Nino : A mesure qu’il grandit, elle le trouve ressemblant à Stefano! 

Ayant quitté la relative aisance matérielle de sa première union, elle se fait embaucher dans une usine de salaison dirigée par un  ancien copain de leur quartier .C’est un petit patron mais despote et exploitant au maximum les ouvriers ; en acceptant de venir témoigner contre les conditions insupportables de la vie en usine,  Lila se met en danger, et déclenche une série de mouvements violents  de révoltes, auxquels participent Pasquale Peluso et Nadia la fille de l'enseignante, tout deux engagés dans les luttes sociales. Lila leur reproche de ne pas se mouiller ( et ils se souviendront de la leçon…) .

Prise entre les fascistes, dont font partie la famille Solara et le fils du pharmacien, les ouvriers (les uns prêts à la révolte, les autres soumis ne voulant pas d’histoires), et les communistes qui veulent aider et finissent par faire davantage que rédiger des tracts, Lila finit par se terrer chez elle en proie à des troubles psychosomatiques, et elle appelle Lenu à son secours.

Mais Lenuccia sera mal récompensée de ses bons services : là-bas au quartier tout le monde l’admire d’avoir réussi et la rejette aussi bien. Et Lila fait de même.

La suite, c’est le mariage et la vie conjugale de Lenuccia : son mari est vraiment quelqu’un de bien (elle a échappé aux crétins frustes et souvent violents de son quartier) mais bien de choses, pourtant , les séparent...

Un tome 3 qui est un peu long. Comme dans le précédent, ce sont les histoires d’amour qui traînent en longueur,  irritent par des répétitions de phrases et de situations trop convenues. Les rencontres de Lenu avec des féministes, sont bien de ce temps ; leurs idées ont vieilli mais portent en germe les revendications actuelles.

L’aspect roman de mœurs est bien vu. Ce que j’ai préféré dans cet opus c’est le parcours de Lila qui m’a semblé plus original que celui de son amie.

On admire la façon dont les deux filles se tirent d’affaire, celle qui ne réussit pas à quitter le quartier et celle qui est partie. L’une comme l’autre ont un caractère bien trempé et savent lutter contre l'adversité.   le quartier de leur enfance est à la fois une communauté qui les a façonnées, et un piège qui se referme sur elles. Lorsqu’elle y retourne, Lenu est à la fois maltraitée, et bien reçue.

Dans ce récit, il est souvent fait allusion au dialecte du quartier de Naples dont elles sont originaire; de la façon, dont elles en jouent, tantôt le reparlant ( exprès ou inopportunément) tantôt l'abandonnant pour l'italien correct. Mais en français, ce dialecte n'est pas rendu : il se limite à quelques onomatopées , tournures simplifiées, et l'ambiance de cet autre langage nous manque.

 

Tome 4 L'Enfant perdue ***+

 

Gallimard, 2014, 550 pages

Retour sur le fantasme de la poupée. ( tome 1 et roman «  Poupée volée » dont la narratrice devrait être Elena, mais pourrait aussi être Lila…)

Comment les deux «  amies « souvent ennemies traversent la fin des années 70, et les trois décennies qui suivirent. Le quartier difficile, dangereux,  et propice aux règlements de comptes, que Lila n’a pas voulu( n’a pas pu) quitter, et que Lenuccia reviendra habiter avec elle, un bon paquet d’années .

Nul n’en sortira indemne…

J'ai peu à dire sur ce quatrième tome. On sait déjà dès le début du 1 que Lila disparaît ; dans ce dernier opus on en apprend davantage sur ses raisons de "disparaître". Un constat amer et l'évidence que lorsqu'on veut bousculer les habitudes de l'endroit et de la fratrie où l'on est né et en dénoncer les corruptions, on le paie... 

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 10:11
 Elena Ferrante l’Amie prodigieuse 2 Le Nouveau Nom

Lila et Lenuccia de 16 à 21 ans. Deux amies véritables que la vie ne cesse de séparer et de réunir, pour des périodes de longueurs inégales.

Lila a épousé Stefano Caracci le fils d’Achille « l’ogre des contes »; Lila s’est mariée à Stefano pour s’enrichir, l’argent signifie aussi l’indépendance. Il dirige une épicerie prospère. Mais elle n’est pas faite pour ce garçon inculte, mal dégrossi, et débiteur des frères Solara déjà très proches de la mafia. Stefano la bat, mais elle se rebelle. La façon dont Lila trouve des expédients , pour se tirer de situations difficiles force l'admiration.

Ses vacances à Ischia avec Lenuccia sont explosives . entre les deux filles, jalousie et amitié se conjuguent. Elle rivalisent pour intéresser Nino, un garçon de leur quartier, seul à faire des études avec Lenuccia .

En effet Lenuccia vise l’équivalent d’une maîtrise de lettres classiques à l’université de Pise qui accueille des étudiants gratuitement sur concours. Outre ses difficultés d’intégration, Lenuccia se sent coupable : selon elle, c’est Lila qui aurait dû faire des études, c’est elle qui est vraiment douée....

Ce deuxième tome est un peu moins bien que le premier, l’amour y tient trop de place, je veux dire que les relations amoureuses sont décrites de façon un peu trop convenues. Par ailleurs le côté « roman social et étude de mœurs » continue de m’intéresser vivement, et les personnages auxquels je suis très attachée, me donnent envie de ne pas les lâcher.

Cette auteure que j’ai découverte avec « Poupée volée » ne laisse pas de me passionner !

Le troisième tome ne semble pas être traduit; si l'on est trop impatient, on peut le lire en anglais...

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 10:18
Natalia Ginzburg La Route qui mène à la ville ****

Années 50, campagne italienne, la narratrice s’ennuie à mourir dans sa famille ; elle a 17 ans et ne veut surtout pas travailler ; elle aime aller à la ville, faire les vitrines, porter sa robe bleue, prendre un verre avec Nini, qui lui raconte les livres qu’il lit.

Elle voudrait se faire épouser par le fils du docteur qui est un bon parti. Négligeant Nini, cet orphelin avec qui elle a grandi, le seul avec qui elle s’entend un peu. Nini travaille à l’usine, et la narratrice se fait mettre enceinte bien qu’elle n’aime pas le fils du docteur et ne veuille pas d’enfant… Nini boit et elle attend le mariage chez une tante dans une campagne encore plus éloignée de la ville.

On apprend son nom ( elle est nommée une fois, c’est Delia).Récit minimaliste sans aucune fioriture, cynique, sans espoir, sauf le confort dont peut-être Delia jouira un certain temps…

Un auteur à découvrir !

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 16:45
Elena Ferrante l’Amie prodigieuse *****

Gallimard, 2014, 489 pages

Naples années 50 ; dans un quartier défavorisé vivent Elena et Lila, qui sont devenues amies à l’école. Elles y sont les meilleures élèves de Mme Olivieri l’institutrice. Mais Lila la fille du cordonnier n’aura pas le droit de faire des études ; Elena obtient cet avantage....

Enfants, elles sont toutes deux terrorisées par Achille Caracci l’épicier, un "ogre" dont elles supposent qu’il leur a volé leurs poupées. Leur acte de courage, aller chez Achille réclamer les poupées, scellera leur amitié ; cette relation est faite d’amour et de haine .Chaque fois que l’une réussit quelque chose, l’autre se sent diminuée et œuvre pour l’égaler ou la dépasser. Ainsi en est-il des études : Lila étudie seule, lit des tonnes de livres, apprend des dictionnaires et grammaires latines pour égaler son amie et néanmoins rivale. Lorsqu’elles atteignent l’adolescence, elles rivalisent pour séduire les garçons et se plaire à elles-mêmes. Elles se querellent et se réconcilient toujours.

Autour des deux filles gravitent les habitants du quartier : les Caracci dont le père Achille leur faisait si peur ; dans la réalité il a bien un différent grave avec la famille du menuisier Peluso et un drame s’ensuit…

Une autre protagoniste la pauvre Melina, une jeune veuve, saisie tantôt d’exaltation tantôt de dépression n’a pas de travail ,et ses enfants ont bien du mal à s’en sortir. La famille Sarratore dont le père cheminot écrit des poèmes et abuse la gent féminine de tout âge ; Enzo le fils courageux du marchand de primeurs ; les Solara dont on soupçonne qu’ils entretiennent des liens avec la mafia en grandissant.

le temps passe, et les fils d’Achille profitent de l’argent gagné illégalement par leur père (mais ils semblent en faire bon usage…) tandis que le fils des Peluso ( victime ) devient communiste et maçon ; les jeunes du quartier qui font des études ne s’entendent plus avec ceux qui sont devenus ouvriers artisans ou petits commerçants. Lila, l’amie d’Elena est une originale : autodidacte, ouvrière, instruite et ambitieuse, attirée par l'argent, elle n’appartient à aucun groupe et semble vouloir dévorer la vie…

L'argent joue évidemment un grand rôle dans ce roman, qui explore le devenir social aussi bien que psychologique des différents familles du quartier.

Un roman d’apprentissage passionnant dont on regrette de devoir attendre la traduction des tomes suivants pour pouvoir continuer

On ne sait rien de l'auteur, Elena Ferrante, dont j'ai lu tous les romans traduits en français.

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 15:56
Silvia Avallone d’Acier  ***

Liana Lévi, 2006

La vie dans une cité ouvrière de la ville de Piombino ( Toscane) au début du 21 eme siècle. Les hommes qui vivent dans le HLM sont tous employés à la Lucchini, usine de Hauts fourneaux où l’on est toute la journée à travailler le métal en fusion. Des emplois durs épuisants qui vieillissent le corps avant l’âge. Les jeunes gens qui travaillent à l’usine sont accrocs à la cocaïne, et aux filles qu’ils traitent comme du bétail ; sauf lorsqu’ils tombent amoureux…

Les femmes restent à la maison, où tiennent des emplois en vielle dans les petits commerces, les magasins d’alimentation, les bars…

Deux fillettes de 13 ans et demi Anna et Francesca sont amies intimes. Elle bien besoin de s’aider. Le père de Francesca est une brute qui bat femme et fille jusqu’à leur casser des membres et enferme la fillette autant que possible. Bien sûr les services sociaux sont incapables de faire quelque chose. Enrico est en fait très jaloux de sa fille, qu’il observe, à la jumelle, évoluer sur la plage en bikini. Les garçons la regardent ; quant à Anna, son père a quitté l’usine et vit de diverses combines illégales, toujours à deux doigts de se faire prendre par les flics…

Les fillettes sont déjà plutôt mûres : elles se font courtiser plus qu’un peu. Anna rêve de quitter la cité, de faire de bonnes études et d’avoir un emploi bien payé et très en vue. Francesca voudrait devenir miss Quelque chose et passer à la TV. L’une aime les garçons, l’autre, battue par le père, ne subit la gent masculine si elle pense que c’est son intérêt. Ces différences vont les séparer…

Ce roman le premier de Silvia Avallone, est écrit par une femme de 25 ans ; cela explique les nombreux stéréotypes dont souffre un récit qui a pourtant déjà des qualités ( dynamisme, justesse des dialogues, bonnes descriptions de cette société de prolétaires à l’existence difficile), des qualité qu’on retrouve dans le second livre de l’auteur, bien meilleur que celui-là.

En effet les clichés peuvent lasser : en particulier les différences trop tranchées entre les filles « vraiment très belles » et « les boudins » que nul ne regarde. Les filles courtisées qui attirent le regard (aussi bien des autres filles) sont celles qui savent se mettre en valeur ; elles ne sont pas forcément exemptes de défauts physiques, mais elles tirent parti de ce qu’elles ont ! L’auteur devrait le savoir même à 25 ans… il y a aussi des filles jolies que l’on ne regarde pas particulièrement…

D’autres clichés font sourire : tout le monde mange des pâtes tous les jours à tous les repas ; même en Italie, même dans une cité ouvrière, je n’y crois pas !

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 18:19

Liana Levi, 2014, 540 pages.

Dans un petit village des Alpes piémontaises, en 2012, la crise économique frappe de plein fouets des jeunes gens qui ne discernent aucun avenir digne de ce nom. Les deux héros sont pourtant décidés à se battre : Andrea fils d’un avocat, maire de la ville, a abandonné l’université. Il rêve d’élever des vaches dans la montagne à l’exemple de son grand-père ;en outre, il souffre d’être moins aimé que son frère aîné, s’est fabriqué un destin à la Caïn. Marina, fille d’un couple séparé, ayant toujours vécu dans un climat de grande, précarité sociale, et d’instabilité familiale, veut devenir chanteuse se variété.

C’est dans une fête de village, qu’ Andrea revoit Marina, avec qui il a eu autrefois une longue liaison orageuse. Ils vont renouer, mais Andrea veut une femme pour élever ses enfants, le seconder à la ferme dont il rêve, et se charger des tâches ménagères. Marina a les moyens et les capacités de faire carrière dans la chanson, et détesterait la vie de fermière. En dépit de l’attirance sexuelle et de similitudes de caractères ces deux-là ne vont pas bien ensemble. Et pourtant, ils semblent condamnés à se fuir et se retrouver, se rapprocher et se repousser, s’aimer et se haïr sans trêve !

En plus de cette histoire d’amour impossible, le récit suit pas à pas l’évolution du devenir des deux jeunes gens l’un dans l’élevage, l’autre dans la show-business, ainsi que leurs relations conflictuelles avec leurs familles et leurs amis. Conflits, antagonismes, rivalités, sont les maîtres mots de ce roman violent , écrit d’une plume énergique, vigoureuse, pleine de sève, hommage à la combativité de ces jeunes gens, et aux magnifiques et rudes paysages du pays qui vit naître cette jeune romancière de trente ans, pleine de talent.

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 15:49

Le Voyage à Rome Arléa

(Il viaggio a Roma, 1988).

Arléa, 2010, 298 pages.

 

Mario un jeune homme de 20 ans prend l’avion pour Rome. Il y est invité par son père qu’il n’a pas vu depuis sa prime enfance. Quinze ans auparavant, ses parents se sont séparés, et la mère est venue vivre à Paris avec son fils. Elle est morte peu après, et Mario est allé vivre avec son oncle.

Désormais, le père veut que Mario  partage son existence.

Dans l’avion, Mario s’endort sur l’épaule d’une femme et fait un rêve érotique la concernant. Aussitôt réveillé, il fait sa connaissance et celle de sa fille de 13 ans,Alda, une adolescente plutôt mal élevée, qui appelle sa mère par son prénom, et semble vouloir intervenir dans sa vie. Jeanne, la femme mûre, est enseignante, et Mario aime la poésie, surtout celle d’Apollinaire, qu’il voudrait imiter, et va citer abondamment pendant tout le récit… qui n’a rien de poétique.

Il note le numéro de téléphone de ce couple mère-fille, sans vraiment savoir si il et elles veulent se revoir et pourquoi…

l'accueil exubérant et affecté de son père gêne Mario, qui le ressent comme un mauvais acteur, pourtant sincère dans son incessant cabotinage.

L’intrigue se met en place : la mère de Mario était nymphomane ; son père le savait depuis toujours, il souffrait et se délectait de la situation, la faisant suivre, cherchant à la surprendre, puis essayant de jouer les maquereaux en lui présentant des hommes avec qui elle aurait forcément une aventure… jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive de la supercherie, et s’enfuie avec Mario encore petit.

A la vue du salon où sa mère se tenait, Mario a une vision ; il se revoit surprenant sa mère en pleine action avec un amant. Ce n’est sans doute qu’un « souvenir-écran » mais l’image le poursuit. Pour l’effacer, il faudrait pense-t-il, rejouer la scène au même endroit, avec lui dans le rôle de l’amant. Ce serait une sorte de catharsis.

Cette envie de répéter le passé, avec des variantes, hélas, il la partage avec son père… et lorsque, voulant respirer un autre air, il retrouve Jeanne et sa petite peste d’Alda, il a l’impression  qu’une sorte de piège l’attend…


Grâce à cette éducation sentimentale, Mario va apprendre que les gens autour de lui (et lui-même pour l’instant) ne sont pas attirés sexuellement par des partenaires qu’ils trouvent désirables. Non ! Ils sont attirés par celui ou celle qui leur est interdit(e),  ils jouissent de la sensation d’être manipulateurs, de tendre des pièges, de faire des mises en scènes, et c’est le sentiment d’être en effraction qui les excite. Dès lors que c’est permis et légitime, ils se détournent. De sorte que le charme ou la beauté supposée d’un être qui leur plaît, ne joue aucun rôle dans leur choix «  amoureux ».


C’est là le dernier ouvrage publié du vivant de Moravia, et aussi son ultime roman. Il était déjà octogénaire. Ce n’est pas l’un de ses livres considérés comme les meilleurs. 

Et l’on a raison de le dire, car ce roman psychologique, où Moravia veut utiliser ce qu’il a retenu de psychanalyse, se révèle trop explicatif.  Les causes des agissements et troubles des personnages se devinent aisément, sans que l’on ait besoin des nombreuses interprétations et hypothèses que se formule le narrateur. Pour ne pas dire ses radotages. Et si quelque chose devait rester ambigu, tant mieux ! Mais là, il n’y a vraiment aucune chance ! On nous mâche trop les mots, on prolonge inconsidérément les dialogues, et on détaille trop les situations.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 23:38

 

BaudolinoLP, 2001 ; 666 pages.


C’est le quatrième roman d'Umberto Eco, après le Nom de la Rose , le Pendule de Foucault, et l’Ile du jour d’avant.

Le récit qui nous attend en introduction, est un parchemin de Baudolino lui-même, écrit à l’âge de treize ans, un charabia qui ne dépaysera pas le lecteur, si celui-ci est ou a été professeur de collège.

Notre héros  illettré est déjà savant tout de même, sur la façon de s’orienter  dans le brouillard du Piémont, de gratter un parchemin pour le réutiliser, d’organiser des parties lestes en compagnie de jeunes filles et de licornes, et ces mots allemands dont il est si fier. A force de vadrouiller  partout, Le jeune garçon se fait adopter par l’empereur  Frédéric, qui l’achète à ses parents pour trois fois rien.

Le lecteur du parchemin,  est Nicétas, orateur de son état, fuyant Constantinople mise à sac en 1205. Baudolino l’a sauvé, et ils se retrouvent en sûreté, retirés de la ville assiégée et pillée.

Il a environ soixante ans, estime Nicétas, et se montre désireux de raconter la suite de son histoire depuis le parchemin de ses treize ans.  Nicétas va l’écouter car l’homme parle un grec assez fluide et élégant. Et le personnage est vraiment très curieux !

Adopté par l’empereur Frédéric  surnommé Barberousse, Baudolino s’instruit ; c’est à Paris, en étudiant les Arts libéraux, qu’il se fait quelques amis fidèles, sa future petite cour personnelle : Abdul, troubadour ( calqué sur Jauffret Rudel, il aspire à une princesse lointaine) ; Boron philosophe qui discourt sur le vide et cherche le «  gradale » ; le Poète, qui n’écrit aucun vers mais se révèlera bon stratège politique, Kyot, venu de Bretagne chercher aussi le Vase sacré, et Solomon de Gérone rabbin avide de retrouver les dix tribus d’Israël, perdues en terres lointaines. Baudolino, lui, est en quête du royaume du Prêtre Jean. Leurs quêtes différent quelque peu mais pas leur destination ; ils aspirent à se mettre en route pour l’Orient .


Avant cela, ils devront assister Frédéric dans maintes batailles, soit pour assiéger telle ville, soit pour la défendre, manœuvrer  auprès du Pape (ce pape Anglais nommé Adrien,ennemi juré de Frédéric), fabriquer et vendre des reliques…

 

Ce roman appartient au genre picaresque. Baudolino, d’une naissance modeste ( un « gueux ») va s’élever dans la société, plus ou moins marginal, mais diablement intelligent et inventif, et connaître de multiples aventures avec ses comparses : Eco mêle des épisodes quasi bibliques, la quête de l’Amour Courtois, celle du Graal , l’Enfer de Dante et sa forêt obscure, des rencontres de philosophes grecs, de monstres  horrifiques, et même les Mille et une nuits car l’on voyage à dos d’oiseau Roc !

J’ai bien noté quelques longueurs (les démêlés de l'empereur Barberousse qui veut conquérir l'Italie, et du pape Adrien qui peine à défendre son bien, n'en finissent pas...) mais l’ensemble est vraiment bon ; tantôt l’on s’amuse, tantôt l’on s’instruit, non sans rafraîchir ses connaissances.

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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 23:11


l'amour harcelantGallimard 1995, 280 pages

 

 

C’est  le premier roman de cette auteure  et j’ai commencé par le troisième Poupée volée, suivi par le second Les jours de mon abandon pour finir donc, complètement à l’envers, par son premier opus.

 

Delia, 45 ans,  a perdu sa mère : Amalia s’est noyée dans la baie de Naples, vêtue de son seul soutien-gorge, un modèle aguicheur dont elle n’usait pas d’ordinaire.

Ces derniers temps, Amalia téléphonait à sa fille sans raison précise en riant de façon étrange et  obscène ;

Delia s’installe dans l’appartement de sa mère découvre qu’elle avait repris contact avec son ancien amant, un associé de son père. Le passé revient.

Lorsque Delia était petite, sa mère le retrouvait dans le sous-sol d’une confiserie. Des déboires conjugaux s’en suivirent et Delia, n’y était pas pour rien, mais elle avait ses raisons. Mal remise d’une enfance perturbée, elle tient à son célibat.

La femme fait une enquête : l’ancien amant de plus en plus allumé et hardceleur , avec un beau brin de sénilité en plus, inquiétait même son  entourage.

L’histoire est sordide les personnages vulgaires, fuyants, et à la fin du roman on n’a guère d’espoir pour Delia toujours plus proche de la défunte, amour et haine mêlés.

Dans ses trois roman Elena Ferrante s’emploi à créer une atmosphère déstabilisante avec succès. Sauf qu’ici le malaise est vraiment très fort, et à l’opposé des deux autres romans, la crise ne se résout pas, les personnages n’évoluent pas, le récit  ne sort pas de la glauquerie.

Même si ce roman comme les deux autres, possède une grande qualité d’écriture, de belles métaphores, un langage cru maîtrisé, je ne suis pas sûre que j’aurais lu les deux suivants, si j’avais commencé par l’ordre chronologique ….

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:02

les jours de mon abandon Elena Ferrante

 

I giorni dell'abbandono, 2002

Gallimard, 2004, 225 pages

 

      Olga doit faire face à un grave problème conjugal. Son mari, Mario la quitte pour une jeune fille de 18 ans sa cadette. Elle va d'ailleurs découvrir qu'il la voyait en secret depuis plusieurs années.

Son existence  à Turin avec deux enfants de 7 et 10 ans Ilaria et Gianni,n'est pas de tout repos.

Olga  n'a pas d'emploi, mais aucun problème financier ni de logement. Ce qui est déjà beaucoup, mais pas suffisant pour affronter l'adversité.

 

Cette femme laissée seule avec ses enfants, nous relate les étapes qu'elle a dû franchir pour se faire à la situation et revivre normalement.

Un cheminement difficile qui passe par l'abattement, la dépression, l'auto-destruction, la violence, des situations de panique, des symptômes  de confusion mentale et quasi-démence, le refus obstiné de toute aide, des remontées d'enfance nauséeuses, et l'amélioration progressive de son mental.

 

 

 

Sur un thème très souvent traité, l'auteur sait se montrer originale et émouvante. Elle présente la situation à partir de petits faits parlants, une narration très concrète, vive et pleine de rebondissements.

La solitude, c'est une forme noire qui jaillit d'on ne sait où en pleine nuit et effraie la femme qui réveille les enfants et tue l'intrus. C'était un gros lézard noir...

Mais bientôt elle croira voir des fantômes : une femme abandonnée qu'elle croisait dans l'escalier, enfant, et qu'elle voit maintenant s'asseoir à son bureau et écrire.

Le jour où il est urgent qu'elle sorte de la maison pour appeler à l'aide, la clef ne tourne plus dans la serrure (elle ne fait plus qu'un avec le métal) et le chien, celui de son mari dont elle s'occupe à présent, se meurt : il semble que tout le mal qu'elle souffre et la violence qu'elle ressent se cristallise sur cet animal...

 

Une véritable réussite, un auteur que j'avais déjà découvert avec Poupée volée.

 

 

 

 

 

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Présentation

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