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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:02

les jours de mon abandon Elena Ferrante

 

I giorni dell'abbandono, 2002

Gallimard, 2004, 225 pages

 

      Olga doit faire face à un grave problème conjugal. Son mari, Mario la quitte pour une jeune fille de 18 ans sa cadette. Elle va d'ailleurs découvrir qu'il la voyait en secret depuis plusieurs années.

Son existence  à Turin avec deux enfants de 7 et 10 ans Ilaria et Gianni,n'est pas de tout repos.

Olga  n'a pas d'emploi, mais aucun problème financier ni de logement. Ce qui est déjà beaucoup, mais pas suffisant pour affronter l'adversité.

 

Cette femme laissée seule avec ses enfants, nous relate les étapes qu'elle a dû franchir pour se faire à la situation et revivre normalement.

Un cheminement difficile qui passe par l'abattement, la dépression, l'auto-destruction, la violence, des situations de panique, des symptômes  de confusion mentale et quasi-démence, le refus obstiné de toute aide, des remontées d'enfance nauséeuses, et l'amélioration progressive de son mental.

 

 

 

Sur un thème très souvent traité, l'auteur sait se montrer originale et émouvante. Elle présente la situation à partir de petits faits parlants, une narration très concrète, vive et pleine de rebondissements.

La solitude, c'est une forme noire qui jaillit d'on ne sait où en pleine nuit et effraie la femme qui réveille les enfants et tue l'intrus. C'était un gros lézard noir...

Mais bientôt elle croira voir des fantômes : une femme abandonnée qu'elle croisait dans l'escalier, enfant, et qu'elle voit maintenant s'asseoir à son bureau et écrire.

Le jour où il est urgent qu'elle sorte de la maison pour appeler à l'aide, la clef ne tourne plus dans la serrure (elle ne fait plus qu'un avec le métal) et le chien, celui de son mari dont elle s'occupe à présent, se meurt : il semble que tout le mal qu'elle souffre et la violence qu'elle ressent se cristallise sur cet animal...

 

Une véritable réussite, un auteur que j'avais déjà découvert avec Poupée volée.

 

 

 

 

 

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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 00:54

 Gallimard, 2009

175 pages

 

     la narratrice, Leda est en vacances au bord de la mer du côté de Naples. Assise sur la plage, elle prépare ses cours de littérature anglaise pour la rentrée, et observe les estivants.

Elle suit les évolutions de Nina une jolie jeune fille et de sa petite fille de 3 ans, Elena, ainsi qu'à la poupée d'Elena, Nani, à laquelle la fillette est attachée comme à un objet transitionnel. La relation de la fille et de la mère puis de la fillette et de la poupée lui semblent tour à tour fascinantes et insupportables. Elle ne tarde pas à faire des retours sur son passé, et les moments heureux ou douloureux qu'elle endura avec ses filles en tant que mère.

Bientôt, elle se lie avec Nina s'intéresse à son sort : la jeune fille a quitté tôt l'université pour se marier et s'occuper de sa fille et se sent frustrée, d'autant plus que sa belle famille est vulgaire et sans culture.

 

Un jour, Elena se perd sur la plage et c'est Leda qui la retrouve ; chose étrange, la narratrice lui dérobe sa poupée qu'elle entoure de soins, habille, tout en sachant que l'enfant, privée de celle-ci, est désespérée...

 

Le récit décrit et développe cette crise de Leda, prise d'une sorte de folie, accompagnée d'une réflexion sur la maternité. Le propos n'est pas clos sur lui-même, et les gestes des protagonistes restent ambigus. Une histoire qui laisse le lecteur en proie à l'interrogation, à chaque page, et même à la fin!  On ne s'ennuie donc jamais, on participe à l'évolution des personnages, à la crise elle-même. Le ton est très varié, ironie,humour,colère, anxiété, frayeur, doute...des sentiments bien rendus.

L'écriture est classique avec de très bons choix, introspective, tout en restant reste légère et vive, avec des phases orales bien maîtrisées.

 

Malgré l'intrigue fort mince, l'histoire ne manque pas de suspense et tous les personnages sont fort bien vus y compris les petits rôles.

 

Je ne sais si l'histoire de Leda et du Cygne joue un rôle dans cette histoire...Leda a eu deux filles comme la déesse de la mythologie...à vous de voir.

 

 

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 17:16

4166S57SA4L.-AA240-.jpgMoravia Alberto ( Rome, 22 /11/ 1907- Rome 26/0/ 1990)

 
Eléments biographiques :
 

Fils d’un architecte, famille juive, ni rite ni conviction religieuse ; sa mère préfère le catholicisme. Formation marquée par une maladie ( tuberculose osseuse) et le fascisme montant puis triomphant ( 1917-1927). Mussolini prends les pleins pouvoirs en 1925.

1929 ; parution de « les Indifférents » qu’il avait commencé à l’âge de 17ans.


En suite, pendant quinze ans il fait de « l’expérimentation littéraire » selon des propres mots. On retient « L’imbroglio » et « Rêves du paresseux «


En 1943 Mussolini est arrêté et constitue dans le sud de l’Italie une « république sociale » qui s’achève avec la défaite allemande. Menacé par les rafles allemandes, Moravia se réfugie avec Elsa Morante son épouse, dans un village de la banlieue romaine. Il vivent alors dans une communauté paysanne pauvre dont il fit plus tard la description dans un roman « La Ciociara » en 1957.

Avec la fin de la guerre, Moravia publie « Agostino » en 1944 et retrouve la notoriété des « Indifférents «. On considère qu’il est un des représentants du courant néo-réaliste avec Pavese. On admire chez lui l’analyse psychologique ; mais il se réclame de l’existentialisme sartrien dans des œuvres comme « Le Mépris « en 1954 , « L’Ennui » en 1960 ; on apprécie ses « fresques sociales » ses descriptions d’individus aux prises avec la société dont la vie difficile, violente rappelle celle des « Ragazzi di vita » que Pasolini , dont il est l’ami, montre au cinéma. Dans cet ordre d’idées , il convient de citer « Le Conformiste « en 1951 (mis en scène par Bernardo Bertolucci, 20 ans plus tard), « La Provinciale et autres récits »,en 1952, « Nouvelles romaines » en 1954.

Il fut également voyageur et journaliste pour Le Corriere della sera et livre ses réflexions sur le monde contemporain qui ont été publiées. Considéré par certains comme un compagnon de route des communistes, il ne s’engagea jamais mais accepta en 1984 de se porter candidat à l’élection au parlement européen et fut élu sur une liste d’indépendants de gauche.

Il vécut 25 ans avec Elsa Morante, 18 avec Daria Maraini, dix avec Carmen Llera, sans compter de nombreuses aventures féminines.

 

 
 
Le Mépris.

Richard Molteni, scénariste, et Emilia sa femme forment un couple sans histoire mais Emilia se montre d’une froideur déconcertante, et un jour dit à son mari qu’elle ne l’aime plus et même qu’elle le méprise. Le récit est consacré aux vains efforts déployés par Richard pour tenter de comprendre. Ai-je commis une faute ? Me méprise-t-elle pour ce que j’ai fait ou pour ce que je suis ?

Emilie le quitte, et meurt peu après la rupture, d’un accident de voiture.

Molteni envisage d’écrire ses souvenirs à la première personne, pour comprendre ce qui s’est passé. Les récits rétrospectifs, assortis de réflexions, doivent préluder à l’écriture proprement dite du narrateur.


Au début de leur union, ils habitaient dans une chambre meublée ; Richard écrivait pour le théâtre mais n’avait que de petits revenus. Emilia souffrait de n’avoir pas de maison. C’est à la suite d’un achat d’appartement qu’il se voit contraint, pour payer les échéances, de devenir scénariste pour des films à succès, emploi qui lui est proposé par un producteur de cinéma ( Battista). Richard n’aime guère ce travail, qui n’est pas, pour lui, créatif . De plus, il est au service de Battista qui s’oppose à toute sorte de productions (par exemple, au réalisme dans le cinéma, parce qu’il montre des aspects négatifs de l’existence). Emilia se prend d’aversion pour Battista alors même que Richard tente de composer avec lui. Dans le même temps elle devient froide à l’égard de Richard ; il comprend d’autant moins son attitude que c’est pour elle qu’il a dû prendre cet emploi déplaisant.

Suit la scène pénible : Emilie lui dit qu’elle ne l’aime plus et qu’elle le méprise. Elle ne dit pas pourquoi.


II
Richard et Emilia partent travailler à Capri. Battista et Rheingold, metteur en scène allemand, tournent un film sur Ulysse, et Richard doit se joindre à eux.

Rheingold explique que cette histoire mettra en lumière le problème conjugal entre Ulysse et Pénélope : Ulysse tarde à rentrer à Ithaque non par goût pour l’aventure ou du fait du hasard, mais parce qu’il craint, en retrouvant sa femme, d’essuyer son mépris à cause des prétendants qu’il a laissé s’installer dans sa maison et combler Pénélope de leur dons. Il ne s’est pas comporté en « homme ». Pire : il multiplie les obstacles pour retarder son retour et aggrave la situation comme en témoigne le nombre d’indésirables qu’il a dû finalement affronter... Le travail de Richard est d'écrire un scénario sur ce sujet,àpartir de l'Odyssée.

Richard ne peut éviter de le comparer à sa propre histoire ; il craint qu’Emilie le méprise pour les mêmes raisons, et finit par comprendre qu’il a donné à sa femme l’impression qu’il souhaitait qu’elle séduise Battista pour améliorer leurs revenus. Bref qu'il l'a prostituait...

Qu'y-a-t-il de vrai dans tout cela?


Malgré tout, il ne croit pas à l’interprétation de Rheingold, et a pour ce film des idées précises qui le mènent à cent lieues de son « problème conjugal ».

Se considérant dans une impasse, il décide de rompre avec Battista, de renoncer au film et plier bagage illico avec Emilie.

Cependant, Emilie a sans doute cédé à Battista : elle part avec lui en voiture et l’accident se produit peu après.


III  


Malgré les faits , ce qui s’est passé est loin d’être clair ; qui était vraiment Emilie ? Et lui-même ? A-t-il poussé Emilie dans les bras du producteur ? Si c’était le cas, l’a-t-il fait parce qu’ils ne s’entendaient plus ? Sinon est-ce une méprise d’Emilie qui la conduit au mépris? Pourquoi l’accident ? Ne pouvant répondre aux questions il commence à écrire « pour exorciser « un fantôme"


Roman d’analyse psychologique, le Mépris s’explique au premier abord par des considérations d’ordre social qui rendent Emilie moins « mystérieuse » que son amant ne le voudrait. L’origine sociale modeste d’Emilie la conduit à s’éloigner de Richard ; c’est avant tout une femme d’intérieur qui se plaît à s’occuper de sa maison. Lui est surtout préoccupé d’écriture et de théâtre. Tous deux s’ennuient peut-être ensemble et ne se l’avouent pas pour préserver leur entente sexuelle.Là, j'interprète, je lis entre les lignes...


Lorsque Richard lui présente le producteur Battista,si elle le soupçonne de vouloir la lui vendre, c’est que Battista est plus proche d’elIe. Il ressemble aux hommes qu’elle a dû côtoyer autrefois, dans son milieu social : inculture, vulgarité, promptitude à la séduire sans y mettre les formes. Si Richard ne s’aperçoit de rien, c’est qu’il ne veut pas savoir. Aussi se demande-t-on s’il ne cherche pas à se débarrasser de sa femme tout simplement, sans nécessairement chercher à la « vendre » ?

S’il la juge mal, pourquoi cède-t-elle au producteur ? Mais cet accident ne serait-il pas un suicide maquillé ?

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 11:56

 

Métailié Suite ; noir



Monologue d'une femme quadragénaire à Turin, alcoolique au vermouth ; Elle est employée de maison mal payée son mari est au chômage. Elle est dépressive depuis longtemps, Elle vient de tuer sa fille de vingt ans qui la narguait en collectionnant des bibelots en plastique.


Cette jeune fille énervait sa mère, qui, intoxiquée par la télé, voulait qu'elle se présente à plusieurs émissions pour avoir une chance de devenir actrice ou mannequin de publicité. Ou encore qu'elle se dégote un mari riche. La fille ne veut pas  se prostituer ,la mère devient folle de voir que sa fille reste pauvre comme elle ; elle l'a aussi privé de son ami marocain sans-papier en le dénonçant à la police.

Un affrontement a eu lieu. La mère a tué la fille ; elle est ivre et délire : elle croit que la télé les avocats, les curieux sont derrière la porte à tenter de l'enfoncer et leur livre un discours qui est ce monologue désespéré que nous lisons.

 

C'est terrible! On a peine  à y croire... et si ce n'était  qu'un délire? Mais à mesure que le récit avance, on est pleinement convaincu.

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 12:55


 

 

GF-Flammarion, 1985, 340 pages.

Publié pour la première fois en 1951.

 

Marcello Clerici, un enfant de treize ans, livré à lui-même. Ses parents ont de graves problèmes de couple ; son père souffre d'une pathologie mentale sérieuse qui le pousse à des actes de violence incontrôlés.

Le jeune garçon est resté fixé à un stade infantile de développement : lorsque ses parents  vont dans leur chambre, il est persuadé que son père va tuer sa mère :

«  D'abord il ne vit, au fond de la chambre noyée dans la pénombre, derrière  le large lit bas, que les grands rideaux vaporeux des fenêtres, qui, poussés par un souffle de vent à l'intérieur de la pièce, se gonflaient jusq'au plafond. Ces rideaux silencieux, tout blanc dans la chambre sombre, donnaient une impression de désert, comme si les parents de Marcel s'étaient à leur tour, envolés de la fenêtre, dans la nuit estivale. Puis, dans le rayon de lumière qui, de la porte ouverte sur le corridor, arrivait jusqu'au lit, il aperçut enfin ses parents. Om plutôt il ne vit que son père, le dos de son père sous lequel sa mère disparaissait presque complètement, à part les cheveux épars sur l'oreiller et l'un des bras levés vers la tête du lit. Ce bras cherchait convulsivement à s'agripper sans pouvoir y parvenir. Et le père, écrasant sous son propre poids le corps de sa femme, faisait avec ses épaules et ses mains des gestes comme s'il eût voulu l'étrangler.

«  Il est en train de la tuer ! «  pensa Marcel, saisi, s'arrêtant sur le seuil. Une sensation insolite l'envahissait, une excitation combative et cruelle et tout ensemble un vif désir d'intervenir dans la lutte, que ce fût pour prêter main forte à son père ou pour défendre sa mère, car il ne savait encore quel parti prendre. »  

 

Je vous ai cité ce long passage afin que vous puissiez aussi juger si l'écriture vous convient. La langue de Moravia est belle, classique, introspective,  riche de situations ambiguës,  poussant sans cesse à la réflexion.

 

Marcello est violent aussi. Son désarroi se manifeste par des actes de destruction et de cruauté, il massacre des plantes, un chat, rêve de tuer son ami, de posséder un vrai revolver, s'effraie lui-même de ses penchants. On peut penser que ses rêves de violence sont une compensation à son apparence efféminée.

 

Ses camarades de classe le persécutent. Le seul adulte qui s'intéresse à lui est pédéraste et cherche à assouvir des pulsions sexuelles. Marcello réussit à s'emparer de son revolver et tire sur lui avant de s'enfuir. Nous sommes au début du siècle, en 1920.

 

En 1937, Marcello a trente ans...et travaille au ministère de l'Intérieur. Il n'a toujours pas d'interlocuteur, mais collabore activement au régime fasciste. Sous une apparence de respectabilité à laquelle il tient beaucoup et même réussit à s'identifier partiellement, il est délinquant comme autrefois, sans que personne ne s'en aperçoive ou ne s'en soucie.  Mais cela se manifeste de façon plus grave. Il a accepté de participer à l'élimination physique de son ancien professeur de philosophie, Quadri,  opposant actif au régime, et exilé à Paris. Cette mission doit se combiner avec son voyage de noces. Il a épousé une jeune femme qu'il espère assez naïve pour ne pas poser de questions...

 

Ces actions, celle qu'il considère médiocre(le mariage) et celle qu'il sait criminelle (participer au meurtre de Quadri) il les fait pour être comme tout le monde, se conformer aux normes et rompre avec son passé. Bien sûr il est en pleine contradiction avec lui-même ; il ne fait que continuer comme par le passé ! D'autre part, il n'est pas si conformiste qu'il le voudrait. Le vrai conformiste cautionne le régime politique au pouvoir (quel qu'il soit...) certes, mais lâchement, en fermant  les yeux sur tout ce qui lui paraît susceptible de le mettre en difficulté. La vrai conformiste ne se livre pas toujours à des actions criminelles, même s'il peut éventuellement les couvrir, sachant que cela ne lui coûte rien.

 Conformisme et délinquance ne sont pas incompatibles, pas synonymes non plus.

Etre dans la norme, est pour ce personnage une excuse derrière laquelle il se dissimule son désir de destruction, toujours actif.

Marcello lui s'engage à fond dans une entreprise dangereuse. Et pour peu de profit, sinon sa tranquillité d'esprit qu'il n'obtiendra pas. Le fait qu'il  s'en prenne à  un professeur de philosophie est significatif de la haine qu'il porte aux  pédagogues et aux maîtres à penser qui l'ont ignoré dans son enfance. On se rappelle le passage du chapitre 2 dans lequel Marcello, persécuté par ses congénères, et abandonné de ses parents,  demande du secours à son professeur de collège, lequel ne fait qu'aggraver la situation, le rendant encore plus ridicule auprès de ses camarades. C'est donc la vengeance qui le pousse ! Le professeur a une femme, dont il tombe immédiatement amoureux.  Ces moments d'amour nous le rendent sympathique.

Ce sont aussi les seuls moments où il manifeste une aptitude à des sentiments élevés. Le seul moment où il croira à quelque chose. Bien que dans cette subite passion il trouve encore le conformisme le « vrai » : «  Il retrouvait à travers Lina la normalité tant souhaitée ; non pas ce conformisme conventionnel qu'il avait recherché pendant tant d'années, mais un autre conformisme de nature en quelque sorte évangélique. En face de cette normalité lumineuse et éthérée, le lourd harnachement de ses engagements politiques, de son mariage avec Julie de  sa vie raisonnable et terne d'homme d'ordre, ne lui révélait autre chose qu'un déguisement encombrant, adopté dans l'attente inconsciente d'un plus digne destin. « 

Car Marcello, bien qu'il adhère au régime fasciste au point de travailler dangereusement pour eux, n'idéalise pas ses chefs, ni aucune personnalité. Il n'a pas non plus d'estime pour ses supérieurs, guère plus d'estime pour ceux  qu'il sert que pour celui qu'il envoie à la mort... Il n'a pas non plus  de pensée politique, n'adhère à aucune idéologie, reste indifférent à l'égard de la religion.

Tout au plus, dans sa « mission » pense-t-il  apprécier le rôle de Judas qui lui est dévolu.

Il est complètement nihiliste, sans le savoir...et néanmoins fin observateur de la société où il vit, des travers des gens. Intelligent et totalement aveugle.

Plus tard, trop tard, il se rendra compte qu'il se sent responsable de la famille qu'il a fondée, et les a conduits à leur perte.

 

Un portrait intelligent, réaliste, un roman plein de suspense, avec de belles pages. Le meilleur Moravia que j'aie lu jusqu'ici.

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 23:00

le-Nom-de-la-rose.jpg

 

             Publié en 1980, le premier roman d'Eco fut traduit en français  deux ans plus tard aux éditions Grasset. Il fut un succès de librairie et  reçut le prix Médicis du meilleur livre étranger.

 

Jusque là Eco, professeur de sémiologie à Bologne, n'avait écrit que des ouvrages de critiques littéraires utilisant les découvertes linguistiques, les plus lus étant «  Lector in fabula » et «  « L'œuvre ouverte ».

 

Ce premier récit inaugurait une carrière de romancier prolixe, phénomène rare chez les linguistes. Actuellement, Eco a publié «  La Reine Luana » toujours dans la même veine, mêlant les  genres, aventure, histoire, et intrigue plus ou moins policière. Dans chacun de ses romans ( il en a publié 5 ou 6)  on est sûr de s'instruire sur un sujet donné.


Je lis peu de romans historiques, celui-là pourtant fut un véritable régal. D'une lecture apparemment facile et agréable, il ne s'est pourtant pas donné à moi tout entier la première fois, et, la dernière page tournée, restait une belle promesse. Ce qui est la condition idéale pour une, ou plusieurs relectures, voire pour une lecture attentive avec beaucoup de notes.Ici j'en ai tiré quelques vestiges.


A la fin de sa vie,  Adso de Melk, moine franciscain, rédige un épisode de son adolescence qui dura sept jours et le marqua pour toujours.


En novembre 1327, il accompagne Guillaume de Baskerville,  dont il est le novice, dans une abbaye bénédictine, en Italie du nord. L'ordre franciscain a envoyé Guillaume là-bas pour  organiser une rencontre  entre les  envoyés du pape Jean XXII, et les représentants de l'empereur Louis de Bavière,  qui doivent tenter de résoudre des conflits politico-religieux.

Arrivé à l'abbaye, Guillaume explique au moine cellier comment retrouver son cheval, et lui fait la description de l'animal, qu'il n'a jamais vu, des raisons pour lesquelles il a dû partir, et du lieu où il s'est rendu. Le lecteur reconnaît alors Guillaume pour un détective. Ce passage parodie ouvertement le Zadig de Voltaire. "Baskerville" désigne  aussi  le livre de Sherlock Holmes.

Le lecteur se trouve d'emblée  dans un espace d'intertextualité ludique, contrairement au narrateur Adso qui restera le naïf de l'histoire.


L'abbé Abbon, chef de l'abbaye, qui les reçoit, est affolé : le jeune moine Adelphe d'Otrante a été retrouvé mort au pied de la tour.

L'abbaye comprend une tour carrée dont chaque angle est interrompu par une tourelle octogonale.

Ces données nous orientent vers le roman gothique (Otrante, château, mort mystérieuse...)

Adelphe était enlumineur.

Guillaume s'intéresse vivement au crime, ainsi qu'à la bibliothèque de l'abbaye au-dessous des cuisines, où travaillait Adelme l'enlumineur. Dans le scriptorium, il apprend, du moine Béranger, qu'Adelme s'est jeté du mur d'enceinte et qu'un éboulement l'a fait glisser au pied de la tour.

Avec le vieux Jorge, conservateur aveugle de cette bibliothèque, l'atmosphère est tendue : cet homme ferme sa bibliothèque de l'intérieur, refuse l'accès à certains livres qu'il juge « impies » et qui, par exemple, font l'apologie du rire. Le rire vient du Malin.

Venantius, moine traducteur de grec, affirme, contre l'opinion de Jorge,  qu'il existe un traité du rire dont l'auteur est Aristote.Guillaume confie à Adso qu'il a accepté la mission diplomatique afin de consulter ce livre qu'il recherche depuis longtemps...

Le lendemain un autre moine est découvert  mort, dans une cuve emplie du sang d'un porc tué la veille... et ce n'est pas fini !


La suite de cet article intéressera surtout ceux qui ont lu le livre.


En plus de son enquête,   Guillaume reçoit  les visiteurs dont il doit organiser la rencontre. Parmi eux, Bernard Guidoni, inquisiteur de renom,  s'enchante de ces crimes, et désigne comme hérétiques deux moines de l'abbaye.  Ce personnage est un obstacle de taille à l'enquête, et force Guillaume à  préciser ses idées dans le domaine de l'éthique.

En effet il fut lui aussi un inquisiteur « qui  se trompait » et a révisé ses positions. A présent il est opposé aux actes de bravoure inutiles, et ne défend pas le moine, que Guidoni fera brûler, même s'il le juge innocent.

Au terme des sept jours,  Guillaume  réussit à  faire éclater la vérité sur les crimes de sang, et à en empêcher d'autres, au prix de mille tribulations, mais n'obtient pas ce qu'il désirait avant tout...

Adso reçoit de lui plusieurs  messages à méditer de l'aventure, d'abord un fort penchant pour le scepticisme. La passion de l'assassin pour une vérité unique, son fanatisme, le transforme en antéchrist alors qu'il croit servir Dieu. L'unique vérité est d'apprendre à nous libérer de toute passion pour nous approcher de la  vérité.

Le lecteur est un peu surpris qu'Aristote fasse figure de danger public. Dante, qui était chrétien, le considère comme un de ses maîtres. Mais Guillaume se méfie  des fictions et n'aime pas l'auteur de la Divine comédie. Guillaume a lui aussi ses limites.

Le vieux Jorge est à mon sens le vrai héros du livre, un héros tragique. La machine dramaturgique en œuvre dans le roman, le pathétique, l'émotion (tout ce qu'Aristote exige d'un héros tragique) sont assumés par le vieux Jorge.

Adso de Melk est un personnage secondaire et essentiel. Il a « tout enregistré de ce qui s'est passé » et le redit fidèlement, y incluant ce qu'il ne comprend pas, et même ce qui ne peut l'intéresser, dans un souci d'objectivité. Pour lui donner consistance, Eco lui invente une amourette avec une fille du village.

Le roman est à grand spectacle avec de longues descriptions : scènes vues par Adso sur le portail de l'église évoquant des toiles de Bosch.


Dans "l'Apostille au nom de la rose"( livre de poche biblio), Eco  prétend livrer en même temps que ses réactions  à la sortie du roman, les secrets de fabrication de son oeuvre. Il reconnaît avoir pris Borges pour modèle du vieux Jorge. Ce personnage est très négatif...  

Titre : le nom de la rose, c'est «  tout ce qu'on veut » dit Eco, la « structure ouverte «  du titre. " la rose" est un signifiant "ouvert" qui peut recouvrer  une infinité de  contenus  ( celui qui conviendra au lecteur).

Mais ce n'est pas comme si Eco avait écrit " Sans titre"...

On peut penser à la Rose de Paracelse de Borges (histoire très curieuse d'un alchimiste qui ne veut plus de disciples...).


 Eco explique le choix du  contexte historique :

-Guillaume a reçu les leçons du philosophe anglais Roger Bacon, il le cite et porte des lunettes inventées au treizième siècle.

-Pour que Guillaume, franciscain, puisse se conduire en détective, il faut dit Eco  que « les signes soient interprétés, non pas en tant que symboles, mais en tant que traces du réel ». Cela nécessite que l'on soit au moins au quatorzième siècle, vu l'évolution de la pensée.

-Adso doit pouvoir rapporter les discussions entre Guillaume et les émissaires du pape ainsi que les argumentations théologiques.  Il ne le peut qu'à partir du 14eme siècle.

 On apprend quel conflit divise  alors les franciscains. Les uns «  les petits frères des pauvres »aussi appelés les ordres mendiants,  adoptent une conduite sévère et  vivent dans la pauvreté...Attitude que Guillaume condamne comme fanatisme.

Les trompettes de l'Apocalypse : l'assassin a copié  des détails de ce livre de la Bible, pour perpétrer ses crimes et montrer qu'il exécute la vengeance de Dieu.

Ce petit opuscule est intéressant mais ne répond pas à toutes les questions.


Cela reste un bon livre. Peut-être est-ce à lui que l'on doit cette avalanche de  romans  utilisant l'enquête policière, un contexte historique donné,  et l'ésotérisme, car Eco a lancé une mode.  Certains sont excellents, d'autres, comme les Da Vinci code, ne sont pas du tout à la hauteur...



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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 23:24

 

Métailié, 2007. 133 pages.

 

Pour ses quatre vingt ans, Camilleri a écrit un roman autobiographique, non policier.

Nous voilà dans la Sicile de la fin des années 30. Nenè est un petit garçon qui vit à côté d'une maison de tolérance. Il ignore ce qu'on y fait mais les femmes nues l'attirent déjà, vu que sa cousine et compagne de jeu Angela est assez délurée. En grandissant, il est admis avec deux de ses amis de lycée, à la pension. Mais bientôt la guerre mondiale arrive jusqu'en Sicile. Les péripéties que vivent les filles, les clients et la tenancière la Signura Flora vont se corser des divers tourments que peut rencontrer un pays en guerre.

Et pourtant, on observe des miracles à la pension Eva. Par exemple Ambra, une  jeune femme inspirée, voit descendre du ciel un ange nu qui atterrit sur la terrasse de la pension en repliant ses ailes... de parachute. Une autre va rencontrer saint Loca en personne. Un vieux monsieur très distingué retrouve sa fièvre virile à cause d'une bombe qui explose à ses côtés. Jacolino, un ami de Nenè, nul en latin et grec, s'améliore fortement en fréquentant la pension.  Il arrive que l'amour naisse entre un client et une fille, et leur avenir n'est pas tracé d'avance...

A la fois roman de formation, documentaire sans concession sur la guerre vécue chez les civils, et  récit plein de fantaisie et d'esprit, ce roman est  aussi bon, voire supérieur aux enquêtes policières. On peut noter aussi, que le langage est nettement plus classique que dans les romans policiers de l'auteur. Certains diront "moins inventif" d'autres "plus lisible"...


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2 juillet 2007 1 02 /07 /juillet /2007 16:40
la-Peur.jpg
Laura Grimaldi «  La Peur » Métailié, 1994.
 

Ce roman décrit admirablement , à l'aide d'un  style précis et concret, la fin de règne d’un tyran domestique, Contaldo Glisensi, à Bergame, au vingtième siècle, probablement de nos jours ou presque, sans que rien des événements politiques, ou des caractéristiques contemporaines  ne vienne filtrer dans le récit  pris en charge par les divers membres d‘une famille traumatisée, cloîtrée et réduite à une survie angoissée en huis clos.

Munda, fille unique de bourgeois aisés, a été mariée très jeune, juste après la guerre à  cet  homme plus âgé qu'elle, Contaldo , un monsieur qui parlait anglais,  avait une bonne place dans une étude notariale, et  qu'elle  avait vu deux trois fois avant la noce, jamais en tête à tête.

 Violent, vulgaire, sexuellement très avide, Il a dégoûté la jeune fille et s’en est  fait détester. Les parents de Munda  étaient  âgés, timides,  et très bien élevés. Elle aussi. Contaldo s’est installé en maître dans leur maison. Il a fait venir de la campagne Concilia, une fille sans ressource,  pour contenter ses appétits. Les parents de Munda  ont feint d’ignorer la situation.

Munda a eu un premier fils, Eugénio, qui, âgé de deux ans, refusait de s’habiller.  Conduit chez le psychiatre, ce dernier  a  stigmatisé Munda : elle n’avait pas désiré l'enfant, elle est une mère «  algide ».

Il a« oublié» de s’enquérir du père…
 

Au moment de la résolution de crise, Eugénio a presque quarante ans. Il est relégué au sous-sol de la maison familiale par Contaldo qui l’appelle « le fou ».  Il se vêt avec du papier, se confectionne des costumes avec des papiers raffinés de toutes sortes dont il aime le bruits  de froissement «  frtt », plus ou moins chantant, refrains qui l’accompagnent dans sa solitude.

Maddalena la sœur cadette  occupe  le premier étage avec Erasmo qui travaille dans l’étude de son père, et dépend de lui. Giovanna la benjamine, mange toute la journée ; elle est devenue obèse jusqu’à la difformité pour échapper à son père qui la tripotait. Les autres souffrent d'anorexie.

Contaldo a décidé de vendre la maison de ses femme et enfants, dont il a exigé des procurations longtemps auparavant. Il compte  placer Génio en institution,  envoyer Maddalena  et Erasmo  vivre  ailleurs , et virer  Concilia sa vieille maîtresse qui ne lui plaît plus.

Munda, ses enfantset son beau-fils, abouliques, terrorisés, songent au suicide ; Concilia, qui s’est consacrée au Maître, ainsi qu’à la famille comme gouvernante, n’a nulle part où aller.   Elle  n’appartient pas à la famille, et veut agir…

 

Autres romans du même auteur : La Faute ( sûrement son chef d'oeuvre); " le Soupçon"  et " Monsieur Bovary" qui a fait un peu parler de lui , livre non réédité que je ne trouve nulle part pour l'instant .... 
 
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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 15:45

mal-de-pierre-copie-1.jpgLa triste vie d’une femme Sarde qui a presque quarante ans en 1943 lorsque ses parents la marient de force.

Le Mari est un ouvrier venu d’une ville voisine, qui l’épouse parce qu’il a perdu sa famille dans un bombardement.

Jusqu’ici la malheureuse était impossible à caser : elle avait couru après trop de fiancés en réclamant l’Amour là où, dans ce milieu modeste, il n’a pas sa place.


 Cette femme subit la Guerre dévastatrice, la Mère ignoble, l’Epoux enduré, mais aussi les accusations de folie ( jeune, elle était tout le temps amoureuse et le faisait savoir...).Un symptôme physique douloureux (les coliques néphrétiques) complique l'affaire.

Elle a la chance d’aller en cure connaît une idylle avec le Rescapé, et réussit à mettre au monde le Fils qui devient pianiste, comme le Rescapé, car sa Mère fera des ménages pour qu’il puisse étudier…


Ces thèmes sont tous très intéressants ; mais ils ne sont pas servis par une écriture inventive.

  Le ton employé par la narratrice pour évoquer sa grand-mère, m'a profondément irrité : celui d’une adolescente faussement naïve, qui veut raconter une histoire édifiante avec des personnages exemplaires. Ce qui donne au total, contrairement à ce que j'ai pu lire dans la presse, un roman plutôt conformiste.


Le meilleur des sujets,  servi par un style très travaillé, mais  difficilement supportable.

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24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 09:15

 


  A reculons comme  une écrevisse.

C’est une somme d’articles et considérations sur la société actuelle  ses événements et débats récents.  
Sur l’avortement, Origène aurait eu des idées. « Dieu a créé dès l’origine des âmes humaines ».
Dans la bible on estime «  que le Seigneur forma l’homme  avec la poussière du sol et lui inspira dans les narines un souffle de vie, et l’homme devint âme vivante ». Il crée les corps et ensuite leur insuffle une âme. Thomas d’Aquin corrige : les embryons ont une ême végétative comme les végétaux puis sensitive ( comme es animaux). Au stade du fœtus, Dieu insuffle à ce dernier l’âme intellective ( ou rationnelle) qui en fait un être humain. Après le jugement, les embryons ne ressuscitent pas faute d’âme rationnelle. Les catholiques ont donc tranché depuis longtemps ce que les fondamentalistes feignent d’oublier.

Eco parle longuement du terrorisme, des guerres contemporaines, du téléphone portable «  devenu objet transitionnel comme la couverture de Linus », du Da Vinci Code qui se clone à une vitesse inquiétante, de Dieu ( quand on n’y croit plus on croit à « tout » c’est pire que « rien ») , du film de Mel Gibson «  qui n’est pas un film sur la religion mais un « splatter ».

C'est intelligent, humoristique, documenté et assez gai.
   
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