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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 14:50

ABBOTT-2011

 

 

 

Le Masque, 2011, 307 pages.

Derrière ce titre anglais choisi par les éditeurs se cache un autre titre anglais l’original “ Die a Little”.

Lora King a perdu son frère Bill. Alors qu’ils vivaient ensemble, tranquillement, comme deux célibataires, Bill a rencontré Alice, et ils ne se sont plus quittés. Bill est inspecteur de police, et Lora enseignante. Nous sommes dans les années 50. Alice est une belle-sœur encombrante ; elle a beaucoup de charme et passe pour une femme fatale. Très exaltée, en même temps que soucieuse de bien faire, elle se transforme vite en épouse modèle (parfaite cuisinière, ménagère irréprochable, bientôt enseignante elle aussi) sans cesser d’en jeter plein la vue, et de dépenser de l’argent à outrance pour donner des fêtes où tout le monde se saoule,  et décorer la maison.

Or, Alice n’a pas le sou ! Elle était costumière dans un studio à Hollywood avant son mariage.  De son passé, elle a présenté ses parents comme des aventuriers, tout le temps obligés de déménager à la cloche de bois.  Plus inquiétant encore, cette Lois qui vient la voir de temps à autre, et bientôt  presque tous les jours. Lois est toujours couvertes de blessures suspectes et tient des propos à la fois lestes et sibyllins.  Un autre personnage apparaît, un drôle de type à l’air chinois qu’on appelle Joe Avalon. Lora enquête, prend possession d’un carnet plein de rendez-vous secrets, d’une photo porno représentant Alice et Lois. Elle n’est pas étonnée de recevoir une lettre anonyme disant que sa belle-sœur est une prostituée et que pour en savoir plus, il faut aller au Red Room Lounge…

 

Voilà un roman « noir », bien écrit, avec un effort méritoire pour trouver des façons de dire originales pour suggérer  des sentiments, des faits, et un certain talent pour décrire des lieux inquiétants.

 Alice y apparaît mystérieuse, et à mesure que Lora dévoile quelque chose d’une possible double vie de cette belle-sœur, la situation se complique.  Lora elle-même n’est pas qu’une sœur bien intentionnée cherchant à sauver son frère tombé en de supposées mauvaises mains. Elle est jalouse d’Alice, fascinée par elle, attirée et horrifiée par le monde dont sort cette jeune femme, et ne sait pas trop bien ce qu’elle veut. L’ambiguïté des situations et le suspense sont donc assez habilement préservés, même si l’on se doute de l’issue, une fin d’ailleurs cohérente et vraisemblable. 


Métaphores originales :


-          « Alice est là, ma chérie ?

Je reconnais Lois au bout du fil, mais une Lois encore plus ralentie qu’en temps normal ; sa voix se traîne sur ses pattes arrière, elle peine à aller de ses lèvres jusqu’à mes oreilles. »

«  Ses yeux semblables à des dents éclatantes, sont plantées en moi ».

«  Les questions que vous aviez envie de lui poser paraissaient incroyablement naïves face à la gueule obscure qui s’ouvrait derrière son visage d’épouse joliment ciselé ».

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 23:21

Danger de mort

 

 

Calmann-Lévy ( suspense), 2002. 491 pages.

Titre original : The Grasshopper ( la sauterelle,  en français).


 

«  Dans ce roman, je me suis attachée à rendre l’aspect, l’atmosphère et l’architecture du quartier de Maida Vale et de ses environs. … Paddington Basin, le canal, les artères principales, les églises, les parcs et les jardins sont à peu près à l’image de la réalité, mais Russia Road n’existe pas. .. ni Torrington Gardens Peterborough Avenue ou Castlemaine Road. »

En revanche, Randolph Avenue, où Clonagh l’héroïne est employée à faire du jardinage , Randolph Avenue existe. Comme pour Clonagh, mon destin s’est joué à Maida Vale, un destin sans aucun rapport d’ailleurs.

 

Clonagh Brown cultive depuis l’enfance une passion pour l’escalade. A douze ans, elle grimpe jusqu’à la dernière branche de son premier pylône. Pourquoi un pylône ? Parce que dans le Suffolk, il n’y a rien d’autre comme promontoire un peu élevé…

Cinq ans plus tard, elle  s’attaque à un autre, accompagnée de Daniel son ami de lycée. Le défi est d’allumer une cigarette à une des lignes de haute tension. le garçon connaît une fin rapide et tragique. Les parents de Clonagh l’envoient à Londres, chez son oncle Max, universitaire, et sa tante, actrice dans une médiocre série télé. Elle occupe un appartement à l’entresol et doit étudier le commerce à l’université Grand Union.

Claustrophobe, la jeune fille ne supporte pas l’entresol et moins encore le tunnel qu’elle doit emprunter pour aller à la faculté. Ni bien sûr le « Tube » .  Elle est solitaire, rebelle, se sent coupable  à cause l’accident de son ami, et les adultes se méfient d’elle.

Bientôt elle se met à fréquenter la maison mitoyenne et l’appartement sous les combles, où habite Jack Silvermann, «  Silver » un garçon de son âge, qui vit de ses rentes.  Ensemble, ils prennent l’habitude de sortir par la fenêtre et escaladent les toits des maisons du quartier. D’autres jeunes sont hébergés par Silver : Liv, une jeune fille au pair suédoise enfuie de chez ses patrons, Wim escaladeur hors-pair qui vit sur les toits, et Johnny, orphelin, cambrioleur ,violent, qui leur cause bien des soucis.

Bientôt les jeunes gens se trouvent mêlés à une affaire d’enlèvement d’enfants, à l’issue incertaine…

 

Un roman intéressant à plus d’un titre. Les intrigues sont d’intérêt divers. On s’intéresse au personnages, surtout Liv et Johnny, à l’entreprise d’aide aux kidnappeurs d’enfants( bon suspense), à tout l’arrière-plan socio-psychologique ; les descriptions d’équipées sur les toits passent plutôt bien, même si certaines sont un peu longues. J’ai lu de très bonnes scènes, comme celle de l’accident de pylône, fort bien rendue. Pourtant Clonagh me paraît un personnage un peu trop exemplaire ; la façon dont la roman se termine est  vraiment idyllique, je n’aime pas cela. Mais c’est subjectif.

 

 

lecture 1 pour le challenge I love London organisé par Maggie

 

challenge I Love London

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 23:52

memoire20morte 9656c9112e7d37ef46c2c468fcd04bbcRivage/ Thriller, 2012, 378 pages.

Titre original : Memory

 

C’est un des tous premiers romans de l’auteur, que ce « Memory » qui fut écrit au début des années 60 ( Westlake avait une petite trentaine d'années) et publié à titre posthume, en 2010.


J’étais prévenue que ce Westlake n’était pas drôle du tout, et que c’est même pour cela que sa parution a été si tardive.  C’est avec curiosité que j’ai voulu savoir comment Westlake écrivait sans ses gags ordinaires.

 

Voici donc Paul Cole, un jeune homme qui sort du coma à l’hôpital, dans une petite ville anonyme. Il a été surpris avec une femme par le mari de celle-ci et violemment tabassé. Il Victime d’une commotion cérébrale, il a perdu la mémoire, pas complètement, mais tout est devenu flou. Il sait qu’il est acteur, et a tourné dans  des téléfilms et des pièces ; pas de grands rôles, mais c’était son métier. En dépit de son handicap, on lui enjoint de quitter l'hôpital, quasiment sans le sou, car il a dû payer les soins. Le capitaine de gendarmerie lui fait la morale et l'expulse de la ville. Paul n’a plus de quoi revenir à New-York car c’est là qu’il résidait d’après son permis de conduire. Lui ne se souvient de rien de précis : quelques flash, quelques prénoms, personne à qui demander de l'aide.

Il se retrouve à Jefford une petite ville, à 1500 km de NY, et se fait embaucher à la tannerie, au service expédition, en attendant d’avoir de quoi retourner chez lui. C’est provisoire, la mémoire lui reviendra à NY , il en est sûr. En attendant, il se rend compte que sa mémoire du passé n’est pas seule à lui  jouer des tours. Ce qu’il vit au présent disparaît aussi plus ou moins vite de sa conscience. Les noms les adresses, les lieux, les images, les personnes… Son cerveau ressemble à un tamis qui laisse passer les informations…

Cela ressemble beaucoup à la maladie d’Alzheimer.  Et c’est une lente descente en enfer que relate ce roman. En même temps, l’auteur décrit fort bien la vie et les mœurs des groupes sociaux que Paul  traverse, et qu’il tente de fréquenter ; les ouvriers de la tannerie, la  pratique de l’usure, les hôtels minables,  puis le milieu du cinéma de série B, à NY, et la férocité des anciennes connaissances de Paul qui le rejettent sans aménité, une galerie de personnages odieux  témoignant d'un pessimisme intégral que l'on peut trouver dans des romans comme le Couperet, mais aucune situation cocasse ne vient ici compenser la détresse du héros.


Plus le roman avance, plus le lecteur s’angoisse : il finit par savoir plein de choses sur Paul que celui-ci ne se rappelle pas, et anticipe ses malheurs futurs. Il y a pourtant des trucs bizarres que, pas plus que Paul, le lecteur ne parvient à élucider : c’est ce petit carré de métal lisse et brillant, que les flics ont montré à Paul, vous avez perdu ça ? Paul constate qu’il peut parfaitement s’y mirer mais qu’a-t-il à voir avec ce bout de métal ? Est-ce une pièce à conviction ? Que faisait-il dans son autre vie, n’a-t-il pas eu d’autres ennuis ? ….


Un roman réaliste, angoissant, très noir, l’humour est présent mais il est plus que noir lui aussi. L’ensemble est puissant et d’une grande vérité. 

 

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 23:59

Le Poète de Gaza

Actes sud Noir, 2011.

 

Le narrateur est un agent des Services Secrets israéliens. Il est chargé d’éviter les attentats-suicides. Une mission particulièrement délicate l’attend : capturer le chef d’une organisation terroriste palestinienne. Pour cela il va approcher Dafna, romancière israélienne, afin d’entrer en contact avec Hani, son ami palestinien, également écrivain, qui est le père du chef terroriste. Hani est coincé à Gaza, atteint d’un cancer en phase terminale.

Peut-on encore lire un  Actes sud noir  sans cancer en phase terminale?  ( il n'y a pas longtemps j'ai souffert avec une jeune femme très malade dans la Tristesse du samouraï).

 

Un bon point tout de même, ici, la maladie sert l’intrigue. Le narrateur va tenter de rapatrier le malade dans un hôpital d’Israël. Son état de santé devrait le rendre plus facile à berner.

Le narrateur se fait passer auprès de Dafna pour un écrivain cherchant un agent littéraire, assorti d'un riche bienfaiteur… Notre espion est un lettré !

Dafna semble comprendre de quoi il retourne, accepter implicitement le marché, et en profite pour demander des compensations : le narrateur doit s’occuper de son fils à elle, drogué et endetté, le ramener à la maison.

Hani, lui, ne se doute de rien. Petit à petit, le narrateur s’attache au couple d’écrivains, cultivés, pacifistes, nostalgiques, si différents des gens qu’il a coutume de fréquenter. Mais il doit mener à bien sa mission…

 

Avant d’en arriver à l’intrigue proprement dite, le narrateur nous fait assister par le menu à des scènes d’interrogatoire violentes auxquelles il participe. Longues et répétitives, elles ont pour but de nous rendre crédible un homme qui pourrait apparaître un rien trop sympathique pour un agent des services secrets.  Pour peu qu’on veuille se laisser prendre, et subir patiemment ces interrogatoires du début, le récit est bien conçu, et on le suit volontiers.

Cependant le suspense est minime, les personnages assez convenus (le jeune homme camé désespéré, la romancière  fascinante décidément trop belle…) et on ne va rien apprendre de neuf, sauf sur l’utilisation des cédrats dans les fêtes religieuses juives.

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 09:13

Un avion sans elle

Presses de la cité, 2012, 533 pages.

 

Qui, de Lyse-Rose Carville ou d’Emilie Vitral, est l’unique rescapée du crash d’un Airbus Istanbul-Paris, venu s’abîmer dans le Jura sur le Mont Ter-rible, au début de l’hiver 1980 ?


Les deux petites filles inscrites sur la liste des passagers avaient chacune trois mois. Leurs parents ont péri dans l’accident. Il ne reste pour les identifier que leurs grands-parents paternels, qui les ont peu vus, et une grande sœur de six ans pour Lyse-Rose, un frère de deux ans pour Emilie.

Chacune des deux familles, persuadée que leur sang coule dans les minuscules veines de la miraculée, la réclament.  Un procès a lieu, qui finalement reconnaît le bébé comme étant Emilie Vitral.

Les Vitral vivent à Dieppe, du commerce de frites et saucisses, dans un camion ambulant.

Les Carville sont très à l’aise financièrement, et Mme Carville engage un détective privé pour enquêter, espérant qu’il trouvera des preuves réelles de l’identité du bébé.


Crédule Grand-duc (c’est le nom du détective… ça ne s’invente pas ? Apparemment, si…) enquête à présent depuis 18 ans ! Car nous sommes en 1998. Bien des événements ont eu lieu, en rapport avec l’affaire, tragiques ou pas, et les protagonistes ont grandi ou pris de l’âge. Grand-duc n’a rien trouvé de significatif, la science en progrès depuis une génération, n’a pas donné de conclusions valables.

Et pourtant ce soir-là Grand-duc croit enfin avoir tout compris !

Mais le lendemain, il est retrouvé assassiné, laissant un cahier vert où il rend compte de l’affaire….

 

Voilà  un polar français valable, qui se lit sans souffler.  La langue est simple mais l’expression variée,  les descriptions de lieux agréables, suffisamment pour que l’on s’y croie. Pas trop de phrases sans verbe.Pas plus que dans ce blog en tout cas. Quelques longueurs mais pas assez pour ennuyer. Il y a des chances que l’on soupçonne de quoi il retourne avant la fin, mais pas complètement, et cela ne nuit pas au plaisir de lecture.

Les personnages sont crédibles, le rythme assez alerte, des courses-poursuites, de l’action, un peu de sentimentalité mais pas trop, un peu d’humour.

 

A lire dans l'avion qui vous emmène en vacances, sur la plage, ou au cimetière, si vous n'avez pas survécu.

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 09:07

Au lieu dit noir étang 00

 

 

Seuil-Policiers 2012, 355 pages.

Publication originale 1996, titre «  The Chatham School Affair »


La construction ressemble à « les Leçons du mal » :

Un homme âgé, Henry, se souvient d’un épisode tragique arrivé pendant l’année scolaire 1926/27 dans l’école de garçons de la petite ville de Chatham, non loin du Cap Cod. Il était l'un des élèves, et surtout, le fils du directeur.

Sa pensée vagabonde, faisant de fréquents allers-retours entre diverses périodes de cette année scolaire, un procès qui s’en suivit, le devenir des principaux acteurs du drame, et l’époque actuelle.

Son père dirigeait l’école d’une main ferme, sa  mère devait se contenter d'être ménagère au foyer, elle aussi "psychorigide"(comme on dit à présent), et Henry, déjà adolescent, s’ennuyait et éprouvait du ressentiment envers ses parents.

L’arrivée de Mlle Channing, jeune femme qui vient enseigner les Arts plastiques, va le renforcer dans sa rébellion. Très cultivée, la jeune femme a beaucoup voyagé avec son père depuis sa tendre enfance, et suivant ses préceptes est persuadée » qu’il faut vivre ses passions jusqu’au bout ». Elle va bientôt en avoir l’occasion, sa rencontre avec le professeur de lettres Leland Reed, se révèle décisive. Reed est marié, père d’une petite fille, le couple illégitime se dissimule sans y parvenir vraiment,  et Henry est plus ou moins leur complice. Ses sentiments à leur égard sont complexes : rêvant pour lui-même d’aventures romanesques et de liberté,  il brûle de les aider à fuir une existence médiocre. Surtout, il voudrait jouer un rôle dans l’affaire, être autre chose qu’un « voyeur »…

Mr Reed semble préparer un départ puisqu’il construit un bateau avec l’aide du jeune garçon…

A mesure que l’on avance dans le récit, des questions nouvelles naissent en même temps que les révélations. Que s’est-il vraiment passé, qu’y-a-t-il derrière les faits apparents? Et pour cela on est surpris jusqu’au bout.

Malgré certaines longueurs, car le narrateur se répète souvent.

Les protagonistes, le couple illégitime, sont vraiment touchants, et j’aurais préféré les voir agir et penser directement, en alternance avec le point de vue de Henry, qui est ici seul narrateur.  

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 09:06

Derrière la haine

 

 

Fleuve noir, 2012 315 pages


Les Brunelles et les Geniot : deux couples de trentenaires voisins qui s’entendent bien. Lorsque Laetitia Brunelles, enceinte de six mois, apprend que sa voisine Tiphaine attend aussi un bébé, on sable (ou on sabre ???) le champagne et les liens se resserrent. En grandissant, les deux petits garçons, Milo et Maxime, deviennent les meilleurs amis du monde, et les couples s’adorent…

Mais voilà qu’un soir, Sylvain Geniot, un peu éméché, raconte à David Brunelle  ce lourd secret sur sa conscience, à propos de sa femme, envers laquelle il s’est rendu coupable de quelque chose de grave, qu’elle doit rester à ignorer.  David se sent mal à l’aise : le couple ami qu’il croyait solide comme le sien, est bancal, et repose sur des bases faussées. A partir de cette funeste soirée se succèdent des incidents inquiétants, des querelles naissent entre les deux femmes, puis bientôt la tragédie…

Un roman riche en rebondissements, l’angoisse du lecteur qui s’accroît, une fin qu’on n’osait surtout pas imaginer… !

A le lire vite et sans se poser de questions, on a du plaisir. Une fois la dernière page tournée, on peut relever beaucoup d’invraisemblances : certains des agissements des garçonnets (importants pour l’intrigue) se comprendraient s’ils avaient trois ou quatre ans tout au plus, mais ne sont pas d’un enfant de six ans.

On note l’étrange attitude d’une personne sensée et méfiante, à se jeter subitement dans la gueule du loup.

Il y a le style :

 «  Un cri qui n’en finit pas. Un cri, dont l’écho résonna longtemps, secondes d’éternité, comme si le combat que se livraient sans merci le silence et le bruit pouvait encore déjouer le cours du destin. Un torrent aux eaux tumultueuses se fracassait contre la structure trop rigide d’une digue, ondes volage qui allaient et venaient sans relâche, malgré le courant qui s’épuisait, pour bientôt ne plus émettre que le clapotis ténu d’un souffle ultime » 

C’est quoi ? Ben c’est notre romancière qui s’essaie à l’envolée lyrique. Il y en a quelques unes dans le récit. La première, celle-là, je l’ai lue, mais les autres je les ai passées … Je préfère le style basique, plat, parlé dont elle fait également usage, c’est plus efficace.  Il y a aussi de l’humour noir de temps à autre, et un bon enchaînement de péripéties …

Ce roman est meilleur que celui de Karine Giebel. Pas parfait, mais plaisant, dans l’ensemble.

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 09:01

mapuche

Gallimard, noire, 2012, 450 pages


Argentine, Buenos Aires.

Jana est une indienne de la tribu Mapuche, jadis persécutée et massacrée par le pouvoir dominant. De nos jours, après un parcours plus que difficile, elle vit de son travail de sculptrice, encore jeune, mais sans illusions, et solitaire. Les Mapuche sont toujours des « parias », au mieux des marginaux. Jana a un ami, Paula, jeune travesti qui cherche à se faire embaucher dans un spectacle de Music Hall. Un jour, Paula et Jana trouvent près  du fleuve le cadavre de Luz un ami commun. La police officielle n’aime pas les milieux marginaux et ne veut pas rechercher le tueur.

Ruben Calderon, enlevé jeune en 1976, terrible année de la dictature, rescapé de leurs geôles, y ayant perdu dans d’atroces conditions sa sœur et son père, est devenu détective privé, et s’occupe des disparus et des victimes de cette époque. Ce qui l’entraîne à enquêter sur la disparition soudaine de Maria Victoria Campallo, photographe, fille d’un homme d’affaire puissant, et non sans tache.

Le sort de Luz et celui de Maria Victoria, en principe sans rapport, va rapprocher Jana de Ruben,  et les entraîner l’un et l’autre dans une éprouvante équipée. Ils vont aussi se découvrir des raisons personnelles de se rapprocher, tous deux survivants de persécutions ignobles. Bien que la dictature soit du passé en Argentine, corruption et délinquance règnent encore de façon sévère, en haut lieu.

Un roman policier très bien documenté, sur la dictature argentine et ses retombées, ainsi que sur les coutumes des Indiens Mapuche, et leur histoire. Sinon, l’action est prenante, le suspense bon, la violence omniprésente. Les deux justiciers auront l’occasion de presque mourir une dizaine de fois, laissant des myriades de cadavres derrière eux, avant que le courage et l’amour viennent à bout de l’adversité.

L’histoire d’amour est un peu simpliste, tout de même, et pleine d’envolées lyriques sentimentales. Le contexte politique est bien rendu et l’on apprend l’histoire du peuple Mapuche dont j’ignorais jusqu’à l’existence.

La langue est correcte, il y a de bonnes descriptions.

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 23:54

La tristessedusamourai

Actes sud Noir, 2011.

 

A Barcelone, en 1981, peu après le  putsch manqué, Maria, avocate de renom agonise lentement dans un lit d’hôpital. Un cancer du cerveau. Elle déplore que dans les coupables arrêtés, un certain Publio ne figure pas. Pourtant il est extrêmement coupable et de bien des méfaits. Maria est bien placée pour le savoir. Avant d’échouer dans ce lit, elle a œuvré en vain pour l’appréhender.

Quarante ans plus tôt, en 1941, à Merida, en Estrémadure, une autre femme, Isabel Mola est aussi en très mauvaise posture. Recherchée pour avoir commandité l’assassinat de son mari Guillermo, éminent chef phalangiste, elle veut fuir au Portugal avec son jeune fils Andrés. Hélas Isabel a été trahie par son amant «  Elle crut voir vaciller l’homme et son sourire méphistophélique, cet amer, obscur et néanmoins séduisant prince du néant ».

Là, j’ai commencé à tiquer, à cause des effets de style d’un goût douteux qui sonnent faux; il y en aura un certain nombre…

Isabel a elle-même trahi l’instituteur amoureux d’elle, qui s’est impliqué dans une machination infernale.

Et cela va continuer avec les descendants des trois familles  compromises, qui n’auront de cesse des s‘être tous étripés les uns les autres, sans compter le malheureux jeune soldat qui s’est trouvé là par hasard et sera entraîné aussi dans cet horrible engrenage. Des bourreaux, des victimes, et quelques uns qui sont les deux à la fois.

Quant au samouraï, et son code de l’honneur, il n’est qu’un pâle prétexte pour justifier des tortures et des crimes de la part de dangereux psychopathes.  Je m’attendais à un roman historique, avec des héros concernés par les crimes de leur père. Mais les fils de Guillermo, en particulier, sont  vraiment très nuls !

De l’Histoire, nous avons les  décors, par exemple, la contrée autour de Badajoz, avec le souvenir de massacres, et le pont tristement célèbre où tant de prisonniers furent jetés…

Pas du tout convaincue par cette lamentable boucherie qui se poursuit sur quarante années, la narration s’attardant beaucoup trop sur les descriptions de tortures épouvantables, avec un penchant désagréable pour le voyeurisme. Séquestration, humiliation, viols, exactions commises sur un détenu, mutilations et suicide, meurtres, souffrances diverses, sans compter le cancer en phase terminale qui s’invite, sans raison, car Maria, l’avocate qui tente de rendre justice, n’avait nul besoin de tomber malade pour que s’accomplisse l’intrigue…

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 23:50

Chien de Minuit 9782702424742

Le Masque, 1994, 189 pages.

Un vieux livre pris au hasard dans ma PAL. Qui fut acheté au temps des Francs ( je parle de la monnaie).

Qui avait reçu le prix du roman d’aventures 1994.

Je me méfie, car j’avais lâché Armés et dangereux dès la vingtième page, et deux autres dont j’ai oublié les titres…

 

Un jeune trentenaire romanesque et naïf, comme dans beaucoup de romans de Brussolo. Il s’appelle David et s’est retrouvé à la rue, après avoir été chassé des Editions Sweet Arrows, où il occupait un emploi fictif de secrétaire. Viré pour avoir tenté de se faire reconnaître pour l’auteur de son propre roman… nous sommes à Los Angeles, dans les années 90.

Fragile et paumé, David a survécu, protégé par Ziggy, clochard de longue date. Lorsque Ziggy décide de quitter le bitume  pour les toits d’immeuble, il est obligé de le suivre. Une bande de patineurs des toits les rejoignent. David l’intello doit chausser des rollers et rouler sur les corniches. Pas question de redescendre ! Pour gagner sa croûte, on tire des mouettes au lance-pierre, et on fait des conférences nocturnes pour de jeunes universitaires venus observer et interviewer les « néo-primitifs urbains ».

Ziggy veut absolument escalader la façade du 1224 Horton Street, quarante étages dont le toit est occupé par un centre de loisir pour bourgeois friqués. Une fois là haut il devra au moins taguer ses initiales en lettres énormes…Le dernier type à relever ce défi, a basculé dans la vide aussitôt arrivé, poussé par le redoutable concierge, ancien vétéran du Vietnam, surnommé le Chien de minuit, qui n’en était pas à sa première victime.

Ziggy examine à la jumelle la façade du 1224, et les allées et venues du Chien de minuit afin de préparer son coup, tandis que David, effrayé et excité,  observe la fille d’en face, au trentième étage,  qui ressemble à Louise Brooks…

Voilà un bon thriller, où l’on reconnaît bien la manière de Brussolo, dans ses meilleurs jours : imagination délirante produisant un mélange de réalisme et d’invraisemblances plaisantes, suspens bien rendu, personnages plausibles, et humour.

Sur un sujet similaire ( des jeunes gens qui ont décidé de vivre sur les toits ) et dans une tout autre tonalité on peut lire «  Danger de mort » de Ruth Rendell que j’ai aussi chroniqué.

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