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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 23:44
J'arrive où je suis étranger

 

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

 

Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le cœur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

 

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux

 

Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

 

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps

 

C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie

 

C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

 

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
A l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

 

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

 

 

Louis Aragon

 

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 23:08

Poésie du dimanche.

Publier un poème tous les dimanches est une excellente  idée de Mango!

J'y succombe à mon tour...



I am the one who passes and that nobody sees...
(Je suis celle qui passe et que personne ne voit...)

the one who is called sad and who is not...
(celle que l´on dit triste et qui ne l´est pas...)

the one who cries but does not know why...
(celle qui pleure mais ne sait pourquoi...)

I may be the vision dreamed by someone.
(Je suis peut-être la vision rêvée par quelqu´un)

Someone who came to the world to see me
(Quelqu´un venu au monde pour me voir)

and never met me in my life ! "
(et ne jamais me rencontrer ! ")

je ne sais pas de qui est ce poème ;je l'ai recopié autrefois sur le site de Michel Volkovitch.

Je ne l'y retouve pas! Peut-^tre l'ai-je trouvé ailleurs? Excusez  ce désordre!

Lisez le poème , relisez-le, allez voir Volkovitch et aussi Mango et lisez leurs sites : cela suffira à occuper ce dimanche et d'autres encore!

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 12:44






Quand je vais chez la fleuriste,
Je n'achète que des lilas...
Si ma chanson chante triste
C'est que l'amour n'est plus là.

Comme j'étais, en quelque sorte,
Amoureux de ces fleurs-là,
Je suis entré par la porte,
Par la porte des Lilas.

Des lilas, y en avait guère,
Des lilas, y en avait pas,
Z'étaient tous morts à la guerre,
Passés de vie à trépas.


Je suis tombé sur une belle
Qui fleurissait un peu là,
J'ai voulu greffer sur elle
Mon amour pour les lilas.

J'ai marqué d'une croix blanche
Le jour où l'on s'envola,
Accrochés à une branche,
Une branche de lilas.

Pauvre amour, tiens bon la barre,
Le temps va passer par là,
Et le temps est un barbare
Dans le genre d'Attila.

Aux coeurs où son cheval passe,
L'amour ne repousse pas,
Aux quatre coins de l'espace
Il fait le désert sous ses pas.

Alors, nos amours sont mortes,
Envolées dans l'au-delà,
Laissant la clé sous la porte,
Sous la porte des Lilas.

La fauvette des dimanches,
Celle qui me donnait le la,
S'est perchée sur d'autres branches,
D'autres branches de lilas.

Quand je vais chez la fleuriste,
Je n'achète que des lilas...
Si ma chanson chante triste
C'est que l'amour n'est plus là.

Copié du site http://www.fr musique.ru
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 19:50

 

LES FEMMES

Chant de haine

 

 

 

 

Je hais les Femmes :

Elles me portent sur les nerfs.

 

Il y a les femmes d'Intérieur...

Ce sont les pires.

Chaque instant est ficelé de Bonheur.

Elles respirent avec méthode

Et pour l'éternité se hâtent à grand pas vers la maison

Où il faut surveiller le dîner...

Il y a aussi les douces

Qui disent avec un tendre sourire «  L'argent ne fait pas le bonheur »

Et ne cessent de me faire admirer leur robe

En me confiant : « Je l'ai faite moi-même »...

Et vont épluchant les pages féminines des magazines ;

       Toujours à essayer de nouvelles recettes...

Ah, que je les hais, ces sortes de femmes !

 

Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles.

Les Pelotes de Nerfs...

Elles ne ressemblent pas aux autres et ne se privent pas

          De vous le rappeler.

Il y a toujours quelqu'un pour froisser leurs sentiments,

Tout les blesse... très profondément,

Elles ont toujours la larme à l'œil...

Ce qu'elles peuvent m'enquiquiner, celles-là, à ne parler jamais

          Que des Choses Réelles,

Des choses qui Importent Vraiment.

Oui, elles savent qu'elles aussi pourraient écrire...

Les conventions les étouffent :

Elles n'ont qu'une seule idée, partir...partir Loin de Tout !

Et moi je prie le Ciel : oui, qu'elles foutent le camp !

 

Et puis, il y a celles qui ont toujours des Ennuis.

Toujours.

En général avec leur Mari...

On est injuste avec elles,

Personne jamais ne les comprend, ces femmes.

Elles arborent un petit sourire désenchanté

Et quand on leur parle elles sursautent.

Elles commencent par vous dire que leur lot est de souffrir

         En silence :

Personne ne saura jamais...

Et en avant le déballage...

 

Et puis, il y a les Madame-Je- Sais-Tout.

Elles sont la peste !

Elles savent tout ce qui de par le monde arrive

Et sont au régal de vous en informer.

Il est de leur devoir de corriger les impressions fausses,

Elles connaissent les Dates de Naissance, les Second Prénoms

         De tout un chacun

Et leur être sue la Banalité Factuelle.

Pour moi, elles sont l'Ennui !

 

Il y a aussi celles qui s'avouent Incapables de Deviner

Pourquoi tant d'hommes sont fous d'elles !

Elles vous disent qu'elles ont essayé mais en vain.

Elles vous parlent du mari d'une telle :

Ce qu'il a dit

Et sur quel ton...

Ensuite elles soupirent et demandent :

«  Chérie, en quoi cela d'ailleurs me concerne-t-il ? »

Ne les détestez-vous pas, celles-là, vous aussi ?

 

Il y a enfin celles qui ont toujours le Sourire aux Lèvres.

Elles ne sont pas mariées,

Passent leur temps à distribuer de menus cadeaux,

A préparer de petites surprises,

Elles me conseillent de prendre, comme elles, les choses

         Du Bon Côté.

Ah, que deviendraient elles si elles venaient à perdre leur sens

        De l'humour ?...

Et moi qui brûle de les étrangler !...

N'importe quel jury m'acquitterait.

 

Je hais les femmes :

Elles me portent sur les nerfs.

 

Dorothy Parker ( Hymnes à la haine, tiré de " The Hate Verses"; Phébus,  20002)

 

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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 11:30

 

Né à Coat-Congar près de Morlaix en Juillet 1845, il est le fils d'Edouard Corbière, romancier auteur de romans maritimes bretons ( le Négrier) et capitaine au long cours.

Sa mère s'appelle Aspasie Corbière-père l'a ramenée de ses voyages. Lors de la naissance, Aspasie a 18 ans et Edouard, 50. Ni l'un ni l'autre ne sont bretons d'origine,  contrairement à la légende du «poète breton » que Verlaine inventa.


Toutefois,  Joachim-Edouard Corbière ( Tristan est un pseudo qu'il s'est choisi) vivra à St Brieuc et à Roscoff, y prendra goût, et adore aller en mer. Breton de coeur, c'est parfois mieux que d'origine.

 Malade dès l'enfance, Tristan fait quelques voyages, et  vivra aussi en Italie, à Capri, où il noue une relation avec une femme qu'il nomme «  Marcelle » dans son recueil, une passion non payée de retour. Ses dernières années, il les vit à Paris, avec ladite Marcelle et Rodolphe( l'ami attitré de cette femme), une existence de bohème riche, mais toujours malade, de plus en plus. Il meurt en 1875, il n'a pas encore trente ans. On ne sait pas bien de quoi il souffrait, mais ce mal semble avoir été physique avant tout.


Il publie son recueil  à compte d'auteur en 1873 + neuf poèmes dans « La Vie parisienne ».La Saison en enfer de Rimbaud vit le jour la même année,mais les deux poètes ne se connaissaient pas.

Corbière semble avoir souffert  moralement à cause de sa maladie physique.

En 1884, Verlaine consacre trois articles à Corbière dans son recueil «  les Poètes maudits ». Huysmans y fera allusion dans A rebours. Les Amours jaunes seront réédités en 1891.


Ce recueil de poèmes est profondément désenchanté. La facture classique y est constamment pastichée, ainsi que la manière des grands auteurs tels La Fontaine, Hugo, Lamartine, Malherbe.

Corbière use de la langue d'une façon très libre : onomatopées mots latins anglais italiens espagnols. Il abandonne la ponctuation dans «  cris d'aveugles », coupe les mots vers la fin des vers. Mais dans d'autres pièces il use de nombreuses fois du tiret et du point de suspension.

La typographie est  variée : italiques, majuscules fréquentes.


On pourrait croire que l'œuvre manque d'apprêt de polissage, que le rythme est resté heurté et brut, avant que le poète ait eu le temps de terminer. Mais bien sûr il s'agit d'un choix délibéré.

Le premier jet serait un vers relativement harmonieux et régulier qu'il s'emploie à désarticuler, à bousculer les césures, multiplier les arrêts brusques, proscrivant tout ce qui pourrait engendrer une musicalité.


Les surréalistes aimèrent beaucoup Corbière, et tenaient la « Litanie du sommeil » (véritable bréviaire pour les insomniaques)  pour un exemple d'écriture automatique.

 Personnellement, je ne crois pas que l'écriture automatique puisse rendre aussi bien sur un poème long.


Adolescente, j'ai été immédiatement attirée par le côté antipoésie, anti-lyrisme, vers en miettes, présentation de l'existence comme  survie et provocation. On peut trouver Corbière grinçant et disharmonieux, voire dérisoire, moi je le trouve pathétique et maniant l'humour noir en maître.


Le crapaud:


Un chant dans une nuit sans air...
La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.

...Un chant ; comme un écho, tout vif
Enterré, là, sous le massif...
-Ca se tait : Viens, c'est là, dans l'ombre...

-Un crapaud!-Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue...-Horreur !-

...Il chante.-Horreur !!-Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son oeil de lumière...
Non : il s'en va, froid, sous sa pierre.

.................................................................
Bonsoir-ce crapaud-là c'est moi.


crapaud

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 19:57

 

« Plume » est un recueil de récits qui prend la suite des poèmes regroupés sous le titre "Lointains intérieurs". On peut le trouver dans la petite collection "Poésie" de " Gallimard, pour un prix modique.

Ces récits sont au nombre de 13, Plume en est le personnage principal. C'est un être marqué par son inadaptation sociale. Les situations auxquelles il est confronté le mettent dans l'embarras.  

Si nous prenons le cas de « Plume au restaurant » et Plume voyage, ou encore Plume a mal aux doigts, on le voit placé dans des situations banales qui deviennent étranges, voir comiques par la façon dont elles sont vécues.

 

Ces situation aboutissent au surnaturel ou débouchent sur le fantastique. «  Dans les appartements de la reine » ou encore  La Nuit des Bulgares.

 

Toutes ces situations montrent le héros désemparé, trop poli( «  un serpent tombé d'un régime de bananes rampa vers lui ; il l'avala par politesse..in « L'hôte d'honneur du Bren club »), courtois, étonné, ou indifférent à l'égard de diverses figures de l'autorité. : la police, le couple royal, un juge, un chef de train, un officier de l'armée, un médecin... une épouse, et même des coutumes barbares établies par une instance dont on ne sait rien. Plume est toujours la victime ; dans le meilleur des cas, il ne comprend tout simplement pas.

Ces rapports de force avec l'autorité évoquent les situations chez Kafka. On l'a dit et c'est à juste titre pour une fois.

Excepté le fait que les héros de Kafka multiplient les hypothèses sur les causes et les conséquences possibles des situations qui les gênent, ainsi que les moyens d'y remédier.

A l'inverse, Plume cogite peu. Dans Plume à Casablanca, cependant, il a l'idée de se livrer à toutes sortes de manœuvres pour se faire bien voir de la police mais  en vain ! On ne saura pas ce qu'on lui reproche. Ce texte-là est effectivement très proche de Kafka. De même que Plume au restaurant : il est accusé d'avoir mangé un plat non spécifié sur la carte : non écrit. Ce peut-être une façon de dire qu'il est hors-la-loi  (si la carte des menus  symbolise un écrit juridique fixant les « choses permises »).

 

Dans « les appartements de la reine », Plume semble avoir une relation sexuelle avec la reine. Il n'est pas sans éprouver quelque chose (« Il touche, il tête avec des doigts peu sûrs, et la recherche des réalités le fait trembler... »), Relation évidemment interdite puisqu'il y a un roi. L'allusion fréquente au «  Danemark » (entretenons-nous du Danemark, sa Majesté aime les Danois) fait penser à Hamlet.  Et dans ce cas, il devra tuer le roi qui entre et l'on sera dans une situation œdipienne, comme dans cette pièce.

Sinon comment interpréter ces références au Danemark et aux Danois ? On peut aussi entendre Danois comme « chien », Plume ne serait qu'un  pauvre chien dans l'affaire.

 

Les récits des mésaventures de Plume n'ont pas l'étoffement propre au romanesque. Il y manque les décors et les portraits de personnages. De Plume lui-même on ne sait rien. Pourquoi voyage-t-il continuellement? Où a-t-t-il rencontré une épouse aussi acariâtre ?

L'histoire se résume à une série de question et de réponses, une série de contraintes... Plume se trouve à l'issue, victime d'une nécessité si inattendue qu'elle lui échappe.

C'est un être agi par un destin absurde.

L'étrange, l'absurde des situations vient du fait que l'auteur a banni de chaque histoire tout contexte. Pourquoi faut-il tuer les bulgares (la nuit des bulgares) ? De quoi est-il coupable au restaurant ?

Que s'est -il passé dans sa maison et de quoi est victime son épouse ? ( Un Homme paisible)

Chaque représentant de l'autorité réclame une réponse mais Plume ne sait rien.

 

La dramaturgie est souvent au rendez-vous avec une somme conséquente de mutilations parfois radicales (mort) : 

-Plume a mal au doigt, on le lui coupe. Il reste optimiste.

-Dans l'Arrachage des têtes (Plume n'y joue aucun rôle, il n'y est pas nommé), il semble que     l'on doive offrir des têtes en offrande à un personnage non nommé, qui les réclame et les   recueille sans manifester approbation ni ressentiment. Ce pourrait être un dieu.  Les têtes ne sont pas l'objet d'une grande considération... pas plus que des fruits ou des têtes de clous.

-Dans la nuit des bulgares, on tue des êtres humains.

-Plume arrive dans un pays habité par des culs-de-jatte.

- Une  femme est  découpée en morceaux (un Homme paisible)

C'est le monde de l'inquiétante étrangeté tel que Freud l'a défini (L'Inquiétante étrangeté et autres texte in Folio-bilingue). Freud  prenait l'exemple de «  l'Homme au sable «, dans quoi le héros craignait une mutilation des yeux.

«  Le véritable intérêt de l' »Unheimliche » dans l'homme au sable, c'est le thème de la castration métaphorisée  là par al crainte de la cécité. (L'Homme aux sables « arrache » les yeux).

 

 

Cependant l'absence de contexte et l'aspect élémentaire de Plume laisse à penser qu'il est peut-être responsable, et exprime aussi l'humour, un humour noir qui pourrait faire rire si ces situations étaient mises en scène.

Plume fait songer à Chaplin. Même si dans le contexte où évolue Charlot les situations sont beaucoup plus classiques il les transforme souvent jusqu'à l'absurde. On a bien ici cette façon de raconter des énormités en gardant  le style du constat ou celui de la relation neutre du fait banal. On peut penser au style de Camus dans l'Etranger.

 

Michaux s'est fortement démarqué du surréalisme mais il en reste proche.

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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 16:35
Scarbo
in Pièces détachées.
 

Oh, que de fois je l’ai entendu et vu, Scarbo, lorsqu’à minuit la lune brille dans le ciel comme un écu d’argent sur une bannière d’azur semée d’abeilles d’or !

 

Que de fois j’ai entendu bourdonner son rire dans l’ombre de mon alcôve et grincer son ongle sur la soie des courtines de mon lit !

 

Que de fois je l’ai vu descendre du plancher, pirouetter sur un pied et rouler par la chambre comme le fuseau tombé de la quenouille d’une sorcière !

 

Le croyais-je alors évanoui ? Le nain grandissait entre la lune et moi, comme le clocher d’une cathédrale gothique, un grelot d’or à son bonnet pointu !

 

Mais bientôt son corps bleuissait, diaphane comme la cire d’une bougie, son visage blêmissait comme la cire d’un lumignon,- et soudain il s’éteignait.


 

 

La nuit et ses prestiges pièce n° 7
Un Rêve

En exergue « j’ai rêvé tant et plus mais je n’y entends note » Pantagruel livre III

Il était nuit. Ce furent d’abord,- ainsi j’ai vu, ainsi je raconte,- une abbaye aux murailles lézardée par la lune, - une forêt percée de sentiers tortueux, - et le Morimont grouillant de capes et de chapeaux.

Ce furent ensuite,-ainsi j’ai vu, ainsi je raconte,- le glas funèbre d’une cellule, - des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque feuille le long d’une ramée,- et des prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnaient un criminel au supplice.

Ce furent enfin,- ainsi s’acheva le rêve, ainsi je raconte,- un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, - une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d’un chêne.- Et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue.

Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente, et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d’innocence, entre quatre cierges de cire.


Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s’étaient éteintes sous des torrents de pluies, la foule s’était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides,- et je poursuivais d’autres songes vers le réveil.
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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 16:30

Gaspard-de-la-nuit.jpgNé le 20 avril 1807, il y a deux cents ans ajourd'hui, sous le nom de Louis Napoléon Bertrand, dans le Piémont, d’un père français, militaire, et d’une mère italienne, Aloysius BertrandJ’aime Dijon comme l’enfant, la nourrice dont il a sucé le lait, comme le poète, la jouvencelle qui a initié son cœur »)  émigra très  jeune à Dijon qui est sa ville d’adoption, et source d’inspiration principale. 

 Tenta sa chance à Paris sans vrai succès. Réussit à intéresser le sculpteur David d’Angers et le grand Sainte-Beuve.

Considéré comme le créateur du poème en prose, il écrit pendant sa courte vie (34 ans tout juste) « Gaspard de la nuit : fantaisies à la manière de Rembrandt et Callot » qui furent publiées en 1842, à titre posthume, avec une préface de Sainte-Beuve.

 

Ce recueil de poèmes en prose fut d’abord intitulé «  Bambochades » et se compose de six livres, qui comprennent chacun 6 à 11 poèmes.

Le recueil le moins cher est actuellement l’édition de Gallimard (Poésie) de 1980, dont on peut encore trouver des exemplaires à 3 euros chez Gibert. Le recueil est pourvu de notes conséquentes et d’une préface de Max Milner.

 

Chaque livre a une unité thématique : « Ecole flamande » (imitation en prose des scènes de genre des tableaux de cette époque) 

«  La Nuit et ses prestiges » (traitement du clair-obscur)

« Espagne et Italie » ( prétexte à des scènes de carnaval où l’on croise des masques inquiétants)

«  Les Chroniques » « Le Vieux Paris » (scènes urbaines) «  et «  Silves »( scènes champêtres).

 

Gaspard de la nuit est aussi le titre du prologue dans lequel Louis Bertrand dit comment il  a rencontré Gaspard,  un  étrange personnage parti à la recherche de l’art et qui a ressenti le frisson poétique à entendre rire une gargouille, une monstrueuse figure de damné attachée au flanc d’une cathédrale et en a conclu « puisque dieu et l’amour sont la première condition de l’art-ce qui dans l’art est sentiment- Satan pourrait bien être la seconde condition-ce qui dans l’art est idée ». Il donne  au narrateur  un manuscrit dont il laisse entendre par des paroles sibyllines qu’il est plein de diableries  avant de s’enfuir en ricanant.

Il a essayé de créer «  un nouvel genre de prose » dit-il dans une lettre à David d’Angers en septembre 1837.

Pour la forme, il s’inspire d’un auteur régional qui restera inconnu, lequel écrivait des poèmes en prose  longs et décousus. Bertrand en a changé la thématique et resserré la forme pour rendre des scènes d’allure énigmatiques où l’essentiel reste implicite.

Ces poèmes prennent place dans le genre de la prose poétique prisée depuis le 17eme siècle et épousent la forme de la ballade à cause de leur division en couplets de 5 à 7. Ils restituent aussi l’atmosphère de ce type de poème par leur tonalité et le langage médiéval.

Le Moyen âge exotique est très prisé par les romantiques et Bertrand exploite cette veine, mais il s’inscrit aussi dans une tradition picturale (« Combien de pinceaux j’ai usé sur la toile »dit Gaspard dans le «  prologue ».

 

1) Rembrandt : «  Faire naître la vague aurore du clair-obscur », savoir traiter la lumière . Cela signifie essentiellement pour Bertrand utiliser l’imparfait ou le présent qui étirent la durée ou figent la scène :

«  Des lampes sont allumées dans les tentes au chevet des capitaines morts l’épée à la main »

(La nuit après une bataille)

«  La nuit et ses prestiges »en  est le morceau de choix le plus souvent cité sans doute le plus réussi.   

 Il se sert des contrastes : rêves, hallucinations visuelles, bruits entendus, magie des apparitions surgies de la nuit, référence aux contes.( Ondine )

Dans cette  célèbre « Ondine » la sophistication du langage se mêle à la spontanéité de l’invocation : «  Ecoute ! Ecoute !c’est moi Ondine qui… »

 

Le fantastique médiéval est lié au lexique autant qu’à la thématique : on recherche le maximum d’archaïsmes. Certains ont reproché à Bertrand l’artificialité de ses poèmes un art trop travaillé et surfait : d’autres les ont loués pour les mêmes raisons : les artifices explicites servent ici à créer un autre monde.

 

Callot : c’est la recherche du grotesque, burlesque et farfelu genres qui créent aussi l’inquiétante étrangeté par d’autres moyens.

«  Les Cinq doigts de la main » sont les membres d’une famille qu’on n’aimerait pas fréquenter. Détails triviaux, humour féroce, macabre.

 

A. Bertrand est un faux romantique : il ne doit rien à l’abandon, à l’épanchement ni à  l’effusion sentimentale.

Il est tout occupé de la forme, pratique l’art de la pointe, le dépouillement la simplicité plus proche de l’esthétique classique. 

 
 
 
 
 
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30 mars 2007 5 30 /03 /mars /2007 14:41
DEMOCRATIE.
 
 

« Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour.

 

« Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques.

 

« Aux pays poivrés et détrempés !- au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires.

 

« Au revoir ici, n’importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorante pour la science, rouée pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C’est la vraie marche. En avant, route ! »

 
Rimbaud « Illuminations ».



On me dit que Sarkozy cite Rimbaud.
Aurait-il cité ces lignes au premier degré?


La première publication de démocratie , c’est 1886 dans le magazine Vogue en même temps que  d’autres proses. Le manuscrit original n’est pas consultable.

Le texte peut être considéré comme politique comme «  après le déluge » ; rimbaud s’y montre concerné par les discours idéologiques.

 
 

 Le texte  est placé entièrement entre guillemet, le titre excepté,  comme s’il s’agissait déjà d’une citation, nos voyons donc que le je du texte n’est pas celui de l’auteur, qu’il prend ses distances.

Le « je » du texte est un « nous » c’est là une communauté, une foule,  dans quoi l’auteur ne se compte pas.

 
On peut considérer  que le poète s’exprime ainsi :

 voila ce que j’entends dire à propos de  votre démocratie,voila en quoi elle consiste :  un discours communautariste,  qui parle au nom du  peuple et qui montre le peuple comme une force bestiale tout entière prête à massacrer l’esprit ( les révoltes logiques, la philosophie). Un discours foncièrement bête et qui promeut la bêtise( ignorants pour la science,roués pour le confort). Ce discours je le reproduis tel que je l’entend.

 
Notre patois : c’est le paysan, le patriote, le réactionnaire qui est  interpellé ; c’est  en son nom  que les  hommes politiques prétendent parler.

Ainsi que les «  Conscrits du bon vouloir »  soit  les soldats, le peuple des soldats, les appelés, pas les élus…

 

 Ceux qui font des discours au nom du peuple répandent  des paroles de violence, perversion, répressions : philosophie féroce, cynique prostitution (à prendre aussi au sens figuré), massacrer les révoltes, étouffer

 

Le lexique est celui de la violence et aussi de l’armée : drapeau, tambour,  massacre, militaire, crevaison.

 

Les pays poivrés, détrempés : sont les pays tropicaux que l’on colonise et où l’on envoie les insurgés en taule ( soit par exemple Louise Michel en Nlle Calédonie après la Commune de Paris).

 

Ce texte ressemble  à « Mauvais sang », d’ »une saison en enfer » sauf que dans Mauvais sang , Rimbaud parle en son nom, exprime son propre désarroi, face à ce qu’offrent les dirigeants pour le citoyen qu’il est.

Ici,il imite le discours dominants qui prétend s’appuyer sur le peuple mais en rendant ce discours excessivement provocateur et nihiliste , ce qu’il est en réalité.

 
 
 
 
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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 22:23
mansour.jpgUn autre poème pour la Saint-valentin!


Je ne veux plus

Je ne veux plus de votre visage de sage

Qui me sourit à travers les voiles vides de l?enfance

Je ne veux plus des mains raides de la mort

Qui me traînent  par  les pieds dans les brumes de l?espace

Je ne veux plus des yeux mous qui m?enlacent

Des cratères qui crachent leurs spermes froids de fantômes

Dans mon oreille

Je ne veux plus entendre les voix chuchotantes des chimères

Je ne veux plus blasphémer toutes les nuits de pleine lune

Prenez-moi comme otage comme cierge comme breuvage

Je ne veux plus maquiller votre vérité

Je ferais le grand écart pour vous impressionner

Seigneur.

Joyce Mansour. Déchirures, 1955.


  "poète française d'ascendance égyptienne, Joyce Mansour est née en 1928 à Bowden en Angleterre. Élevée en Angleterre, elle la quitte pour la France en 1956. Elle est proche du mouvement surréaliste et d?André Breton, André Pieyre de Mandiargues, Henri Michaux, Pierre Alechinsky. Son ?uvre se caractérise par un ton sombre, un érotisme cruel et un humour noir. Roberto Matta, Hans Bellmer, Wilfredo Lam, Pierre Alechinsky entre autres, illustrèrent ses poèmes. En 1991, l'éditeur Hubert Nyssen, Actes Sud,  a rassemblé tous ses écrits avec l'aide de son mari, Samir Mansour. Elle est morte en 1986." In Poézibao
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