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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 23:24

Gallimard, 2017, 212 pages ( 1ere publication en 2016)

Tout comme François Weyergans ( La vie d’un bébé, publié dans les années 80) Mc Ewan fait du fœtus, le narrateur du roman. Je n'ai pas accès à ce roman, déjà ancien, sinon j'aurais comparé la façon dont les deux auteurs mettaient les fœtus en scène. 

Ici, il s’agit d’une parodie d’Hamlet, on le sait dès l’exergue, et le couple engendreur du futur bébé ce sont la mère et le  beau-père de l’infortuné foutu fœtus. D’ailleurs, ils portent les mêmes noms ( Trudy, gentil pseudo pour Gertrude, et Claude) que dans la tragédie de Shakespeare.

Ce couple est installé dans une maison londonienne et géorgienne, de prix, mais délabrée et pas du tout entretenue, qui appartient au père du narrateur. Trudy est une belle femme avec de longues tresses blondes savamment enroulées : complètement amoureux déjà, notre fœtus l’imagine ; d’après ce qu’il entend dire, elle ressemble à … je vous laisse deviner.

Trudy et Claude complotent pour assassiner le père ; pas de quoi nous étonner on a déjà vu cela.

Le fœtus, lui, est carrément savant ( il écoute la radio et la télé toute la journée avec sa mère et ce n’est pas TF1 ni Chérie FM…) bref c' est déjà un citoyen avisé sur l’état du monde et pourvu d’une excellente culture générale , notamment en œnologie. Trudy et Claude boivent beaucoup et d’excellents cépages.

Si bien qu’on plaint, le petit drôle, qui, à peine né, devra téter du lait ! Il sera déçu et dégrisé… se dit-on, sauf s’il reste avec sa mère et le même accès aux bons vins (mais il y a peu de chance…).

Ian Mc Ewan a réussi la gageure de mettre le fœtus en situation, grâce à de nombreux détails réalistes sur son ressenti physique, dont certains sont amusants ; par ailleurs, il ne voit rien, mais entend tout, imagine ce qu’il ne voit pas, interprète le moindre petit son, grincement de porte, goutte d’eau qui tombe, vêtement qui glisse,  le moindre silence des protagonistes, bref il a tout pour être détective.

La mélancolie hamlétienne ne lui fait même pas défaut «  la courageuse communauté que je vais bientôt rejoindre, cette noble congrégation humaine, ses coutumes, ses dieux et ses anges, ses idées enflammées et sa géniale effervescence ne me font plus vibrer. Un poids alourdit le voile qui enveloppe mon corps minuscule. A peine s’il ya en moi de quoi fabriquer un petit animal, et encore moins un homme. Je suis prédisposé à une stérilité mort-née, puis à la poussière »

L’écriture est élégante, soignée, ironique, et la réussite de cette parodie serait totale si le lecteur pouvait être quelque peu surpris ! Mais ce récit brillant reste très attendu dans son déploiement, et sa chute, le héros l’a trop bien imaginée, et elle se déroule  comme prévu ! Dommage…

 

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 23:02

Christian Bourgois 2017, 173 pages.

Titre original Weit über das Land

Un soir, comme tous les autres semble-il, Thomas, marié père de deux jeunes enfants, un travail sans histoire, retour de vacances en Espagne, va quitter sa famille, après le verre de vin du soir, son épouse étant montée pour coucher les enfants.

Il s’en va comme pour une promenade de santé, mais sans savoir où il va ni pourquoi. Très vite, on a le sentiment ( et lui aussi) qu’il ne veut pas être vu des voisins, donc qu’il n’a pas l’intention de revenir de suite.

Passe la nuit dans une forêt, continue à se cacher le lendemain, commence à vivre de rapines… il est parti pour de bon, et ne voulant pas rejoindre un lieu ni une personne, on s’interroge sur ses motivations. Partir à l’aventure, lâcher prise, rechercher la solitude. Thomas veut traverser le lac de Zürich , car de l’autre côté, c’est plus calme, et on ne le connaîtra pas. Evitant les endroits peuplés, il passe pour un randonneur s’équipe adéquatement, s’enfonce dans la montagne…

Astrid, sa femme, s’aperçoit à peine de son départ, les premières heures, puis se demande «  Qu’est-ce qui aurait pu se passer ? La veille, il avait été comme d’habitude. Même pendant les vacances, elle n’avait rien remarqué de spécial, au contraire ce la vait été deux semaines d’harmonie inhabituelle. »

Thomas «  c’était quelqu’un de très équilibré, un individu moyen, comme il disait parfois »

Bientôt, elle comprend que Thomas ne reviendra pas, »cela faisait un mois que Thomas avait disparu. Astrid se doutait depuis le début qu’il ne reviendrait pas » et en même temps, elle est sûre de le revoir un jour… c’est un peu le lot des personnes qui ont perdu un être cher (ou simplement proche).

Les deux narrations d’Astrid et de Thomas, sont alternées, et on a l’impression qu’ils cheminent de concert. Elle, avec ses enfants qui posent des questions, des policiers qu’elle convainc de rechercher Thomas.

Jusqu’à un moment particulier, à partir duquel Astrid doit accepter l’inéluctable et se réfugie dans le déni (mais d’autres lectures sont possibles).

Un texte énigmatique, (comme c’est presque toujours le cas chez cet auteur) le style simple et précis, impose une ambiance sinon plusieurs, avec quelques descriptions prosaïques, mais assorties de sentiments particuliers de la part des protagonistes, (l’impression que l’espace se contracte ou se rétracte dan une pièce, dans un champ) impression que tout ceci n’est qu’un spectacle et qu’il joue un rôle (Thomas pendant sa cavale), et un ensemble, il faut le dire,  déconcertant, qui donne à réfléchir….

 

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 23:03

Folio, 428 pages. 2015

( Oorlog en terpentijn, 2013)

L’auteur raconte la vie de son grand-père, Urbain Martien ( prononcez Martine) , originaire de Gand, dont la vie fut marquée par la guerre et l’art pictural. Se servant des mémoires de cet homme, il s’exprime tantôt à la troisième personne, tantôt à la première, et souvent au présent, pour exalter la vie qui palpite dans son souvenir du défunt.

D’abord éprouvé par une enfance de pauvreté, mais satisfait de ses parents : sa mère Céline est pour lui la plus belle femme du monde (et le restera) ; son père est peintre de fresques d’église : il restaure les peintures d’établissements religieux ; il gagne peu et son asthme que tourmente la térébenthine n’arrange rien.

Urbain aide son père  et prend goût à l’art pictural, apprend à dessiner, travaille dans une fonderie, puis s’engage dans l’armée. En 1914, il y est toujours, et va au front pendant toute la grande guerre, blessé plusieurs fois, toujours renvoyé au casse-pipe. Son expérience est à peu près la même que celle du soldat allemand engagé sur les conseils de son prof dans A l’ouest rien de nouveau, (on pense souvent à ce roman)  sauf qu’Urbain subit plus longtemps le conflit, dont les péripéties et les souffrances sont davantage développée.

Il fait aussi l’objet  d’un racisme anti-flamand de la part des Wallons !  En dépit de ses bons services, il n’obtient qu’une modeste pension militaire.

les années 30 et 40 le voient atteint d’une sorte de maladie mentale ( venue ou aggravée par le traumatisme de guerre). Il peint comme son père, mais sans en faire un vrai métier, et devient copiste de tableaux amateur. Il a assimilé en autodidacte beaucoup de notions de peinture ancienne, admire Rembrandt et Dürer et la Vénus de Vélasquez «  la nudité de la Vénus de Vélasquez, si naturelle, et chaude et désinvolte, le calme même, total, de ce corps alangui, princier, cela ne pouvait exister que dans la peinture , seulement et uniquement dans le réconfort de la peinture » ; on s’en doute cette Vénus représente la femme qu’il n’a pas connue, et en copiant le portrait il ajoute des détails personnels.

Le livre aurait pu s’intituler Guerre et paix, tant les périodes apaisées voire heureuses de l’existence de cet homme correspondent aux moments où il dessine et peint. Et comme il réussit à dessiner même dans les tranchées, on peut dire que sa capacité à résister au pire force l’admiration.

Le style est  travaillé, riche,  parfois inspiré, et l’on s’attache à ce personnage.

Pourtant,  l’auteur ( le petit fils ) considère le lecteur, davantage comme un membre de la famille, que comme un simple lecteur, et nous donne des informations et des précisions qui ne pourraient intéresser que ses proches. D’où un relatif ennui bien qu’il y ait beaucoup de belles pages.

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 11:12

Gallimard, 2017,  480 pages.

Après un prologue qui nous propulse de nos jours, et nous montrent Lila et Lenu sexagénaires, et toujours en train de se quereller, retour à la fin des années 60.

Lila et Lenu ont 24 ans, et l’on aborde la période troublée de 1968 ; Lila a quitté son mari Stefano et vit avec Enzo, sans relations sexuelles. ils élèvent  le fils qu’elle croit avoir eu avec Nino : A mesure qu’il grandit, elle le trouve ressemblant à Stefano! 

Ayant quitté la relative aisance matérielle de sa première union, elle se fait embaucher dans une usine de salaison dirigée par un  ancien copain de leur quartier .C’est un petit patron mais despote et exploitant au maximum les ouvriers ; en acceptant de venir témoigner contre les conditions insupportables de la vie en usine,  Lila se met en danger, et déclenche une série de mouvements violents  de révoltes, auxquels participent Pasquale Peluso et Nadia la fille de l'enseignante, tout deux engagés dans les luttes sociales. Lila leur reproche de ne pas se mouiller ( et ils se souviendront de la leçon…) .

Prise entre les fascistes, dont font partie la famille Solara et le fils du pharmacien, les ouvriers (les uns prêts à la révolte, les autres soumis ne voulant pas d’histoires), et les communistes qui veulent aider et finissent par faire davantage que rédiger des tracts, Lila finit par se terrer chez elle en proie à des troubles psychosomatiques, et elle appelle Lenu à son secours.

Mais Lenuccia sera mal récompensée de ses bons services : là-bas au quartier tout le monde l’admire d’avoir réussi et la rejette aussi bien. Et Lila fait de même.

La suite, c’est le mariage et la vie conjugale de Lenuccia : son mari est vraiment quelqu’un de bien (elle a échappé aux crétins frustes et souvent violents de son quartier) mais bien de choses, pourtant , les séparent...

Un tome 3 qui est un peu long. Comme dans le précédent, ce sont les histoires d’amour qui traînent en longueur,  irritent par des répétitions de phrases et de situations trop convenues. Les rencontres de Lenu avec des féministes, sont bien de ce temps ; leurs idées ont vieilli mais portent en germe les revendications actuelles.

L’aspect roman de mœurs est bien vu. Ce que j’ai préféré dans cet opus c’est le parcours de Lila qui m’a semblé plus original que celui de son amie.

On admire la façon dont les deux filles se tirent d’affaire, celle qui ne réussit pas à quitter le quartier et celle qui est partie. L’une comme l’autre ont un caractère bien trempé et savent lutter contre l'adversité.   le quartier de leur enfance est à la fois une communauté qui les a façonnées, et un piège qui se referme sur elles. Lorsqu’elle y retourne, Lenu est à la fois maltraitée, et bien reçue.

Dans ce récit, il est souvent fait allusion au dialecte du quartier de Naples dont elles sont originaire; de la façon, dont elles en jouent, tantôt le reparlant ( exprès ou inopportunément) tantôt l'abandonnant pour l'italien correct. Mais en français, ce dialecte n'est pas rendu : il se limite à quelques onomatopées , tournures simplifiées, et l'ambiance de cet autre langage nous manque.

 

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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 21:37

Denoël (Sueurs froides), 334 pages.

C’est l’histoire de plusieurs femmes qui se retrouvent un jour ou l’autre sans-abri, et parquées de force par « les autorités » dans un cimetière de voitures «  la Casse » ; le gouvernement a décidé qu’aucun sans-abri n’errerait dans le pays, et n’a trouvé mieux que de les enfermer dans cette sorte de bidonville : la Casse. Surveillés par des gardiens armés et autorisés à en découdre.

Chaque entrant se voit attribuer un véhicule accidenté dans lequel il va loger ; pour se nourrir, il faudra travailler dans les champs, ou, comme Ada, la vieille Afghane qui est là depuis longtemps, s’occuper des malades à l’aide de ses potions préparées avec des herbes. Elle a un statut à part, considérée un peu comme une magicienne. Plusieurs jeunes femmes vivent autour d’elle comme une sorte de communauté. La dernière venue c’est Moe, une jeune femme venue des îles, qui a suivi Rodolphe promesse d’une vie meilleure. Mais cette vie fut pire,  et Moe finit à la Casse avec son bébé.

Malgré la sympathie et l’entraide des autres femmes, Moe voudrait échapper à cet affreux destin, surtout pour son fils. Elle accepte de se prostituer, de transporter de la drogue, pour se faire plus d’argent. Car avec une forte somme, on peut payer le droit de retrouver sa liberté…

Dans ce dernier opus, l’auteur m’a nettement moins séduite que dans les précédents. Son écriture, toujours très soignée, est moins nerveuse, moins inspirée. Les histoires des femmes autour d’Ada et Moe finissent par se ressembler, et l’auteur appuie avec complaisance sur l’horreur de leurs situations, multipliant les détails atroces, inutiles pour bien comprendre. L’histoire de Moe et celle d’Ada suffisaient au propos, les autres, on pouvait les évoquer en quelques lignes, mais elles s’étalent,  et je les ai endurées tant bien que mal.

La «  Casse » est une possibilité qui transforme le récit en « science-fiction »; cela correspond à un gouvernement totalitaire, mais  nous n’avons pas d’autres  renseignements sur ce qu’est devenue la France. Au lieu de s’appesantir sur quelques destins, l’auteur aurait dû imaginer la situation politique et sociale dans son ensemble, de cette  société qu’elle situe dans

un avenir proche.  

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 23:06

Deux siècles exactement que Jane Austen disparaissait...fêtons-là, relisons-là!

j'ai opté pour " Emma " car, les autres " Austen" disponibles, et pas encore lus, étaient des romans épistolaires, une forme de narration que je ne goûte guère.

 

 

LP, 1996, 512 pages.

1ere publication, 1816.

Dans le Surrey, à quelque 30 kms de Londres, le domaine d’Hartfield, la jeune Emma s’ennuie à mourir, avec son vieux papa hypocondriaque. Sa gouvernante et amie vient de se marier, et se consacre désormais à sa vie d’épouse, tout en espérant un bébé. Cela a créé un vide dans l’existence routinière d’Emma… bien qu’elle soit persuadée d’avoir été l’instigatrice du mariage de miss Taylor !

Emma se fait une nouvelle amie, Harriet Smith, une toute jeune fille, orpheline, fille naturelle « de quelqu’un » qui habite chez son institutrice, jusqu’à ce qu’elle trouve un mari.

D’après Emma qui adore les intrigues, Harriet peut et doit prétendre à un mariage très avantageux ; elle le mérite, et si ça se trouve son père est quelqu’un de prestigieux qui n’attend qu’une occasion pour la doter.

Harriet est très influençable, et davantage une victime qu’une amie pour Emma ; elle la persuade que le pasteur est amoureux d’elle, et tente de manœuvrer pour que ce mariage se fasse. Ses manigances échouent, elle jette alors son dévolu sur un autre prétendant, Pour la satisfaire, la gentille Harriet a dû renoncer à un candidat qu’Emma ne jugeait pas assez bien pour elle !

En suivant les intrigues fomentées par Emma, nous croisons une multitude de personnages dont les plus intéressants sont l’arrogante vulgaire et stupide Mrs Elton, que le pasteur a finalement épousée, le frivole et galant Frank, la belle et discrète Jane Fairfax, de noble origine et éducation, mais sans fortune, sa nièce Mrs Bates, une grande bavarde qui passe d’un sujet à un autre sans continuité, et le pauvre père d’Emma qui vit dans la crainte continuelle d’un refroidissement, ou d’un empoisonnement par la nourriture. N’oublions pas George Knightley le beau-frère d’Emma, réaliste, très critique à son égard « qui passe le temps à lire ou faire sa comptabilité » et rechigne à danser lorsqu’il ne peut se soustraire à un réception…un personnage plutôt sévère mais son patronyme (Knight) laisse entrevoir plus de romantisme que prévu…

Il ne se passe pas grand-chose dans le récit, pourtant, lorsque Frank arrive chez Mr Weston, son attitude en fait un personnage énigmatique dont on ignore les intentions réelles. De même la belle Jane, que va-t-elle devenir, et ce piano qui lui est livré, de quel correspondant mystérieux ? Pour le reste, on sait à quoi s’en tenir des mariages qui se feront, classiquement, à la fin du livre.

Emma est avant tout un roman de mœurs, agréable à lire, un peu long dans sa dernière partie.

 

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 23:40

Minuit, 2017, 173 pages.

L’intrigue du roman tient en peu de lignes, elle est tout entière résumée dans la 4me de couverture ; l’homme appelé Kermeur narrateur du récit, a investi une forte somme dans l’achat d’un appartement devant être construit dans les deux ans par un promoteur immobilier ( Lazenec) venu apparemment pour construire des immeubles avec vue sur la mer.

Mais si le vieux château a bien été détruit, le complexe immobilier, censé relancer la croissance dans une petite ville plombée par le chômage, n’a jamais vu le jour… Lazenec est donc un escroc, mais chose curieuse, il est resté sur place, n’a jamais été inquiété.

Et donc, Kermeur , le roman débute ainsi, a précipité le soi-disant promoteur dans l’eau, le regardant se noyer.

Ce premier chapitre (la noyade de Lazenec) est d’un humour réjouissant, même si retenu ( ce sont les sternes qui rient de voir le type se noyer, et les mouettes qui pourraient raconter l’histoire…)

 

C’est aussi le début d’un dialogue entre le narrateur et le juge qui instruit l’affaire. Peut-être est-ce un dialogue fictif inventé par Kermeur en lieu et place de celui qui aura lieu, pensé-je au début de ma lecture ?

Car, aucun accusé ne parle à un juge comme Kermeur le fait, et aucun juge ne réagit non plus comme celui-là…

Pourtant,  la suite nous fait entrer dans l’histoire, et le lecteur s’identifie au juge, il écoute de la même façon que lui, le déroulé du récit, et comment, non seulement Kermeur, mais toute une ville s’est fait rouler et ruiner en quelque années de temps.

Et Kermeur qui ne cesse de se demander comment il a pu se laisser séduire par ce Lazenec à qui il ne faisait même pas confiance, car Kermeur a toujours été socialiste, et il voyait parfaitement en Lazenec le capitaliste véreux... il n'aimait pas non plus les futurs grands immeubles, et préférait ce vieux château dont il était le gardien; et surtout, il avait ce projet d'acheter un bateau avec son indemnité de chômage...comment il en est arrivé à faire le contraire de ce qu'il voulait, de ce en quoi il croyait...

Malgré l’humour et l’ironie toujours sous-jacente, beaucoup de passages sont dramatiques. Dans ce registre,  J’ai aimé la soirée de la cuite prise avec le maire, et le passage où l’on voit Kermeur, au cours d’une fête foraine, s’accrocher à la grande roue, qui emmène son fils, la grande roue de l’infortune…

Le style est un mélange de réalisme vif, notamment dans les dialogues, et de rêverie sur le temps et l’espace de cette presqu’île bretonne ; ces rêveries englobent aussi l’espoir qui a saisi les malheureux riverains à la vue de la maquette que Lazenec a présenté : «  les Grands Sables »  seul résultat palpable du projet de transformation de la ville.

« Maintenant je vous raconte ça comme si j’avais eu les clefs en main dès le début mais bien sûr pas du tout, j’étais aveugle comme saint Paul après sa chute de cheval ».

Cette comparaison vient couronner le premier contact qu’il a eu avec Lazenec, lui parlant d’appartement, avec vue sur la rade, et de « rendement » . Curieuse comparaison qui fait de l’escroc l’équivalent de Dieu, persuadant Paul de se convertir au christianisme. Il y eut aussi «  les petits costumes de flanelle… on aurait dit comme des témoins de Jéhovah venu expliquer la Bible. Sauf qu’en guise de Dieu ils avaient Lazenec ».

Lui, Kermeur a traité directement avec Lazenec, devenu Judas  « à force donc, il m’a même appelé par mon prénom, et à force encore, oui, il a fini par m’embrasser ».

Les métaphores bibliques nous suivent jusqu’à la fin « souvent quand je respire l’air libre de la mer…je récite à voix haute les lignes de l’article 353, comme un psaume de la Bible écrit par Dieu lui-même… ».

C'est donc aussi l'histoire d'un homme qui aurait voulu pêcher dans un bateau lui appartenant, et se retrouve à pécher comme dans la Bible...

 

 

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 05:25

Albin Michel, 2012, 320 pages

Titre original : Bereft, 2010 (Australie)

 

Flint, petit village dans le bush, assez loin de Sydney.

Accusé d’avoir violé et assassiné sa sœur Sarah, dix ans auparavant, Quinn s’était enfui pour échapper à la vindicte populaire, puis engagé sur le front de Turquie, pour survivre ou mourir…

Revenu gazé à moitié, et plus ou moins sourd, affecté d’une vilaine cicatrice à la mâchoire, décidé à venger sa sœur,( il sait qui est le coupable) se pensant peu reconnaissable mais néanmoins il se cache et il est armé. Il a vingt six ans, ce n’est plus un gamin…

Il rencontre Sadie Fox ; une fillette du village, elle aussi traverse une très mauvaise passe.

Son père s’est enfui, sa mère est décédée de la grippe espagnole ( on appelle cette maladie épidémique « la peste ») et son frère n’est pas revenu de la guerre. L’assassin  de Sarah, devenu policier en chef du village, traque cette orpheline, bonne aubaine pour lui, au prétexte de la placer en orphelinat…

Quinn et Sadie, bon gré mal gré, s’associent pour leurs survies respectives.

Quinn réussit à aller voir sa mère, atteinte de la grippe espagnole, alitée, et à communiquer avec elle. Elle ne l’a jamais vraiment cru coupable…

Souvenirs de guerre comme le roman précédent, soldats engagés, revenus blessés physiquement, et traumatisés. Quinn délire souvent, et il finit par confondre Sadie avec Sarah, bien qu’il sache que ce n’est pas elle. Personnalité plus ou moins dissociée, il est tantôt réaliste et lucide, tantôt délirant, encore plongé en pleine guerre ou revivant son enfance. Sadie douze ans, veut vivre, sait se battre, a aussi édifié pour sa stabilité psychique, une série de rituels tenant d’un occultisme personnel et de ce qu’elle sait du christianisme. Ce personnage est très attachant et bien composé. Quinn me plaît aussi. L’ensemble est satisfaisant, quoique je déplore une tendance à la sentimentalité…  

 

 

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 09:06

Seuil, 2013, 411 pages

 

Titre original : Clearing

Au début du 20eme siècle, une scierie en Louisiane près de la petite ville de Poachum, où l’on travaille sur une grande forêt de cyprès chauves.

Le chantier c’est le père de Byron, de Pittsburgh en Pennsylvanie,  qui l’a acheté, ayant appris que son fils s’y était établi comme constable ( agent de sécurité). Parti faire la guerre en Europe sur l’ordre de son père, Byron en est rentré, traumatisé surtout psychiquement. Il n’ plus de contact avec sa famille. Le père envoie Randolph le cadet, diriger l’exploitation.

Le récit relate la vie du chantier pendant la durée de l’exploitation ( environ 4 ans). Tout d’abord, les retrouvailles des deux frères, et l’évolution de leur relation. Randolph a toujours eu de l’admiration pour son aîné, qu’il juge supérieur à lui, comme son père, dont il est le préféré.

Il doit faire face à une importante transformation du comportement de Byron, dû à ce qu’il a enduré pendant le guerre. De la violence, du désespoir, et cette façon de se consoler avec les chansons sentimentales sur son pick-up.  

Le problème essentiel de la scierie, c’est le saloon qui ouvre tous les dimanches ; les ouvriers s’y saoulent, jouent leur paie aux cartes, et des rixes éclatent dues au fait que le patron Buzetti ( affilié à la mafia sicilienne) envoie des gens de sa famille pour tricher et fomenter l’agitation. Les ouvriers se querellent aussi à propos des prostituées. Enfin, ils sont violents, parce qu’exploités, mal payés, vivant dans des conditions misérables. Randolph en est conscient, mais il na va pas changer le monde… l’améliorer peut-être.

Il faudrait fermer le saloon, mais Buzetti et sa bande menacent et n’hésitent pas à se venger, lorsqu’on veut les empêcher de nuire.

La violence et la corruption sont des sujets au cœur du roman, comme dans les Disparus ; s’y adjoignent aussi le racisme : la jeune gouvernante métisse de Randolph, voudrait partir vers le nord, s’émanciper et « avoir un enfant tout blanc ». On la comprend, vu la façon dont les noirs sont méprisés, et séparés des blancs pour tout ce qui fait la vie ordinaire.

En ce début de siècle, il est normal d’exploiter les forêts ; pourtant, il arrive à de nombreuses reprises à nos héros, de regretter l’abattage de ces magnifiques arbres.

Tout aussi intéressant que « Nos disparus » ce roman d’être connu davantage. A la bibliothèque, les deux romans parus de Tim Gautreaux ne sont jamais empruntés, et c’est dommage.

Tim Gautreaux est vendu comme « le Conrad du bayou » ce qui est plutôt inexact. Le monde de Conrad est complexe, retors, et ambigu, pas celui de ce romancier. Ces récits sont intenses,  foisonnants, mais clairs et nets. Tout y est expliqué, il n’y a ni non dits, ni zones d’ombre.

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 09:39

Laffont ( Pavillons), 411 pages.

 

Voisine d’Eilis ( in Brooklyn) qui est partie faire sa vie aux USA, Nora Webster, restée à Enniscorthy, vient d’y perdre son mari à 46 ans.

Sa fille aînée finit l’université, la seconde Aine finit son secondaire, et elle a deux garçons à la maison : Donal qui s’est mis à bégayer et se passionne pour la photographie et Conor qui n’a guère que 9-10 ans.

Manquant d’argent, elle vend leur maison de vacances au bord de la mer, reprend un emploi de comptabilité mal payé qu’elle avait laissé plus de 20 ans auparavant pour se marier. En outre, elle laisse se développer son penchant pour la musique, prend des cours de chant avec une ancienne religieuse, fréquente un club de musique, s’offre un appareil avec une chaîne hi fi, et des disques.

Nous sommes à la fin des années 60 et tout cela n’a l’air de rien, mais c’est une période importante pour Nora qui apprend à vivre sans son mari.

A revivre, et à vivre mieux… !

Elle expérimente toute sorte de stratégies d’évitement, et de fermeté vis à vis des gens qui l’entourent ; des fâcheux comme cette chef de bureau qui lui mène la vie dure, le principal du collège de son fils qui le rétrograde dans la classe inférieure, ces voisines qui , à force de sollicitations, et d’empathie relativement hypocrite, l’énervent, ses sœurs difficiles à vivre… elle apprend à tirer le maximum de chaque situation et de chaque personne. Les événements extérieurs font leur apparition : l’IRA, la guerre civile en Irlande, la marche sur la Lune…

  1. aimé ce portrait de femme ( et celui de l’un de ses fils Donal personnage intéresant) mais l’atmosphère de cette communauté ultra catholique me pèse un peu.
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