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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 13:21

Minuit, 640 pages, 2020.  

On est dans un hameau, près de La Bassée, l’un de ces bouts de villages qui périclitent aux marges des marges de nos campagnes. Ce n’est presque rien, trois maisons presque perdues, loin de tout. Il y a la ferme de Bergogne, rejeton d’une ancienne famille paysanne qui s’obstine à faire tourner l’exploitation, la maison de Christine, qui approche de soixante-dix ans, artiste peintre installée là depuis vingt ans, après son divorce, et une troisième maison, vide et à vendre. La Bassée est un lieu familier aux lecteurs de Mauvignier : Jeff, l’un des personnages de Dans la foule (Minuit, 2006), en venait et c’est là que se déroule le drame Des hommes (Minuit, 2009).

 ( en Attendant Nadeau)

On retrouve dans ce roman quelques un des  thèmes de prédilection de Mauvignier, les trois voyous avec le petit dernier qui peine à exister derrière ses frangins ( un trio un peu semblable dans «  Dans la foule «  par exemple), un couple qui fait mal semblant d’être soudé pour l’enfant et pour survivre eux-mêmes, ( Bergogne et Marion ) un couple où l’un aime trop et l’autre n’en peut plus de se laisser aimer… et la façon de mettre en scène plusieurs personnages qui vont prendre la parole l’un après l’autre et exprimer leur ressenti, dans une narration polyphonique . Ici, sept personnages ( c’est beaucoup plus que d’ordinaire chez Mauvignier) endurent la narration tour à tour, et cette chorégraphie est très bien maîtrisée !

De même que la montée progressive de la tension ; cela commence par les lettres anonymes que reçoit Christine, l’habitante d’une des trois maisons du hameau ; cette femme de 69 ans, est peintre et s’occupe principalement de sa toile en cours «  la Femme rouge » , ce tableau aura de l’importance par la suite et la façon dont l’image initiale s’impose à Christine (une robe) et ce qu’elle devient sur la toile sera un des moments forts du roman. Au début, on note simplement que le rouge la couleur et l’air de la femme , indiquent qu’il y aura de la violence .

Ce n’est pas un jour comme un autre : ce sont les quarante ans de Marion, la voisine de Christine : on lui prépare une fête d’anniversaire que Christine juge un peu outrée à l’image de l’amour que Bergogne porte à son épouse. Mais elle veut y participer car elle aime Bergogne comme un fils . La première scène inquiétante c’est l’arrivée d’un jeune homme teint en blond (l’air punk ?) qui voudrait visiter la maison vide ( la troisième maison du hameau qui est à vendre) ; il est d’un politesse obséquieuse qui instille un certain malaise. Christine a l’impression qu’il la connaît alors qu’elle ne l’a jamais vu. Bientôt les événements vont se précipiter…

On a dit que ce roman ressemblait à Funny Games : certaines situations sont en effet reprises de ce film, mais l’atmosphère et les personnages sont complètement différents. Dans Funny Games les voyous n’ont aucune raison personnelle de s’en prendre à la famille à laquelle ils s’attaquent, ils ne les connaissent pas. Nous avons du sadisme pur. C’est bien autre chose que Mauvignier met en scène.

Ses personnages ont une psychologie et des identités socioculturelles, une réelle densité que soulignent la façon très particulière qu'a Mauvignier de décrire au ralenti des scènes diverses ( scènes ordinaires apporter un plat , déboucher une bouteille; scènes d'introspections, ça bouge dans la conscience d'un protagoniste; scènes d'action violente...) et de répéter ces scènes avec des variations significatives. Du grand art ! un roman qu'on ne lâche pas...

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24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 10:15

Edition : le livre de poche (Point)

J’avais trouvé des qualités aux «  Furies » le premier livre que j’ai lu d’elle, sans être totalement convaincue. Les nouvelles de «  Floride » me plaisent davantage, l’auteure m’apparaît décidément comme un écrivain original, au style savoureux.  Ces récits se déroulent souvent en Floride, mais pas tous, dans une nature inhospitalière, voire dangereuse : serpents, marécages, panthère qui rôde, tempête… le héros , souvent une héroïne, est éloigné de la ville, et doit faire face à des complications particulières, déchaînements d’éléments naturels, accidents, voisinage menaçant…  mais le personnage fait montre de débrouillardise, d’habileté, et d’un optimisme doublé parfois d’un grain de folie ( l’œil du cyclone) et d’humour noir. C’est presque toute une vie qu’on suit, dans le cas de Jude,( Dans les coins imaginaires de la Terre qui est ronde) petit garçon passionné de math, dont le père élève des serpents , dans une maison «  de style cracker » au milieu des marécages,  un père guère plus sympathique que ses reptiles, mais le jeune évolue favorablement je vous laisse découvrir comment. Après cette lecture dont j’ai adoré le personnage principal j’étais prête pour les autres ! Et aucun ne m’a déçue…

Les deux fillettes de « Et le chien devient loup » sont abandonnées dans une île. Si la cadette attend encore une hypothétique «  dame » qui doit les emmener, l’aînée, sept ans, se révèle d’une étonnante habileté et d’un grand sang-froid, pour organiser la survie. L’héroïne d’ » Abysse »seule avec ses deux petits garçons, coupée du monde, doit faire face à un traumatisme crânien consécutif à une chute… une autre femme avec deux autres garçonnets passe l’été en France à « Yport » pour échapper à la chaleur, et pour se documenter sur Maupassant, car elle veut écrire un livre sur lui. Ce village de pêcheur, plutôt froid même en été se révèle très «  floridien »  et Maupassant devient insupportable ! Très originale est aussi la nouvelle «  Au-dessus et en dessous « l’héroïne devient SDF et lit George Eliot mais ne se laisse pas abattre.  

 

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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 21:14

 

Tripode, 2019

D’après des fouilles archéologiques, l’auteur a voulu retracer la destinée d’une femme inuit, vivant de façon précaire sur la banquise l’hiver, sur la toundra l’été. De chasse, pêche et cueillette.

Ça se passe en une période non datée… il y a sûrement très longtemps. Les groupes inuit sont nomades, ils se déplacent en fonction de ce que semble leur promettre l’environnement, construisent tous les hivers des maisons en pierre et peau, des igloos, vivent sous des tentes l’été.

Séparée de sa famille d’origine, la narratrice Uksuralik , va d’un groupe à l’autre, des « cousins » de diverses générations, avec qui elle va s’entendre plus ou moins. Dans le premier groupe qu'elle rejoint Le Vieux est à craindre, lorsqu'il en veut à quelqu'un, il n'hésite pas à le tuer!

Plus tard elle va sympathiser avec Sigaun , qui devient  sa mère d’adoption et sa plus fidèle alliée , des liens forts s’établissent avec elle. Uksuralik aura un enfant d’un des fils du Vieux, puis, rencontrera un étranger « Naja » un chaman, et elle devient chamane elle aussi.

Ces tribus sont extrêmement superstitieuses, et les chants-poèmes qui rythment le récit fourmillent de légendes animistes. On ne sait trop comment procèdent la narratrice et son ami pour entrer dans des états particuliers, des transes ??? Bien que très pragmatiques pour assurer leur survie, les Inuits vivent dans un univers peuplé d’esprits, de bons et mauvais sorts ; animaux et humains ont des pouvoirs bénéfiques ou maléfiques et les rites pour les appeler ou les éviter sont nombreux et complexes. Par exemple, Il faut, lorsqu’on a tué un animal, le remercier de s’être laissé prendre… sinon son esprit se vengera du chasseur.

L’auteur a choisi le présent, et des phrases simples et précises ; les chants-poèmes eux, d'abord agréables à lire, relevant d'une geste poétique réelle, finissent par lasser, et ne sont pas toujours compréhensibles, surtout lorsqu’ils sont retracés dans la langue Inuit.

C’est un récit très documenté, avec des qualités de narration, une certaine poésie;   je me suis sentie proche des personnages, dans leur vie de tous les jours, mais je suis restée étrangère au chamanisme...

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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 15:17

 

Flammarion, 2019

190 pages

Je croyais qu’il s’agissait d’un adolescent homosexuel en Allemagne nazie.

Et ses problèmes… pas du tout ! C’est Livio, un adolescent, de nos jours, qui se sent homo et ne peux en parler à personne car il vit dans un environnement fruste,  où nul n’a la moindre compréhension ni même tolérance pour cette orientation sexuelle. Même sa petite amie Camille lui en veut, car elle est amoureuse de lui, et il ne peut être qu’un ami pour elle.

Dans sa classe de Terminale, un matin, il fait un exposé en histoire, sur l’autodafé et prend pour exemple Un certain Hirschfeld, Médecin homosexuel ayant ouvert un centre « de sexologie » à Berlin, qui fut détruit par les nazis en 1933, avec toute sa bibliothèque.

Je ne connaissais pas ce Hirschfeld : ce n’est ni un scientifique de haut niveau, ni un philosophe, ni un psychanalyste. Je ne pense pas que ses livres (il a pas mal écrit) soient d’un grand  intérêt. Ni sa théorie du « troisième sexe ».

 L’exemple est pourtant bien choisi puisqu’il y a eu réellement autodafé, et qu’il  témoigne de la persécution des Juifs et des homosexuels en Allemagne nazie. Après une période relativement tolérante à Berlin, le troisième Reich sème l'épouvante parmi les marginaux. 

  Le récit est bien conduit dans la mesure où il met correctement en scène une classe de terminale dans un lycée public d’une cité défavorisée, et les  réactions très vraisemblables face à l’exposé d’un camarade décidé à faire son coming-out par le biais d’un exposé où il sera question de répression policière : Livio se sent menacé comme sous le régime nazi et   Dans le milieu où il se trouve, il pense que personne ne lui viendra en aide…c’est terrible !

On sait depuis le départ qu'après ces événements, il a disparu. On interprète cette disparition comme on le sent...

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5 novembre 2019 2 05 /11 /novembre /2019 10:35

Minuit, 190 pages, 2019.

La narratrice et son compagnon ont décidé de s’installer dans une petite localité proche de Paris et préservée de la pollution et des nuisances des grands ensembles. Architecte, elle a conçu un projet de maisons mitoyennes dans une impasse. Les habitants seraient autonomes en gaz et électricité grâce à des panneaux solaires et un retraitement des eaux usées.

L’installation faite, Eva ( son prénom sera mentionné deux fois dans le récit) a  beaucoup de soucis : son compagnon soigné pour une psychose maniaco-dépressive, ne peut travailler et passe beaucoup de temps sans sortir. Ses voisins de droite l’horrible Annabelle Lecoq son bébé et son infâme mari Arnaud. Cette Annabelle devient tout de suite son ennemie ! les autres voisins sont un peu plus accommodants mais il ne faut aps le dire trop vite ! Tout ce petit monde est férocement croqué…

Le goût de la narratrice pour le jardinage est avéré mais elle ne  cultive que les soucis !. Oui, l’humour est parfois un peu lourd… Au milieu du récit on a une parodie de roman policier. Comme souvent chez « Minuit » .

Une comédie sociale très pince-sans rire, portée par une ironie féroce et un humour plutôt noir.

Dans l’ensemble, on sourit assez souvent , parfois un éclat de rire . Un auteur que j’ai plaisir à suivre pour le moment.

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31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 11:28

Gallmeister, 2019, 311 pages. ( The Wild Inside)

L’ Alaska, de nos jours, mais tout de même assez loin de tout…

Tracy est une jeune fille d’une vingtaine d’années mais elle ne se soucie plus guère de son âge et vit au jour le jour dans la nature sauvage, comme l’indique le titre.

C’est sa vie qu’elle évoque dans le récit, et tout particulièrement l’année qui précéda ses dix-huit ans.

Année riche en événements dramatiques. Il faut dire que Tracy était depuis toujours une fille assez spéciale. Elle chasse les  animaux ( petits et l’habitude aidant un peu plus gros) et les saigne : selon sa conviction , le fait de boire le sang animal lui fait du bien, lui donne de l’énergie, et lui permet de partager les pensées intimes de l’être dont elle s’est ainsi nourrie ; Quand je dis l’être, c’est que, en dépit des interdictions de sa mère, Tracy ne s’est pas limitée aux animaux ! Dès qu’elle a fréquenté l’école elle mordait certains camarades pour goûter leur sang ; son frère Scott , un garçon fort paisible, y est passé aussi… «  Partager ce qu’il y a dans le sang, y’a pas moyen d’être plus proche d’une autre personne ». Sauf qu’elle ne donne son sang à personne, c’est celui d’autrui ( et le sien éventuellement) qu’il lui faut.

 D’où une solitude revendiquée, de Tracy, peu de goût pour la parole, les repas pris en commun, les activités que les humains apprécient  en groupe…

L’autre passion de Tracy , c’était de gagner une course en traîneaux et elle en a couru déjà plusieurs en catégorie « junior » avec de bons résultats. Elle  dresse efficacement les chiens, seuls personnage avec qui elle s’entend bien… sans leur faire de mal…

Un jour que Tracy vagabondait dans la forêt sans permission, ( elle était punie renvoyée de l’école, on sait pourquoi) un homme de forte carrure lui tombe dessus et elle s’évanouit ; Reprenant conscience , elle trouve du sang et son couteau sorti. A-t-elle blessé l’homme ?

A partir de ce fait, les événements vont s’enchaîner…

C’est un premier roman , comme toujours chez cet éditeur, bien écrit, bien traduit, et sans fautes d’orthographe ou de grammaire , ce qui est devenu rare dans l’édition. Certes , il est un peu difficile de se mettre dans la peau du personnage, mais l’intrigue est intéressante, et on apprend les diverses techniques de la course en traîneaux et du dressage de chiens. En principe, je n’ai pas de goût particulier pour toutes les pratiques ici décrites, et pourtant… la narration vive et nerveuse,  la véracité des personnages, l’habileté de l’intrigue  font leur effet.

A l’opposé de ce que dit la quatrième de couverture, il n’y pas ici de « flirt avec le fantastique » ni « facultés hors du commun «  chez l’héroïne. Eh, non,  Tracy n'est pas un vampire!

 

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 23:32

Arléa (la Rencontre) 2019.

La narratrice va passer un dimanche dans cette ville résidentielle de la région parisienne.  Elle est venue voir sa seour Claire-Marie qui vit «  à l’ancienne » quasiment femme au foyer , un mari médecin, une fille adolescente, un pavillon de banlieue cossu, près des étangs immortalisés par Corot , et du bois de Fausses-Reposes dont l’énigmatique nom suscite bien des interprétations toutes en rapport avec le mensonge, l’apparence trompeuse, mais aussi la mort…

A Ville-d’Avray, la narratrice est dans un autre monde ; pas seulement parce que la localité vit au ralenti loin de l’agitation et du fourmillement  de la capitale ;c’est un peu un lieu hors du temps. La vie semble s’y être figée. On devrait y être heureux, aisance matérielle, sécurité, beaux paysages, temps libre… et on s’y ennuie…

Claire-Marie doit s’ennuyer pense sa sœur ; enfants, elles s’inventaient une existence aventureuse inspirée de Jane Eyre et d’un Rochester qu’elles adoraient mettre en scène. Claire-Marie est restée une incorrigible rêveuse ; la réalité lui offre sa routine sécurisante et peu d’activités intéressantes.

Cet après-midi à l’approche du crépuscule, Claire-Marie fait une confidence à sa sœur : Autrefois, il y a environ dix ans, elle a fait une rencontre dérangeante, décevante, déconcertante, guère romantique (non rien à voir avec Rochester…) l’histoire est inachevée : la narratrice soupçonne que Claire-Marie lui tait quelque chose. Mais elle n’en saura pas plus.

Et peut-être n’y a-t-il rien d’autre ?

Rien d’autre que le deuil impossible à faire de Rochester ?

«  Qui nous connaît vraiment ? Nous disons si peu de choses, et nous mentons presque sur tout » « une salle d’attente où l’on attendrait  toute sa vie. Aucun bruit de l’autre côté. Aucun signe. « 

Un récit d’atmosphère, où l’on campe un lieu nimbé de mélancolie, de mystère, de clair-obscur, et de leurre aussi. Ce n’est pas seulement les étangs, le bois, l’automne, et le crépuscule qui offrent à Claire-Marie un espace de rêverie supplémentaire : il sera aussi question de rideau de fer, fuite éperdue, activités mystérieuses et contemplations de lieux clos qui ne livrent pas leurs secrets. Cette banale ville de la région parisienne devient, sous la plume de Dominique Babéris, un espace onirique.

Dommage que ce récit soit si bref, plus longue nouvelle que roman ! une auteure que je découvre avec ce titre, et que j’ai eu plaisir à lire.  

 

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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 20:20

Sabine Wespieser , 2019

L’auteur s’est inspirée de l’histoire des lycéennes enlevées par Boko Haram en avril  2014 à Chibok dans le nord ouest du Nigéria ; elle s’est documentée, sur place, a interviewée des rescapées. En est sorti un récit déchirant et fort bien conduit.  

Maryam a environ 16 ans, est enlevée dans le dortoir où elle dormait avec ses congénères. Elles sont conduites dans le repaire des jihadistes dans une immense forêt réduites en esclavage, malnutries, et violées régulièrement par les soldats.

Lorsqu’on la marie avec Mahmoud, soldat pour le compte de la secte, elle ne sera plus violée : Lui aussi s’est fait avoir : on lui a promis de l’argent pour aider sa mère miséreuse s’il s’engageait. Ensuite, il n’a pu fausser compagnie au groupe de criminels. Le couple engendre un enfant, et Maryam donne naissance à Babby une petite fille qu’elle peine à nourrir. Mahmoud revient d’un combat, blessé, et au lieu de le soigner on l’ampute, et on lui donne le rôle de sentinelle. Lorsqu’un groupe armé attaque le campement de Boko Haram, il aidera Maryam à s’enfuir.

Dans la forêt, avec son bébé et Buki une compagne d’infortune, elles sont perdues affamées altérées, mangent et boivent ce qu’elles trouvent sur leur chemin, se cachent…

Nous suivons cette éprouvante errance. Car Maryam n’en est pas à la fin de ses malheurs.  Si, plus tard elle parvient à retrouver sa mère, elle est très mal accueillie : quoique chrétienne, sa famille est très influencée par des croyances archaïques : on la rejette, on ne veut pas du bébé « car il est de leur sang » et on veut « exorciser » l’adolescente encore choquée !   La mère de Maryam est sous la coupe d’un oncle et les agissements de ces villageois arriérés est à peine plus supportable que ceux du groupe de criminels tortionnaires. Le sort d’autres jeunes filles est évoqué : certaines ont été vendues à des hommes riches, une s’est sauvée du camion où on les emportait mais a perdu la raison. Nul n'est sorti indemme de l'histoire.

 

 

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 16:30

Actes sud, 2013, 445 pages.

 

Partie du village de son enfance « le Val des seuls » en Savoie, près de la frontière italienne, Carole a fait sa vie à Saint-Étienne et ailleurs, loin. Elle voit rarement son frère et sa sœur ; elle est revenue en ce début de décembre, sous un prétexte un peu futile. Leur père leur a envoyé à chacun une boule à neige : c’est sa façon de dire qu’il va peut-être venir les voir. Mais son téléphone sonne dans le vide.

Carole va passer quarante jours dans ce  village, à ressasser un drame survenu pendant son enfance ; un incendie survenu alors que sa mère était seule avec ses trois enfants au grenier de la maison familiale. Elle est sortie avec Philippe dans les bras et la narratrice, et Gaby a dû attendre les pompiers. Pourquoi Gaby fut-elle la victime ?

Gaby en a gardé des séquelles  des difficultés respiratoires et doit régulièrement se ressourcer avec de l’oxygène… Gaby vit de peu dans un bungalow avec « la Môme » une fille de 17 ans qu’elle a recueillie tout bébé dans des circonstances qui restent obscures à Carole. Philippe est garde forestier et recherche  le tracé exact suivi par Hannibal et son armée franchissant les Alpes . Pendant que Carole attend elle ne sait plus trop quoi, elle renoue avec son frère et sa sœur, avec  les gens du village qu’elle connaît plus ou moins : Jean le séducteur, la Baronne et ses chiens ; Diego le cuisinier, Franky, sa serveuse, le vieux Sam un peu mystique…

Le style de l’auteure, des phrases courtes concrètes et en suspens , décrivant des actes simples et courants avec du non-dit en dessous.  Les mêmes séquences se répètent de chapitres en chapitres avec des variations ténues. Comme ces photos que Carole prend tous les matins entre onze heures et midi de la serveuse à Franky secouant les draps par la fenêtre.

Parfois survient une révélation…

Elle installe une atmosphère qui enveloppe le lecteur.   Ici, je dirais que ça fonctionne en dépit de certaines longueurs ; c’est mon troisième «  Claudie Gallay » : j’ai aimé moyennement l’Or du temps, abandonné les Déferlantes … cette part de ciel est de loin ma  préférée pour l’instant… 

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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 22:41

Gallmeister 2019, 227 pages ( « Country Dark »)

Tucker dix-huit ans et déjà vétéran : il revient de la guerre de Corée en 1954 ; il est dans son pays l’Ohio et sauve Rhonda une jeune fille de 15 ans que son oncle cherche à violer.

Tous deux se marient et s’installent dans une maison  en ruines qu’ils rebâtissent eux-mêmes. Tucker trouve un travail : vendre de l’alcool en contrebande. Rhonda et lui ont cinq enfants dont quatre sont handicapés de diverses façons : le premier né est hydrocéphale, , suivent trois autres filles handicapées mentales. Jo âgée de 9 ans à peine , est la seule normale et s’occupe bravement de ses petites sœurs.

Rhonda est encore enceinte. Nous sommes en 1964. Les services sociaux font leurs apparitions : Hattie Johnson, assistante sociale et son chef, le « docteur Miller » : ce dernier veut qu’on place les enfants anormaux. Rhonda et Tucker y sont opposés ; Tucker tient souvent de longs discours à son fils hydrocéphale… L’encore jeune couple est  également horrifié qu’on leur dise d’éviter les rapports sexuels pour ne plus avoir d’enfants.

Tucker va se venger : Marvin Miller ne verra pas le jour suivant se lever ! Et Hattie qu’il courtisait désagréablement est contente d’en être débarrassée et ne parlera pas. Malgré tout, Tucker a des ennuis et doit faire de la prison.

Un roman assez court, sur un couple de gens simples très attachants

qui ont leur propre morale et sauront en dépit de l’adversité se construire une vie qui leur convient.  

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Présentation

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  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
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