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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 11:10

Marseille, la corniche Kennedy, le mois d’août, le fort ensoleillement, des blocs de rocher d’où l’on peut sauter dans l’eau : 3 mètre c’est simple, 7 mètres c’est le Just Do It, déjà assez casse-cou, et 12 mètres c’est le Face to Face dangereux, car on ne voit pas trop où l’on tombe,( il y a en bas des récifs périlleux à éviter), riche en production d’adrénaline et de bravoure adolescente. Ces sauts sont interdits. Eddy et Mario deux adolescents vivant dans la précarité des cités nord sont les seuls à le pratiquer. Bientôt ils seront rejoints par Suzanne, qui s’ennuie dans son existence bourgeoise feutrée. Silvestre Opéra est un flic qui doit surveiller les troubles de l’ordre public ; il devrait arrêter les trois jeunes….

L’écriture de Kerangal , intense , portée au lyrisme, accompagne bien les révoltes, réjouissantes insolences , effervescences adolescentes, leur vertiges, leur attirance pour le danger.

Et même cette façon qu’ils ont d’échapper au pire, de préférer la vie.

En revanche, la vie du policier frustré, endeuillé ( pourquoi porte-t-il ce nom Silvestre Opéra ?) m’a plutôt ennuyée.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 23:53

Gallimard, 202 pages, 2015

L’année 1968, vue par Anne, 21 ans en mai, jeune épouse de Jean-Luc Godard 37 ans. Elle vient de tourner un film avec Philippe Fourastié, Bruno Cremer la traitait durement. D’autres engagements l’attendent : Marco Ferreri, Carmelo Bene et Pasolini pour Porcherie. Des cinéastes dont on voit encore les films avec intérêt, même si certains ont mal vieilli.

Jean-Luc tente de tourner avec les Beatles, et finalement ce sera les Rolling Stones ( One plus One ) puis emmènera Anne vers Montréal et encore plus loin pour tourner le quotidien des mines de charbon en Alaska. Jean-Luc cherche à faire « un autre cinéma » après mai 68. La période est chahutée. Anne ne veut pas de révolution. Elle comprend mai 68 comme une fête de la jeunesse, pas plus. Elle s’affirme jeune bourgeoise nantie voulant profiter de ses belles années ; et apprentie actrice, avide d’expériences variées dans ce domaine.

Jean-Luc se veut révolutionnaire, tendance Mao. Présenté comme Anne le fait, on dirait un hystérique en pleine confusion. Son engagement n’est pas facile à comprendre. Lui aussi est un bourgeois aisé, que peut-il saisir de la cause des classes opprimées ? Que peut le cinéma pour eux ? Et depuis quand Jean-Luc cherche-t-il l’intérêt des autres plutôt que le sien propre ? Des questions épineuses, difficiles à résoudre…

On aime les pérégrinations d’Anne en patins à roulettes dans les rues du quartier latin. En fait, je comprends les deux points de vue.

Le couple s’est installé dans un appartement rue St Jacques. Déjà ils ne s’entendent plus très bien et même encore moins. Début 1969, Jean-Luc fait une tentative de suicide après avoir eu une crise de jalousie non fondée.

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 09:19

Philippe Rey, 2016, 357 pages.

En 1987, à Pascaine dans le New-Jersey, un quartier majoritairement noir, et défavorisé ; une rivière la Passaïc très polluée, qui empuantit l’atmosphère.

Ednetta cherche partout sa fille Sybilla, de 14 ans, qui a disparu. Une prof de son collège, Ada, finit par la retrouver dans une cave, blessée en plusieurs endroits, ligotée avec de la corde à linge, maculée de merde de chien, avec des inscriptions racistes écrites sur son corps.

Sybilla est conduite à l’hôpital et sa mère est convoquée. Toutes deux refusent les examens pour déterminer si elle a été, comme elle le dit, violée. Et aussi une partie des soins qu’on veut lui prodiguer ; et surtout, elles ne veulent pas parler, ni déposer plainte. La policière hispanique portoricaine, Iglesias désignée pour s’occuper du cas, pense qu’il s’agit d’une mise en scène. Sybilla a sans doute reçu une correction de quelqu’un que sa mère veut protéger. Son beau-père Anis par exemple. Mais elle a des doutes. Les deux femmes repartent sans avoir rien dit.

Sybilla est hébergée par sa grand-mère ; Ednetta n’ouvre pas à Iglesias, refuse de parler.

Et pourtant, le cas Sybilla va être récupéré, d’abord par un pasteur qui organise une croisade de justice, afin de récupérer de l’argent pour son propre compte, et du pouvoir. Il leur fait faire de faux témoignages, faciles à contrer, et la situation devient gênante ; les deux femmes pourraient être conduites au tribunal. Puis c’est un islamiste extrémiste, « le Prince Noir », qui s’occupe des deux femmes, parès avoir, sans vergogne, poignardé le pasteur… ! Sybilla est éloignée de sa mère, kidnappée par les extrémistes, et nous savons qu’elle souffre de quelque chose (grossesse qui se passe mal, infection génitale ???) et qu’elle n’est pas soignée…

Pas beaucoup de suspense, dans cet horrible récit : nous comprenons dès le départ, avec Iglesias, que la jeune Sybilla a été blessée sérieusement par son très dangereux beau-père Anis,(lequel a déjà fait de la prison pour meurtre d’une ou deux femmes), et qu’Ednetta a, contre toute attente décidé de le protéger. Elle dit d’ailleurs, que quoique fassent les femmes noires, quoiqu’elles disent ou non, la police ne les protège pas. Et c’est vrai. Toutefois, on est anéanti par cette obsession d’Ednetta à aider un homme qui est néfaste pour elle et ses enfants.

Le récit est à plusieurs voix, celle de la mère, de la fille, du beau-père, de la policière impuissante, du pasteur corrompu, de son frère, de la professeur du collège, de la cousine de Sybilla, de l’un des hommes accusé par faux témoignage… cela fait beaucoup de voix. Oates tente d’imiter le langage des noirs vivant dans des logements défavorisés. Elle en contrefait le style oral, les élisions dans les phrases, les mots tronqués, le débit souvent saccadé et confus.

De l’ensemble, ressort des détails sordides, un misérabilisme accentué, des portraits de noirs, vivant dans des conditions infâmes, et devenus forcément criminels, alcooliques, malades mentaux… une plongée dans l’horreur et le désespoir…

Une lecture très pénible.

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 10:55

j'ai appris le décès récent de cette romancière dont j'avais abandonné autrefois un récit ( La Légende de la servante) en dépit de ses indéniables qualités.

Cette fois, J'ai choisi le dieu des cauchemars à la bibliothèque , espérant aller jusqu'au bout!

 

Joëlle Losfeld, 2002 ( 1ere publication 1990). 215 pages.

Helen débarque pour la première fois loin de chez elle. Sa mère l'a envoyée  à La Nlle Orléans pour y retrouver Lulu, la sœur avec qui elle a dansé jadis dans les cabarets, et la ramener en Nouvelle Angleterre. 

C'est dans ce lieu et ce climat très éloigné de ce qu'elle connaît qu'Helen, âgée de 18 ans, va faire son apprentissage.

Le récit couvre essentiellement  ces quelques mois qui précédèrent l’entrée en guerre des USA en 1941. Helen travaille dans un magasin de prêt à porter, loue une chambre à un couple singulier et sympathique Gerald ( poète) et Catherine ; fait connaissance de Claude, homosexuel traqué par la police et des groupes extrémistes ; rencontre Lulu devenue alcoolique au dernier degré, aidée par Len un jeune homme juif   dont elle tombe aussitôt amoureuse. Figurez-vous que Len possède une extraordinaire chevelure argentée...mais il tarde à répondre à ses avances...

Puis elle se fait une amie de son âge Nina Weir, dactylo, elle aussi vivant d’une façon assez précaire, chaotique …. Tout ce monde bohème, et le climat de la Nlle Orléans, les moeurs différentes, le racisme, les rivalités amoureuses, la jeunesse.

Tard dans sa vie, Helen se rendra compte que sa vie était basée plus ou moins sur un mensonge. Le lecteur lui s’en était rendu compte, mais cela ne gâche pas la lecture!

L' écriture est basée sur le ressenti intime d' Helen ; des passages parfois originaux, parfois incompréhensibles ( la dernière lettre de la mère ???) le non-dit entre les lignes souvent bien rendu, parfois un peu charabiesque. Un peu d’ennui tout de même…Certes, Paula Fox était bien une voix singulière dans la littérature, et ce récit ne manque pas de charme.

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 09:23

Laffont (Pavillons) 2010, 258 pages.

1ere publication 1976.

Par l’auteur de la Fenêtre panoramique, ce roman tout aussi bon, et nettement moins connu.

C’est l’histoire d’Emily Grimes, née en 1935, du côté de NY, de parents divorcés, avec une sœur de 4 ans son aînée, Sarah.

Leur mère, Pookie, un peu fofolle, et changeant tout le temps de job, déménage tous les ans, et elles voient leur père 3 ou 4 fois l’an. Celui-ci est préparateur de copie pour le journal Sun. Le roman débute par une visite à l’imprimerie du Sun, destinée à montrer aux filles à quel point leur père est un personnage important…mais seule Sarah est vraiment subjuguée...

Emily se rend compte en grandissant, qu’il n’est pas vraiment journaliste et que le Sun est un journal médiocre. Leur mère, elle va comprendre à l’adolescence qu’elle n’a plus grand-chose à lui dire.

Sa sœur Sarah se fiance avec un de leur voisin, Tony, qui « ressemble à Laurence Olivier ». Sarah et lui ont été photographiés et très admirés pour la parade de Pâques, mais les désillusions viennent vite…

Emily d’abord envieuse, découvre assez vite, que Tony n’a pas fréquenté une public School anglaise, comme il s’en vante, qu’il n’est « pas tout à fait ingénieur » ( en fait, il est simple mécanicien…) et que s’il a l’air de présenter bien, il est en fait très mal élevé, et pire, va se révéler violent et de tendance alcoolique…

C’est une grande partie de la vie d’Emily, que retrace le récit, une fille pas vraiment comme les autres, puisqu’elle va obtenir un diplôme universitaire, travailler pour son indépendance, et choisir les liaisons amoureuses plutôt que le mariage, dans lequel s'embourbe sa soeur.

En dépit de son esprit rationnel, elle va endurer de nombreuses désillusions, concernant les gens de sa famille et ceux qu’elle va fréquenter. Plus que des désillusions, d’ailleurs, un vrai désespoir !

Mais cela reste tout à fait vraisemblable. Easter Parade est écrit simplement de façon très réaliste, récit admirablement conduit, et vraiment lucide. On décrit la difficulté des femmes à s’épanouir, à exister au milieu du 20 eme siècle aux Etats Unis. C'est aussi un tableau de société où,  derrière les apparences parfois flatteuses, se dissimulent la misère morale et intellectuelle. 

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 13:15

C

Gallumard, 2016

 

Vie d’un ami de Catherine qu’elle appelle Thomas Bulot ; avec qui elle a eu une brève liaison. Il allait de femme en femme avec préférence pour le BDSM ; sa carrière de jeune intellectuel le mène aux USA : il quitte la France après avoir échoué deux fois au concours de l’ENS.

Là-bas il est étudiant-chargé de cours, puis enseignant lui-même, de Ny à Portland et de Salt Lake City à Richmond. Il réussit toujours à décrocher un poste même si ce n’est pas dans une université brillante. Ce n’est qu’un début !

Il ne se range pas, là où ses amis se mettent en ménage, commencent à faire des bébés. Lui, a des peines de cœurs mais beaucoup de liaisons avec des femmes intéressantes. Il vit mal chaque fin de liaison, même s’il nous paraît évident qu’avec lui ( et elles ! ces femmes qui partagent un moment son existence) la vie de couple longue durée ne convient pas.

Le problème c’est qu’il dépense sans compter et se trouve criblé de dettes car au départ il est bien moins riche que le train de vie qu’il mène. Le problème c’est la thèse qu’il a terminée mais n’arrive pas à transformer en livre.( il faut reconnaître que ces travaux universitaires sont ennuyeux dès lors qu’on a la sensation de répéter tout le temps la même chose…) . Bref on le comprend sauf lorsqu’il dépense trop, et se dépense trop toujours à courir d’un endroit à l’autre

Diagnostiqué bipolaire, il finit par se suicider : le traitement impose de ne pas boire, et il ne peut se passer d’alcool…

Ça se lit, mais la narratrice ne réussit pas à nous convaincre que Thomas était quelqu’un de très particulier, voire de particulièrement intéressant… la faute en est à son style assez plat sans doute…on ne pense pas qu’on l’aurait adoré mais qu’il nous aurait fatigué avec son train de vie très « tourbillon ».

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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 13:18

Gallmeister, 270 pages, 2016.

 

C’est dans un aquarium à Seattle, que la jeune Caitlin une fillette de douze ans trouve refuge tous les jours après l’école. Les créatures marines la font rêver et elle les réinvente à son propre usage et parfois le renomme. Un vieux monsieur est toujours là lui aussi, et l’accompagne dans ses rêveries.

Caitlin se doute bien que le vieil homme n’est pas là par hasard ; mais il ne lui veut aucun mal, et elle n’a pas envie d’en savoir pus.

Cependant , il faudra bien en parler à sa mère ; Sheri Thomspon , mécanicienne sur des chantiers naval élève seule sa fille et gagne à peine de quoi les faire vivre.

Le vieux monsieur, on l’a compris tout de suite, est le grand-père de Catilin ; sa mère le hait car il l’a abandonnée autrefois seule avec sa mère… cet homme est revenu pour se racheter, permettre à Sheri et Caitlin d’avoir une vie meilleure, et mieux connaître sa petite fille, son unique descendante.

Entre Caitlin qui veut un grand-père et Sheri qui est folle de rage contre lui, le conflit est ouvert…

J’avoue être restée plus ou moins en dehors de cette histoire. D’abord, la vie « sous-marine « rêvée de Caitlin qui lui sert de refuge et lui permet de faire fructifier son imagination, m’a ennuyée. Je ne sais pourquoi, car cette création est plutôt inventive et poétique mais elle m’a paru un peu puérile. D’autre part, il est peu vraisemblable que la mère de Caitlin, abandonnée seule avec sa mère mourante, encore loin de sa majorité, n’ait pas été secourue par les services sociaux… dans un récit où les détails réalistes foisonnent, on voudrait plus de crédibilité.

Pas très crédible non plus, l’épisode où la mère fait la malade et force sa fille à s’occuper d’elle ; certes on retrouve dans cet épisode la folie dont Vann est coutumier, et de ce pont de vue, cela me plaît ; mais il aurait fallu que Sheri ne fasse pas semblant et verse réellement dans la folie : sinon comment pourrait-elle supporter de se conduire ainsi en étant consciente de ce qu’elle fait ? Et comment expliquer que Caitlin ( qui n’est pas folle du tout) accepte ce deal ? Ne pourrait-elle alerter les voisins ?

Quant au grand-père, je l’aurais fait repartir laissant sa maison à Sheri et Caitlin. Le happy end de la fin, est encore moins vraisemblable que tout le reste. Bref, je n’ai aps adhéré à cette histoire…

 

pourtant les poissons, j'aime bien d'ordinaire! lequel voudriez-vous être accroché dans votre dos? Le poisson lune, sans doute?

 

les poissons lune

 

la murène

la murène

le grincheux

le grincheux

les méduses

les méduses

David Vann Aquarium **
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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 10:40

1 ere publication : Sunrise, 1976 ; traduction actuelle : Métailié, 2009, 186 pages.

Murdo Munro, garde forestier à l’ île du Beinn an Edin, vit au villlage d’Acheninger (côte ouest de l’Ecosse).

58 ans ; le jour du mariage de sa fille, met le feu à la maison conjugale et s’enfuit. Souhaite se réfugier chez sa sœur Bessie sur la côte de l’Ecosse. Commence par gagner l’île d’Elean Na Reinich en barque…dans sa cavale il finit par s’y rendre, non sans mal, mais Bessie cohabite avec le frère de son défunt mari Alec, alcoolique, pêcheur de homards, sa femme Mary, leur enfant Dougie. La maison appartient à Alec ; Murdo n’est le bienvenu que pour Bessie, et Dougie avec qui il s’entend bien. Cela ne suffit pas. Après un malheureux accident ( dont les dégâts sont minimes), il doit s’enfuir encore...

 

Le portrait de cet homme privé de l’affection de ses femme et fille qui l’ignorent et le méprisent, et qui finit pat « péter un plomb » est très bien vu ; son immersion dans les éléments naturels est l’essentiel du roman ; très belles descriptions de nature ( le personnage principal avec Murdo c’est cette nature, dont l’ étonnante description d’un orage,auquel je trouve des accents hugoliens.  L’auteur n’ennuie pas en racontant tomber la pluie, en décrivant la mer, la lande, les falaises et leurs reliefs, les ruses de Murdo pour durer encore et encore, des dizaines de fois ! Murdo aura connu quelques jours de bonheur l’amitié du petit Dougie, et quelques heures de félicité ici et là à profiter de l’été malgré, ou grâce à son activité de fugueur.

 

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 02:54

Verticales, 2010, 317 pages.

C’est à Georges Diderot ingénieur, chef de projet que le prologue est consacré : nous voyons tout de suite que c’est un homme exceptionnel. Il m’a curieusement fait penser à l’Alexandre Yersin de Peste et choléra ; présenté un peu de la même façon comme un aventurier de la vie, un homme sans attaches, passionné par ce qu’il fait, tout entier dans l’instant présent, et le présent, ce n’est pas la contemplation, c’est engager toutes ses ressources à la résolution d’un problème.

D’autres personnages : Summer Diamantis, ingénieure des travaux publics, préposée à la production du béton, Sanche Alfonse Cameron, grutier ( de Dunkerque) et foreur, Mo Yun ancien mineur, ouvrier, nomade, réellement parti de Chine… Duane Fisher et Buddy Loo, ouvriers affectés au contrôle des effluents, surveillant la régularité des flux dans les pompes, évitent que les moteurs chauffent… Katherine Thoreau conductrice de bulldozer, chargée d’une famille nombreuse et problématique… sont de la même trempe.

Tous ces personnages et d’autres, différents, plus fragiles, vont se retrouver sur le même chantier de la ville de Coca en Californie, le maire, surnommé le Boa, ayant décidé d’y faire construire un pont pour relier les deux berges d’une large rivière. Le titre parle de « naissance » plutôt que de construction, et ce n’est pas par hasard ; le dynamisme, l’énergie des protagonistes augurent d’une vie nouvelle.

Ils auront à vaincre des obstacles ; parmi ceux que gênent la construction du pont, certains n’hésiteront pas devant des manœuvres crapuleuses voire criminelles, des écologistes s’en prennent à Diderot lui-même, des ouvriers vont protester contre leur exploitation, Ralph Waldo l’architecte rêve de paysage, ne se comprend pas avec Diderot, pragmatique avant tout.

Ecriture dense, lyrique, longues phrases travaillées dans l’oralité, documentation très fouillée dans les domaines de la construction d’un pont, et bien distribuée : ça ne ressemble jamais à un mode d’emploi ni à un ouvrage technique, c’est toujours poétique et sensible en même temps que réaliste. L’intrigue comporte des péripéties diverses, les liaisons amoureuses sont de la partie, et la ville recèle des lieux quasi magiques, comme cette forêt si dense, et les chutes de Sugar Falls.

Cependant, je ne me suis pas intéressée à l’histoire de la ville, et j’ai passé ces pages ; je suis gênée aussi par certains noms : Diderot (même si le personnage est éclairé…) Thoreau, voire Diamantis, et surtout « Coca » … reprendre les noms d’écrivains célèbres et les attribuer tels quels à des personnages de roman crée un effet de néantisation de ces personnages. Cela n’empêche pas de les aimer ces êtres…comme dans tous les romans de Kerangal, ils sont magnifiés, rendus exceptionnels par l’intensité de leurs implications dans leurs quotidiens, dans leurs gestes les plus banals.

Il n'y a que des défauts mineurs, l’ensemble est une belle création littéraire.

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 18:34

The Missing 2009 – 2014 Seuil, 543 pages.

En 1918, Sam Simoneaux débarque à Saint-Nazaire ; il vient du sud de la Louisiane, et parle le «cajun » un français très particulier. Ses compagnons et lui ont été appelés à combattre les allemands en France, mais la guerre vient de se terminer. Sauf qu’ils sont tenus de nettoyer les champs de bataille des engins abandonnés au sol ou enterrés et qui n’ont pas explosé. Un travail très dangereux ; Sam fait exploser par mégarde une chaumière et une fillette est blessée qu’il tente d’aider. Elle le baptise « Lucky » (chanceux).

Sam est un jeune homme optimiste, convivial, dynamique, et plutôt mélancolique lorsqu’il pense qu’à l’âge de six mois il a perdu toute sa famille massacrée par une bande, venue se venger de la mort accidentelle de l’un d’entre eux, dont le père de Sam fut indirectement responsable.  Seul rescapé, Sam n’a aucun souvenir… mais, adulte, quoiqu’il fasse comme job, il est chargé de la sécurité avant tout…

Le voilà revenu dans sa patrie : il devient donc agent de sécurité d’un grand magasin à la Nouvelle Orléans. C’est là que se déclenche l’intrigue principale. Une petite fille de 3 ans Lily est enlevée et Sam déclaré responsable, est renvoyé ; il avait négligé de demander qu’on ferme toutes les issues du magasin lorsque les parent lui ont dit ne pas retrouver leur fillette.

Sam se fait embaucher sur l’Ambassador, un bateau à aube, où travaillent les parents et le frère de Lily. Ce navire descend le Mississipi proposant chaque soir une soirée dansante dans chaque ville traversée. Là aussi il sera chargé de la sécurité, et du bon déroulement des soirées, mais aussi du rafistolage du bateau, réparer la casse faire le ménage, jouer des morceaux de jazz ou des chansons populaires au piano…et même faire la cuisine parfois. Les parents de Lily, musiciens avant tout, sont également employés à toutes sortes de tâches. Ces travailleurs sont soumis à un train de vie épuisants, fort mal payés, ne se reposent quasiment jamais…

Sam a promis de retrouver la fillette, et il enquête tout en travaillant. Ses recherches vont le mener sur la piste des kidnappeurs, mais aussi sur celle des assassins de sa famille, 27 ans plus tôt. Dans un cas comme dans l’autre, il sera amené à prendre des décisions difficiles.

 La vie des employés du bateau-dancing, des employés de chemins de fer, shérif, bourgeois frustrés, policiers, se déploie sous nos yeux, y compris celle de différents  gangsters dont certains sont extrêmement primitifs. Les personnages sont diversifiés, et la documentation très précise nous en apprend beaucoup sur la société en Louisiane et alentour pendant les années 1920. Ce récit parle de l'exploitation éhontée des petites gens, du racisme envers les Noirs, et les Cajuns, des énormes différences de classes, des ravages de l'alcool...

J'oubliais les transports ( trains, chevaux, mules, voitures…) les lieux traversés, campagnes et villes, m'ont beaucoup intéressée, moi qui en sait si peu sur cette région et sur l'époque. Un très bon roman.

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