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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 02:54

Verticales, 2010, 317 pages.

C’est à Georges Diderot ingénieur, chef de projet que le prologue est consacré : nous voyons tout de suite que c’est un homme exceptionnel. Il m’a curieusement fait penser à l’Alexandre Yersin de Peste et choléra ; présenté un peu de la même façon comme un aventurier de la vie, un homme sans attaches, passionné par ce qu’il fait, tout entier dans l’instant présent, et le présent, ce n’est pas la contemplation, c’est engager toutes ses ressources à la résolution d’un problème.

D’autres personnages : Summer Diamantis, ingénieure des travaux publics, préposée à la production du béton, Sanche Alfonse Cameron, grutier ( de Dunkerque) et foreur, Mo Yun ancien mineur, ouvrier, nomade, réellement parti de Chine… Duane Fisher et Buddy Loo, ouvriers affectés au contrôle des effluents, surveillant la régularité des flux dans les pompes, évitent que les moteurs chauffent… Katherine Thoreau conductrice de bulldozer, chargée d’une famille nombreuse et problématique… sont de la même trempe.

Tous ces personnages et d’autres, différents, plus fragiles, vont se retrouver sur le même chantier de la ville de Coca en Californie, le maire, surnommé le Boa, ayant décidé d’y faire construire un pont pour relier les deux berges d’une large rivière. Le titre parle de « naissance » plutôt que de construction, et ce n’est pas par hasard ; le dynamisme, l’énergie des protagonistes augurent d’une vie nouvelle.

Ils auront à vaincre des obstacles ; parmi ceux que gênent la construction du pont, certains n’hésiteront pas devant des manœuvres crapuleuses voire criminelles, des écologistes s’en prennent à Diderot lui-même, des ouvriers vont protester contre leur exploitation, Ralph Waldo l’architecte rêve de paysage, ne se comprend pas avec Diderot, pragmatique avant tout.

Ecriture dense, lyrique, longues phrases travaillées dans l’oralité, documentation très fouillée dans les domaines de la construction d’un pont, et bien distribuée : ça ne ressemble jamais à un mode d’emploi ni à un ouvrage technique, c’est toujours poétique et sensible en même temps que réaliste. L’intrigue comporte des péripéties diverses, les liaisons amoureuses sont de la partie, et la ville recèle des lieux quasi magiques, comme cette forêt si dense, et les chutes de Sugar Falls.

Cependant, je ne me suis pas intéressée à l’histoire de la ville, et j’ai passé ces pages ; je suis gênée aussi par certains noms : Diderot (même si le personnage est éclairé…) Thoreau, voire Diamantis, et surtout « Coca » … reprendre les noms d’écrivains célèbres et les attribuer tels quels à des personnages de roman crée un effet de néantisation de ces personnages. Cela n’empêche pas de les aimer ces êtres…comme dans tous les romans de Kerangal, ils sont magnifiés, rendus exceptionnels par l’intensité de leurs implications dans leurs quotidiens, dans leurs gestes les plus banals.

Il n'y a que des défauts mineurs, l’ensemble est une belle création littéraire.

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 18:34

The Missing 2009 – 2014 Seuil, 543 pages.

En 1918, Sam Simoneaux débarque à Saint-Nazaire ; il vient du sud de la Louisiane, et parle le «cajun » un français très particulier. Ses compagnons et lui ont été appelés à combattre les allemands en France, mais la guerre vient de se terminer. Sauf qu’ils sont tenus de nettoyer les champs de bataille des engins abandonnés au sol ou enterrés et qui n’ont pas explosé. Un travail très dangereux ; Sam fait exploser par mégarde une chaumière et une fillette est blessée qu’il tente d’aider. Elle le baptise « Lucky » (chanceux).

Sam est un jeune homme optimiste, convivial, dynamique, et plutôt mélancolique lorsqu’il pense qu’à l’âge de six mois il a perdu toute sa famille massacrée par une bande, venue se venger de la mort accidentelle de l’un d’entre eux, dont le père de Sam fut indirectement responsable.  Seul rescapé, Sam n’a aucun souvenir… mais, adulte, quoiqu’il fasse comme job, il est chargé de la sécurité avant tout…

Le voilà revenu dans sa patrie : il devient donc agent de sécurité d’un grand magasin à la Nouvelle Orléans. C’est là que se déclenche l’intrigue principale. Une petite fille de 3 ans Lily est enlevée et Sam déclaré responsable, est renvoyé ; il avait négligé de demander qu’on ferme toutes les issues du magasin lorsque les parent lui ont dit ne pas retrouver leur fillette.

Sam se fait embaucher sur l’Ambassador, un bateau à aube, où travaillent les parents et le frère de Lily. Ce navire descend le Mississipi proposant chaque soir une soirée dansante dans chaque ville traversée. Là aussi il sera chargé de la sécurité, et du bon déroulement des soirées, mais aussi du rafistolage du bateau, réparer la casse faire le ménage, jouer des morceaux de jazz ou des chansons populaires au piano…et même faire la cuisine parfois. Les parents de Lily, musiciens avant tout, sont également employés à toutes sortes de tâches. Ces travailleurs sont soumis à un train de vie épuisants, fort mal payés, ne se reposent quasiment jamais…

Sam a promis de retrouver la fillette, et il enquête tout en travaillant. Ses recherches vont le mener sur la piste des kidnappeurs, mais aussi sur celle des assassins de sa famille, 27 ans plus tôt. Dans un cas comme dans l’autre, il sera amené à prendre des décisions difficiles.

 La vie des employés du bateau-dancing, des employés de chemins de fer, shérif, bourgeois frustrés, policiers, se déploie sous nos yeux, y compris celle de différents  gangsters dont certains sont extrêmement primitifs. Les personnages sont diversifiés, et la documentation très précise nous en apprend beaucoup sur la société en Louisiane et alentour pendant les années 1920. Ce récit parle de l'exploitation éhontée des petites gens, du racisme envers les Noirs, et les Cajuns, des énormes différences de classes, des ravages de l'alcool...

J'oubliais les transports ( trains, chevaux, mules, voitures…) les lieux traversés, campagnes et villes, m'ont beaucoup intéressée, moi qui en sait si peu sur cette région et sur l'époque. Un très bon roman.

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 10:17

La Différence ( Minos ) 1987, 381 pages

D’abord conçu pour le théâtre, ce texte a été retravaillé pour devenir un roman et bien sûr cela se sent. Il y a beaucoup de dialogues au discours direct. Des personnages apparaissent lorsqu’on parle d’eux ; la théâtralité est évidente. Mais on retrouve aussi le monde de James.

Rose Armiger jeune femme pas bien riche( selon ses critères) , s’est tapée l’incruste chez Julia son amie, et est restée lorsque celle-ci s’est mariée avec un riche banquier ….pas calculateur pour un sou ! Tony (Anthony Bream).

Problème : Rose aime Tony.

Julia vient de mettre au monde une petite fille, et ne se remet pas de l’accouchement. Elle fait jurer publiquement à Tony de « ne pas se remarier du vivant de leur fille ».

Jean Martle est une très jeune femme qui vit dans l’autre maison au-delà de la rivière qu’un pont permet de traverser. Jean est l’hôte de Mrs Beever qui espère la voir épouser son fils Paul (collègue de Tony).

Problème : Paul n’a aucune espèce de charme, et Jean aime Tony.

Un homme, Henry Vidal, revient de Chine pour épouser Rose Armiger, avec qui il a eu sans doute un genre de liaison autrefois...

Quatre ans plus tard,  c’est la seconde partie qui a lieu dans le jardin et la maison de Mrs Beever ( la première se tenait dans le hall de la maison des Bream). Rose et Jean sont toujours rivales et agissent de façons différentes pour arriver à leur fin. Leurs amoureux respectifs dont elles ne veulent pas, et celle qui se voudrait la future belle-mère, les collent avec plus ou moins de finesse…

L’intrigue est donc simple et la fin prévisible. Cependant, les personnages se perdent en circonlocutions et allusions, pour égarer l’interlocuteur, ou s’égarer eux-mêmes… chacun représente un point de vue , chacun paraît curieusement décalé par rapport à la situation et aux autres protagonistes ( ce peut-être une posture ou non, à nous de voir !) ; on est en plein dans le monde de James !

A découvrir…

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 09:59

Gallimard, 227 pages, 2016.

 

Avec un exergue de La Fontaine, et ses fameux pigeons :

« Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?

Que ce soit aux rives prochaines ;

Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau.

Toujours divers toujours nouveau ;

Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.»

 

Un jeune couple sur une décennie ( de 2005 à 2015) et d’environ 25 à 35 ans. Cela ressemble à une reprise de « Les Choses « de Pérec, adapté à une autre époque. D’ailleurs lorsque Théodore et Dorothée (des noms anagrammatiques) pendent leur crémaillère, on leur offre le roman de Pérec.

Qu’ils ne liront pas. Mais ils liront Houellebec et même Sartre et Camus, et ce sera assez drôle...

Le contexte sociopolitique est différent, les biens de consommation désirés ne sont pas les mêmes, mais on retrouve la thématique des Choses, avec moins d’ambition, et une certaine frilosité ; et le couple retombe toujours sur ses pieds, recherchant une nouvelle façon de se ressourcer. C’est bien tourné, assez humoristique, satirique aussi ( les personnages de Gisswein, l’énarque ultra-libéral, et de Manu le social-démocrate, sont chargés comme il faut! ).

Il ne s’agit pas seulement de peindre une époque, et des façons de vivre, mais de montrer comment un couple peut durer dix ans ( comme le dit l’exergue, ne comptant que l’un sur l’autre) sans enfant, sans réussite particulière, sans changement de situation ni de logement, sans ascension sociale… on les appellerait des « losers relatifs »- mais ils sont gagnants puisque toujours ensemble, et surmontant vite les turbulences et passages à vide, pour se lancer dans d’autres mini-aventures ; des périodes se succèdent : on se passionne pour le végétalisme, la décoration d’appartement, diverses formes de sexualité ( ne sortant jamais de l’ordinaire), l’écriture de livres ( jamais achevés) , les séries télé, diverses sortes d’engagements sociaux ( vite renoncés) ; le tango, la littérature de fiction, et celle d'idées...

Ce couple banal et sans histoire, nous amuse et nous ennuie aussi un peu. Si au début, on pense au couple des Choses, la suite ressemble davantage à Bouvard et Pécuchet ( en moins drôle). Le roman vaut pour sa construction, son esprit satirique, les questions qu'il pose, et les réponses qu'il ne donne pas; par exemple, un couple ne peut-il tenir qu'en parfaite symbiose comme ces pigeons? Et de qui ou de quoi sont-ils exactement la dupe?

 

 

 

 

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 11:42

2011, Presse de la cité, 487 pages

Titre Original « To Be Sung Underwater "

Judith, largement quadragénaire, mariée et installée dans une vie confortable, se met à rechercher son premier amour, Willy Blunt, maçon dans le Nebraska, qu’elle a fréquenté pendant son année de Terminale et qu’elle devait épouser… elle a passé deux ans dans cette contrée sauvage , en compagnie de son père , divorcé, professeur dans une petite université. Et Judith s'était adaptée à un lycée de campagne, à des camarades très différentes de celles qu'elles connaissait...

Tous deux, père et fille, ont vécu assez heureux partageant écoute de musique, travaux de jardinage, hivers rudes et coins du feu… jusqu’à ce que Judith fasse connaissance de ce jeune maçon…

En même temps l’on relate la vie actuelle de Judith, qui semble se retirer d’une vie pourtant agréable et d’un mariage qui n’est pas raté du tout : pour se souvenir du passé, elle va acheter un garde-meuble et y reconstituer la chambre de son adolescence nebraskienne. Tout cela mène à Willy…

Ça se termine comme « La Femme de l’escalier »,ma précédente lecture ! Suis-je donc abonnée à ce type de fin ? Trop mélo je l’ai déjà dit…

 Ce roman est tout de même valable.  Les descriptions des lieux de vie ( urbaines et rurales ) sont  vraiment belles par moments, l’intrigue  cohérente. Et surtout, on y pratique l’humour.

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 14:03

montecore Small  

Le roman se présente comme la biographie du père de l’auteur, que l’on connaîtra sous le nom d’Abbas Khemiri.

Le héros est né en Algérie dans les années 50, et a vécu en Tunisie, rencontré Pernilla, une suédoise, émigré à Stockholm, et vécu une existence de travailleur immigré, père de famille, mal intégré, rêvant de devenir photographe comme Robert Capa ou Robert Frank, et s’y préparant avec obstination, tâche qu’il fait partager à son fils Jonas. La seconde partie sera consacrée au conflit père / fils, que Kadir pourrait éventuellement atténuer.

  

Le récit, ce sont deux voix principales : Jonas fils d’Abbas, et Kadir « le plus vieil ami de ton père ». Le prologue fortement ironique à propos de son père ce héros, est de Jonas, et l’épilogue, fort  contrarié,  de Kadir. Le récit, c’est aussi, accessoirement, quelques lettres d’Abbas traduites par Kadir, donc un troisième narrateur, qui parle à peu près comme Kadir.

Le contraste entre ces deux voix nous est agréable : Kadir s’exprime dans un suédois mâtiné d’arabe, rempli de métaphores inédites et d’inexactitudes linguistiques qui sont autant d’inventions.

«  Ne sois pas un péage sur la large autoroute que l’on appelle amour »

«  Je me suis promené le long de ma vie comme on se promène le long d’un corridor fraîchement coloré »

Jonas s’exprime à la deuxième personne du singulier et nomme son père « les papas », écrit un langage plus vif, au débit plus rapide, violent,  avec de l’ironie, (quand Kadir préfère largement l’humour…). Tout cela pour exprimer le désarroi  d’un petit  garçon qui se rend compte, en fréquentant l’école, que son père est très différent des autres : tempérament méditerranéen, expansif, bavard, bruyant, qui parle un suédois si étrange que Jonas l’appelle «  le Khémirois ,  une langue qui mélange toutes les langues, une langue où il y a de tout, des semi-voyelles et des noms propres composés… une langue faite de gros mots arabes d’interrogatifs espagnols, de déclarations d’amour françaises, de citations de photographes anglaises et de jeux de mots suédois. Une langue où le « g » et le « h » grommèlent tout bas dans le ventre… »

 

Les emails de Kadir sont très variés, exhortations  pour que Jonas s’attelle à la biographie de son père, souvenirs de l’enfance et du jeune âge de Kadir et Abbas en Tunisie,  des conseils pour l’écriture du futur roman de Jonas, et des textes que Kadir veut voir figurer tels quels dans ce récit :

«  Écris ceci : « A Jendouba, se trouvaient des immans et des figues, des femmes moustachues et du houx, des bœufs fatigués et des tempêtes désertiques régulières… »

 

Le texte voulu par Kadir apparaît donc dans le récit final, mais l’injonction n’est pas supprimée, ce qui produit sur le lecteur divers effets (comiques surtout…).

 

Les deux biographes se contredisent, s’accusant mutuellement et avec impétuosité, d’exagérer, voire de mentir, et ce que nous avons comme récit terminé, est également un échange de propos conflictuel, et un récit en construction, dont l’exactitude ( «  la vérité de la réalité » dit Kadir) est loin d’être avérée.

 

Au final, une œuvre  vraiment intéressante, beaucoup d’habileté dans la construction, un récit dynamique et dense, des propos  truculents,  une lecture qui semble facile à première vue, mais est plus complexe qu’il n’y paraît.

 

Un livre conseillé par Keisha, et que j’avais aussitôt noté….

 

Et le tigre, le tigre du titre ??? Eh bien, non, je ne me souviens d’aucun tigre. Les animaux qui jouent un rôle dans l’histoire (et pas des moindres) sont des chiens. Le tigre, je ne vois pas… j’ai dû rater quelque chose!

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 11:37

Gallimard, 2016, 255 pages.

 

Peter Gundlach homme d’affaire fortuné, et Karl Schmidt peintre jouissant d’une certaine notoriété, se sont disputé Irene, femme entre deux hommes, jouissant d’une fortune personnelle, dans les années 70 . Ils se la disputaient à travers le tableau de Karl représentant Irene, « La femme sur l’escalier » inspiré du Nu sur l’escalier de Gerhard Richter.

 

Il y avait un outsider, notre narrateur, jeune avocat amoureux d’Irene. Il l’a aidée à s’enfuir, avec son tableau, échappant à ses deux amants. Il croyait qu’Irene et lui s’apprêtaient à vivre le grand amour mais elle s’est évanouie dans la nature…la vie reprend le dessus et l’amoureux se marie, a des enfants, perd son épouse. Sans oublier le moins du monde.

Quarante ans plus tard, séjournant en Australie, il revoit le tableau au musée des Beaux-Arts. Et se met à rechercher Irene. Pour la revoir ? Lui demander des comptes ? Il ne sait trop.

Il va découvrir une Irene très différente de son souvenir, dans un cadre complètement différent, une petite île au large de la côte...

Pour tout dire, cette fin que je ne dévoile pas,  est trop romantique à mon goût. La première partie, plus ambiguë , laissait espérer autre chose. Le tableau  dont s'est inspiré le romancier n'est pas mal. Dans la dernière partie, il continue à  jouer un rôle: était-ce Irene qui avait de l'importance pour ces deux amants, ou le tableau? 

le narrateur, lui,  sera appelé à la connaître vraiment, et saura qu'elle n'a rien à voir avec l'art, ni avec la séduction...

 

 

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 18:35

Christian Bourgois, 1999, 179 pages.

Le narrateur est écrivain, vit d' écrits de commande, des documentaires sur divers sujets : en ce moment, il doit écrire sur l’histoire des chemins de fer, l’ingénieur Pullman, et ça l’intéresse moyen. Il se passionne pour une grève de cheminots, et reste un peu coincé là, peu enclin à achever son livre. A la bibliothèque, il rencontre Agnès, qui finit une thèse de physique sur les cristaux et leur symétrie.

Ils se plaisent, et débutent une liaison. Tout de suite, des obstacles se mettent entre eux. Agnès est hantée par la mort. Lui voudrait écrire de la fiction. Il commence à rédiger son « histoire avec Agnès » et elle l’encourage à continuer un peu comme si la durée de leur liaison et sa réussite dépendait de leur histoire écrite par lui, donc d’un ouvrage de fiction ; Agnès se retrouve enceinte, le narrateur ne veut pas d’enfant...

c'est un roman d'introspection, et aussi d'atmosphère. Une atmosphère lourde de sous-entendus qu'on peut comprendre diversement. Ce récit ressemble un peu au Portrait Ovale d’Edgar Poe : la jeune femme ne supporte pas bien la mise en fiction de la relation par son compagnon. Et pourtant, c’est elle qui l’y a encouragé. Elle croit au pouvoir suggestif de la création littéraire ; si le jeune homme écrit une histoire qui tourne bien, la réalité devrait suivre. Mais le conjoint écrit selon sa conviction profonde…

Attachants, complexes,  les personnages gardent leur part de mystère,  l'ensemble du texte est plein d'une poésie retenue. Après avoir tourné la dernière page vous y penserez encore longtemps. 

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 12:15

Quai Voltaire, 2016, 331 pages.

la première de couverture solarisée cherche à remettre en mémoire certains de ces disques Vinyle des années 60,  et leur musique planante...

c'est l'été 1969, en Californie, une fille de 14 ans, Evie Boyd, livrée à elle-même, pendant que sa mère divorcée, s’occupe assidûment de son nouveau compagnon. La fille s’ennuie et se fâche avec son amie de toujours ; elle rencontre un groupe de filles hippies, vêtues de haillons, qui circulent dans un car tagué. L’une d’elle, Suzanne, la fascine. mais toutes sont à ses yeux très belles; elle les compare à d'élégants requins fendant les flots; elle envie leur liberté, cette vie sauvage sans attaches etc... en fait, c'est tout le contraire : ces filles sont soumises, sous influence, abandonnées; mais elles jouissent de leur déchéance.

Suzanne est la favorite du gourou de la secte, dans laquelle Evie va être moyennement impliquée. Amenée à vivre l’existence de Suzanne, elle a quelques rapports à peine sexuels avec le gourou Russell qui semble surtout intéressé par la masturbation.

Et elle partage la vie du groupe : vagabondage, vol, malnutrition, usage intensif de diverses drogues, allant, venant, et dormant dans un dépotoir dépourvu de sanitaire.

Bientôt, Russell est en conflit avec un musicien pop de ses relations qui n’a pas réussi à lui obtenir un contrat pour enregistrer un disque…

Cette secte ressemble à celle de Charles Manson qui fit assassiner Sharon Tate, ses amis et quelques habitants de maisons alentours.

L’auteur insiste sur la fascination que l’héroïne éprouvait pour Suzanne : ce nom seul n’a pas été changé (la criminelle du groupe dans la réalité s’appelait Susan Atkins).  Elle décrit aussi plutôt bien, l’ambiance et le fonctionnement d'une secte, ses membres, le lieu où ils survivent.

C’est une Evie de maintenant 60 ans qui se penche sur cet épisode sur son passé. Elle-même n’était intéressée que par Suzanne( et ses consœurs dans une moindre mesure). Le chef n’a pas eu de vraie prise sur elle, car la famille de Suzanne, son père en particulier, sont relativement présents.  

  C’est sans doute pourquoi les jeunes filles de la secte, paraissent certes paumées, crédules, et soumises au chef( lequel a l’air d’un pauvre type )mais on ne comprend pas comment elles ont pu assassiner des gens avec une telle cruauté.

toutefois cette histoire est bien racontée, avec d'intéressantes métaphores, un certain réalisme, insistant sur la détresse d'adolescentes en errance, et cette relation particulière qu' Evie avait nouée avec  Suzanne intéresse et émeut.

 

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 11:59

 

Gallimard, 348 pages. 2016

Shmuel Ash 24 ans, étudie en vue d’une thèse sur Jésus dans la tradition juive. Il  apprécie l’interprétation des Evangiles ( déjà maintes fois soutenue) selon laquelle Judas aurait « livré » Jésus, croyant fermement qu’il descendrait de la croix, aidé par des pouvoirs surnaturels (dieu), en accord avec Jésus ( qui y croyait moins que lui).  C’est une thèse qui plaît aux athées (qu’ils soient juifs ou chrétiens) ; Jésus est un homme comme les autres, qui s’est fait avoir, ainsi que Judas,  et le véritable traître, c’est Dieu…

Faisait partie d’un groupe socialiste, Shmuel admire les héros de la toute jeune révolution cubaine. Cependant, il vit à Jérusalem, est un citoyen de l’état d’Israël, un état qui survit tant bien que mal à dix ans de guerre.  Nous sommes en 1959, au début de l’hiver ; le jeune homme n’a plus de quoi financer ses études, ni même son quotidien. Shmuel répond à une petite annonce ; on recherche un jeune homme de compagnie pour un monsieur âgé très cultivé, recherchant un interlocuteur pour converser. C’est Gershom Wald, ex-historien, handicapé en deuil de son fils. Le troisième personnage est une femme, Atalia  belle-fille de Gershom, veuve, qui travaille dans une agence de détectives privés. Très séduisante. Outre que Shmuel est aussi bavard que le vieux, il sort d’une déception sentimentale et Atalia lui plaît aussitôt. Le principal de l’histoire consiste en discussions entre  Shmuel et Gershom, et en tentatives d’approche de la belle Atalia.  Les défunts sont également très présents : Micha, fils de Gershom assassiné au début de la guerre d’indépendance , et Shaeltiel Abravanel, père d’Atalia : était opposé à la création d’un état juif, fut  considéré comme traître et mis en quarantaine.

Le récit  évolue vers une certaine affection entre les trois personnages, établissement de rituels de repas et paroles, de balades dans Jérusalem la nuit, en hiver ; il fait froid ( et pourtant, on entendra un grillon striduler( !!) c’est le seul miracle…

 

Au bout de quelques mois Shmuel sera renvoyé à d’autres aventures (il a sa vie à faire, les autres hélas n’ont que leur deuil et ne vont plus évoluer) et aura perdu quelques illusions.

J’ai aimé les personnages qui sont très attachants ( les deux hommes surtout, Atalia fait un peu femme fatale , et a moins d’originalité que les deux autres),  les nombreuses discussions, qui nous ramènent vers ce problème insoluble : comment faire cohabiter israéliens et palestiniens ?  le côté roman d’apprentissage du jeune Shmuel, la vie quotidienne dans cette maison, que l’auteur nous fait partager avec ses personnages, une vie difficile, mais  pas désespérée pour autant. Le courage, le goût de vivre, la curiosité intellectuelle ne leur fait jamais défaut.

Ce roman dit " de la rentrée" n'a pas obtenu de prix; et je m'aperçois que j'en ai chroniqué deux autres ( 14 juillet et  Au début du septième jour ) qui n'ont pas été primés non plus! Il existe tellement de prix littéraires, que j'aurais juré qu'il y en avait au moins un pour chaque bon roman de la rentrée! Je me trompais...

 

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