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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 16:30

Actes sud, 2013, 445 pages.

 

Partie du village de son enfance « le Val des seuls » en Savoie, près de la frontière italienne, Carole a fait sa vie à Saint-Étienne et ailleurs, loin. Elle voit rarement son frère et sa sœur ; elle est revenue en ce début de décembre, sous un prétexte un peu futile. Leur père leur a envoyé à chacun une boule à neige : c’est sa façon de dire qu’il va peut-être venir les voir. Mais son téléphone sonne dans le vide.

Carole va passer quarante jours dans ce  village, à ressasser un drame survenu pendant son enfance ; un incendie survenu alors que sa mère était seule avec ses trois enfants au grenier de la maison familiale. Elle est sortie avec Philippe dans les bras et la narratrice, et Gaby a dû attendre les pompiers. Pourquoi Gaby fut-elle la victime ?

Gaby en a gardé des séquelles  des difficultés respiratoires et doit régulièrement se ressourcer avec de l’oxygène… Gaby vit de peu dans un bungalow avec « la Môme » une fille de 17 ans qu’elle a recueillie tout bébé dans des circonstances qui restent obscures à Carole. Philippe est garde forestier et recherche  le tracé exact suivi par Hannibal et son armée franchissant les Alpes . Pendant que Carole attend elle ne sait plus trop quoi, elle renoue avec son frère et sa sœur, avec  les gens du village qu’elle connaît plus ou moins : Jean le séducteur, la Baronne et ses chiens ; Diego le cuisinier, Franky, sa serveuse, le vieux Sam un peu mystique…

Le style de l’auteure, des phrases courtes concrètes et en suspens , décrivant des actes simples et courants avec du non-dit en dessous.  Les mêmes séquences se répètent de chapitres en chapitres avec des variations ténues. Comme ces photos que Carole prend tous les matins entre onze heures et midi de la serveuse à Franky secouant les draps par la fenêtre.

Parfois survient une révélation…

Elle installe une atmosphère qui enveloppe le lecteur.   Ici, je dirais que ça fonctionne en dépit de certaines longueurs ; c’est mon troisième «  Claudie Gallay » : j’ai aimé moyennement l’Or du temps, abandonné les Déferlantes … cette part de ciel est de loin ma  préférée pour l’instant… 

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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 22:41

Gallmeister 2019, 227 pages ( « Country Dark »)

Tucker dix-huit ans et déjà vétéran : il revient de la guerre de Corée en 1954 ; il est dans son pays l’Ohio et sauve Rhonda une jeune fille de 15 ans que son oncle cherche à violer.

Tous deux se marient et s’installent dans une maison  en ruines qu’ils rebâtissent eux-mêmes. Tucker trouve un travail : vendre de l’alcool en contrebande. Rhonda et lui ont cinq enfants dont quatre sont handicapés de diverses façons : le premier né est hydrocéphale, , suivent trois autres filles handicapées mentales. Jo âgée de 9 ans à peine , est la seule normale et s’occupe bravement de ses petites sœurs.

Rhonda est encore enceinte. Nous sommes en 1964. Les services sociaux font leurs apparitions : Hattie Johnson, assistante sociale et son chef, le « docteur Miller » : ce dernier veut qu’on place les enfants anormaux. Rhonda et Tucker y sont opposés ; Tucker tient souvent de longs discours à son fils hydrocéphale… L’encore jeune couple est  également horrifié qu’on leur dise d’éviter les rapports sexuels pour ne plus avoir d’enfants.

Tucker va se venger : Marvin Miller ne verra pas le jour suivant se lever ! Et Hattie qu’il courtisait désagréablement est contente d’en être débarrassée et ne parlera pas. Malgré tout, Tucker a des ennuis et doit faire de la prison.

Un roman assez court, sur un couple de gens simples très attachants

qui ont leur propre morale et sauront en dépit de l’adversité se construire une vie qui leur convient.  

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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 12:03

 

Vicente, jeune polonais juif, a émigré en Argentine, à Buenos Aires en 1928. Il y a fait sa vie, épousé une femme aimante qui se résigne à rester ménagère car elle ne parvient pas à reprendre ses études.

Vicente tient un magasin de meubles que possède son beau-père. Il a eu trois enfants. Tout irait bien si sa mère et son frère n’étaient pas restés en Pologne, et si son autre sœur ne se trouvait en Union soviétique.

Après l’invasion de la Pologne, Vicente s’inquiète pour les siens qui sont bientôt isolés et maltraités dans le ghetto de Varsovie. Les nouvelles inquiétantes, il les apprend par les journaux et reçoit de temps à autre une lettre qui ne le rassure pas.

Lui, qui n’était ni croyant ni pratiquant, commence à se sentir juif par la force des choses. Ce sont les nazis qui les y  contraignent, et Vicente n’y trouve aucun avantage : dans les premiers temps de sa réflexion, il ne sait même pas, si, se définissant maintenant comme juif, il doit se considérer comme faisant partie d’un peuple, ou seulement d’une religion ? Ou les deux…

Il se sent coupable d’avoir laissé  là-bas sa mère (et son frère) même s’il lui a plusieurs fois au cours des années précédentes demandé de venir le rejoindre (tout en souhaitant qu’elle ne vienne pas).

A présent,  il sombre dans la dépression et fait toujours le même cauchemar : il est entouré d’un mur qui se resserre autour de lui, et ce mur c’est sa propre chair : en voulant abattre ce mur avec une hache, c’est lui-même qu’il attaque.

Même si Vicente n’a qu’une vague idée de ce qu’est la » solution finale «  mise en acte par les nazis et dont quelques journaux parlent parfois  dans un entrefilet en énième page, il se doute que sa mère ( et de nombreux autres juifs ) souffrent en Europe . Vicente ne se sent pas le droit de vivre normalement ; il délaisse femme et enfant pour s’enfermer dans un silence dont il ne sortira pas.

L’auteur et narrateur du récit est  le petit fils de Vicente. A cet ancêtre dévoré de culpabilité,  Il a voulu donner une voix et restituer son propos, bien après sa mort. Il a réussi à reconstituer son tourment et nous le faire partager.

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4 octobre 2019 5 04 /10 /octobre /2019 22:33

 

L’Arbalète, 295 pages, 2019.

C'est un roman dont on dit beaucoup de bien, dans la presse et sur les blogs : et je e suis dit pourquoi pas, même si je ne sais rien de l'auteur et pas grand chose de l'histoire...

 

Sacha, la quarantaine, vient s’installer dans une petite ville au sud de la France une ville qu’il désigne par la lettre V. une ville charmante où coule le Rhône, proche de la mer…  pour y écrire son prochain roman… il possède un bagage « minimaliste » notamment les livres qu’il a emportés : une vingtaine seulement, bravo !

Il va retrouver « l’autostoppeur » un ami avec qui il « faisait la route » autrefois ; dans leurs jeunes années. L’autostoppeur a continué à voyager de la même façon (mais seulement en France) ; et c’est pourtant lui, qui a une famille : Marie, traductrice d’italien, et Agustín, un petit garçon. Bien sûr c’est Marie qui fait bouillir la marmite, et elle ne fera pas « autostoppeuse « des fois qu’elle en aurait envie : tous les agissements féministe du monde ne feront jamais qu’une femme se balade seule ou à deux sur les routes… d’ailleurs même le gars routard, c’est étonnant qu’après toues ces années il ne lui soit rien arrivé…

Car il les quitte fréquemment pour partir sur les routes de France ( les autoroutes d’abord, puis bientôt les petits villages aux noms suggestifs ).  

Sacha va progressivement remplacer L’autostoppeur au « foyer conjugal » …tandis que l’autostoppeur envoie des cartes postales, des photos (Polaroïd, c'est tendance...) des gens qui l’ont pris en stop… raconte son errance lorsqu’il revient.

C’est l’intrigue.

J’ai suivi le récit, de plus en plus perplexe : il est difficile de croire que l »’autostoppeur «  ne rencontre que des conducteurs sympas, avec qui il partage des moments de vie, et qui se laissent photographier et donnent leurs adresse… qu’il ne s’épuise pas de cette vie sur les routes, que la vie continue de couler douce-amère mais sans vrais heurts, pour ceux qui sont  restés à la maison… plus le récit avance, moins on y croit ! C’est d’un idéalisme désarmant ! La fin est carrément angélique...!

Sacha avait énuméré ses auteurs préférés au début, il y a Thomas Bernhard, Jim Harrison, Cormac Mc Carthy… mais curieusement le monde de Sacha, est à l’opposé de ces auteurs  pessimistes,  lucides et férocement  contestataires ! Pour lui, ça baigne ! Du coup, on croit encore moins à son histoire…

L’écriture est plutôt soignée, avec un certain art de la description, du goût pour les énumérations , mais peu de relief, d’arête, de tranchant, et pas mal de monotonie. Lorsqu’il évoque l’amour avec Jeanne puis l’amour avec Marie, il a beau tenter de varier  les adjectifs et les moments forts , on ne fait pas la différence entre les deux femmes. Pourtant Jeanne et Marie, c’est un peu l’opposé ou je me trompe ?

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 17:57

 

 

De 2010 à 2018 : les personnages de «  Bienvenue au club » que l’on retrouve pour la troisième fois ; cette fois-ci ils ont 50 ans et des poussières. 

Benjamin vit dans un moulin sur la Severn ( rapport avec le Moulin sur la Floss ? ) et aime écouter le murmure de l’eau. Il vit seul et vient de terminer l’énorme livre qu’il voudrait publier … Des milliers de pages pour le roman proprement dit, un autre millier pour « le contexte socio-historique » et un troisième mille pour l’accompagnement musical de tout cela ! il faudra son ami Philip  devenu directeur d’un centre d’attraction et éditeur par la même occasion,  et toute sa bienveillance et d’autres volontaires amis (un ancien prof, un ancien condisciple retrouvé par hasard, Charlie, ) pour en tirer deux cent petites pages valables…Benjamin  pense toujours à son « seul amour » la fameuse Ciceley ( j’ai du mal à m’en rappeler personnellement !!) et donc il se vautre pleinement dans la nostalgie.

Pendant ce temps, Loïs sa sœur, elle aussi pense à son premier amour ( décédé dans un attentat dans le premier tome, ça je m’en souviens c’était un moment fort de ce roman)  et délaisse son époux avec qui elle ne vit pas.

 Sophie, sa fille, est un personnage important de cet opus. Nous allons suivre sa vie sentimentale : professeur d’histoire de l’art, elle en a marre des universitaires et s’éprend sérieusement d’un moniteur d’auto-école. les méandres de sa vie conjugale et professionnelle  la mène notamment à faire  une croisière très « bobo » en Scandinavie et pays Baltes , avec de sinistres personnages: je vous recommande cette croisière, c’est le passage que j’ai préféré dans ce roman ! Coe y est féroce et humoristique comme à son meilleur !

Enfin Doug, toujours journaliste politique, on nous le montre prenant des tuyaux d’un certain Nigel qu’il rencontre toutes les semaines dans un pub.

Les années passent, les parents âgés meurent, les héros n’évoluent guère : depuis l’adolescence ils vivent dans un microcosme (les anciens et anciennes  de King’s College) et y restent, le club reste le club, sauf que Benjamin est ami avec Charlie qui ne fréquentait pas King’s College, ni aucune public school , ce personnage permet une ouverture sur un autre monde.  

Arrive le Brexit qui surprend et horrifie les héros ; pourtant on a vu l’Anglais moyen se replier sur lui-même et haïr les « étrangers » même les plus intégrés. Les personnages du Rotter’s Club aussi restent dans leur « bulle «  même en quittant leur pays natal devenu invivable !

Dans l’ensemble j’avoue m’être un peu ennuyée : les personnages du Rotter’s Club tournent en rond. J’ai préféré l’univers de Sophie qui représente la descendance du fameux club, et la famille de Charlie qui sort de l’ordinaire.

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 16:07

 

 

Dans la Chine «  d’avant Mao » sans plus de précision, Pivoine est une esclave de la famille Ezra, des juifs de Chine.

Les Ezra font partie d'une communauté juive installée en Chine, dans la province de Kaifeng,  depuis de nombreuses  générations  et métissés en partie. Ils ont  acheté Pivoine pour offrir une compagne de jeu à David le fils unique de Naomi et Ezra.

Bien que Pivoine les ai toujours servi, elle n’a pas été réellement traitée comme une esclave. Élevée avec David, elle a profité de l’instruction qu’on lui donnait et n’a jamais effectué de gros travaux. Elle est bien vêtue ,nourrie  correctement et a pu développer son intelligence. … au moment de choisir une épouse à David, Ezra son père ( mi chinois-mi juif) veut lui faire épouser une des filles d’un commerçant chinois avec qui il s’entend pour faire de bonnes affaires ; au contraire Naomi sa mère, très croyante et pratiquante, veut le marier à Leah, la fille d’un rabbin voisin.  Au milieu de tout cela Pivoine est évidemment amoureuse de son maître et ami et elle ne le laisse pas indifférent. Toutefois selon la coutume juive, David , marié, n’aura pas le droit de prendre une concubine comme les chinois y sont autorisés ( et pourtant son père ne s’était pas gêné pour le faire à son âge…).

Ce roman que j’ai lu vers 14 ans, m’avait laissé de vagues souvenirs. Je ne me rappelle plus ce que j’en avais pensé. Aujourd’hui, je le trouve long et ennuyeux. Les considérations sur les religions sont plutôt superficielles ; la famille apprend que les juifs sont persécutés en Europe (s’agit-il du nazisme ? ou d’un pogrom plus ancien ?) et la famille Ezra est partagée entre la vie paisible qu’ils mènent avec les chinois qui les laissent vivre,  et à l’occasion concluent des mariages avec eux,  et le désir sinon de développer la communauté juive, du moins de faire vivre ce qui en reste.

Le sujet est intéressant, mais la façon dont l’histoire est contée m’ennuie. Pivoine, l’héroïne, est un peu trop parfaite, un peu trop édifiante. L’existence de cette famille est narrée de façon méticuleuse et l’on voit bien les efforts que font les uns et les autres pour s’accepter sans pouvoir éviter les drames dus tout autant à l’amour qu’aux contraintes religieuses. Des qualités qui n'ont pas suffi à provoquer mon enthousiasme...

Pearl Buck est l'auteur du mois sur Lecture-Ecriture.  d'autres titres ont plu aux chroniqueurs . Je ne suis pas tombée sur le meilleur de la romancière!

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 19:07

 

Noir sur Blanc, 2018, 330 pages.

Sept jours dans la vie d’un homme et d’une femme, voisins, qui, nous le sentons sont appelés à se rencontrer même si de prime abord, ils ont tout l’air de s’éviter. Enfants, ils ‘étaient perdus ensemble et retrouvés dans la forêt, à présent ils ont plus de 40 ans. La femme est venue pour vendre sa datcha, l’homme réside dans la sienne et n’aime pas franchement la compagnie…

Cela se passe de nos jours au nord de Saint-Pétersbourg  à l’orée d’une forêt dense, à la fin d’un mois de juillet torride.

Les sept chapitres portent le titre des sept jours de la création selon la Bible. La vie des  héros du roman suivent donc cette évolution, bien que la fin du roman évoque davantage la fin du monde que le début.

La narration épouse tour à tour les pensées et sensations  de chaque personnage ( l’homme et la femme-ils ne sont pas nommés donc ils sont plus ou moins exemplaires ?) selon un flux de conscience  (un quasi monologue intérieur) qui mélange les remarques sur leur ressenti corporel , leurs actions au quotidien, leurs problèmes concrets, le souvenir de leur vie passée et des êtres maintenant disparus, les parents , et pour l’homme un ami cher, des  dialogues venus de l’extérieur  prononcés par les gens qui les entourent ( des gens ordinaires , des voisin, un soi-disant réparateur, des vieilles femmes…), des bruits, des  tout cela se fond en un méli-mélo vivant et fourmillant où parfois l’on se perd… on ne sait plus qui a dit quoi, il faut revenir en arrière.

On peut penser à Faulkner à Virginia Woolf … bref,  c’est ce type de construction narrative qu’a choisi l’auteur,  et elle y excelle. Diverses tonalités traversent le récit , le  mal être, le tragique, les mauvais rêves, voire le délire dominent,  mais aussi les soucis quotidiens et parfois,  on a presque envie de rire : lorsque l’homme tente de faire de la confiture de cassis et perd son dentier en goûtant l’affreuse mixture qu’il a obtenue !

Quoique non nommés, l’homme et la femme ont de personnalités très affirmées : l’homme est  traducteur de métier, il est sur un roman de science fiction qui l’ennuie et en même temps ça le sauve de ses pensées morbides : car son quotidien est infesté de soucis lié à la datcha où il vit : la serrure de l’abri de jardin est cassée et il n’arrive pas à la faire réparer, le fonctionnement des appareils ménagers est précaire, l’approvisionnement en nourriture difficile, et surtout à chaque instant il croit entendre ses parents décédés lui faire des remontrances sur sa façon de vivre et de gérer le tout venant (on se demande même s’il ne les entend pas réellement parler ses parents, si la frontière du réel et de l’imaginaire ne s’abolit pas pour lui).  La femme est plus réaliste mais elle aussi est gênée par  ses parents défunts : ils auraient aimé qu’elle soit une intellectuelle comme eux, et elle a opté pour des études commerciales, et y a réussi ; cela n’empêche pas un vécu douloureux et des remords à propos de mauvais souvenirs et de regrets ( elle voudrait avoir un enfant mais elle a déjà 47 ans) et elle est venue pour vendre une maison pleine de fantômes  . Une maison où dans la pièce à vivre son père avait accroché  une reproduction du Jugement Dernier de Bosch, ce  n’est pas de tout repos, mais pourquoi ne l’a-t-elle jamais décrochée ?

L’un et l’autre n’arrivent pas à vivre bien et la nature ne va pas les y aider.

Et les champignons ? Eh bien ils sont maléfiques, vénéneux et empoisonnent la vie et même l’estomac ; la femme consomme des champignons peu comestibles et s’en ressent..

Je ne  suis pas sûre d’avoir bien compris le message final,  mais le récit est captivant  et d’une haute tenue littéraire.

 

 

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15 août 2019 4 15 /08 /août /2019 13:28

 

J’ai Lu, 476 pages. 2017

Jay Mendelsohn 81 ans, décide d’assister au cours que donne son fils sur l’Odyssée pour des élèves de 1ere année. Jay est un scientifique de haut niveau , tandis que son fils a préféré les Lettres classiques , le grec étant sa terre d’élection. Le père et le fils n’ont pas toujours été en bons termes : Dan  ne comprenait pas les mathématiques et cela énervait son père (entre autres) ; toutefois on comprend que le père jalouse un peu son fils, car il n’a étudié que le latin et seulement jusqu’en première.

Dès le premier cours, le père se montre irrité par le personnage d’Ulysse, qui, selon lui, n’est pas un héros, ce sont les dieux qui le conduisent, lui donnent des idées et l’aident à réaliser ses actes de bravoure (enfin la plupart) . Télémaque l’énerve aussi !

Nous suivons cet enseignement qui dure une année scolaire. Entre deux leçons, Daniel se souvient de son enfance, de scènes avec son père, et d’autres personnes de sa famille, de ses professeures (oui, ce sont des femmes !) qui l’ont aidé à devenir ce qu’il est, et qu’il fréquente toujours,   ainsi que des amis de sa famille. Cela fait beaucoup de monde !

Le père et le fils vont se réconcilier,  en tous cas passer quelques bons moment ensemble, notamment pendant cette croisière «  sur les traces d’Ulysse « (oui, ils étaient sur l’un de ces gros paquebots de tourisme dont  on se plaint tellement  ces derniers temps). Mais une croisière comme celle-là, on a envie de la faire… le passage où ils vont dans la grotte de Gozo sur l’île de Malte,( dans l’Odyssée, c’est l’île de Calypso) est émouvante : cette occasion de rapprochement couronnée de succès serre le cœur.

Pour ce qui est de l’Odyssée elle-même, J’ avais eu de la peine à la lire : il s’agit d’une épopée avec des chants, une forme particulière de récit, c’est long et ce n’est pas facile à lire, de mon point de vue…il existe aussi des versions de l’Odyssée rendues en prose comme un roman… c’est plus abordable, mais on s’éloigne de l’original.

Donc,  j’ai appris certaines choses : je ne me rappelais pas des chapitres intitulée «  Télémachie » , j’avais presque oublié ce pauvre Télémaque !  Et j’ai été gênée comme le papa par l’incessante intervention des dieux. Les explications de texte et commentaires des étudiants rythment le récit, et sont  surtout psychologiques (on parle tout de même du mètre utilisé) .

Un ensemble intéressant : on y réfléchit sur les relations père-fils certes, mais aussi sur ce que signifie  « être un héros » ( dans la littérature grecque et dans les acceptions  modernes c’est très différent…) l’auteur s’est focalisé sur le vécu de son père et le sien, sur ses souvenirs  de famille, mettant en parallèle L’Odyssée et sa propre histoire… et y a trouvé des échos significatifs.  

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 09:58

L’Olivier, 205 pages, 1998

 

Deux récits l’un court et l’autre long ; ce qui les relie : le personnage principal est en voyage , accompagné d’une femme, nous sommes peu avant Noël , et il cherche un cadeau pour une personne chère.

La première nouvelle très courte ( titre : La Frontière) relate le voyage troublé d’un jeune garçon de 17 ans qui part de Dutton une petite ville rurale du Montana pour Seattle ( Washington) où l’attend sa mère. C’est sa tante qui vient le chercher et va l’accompagner : une femme indépendante, plutôt bien de sa personne, portée sur le schnaps. Ils s’arrêtent dans une ville où ils doivent prendre le train, et les voilà dans un bar ; la tante boit une bière avec un inconnu…

La deuxième nouvelle met en scène un écrivain et sa maitresse Hélène venus à Paris pour un court séjour. Le  premier roman (autobiographique) de Larry s’est peu vendu mais vient d’avoir un nouvel espoir de rebondir : une traductrice veut en faire une version française. Il a rendez-vous avec elle  dans 4 jours…

Avec Hélène, ils emménagent dans un hôtel vraiment inconfortable petite chambre  mal chauffée dont la fenêtre donne sur le cimetière Montparnasse. Le couple a peu de temps pour visiter Paris : lui pense à ses lectures ( Joyce, Fitzgzrald, Hemingway, James ) où la capitale de la France joue un rôle, et peine à apprécier ce qu’il voit surtout qu’on est en plein hiver… et qu’ils ne sont pas très fortunés. Hélène veut visiter  les Invalides le tombeau de Napoléon, la tour Eiffel. Lui n’aime pas trop ce programme, ce n’est pas le Paris de ses lectures. En outre Larry est divorcé de sa femme et pense à sa petite fille qu’il voit très peu ; Hélène est en mauvaise santé, et semble plus malade qu’il ne pensait, même si énergique et déterminée à profiter de ce séjour…

Si la première nouvelle est plutôt bonne, la seconde est une réussite totale ! J’ai adoré ce récit… On vit vraiment avec les personnages, on éprouve leurs craintes, désarrois, surprises, joies fugaces, et cette fenêtre qui donne sur le cimetière où Larry semble interroger son avenir et voit un paysage désolé et mystérieux, un vagabond étranges, du brouillard des silhouettes à peine ébauchées… le Paris qu’ils découvrent peu en gageant et ménageant de bonnes et mauvaises surprises est vraiment recréé par l’auteur et ne doit rien à des clichés faciles. Les personnages ont leurs complexités.

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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 03:14

Albin Michel, 480 pages . 2018

 

Pendant la grande famine de 1845 ( elle est tristement célèbre ) et qui va durer plusieurs années, les cultures de pommes de terre en Irlande sont gâchées par une maladie (le mildiou) .

La famille dont Grace est issue vivait déjà de façon précaire, à présent ils souffrent de la faim ; Sarah la mère est seule pour élever ses enfants trois garçons et Grace l’aînée qui va fêter ses 14 ans. On comprend que la mère a été obligée de se prostituer au propriétaire pour survivre. Elle attend un cinquième enfant. Craignant que ce Boggs ne s’en prenne à sa fille, elle lui enjoint de quitter la habillée en garçon, et, comme sa puberté est tout juste ébauchée, elle a des chances de passer pour un jeune gars qui cherche du travail.

On ressent de façon presque  physique le malheur qu’il y a à être une femme dans une telle situation…

Grace s’en va donc sur les chemins, en compagnie de son jeune frère Colly : on lui a interdit de la suivre mais ils ne peuvent se passer l’un de l’autre. Grace est attaquée par le maudit Boggs se défend, fuit avec son frère.

Après un épisode malheureux, son frère disparaît, mais il continue à parler par sa bouche, tantôt lui tantôt elle, et ce fantôme conserve la personnalité ironique, réaliste et joueuse du jeune garçon, ce qui aide Grace ( et le lecteur !) à continuer d’avancer. Car Colly est le personnage dont on a vraiment besoin.

Car la suite, est vraiment moche. Grace se terre dans des maisons abandonnées, dans des fossés, vit d’expédients mangeant tout ce qu’elle trouve sous sa main. Elle réussit à se faire embaucher dans un « chantier public » où l’on donne neuf pence la journée pour transporter des cailloux et faire semblant de construire une route… sa puberté, retardée par la malnutrition, finit par se manifester. Grace est en danger. Elle va avoir un protecteur : Bart, un homme du chantier, handicapé de naissance, la défend contre la gent masculine… Grace est contrainte de cheminer avec ce protecteur, même s’il ne plaît guère à son côté « Colly ». Un troisième larron, bien intentionné, Mc Cutt se joint à eux. Ils vivent désormais de rapines voire de braquages et cambriolages ; mais avec leur peu de moyens

Texte lyrique, ode à une nature rude et sans concession mais qui invite Grace à un certain mysticisme  «  La lune s’est levée pale mariée qui pose une gaze sur les nuages et Grace ne la contemplant pense que toute chose en ce monde est et n’est pas ce qu’elle est. « 

 

Mais aussi description réaliste des désastres causés par la famine de la vie des gens qui ont tout perdu et sont donc jetés sur les routes pour une marche interminable dormant n’importe où, mangeant n’importe quoi de pas forcément comestible.  

Les victimes sont prêtes à s’entretuer ; les nantis, ainsi que ceux qui sont simplement à l’abri du besoin, devraient s’attendre à être pillés : c’est ce qui arrive parfois. Lors d’un cambriolage, la famille de bourgeois aisés se plaint qu’ils aident les démunis, et  ont mis au point une soupe populaire, pourquoi s’en prendre à eux… mais cela est loin de suffire ! Grace et ses acolytes en ont fait l’expérience : tout le monde ne réussit pas à se faire servir de soupe et celle-ci n’est qu’un bouillon avec des herbes…

Un beau texte, parfois long, l’auteur insiste souvent sans nécessité mais l’ensemble est vraiment bouleversant.

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