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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 00:30

j'ai renvoyé Marta

 

 

Gallimard, 2007.


Sandra vient d’embaucher une femme de ménage, Marta, qui porte le même nom que sa grand-mère, et qui est d’origine polonaise aussi.  Sa grand-mère l’a élevée après quelques années désastreuses passées auprès de sa mère alcoolique et atteinte de psychose. Marta, c’est aussi l’enfant de Sandra, sa petite fille de 14 mois. Dans cette histoire, il y a aussi son mari, plus les deux fils de celui-ci, qui vivent avec eux en garde alternée.

On ne sait si Marta est ou non bonne ménagère. Apparemment correcte et gentille, elle trouble énormément son employeuse. Toutes sortes d’idées délirantes lui viennent. Faire le ménage avant que Marta n’arrive, pour que celle-ci n’ait pas l’occasion de juger une maison négligée ! Mettre des objets dans des endroits spéciaux pour voir si Marta ne va pas les voler. Inspecter jalousement tous les endroits où elle est censée nettoyer. Et bien d’autres choses qui donnent des épisodes parfois drôles, parfois absurdes, sinon inquiétants. Rapport à son enfance traumatisante que Marta a fait remonter, Sandra déraisonne.  

Monologue, comme dans son dernier roman  ( les raisons de mon crime) ,monologue de la narratrice ; mais pas ce genre de monologue pénible où l’on se sent enfermé dans l’univers étriqué de l’autre. A travers les pensées de Sandra, les faits et gestes qu’elle relate, et les scènes familiales, nous connaissons les autres qui vivent autour d’elle, et avons l’impression de les accompagner.  

Nous connaissons l’univers de Sandra mais devinons les autres points de vue. Un monologue « ouvert ». Une fin ouverte aussi.

Un bon livre. Sans que l’auteur cède le moins du monde au compassionnel, les personnages nous sont tous sympathiques.

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 00:32

froid mortel

 

 

Albin Michel, 450 pages.

 

L’auteur a quitté le domaine du roman policier ; enfin plus ou moins ! Il s’agit encore d’un roman criminel. Mais pas dans une collection noire.

Quitté aussi l’île d’Öland, pour Valla une petite localité de la région de Göteborg.


Jan Hauger se présente à la Clairière, une école maternelle. Les enfants qui la fréquentent, ont des parents internés dans l’hôpital Sainte-Barbe, contiguë. Une structure assez particulière ; les enfants vivent à mi-temps, ou un peu plus, dans des familles d’accueil, et le reste du temps à La Clairière. Ils vont visiter leur parent interné une fois la semaine.

Jan veut se fait embaucher comme assistant ; il a de bonnes références mais  espère qu’on ne va pas téléphoner à l’école du Lynx où il a travaillé autrefois. Il y avait fait quelque chose de vraiment moche….

Ici, il espère retrouver Alice Rami. Rami tout court. Enfermée à Ste Barbe. Elle avait enregistré un disque. Un seul, qu’il connaît par cœur. Rami est  même la seule personne qui compte vraiment pour lui, en dehors des enfants avec qui il se sent bien. Il compte pouvoir s’introduire dans l'asile et communiquer avec elle.

Mais d’autres employés semblent aussi intéressés par Ste Barbe, les assistantes maternelles,  un chanteur de cabaret également employé là-bas comme agent de sécurité. Tous semblent avoir quelque chose à cacher. Sainte-Barge , comme on l’appelle en catimini, a pour patients quelques individus réputés dangereux…

Jan accepte de faire le facteur ; il s’introduit dans l’enceinte de l’asile et y ramasse du courrier interdit adressé à certains patients, pour le poster, et dépose les réponses. Il veut y glisser un message pour Rami…


Voilà un roman d’atmosphère, un roman psychologique aussi, où le suspense bien réel, se distille par petites touches. On s’interroge sur le passé de Jan, pas clair au début (dans quelle mesure connaît-il cette « Rami » ? Quel genre de connerie a-t-il faite autrefois ?) Sur les motivations réelles des autres employés, sur l’identité de certains patients… Chaque pas dans l’intrigue apporte des éléments neufs, non sans opacifier le reste en même temps, ce qui est assez habile. le style de l’auteur est très personnel, sur le mode mineur, petits détails, petits faits et gestes de tous les jours, révélateurs d’ambiance ou d’autre chose , humour discret mais constamment présent : les fameuse séances de motivation de chaque matin, orchestrées par une certaine Marie-Louise. «  Tout va bien, aujourd’hui ? », lorsqu’à l’évidence tout va au plus mal pour les différents protagonistes, qui ne peuvent que le masquer.

La fin de l’histoire  s’avère assez conventionnelle, par rapport à ce que j’espérais. L’ensemble est cependant intéressant. 

Johann Theorin écrit un peu comme une romancière anglaise, dans ce livre. Désormais son style plaît davantage aux femmes.


Yv s’est ennuyé à cette lecture.

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 00:55

 Le-Locataire-4.jpg

 

 

 

 

1934


Un jeune Turc,  Elie Nagéar, a quitté son pays natal pour faire affaire dans les tapis ; il est accompagné de Sylvie Baron, aventurière belge qui passe d’homme en homme, pour les plumer.

Arrivé à Bruxelles, Elie a la grippe et presque plus d’argent. Il est tombé de haut et se sent minable. Sylvie part dans sa famille à Charleroi où sa mère tient une pension de famille et son père travaille aux chemins de fer. Pendant ce temps Elie écoute les conversations de son  voisin de chambre, un hollandais «  Van der chose », parler d’une coquette somme en liquide, qu’il emmène en France par le train. Elie va prendre ce train, décidé à tuer "van der Chose" et pour ce faire, il achète une clef anglaise, comme au cluedo.

Mais Elie est novice dans le crime ! Comment va-t-il se débrouiller dans ce train de nuit presque vide? Et le magot est-il vraiment exploitable?


Lorsque Elie retrouve  Sylvie, sa situation n'est point trop brillante! Il se terre dans la pension de famille de Charleroi. Mme Baron la maman de Sylvie l’aime bien, les autres pensionnaires le détestent, y compris Antoinette la sœur de Sylvie, et Monsieur Moïse, pourtant juif comme lui. Moïse et Antoinette comprennent vite de quoi il retourne…


C’est un bon roman, les caractères bien étudiés, le suspense intéressant, le savoir-faire de Simenon nous plonge tout de suite dans l’affaire. Pourtant je suspecte l'auteur d’antisémitisme. Et ce n’est pas la première fois (Piotr le Letton était pire dans le cliché…!)

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 00:31

des cercueils sur mesure

 

Folio-2 euros, 121 pages.

L’auteur se met en scène pour relater cinq années de son existence de 1975 à 80 environ, à fréquenter Jack Pepper, policier cherchant à coincer un certain Robert Quinn, meurtrier présumé et très probable de plusieurs personnes à qui il envoie par la poste un petit cercueil fait main, avec en son milieu une photo de la future victime, prise à son insu. Le meurtre a lieu quelques temps après et il est souvent horrible et très bien préparé, comme ce couple assassiné par des crotales dopés que le meurtrier a lâché dans leur voiture.

Les victimes ont en commun d’avoir voté une loi pour faire détourner le cours d’un gros ruisseau appelé la Rivière bleue afin que tous les fermiers du coin puissent utiliser cette eau. La Rivière bleue passe sur plusieurs terres, dont celle du ranch de Robert Quinn, qui entend s’approprier l’usage de ce cours d’eau pour lui seul.

Le narrateur veut aider Jack à coincer Quinn. Il se souvient que lorsqu’il était enfant, Quinn était déjà connu dans le pays : il dirigeait un genre de secte et baptisait des gens candides dans la Rivière bleue. Le narrateur emmené par sa gouvernante dût se soumettre à ce rite. Depuis lors, il déteste Quinn.

Mais cet homme a beaucoup d’appuis dans le voisinage et sait se faire aimer, de sorte que nul ne veut croire qu’il est un meurtrier…

De fait, Jack perdra la bataille et perdra aussi son amie Addie qui faisait partie des gens ayant reçu un cercueil. Bob Quinn avouera même ce crime au narrateur en faisant une plaisanterie au second degré. La fin montre qu’il est intouchable.

Le portrait de ce meurtrier qui tyrannise la région, tout en bénéficiant de l’estime et des appuis de la population naïve  est bien rendu. La crédulité et la veulerie des gens du voisinage aussi. Que ce récit soit romancé ou non, des personnages de ce genre existent et il est bon de montrer comment ils sévissent et mettent la justice en échec. C’est ce que fait Capote avec habileté.

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 21:57

Cet été là

 

Phébus, littérature étrangère, 252 pages.

Dans un village d’Irlande, Rathmoye, se déroulent les obsèques d’une femme âgée Mrs Connulty, qui tenait une pension de famille pour hommes. L’enterrement a été photographié par un jeune homme que nul ne connaît. Quelques personnes s’en offusquent, notamment la fille de la défunte. Ellie Dillahan, jeune épouse d’un fermier des environs, a remarqué ce jeune homme. Et réciproquement.

Florian Kilderry cherchait le cinéma en ruine, autrefois détruit par un incendie. Dans la grande maison délabrée de Shellanahg où il vit et qu’il doit vendre, pour régler des dettes, il a découvert parmi le fouillis des objets un appareil photo, et espéré s’exprimer artistiquement par ce media.

Orphelin depuis peu, il envisage de quitter l’Irlande, commencer ailleurs une vie où il  s’inventerait un avenir.

Ellie est également orpheline, mais depuis toujours. Elle a quitté un pensionnat de religieuses pour travailler à la ferme de Dillahan, devenu veuf après avoir tué accidentellement sa femme et son enfant. Il l’a ensuite épousée. Ellie s’estime heureuse, son mari, hanté par la tragédie qu’il a vécue, ne boit pourtant pas, et n’est pas caractériel.

Malgré tout elle s’ennuie beaucoup et  Florian est le premier homme qui lui plaise.

La relation qu’elle vivra quelques semaines avec Florian est devinée par Miss Connulty fille de la défunte, célibataire au passé douloureux, qui fantasme sur les deux jeunes gens.

D’autres personnages jouent un rôle dans le récit, voire dans l’intrigue, tel ce pensionnaire de la maison de retraite, ancien bibliothécaire, qui vit dans le passé et se promène en racontant la vie de gens disparus depuis longtemps et dont il refuse la disparition. Ses longs monologues, on y répond distraitement « oui, bien sûr » pour ne pas le contrarier. Mais ne va-t-il pas un jour troubler quelqu’un avec son délire ?

Voilà un roman au rythme bien lent comme on vit à la campagne. Les mêmes gestes se répètent tous les jours, les mêmes travaux domestiques, ou agricoles. A travers tout cela s’éprouvent des sentiments forts et des conflits.

Après la lecture, on aura pourtant l’impression que rien ne s’est passé d’essentiel dans le récit.

 La vie reprend comme auparavant, excepté pour Florian...

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 21:56

une banale histoire 48249 250 400 

Folio 2 euros, 131 pages.

 

Moi qui avais de bons souvenirs de Tchekhov, que cette longue nouvelle m’a donc ennuyée au plus haut point !

Le narrateur est un professeur de biologie-médecine de 62 ans, qui enseigne encore, mais pense sa fin prochaine, et n’arrête pas de l’envisager. Il se base sur un autodiagnostic dont on reste à ignorer les détails. Toutes les deux pages il se dit qu’il va mourir bientôt, dans quelques mois, là tout de suite… c’est le leitmotiv de son récit.

Nicolaï Stépanovitch est mécontent de tout, à commencer par sa femme Varia, devenue épaisse et grippe-sou, il se demande ce qu’il a pu lui trouver autrefois. Sa fille il la trouve égoïste, elle lui coûte cher avec ses cours au conservatoire de musique. Il déteste son futur gendre dont il fait un portrait effrayant, ce serait un. Son fils est officier, qu’est-ce qui lui a pris d’embrasser la carrière militaire ?

Les étudiants sont stupides, les collègues casse-pied, l’époque insupportable, le théâtre de maintenant imbuvable. Les sorties théâtrales, quel ennui ! Une bonne pièce ne devrait pas être jouée, elle se suffit d’être lue. « Je n’ai jamais partagé cet engouement pour le spectacle. Amon avis, si une pièce est bonne, point n’est besoin, pour qu’elle fasse l’impression voulue, d’importuner des acteurs ; on peut se borner à la lire. Si elle est mauvaise, aucun jeu ne la rendra bonne. »  Intéressant de lire cela sous la plume de ce dramaturge dont les pièces sont et furent si souvent mises en scène…

C’était au temps où le théâtre, occidental en tous cas, était surtout du texte. Ce genre littéraire a évolué, et nombreuses sont à présent les pièces qui reposent presque entièrement sur la mise en scène !

Enfin, il y a Katia, une orpheline dont la famille s’occupe depuis longtemps. Enfant, elle a vécu avec eux, ensuite elle a fréquenté un internat. Nicolaï l’aime davantage que ses propres enfants, bien qu’il la critique aussi beaucoup. Katia est partie jeune vivre sa vie, c'est-à-dire se lancer come actrice dans ne troupe de théâtre, en Europe. Là-bas, elle a connu bien des déboires, amoureux et professionnels et la voilà encore jeune, revenue près de son père adoptif dans une maison qu’elle loue. Aussi désespérée que Nicolaï mais pour d’autres raisons. Ils ne peuvent rien l’un pour l’autre ! L’on a rarement lu un texte aussi déprimant.

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 20:58

 

Persécution

 

 

Liana Lévi, 2010. 421 pages.

 

Banlieue romaine (‘lOlgiata)  1986. Le professeur Léo Pontecorvo est installé à table pour le repas du soir avec Rachel sa femme, et ses deux fils adolescents, Filippo et Samuel.  Le monde s’écroule subitement pour Léo.

«Quelqu’un à la télé sous-entendait que le professeur avait baisé la petite copine de Samuel… quand je dis petite copine, je parle d’un oisillon de douze ans et demi aux cheveux couleur citrouille et au museau de fouine parsemé de taches de rousseurs »

Léo Pontecorvo est médecin spécialisé en cancérologie- plus spécialement dans le traitement d’une forme de leucémie qui n’atteint que les enfants. Il a sa propre clinique, est efficace et fort apprécié.

 

Cependant, depuis quelque temps tout va mal : il a confié la gestion de cette clinique à des personnes qui ont détourné de l’argent à leur profit, et c’est finalement lui qui est accusé de malversations. De plus un de ses assistants à qui il avait prêté de l’argent et qu’il a dû virer, se venge en l’accusant d’usure.

 

Et maintenant, cette nouvelle accusation bien plus grave «Finalement, elle avait réussi ; la gamine que son fils avait fait venir chez eux  environ un an plus tôt et que Rachel et lui-le couple le plus ouvert et le plus tolérant de leur milieu-avaient accueilli sans histoires, avait réussi à détruire leurs vies. »

 

Léo se lève de table et s’enfuit au sous-sol où se trouve une pièce qu’il utilise pour se détendre. Il n’en sortira plus guère. Il est séparé de sa femme et ses enfants, qui ne lui parlent plus et font comme s’il n'existait pas.

 

Pendant sa réclusion, Léo revient sur les circonstances qui l’ont fait accuser.Camilla, la  copine de son fils Samuel,  venue avec eux en vacances,  ne veut pas faire du ski avec les garçons, et reste au chalet. Rachel, qui en fait ne voulait pas d’elle, part tous les jours en courses, la laissant à Léo à charge pour lui de la divertir. Il est intimidé par cette fillette, qui le regarde un peu trop fixement, et s’enthousiasme de petites attentions banales. Puis elle tombe malade et Léo, médecin,  la soigne. Mais le lendemain, Léo trouve une serviette hygiénique à côté de la baignoire, puis une lettre déposée dans un endroit intime.  Il voudrait en parler à sa femme, mais …


Le drame de Léo habilement raconté, laisse entendre des motivations complexes à sa conduite  faite pour s’attirer les pires ennuis. La peur de sa femme, très vertueuse, et qui régente tout dans la maison.  Egalement médecin de formation, Rachel a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper du mari et des enfants comme le veut la tradition juive stricte à laquelle elle s’est soumise. Soumise, mais elle le fait payer cher !

Léo  n’a jamais trompé son épouse, trouvant plus de plaisir à refuser les avances des femmes qu’il croise qu’à céder à l’une d’elles. 


Tout ce qui dans ce récit à rapport avec cette affaire, intéresse le lecteur. Problème de couple de Rachel et Léo, relations avec les enfants, attitudes différentes des époux envers la tradition juive, problèmes de classe sociale, bêtise et corruption de l’appareil judiciaire : C’est assez bien vu. Il manque cependant le point de vue de Camilla "la petite salope" et de ses parents, personnages importants dont on ne nous dit presque rien.

 

La déchéance de Léo dans le sous-sol est comparée à celle de Grégoire Samsa dans la Métamorphose : il est souvent fait référence à ce texte, et le narrateur s’amuse à copier plus ou moins le destin de Léo sur celui de Samsa.  Y compris la terrible jouissance de Léo à se laisser glisser sur la pente fatale.


Mais le narrateur se perd aussi en digressions ennuyeuses et trop convenues sur la possessivité de la mère juive, sur de petits détails de l’histoire de la famille, qui n’ont guère de rapport avec le sujet principal.  De trop nombreux personnages à peine esquissés alourdissent le récit,  les parents de Rachel et ceux de Léo dont on raconte trop l’histoire, des anecdotes sans intérêt.

 

Un ton inutilement cynique parfois, et condescendant vis-à vis de Léo, une insistance, des redondances désagréables sur les étapes de la déchéance du héros. Si Piperno admire la Métamorphose, il ne prend pas exemple sur la prose discrète précise et impitoyable de Kafka qui ne fait mouche que parce qu’elle est dépouillée. Le narrateur, lui, est un grand bavard, se sent supérieur à son personnage,  et à cause de cela son récit n’est qu’à moitié convaincant.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 14:15


Confessions d'un gang de fillesTitre original : FOXFIRE, Confessions of a Girl-Gang, 1993.

Livre de poche(Biblio), 1988, 397pages.

 

 

Foxfire fut une société secrète composée originellement de six adolescentes de treize à seize ans, et en activité de 1953 à 1956. Celle qui consignait les faits et gestes du groupe, Maddy, écrit les mémoires du groupe, tantôt à la première personne, tantôt à la troisième, en relisant ses cahiers de notes. Un récit qui dure trois ans

L’héroïne en est  Margaret surnommée Legs à cause de ses longues jambes, créatrice du groupe, chef, inventeur de la cérémonie d’initiation et du tatouage consistant en une flamme vive.

C’est pour sauver Rita, une de leurs amies, harcelée par le professeur de mathématiques du lycée, qui le groupe se constitua et  commença son action. Première action, couronnée de succès, le professeur se sauva et ne reparut plus, je vous laisse découvrir comment elles  menèrent leur vengeance.

Ce qui nous plaît d’emblée c’est que le « gang » se créée dans l’urgence, par nécessité.  Les adolescentes, toutes issues de familles marginales, et indigentes, doivent se protéger contre leurs parents ,ou ce qu’il en reste, contre la plupart des adultes, soit vicieux, soit délinquants, soit lâches, (souvent tout à la fois), contre les garçons des environs, voyous et belliqueux, qui eux-mêmes se sont associés en plusieurs gangs, et même contre d’autres femmes ou filles …

Courageuses et rusées les fille de Foxfire ! Leurs activités tiennent de la légitime défense, de la vengeance, de la fête, des défis fous qu’on se donne à l’adolescence, et de la délinquance aussi . Le sentiment de puissance qu’elles acquièrent, et la précarité sociale mêlés leur seront finalement néfastes, en dépit de leur belle solidarité féminine.


Tous ces portraits de filles, ainsi que ceux des personnages secondaires, je les ai trouvés saisissants de vérité !  Le récit est  comme d’ordinaire chez Oates ,mélange de monologue oral ou réfléchi, de narrations courtes et précises.Le récit laisse place à des moments de  suspens bien enlevés.


Un roman socio-psychologique passionnant,  un de ses meilleurs.*****

 

 


 

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Confessions d’un gang de filles Laurent Cantet ***

Film canadien, Janvier 2012.

 

L’héroïne Legs, est jouée par une jeune femme du nom de Raven Adamson. Raven ! c’est bien trouvé… Est-ce un pseudo ou un prénom ? Quant on pense que la Lisbeth Salander de Fincher s’appelle Naomi … Rapace ! On se demande si c’est son vrai patronyme.


Le roman est fidèlement suivi me semble-t-il. Foxfire est créé pour défendre et venger Rita, une adolescente gentille , naïve, attirée par les garçons et les hommes, qui en profitent pour lui en faire baver.  Le but de Foxfire, se défendre contre les hommes dans ce quartier défavorisé où règnent la délinquance et l’alcoolisme, est bien montré.  Petite société soudée, Foxfire permet à ces adolescentes de se ménager des moments heureux. Jusqu’au jour où la meneuse Legs est  incarcérée.  

La mise en scène insiste trop sur les moments où les filles se livrent à des blagues adolescentes sans intérêt pour l’intrigue ( tags, bris de vitrine, barbouillage de flammes partout) et allonge aussi à plaisir des scènes de chahut et rigolades entre filles,  pour nous mettre dans l’ambiance sans doute, mais on n’a pas besoin d’autant d’insistance.

En revanche, on ne saura pas vraiment tout ce qu’à enduré Legs dans la prison pour femmes( qui est relaté dans le roman), et qui l’a profondément changée, au point de faire verser de Foxfire  dans une dérive dangereuse. On se rend compte que les filles installées dans une maison à elles, ne parviennent pas à vivre en relative autarcie. Celles qui ne savent pas éviter la délinquance en pâtissent, ou se sauvent, les autres seront contraintes de vivre dans un certain conformisme peu satisfaisant.

 

Télérama s'est dit peu convaincue par les actrices. Au contraire, elle suscitent l'émotion immédiatement, et sont bien filmées avec juste ce qu'il faut de gros plan. les longueurs du film peuvent lasser. Et peut-être l'échec du groupe à vivre ensemble, qui en fait un film pessimiste, où les filles qui se retrouvent à la fin sont forcées de rêver que Legs aurait connu un destin plus intéressant qu'elles.

Ce qui est positif, c'est que les filles auront toutes été loyales les unes envers les autres. Dans leur souvenir, en dépit des dissensions, il n'y a pas de trahison à l'amitié. C'est tout de même si rare!

Un film à voir...

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 13:30

Ciel cruel

 

 

Actes sud, 1998. 347 pages.

1ere parution 1986.

 

 

C’est le troisième et dernier livre de l’histoire de Tora. Nous sommes en 1958. La jeune fille ne se remet pas de son accouchement d’un bébé mort, fruit du viol de son beau-père. Le lecteur la plaint tout en l’admirant. Physiquement elle est malade, fiévreuse et saignant trop. Moralement, elle est désespérée et délirante. On a remarqué dès le premier tome qu’elle était sujette aux visions,  ses récentes épreuves ont aggravé la situation. Une poésie sombre se dégage de ses divagations. Et pourtant, elle parvient à dissimuler ce qui lui arrive, à sa logeuse, ses professeurs et ses camarades de classe. Elle parvient même à travailler correctement au cours complémentaire et à obtenir de très bons résultats. 

Tora finit par se confier à sa tante Rakel, venue lui rendre visite à Breiland. Rakel l’entoure d’affection, la sort de son isolement, lui répète qu’elle n’est responsable de rien, et que son épreuve la rendra plus forte.  On  ne peut rien dévoiler par égard pour Ingrid ; Henrik restera impuni, mais Rakel réussit à l’effrayer : les conséquences seront positives non seulement pour Tora qu’il n’approche plus, mais pour Ingrid. Son époux devient sobre et se met à travailler !!

 

Hélas, Rakel n’a plus longtemps à vivre. Elle confie à Tora de singulières pensées : que les êtres humains ne font qu’un et que la conscience d’être une individualité séparée n’est qu’une illusion, de même que la perception du temps. On comprend que Rakel aie voulu s’armer contre l’épreuve ultime avec cette pensée mystique.

D’ailleurs, une atmosphère mystique, de communion avec les éléments naturels, et de communication entre les êtres sans se parler, imprègne l’intégralité du « livre de Tora ».  

 

Mais ici la jeune fille s’enfonce dans les hallucinations, et s’imagine entrer dans la peau des gens qu’elle connaît. Vivre dans la tête de Tora délirante désespère le lecteur et finit même par l’ennuyer… les autres personnages, eux, continuent d’évoluer et de nous intéresser. Dans l’ensemble ce récit est plutôt moins bon que les deux précédents, mais reste de grande qualité.

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 01:21

la chambre silencieuse L500 AA300

 

Suite de «  La Véranda aveugle » lu en 2011.

 

Une petite île en Norvège où l’on vit (souvent fort mal) de la pêche en mer et des occupations professionnelles qui y sont associées.

C’est surtout l’histoire de Tora, enfant illégitime que sa mère a eue d’un soldat allemand pendant la guerre. On l’appelle l’enfant de boche.

Ingrid, sa mère, travaille à fabriquer des filets de pêche à la poissonnerie. Tora n’a pas d’amies, d’autant plus que son beau-père profite de l’absence de sa mère lorsqu’elle travaille en équipe de nuit, pour abuser d’elle. On devine que Ingrid se refuse à son exécrable époux, qui se venge sur Tora. Elle ne peut se confier à personne. Ne peut être celle par qui le scandale arrive.La famille proche  ne veut pas savoir ni avoir à intervenir.

 

A présent, s’étant rendu coupable d’un acte criminel envers l’oncle Simon qu’il jalousait, Henrik l’infâme  beau-père est incarcéré.

Tora est devenue adolescente ; elle jouit d’un peu de liberté tout en sachant que le sale type sortira un  jour, et que ce moment approche. Les  cauchemars de Tora et  ses visions prennent le pas. Une raie blanche semble la hanter. Des malheurs frappent l’île, notamment une tempête qui dévaste tout.

 

On vit avec elle ces moments difficiles avec de petites joies si courtes et si rares. On a peur avec elle.  La vie des différents personnages qui l’entourent dans la petite île forme un récit classique, naturaliste ; on croit lire tantôt Hugo tantôt Zola,  avec les préoccupations et  la liberté de langage d’un siècle et demi plus tard, et surtout le point de vue d’un auteur de sexe féminin.

Tora se prépare à fréquenter le cours complémentaire à Breiland sur le continent. Une nouvelle vie, et une chambre à elle.  Ses malheurs cependant, sont loin d’être finis, bien au contraire.

L’auteur sait éviter le sentimentalisme, ce qui n’est pas simple avec un sujet semblable. On vit avec Tora son insoutenable martyre. On se doute aussi que le troisième tome sera encore pire si possible.

D'après ce que j'ai compris, d'autres récits de Wassmo, notamment " Cent ans", sont plus romanesques, et comportent "des raisons d'espérer". Celui-là est dur, mais plus proche de la vérité. 

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