Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 23:47

Minuit, 2004. 171 pages.

Ils se sont connus adolescents. Tony aimait Pauline qui ne le lui rendait pas. Pour ne pas la perdre tout à fait il a joué la comédie de l'amitié, l'a hébergée chez lui lorsqu'ils étaient étudiants, et endurait ses liaisons. Pauline se prêtait au jeu, tous les voisins les croyaient amants, et il en était fier.

Pauline un jour est partie rejoindre un homme, « faire sa vie ». Tony n'a pas fait la sienne. Il a abandonné ses études, fait de petits boulots épuisants, vagabondé un peu, eu des maîtresses d'un soir, en pensant toujours à Pauline. Qui est revenue, quelques années plus tard.  Est-ce que Pauline veut de lui enfin ?

«  Oui les rêves scandaleux qu'il avait faits, qui n'étaient rien, juste de voir Pauline partager un appartement avec lui, de la voir seule, sans homme avec elle, et ne pas avoir cette torture à endurer d'être bousculé dans son rêve par un troisième larron. Et là au plus fort, voir coïncider ce rêve et la réalité quand il a ouvert la porte de chez lui et qu'elle est entrée la première dans l'appartement. « 

 Tony a, pour elle, refait à neuf, l'appartement où il vivait dans la négligence, sans  l'habiter vraiment.  

Mais le rêve tourne court.  Pauline à nouveau ne recherche que l'hébergement.  Et son ami qu'elle a connu au loin vient la rejoindre.  Pauline est contente, je vais déménager.  Tony craque....


C'est le père de Tony qui raconte la première partie de l'histoire, puisqu'un jour, ce fils qu'il ne voyait jamais, est venu tout lui dire, après avoir quitté son logis, également déserté par Pauline. La seconde partie est  le récit de Guillaume, l'ami de Pauline,  confronté à cet étrange rival qu'est Tony, maintenant absent, plus dangereux qu'un vrai...


De phrase en phrase, de ressassement en détails de vie clairement décrits, on s'interroge toujours plus sur ce lien entre Tony et Pauline, à travers la parole du père, et les rapports conflictuels qu'il entretient avec son fils.

La jeune femme change de visage au cours de ces narrations qui sont tout autant des évocations que des enquêtes pour préciser les choses.

Pauline semblait n'avoir  pas compris les véritables sentiments de Tony à son égard, mais il apparaît qu'elle savait. Jouait-elle à le faire souffrir, profitait-t-elle de lui, appréciait-t-elle cette amitié ambiguë, ou à l'opposé n'osait-t-elle pas le lâcher, de peur de provoquer un désastre ?  


« mais au début trop d'ivresse. Au début, trop de souvenirs et d'histoires à se raconter, avec la ferveur de voir et de ressentir qu'il y avait entre eux toujours la même facilité, le même abandon à se laisser être bien, comme ça, plein de la certitude que dans le regard en face il n'y a rien des doutes et des méfiances dont on se protège des autres. »

Cette ivresse n'est là que pour masquer un profond malaise, que tous deux éprouvent et ne disent pas.

 L'auteur excelle à rendre cette «parodie du couple » qu'ils jouent jusqu'à l'impensable avec un zèle qui masque la haine et l'effroi

«  Il fallait qu'il dise à quelqu'un comment pour se protéger d'elle, des doutes qu'elle aurait pu avoir sur ce qu'il osait rêver d'eux, il avait fallu encore davantage se moquer de ce qu'ils partageaient, un appartement ensemble, rire d'un baiser sur le front qu'on donne en rentrant, rire des mots, tu as passé une bonne journée, tout saccager pour ne pas rendre possible ce qu'il aurait voulu, parce qu'il savait  que pour profiter seulement de la présence de Pauline, il fallait qu'elle ne doute pas de l'innocence entre eux, ni de la vieille amitié, ni du sentiment de fraternité."

La langue de l'auteur souple et bien rythmée, n'a rien d'abstrait pour ce qu'elle parle de sentiments (après tout, il s'agit d'une version moderne de ce que l'on appelait jadis le roman psychologique). Beaucoup de descriptions sont étonnantes de précisions, de crudités, de petits   détails qui se répètent en révélant un peu plus à chaque fois.

«  Qu'elle puisse se dire, Pauline, après ce jour, l'étendue du mensonge et la terreur qui s'ouvrait, qu'elle aurait refusé de croire si les images ne lui étaient pas revenues, ni les odeurs, atroces, écœurantes, des flaques jaunâtres de la pisse du chat, des sacs-poubelles éventrés qui dégueulaient dans la cuisine leur pourriture de viande et d'os rongés, de jus mêlé de cendres et de mégots ».

 

Voilà, c'est un chef d'œuvre.


 

 

Quelques bonnes chroniques à propos de Mauvignier :


Lily pour «  Apprendre à finir »

lily pour "Apprendre à finir"

La Lettrine pour «  Dans la foule »

Anne-Sophie pour " Dans la foule"



Partager cet article
Repost0
14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 22:33

Le Dilettante, 2007.

La narrateur conte ses vacances en Corse avec sa copine Mathilde accroc aux malabars et à la cocaïne. J'ai déjà eu des " 10" pour avoir bien raconté mes vacances,  mais  la publication s'est cantonnée au journal de la classe...

Il faut dire que le narrateur sait se justifier : la fréquentation intensive de jeux vidéo et les scènes de ménage terrifiantes qui l'opposent à Mathide l'ont tellement  lessivé qu'il ne peut faire autrement que de changer d'air.

Il est prudent car il a eu une enfance difficile" Je n'aime pas trop la coke à cause de mes parents; des soixante-huitards qui m'avaient eu à dix-huit ans en pleine '" Flower-power-révolution" à base de trips des seventies, d'acides, d'Ardèche, de vie en communauté; n'importe quoi."

Nous suivons un parcours réaliste, et apprécions une narration vigoureuse,  problèmes de circulation avec un scooter, le ferry qui ne tient pas ses promesse. La Corse qui ressemble à n'importe quelle autre lieu de vacances sauf que « les cagoulés » et les " FNL ché pas quoi" nous fichent la trouille autrement plus que les tueurs de jeux vidéo, surtout que ces gens là on ne sait pas les identifier.

Ils ont masqué les noms des patelins au feutre noir : on trouve cela partout en France notamment en Bretagne mais on dit « les enfoirés » pas les « cagoulés ». Les  snobs disent "les indépendantriste ont encore masqué la destination"

Il y a une vieille dame  qui monnaye cher son affreux taudis (comme dans le massif central dirai-je...) et  là comme ailleurs certains paysages sont tout de même «  le kif intégral ».  

Nous ne sommes pas dépaysés.

Pendant ces vacances pas plus ratées que d'autres, il pense à ses virées avec son pote Matteo ; avec lui ils allaient voir des putes. Même que le narrateur, ça ne lui plaisait pas : elles ont la simulation trop outrée, on n'y croit pas ; et tu peux pas les toucher comme tu veux, elles te répondent «  je ne suis pas ta femme ».

Même ta femme, de toutes manières, mon pote, te fais pas d'illusions, elle est pas à tes ordres, figure-toi...

 

Bonnes vacances, à bientôt peut-être...

 J'ai programmé des chroniques de bouquins légers, des polars entre autres, pour agrémenter mon absence.

Partager cet article
Repost0
14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 17:32

Titre original «  The Point » 1995, trad.2000 pour le compte des éditions Gallimard ( Du monde entier)

Des nouvelles pleines d'ironie sans laisser de côté l'émotion.

Des notations précises et concrètes mais qui suggèrent plus qu'elles ne disent et ces nouvelles sont tout à fait remarquables dans le genre réaliste.

Le fils qui gagne de l'argent à reconduire les gens ivres chez eux et établit une relation improvisée avec une vieille poivrote. Sa mère est alcoolique et il passe tout son temps avec de tristes fêtards.

Une nouvelle qui raconte l'histoire entre deux hommes dont le premier s'est suicidé et l'autre a épousé la copine de son ami.

Cette femme va à la messe tous les matins et craint que son bébé ne soit condamné, elle se sent coupable de la situation peu claire.

Et aussi cette terrible histoire «  Jacinta » ; une jeune femme instruite mais qui s'ennuie à l'université épouse un garçon qui n'a pas de conversation, fruste, Enceinte de lui, elle ne saura jamais ce qu'il en pense. Elle se veut positive, mais le couple est protégé, sinon chaperonné par un célibataire quinquagénaire qui les loge dans une maison spacieuse et fait travailler le jeune homme qui, désœuvré, s'alcoolise.

La petite Jacinta naît, le jeune mari s'y attache. Un an plus tard, la fillette meurt d'être montée dans l'abreuvoir et de s'y être noyée. Le jeune homme repique la boisson et commence à battre sa femme, ne veut plus la toucher, prend une maîtresse antillaise et s'en vante. Le quinquagénaire continue de la protéger et de faire travailler le jeune homme qui se spécialise dans le sauvetage en montagne, ne vit plus que pour cela. On y voit une façon de « sauver » sa gamine à travers d'autres gens dont certains sont des enfants.

Dorothy, voyant qu'il n'y a plus rien à faire pour sauver son couple, prend un billet d'autobus pour aller vivre chez sa sœur. On espère qu'elle ne reviendra plus mais on n'en sait rien... Dorothy s'était mise à fréquenter l'église assidûment comme l'héroïne précédente.

 

Partager cet article
Repost0
14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 09:26

Actes-sud, 2008. ( The Sorrows Of An American, 2008), 394 pages.

Erik Davidsen psychothérapeute  et sa sœur Inga, prof de philo essayiste, viennent d'enterrer leur père Lars, depuis longtemps malade et vident la propriété familiale. Ils trouvent les Mémoires rédigés par le défunt, mais plus surprenant une lettre datée de 1937 ( le défunt avait 15 ans) écrite par une certaine Lisa parlant du décès d'une personne de sexe féminin dont les circonstances doivent rester secrètes. Inga et Eric  estiment que leur père a gardé cette lettre pour qu'ils la trouvent et qu'ils se mettent en quête de la mystérieuse Lisa avec qui il partageait un lourd secret.


Nous croyons que cette recherche sera le fil conducteur du roman...

Le lecteur se souvient de «  L'invention de la solitude » d'Auster : le fils découvre un secret qui est au cœur de l'intrigue...

Mais dans ce livre, Il n'en est rien !

Plusieurs histoires s'entrelacent entre elles (des tranches de vie racontées ou lues) et  ne mènent à rien de particulier.

Erik Davidsen s'éprend de sa locataire Miranda belle jamaïquaine artiste dessinatrice. Mais Miranda vit une relation complexe avec son ex-ami Jeff Lane surnommé le « Stalker », dont les agissements intriguent ceux qui lui sont proches.

Erik lit les Mémoires de son père, sa vie difficile d'émigré norvégien dans une ferme du Minnesota, ses années de guerre, ses relation avec sa nombreuse famille...

Un autre fil déroule l'existence d'Inga, la sœur d'Erik, veuve de Max Blaustein écrivain célèbre, dont le récent décès a traumatisé toue la famille. On évoque ses souvenirs à lui, son agonie, sa maîtresse, le film qu'il  mit en scène.  Dans cette partie le deuil joue un grand rôle. Inga et sa fille Sonia évoquent souvent les événements du 11 septembre qui les ont frappées car elles vivaient aux alentours du lieu de la catastrophe.

Ajoutons-y les hommes qui gravitent autour d'Inga, une journaliste jalouse,  les patients à risque d'Erik, dont Sarah qui s'est suicidée en 1992 et continue de la hanter,  la nombreuse famille d'Erik (grand-mères, arrières grand-père, cousins, oncles, voisins, amis du défunt) la famille de Miranda  .

Le très grand nombre de personnages (j'en ai dénombré une bonne soixantaine) convoqués dans la mémoire d'Eric, celle de son père, et dans sa vie,  rendent la lecture difficile : On ne les assimile pas tous.

Qui sont Rachild Lund et l'oncle Fredrik qui débarquent au cours d'une page?  Yvar était-il le grand-père ou l'arrière-grand père d'Eric ? Et Olaf ?

Qui Diable est ce Joel ? Ah oui le fils naturel de Max conçu avec une actrice !... Les personnages du film qui a tant compté pour Max, jouent un rôle secondaire mais reviennent à plusieurs reprises, et  se télescopent avec les acteurs ! On ne reconnaît pas le titre du film que l'on confond avec un lieu, là-bas dans le Minnesota, cette brasserie où le père d'Erik travaillait, où Lisa vint le voir  ...  on s'affole lorsque survient « Rosalie » qui a une piste pour retrouver Lisa. Qui donc est Rosalie ? Une cousine, oui, mais  quand et comment a-t-elle fait son entrée dans le récit...

J'ai eu l'impression d'avoir un Alzheimer naissant...

Plus de soixante personnages qui  se partagent 395 pages... c'est trop pour moi ! La plupart sont récurrents, mais ont fait l'objet d'une présentation très rapide, et lorsque je les croise à nouveau, je ne les remets pas.  


Donc plusieurs fils qui ne conduisent à rien de concluant ni de précis. C'est la vie qui va et qui vient...certaines thématiques sont développées avec succès : celle de l'être défunt ou disparu, devenu fantôme, du deuil impossible ...


Le secret de Lars et  Lisa  se révèle moins important que prévu, et même les héros sont déçus : en quoi cette histoire donnerait-elle des clefs pour comprendre mieux leur père ? Pourtant les pages qui  concernent cette dame sont d'une belle force dramatique.

Ce roman ne manque pas d'intensité mais nous n'avons pas de dénouements, de «  chutes »   des différentes intrigues. Après tout, le titre est «  Elégie », cette donnée  n'annonce pas  d'intrigues fortes.  


Il y a un certain nombre de pages intéressantes noyées dans un océan de détails.


Les rêves des différents protagonistes, l'histoire de Miranda de sa fille et de son ex-ami méritait un traitement particulier et eût dû faire l'objet d'un autre roman (court) car elle ne s'intègre pas correctement avec cette histoire familiale complexe. Le docteur Davidsen essaie d'avoir une vie personnelle,  ça on le comprend, envahi qu'il est par les problèmes familiaux remontant jusqu'à la énième génération !! Mais il aurait pu rester simple narrateur pour simplifier le récit.


On peut penser que Hustvedt s'est mise en scène elle-même dans le personnage d'Inga et qu'Auster « est » Max Blaustein. Bien que la différence d'âge soit plus importante : Inga épouse un homme qui pourrait être son père. Huit ans seulement séparent Auster et Hustvedt.

Sophie Auster a aussi plus ou moins a servi de modèle pour « Sonia » l'adolescente révoltée qui » ne veut pas vivre dans ce monde-là ».



Bref des défauts de structure, ou des choix volontaires, qui rendent ennuyeuse la lecture de ce roman pourtant intéressant et ambitieux.


Partager cet article
Repost0
31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 23:14

   A proximité du robinet où l’on branche le tuyau d’arrosage, l’eau est fraîche presque froide, potable, c’est la meilleure boisson qui soit pour la journée. On boit à même le robinet ; parfois, l’on tend les lèvres à l’extrémité du tuyau d’arrosage, lorsque l’on obtient un débit moyen.
L’on est assis sur une des allées d’herbe, qui quadrillent la partie basse du jardin ; d’un côté se trouve le cerisier, de l’autre le plan de fraisier. Il donne relativement peu et l’on n’est pas autorisé à s’en restaurer sinon la cueillette hebdomadaire n’aura plus lieu d’être.

Certaines fraises sont blanches et d’autres jaunes pâles ; on s’autorise à les goûter car elles ne sont pas de la couleur attendue ;  vérifier  qu’elles sont aussi savoureuses que les autres.
On a son livre de poche avec soi ; « le Procès » de Kafka. De source autorisée on a appris que c’était l’un des plus grands livres du vingtième siècle.


Nos parents n’en savent rien !

Grand-père lit le Figaro, Mammie  Femmes d’aujourd’hui, la mère est plongée dans un traité d’homéopathie, le  beau-père se la  joue SAS.

Pauvres gens.

On est assez fier de soi.


L’on monte difficilement chez le peintre, dont Joseph K. espère de l’aide pour son problème judiciaire ; l’atmosphère est irrespirable, comme partout ailleurs, des relents de moisi, d’alcool peut-être ? Et toute cette poussière accumulée! Il ne fait pas bon être asthmatique. On tourne le robinet à nouveau pour se rafraîchir.

 

 La nuit, il est plus agréable d’ouvrir le meuble à liqueur dans l’entrée, et, bravant l’obscurité, les couples  qui  ronflent ou soupirent  dans leurs chambres, qui s’adressent sans doute des remarques lasses cent fois répétées,  leurs possibles curiosité, les émois de l’horloge, et les craquements du meuble, l’on se saisit d’une bouteille plate contenant de la liqueur de framboise ; mais il en reste si peu que l’on n’en prend qu’une gorgée ; ensuite l’on goûte le Martini, cela ne nous plaît guère, la Suze, c’est encore plus âpre, la carafe de Porto, il est nécessaire d’en réduire la consommation à un tout petit fond de verre car cette bouteille ne sert pas à la figuration ; ils en consomment assez régulièrement.

Reste le flacon de Schnaps qui vous incendie l’œsophage.

Le retour dans la chambre  rose au premier, au fin fond du corridor, permet de constater quelques pulsations cardiaques accélérées, un peu de chaleur, un début d’ivresse modeste que l’on renforcera par la consommation de six à sept Gauloises à moins que ce ne soient les Gitanes dont deux paquets occupaient l’assiette à midi, suite à quoi l’on a remercié l’aïeul généreux.

On ne lit pas, on s’exalte.

 Le lendemain à côté des parterres de pensées mauves et pourpres, très près de la maison cette fois, c’est « L’Introduction à la psychanalyse »de Freud qui nous occupe. Nous sommes ravis de lire que nous ignorons presque tout de nos véritables pensées ; à vrai dire nous le savions déjà et il semble que l’on prêche une convertie. Nous pensons à notre famille avec pitié : pauvres gens qui croient dur comme fer dire ce qu’ils pensent et penser ce qu’ils disent, qui s’imaginent pouvoir mentir et dire vrai à volonté !

Partager cet article
Repost0
26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 23:36

A travers ces 30 monologues alternés, des amis, des proches, et des intimes, invités par une claveciniste pour un  concert privé,  on lit et on entend  les préoccupations, le langage, les problèmes d' hommes et femmes d'âges divers, et  d'il y a vingt ans.


Plus exactement la façon de s'exprimer, une génération plus tôt.


Ainsi en est-il  aussi de la musique. Le goût pour les instruments  d'époque, la mode des « baroqueux », mais aussi l'intérêt porté  à la musique synthétique, une grande variété de pensées qui sont intemporelles et ne seraient plus dites de la même façon, aujourd'hui.

Ce qui fait de ces variations tant un beau livre, qu'un document sur les façons de penser de la fin des années 70 en France.

 


Certains de ces participants font des remarques sur la musique qu'ils entendent, d'autres n'en parlent absolument pas, quelques uns s'ennuient à mourir et le disent....chacun  est dans son monde et tente ou non de pénétrer dans celui de la musicienne, tantôt par l'écoute, tantôt par l'observation des autres, d'elle, de la salle, de souvenirs la concernant.  

Un exercice de virtuosité réussi, même s'il y a deux ou trois variations qui se répètent tant, qu'elles sont presque de trop.

Ces monologues tellement bien composés m' émeuvent au premier degré, en dehors de toue sentimentalité.




 




 



 



Partager cet article
Repost0
22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 23:54

Are You Somebody ? 10/18 (Domaine étranger), 1996, 313 pages.

L'auteur, journaliste et universitaire irlandaise, devait écrire une préface pour un livre et ce texte s'est transformée en autobiographie. Elle devint donc écrivain de fiction à 56 ans.

Enfance à Dublin, deuxième d'une famille de neuf enfants ; son père était journaliste lui-même, plume élégante et appréciée, aristocrate dans ses façons, alcoolique ainsi que sa femme, aimait sa famille et ne savait pas s'en occuper. Une famille qui ressemble aussi à l'idée que l'on se fait de la famille Dickens.

L'auteur évoque ces années difficiles, puis son passage dans une école privée religieuse, ses études dans diverses universités, finalement à Oxford, et sa carrière universitaire à Dublin, presque toujours seule femme à évoluer dans un milieu intellectuel d'hommes.

Une existence riche et  mouvementée, des liaisons intéressantes, sa prise de conscience en tant que féministe, son engagement politique, et un témoignage sur les années 60 dans les milieux intellectuels anglais et irlandais.

Un livre brouillon, un peu incohérent, mais plein d'intérêt, le témoignage d'une femme qui dut se battre pour  s'affirmer et y a réussi.

Lire l'avis d'Eeguab  

Partager cet article
Repost0
20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 14:07

Publié aux éditions Hors commerce, vous le trouverez à présent en collection de poche " J'ai Lu, mon ptit Lu".


Cinq vieillards quittent l'hospice pour une balade dans une région marécageuse  aux Roches Sourdes. Il s'y trouve deux champs de tourbe avec des sphaignes «  la terre est noire gorgée d'eau, une boue pâteuse qui colle aux souliers ».Les sphaignes sont des mousses « qui rendent l'eau des tourbières si pauvre et acide, incapables d'accueillir la vie .. quelques arbres chétifs, de la bruyère, de la vase et du ciel. »


Cinq vieillards : Francis, grand amateur de chocolat, autrefois camionneur pour un patron qui l'exploitait éhontément ; Elie, ancien musicien alcoolique, divorcé ; Mlle Cayeux, une dame  qui parle tout le temps pour se rassurer ; Marcelle,"prolétaire", et une infirme muette en fauteuil roulant. Les accompagnateurs, deux religieuses, une irlandaise voulant entrer dans les ordres, et  Christophe, 40 ans, qui a vécu là autrefois et recherche Yolande une femme qui a compté pour lui.


Pour les accueillir, Marc, responsable du musée régional, lequel renferme entre autres une statue de femme nue datant de la Préhistoire. Des faits tragiques ont eu lieu : la mère de Christophe était hébergée aux Roches Sourdes pendant la guerre et ses parents livraient des juifs à la Gestapo. Yolande a eu Marc pour compagnon mais elle est partie... Christophe et Marc vont s'affronter. A peine arrivé, l'un des vieillards en balade tombe sur le cadavre d'une femme...

Un roman policier animé par une dizaine de personnes meurtries, mal à l'aise, la recherche éperdue d'un meurtrier : Christophe et Marc s'accusent mutuellement...

Vous allez aprécier le style singulier pour un roman policier, le présent de narration qui fait surgir le passé  les descriptions sobres et belles...



Cl laude Amoz a publié plusieurs romans dont j'ai chroniqué le Caveau son oeuvre la plus

célèbre, et un recueil de nouvelles " Racines amères" que   Dasola a chroniqué.

Vous pouvez lire une interview de l'auteur   sur le site Action-suspense.



Partager cet article
Repost0
13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 14:00

 

 

 

 

Seuil (Fiction et Cie) 2002. Prix Femina.


Nous sommes en 1810 à Vienne. Agathe, ex-lectrice adjointe de Marie-Antoinette, exilée depuis juillet  se souvient, à l'occasion de ses 63 ans, de sa vie à la cour de Versailles, une expérience qui dura de 1778 à 1789. Surtout elle revoit ces trois journées fatidiques du 14 au 16 juillet 1789 qui virent la chute de l'Ancien Régime, et sa fuite le 16 au soir avec la famille de Polignac.


A Versailles, en 1989, Agathe est une « logeante ». Lectrice adjointe de la Reine, elle travaille peu et ne gagne que le logis. Elle dispose d'une petite chambre, et pour le couvert, mange les reliefs des repas des Grands. Elle ne dispose d'aucune autonomie, n'a pas de rémunération ni d'argent personnel, pas de vie privée. Pourtant, son établissement en tant que lectrice est une planque pour l'orpheline qu'elle est.


La Reine ne prise guère la lecture. Le portrait qu'en fait Agathe  est celui d'une femme-enfant, au caractère incertain, souvent stressée, avec des moments de plaisir éphémères.  Le matin du 14 juillet,  Agathe lira avec elle quelques répliques d'une pièce de Marivaux, puis des catalogues présentant des vêtements réservés à l'aristocratie.

Les nuits, Agathe lit («  avec sa voix d'opium ») pour endormir et  bercer Marie-Antoinette.


La plupart du temps, désœuvrée, Agathe se voue à la lecture personnelle, s'adonne à la broderie avec d'autres dames de compagnie, flâne, admire Versailles, idolâtre la reine.

Versailles est sinistre, lugubre, sale, toujours sombre, envahi de rats, refuge précaire des miséreux, labyrinthique, avec quelques repères : le Petit Trianon où la Reine la fait parfois appeler, le cabinet de Jacobs Moreau, historiographe du roi, source importante d'informations sur ce qui est entrain de se préparer en ces jours difficiles.

... un univers clos, une existence difficile, rebutante, à laquelle Agathe tient plus que tout au monde, car  la vie ne lui a pas donné autre chose.


  L'information est bonne, la documentation soigneuse et très bien utilisée.Ce n'est pas pour autant un simple roman historique. la Révolution n'est pas l'enjeu du livre car il s'agit pour Agathe de faire resurgir un monde passé, dans lequel elle vit encore, et de le magnifier, sans en gommer les aspects effrayants.

C'est un récit poétique traversé de visions étonnantes : les apparitions de la Reine, celles de personnages étranges tels que le curieux docteur Laroche, responsable de la Ménagerie, l'homme qui met un point d'honneur à ne pas se laver, l'Amoureux de la Reine, ce type de personnage bien connu qui tente de séduire une personnalité à laquelle il s'attache,  et qu'il ne lâche plus ( nous les appelons groupies à présent...),  les enfants-pages, les bals de la Reine, les oranges,ces fruits merveilleux ( après avoir lu ce qu'en dit Agathe, vous ne verrez plus l'orange avec les mêmes yeux...) , les lieux étranges du château, et de ses dépendances.

Faut-il relire des pages sur la Révolution pour mieux comprendre ? Non ! Mais la Divine Comédie peut-être...

J'ai  beaucoup aimé ce livre.

Chantal Thomas est aussi l'auteur d'essais, mi-théoriques mi-autobiographiques, tels que «  Comment supporter sa liberté »

http://revueletrait.blogspot.com/2006/05/entretien-avec-chantal-thomas-extrait.html


«  Souffrir » que je viens juste d'acheter

Et aussi les Cafés de la mémoire, sorti en Avril. Il est toujours temps de réécouter l'auteur en parler à l'émission du jour au lendemain du 9 juillet 2008.



Partager cet article
Repost0
1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 10:44

L'Olivier, 2007.

Une explosion atomique, suite à un conflit dont on ignore les circonstances, a profondément altéré l'environnement.

La faune et la flore ont été détruites presque en totalité. Infertile, la Terre est vaine. Une couche de cendre revêt toutes choses, les arbres sont morts et les eaux à l'aspect noir ne renferment plus de vie.

Un homme survit depuis plusieurs années avec son petit garçon, né juste après la catastrophe. Il pourrait avoir sept ans (il sait lire et tracer des mots dans le sable), raisonne, et a  développé une éthique de vie.

En sept ans, si le gamin a bien grandi, la Terre est toujours dans le même état : la destruction est trop profonde pour que quiconque ait pu faire mieux que de survivre au jour le jour. Sur la route, on rencontre des cadavres calcinés, figés là depuis des années.

L'homme et l'enfant se dirigent vers le sud, espérant y trouver plus de chaleur et la mer,  subsistent en pillant les maisons trouvées sur leur chemin, les maisons désertées où l'on peut trouver encore des vivres et des vêtements.

Il leur arrive de bonnes surprises : un pommier qui  donne des fruits, une canette de coca dans un distributeur.

Les mauvaises surprises ce sont les rencontres avec d'autres survivants. Ceux-ci sont assez nombreux, parfois organisés en bandes, souvent retournés à l'état sauvage,et assassinent les passants isolés pour les dévaliser. Des actes de cannibalisme ne sont pas rares.

Les armes à feu n'ont pas disparu. L'homme et l'enfant en possèdent une, heureusement.

Le roman est composés de paragraphes jamais très longs entrecoupés de dialogues entre le père et le fils propos laconiques, réservés à maintenir  l'essentiel de l'acte de communication.


 La fonction phatique (dirait Jacobson) tient une place énorme dans ces dialogues, (ainsi que l'informative), et c'est ce qui  en fait la force.


« Il faut qu'on sorte de la route.

Pourquoi papa ?

Quelqu'un va venir.

C'est des méchants ?

Oui. Je le crains.

Ça pourrait être des gentils. Pourquoi pas ?

Il ne répondit pas. Il regardait le ciel par habitude mais il n'y avait rien à voir.

Qu'est ce qu'on va faire, Papa ?

Partons.

On ne peut retourner à notre feu ?

Non. Viens. On n'a sans doute pas beaucoup de temps.

J'ai très faim.

Je sais.

Qu'est-ce qu'on va faire ?

Il faut qu'on se cache quelque part. Qu'on quitte la route.

Ils ne verront pas nos traces ?

Si.

Qu'est-ce qu'on peut y faire ?

J'en sais rien. »

Un dialogue  aussi long est à peu près inutile : chacun des deux sait parfaitement ce qu'il faut faire. Il sert à maintenir la communication. Souvent, le gamin, déprimé par la difficulté de la survie en milieu hostile, se tait, et  le père lui dit «  Il faut que tu me parles ».


La construction du roman épouse le rythme du cheminement au jour le jour. Le sujet c'est bien « la route » et rien d'autre, en tout cas, c'est ainsi que je le reçois. L'auteur nous promène dans une existence réduite à l'essentiel, à l'élémentaire de ce qui fait la vie de deux êtres qui ont un passé, mais pas d'avenir. La transmission des valeurs s'est faite du père au fils,  et peut-être l'auteur veut-il nous dire qu'elle s'est d'autant mieux faite que les deux êtes vivent dans le dénuement, et  frôlent quotidiennement la déréliction.

L'impact de la morale religieuse du roman peut  irriter, mais  on doit en parler : dans la Bible, Caïn est le premier à faire la route. Dieu l'a condamné  à l'errance.  L 'enfant qui chemine est contraint à une morale stricte,  il semble  vouloir  incarner une sorte de rédemption.


Comme dans l'autre roman de Mc Carthy que j'ai lu (L'Obscurité du dehors), la langue est riche, précise, somptueuse, et sobre en même temps et la traduction admirable.

Beaucoup de blogguers l'on lus:

Amanda Meyre



Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher