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1 février 2006 3 01 /02 /février /2006 19:47

 

Cette  pièce radiophonique ( créée en 1959) est devenue une nouvelle.


Alfredo Traps, représentant de commerce en tissu indéformables, naïf, bon vivant, et « parti de rien », profite d'une panne de voiture dans une petite ville pour y chercher un bon restaurant et une aventure sexuelle, tout en pensant à sa famille ( une femme et quatre fils ) avec des sentiments mélangés.


Tout est fermé. Il accepte l'invitation de quatre vieux messieurs retraités âgés de 77 à 86 ans qui se réunissent touts les soirs pour rejouer leurs anciens métiers : le premier était  procureur, le second avocat de la défense, les troisième juge, le dernier bourreau. L'ex- bourreau tient une brasserie et fournit le vin à volonté.

Les retraités rejouent d'anciens procès  célèbres. Et même exemplaires et quasi-mythique : ils commencent toujours par Socrate... et changent le verdict, si la procédure jouée par eux tourne autrement que dans l'histoire.

Ce soir ils ont un invité : Alfredo accepte de jouer à l'accusé, soirée originale avec de la bonne chère,  bien arrosée.

Les vieux sont de bons convives rigolards... en même temps Alfredo leur trouve de temps à autre un petit quelque chose de diabolique. Traps remarque des détails qui le gênent comme l'éclat violent des verresde lunettes de l'avocat.


Le lecteur s'inquiète davantage qu'Alfredo : les vieux ne sont-ils pas un peu fous, voire pervers ? Mais ils ont aussi l'air de pauvres créatures qui radotent, tout en émettant des idées intéressantes. Ils ont l'esprit logique, et, pour spécieux que soient leurs arguments, ils se tiennent.


A grand coups de sophismes, les rhéteurs finissent par  suggérer  à  Alfredo que si son supérieur, dont il a pris la place récemment, a succombé à une crise cardiaque, il n'y est pas pour rien.

 

Alfredo est tout content de se sentir assassin : le voilà pénétré par la grandeur de son acte !

Hélas, l'avocat de la défense  le fait déchanter....

 

La Panne est un chef d'oeuvre à la langue simple et d'une grande vérité, sans temps mort,

à la fois tragédie et humour noir cruel.


 

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25 janvier 2006 3 25 /01 /janvier /2006 11:40

274275833X-01--SCLZZZZZZZ-V44494308-SS500-.jpgPaul Auster : La Nuit de l’oracle. Actes sud, 20002.

 

Il s’appelle Sidney Orr, d’une famille polonaise Orlowski, et son nom a été amputé pour cause d’exil. Il se remet d’un grave accident survenu en janvier 1982 (chute dans un escalier, traumatisme, collapsus). Nous sommes le 18 septembre de la même année, il est sorti de l’hôpital depuis trois mois. Avant sa chute, il écrivait avec l’ambition de faire de la littérature et obtenait des succès moyens. 

 

Il s’aventure jusqu’à une nouvelle papeterie tenue par un chinois, choisit un carnet bleu portugais, dans quoi il reconnaît le support adéquat pour recommencer à écrire sur un canevas qui lui a été suggéré par son ami écrivain John Transe.

C’est une anecdote relatée par le détective Tom Spade à Brigid O’Shaugnessey dans le « Faucon de Malte » : un nommé Flitcroft échappe de peu à la mort- une poutre s’écrase tout près de lui dans la rue- et décide que c’est un signe du destin : il va commencer une nouvelle vie et disparaître. 

 

Tenté par le départ à zéro, Sidney invente son propre personnage « Nick Bowen », sorti pour acheter des allumettes, qui voit une gargouille tomber d’un mur à côté de lui. Déjà troublé le matin même par une femme qui n’est pas la sienne, ennuyé par son métier d’éditeur qu’il n’aime plus, il décide de recommencer sa vie et prend arbitrairement un avion pour Kansas City en lisant le dernier livre qu’on lui a donné « La Nuit de l’oracle » (un aveugle devin qui cède au suicide pour sa trop précise connaissance de l’avenir).

 

Deux jours après ses retrouvailles avec l’écriture, Sid s’inquiète du comportement de sa femme Grace, qui semble se sentir coupable, troublée , disparaît et reparaît de la maison sans lui donner d’explication, est enceinte et ne veut pas vraiment de l’enfant, alors que Sid et elle sont mariés depuis peu. Mais il a passé des mois à l’hôpital le plus souvent inconscient, en tout cas invalide.

 

Il continue à écrire, concoctant des fictions diverses pour broder autour de son problème personnel. "Nick Bowen" se trouve sans point de repère à Kansas City, travaille sous terre pour un collectionneur d’annuaires téléphoniques datant de la dernière guerre ; dans ces annuaires on trouve les noms des familles polonaises déportées pendant la guerre. Dont les Orlowski. Le propriétaire du sous-sol a engagé Nick pour garder son abri antiatomique dans lequel il s’installe malgré un sentiment de claustrophobie aigu… 

 

Sid commence par ailleurs un scénario de film à propos d’un garçon qui voyage dans le temps du passé à l’avenir, et d’une fille qui fait ce même voyage en sens inverse, de sorte qu’il se retrouvent en 1963 avec l’ambition d’empêcher l’assassinat du président Kennedy… puis Grace fait un rêve qui reprend l’histoire de Nick Bowen qu’elle n’a cependant jamais lue. 

 

Les fictions s’entremêlent sur papier et dans l’esprit de Sid pour tenter d’élucider les mystères de sa vie, ce qu’il ignore et voudrait savoir ( le comportement de sa femme, ses ancêtres polonais, ses actes personnels qu’il interroge, afin de connaître ses pensées inconscientes. 

 

Sa vision de la littérature tient de la superstition et du fantastique (on écrit ce qui va nous arriver comme un rêve prémonitoire plus ou moins masqué) interroge l’idée de toute puissance (peut-on en écrivant provoquer des évènements ? l’écrivain qui a conté une noyade d’enfant et vu sa fille se noyer par la suite, est-ce une coïncidence ?) et tente d’élaborer des mythes explicatifs de sa propre situation. Ces histoires aident le narrateur Sid qui traverse une phase critique de son existence. 

 

Ces fictions qui s’emboîtent les unes dans les autres, et l’interrogation sur la littérature, sa gestation, ses buts, son utilité, ne parviennent pourtant pas à une reformulation inédite du « pourquoi écrit-on ? » même si l’investigation est intelligente et bien menée.

 

On aime l’humour discret mais insistant, générant des situations absurdes et tragi-comiques qui inquiètent et font sourire : l’époux extrêmement amoureux qui a « sa misérable faiblesse masculine » ; les messages d’amour laissé sur le répondeur d’une femme qui les lit trop tard, l’étrange comportement du papetier Chang, l’histoire des deux jeunes qui remontent le temps pour « annuler » l’assassinat d'un président, le chauffeur de taxi qui collectionne les annuaires téléphoniques et vit dans un abri antiatomique, les messages téléphoniques nombreux que leurs destinataires écoutent trop tard, une abondance de messages qui restent lettres mortes.

 

Un très bon " Auster", davantage ludique que " L'Invention de la solitude", et tout autant générateur de réflexions sur la vie et l'écriture.

 

 

 

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15 janvier 2006 7 15 /01 /janvier /2006 17:45

Ivy-Compton-burnett.gifCOMPTON-BURNETT , Ivy (1892-1969)

 Frères et sœurs. Roman anglais.

L’émission de France-Culture ( ce dimanche soir)  sur Ivy Compton-Burnett, romancière anglaise que présente Christiane  Jordis, donne envie de la  (re) découvrir.

Année de publication : 1929

Edition actuelle: Gallimard (L’Imaginaire).

Andrew Stace, gentleman farmer qui va bientôt mourir laisse son domaine à Christian (son fils adoptif )et une rente à Sophie(sa fille biologique). Les deux jeunes gens, qui ont toujours vécu ensemble, font connaître leur intention de se marier. Stace s’oppose à cette union, puis renonce ,et laisse seulement une lettre dans son secrétaire «  à ouvrir après ma mort par Christian ». le mariage a lieu, puis les obsèques du maître des lieux,  mais personne ne se risque à ouvrir le secrétaire où reste à dormir le document..

Vingt-sept ans plus tard, on va fêter les vingt-cinq ans d’Andrew, premier-né du mariage de Christian et Sophie. Lui, Dinah sa sœur, vingt-quatre ans, et Robin , le petit dernier, vingt-deux, sont traités comme des enfants  attardés et vivent sous l’emprise de Sophie, dans leur ancienne nursery, rebaptisée « studio ». Robin a toutefois le droit de gagner sa vie  à Londres.  Christian, médecin surmené, connaît peu ses enfants

Pour se divertir, la famille reçoit quelques voisins qui fonctionnent en couples ou en trios, des voisins qui les envient : Le cousin Peter, bavard, et pique-assiette, sa fille, la pauvre Tylla, qui tient le ménage de ce  vieux despote, et s’occupe de son jeune frère Latimer, légèrement débile. Un autre couple de frère et sœur de l’âge des Stace, Jullian et Sarah, vivent modestement  et feignent d’avoir de l’argent. Jullian souffre de tourments existentiels qu’il énonce plaisamment ainsi : «  Comment faire pour que mon absence ou ma présence représente un vide non négligeable pour moi comme pour les autres ? »

Un quatrième couple de frère et sœur, Edward, pasteur, et Judith,  vivent dans une de certaine gêne sans le dissimuler, et tentent de se mettre en valeur  en prêchant une morale  chrétienne  qu’ils déplorent, en privé, de devoir pratiquer.

Toutes les jeunes femmes précitées voudraient plus ou moins épouser Andrew, et les jeunes gens Dinah. Mais, au vrai, ils préfèrent rester comme ils sont, car l’inceste, pratiqué ou non, reste plus fort que l’attirance pour un partenaire qui ne soit pas de la famille.

Personne chez les Stace n’a jamais ouvert le secrétaire ni lu la lettre adressée à Christian. Le secret du vieux Stace  semble trop facile à deviner pour qu’on  mette les choses au point.

Un couple de frère et sœur français, Gilbert et Caroline, et leur mère Mrs Lang, qui viennent de s’installer,  va précipiter les événements...

la technique narrative est celle des dialogues et du discours indirect libre, avec peu de descriptions. C’est sur le ton le plus ordinaire que les personnages se disent les pires  méchancetés, et avec beaucoup d’emphase qu’ils se communiquent des choses de peu d’importance. L’absence de chagrin réel de Sophie qu’elle transforme en deuil exubérant est très bien rendu. Peter, Tylla , et Latimer forment un trio comique, et Tylla se venge d’être coincée entre père grincheux et tyrannique et frère demeuré, en devenant l’une des plus belles langues de vipère de la littérature.

Ivy Compton-Burnett n’a pas sa pareille pour dénoncer l’hypocrisie sociale, le chantage affectif, la misère psychologique. Sa galerie de personnages est d’un  réalisme féroce.  

 

Année de publication : 1929

Edition actuelle: Gallimard (L’Imaginaire).
Photo : la romancière , enfant.


 

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14 janvier 2006 6 14 /01 /janvier /2006 18:18

51FSSCN7ZCL.-AA240-.jpgPaul Auster (3/02/1947 à Newark ( New-Jersey).

 

Eléments biographiques

 

 

Diplômé de Columbia University, vit en France de 1970 à 1974, puis à Brooklyn. Il cumule les activités d’essayiste ( « The Art of Hunger » ; « White Space » de traducteur, de poète. ( « Unearth »), et de romancier.

En 1982 , « The Invention of Solitude » inaugure cette carrière de romancier, tardive par rapport aux autres activités. La trilogie new-yorkaise témoigne de recherches poétique et linguistiques. C’est avec « Léviathan » qu’il obtient le prix Médicis étranger en 1993.

 

 

L’Invention de la solitude .

Le récit se divise en deux parties : « Portrait d’un homme invisible « et « le livre de la mémoire ». C’est un roman autobiographique : l’auteur du livre et le narrateur sont les mêmes. Le récit n’est pas chronologique : le narrateur met en présence diverses péripéties et éléments qui lui paraissent se faire écho, entrer en résonance.

 

La mort du père est l’événement déclencheur qui ouvre le récit. Le narrateur vivait loin de son père et les contacts étaient rares et difficiles. Divorcé, ce père continuait à vivre dans la maison familiale pendant quinze ans tout en la laissant à l’abandon. Sa vie se déroulait ailleurs.

 

 

Le fils décide d’écrire sur son père, ayant l’impression que ce dernier ne laissait pas de trace, « ne faisait que se prêter à la vie ». Avant le mariage, à trente-quatre ans, il vit une existence mondaine, et reprendra ce mode de vie après son divorce. Sa femme se rend compte très vite que cette union est une erreur, mais elle a déjà un enfant et ne peut le quitter. Le narrateur a le sentiment de n’avoir jamais réussi à attirer l’attention paternelle. En revanche lorsque sa sœur veut consulter un analyste, le père s’y oppose violemment. Le fils le soupçonne alors d’avoir dissimulé quelque chose. Il enquête sur la famille du père, en particulier à partir d’une photographie où l’on a volontairement fait disparaître l’image du grand-père, disparition qui laisse une trace.

 

 

En 1970, il apprend la vérité : le 23 janvier 1919, sa grand-mère avait tué son grand-père à coups de revolver, en présence des enfants.

Ce grand-père, immigré d’Autriche, spéculateur dans l’immobilier, s’était séparé de sa femme depuis quelque temps. A la suite du meurtre la grand-mère tenta de se suicider, son beau-frère de la tuer…toutefois elle fut acquittée, mais poursuivie par son histoire passa le reste de sa vie à déménager, avec ses cinq enfants , tous unis en un clan. Le père du narrateur, devenu adulte travaille dans l’immobilier et réussit bien sa vie sociale tandis qu’en famille il est « absent » et silencieux.

 

II

Dans la deuxième partie, le narrateur évoque son existence à Paris. Il met en évidence quelques coïncidences mystérieuses. Il a occupé la même chambre que son père, juif, habitait pendant la guerre pour échapper aux nazis. L’espace extérieur reproduit pour lui l’espace intérieur : Amsterdam et ses canaux s’imposent comme la projection de l’Enfer de Dante, et renvoient aussi aux cercles de la mémoire et aux strates du temps.

 

 

Il sauve son fils de la mort-in extremis- et, là aussi, perçoit des similitudes entre sa vie et celle de Mallarmé qui perdit son fils dont la ressemblance avec le sien lui paraît troublante. L’esprit qui conserve dans l’écriture le souvenir, procède à une traduction du réel en fonction des structures mentales dont il a hérité : dans un texte, ce sont les autres qui parlent. Pourtant, il existe une vérité dont on peut chercher le lieu. Les coïncidences témoignent d’une cohérence que le mot « hasard » ne recouvre pas.

 

La mort du père introduit une rupture dans l’existence du fils : grâce à l’héritage, il se consacre à l’écriture. En retour, le fils cherche à donner au père une existence littéraire pour le sauver de l’oubli ; cela oblige à une réflexion sur les fonctions de l’écriture et sur une difficulté fondamentale à quoi elle achoppe. Est-il possible de décrypter l’énigme constituée par un être. Peut-on pénétrer la solitude d’un être, n’écrit-on pas une traduction subjective de la réalité, une déformation inconsciente des souvenirs ?La question du père aboutit à une remise en cause du lien de filiation qui structure la parenté et plus encore aux rapports humains. L’individu ne peut se penser qu’en référence à la collectivité. Le premier groupe humain connu est la famille.

 

Il recherche une explicitation du non-dit, à travers la parole publique émise sur l‘acte commis par la grand-mère. Cet épisode occulté apporte une information pour la compréhension du caractère paternel. Les données nouvelles font vaciller l’image première du père. D’abord indifférent au monde, il s’humanise dans un cadre social qu’il s’est défini. Cependant la somme des hypothèses logiques, rationnelles, ne parvient pas à résoudre l’énigme posée par un individu. En exposant les faits, on se rend compte qu’ils ne parlent guère.

 

 

Pour rendre cohérente son approche de la réalité, le narrateur décide que « l’univers n’est pas seulement la somme de ce qu’il contient, il est le réseau infiniment complexes des relations entre les choses. »Les séquences d’une vie peuvent répéter des épisodes déjà vécus par d’autres qui ont une sensibilité en commun. » tout paraissait se répéter. La réalité ressemblait à l’un de ces coffrets chinois : une infinité de boîtes contenant d’autres boîtes .Ici encore, de la façon la plus inattendue, le même thème resurgissait : "l’absence du père, cette malédiction »

Juif, le narrateur reproduit , en tant qu’individu, le modèle de la diaspora. Il n’a pas de lieu où se fixer, excepté l’écriture qui fixe la mémoire. Le passé, toujours présent dans le souvenir, transforme la solitude individuelle en un témoignage universel.

 

 La réflexion est très poussée.

 

l'un des premiers ouvrages d'Auster, et celui que j'ai préféré jusqu'ici.

 

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14 janvier 2006 6 14 /01 /janvier /2006 18:05

AbeKobo5.jpgKobo, Abe( 1924-93)  "Le Plan déchiqueté" ; roman japonais . Stock ( Biblothèque cosmopolite).

 

Un détective d’une agence privée à Tokyo (jamais nommée) est chargée de retrouver un certain Nemuro, disparu depuis six mois, dont la fiche signalétique nous est fournie en exergue du roman : 34 ans, chef de division aux entreprises Dainen, vendeur.

Le narrateur-détective s’aperçoit vite que la personnalité du disparu est difficile à déterminer à cause de sa famille. Nemuro Haru , toujours porteuse d’un discours sibyllin, affirme que le seul indice est une pochette d’allumettes venant d’un bar où l’on semble recruter des chauffeurs de taxis «  au noir ». Mais pourquoi Nemuro serait-il devenu chauffeur ?

Le détective rencontre aussi le supposé beau-frère  de Nemuro, dont il va découvrir qu’il est proxénète ;et fait sans doute travailler sa sœur.

Un jeune homme de l’entreprise Dainen, Tashiro, que Nemuro devait voir avant de s’en aller définitivement, entraîne l’inspecteur sur des pistes fausses en avançant des théories et se rétractant ensuite. Perdu dans le labyrinthe  des quartiers de Tokyo, le détective est amené à faire toutes sortes d’hypothèses qui n’aboutissent pas , à  partir de la suspicion qu’on a tenté de se débarrasser de Nemuro. Qui aurait voulu empêcher sa femme de se prostituer.

 Puis le frère de Haru meurt dans une rixe. Et c’est Tashiro qui menace de se suicider au téléphone, si l’on continue l’enquête.

Le détective se retire de l’affaire et se fait tabasser dans le bar où l’on se livres à toutes sorte d ‘activités  illicites. Il perd la mémoire à la suite d’un mauvais coup et vit des expériences éprouvantes : un quartier où il croit reconnaître  des bâtiments cesse d’exister dès qu’il s’en approche. Il erre au hasard, dans la ville et la trouve vidée de ses habitants …

Considérant les maigres indices qu’il possède , sur l’homme qu’il recherchait, il s’en sert à présent  pour tenter de savoir qui il est lui-même. Une pochette d’allumettes. Un numéro de téléphone .celui de la femme de Nemuro , pense le lecteur ( à moins qu’il n’ait également perdu la mémoire ?)

Elle vient le chercher : elle lui dira qui il est. Mais , c’est une femme de petite vertu, aperçue au bar qu’il voit apparaître. Il se dissimule.

Le voilà enfin soulagé : il renonce à en savoir davantage. Il  a l’impression de partir sur un chemin nouveau. :

«  A quoi servirait-il qu’on me découvre ? désormais, j’aspirais à un monde que  j’aurais  moi-même choisi. Ce serait mon monde à moi que j’aurais élu librement ».

 

 

Le plan inutilisable de la ville, c’est aussi la « carte » de la personnalité du disparu, remplie de quartiers, immeubles, parkings, bars, anecdotes, photos, … qui sont autant de signes mais pas de points de repère .Lorsque  le détective devient amnésique, il est semblable à l’introuvable homme qu’il cherchait.

Les relations entretenues avec les personnes interrogées  sont autant de dialogues de sourds : elles répondent une question par une autre, ou par une information invérifiable et qui n’a rien à voir avec ce qui est demandé. Le détective apprend bien quelque-chose sur les activités frauduleuses des gens qui entouraient Nemuro. L’enquête policière est d’ailleurs assez banale, même si entourée de mystère et de pérégrinations sans fin sur les lieux que le disparu est censé avoir hanté. Il s’agit bien d’un individu  que l’on a fait disparaître d’une façon ou d’une autre parce qu’il était gênant.

Toutefois, l’acharnement du détective qui se passionne pour une histoire inélucidable, d’où il ferait bien de se retirer, son goût particulier pour la fréquentation de gens  qui lui paraissent détenir un secret, pour les lieux  inquiétants, où l’on ne peut plus se repérer, font de l’enquête une quête.

Ce n’est pas une quête d’identité : c’est au contraire lorsqu’il est sans recours, en pleine déréliction, que le narrateur  semble avoir atteint un but qu’il ignorait rechercher. Est-ce une opération suicidaire ? Une quête mystique ? ….on peut faire différente lectures.

 

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14 janvier 2006 6 14 /01 /janvier /2006 09:44

Demain-dans-la-bataille.jpgJavier Marias ( Né en 1951) " Demain dans la bataille pense à moi"; roman espagnol ; année de publication : 1994. Traduction aux éditions Rivages en 1996.

Un soir, à Madrid, rue Conde de la Cimera,un appartement bourgeois. Marta Tellez, jeune femme de trente ans a invité le narrateur à dîner. Il espère qu’il s’agit d’un rendez-vous galant. Lorsque le mari de Marta, Eduardo Dean, téléphone de Londres et s’enquiert de sa femme et de son fils Eugenio, deux ans, elle n’évoque pas son invité.

Après avoir persuadé Eugenio d’aller dormir, le couple commence à s’occuper d’eux-même .Marta est prise d’un malaise soudain. Elle meurt dans les bras du narrateur, au bout de soixante-dix pages qui n’auront été, pense-t-il que quelques minutes.

Le narrateur ne veut pas compromettre Marta ( Il est déjà temps de dire « sa mémoire »), appeler son mari car elle n’aurait pas voulu . « Il me tuerait » avait-elle dit. Il ne peut emmener l’enfant, ni le laisser, ni appeler la famille. Ni rester.

En partant, il laisse de la nourriture à Eugenio sur la table de la cuisine, et deux téléviseurs allumés avec deux films différents, et le son très bas. Il a rhabillé Marta et l’a couchée sous une couverture .Il emporte tous les enregistrements récents du répondeur téléphonique ; Le répondeur lui apprend qu’elle avait un amant qui ne pouvait venir ce soir-là : lui est le remplaçant de l'amant qui est le remplaçant du mari. Aurait dû l’être.

Dans la vie, il est « nègre « de « nègre », écrivant des scénarios et des discours pour le compte d’un certain Ruiberriz, , censé se charger de ce travail qui les revend à une personnalité censée les avoir écrites elle-même.

Aux funérailles de Marta, caché derrière un bosquet, il repère les membres de la famille, le vieux Tellez,Luisa, la sœur de Marta, Eduardo, le mari. Ce dernier est déterminé à retrouver le visiteur de Marta, qui a dû laisser des traces sur son passage. Le narrateur se fait connaître , anonymement, se faisant passer pour Ruiberriz. Le vieux Tellez lui donne du travail d’écriture pour un individu désigné par l’expression « Only you «, grand magnat de l’édition .

Au bout d’un mois, il connaît un peu la famille : Luisa semble avoir deviné que c’était « lui ». Un jour, il est mis en présence d’Eugenio, qui le nomme : Itor et le trahit. Par la suite, le narrateur donne son nom aux lecteurs ainsi qu’aux Tellez : Victor Francès. Il arrive à discuter avec Luisa, et attend le rendez-vous avec Eduardo son presque-rival qui a quelque-chose à lui raconter depuis le début.

le titre est tiré de la pièce de Shakespeare Richard III ; à l’aube de la bataille, il s’entend interpeller par les spectres de ses victimes : « Demain, dans la bataille, pense à moi ! Et que tombe ton épée émoussée ! Désespère et meurs ! ». ce n’est qu’au dévoilement final, à la rencontre avec Eduardo que le message prend son sens. …

Le texte tout entier est rapporté par le narrateur, ses pensées, comme ce qu’il voit et les discours qu’il adresse aux autres, ainsi que les paroles qu’on lui adresse, et les pensées qu’il prête aux autres. Il utilise pour cela , assez souvent le discours direct et le monologue souvent mis entre parenthèse. L’ensemble a parfois l’air d’une sorte de cacophonie. Le rythme se ralentit et s’accélère sans transition , au gré de ses pensées et réactions. Il se dit « haunted » par la situation créée.

Nous aussi sommes Haunted...

A Madrid,où il se trouve, il pleut tout le temps, et c’est l’hiver : on se croirait à Londres, où se trouve Eduardo…


D'autres romans à lire de cet auteur : Un coeur si blanc ; Le Roman d'Oxford. je les ai lus antérieurement, je ne pense pas les reprendre, même s'ils m'ont bien plu. Moins que celui-là cependant. Mais je ne trouve pas de critiques à mettre en lien sur le Net.

" Dans le dos noir du temps "( dernier paru):  Je n'y comprends rien... quelle déception! Si quelqu'un veut m'expliquer....

 

 

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5 janvier 2006 4 05 /01 /janvier /2006 15:44

Cosmos de Witold Gombrowicz  ( 1969)
 
 
 roman glauque pour employer une expression à la mode.
 
 

Le narrateur, étudiant, et son ami Fuchs qui appréhende de reprendre son travail dans un bureau d'étude, ont encore deux semaines de vacances devant eux. Arrivés dans un village, cherchant une pension de famille, ils aperçoivent dans les fourrés un moineau pendu à hauteur d'homme. Inquiets et curieux, ils prennent pension dans la maison d'en face et commencent à observer le comportement des logeurs.


Le maître de maison, Léon parle un curieux langage fait de néologismes, fabrique des boulettes de pain qu'il sale et observe à la loupe pendant les repas. Sa femme s'appelle Bouboule. La servante Catherette a un morceau de la lèvre inférieure un peu de travers, suite à un accident : ce morceau de chair semble pendre.Léna, la fille de la maison, est fort avenante mais mariée à un architecte qui parle vraiment très peu.


Bientôt , toutes sorte de signes indiquent aux garçons la route vers l'étrangleur de moineaux Une ligne au plafond qui forme une flèche, un bout de bois dans le jardin pendu au bout d'une corde, un timon dans une cabane qui désigne la chambre de Catherette… dans laquelle il n'est pas normal de trouver un clou enfoncé dans le mur, très bas, et encore moins une aiguille et une lime plantées dans la table…d'autres anomalies se précisent : Bouboule tape de toutes ses forces avec une pioche dans une souche , la nuit .des bruits violents se produisent , chez Léna et son époux, qui cessent dès que le narrateur frappe à leur porte.

Venu les épier par leur fenêtre éclairée, du haut d'un sapin, il voit Léna se déshabiller, pendant que son mari regarde fixement une théière, puis éteint la lumière.

De rage, le narrateur en étrangle le chat de Léna et le pend. Le lendemain de cette nuit funeste, tout le monde cherche le coupable…



On se demande si la famille est vraiment anormale, ou si Fuchs, et le narrateur, ne sont pas en train de délirer, tant de petits faits ont, pour eux, commencé à prendre une sorte de signification.

Une ambiguïté qui  séduit.
 

 Alors, Léon décide une excursion commune dans la montagne pour se changer les idées…

 
Cosmos ?

Vouloir mettre de l'ordre dans le chaos ou révéler le chaos sous l'ordre apparent ?

 

A partir du fait étrange de ce moineau pendu, les garçons cherchent à mettre au jour la faille en se repérant dans un dédale de signes et de petits faits qui les obsèdent. C'est un regard d'enfant qui le plus souvent, préside à leurs découvertes.

Qui d'autre qu'un enfant observerait avec intensité un enchevêtrement de lignes et de craquellement dans le plâtre, de taches brunâtres dans l'angle d'un plafond par ailleurs blanc, et y verrait une carte géographique, avec des indices ?


 Et qui d'autre qu'un enfant, verrait dans une sorte de ligne zigzagante à un autre plafond….une flèche ?


Qui d’autre repèrerait les petits défauts physiques (un bout de chair de travers), en serait  choqué et fasciné à la fois, nous les rendrait  obscènes ?


Et qui ‘autre s'intéresserait aux manies langagières et  gestuelles du maître de maison ?


Retourné à ces indices de chaos originel, plus vrais que la réalité apparente, les protagonistes jouent sérieusement à détraquer encore plus la réalité : d'abord, dans le langage qui s'affole au point de perdre les notions élémentaires de syntaxe (c’est Léon qui a donné l'exemple), en diverses occasions. Puis de trouver la solution de l'énigme : qui a tué le moineau et donc fera pire ? Peut-on provoquer la catastrophe ou la précipiter ?


Mais il n'y a peut-être une autre façon de voir ? Et si les protagonistes de la maison ne livraient que des indices de folie et étaient loin de céder à la catastrophe que leurs attitudes suggèrent ?


Quelque chose dans l'utilisation d'un lexique concret et obscène, dans le ton, les rythmes, fait penser à plus d'un texte de Rimbaud en vers ou en prose.

 

Cosmos est un livre dans lequel on s’embarque pour un autre monde….

 

Pour ce qui est des autres romans de l’auteur : « La Pornographie » doit ressembler à Cosmos, vous tenir en haleine pour ne plus vous lâcher, je compte le lire bientôt.

Ferdydurke, le plus célèbre, je ne peux pas le lire. L’auteur s’y étale complaisamment, avec ce que l’on appellerait aujourd’hui un « ego surdimensionné ».

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