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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 23:32

Ed des Deux Terres, 2014

Titre original : the Saint-Zita Society, 2012.

Le quotidien des employés de maison de quelques bourgeois aisés de Hexam Place à Londres.

June, demoiselle de compagnie de la Princesse, 78 ans, décide de fonder un genre de syndicats qui se réunit au Dugong pub. Les autres membres le sont devenus pour lui faire plaisir...

Il y a Henry chauffeur de Lord Studley, qui passe son temps à attendre son maître, et le reste à faire des galipettes avec la gent féminine de la haute société.

Il ne s’en plaint pas trop, sauf qu’il a très peur d’être découvert, et que les  femmes ne font rien pour éviter de le compromettre… le docteur est très sympathique avec Jimmy parce que comme lui il a des origines roturières ; Beacon est le chauffeur noir des Still ( l’homme est banquier) il est outré par les mœurs de sa patronne.

Montserrat est catalane comme son nom l’indique ; elle est entrée au service des Still grâce à son père, et n’a rien à faire mis à part servir le thé, ouvrir une certaine porte à certaines heures et surveiller...

Rab est un acteur apprécié de séries télévisées médicales type « urgences » et le petit neveu de June ; la Princesse le reçoit aussi.

C’est Rabia une jeune pakistanaise, qui s’occupe des enfants Still notamment le petit Thomas qu’elle affectionne particulièrement car elle a perdu des enfants en bas âge.

On doit aussi mentionner Dex le jardinier : il adore les plantes et les fleurs et s’en occupe à la perfection.

Et Thea, une drôle de femme qui sert de domestique à tout le monde, tout en proclamant qu’elle n’est pas une domestique !! Sa culpabilité et son orgueil lui coûtent cher…

Le crime se commet à la moitié du roman, ne soyez pas trop pressés !

Un bon Rendell, des personnages divers et bien campés, une action lente mais agréable à suivre, un humour féroce, crime et assassinats au rendez-vous ; Rendell est toujours bonne lorsqu’elle fait évoluer des employés de maison…

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 12:37

Denoël, 302 pages 2016.

 

Après la Champagne et les montagnes albanaises, c’est en Patagonie que nous entraîne L’auteur. Toujours plus loin !

Dans la région des plaines au climat semi-aride, au début du vingtième siècle, nous partageons l’existence d’une famille d’éleveurs de vaches et moutons ; qui se compose de « la mère » , et ses fils :  les jumeaux Mauro, grand et fort ,son frère Joaquin, Steban dit le débile, et Rafael «  le petit ».

Ces êtres vivent d’une façon très frustres, ne se lavent jamais, ne vont pas à l’école, toute leur vie c’est le travail , d’abord s’occuper des bêtes, cultiver aussi un peu, toute la journée, sans aucun congé, et dès qu’ils savent marcher, ils bossent ! Ce qui frappe c’est l’extrême violence des rapports qu’on hésite à dire «  filiaux ». Ces êtres se haïssent et se craignent. Les aînés maltraitent les plus jeunes surtout le « petit » un peu moins le débile, qui a eu la riche idée de se faire passer pour tellement idiot qu’il intéresse moins la féroce jalousie des terribles jumeaux. La mère ne protège pas les plus jeunes. Elle les déteste tous, ne compte que leur capacité de travail. Et tout les quatre obéissent à la mère, et la craignent. C’est que la mère elle a réussi à faire fuir le père ( le débile en sait plus que les autres là-dessus…)

Un jour, à la ville, la mère a tout perdu au poker. Le fermier a gagné Joaquin qu’elle avait mis en jeu. Le voilà parti travailler chez un autre propriétaire.

Un autre jour, c’est Rafael, qui part à la recherche des chevaux qui se sont enfuis.

Ces deux départs vont amener des changements à la ferme.

 

Décrivant l’existence de cette famille de sauvages, rendus à un total dénuement affectif,  l’auteur nous montre les rapports de force, ( détruire le plus faible) et ce  qui est à la base du lien social : le sentiment de crainte ; les fils craignent la mère, et ne remettent pas en cause son hégémonie ; ils attendent aussi d’elle le nourrissage, tous les quatre, les bourreaux comme les victimes. Enfin, le travail  le rendement, le rapport à leurs animaux qui leur est d’un grand secours. Apparemment, ces êtres n’ont pas d’affection les uns pour les autres ; mais ils recherchent des alliances.  La progression du récit  montre l’humanisation de Rafael le « petit » capable de commencer à créer le fameux lien social, lorsque l’occasion lui en est donnée. En fait, il reste davantage que la poussière...

Le vocabulaire est très précis ; l’élevage des moutons et vaches n’a pas de secrets pour l'auteur, ni la vie élémentaire de chasseur-cueilleur, la nature est rude mais belle ( comme la voit Rafael) et il y a de la poésie dans ces pages austères. Encore une pleine réussite pour Sandrine Collette, une très bonne romancière.

Je n’aurais pas édité ce livre dans une collection de romans policiers. S’il y a un crime ou plusieurs, dans un roman, ce n’est pas une raison pour décréter que c’est un policier !

 

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 14:21

 

 

645 pages 10/18, 2015

2008 1ere publication. D’abord la version française est parue chez Sonatine, en 2014.

Cette intrigue m’a fait penser à celle du film «  Broken Flowers «  de Jim Jarmusch.

Un homme a reçu une lettre anonyme mais émanant sûrement d’une femme lui laissant entendre qu’il avait une progéniture dont il ignorait tout. Cet homme c’est Damian Baxter, qui a fait une brillante carrière à la City ; lorsqu’il a reçu la lettre il a attendu qu’on lui réclame une pension pour l’enfant, mais rien n’est venu.

S’étant marié sur le tard, il n’a pu procréer, et a divorcé. Menacé d’une fin prochaine, il repense à la lettre, et voudrait cette fois ardemment léguer sa fortune à cet(te) héritier (re).

Il va charger son ex-ami (le narrateur du roman) de retrouver cet héritier, lui fournissant une liste de plusieurs anciennes maîtresses qui ont eu un enfant avant une certaine date.   Le narrateur  déteste Damian depuis certains événements fâcheux qui se sont déroulés au Portugal en 1970. Et pourtant il va se charger de ladite mission.

Le narrateur appartient à ce milieu particulier qu’est l’aristocratie britannique. Jadis, lors de leurs études à Cambridge,  il introduisit Damian l’ambitieux dans ce milieu, sur son souhait. Les jeunes filles,  frisant à présent la soixantaine, en étaient aussi.

Le roman est bien agencé, souvent critique, féroce et  parfois drôle (certains bals qui tournent au cauchemar, certaines personnes fortement caricaturées)  souvent romanesque et bien plus sentimental que Broken Flowers… Des passages m’ont paru  longs et ennuyeux : des descriptions de manoirs, de revers de fortune, de rituels propres à l’aristocratie, des changements intervenus après les sixties ; Des personnages introduits, j’ai apprécié Damian, le narrateur, au moins deux des femmes,  Lucy Dalton et Terry dont la déchéance et l’alcoolisme sont très bien rendus, moins Serena, un peu trop parfaite.

En fait, il y a trop de personnages, l’intérêt se dilue parfois. Dans l’ensemble on dira pourtant que cette étude de mœurs est réussie, très documentée.

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 13:02

Stock, 2016, 537 pages.

Thomas , informaticien spécialisé dans la conception de logiciels de contrôle et surveillance ;ce soir il attend sa femme, Camille, également informaticienne. Il a préparé un repas pour les diex ans de vie commune ( elle n’aime pas dire «  mariage ») , mais ne sait si elle va pourvoir venir car elle est de plus en plus prise par son travail. En fait, elle ne viendra pas car elle a eu un grave accident de voiture, sur une route départementale en Normandie, où elle n’avait aucune raison de se trouver. A partir de cette tragédie, Thomas va devoir affronter les abysses du désespoir ; pour lutter contre l’affliction il enquête de façon pragmatique: connaître la cause de l’accident, et où sa femme allait ce soir là. Étude sérieuse, l’ordinateur de bord du véhicule, les objets du sac de Camille, le contenu du coffre, les demandes aux amis qu’elle avait ( et qu’il ne connaissait pas). Sa quête va également le mener vers son frère aîné éleveur de moutons dans les Pyrénées ; plus tard sa sœur qui gère une ONG au Cameroun… son job aussi il va devoir le réévaluer, ses rapports avec ses deux enfants…

Suite : le Moleskine. L’auteur utilise presque exclusivement le présent de narration, et les dialogues sans guillemets, très vivants,  pour instiller un sentiment d’urgence, exprimer les déplacements permanents de Thomas, dans ses pensées (retour dans le passé, cauchemars, sensations de perte et d’effroi) et dans la réalité ( il est toujours en mouvement, à pieds en voiture , en taxi, en tacots brinquebalants, escalade des montagnes des escaliers…) . Tout cela s’intègre à merveille dans le flux narratif, bourré de virgules, ce qui le rend à la fois souple et violent.  J’ai apprécié aussi les descriptions précises et toujours significatives de lieux auxquels on ne prête que peu d’attention d’ordinaire : des défilements de bâtiments dans  des zones industrielles, des  terrains vagues, des bords de route, des entrées d’immeubles etc.… traités aussi noblement que les paysages de montagne, et l’église abbatiale de Rouen. De toute façon la variété de lieux décrits à de quoi éblouir ! Je n’ai rien dit du Cameroun, pour la troisième partie, et c’est tout aussi impressionnant. En dépit des épreuves traversées, une fin plutôt optimiste.

Un très bon roman dit «  de la rentrée » .

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 13:20
Eric Vuillard 14 juillet *****

Actes sud, 2016, 200 pages.

L’auteur relate le jour qu’on appelle « fête nationale », du point de vue du peuple, des ouvriers employés artisans installés à Paris( souvent exilés d’une province) et vivant dans une extrême précarité. La rébellion débute le 23 avril lorsque le patron de la manufacture de papiers peints (florissante) décide de baisser le salaire des ouvriers déjà sous alimentés et manquant de tout. En même temps, le patron d’une fabrique de salpêtre fait de même. Le 27 avril les ouvriers s’attaquent à la « folie Titon » la principale manufacture de papiers peints, et s’introduisent chez Henriot l’autre patron. La répression sanglante fait 300 morts, la révolte empire, et nous voilà au fameux 14 juillet. C’est par le menu, que Vuillard raconte l’introduction dans la Bastille de petites gens fascinés et révoltés qui n’ont pas grand-chose à perdre, et dont beaucoup d’entre eux manient une arme pour la première fois. L’auteur cite beaucoup de noms : ceux qui étaient là et disparaissent de l’histoire ( c'est-à-dire des traces écrites peu soucieuses du devenir du peuple) une fois leur geste achevée pour cette journée ; quelques uns œuvreront pendant toute la révolution ( Jean Rossignol ; Louis Maillard) sans que cela leur apporte rien de bon.

L’auteur présente une geste spontanée, autant que fougueuse et violente : dans son récit, rien n’est prémédité, les émeutiers avancent, forts de leur nombre sans cesse accru, vers la Bastille, symbole de ce qui les réprime. Certes, ils se sentent menacés.

A peine l’auteur met- il en scène pour quelques lignes Mirabeau et Desmoulins (« La volonté du peuple entre dans l’histoire »).

« Camille propose au peuple la colère. Il grimpe sur une table devant le café de Foy. « On prépare une st Barthélemy des patriotes »lance-t-il.

L’impression que nous laisse l’auteur est tout de même qu’ il n’y a pas de chefs, que la foule des insurgés n’est pas manipulée par une quelconque instance. Les hésitations sont nombreuses, tout se décide en l’instant.

Une écriture très efficace, souvent lyrique, le présent de narration bienvenu, nous mettre dans la peau d’inconnus en action, qui, leur héroïsme aidant, se retrouvent soudain seuls, ébahis, dans des lieux où ils n’avaient jamais imaginé se trouver.

Le choix d’un vocabulaire trivial et savant à la fois, la frustration de voir que rien de bon n’est advenu de cette journée pour ceux qui vraiment combattu et qui avaient le plus de besoins.

Pour moi qui ne suis pas historienne, ce récit est parfait, bien au-delà d'une leçon d'histoire, et, même si romancé, il laisse amer.

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 18:05
William  Trevor le ¨Voyage de Felicia *****

1996 (1ER publication 1994)

Phébus

Dans les années 1990, Félicia, jeune fille de 17 ans, vient de quitter sa famille en Irlande, pour aller retrouver Johnny en Angleterre. Félicia est enceinte de lui ; elle croit savoir qu’il travaille dans une usine de tondeuse à gazon, à Birmingham. Mais il ne lui a jamais communiqué son adresse.

Félicia a d’autres raisons de partir : mise à pied de l’usine de conserverie de viande où elle travaillait, elle s’est vue contrainte de devenir ménagère pour le foyer de son père et ses frères, et aide-soignante pour sa grand-mère grabataire. D’où une important perte d’autonomie.

Le séjour de Félicia à Birmingham, d’errance en errance, va se transformer en parcours initiatique ; au cours de ses pérégrinations, elle partage brièvement l’existence de personnes sans domicile fixe, d’une communauté de convertis exaltés genre témoins de Jéhovah, et surtout de l’inquiétant M. Hilditch, un homme de cinquante ans, qui attire chez lui les jeunes filles en détresse, sous prétexte de les aider. Lorsque ce monsieur vole l’argent de Felicia afin qu’elle soit contrainte de revenir à lui, nous avons très peur pour elle…

L’intrigue se déploie avec lenteur entrelacée de deux monologues : tantôt nous sommes dans les rêveries et pensées de M. Hilditch, tantôt dans celles de Felicia ; l’un et l’autre, le prédateur et la proie, sont finalement assez proches ; en égrenant leurs souvenirs, on s’aperçoit qu’ils se mentent à eux-mêmes, mais de moins en moins, et vont s’approcher de leurs vérités respectives. Bien sûr, le récit n’est pas exempt de suspens ; nous avons là un thriller à la façon très spéciale de William Trevor, en plus d’un roman social, le tout teinté d’une ironie noire. Ce roman est l’un des meilleurs de son auteur.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 23:22
Julie Courtney-Sullivan Maine ****

LP, 594 pages, 2011

Roman choral, quatre voix (Alice 83 ans, Kathleen sa fille cinquantaine avancée, Ann-Marie sa belle-fille même génération, Maggie sa petite fille 32 ans).

Alice vit dans le Maine une propriété vaste en bord de mer avec accès direct à la plage par « une sublime allée d’arbres qui mène jusqu’à leur maison » . Le mari d’Alice Daniel a gagné le terrain au poker, ses frères et lui ont construit un grand cottage, plus tard Patrick le fils d’Alice et sa femme ont fait construire une maison plus moderne et confortable.

Nous sommes en juin, Alice a décidé de donner la propriété à sa paroisse, administrée par le père Donnelly, jeune prêtre, d’origine irlandaise comme elle. A sa mort, qu’elle sent prochaine, ses descendants n’en jouiront donc point !

Ce n’est pas le seul événement de ce mois ; Maggie la petite fille vit aussi une époque troublée, elle est enceinte et vient de rompre avec son ami. Kathleen vit dans une ferme en Californie, et élève des vers de terre pour en faire de l’engrais. Elle vit d’une façon assez spartiate, avec un partenaire d’allure plutôt « hippie vieillissant ». Ann-Marie, la belle –fille d’Alice, à l’opposé , est très attachée à sa maison qu’elle a voulu nantie d’un luxe relatif ; elle aime tellement l’ aisance matérielle dont elle a été privée enfant, qu’elle occupe son temps à décorer des maisons de poupées.

Ces quatre femmes que tout sépare, excepté l’appartenance à la même famille, et l’alcoolisme plus ou moins avancé, vont se retrouver réunies dans la maison de vacances du Maine, et se supporter pendant quelques semaines.

A travers leurs monologues, on se laisse emporter par leurs vécus, souvenirs, conflits, difficultés et petits bonheurs ; j’ai pris grand plaisir à cette lecture, à l’égal des « Débutantes ».

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 00:02

Das Besondere Gedächtnis der Rosa Masur

Métailié, 2016, 410 pages.

« Si l’ennemi s’incruste dans ton âme, tu es perdu , sauf si tu réussis à geler ton âme »

Dans une petite ville d’Allemagne, Gigricht, une famille russe a récemment émigré ; nous sommes à la fin du 20 eme siècle ; Rosa a 92 ans , elle vit avec son fils et se belle-fille sexagénaires. Son petit fils déjà installé dans cette ville depuis un certain temps a influencé leur migration.

Dans un souci d’intégrer les étrangers la municipalité invite tous ceux qui viennent d’ailleurs à raconter leur histoire : le meilleur récit sera primé et gratifié de 5000 marks. Rosa a décidé de participer –et de gagner, car elle a besoin de cet argent ; elle veut que son fils puisse aller passer quelques jours à Aix en Provence- pour lui c’est le paradis. Et son fils a toujours eu beaucoup de problèmes dont elle se sent-à tort-responsable.

Rosa va donc se faire interviewer, mais cela ne suffira pas ; d’autres Juifs russes émigrés ont leur histoire à raconter ; pour être sélectionnée, elle produit un document extraordinaire qui suscite la curiosité de ceux qui préparent l’interview.

C’est toute la vie de Rosa qui va se dérouler dans ce récit, une vie qui débute en 1907 dans la petit village de Vitchi en Biélorussie. La famille est pauvre, Juive, et en butte à des persécutions : l’histoire de ces persécutions ( plus ou moins forte suivant les gouvernements, et les hasards) et la façon d’y résister sont une des composantes majeures de l’histoire.

Mais il y a aussi tous les événements qui sont le lot de ce sinistre vingtième siècle : chute du tsarisme, mise en place de la Russie soviétique, première guerre mondiale, occupation nazie, stalinisme… et leurs répercussions sur la vie de Rosa ses parents, la famille qu’elle fonde, ses diverses occupations professionnelles, ses relations, son amie Macha restée présente par delà la mort…

Car Rosa va partir à Leningrad, jeune encore et pleine d’espoir : sous Lénine, les femmes travaillent et étudient. D’autres obstacles l’attendent. Sa vie mouvementée, les moments difficiles tels que le siège de Leningrad, reflètent bien les problèmes sociaux et politiques de l’époque, en même temps ils mettent en scène de façon vivante un destin et une expérience individuelle.

Tout cela est très impressionnant, et l’on reste admiratif de ce que Rosa a pu vivre et de tout ce qu’elle a surmonté.

Rosa nous laisse à penser que certains événements qu’elle narre sont fictifs, sans nous dire lesquels, à nous de faire la part des choses. On n'a guère de mal à imaginer ce qui est fictif. Je trouve d’ailleurs que Rosa force un peu le trait, au risque de faire apparaître certains éléments de son récit comme caricaturaux.

Le récit ne manque pas d'humour, discret, mais souvent très noir, d'autres parties sont empreintes d'une forte tension dramatique, ou de mélancolie.

Vraiment un récit très fort.

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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 11:47
William Faulkner Tandis que j’agonise *****

Folio-bilingue

J’aime bien les Folio-bilingue qui permettent d’aller du texte original à sa traduction. C’est pourquoi j’ai choisi cet opus pour lire un nouveau Faulkner. Je ne lis pas souvent cet auteur, que j’apprécie moyennement, toutefois j’avais vraiment aimé « Lumière d’août ».

Le roman se compose de monologues (j’en ai compté 58), pour une quinzaine de personnages qui s’expriment. Le personnage principal Addie Bundren, la mère qui va mourir, puis qui décède et que l’on transporte jusqu’à Jefferson, pour l’enterrer dans sa famille selon ses vœux, ne s’exprime qu’une seule fois au milieu du roman ; son témoignage m’a laissée songeuse. Non ce n'est pas du tout le registre d'"elle va mourir la mamma..."

Addie laisse deux grands fils qui avoisinent la trentaine : Cash et Darl. Selon les voisins ( Cora et Vernon qui nous en apprennent beaucoup sur la famille) ils feraient bien de se marier. Une des jeunes femmes au chevet d’Addie, en convoite au moins un. Mais ni l’un ni l’autre n’y a jamais songé, semble-t-il. Ils travaillent pour faire tourner la ferme, vu qu’Anse, le père, ne fiche rien. « Ouais, dit le père Billy, c’est bien de lui, ça, un homme qui, toute sa vie, a laissé les choses sans s’occuper de rien, d’aller juste se mettre en tête de faire ce qui pourra causer le plus de tourment à tous ceux de sa connaissance ». Ce tourment, c’est d’amener le cercueil d’Addie à Jefferson pour qu’elle soit enterrée dans sa famille, alors que la rivière est en crue, et que la charrette traînée par des mules doit passer par au moins deux ponts qui sont inutilisables. Mais personne ne s’oppose à la volonté du père, sauf Darl et ça lui coûtera cher.

Anse veut surtout aller à Jefferson se faire poser un dentier, et il a une autre raison qu’on saura à la fin. Cash ne se pose pas la question ; c’est un bon ouvrier qui s’occupe avant tout de ses outils, et de la solidité du cercueil ; ses sentiments s'expriment par le travail manuel… le troisième garçon Jewel ( qui est le" fruit du péché comme on disait alors") ne se définit que par son cheval qu’il a acheté lui-même, non sans peine. Dewey Dell, la fille de 17 ans, espère se faire avorter à la ville pour dix dollars ! le petit garçon Vardaman, le benjamin, pense à un train électrique entrevu dans une vitrine là-bas.

Cet éprouvant trajet, parsemé d’accidents plus ou moins graves, est également teinté d’un humour très noir.

Au milieu du roman nous avons donc la confession d’Addie : on a compris qu’elle n’était guère proche de ses enfants ni de son mari (le petit Vadaman, la compare à un poisson qu’il venait de pêcher, lorsqu’elle est morte. Etrange !)

Addie travaillait dans une école et cravachait des enfants ; était-elle institutrice ? Aucun des enfants Bundren n’a été à l’école ?

Elle a connu son père ; qui lui disait que le but de la vie c’était se préparer à être mort très longtemps;et n’accorde aucun crédit au langage ; n’a aimé rien ni personne, sauf un peu le sexe (semble-t-il ?) veut être enterrée à Jefferson dans sa famille, dont nul ne sait rien, et qu’elle n’aimait pas (je haïssais mon père pour m’avoir engendrée).

Une énigme que cette femme.

Ce roman est très vivant, plein de rebondissements ; on est proche des personnages, surtout de Darl qui commente sombrement les situations et se pose des problèmes existentiels .« Il faut deux personnes pour faire un homme mais il n’en faut qu’une pour mourir ; c’est comme cela que le monde finira ». La langue de Faulkner est relativement simple, et belle, on n’oubliera pas de sitôt l’incroyable équipage qui fait route vers Jefferson, suivi d’oiseaux charognards que le petit garçon compte, et tente parfois vainement de chasser. La fin est d’une ironie amère.

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 14:51

Eilis Lacey jeune fille environ 18 ans vit à Enniscorthy près de Wexford,dans le sud est de l'Irlande. Dans les années 50, le chômage sévit, et elle n’a trouvé que Mme Kelly, une vieille harpie, pour l’employer à temps partiel, dans son épicerie. Sa mère, veuve est dans le besoin, et ses frères ont dû s’exiler en Angleterre pour gagner leur vie.

Rose sa sœur, 30 ans, employée de bureau fait vivre la famille. Indépendante, elle ne se marie pas, pour rester auprès de sa mère, par goût, pour laisser une chance à Eilis de quitter la maison, et pour une autre raison qu’on saura plus tard.

Le père Flood, à qui Rose à parlé d’Eilis, l’envoie Eilis à Brooklyn devenir vendeuse de prêt à porter chez Barocci ; une nouvelle vie va commencer pour Eilis…

Bon roman de mœurs, qui nous plonge dans les problèmes des années 50, le chômage en Irlande qui oblige à s’exiler pour vivre, la condition de la femme dans la communauté catholique de cette époque, la vie à Brooklyn. On aime les petits détails : le grand magasin Barocci, sa manière d’évoluer, les personnages finement croqués, les préjugés de l’époque, le racisme… Un roman qui ne sombre pas dans la guimauve et les grands sentiments : Eilis se plaît dans la compagnie de jeunes gens qu’elle pourrait épouser par convenance, sans être amoureuse, sans que cela lui déplaise non plus… mais le mariage lui fait peur (en principe quelque soit le mari, il ne la laissera pas travailler …) et elle ne voit pourtant rien de mieux pour elle…

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