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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 09:43

Grasset, 2006, traduit de l’allemand par Nicole Casanova

Le narrateur, Léo Brenner, de Berlin, est avocat aux divorces et a épousé une de ses clientes, Lucynna , d’origine polonaise, archéologue de plongée , fraîchement séparée de son mari un autre archéologue, son professeur.

Elle a également renoncé à son métier pour lequel elle était passionnée cependant. Ils ont une petite fille de 3 ans, Lara, et voyagent en Italie : dans la région historique du Latium, au sud de Rome, ils achètent un terrain sur une colline face à la mer et y font bâtir une maison. Lucynna est persuadée que sous le terrain se trouvent des vestiges d’un demeure romaine. Elle se passionne aussi pour la grotte de Tibère vue au musée de la ville de F. , et à tout ce qui concerne ce pourtant peu ragoûtant empereur et les fêtes lubriques qu’il donnait soi-disant dans une grotte ; en même temps, la jeune femme découvre une pierre plate sur laquelle est gravée une mosaïque représentant le monstre marin Scylla ( cette belle nymphe transformée en monstre par Circé) engloutissant les compagnons d’Ulysse grâce aux chiens hurlants qui sortent de son bas-ventre.

On apprend qu’une sculpture en morceaux représentant la scène a été trouvée dans les environ. Au moins deux sculpteurs tentent de faire une copie correcte d l’original qu’on ne peut reconstituer qu’en partie.

La mosaïque découverte par Lucynna représente le dessin de l’original , elle en est sûre…

Le récit ressemble à un parcours d'obstacles de Léo pour triompher de problèmes pratique, les difficultés rencontrées par Léo pour faire bâtir une maison correcte, les escroqueries des différents entrepreneurs,de son passé d'étudiant, et des inquiétants fantasmes de son épouse.

Un conflit va l’opposer à un ancien Imprimeur Stiglitz, qui l’a connu au temps de la bande à Baader et de Rudi Duschtke. Léo était gauchiste à l’époque, et parlait souvent dans des meetings il a beaucoup de mal à se souvenir de Stiglitz encore plus à raisonner ce type à moitié fou.

L’esprit dérangé, Lucynna l’a aussi : elle oublie de temps à autre son mari et sa fille, pour se plus s’occuper que de Tibère et de Scylla, semble parfois changer de personnalité...

Cette histoire est bien écrite bien traduite, on aime cette plongée dans la mythologie et l’histoire romaine : on s’intéresse à Scylla, aux diverses interprétations du mythe, et même à ce sinistre Tibère. Le narrateur nous donne aussi à réfléchir sur le parti qu'on peut tirer (ou pas) de l'histoire et de la mythologie, de cette civilisation dont nous sommes les héritiers.

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 16:53

The Child Act

Gallimard, 2014, 230 pages

Fiona juge des affaires familiales presque 60 ans ; Jack son mari, professeur d’histoire à l’ université.

C’est un couple assez réussi, beaucoup de points communs, la musique , l’histoire, la géologie, et jusque récemment le sexe, mais Fiona est hantée par l’affaire des bébés siamois où elle a dû trancher pour la séparation des deux petits pour sauver la vie de l’un en provoquant la mort de l’autre. Une décision raisonnable, que pourtant les parents ne voulaient pas prendre, au nom de leur foi religieuse. Le récit paraît tout de suite tourner autour de la séparation, et aussi de la responsabilité de Fiona qui incarne la justice!

Bientôt Fiona doit juger l’affaire Adam Henry : ce jeune homme de 17 ans et demi, atteint d’une leucémie, dont l’état de santé et le traitement nécessitent des transfusions sanguines. Il est Témoin de Jéhovah, élevé ainsi par ses parents et membre de cette communauté très particulière, où l’on a décidé que recevoir le sang d’autrui est impur, est blasphémer contre ce cadeau de Dieu qu’est la vie qu’il nous a donnée.

Les parents et leur fils étant opposés aux transfusions, Adam va vers une mort certaine. Certains textes stipulent que à partir de 16 ans, l’avis du malade doit être pris en compte,

Elle se rend au chevet du garçon, vu l’urgence, pour se rendre compte si ce refus de transfusion est personnellement réfléchi ou s’il est manipulé par la communauté des TJ ; on remarque que beaucoup d’affaires à traiter sont liées à l’extrémisme religieux…

Sa rencontre avec Adam est différente de ce qu’elle avait imaginé ; le garçon est bien de son âge, romantique, rêveur, écrivant des poèmes, prêt à sacrifier son existence ; très engagé dans cette foi délirante… et en même temps d’une intelligence aiguë ; Fiona et lui finissent par interpréter une ballade traditionnelle irlandaise ( Down the Sally Gardens) lui au violon, elle au chant.

Puis Fiona prendra la décision qui s’impose autoriser la transfusion ; le garçon sort de l’hôpital et reprend une vie normale ; sauf que c’est Fiona qui a pris la place de Dieu...

Les personnages de Fiona et d’Adam sont assez bien, les seconds rôles en revanche, m’ont ennuyée. Et toutes ces relations à propos d’affaires de la part des collègues ( notamment son collègue musicien) sont longues et pénibles. la réunion des juges à Newcastle, avant que ne se produise quelque chose, quel ennui!

Dans l'ensemble, j'ai senti peu d'invention d'écriture à travers la traduction. Le conflit entre Fiona et Jack est présenté de façon banale; j'ai eu du mal à m'y intéresser.

Le sujet du livre est très intéressant, et l'intrigue menée correctement; et pourtant tout cela tombe un peu à plat, alors que j'aurais dû me passionner pour cette histoire! Je crois que l'écriture le choix des mots est trop conventionnel ici, que cela manque d'inventivité.

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 11:20
Jessie Burton Miniaturiste

Gallimard du Monde entier, 2015, 500 pages.

Le récit se déroule à la fin du 16 me siècle à Amsterdam, pendant quatre mois. Le prologue nous montre des obsèques en janvier 1687 ; c’est la fin de l’histoire. Nous ne savons encore rien des protagonistes, de simples silhouettes qui nous mettent l'eau à la bouche...

Ensuite, on revient en arrière, lorsque Nella Oortmann, une jeune fille de 18 ans, toque au perron d’une grande maison bourgeoise, au début d’octobre de l’année précédente. Elle vient de la campagne et a épousé le maître de maison, Johannes Brandt, un riche marchand de vingt ans plus âgé qu’elle. Elle est impatiente de commencer sa nouvelle vie. Malgré son âge, le mari qu’elle a vu l’espace d’un après midi lui a fait une bonne impression. Il a une belle prestance, un visage buriné, et a visité moult pays exotiques...

Nella est accueillie froidement par sa belle sœur Marin, célibataire endurcie, et sa servante Cornelia dont les manières lui semblent très osées pour une domestique. Johannes a aussi un serviteur noir, Otto ; Nella n’a encore jamais vu une personne de couleur. Mais le plus étonnant c’est que les jours passent et Johannes se fait désirer. Il tarde à consommer son mariage, et reste très distant. Nella se voit offrir une maison miniature, réplique exacte de celle qu’elle habite à présent, et Johannes l’enjoint de la décorer… Nella est très déçue, irritée et intriguée aussi par les propos sibyllins des gens de la maison, et leur attitude envers elle.

Ce roman a été comparé à celui de Tracy Chevalier la jeune fille à la perle ; il se déroule au même endroit, à la même époque. Ayant déjà lu un roman de Tracy Chevalier (pas celui-là) je pense que l’écriture de Jessie Burton est davantage travaillée, plus élégante, et l’ensemble paraît d’une autre habileté. Les descriptions sont très belles et ressemblent à ces fameux tableaux qu’on admire encore souvent, pleins de vie, de crudité, et d’un mûrissement excessif comme des fruits talés.

A l’aide d’une documentation très sérieuse, l’auteure a brossé une étude de mœurs de cette société de négociants prospères, aussi cupides qu’hypocrites et corsetés dans un calvinisme sévère. Les Brandt cultivent une liberté d’esprit qui en fait des marginaux, et le monde dans lequel ils vivent est trop étroit pour eux.

A mesure qu’on avance dans l’histoire et que les protagonistes perdent leur mystère, ils changent aussi de visage. Le drame fait son apparition, le traitement de l’intrigue se révèle très romanesque. La troisième partie pourra sembler longuette, les sentiments soudain outrés dans leur manifestation, les personnages plus idéalisés que je ne l’aurais imaginé.

Il n’empêche que voilà un premier roman d’une grande qualité qui se lit avec plaisir.

Je m'aperçois que je n'ai pas parlé du (ou de la) miniaturiste! c'est que pour moi, comme pour Nella au début, cette maison de poupée si parfaite soit-elle, ne m'inspire pas, et guère plus les inquiétudes et les passions qui se cristallisent sur ces petits personnages et objets, répliques de ceux de la maison sur lesquels on croit lire je ne sais quelle marque d'un drame. En fait, l'objet en question ne sert à rien pour l'intrigue.

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 00:07
Antoine Choplin La nuit tombée

La Fosse aux ours, 2012, 121 pages.

Deux ans après la catastrophe de Tchernobyl, Gouri revient à Prypiat, où il vivait avec sa famille, désireux de récupérer un objet précieux dans son ancien appartement. A présent, ils sont domiciliés à Kiev, Gouri y est devenu écrivain public. Sa fille est malade, suite aux irradiations.

C’est pour elle qu’il va chercher cet objet encombrant, et il a attelé une remorque à sa moto.

En chemin, il s’arrête chez des amis dont le village est situé en dehors de la zone d’exclusion ; ils sont restés dans leur habitat.Le mari de Vera, Iakov, fit partie des liquidateurs, il a beaucoup travaillé pour la patrie, et il en est sorti gravement brûlé. Ses jours sont comptés.

A Gouri, qui n’a participé qu’aux premiers travaux visant à éteindre le réacteur, il raconte la suite des événements. D’autres amis viennent se joindre à eux. On mange on chante, on raconte, on boit de la vodka. Gouri va ensuite cheminer jusqu’à la ville-fantôme, où il a vécu des jours heureux ( Prypiat était une ville agréable, et jouissait d’installations culturelles), conduit par un jeune homme, Kouzma qui connaît bien l'endroit, et sait comment éviter les pillards aussi bien que les gardes qui surveillent la zone interdite.

Ce n’est pas un récit politique. Les personnages, tous plus ou moins atteints, et de diverses façons par la catastrophe encore toute proche, ne s’interrogent pas sur une éventuelle responsabilité des gouvernants, ni sur le bien ou mal fondé des centrales nucléaires. Le témoignage de ceux qui ont participé aux divers nettoyages de la zone, fait apparaître une fierté d’avoir fait son devoir de citoyen, de s’être exposé à des risques dont ils ne cherchaient pas à mesurer les conséquences.

Gouri, lui qui est plus ou moins l'intellectuel du groupe, voit les choses avec plus de recul, et ne dit pas tout ce qu’il pense… il écrit des poèmes dont plusieurs sont cités. Ses poèmes sont censés mettre en texte, et en chants, l’ensemble des sensations et pensées d'une communauté que lie l'expérience de cette catastrophe. Ils font apparaître une grande nostalgie, des terreurs de traumatisme allant jusqu’à la folie parfois, et aussi une certaine fascination pour ces lieux sinistrés. La fascination à voir la catastrophe d'après ses retombées ( une atmosphère de fin du monde, des arbres qui rougeoyaient dans la forêt …) mêlée au sentiment de perte : les gens s’accrochent à leur maison. Ils sont fiers de survivre « comme l’orchestre du Titanic qui continua à jouer alors que le navire s’enfonçait… » dit Gouri.

Un récit qui explore les mentalités des survivants, leurs façons de supporter un vécu difficile, de refuser d’être des victimes.

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 00:23
Paul Lynch La Neige noire

Albin Michel, 300 pages, 2015

La famille Kane, américains d’adoption, irlandais d’origine, ont rejoint Le Donegal, terre de leurs ancêtres, pour s’y installer. Cela fait dix ans, et leur fils y a grandi. Nous sommes en 1945.

Un incendie s’est subitement déclaré dans l’étable ; Barnabas s’est précipité dedans sans réfléchir avec son serviteur qui paiera de sa vie son dévouement…

Les vaches sont toutes mortes et le paysage, pendant longtemps autour de la ferme, va être pénible à voir, un charnier… tandis que la petite famille sent l’odeur de brûlé, et voit des cendres partout répandues, jusqu’à l’hallucination…

« Les vaches se décomposent peu à peu là où la mort les a fauchées en silence, arrêtées dans des postures saugrenues où elle les a abandonnés, une rangée de côtes affleure sur un flanc, pareille à une large denture. Le festin des oiseaux. En les guettant depuis la fenêtre , elle se persuade que la nature est ainsi faite, voila tout, mais elle ne peut empêcher le poing de l’épouvante d’étreindre ses entrailles »

Barnabas sombre dans la dépression, bien qu’ils puissent encore s’en tirer en vendant quelques uns de leurs champs ; Il s’y refuse, se querelle avec sa femme qui ne comprend pas son obstination, se fâche avec le seul voisin qui leur voulait sincèrement du bien.

C’est que Barnabas soupçonne très vite que l’incendie doit être criminel. L’épreuve que constitue la perte du cheptel, et le décès du serviteur (décès dont Barnabas se sent un peu responsable, et dont quelques uns vont l’accuser) sera bien vite décuplée par la pensée qu’on leur en veut. Ils ne vont plus regarder les autres fermiers de la même façon.

Billy le fils a lui aussi ses raisons d’imaginer qu’on a mis le feu à l’étable, mais il se tait.

Un récit poignant ( et désespéré aussi, pas fait pour garder le moral...), servi par une écriture somptueuse, des dialogues d’une grande vérité, pour décrire la montée de l’angoisse chez ces trois êtres, la nature rude et belle , dont ils vont maintenant se méfier, l’escalade du soupçon, et l’impossibilité de distinguer clairement si les désastres qui se succèdent sont dus à des persécutions de la part de voisins ( et lesquels ?) , à la malchance ou encore à l’altération de leur jugement.

Devant l’attitude superstitieuse ou simplement menaçante de leur entourage, les Kane finissent par penser qu’ils ne sont pas réellement intégrés à ce pays, à ces façons de penser très archaïques, qui n'avaient pas cours dans le monde ouvrier urbain de la Nouvelle Angleterre.

Le silence de la ferme irradie sa malfaisance dans la maison, pèse de tout son poids sur les choses.

Les oiseaux se sont acharnés sur la carcasse, cueillant dans les orbites la gelée tendre des yeux...

« Eskra au salon, ses doigts courant doucement sur les touches du piano. Un morceau qu’elle a souvent répété, si délicat qu’elle craint de meurtrir la mélodie sous son toucher, de la faire voler en éclats. »

C'est un roman dont on a plaisir à citer des passages, une langue si bien travaillée, si bien traduite, qui sonne toujours juste, dans les descriptions comme dans les dialogues, mettant en valeur une galerie de personnages diversifiés.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 10:48

Sabine Wespieser, 249 pages.

Franz Huchel, 17 ans, quitte la province un endroit de hautes montagnes auprès d’un lac, l’Attersee, car l’ami de sa mère, qui les entretenaient tous les deux se noie dans ce beau et traître lac.

Franz va travailler à Vienne comme apprenti chez un ami de sa mère, le buraliste Otto Tresniek. Otto a perdu une jambe pendant la Grande Guerre, il vend toutes sortes de périodiques, ainsi que des cigarettes et des cigares de luxe, notamment les Hoyo de San Juan qui vont jouer un rôle dans cette affaire.

Nous sommes en 1937, à l’automne, et pendant que Franz se met à lire les journaux et se forme une conscience politique proche de celle de son patron, la peste brune progresse rapidement. Les juifs commencent à être sérieusement maltraités.

De temps à autre, un vieux monsieur vient acheter des cigares dans la boutique ; Otto Tresniek se sent honoré de cette fugace présence : c’est le professeur Freud « le docteur des fous « . La Bergasse se trouve à quelques rues de là. Curieux, Franz suit le professeur et lui adresse la parole : il voudrait lire tous ses livres ! Comment, s’étonne le professeur, n’as tu rien de mieux à faire que de lire les gros bouquins poussiéreux d’un vieux monsieur ? … tu es jeune, va prendre l’air, promène-toi, trouve-toi une fille...

C’est un roman d’apprentissage agréable à lire, aux descriptions soignées, parfois originales, qui permettent de visualiser rapidement les gens et les situations. Les oiseaux jouent un grand rôle. Des pigeons, des petits oiseaux un peu bizarres « qui amènent la peste ».

Les dialogues courts et amusants jurent avec la situation critique.

La rencontre de Franz et de Freud qui se prolonge en rendez-vous sur un banc est-elle vraisemblable ? Comment expliquer que ce très jeune homme soit d’emblée si attiré par un vieux monsieur « qui soigne les fous » alors que Franz se sent plutôt sain d’esprit ? Même si la suite montre qu’il ne l’est pas tant que cela ! Franz a beau être un jeune homme de la campagne, difficile de croire qu’il soit si naïf ; son comportement est plutôt suicidaire, à moins qu’il ne mésestime gravement l’ennemi.

Pas sûr non plus que les échanges eussent été d’emblée aussi décontractés entre Franz et ses interlocuteurs.

Les portraits de femmes sont très traditionnels : la mère aimante et qui sait conserver sa dignité, la pute sans foi ni loi, la vieille fille attachée à son père…ces portraits sont néanmoins tracés d’une plume délicate.

Mettre en scène un personnage illustre tel que Freud, n’est pas chose facile ! A sa place, je ne l'aurais pas nommé.Le jeune auteur a de l’ambition, il ne se refuse rien… de ce roman je retiendrais surtout les descriptions, et certains dialogues piquants.

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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 18:50

Gallimard, 2014, 408 pages.

Titre et parution originaux: NW, 2012

Au Nord ouest de Londres, il y a des quartiers chics et paisibles et d’autre plus bruyants et carrément défavorisés. Les héros du roman ont grandi dans une cité ouvrière et multiculturelle,la cité Caldwell, entre Willesden et Kilburn, où se côtoient des ethnies diverses.

Tous âgés de 35 ans au moins, certain de ces jeunes ont plus ou moins réussi leur ascension sociale, d’autres n’ont pas réussi à sortir de cet endroit problématique.

Nous suivons ainsi, par le biais du monologue intérieur, Leah, jeune irlandaise qui a réussi à obtenir un diplôme universitaire et se consacre à une organisation pour les défavorisés à la mairie. Son travail l’ennuie, mais elle est déterminée à faire du social utile. Mariée à Michel un coiffeur français, d’origine africaine. Ils sont toujours très proches, sauf qu’un gros différend les oppose : Leah ne veut pas d’enfant, Michel en rêve. Ignorant les désirs (ou plutôt non-désir) de sa femme, Michel croit qu’il y a un problème de stérilité…

Le couple vit dans un lotissement agréable, mais on voit la cité de la fenêtre de l’appartement.

Natalie s’appelait autrefois Keisha Blake. Elle a changé de nom, (dommage, Keisha c'est joli ... mais elle avait ses raisons, que vous apprendrez...) en même temps que de quartier : elle vit près du parc encore plus loin de la cité, avec Frank, et est devenue juriste. Le couple a deux jeunes enfants. Natalie et Leah continuent à se voir ; ensemble elles se plaisent encore, en groupe, elles s’ennuient mais s’accrochent. Elles ne sont pas très heureuses mais tiennent bon...

Félix a exercé divers emplois qu’il a toujours quittés et s’est récemment sevré de la drogue et même de l’alcool. Marié jeune et père, il ne voit plus cette famille, et s’est trouvé une énième maîtresse qui va le rendre heureux. Sauf qu’il n’a pas rompu avec d’anciennes « relations »…

Nathan plaisait beaucoup aux filles étant enfant, mais il a très mal tourné...

Des notations elliptiques, précises et réalistes, nous renseignent sur le personnage que l’on suit, qu’il pense, ce qui lui arrive. Nombreuses énumérations, phrases sans verbes, plongée dans une atmosphère, mais aussi dialogues brefs et longs, récits souvent logorrhéiques, où l’on doit deviner qui parle , qui s’adresse à qui, et où, à l’aide de pensées livrées tronquées, parfois ; à d’autres moments, la narration redevient classique.

Autant dire que depuis "De la beauté", Zadie Smith a évolué, plus ou moins changé de style s’orientant vers un récit relativement expérimental, mais très ancré dans la tradition anglaise (V Woolf par exemple a pu servir de modèle, mais aussi bien Joyce ). N’allez pas croire pour autant que le récit est vraiment difficile à suivre ! On est seulement déconcerté de temps à autre, et on reprend vite le fil. Les personnages sont très attachants.

Pour moi, c’est là encore une belle réussite.

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 10:17
Julia Courtney-Sullivan les Débutantes ****

Titre original : Commencements ; 2009

2012 éditions rue Fromentin, 517 pages

Université Smith début des années 2000

Roman d’apprentissage de quatre filles de 18 ans qui viennent d’emménager à Smith une université américaine féminine du Nord.

Celia étudie la littérature pour devenir romancière, boit pas mal collectionne les coucheries d’une nuit ; Bree est une future avocate ; elle vient d’Atlanta et est déjà fiancée. Sally vient d’enterrer sa mère, et apprend la biologie espérant faire médecine après la fac ; April les sciences sociales pour travailler dans l’humanitaire. Végétalienne et féministe, elle s’occupe déjà de plusieurs associations pour venir en aide aux femmes maltraitées.

Côté sentimental, Sally la scientifique va avoir une relation assez suivie avec un prof…de poésie ; Celia n'a que des déboires. Bree fréquente une fille et sa famille ne veut pas le savoir. April travaille pour payer ses études ; elle aide Ronnie une féministe pure et dure à réaliser des films documentaires sur les abus sexuels faits aux femmes. Le job est dangereux.

Les 4 filles sont très liées les unes aux autres et les études achevées, le groupe se reforme en cas de crise… c’est admirable !

Elles sont également très attachées à leurs familles, à leurs mère surtout, April mise à part.

C’est un roman de mœurs agréable à lire. Pour les histoires d’amour l’auteur a su éviter les pièges de la sentimentalité facile et de la trop grande naïveté. Le côté préoccupations sociales est sérieusement traité. On s’attache aux jeunes filles. Pas de la littérature à proprement parler mais un récit intéressant, et bien mené.

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 10:27

2011, 396 pages.

Hannah jeune fille de 18 ans, tout au nord de la Suède. Famille pauvre, la mère ne peut plus la garder. La confie à Jonathan Forsman qui a du bien, et ne lui fera pas de mal « car il est converti ». Hannan part pour la ville, devient servante de Joanthan, puis est admise sur un navire en partance pour l’Australie pour y être cuisinière. Forsman possède la chargement, et la protège encore ; de fait, elle ne se fait pas violer, mais rencontre un jeune marin timide et agréable. Ils se marient. Hélas, l’idylle dure peu car il attrape une fièvre mortelle.

Hannah est choquée, elle ne peut plus reste sur la navire, débarque clandestinement au Mozambique, dans le premier port où ‘s’arrête le navire. Elle s’installe dans un hôtel tout près du port. C’est un bordel mais d’abord elle n’en sait rien ! elle est malade, reste longtemps alitée, et là encore, on la protège ( son statut de blanche ainsi que sa forte personnalité …) car le bordel est tenu par un portugais Vaz qui fait travailler des Noires, et qui témoigne un grand respect à cette jeune femme seule qui vient d'arriver...

Ecrit simplement, bien structuré, ce roman ausculte le racisme anti-noir au début du 20eme siècle en Afrique, les tentatives de révolte des populations odieusement soumises, leurs stratégies de défense, les superstitions des blancs et celles des noirs.

Il m’a plu. C’est même le roman de Mankell que j’ai préféré.

L'héroïne a un côté " vierge intouchable" qui n'est peut-être pas tout à fait crédible... on doit imaginer que sa personnalité, quelque chose en elle force le respect... outre le fait qu'elle est blanche.

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 12:11
Mathias Enard Boussole ****+

Actes Sud, 375 pages.

Un musicologue viennois ( de nos jours) insomniaque, Franz Ritter ( Ritter signifie chevalier c’est humoristique par rapport au personnage ) ; sa nuit : il n’arrive pas à dormir et craint d’être atteint d’une grave maladie ; pour se désennuyer il convoque ses souvenirs de voyages en compagnie notamment de Sarah une femme française dont il a toujours été amoureux ( mais ils n’ont vécu ensemble que de brefs moments)

Leurs rencontres en Styrie au château d’Hainfeld, en Egypte en Turquie, à Istanbul ; en Syrie à Palmyre ; en France à Saché le château de Balzac, où le narrateur franco-autrichien passait des vacances. À Paris …

Sarah est archéologue a fait une thèse sur les représentations orientales dans la culture française. Avec elle, il est parti sur les traces d’aventurières fascinantes : Marguerite Andurain, Anne-Marie Schwarzenbach, Jane Digby…

Il évoque aussi ses moments musicaux les plus passionnants, le voyage de Liszt à Constantinople où il joua pour le sultan. Il est abondamment question de Thomas Mann et du Dr Faustus ( je n’avais pas pensé à cette lecture depuis longtemps, je suis bien aise qu’on me la rappelle !).

Les relations culturelles fructueuses entre le proche orient et l’Europe (surtout la France et l’Autriche) sont le leitmotiv de ce roman ( pas tout à fait roman, recueils de promenades de réflexions et d’histoires) ; on apprend par exemple que sur le manuscrit original de la Peau de chagrin la sentence mortifère, gravée sur le talisman était écrite en arabe.

Ce recensements de propos et de récits, parfois amusant, ou tenant du roman d’aventures, quelquefois lyriques ( sans exagérer), nostalgiques souvent, liés toujours à un lieu géographique et à une femme ( ou un ancien ami) en même temps qu'à une référence culturelle, fait penser quelquefois à la manière de Pascal Quignard. Mais l’écriture est plus souple, jamais péremptoire, les tonalités variées, et l’humour est au rendez-vous.

Curieux de l’orient ( au temps d’une magnificence disparue) de la culture germanique, de la littérature française du 19 eme siècle, et de la musique romantique, baroque, et moderne, du parcours de quelques femmes exceptionnelles, ce livre est pour vous.

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