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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 11:28
Patrick Modiano Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier ****

Un titre qui interpelle surtout si on n'a pas du tout le sens de l'orientation...

Jean Daragane romancier solitaire reçoit un coup de téléphone : à la gare de Lyon on a retrouvé son carnet d’adresses ; un carnet périmé mais le nom de Guy Torstel y figure, avec un vieux numéro de téléphone qui n’est plus attribué ; ce nom intéresse Gilles Ottolini l’homme qui a retrouvé le carnet.

Il donne RDV à Daragane rue de l’Arcade (près du boulevard Haussmann) Daragane répugne à ce rendez vous il a l’impression que cet Ottolini veut le faire chanter ( mais à propos de quoi ?)

Avec Ottolini se trouve une certaine Chantal sa compagne. Daragane la rencontre seule : ils vont discuter à partir d’une robe assez curieuse avec un dessin d’hirondelles que Chantal doit parfois porter dans de pénibles circonstances. Jean perçoit bientôt qu’Ottolini est une sorte de voyou proxénète et joueur de casino. Chantal et Ottolino semblent parents d’individus auxquels Daragane eut affaire lorsqu’il était petit. Ils craignent que l’on enquête sur un meurtre déjà ancien.

Le récit se focalise sur plusieurs époques : l’époque actuelle où Daragane est tiré de sa tranquillité par les deux individus qui lui rappellent un passé pénible. Il tient bon grâce à un arbre qu’il contemple par la fenêtre de son studio : un tremble ou un charme. Ces deux mots « tremble ou charme » résument le ressenti de l’écrivain par rapport à ce passé fait de crainte et d’un certain enchantement… et son enracinement à ce passé.

Sa mère (dont il ne sait plus rien) l’avait confié à une certaine Annie Astrand à à St Leu la forêt … Daragane préfèrerait ne pas se souvenir, mais il est entraîné malgré lui à faire son enquête. Le second niveau de récit c’est le moment, où, déjà écrivain il revit cette femme … un court moment, cette femme pour qui il avait écrit un premier roman.

Un troisième niveau de narration le ramène petit garçon, à son vécu avec elle ; le passé sort de l’ombre, du moins un épisode douloureux une séparation d’avec cette maman de substitution qu’il avait bien aimée. Ne te perd pas dans le quartier était une phrase qu’elle avait écrite pour lui, lorsqu’il sortait seul ou rentrait seul de l’école.

On se passionne vraiment pour cette histoire, bien que Modiano l’ait déjà racontée de diverses façons sous d’autres angles. Sa façon de nous introduire pas à pas , à l’aide de divers indices ( des noms de personne, de lieu, des éléments clé comme un arbre, des rencontres fugaces avec des gens plus ou moins identifiés) sa manière d’opacifier les éléments pour en laisser apparaître un petit coin lumineux qui semble éclairer quelque chose de précis qu’on élucidera pas pour autant… tout cela continue à charmer et à faire trembler.

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 12:19

1ere publication en 1964.

Stock Cosmopolite, 1989.229 pages.

« Le temps viendrait-il jamais de réaliser ce rêve de renaître sous le visage d’un autre ? »

Le récit consiste en un long monologue en plusieurs cahiers que le narrateur adresse à sa femme. Chimiste dans un laboratoire, il a été brûlé par de l’azote liquide lui sautant au visage. Cet accident l’a laissé défiguré ; il se cache sous des pansements épais. Depuis cette mésaventure sa femme se refuse à lui.

Il est parti s’installer à l’hôtel, prétextant un congrès de chimistes. En fait, il réfléchit à l’élaboration d’un masque épousant parfaitement la peau de son visage, permettant la respiration de l’épiderme, un masque pouvant passer pour son vrai visage. Après réalisation de l’objet, il le porte, note l’effet produit sur les autres, et décide qu’il peut chercher à séduire sa femme de nouveau, mais en feignant d’être un autre homme…

L’histoire de cette tentative (désespérée ?) est contée par le menu, émaillée de réflexions diverses sur l’être et l’apparence ; on n’échappe pas aux considérations selon lesquelles l’être humain est toujours masqué, y compris à visage nu. Le problème du narrateur, c’est qu’il n’a « plus de visage », c'est-à-dire plus rien de socialement présentable, ce qui le contraint à une solitude irrémédiable. D’où l’idée de devoir se refaire un visage. Il passe par toute sorte de sentiments colère, haine, désespoir, désir de devenir un criminel véritable puisque le voilà en dehors de la société. Toutefois, il continue à se rendre à son laboratoire, et à y travailler. Notamment à la fabrication du masque, un travail complexe et méticuleux relaté dans ses moindres détails.

Le port d'un masque obéit souvent à des préoccupations esthétiques ( les masques Nô, le maquillage des femmes) ou au désir de faire revivre un ancêtre ( les masques des primitifs) , voire tout simplement au désir de se dissimuler pour jouer ( la fillette que le narrateur rencontre lui dit qu'il joue à cache-cache) mais se faire réellement passer pour un autre à l'aide d'un masque est une tout autre entreprise. Si notre narrateur devenu sans-visage avait pu connaître la secte du dieu Mutiface, peut-être aurait-il pris un nouveau départ, oublié son épouse , mis la chimie au service de tout autre chose! Voilà une vocation ratée...

Ce récit est long, bavard, introspectif. Même s’il s’adresse à son épouse, ( et propose une courte réponse de la part de cette femme ) le narrateur discours interminablement sur lui , ses relations avec cette épouse (on devine qu’elles n’étaient pas trop fameuses avant l’accident),sa liaison avec elle, masqué, la nouvelle identité qu'il se cherche depuis l'accident, et ne trouve pas.

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 21:13
Gail Godwin Flora ***+

Joëlle Losfeld 2014, 275 pages.

Cette auteure a écrit de nombreux romans, celui-ci est le premier traduit en français. Peut-être n’y en aura-t-il pas d’autres ; car je ne crois pas qu’il a ait été très lu ou très apprécié.

Il s’agit des relations entre Helen, petite fille de bientôt onze ans, et de sa tante Flora, 22 ans, chargée de la garder pendant trois semaines en juin , tout juillet et deux semaines en août 1945 ; Le père d’Helen, directeur de lycée, a accepté une mission particulière, en rapport avec la guerre contre les Japonais. On devine de quoi il s’agit, même si on ne sait pas quel est le le rôle joué par ce monsieur.

Helen a perdu sa mère ( la cousine de Flora) très jeune, et vient de perdre sa grand-mère, sa chère Nonnie, qui l’avait élevée.

Les deux protagonistes vivent dans la maison qu’occupait la grand-mère et qui servait de maison de repos à des convalescents autrefois. Helen n’a pas connu cette période mais elle la met en scène inlassablement.

Nous sommes en Caroline du nord. Helen est une fillette rêveuse, pleine d’imagination, mais aussi sarcastique, et orgueilleuse ; elle se juge supérieure à Flora : Flora vient d’Alabama, vivait dans une famille de fermiers, n’a pas appris les bonnes manières, vit et pense d’une façon simple. Elle espère pourtant devenir institutrice. Ce qui complique l’affaire c’est que Flora n’a pas confiance en elle, et se conduit comme si la fillette qu’elle garde avait des choses à lui apprendre…

Helen est cependant jalouse de Flora, car sa chère grand-mère a longtemps correspondu avec elle, et garde les lettres comme un trésor plein de sagesse de conseils et d’affection. Qu’est-ce donc que Nonnie pouvait bien trouver à Flora ? Helen subtilise une lettre puis une autre pour tenter de savoir.

Le conflit entre les deux filles la jeune femme et la préado, s’intensifie lorsque le garçon qui vient leur livrer les courses, un soldat démobilisé, commence à plaire aux deux (pas de la même façon bien sûr ! toutefois la gamine est amoureuse elle aussi…).

Cette histoire se lit bien, est astucieusement agencée, les petits rôles sont finement distribués. Pour autant nous n’avons pas un chef d’œuvre, certaines parties sont un peu longuettes. Le caractère un peu trop lisse de Flora ne rend pas le conflit aussi intéressant qu’on voudrait…

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 15:56
Silvia Avallone d’Acier  ***

Liana Lévi, 2006

La vie dans une cité ouvrière de la ville de Piombino ( Toscane) au début du 21 eme siècle. Les hommes qui vivent dans le HLM sont tous employés à la Lucchini, usine de Hauts fourneaux où l’on est toute la journée à travailler le métal en fusion. Des emplois durs épuisants qui vieillissent le corps avant l’âge. Les jeunes gens qui travaillent à l’usine sont accrocs à la cocaïne, et aux filles qu’ils traitent comme du bétail ; sauf lorsqu’ils tombent amoureux…

Les femmes restent à la maison, où tiennent des emplois en vielle dans les petits commerces, les magasins d’alimentation, les bars…

Deux fillettes de 13 ans et demi Anna et Francesca sont amies intimes. Elle bien besoin de s’aider. Le père de Francesca est une brute qui bat femme et fille jusqu’à leur casser des membres et enferme la fillette autant que possible. Bien sûr les services sociaux sont incapables de faire quelque chose. Enrico est en fait très jaloux de sa fille, qu’il observe, à la jumelle, évoluer sur la plage en bikini. Les garçons la regardent ; quant à Anna, son père a quitté l’usine et vit de diverses combines illégales, toujours à deux doigts de se faire prendre par les flics…

Les fillettes sont déjà plutôt mûres : elles se font courtiser plus qu’un peu. Anna rêve de quitter la cité, de faire de bonnes études et d’avoir un emploi bien payé et très en vue. Francesca voudrait devenir miss Quelque chose et passer à la TV. L’une aime les garçons, l’autre, battue par le père, ne subit la gent masculine si elle pense que c’est son intérêt. Ces différences vont les séparer…

Ce roman le premier de Silvia Avallone, est écrit par une femme de 25 ans ; cela explique les nombreux stéréotypes dont souffre un récit qui a pourtant déjà des qualités ( dynamisme, justesse des dialogues, bonnes descriptions de cette société de prolétaires à l’existence difficile), des qualité qu’on retrouve dans le second livre de l’auteur, bien meilleur que celui-là.

En effet les clichés peuvent lasser : en particulier les différences trop tranchées entre les filles « vraiment très belles » et « les boudins » que nul ne regarde. Les filles courtisées qui attirent le regard (aussi bien des autres filles) sont celles qui savent se mettre en valeur ; elles ne sont pas forcément exemptes de défauts physiques, mais elles tirent parti de ce qu’elles ont ! L’auteur devrait le savoir même à 25 ans… il y a aussi des filles jolies que l’on ne regarde pas particulièrement…

D’autres clichés font sourire : tout le monde mange des pâtes tous les jours à tous les repas ; même en Italie, même dans une cité ouvrière, je n’y crois pas !

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 17:06
Les Enfants de Dynmouth William Trevor ****

Phébus (littérature étrangère) 2014, 237 pages

Edition originale même titre 1976

Petit village dans le Dorset : 4000 âmes dont la moitié d’enfants. L’un d’entre eux, déjà adolescent de 15 ans, déscolarisé, passe le temps à errer dans les rues du village et alentour en espionnant ce qu’il peut d’une population, qui, visiblement, ne ferme pas ses fenêtres et se querelle au grand jour.

Timothy Gedge est livré à lui-même depuis longtemps. Il n’a pas de père. Sa mère et sa sœur aînée travaillent toute la journée et forment couple, n’ont jamais rien à lui dire lorsqu’elles rentrent le soir, ne lui achètent même pas suffisamment à manger. Il n’a que la télé pour compagne.

Bientôt c’est la kermesse de Pâques : les forains de la compagnie Ring’s Amusement vont s’installer sur la grand place. Il y aura entre autre un concours « les Talents de demain » ; chaque concurrent y présente un court spectacle : saynète, interprétation de chant ou chanson, prestidigitation…

Timothy a l’intention de présenter un sketch macabre dont l’humour noir n’apparaît qu’à lui ; assassin de trois femmes, il jaillira trois fois d’une baignoire en robe de mariée, puis procédera à un assassinat simulé des victimes en costume d’homme. L’argument lui est inspiré par un groupe de cire du musée Mme Tussaud’s .

Pour se procurer la baignoire, il va tenter de faire chanter Mr Plant le cabaretier, qui en possède une vieille dans sa cour : Plant sort avec sa mère, il les a surpris tous les deux… pour le costume, le rideau de scène, et la robe de mariée,il va aussi faire chanter diverses personnes, dont deux enfants de douze ans encore perturbés par un deuil récent... tout en exerçant son penchant pour la mythomanie,

D’emblée, nul ne rejette Timothy, qu’on sait être un pauvre garçon dont sa famille ne s’occupe pas.

Pourtant il se fait d’abord fraîchement éconduire par ses victimes ! Mais ce blond à l’air avenant, éternel sourire aux lèvres revient à l’attaque aussi longtemps qu’il le faut !

Il va même tenter se soutirer des confidences au pasteur, homme déçu par son métier, le peu d’enthousiasme qu’il suscite dans la paroisse et l’ennui des fêtes de charité.

D’’autres personnages gravitent autour, dont la femme du pasteur déprimée par une fausse couche, miss Lavant, une dame qui ne s’est pas mariée, le Dr Greenblade qu’elle couve des yeux… nous sommes dans une petite ville, les gens vivent un peu comme au 19 eme siècle, et certains d’entre eux sont naïfs.

De plus, Timothy n’invente pas totalement ce qu’il dit : il exagère des situations embarrassantes, y rajoutant des détails vraiment moches…

Roman à l’action très lente comme d’habitude, étude de mœurs bien amenée, personnages crédibles, ce n'est pas son meilleur livre, mais on retrouve les qualités de Trevor.

d'autres romans de Trevor :

En lisant Tourgueniev ( celui qui j'ai préféré)

Ma maison en Ombrie plutôt bien, à lire après le précédent .

Mourir l'été

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 10:04
1 L’Age de raison JP Sartre ( les Chemins de la liberté 1) ****+

1945, 370 pages ; Livre de poche

Voilà un roman qui traîne sur une étagère depuis je ne sais combien de décennies ! Adolescente, je me suis persuadée que je devais lire Sartre, pour mon éducation intellectuelle. Je me suis donc procurée plusieurs de ses romans : à l’époque, je suis venue à bout du Mur, et j’ai lu aussi la Nausée, avec beaucoup de perplexité. Celui-là était le troisième et je l’ai lâché très vite. J’avais l’impression de pénétrer dans un monde très éloigné de celui que je connaissais. Un monde où l’on vivait d’une façon que mon entourage aurait condamnée. Pourquoi donc me le laissait-t-on lire ?

Mais il m’a suivie, obstinément…

Paris, juin 1938, une époque extrêmement problématique. L' Anschluss a déjà eu lieu. On craint la guerre, et on en parle.

Mathieu Delarue professeur de philosophie cherche de l’argent pour faire avorter sans trop de risques sa maîtresse ; il va passer ces quelques journées à mendier piteusement une somme que lui refusent son frère et son ami / ennemi Daniel ( tu n’as qu’à épouser Marcelle… disent-ils narquoisement), puis à se procurer l’argent de façon frauduleuse . la pauvre Marcelle ne sait pas ce qu’elle veut : tantôt elle se laisse convaincre de se faire avorter, tantôt on la persuade de garder l’enfant… aucun de ces personnages ne sait bien ce qu’il veut. Ils sont tous déchirés de mouvements et de désirs contradictoires.

Mathieu est amoureux d’une petite jeune fille fantasque, plutôt hystérique, une jeune russe issue de la noblesse, née avec la révolution bolchévique, et émigrée : Ivich. Elle se sent déclassée, perdue, il s’humilie se rend ridicule pour elle. En même temps, il tente de retrouver de l'estime pour soi : se voudrait communiste, aimerait aller combattre la dictature en Espagne... n'est pas convaincu.

Les femmes sont décrites comme des poids de chair, Mathieu est attiré par elles, voire fasciné, en même temps qu’elles le dégoûtent plus ou moins. Même Ivich , dont il ne semble pas pouvoir se passer, apparaît laide la plupart du temps.

On dit qu'Ivich est la version sartrienne de Xavière ( l'Invitée) ; ce serait intéressant de comparer ces deux personnages, et les deux récits : Sartre et Beauvoir les ont écrit en même temps s'inspirant d'un même vécu, qu'ils ont ressenti de façon différente.

Ensemble intéressant, personnages bien dessinés, pas du tout enjolivés, on aime cette lucidité. Ce récit est mené de façon classique et à mes yeux (c’est une bonne surprise !) n’est pas daté. Je vais essayer de me procurer les deux tomes qui suivent.

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 12:48

Picquier, Poche, 253 pages.édition de 1994.

Le recueil contient six récits publiés en 1951. Le premier « le Crime de monsieur S. Karma » avec ses 142 pages est une longue nouvelle ou un petit roman avec un grand nombre de personnages.

L’homme en question se réveille ayant oublié son nom. Physiquement, il ressent au-dedans de lui un creux se frappe la poitrine: il sonne creux à l’intérieur. C’est en arrivant à son bureau qu’il repère la plaque de bois pour son nom « S. Karma » (l’initiale n’est pas exactement « S » mais la lettre grecque sigma que mon clavier ne peut pas reproduire).

Il voit également à sa place au bureau un sosie de lui , ou un double, qui dicte tranquillement un texte à la secrétaire Mlle Y …et son arrivée ne cause aucun trouble particulier aux employés : cette entrée en matière nous rappelle le Double de Dostoïevski ; sauf que M. Karma va tout de suite entrer en conflit avec son double, qu’il appelle « Carte-de-visite » car il ne reconnaît pas tout à fait en lui un être en chair et en os. Notre héros va ensuite consulter un médecin, pour tirer au clair son problème physiologique ( se sentir vide) ; il apparaît que non seulement il est vide à l’intérieur, mais qu’il aspire tout ce qui passe à sa portée pour se remplir !

Si le début semble s’inspirer quelque peu du Double, la suite va tourner au Procès de Kafka, car M. Karma est accusé de quelque chose, on ne saura pas très bien quoi, et un tribunal farfelu mais féroce et déterminé va se mettre en place pour juger son cas. Karma signifie « péché « en sanskrit lui reproche-t-on. Il me semble que ce mot renvoie plutôt au destin que chaque être doit endurer, rapport à ses actes dans une vie antérieure. Vouloir y échapper est une faute dans la logique des religions bouddhistes.

Ajoutez à cela que Le pauvre M. Karma doit aussi affronter son père, ses vêtements, ses souliers, tous remontés contre lui et réclamant leur droit à une existence propre… plus on avance dans le récit plus le délire s’intensifie. La crise identitaire vécue par le héros est difficilement interprétable ; l’auteur s’est abreuvé à diverses sources littéraires et philosophiques et l’on s’y perd un peu. Les références au surréalisme notamment Dali, sont nombreuses, et la fantaisie débridée de ce mouvement littéraire se retrouve dans le texte. L’ambiance est aussi à l’humour noir, mais je n’ai pas eu envie de rire….

Les autres récits, beaucoup plus courts sont du même genre. Dans le Cocon rouge, le personnage perd non seulement son nom mais sa forme et recherche sa maison : on suppose qu’il veut retourner à un état fœtal. l’Inondation met en scène une liquéfaction générale des êtres humains provoquant un déluge que même Noé ne peut gérer… La Craie magique montre un homme qui réussit à transformer ses dessins en objets réels mais vous vous en doutez cela finit mal… Le Tanuki de la tour de Babel, est une fiction et une réflexion sur le concept de métamorphose. Des digressions philosophiques, des jeux de mots ( parfois intraduisibles), des rencontres bizarres et une folle échappée voilà ce qui nous attend.

Voilà donc des récit très originaux, surréalistes, déconcertants aussi : vous n’y trouverez pas de construction ni de cohérence et de sobriété comme dans la Femme des sables par exemple, bien que les thèmes soient semblables; C’est l'occasion de découvrir une autre facette de l’écriture de l’auteur, et des sources d'influence diversifiées.

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 18:52
Ron Rash Une terre d’ombre ****+

Seuil, 2012 (titre original The Cove)

Cela commence un peu comme dans « Un pied au paradis » : un ingénieur vient dans une ville, curieusement appelée Mars Hill, en Caroline du nord, annoncer aux habitants que la municipalité a l’intention de noyer le vallon à proximité pour en faire un lac artificiel ; mais, surprise, les gens sont contents ! Dans ce vallon, à présent inhabité, il n’est arrivé que des malheurs…

Nous sommes ramenés quarante ans auparavant, à la fin de la Grande Guerre : Laurel Shelton est une jeune femme courageuse et déterminée, que la population dans son ensemble évite, exclut du groupe, et craint (ou feint de craindre) à cause de sa tache de naissance ; notez que cette tache n’est même pas sur le visage ! Ces gens l’ont prise comme bouc émissaire… elle vit dans la propriété que ses parents achetèrent autrefois dans le fameux vallon presque toujours sombre, entouré de bois, avec Hank son frère, qui a perdu une main en Europe dans les tranchées. Un homme assez âgé Slidell leur voisin, les aide et les apprécie .

A Mars Hill, seule l’institutrice Mlle Calicut, une jeune fille nommée Marcie, quelques rares autres villageois, acceptent de parler à Laurel, et l’estiment.

Laurel a repéré un vagabond qui campe près du vallon à proximité de la rivière ; elle s’occupe de lui lorsqu’il est en détresse, le recueille. Il va aider Hank à la ferme ; ce jeune homme possède une flûte en argent ( un vrai instrument de concert dont il joue parfaitement car ce fut son métier). Il ne parle pas et possède un bout de papier où il est écrit « Walter Smith ne peut plus parler à cause d’une maladie dans l’enfance il a besoin de partir pour New-York »

Le lecteur apprend vite le secret du joueur de flûte, Laurel aussi, un peu plus tard, et cela renforce leurs liens qui vont au-delà de l’amitié. Ils projettent de fuir à la fin de la guerre. En attendant, il faut se cacher…

On nous montre la grande bêtise et la méchanceté des gens du village ; notamment Chauncey un bureaucrate lâche et avide de gloire qui tremble en tenant un fusil ; une bande de violeurs, avec à leur tête l’infâme Judd Parton, qui s’en prirent à Laurel.

Les villageois prennent comme victimes de simples citoyens d’origine allemande, qualifiés de boches, d’espions par leurs voisins lesquels savent très bien qu’ils n’ont rien à se reprocher ; tout comme ils savent que Laurel n’est pas une sorcière ! Simplement, ils débordent de haine !

Les gens de Mars Hill sont très dangereux et vont le prouver au-delà des craintes du lecteur. D’autres le sont un peu moins mais dans l’ensemble cette humanité est très sombre (comme le vallon privé de lumière). Ce roman est fort bien composé comme toujours chez cet auteur, une écriture précise et agréable à lire, on ressent les beautés de la nature la plus rude et la plus désolée, l’échantillon d’humanité montré ici est lamentable, et le propos est plus pessimiste que jamais dirait-t-on.

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 10:28
Raymond Carver Tais-toi je t’en prie ****

Œuvres complètes T. 3

Ces nouvelles précèdent le recueil que je connaissais « les Vitamines du bonheur » ; il s’y trouve au moins trois nouvelles que J’avais déjà lues : « Obèse » ; « Voisins de palier « et « En voilà une idée ».

Parmi les autres, j’ai particulièrement aimé « La Peau du personnage ». Myers un écrivain en panne d’inspiration et sa femme Paula se rendent chez les Morgan, un couple dont ils avaient loué l’appartement lorsque ces derniers étaient en Allemagne. Les Morgan n’avaient pas apprécié la façon dont on avait traité leur appartement. Pourtant vers Noël lorsque les Myers viennent les voir, ils semblent faire un effort pour se rendre agréable. Toutefois Mr Morgan est vraiment caractériel n’a rien oublié de ses griefs et cherche à se venger.

L’auteur sait composer une histoire intéressante courte avec trois fois rien d’intrigue, quelquefois c'est à peine une anecdote! : un homme qui regarde sa femme servante travailler dans une cafétéria : il se rend compte que les voisins parlent d’elle en termes peu élogieux la trouvant trop charnue. Aussitôt il force son épouse à perdre du poids, en fait une obsession, achète une pèse-personne, la force à se peser tous les jours, lui interdit la nourriture. On voit que c’est le regard des autres hommes qui l’insupporte et détermine le sien. « (Ils t’ont pas épousée »)

« Et ça qu’est-ce tu en dis ? » montre un couple dont le mari veut s’installer à la campagne ; sa femme et lui ont hérité d’une maison où sa femme avait passé son enfance ; grosse désillusion : la maison une vraie bicoque ne correspond pas une seconde à ce qu’il avait imaginé…

« Personne disait rien » : un garçon de dix douze ans dont les parents s’invectivent très fort ; il ne sait pas à propos de quoi, mais craint le pire… le jour suivant il reste à la maison prétextant la maladie, s’ennuie, va pêcher des poissons dont il est très fiers ( le lecteur lui pense d’après la description qu’ils sont à moitié crevés…)

« Jerry et Molly et Sam » : un homme alcoolique mais pas au dernier degré a décidé de se débarrasser de Molly, la petite chienne de ses deux enfants qu’il trouve absolument insupportable ; après s’être donné beaucoup de mal pour la perdre dans un quartier éloigné, devant le grand chagrin des enfants, il repart la rechercher

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 10:36
Aucun homme ni dieu Wiliam Giraldi ****

Autrement, 2015 ( Hold in the Dark, 2014), 309 pages.

Voici un roman que je n'aurais pas lu ( quoique le titre soit attrayant...) si je n'avais pas constaté l'intérêt qu'il a suscité chez les blogueurs!

Nous sommes dans le village de Keelut, dans le Denali (montagnes en Alaska) et c’est l’hiver.

Des loups sont descendus au village de Keelut, et ont dévoré plusieurs enfants. Superstitieux les habitants croient qu’il s’agit d’un mauvais sort. Russell Core écrivain spécialiste des loups, qui les a souvent observés, reçoit une lettre d’une villageoise, Medora : son petit garçon a lui aussi été victime des loups et elle veut que l’écrivain l’aide à abattre le (ou les ) animaux responsables, et retrouver son corps.

Corelui répond se rend au village, lui signifie qu’elle n’est pas maudite ; les loups ne s’attaquent aux hommes que s’ils ont faim (ou peur… comme tous les animaux d’ailleurs).

Après une nuit passée auprès de cette jeune femme, il part observer la meute sans envie de tuer. Fasciné par les loups il doit même lutter contre une envie de se faire dévorer par eux.

De retour au village, Medora s’est enfuie, et Core est mis en présence d’une tragédie dans laquelle le loup ne joue de rôle que totémique. Il existe des masques de loup qui apparemment transforment ceux qui les portent en justiciers redoutables ! Pourtant, les flics sont appelés, et le mari de Medora, Vernon, revient d’Afghanistan où il faisait la guerre (seul moyen pour gagner sa vie…)

On comprend très vite pourquoi la petite famille Slone était « maudite » ; s’en suit une course-poursuite sanglante ; Vernon cherche sa femme et détruit tout sur son passage. Et un carnage de flic ; le chef du village Cheeon qui a perdu femme et enfant et n’a plus de travail est prêt à en découdre lui aussi.

L’écriture est d’excellente tenue ; l’histoire intéresse : les conditions de vie des villageois du Denali ( fin fond de l’Alaska) sont bien rendues. Leurs superstitions et leur haine d’être abandonnés dans des conditions de vie précaire, aussi. Les paysages sont beaux. Nous avons là un roman d’aventures bien fait qu’on ne lâche pas.

Le message manque évidemment de subtilité : les personnages et les loups sont un peu naïvement idéalisés par l’auteur. Pourtant, j’aime bien la façon dont cela se termine….

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Présentation

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  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
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