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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 11:22

Seuil, 2013, 382 pages

Un couple d’âge mûr, Takashi et Kiyoko ont fait naufrage sur une île dans la mer des Philippines. Fini le tour du monde entrepris et même le retour à la civilisation, car l’île est déserte et aucun bateau ne passe à proximité, bien qu’ils y aient remarqué des bidons abandonnés sur une des plages, probablement des déchets.

Quelques temps plus tard, c’est un autre bateau qui s’échoue et une vingtaine de jeunes gens vont partager l’infortune des deux premiers. Des jeunes peu recommandables, des voyous, qui ont fui une autre ile où ils étaient en camp de travail.

Kiyoko devient la seule femme pour un grand nombre d’hommes, tous biens plus jeunes qu’elle, sans éducation et avec peu de morale. Son mari frise la cinquantaine. Kiyoko va coucher avec ( presque) tout le monde, à la fois mortifiée et jouissant de certaines étreintes notamment celle du fougueux et violent Kasukabé. ..Puis voilà une douzaine de Chinois qui débarquent ! Eux aussi veulent la femme…

Il y a plusieurs narrateurs (à la 3 eme personne) pour relater cette histoire, sur une île déserte de plus en plus peuplée…

C’est d’abord Kiyoko personnage principal, femme lucide pragmatique habile décidée à survivre et même à vivre, en dépit de périodes de doute et de dépressions bien décrites ! Elle se retrouve enceinte à 46 ans, tantôt contente de son état, tantôt désespérée, tantôt résignée à se traîner dans l’île tantôt prête à tout pour s’enfuir.

Puis c’est Watanabe le jeune exclu, sa propre vision du monde, et le mari défunt Takashi qu’on connaît à travers des fragments de son journal….

Le récit témoigne d’une lutte pour la survie, du combats de pulsions opposées incarnées par les différents personnages, tantôt pour garder la civilisation et faire société tant bien que mal, tantôt pour se laisser aller à la folie ou à la destruction. Ce qui est bien observé aussi, c’est la lutte pour le pouvoir de chacun : un objet, un discours, un événement pouvant renverser les rôles et changer le meneur. Chacun craint de devenir l’exclu, ou le bouc émissaire. Mais il y aura des renversements spectaculaires.

bonne intrigue bien menée talent de l'auteur pour imaginer des situations originales personnages crédibles , tout cela fait une excellente robinsonnade.

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 13:27

Rouergue ( la Brune) 2011, 163 pages.

Haute Saône ; Ste Marie, un village, proche de Raddon-et-Chapendu, en pays vosgien ; Angélique et Catherine 17 et 16 ans passent leurs vacances chez leurs grands parents et s’ennuient.

La sœur aînée se trouve un copain à la colo ; Catherine esseulée, aperçoit un jeune homme nu près de la rivière Raddon ; elle l’observe. Plus tard elle le revoit dans le village. Il est vraiment beau, d’autant plus qu’il se tait plutôt que d’infliger à l’adolescente les âneries habituelles proférées par les jeunes garçons immatures. Lors de la soirée dansante de la colo, elle le retrouve dans le parc et couche avec lui. Ils ne se sont encore rien dit. Bientôt elle apprend que Sébastien (c’est son nom) n'est pas exactement comme les autres.... Elle se croyait chanceuse que ce très beau garçon s’intéresse à elle, et elle seule, à présent, elle est effondrée…

Ce que la narratrice dit bien, c’est son chagrin de voir ce qu’est réellement le garçon en question, dès qu’elle le voit la suivre, et se rend compte de l’attitude des autres à son égard : les villageois sont des imbéciles malveillants et conformistes, et la sœur n’est pas très futée non plus.

Quinze ans plus tard Catherine revient sur les lieux avec sa sœur à présent mariée et mère. Elle est restée seule et devenue libraire. Elle pense toujours à cet été, et raconte son histoire à sa sœur mais dans sa tête, seulement. Vu que le portrait de la sœur est loin d’être flatteur, on comprend qu’elle ne lui parle pas en vrai mais en imagination.

Anne Percin réussit à toucher le lecteur, en parlant de l'exclusion, de la solitude, et de l'isolement irrémédiables de ceux qui ne réussissent pas à se couler dans une catégorie sociale admise.

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 20:25

Gall, 366 pages 2014

« j’aimais aussi beaucoup la profondeur de son regard rêveur dont tout à coup de métalliques lueurs d’humilité venaient rapatrier tous les lointains, c’était alors come un assourdissant repentir de tout son être, comme si elle s’en voulait de s’être abandonnée devant témoin aux splendeurs d’illusions pitoyables. »

« La grande cuve du masculin où elle sentit quelle s’enfonçait dans une eau tiède et surpeuplée, profonde, malsaine »

Ces trois extraits nous mettent plus ou moins dans l’ambiance : roman sentimental avec pauvre héroïne esseulée, perdue dans un monde de méchants.

Bénédicte Ombredanne , lectrice des romans de l’auteur ; il l’a rencontrée deux fois : il avait nettement l’impression de vouloir faire sa connaissance. Elle écrivait si bien et lui jetait tellement de fleurs, et si bien tournées !

C’est une femme qui aime profondément la littérature décadente fin 19 eme siècle ( Barbey d’Aurevilly, Villiers de l’Isle Adam, Huysmans…) et a fait une thèse sur cette mouvance particulière, avant de réussir brillamment son agrégation. Il n’y a pas que la littérature, il y a la vie conjugale, hélas !

Elle entretient une relation sadomasochiste avec son mari ; le plus souvent, c’est lui le bourreau, mais parfois c’est elle. Ainsi ce soir là, lorsqu’il lui a plu de se reconnaître dans le portrait du harceleur fait par des femmes qui témoignent sur France-Inter ( le Téléphone sonne ???) et que ça l’a bouleversé. Bénédicte en a profité pour se ruer sur Meetic se trouver un amant. Que le lendemain , elle a rencontré près de la lisière d’une forêt, et alors là, elle s’en est donné à cœur-joie. Et, bien sûr comme elle n’avait pas été discrète le moins du monde, le mari s’est vengé (version bourreau).

Le lecteur se voit infliger lui aussi les harcèlements interminables du mari, et la souffrance de la femme, ceci sur une bonne cinquantaine de pages. Sans compter le récit de la sœur à la fin… Pour avoir osé assister aux ébats de Bénédicte et de son amant d’un jour ?? Lesquels n’avaient rien de saisissant. C’’était de la romance, un peu convenue ; certes on apprend de petits trucs sur le tir à l’arc…

En tout cas, c’est vache de la part de l’auteur !

Disons –le tout de suite, on s’ennuie beaucoup à ces querelles conjugales, on pense que l’un des deux devrait partir, Bénédicte surtout, et que ce ne serait pas impossible : elle a un métier, un salaire correct, une collègue qui l’hébergerait volontiers jusqu’à ce qu’elle ait trouvé une solution ( et on saura plus tard que Bénédicte a aussi une famille, notamment une sœur qui tient à elle…) ; mais Bénédicte ne dit rien de sa situation à personne. Et tant pis pour les enfants, qui sont eux-aussi victimes de la situation diabolique, dont la fin est la plus mélodramatique que l’on puisse imaginer !

Lorsque l’auteur rencontre la sœur de Bénédicte, on espère apprendre quelque chose de plus mais on n’aura rien d’autre qu’un ramassis de clichés. Je ne comprends pas ce que l’on trouve à ce mélo interminable.

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 09:52

Actes-sud, 2014, 153 pages.

Le narrateur se présente comme étant le frère de cet « Arabe » que le Meursault de Camus, plus connu sous son célébrissime titre « l’Etranger », a tué sur une plage d’Oran à l’été 1942. Il semble d’abord prendre la parole pour dire qui était son frère, présenter sa famille, et dénoncer le scandale d’un livre qui oublie que Meursault est d’abord un Français meurtrier d’un Arabe.

L’identité de cet Arabe n’est pas connue des lecteurs du roman. Meursault le nomme l’Arabe, il ne sait rien de sa victime, et ne veut rien en savoir ; nous n’avons que son point de vue pour repère puisque le roman est écrit à la première personne. Le fait que l’Etranger adopte un style détaché peut brouiller les pistes. Ce que narre Meursault est subjectif, il ne représente ni la société, ni le point de vue d’Albert Camus.

C’est mon avis , ce n’est pas celui d’Hanoun, qui avait sept ans au moment des faits. Son frère, la victime, était déjà adulte et il le nomme Moussa. Sa mère et lui ont su qu’il avait été tué mais on ne leur a pas donné le cadavre et la tombe de Moussa est restée vide…

Pour sa mère, avec qui il est resté seul, Haroun a passé sa vie à réparer le mal causé par « le Français » ; apprendre à lire pour rendre compte à sa mère de l’article du journal où l’on relate la mort de Moussa (non nommé) et cette lecture il doit la recommencer inlassablement en y ajoutant chaque fois quelque chose en plus. Puis il doit venger son frère et y parvient exactement vingt ans plus tard en tuant un « roumi » mais la guerre d’Indépendance vient de finir, et son geste ne passe pas pour un acte de guerre, mais pour une vengeance personnelle. Pour finir, il va avoir entre les mains le livre, l’Etranger; et alors commence un long conciliabule entre Haroun et divers personnages : l’écrivain ( Albert Camus) ; l’étudiant ou le lecteur ( français ) du livre, et aussi surtout, Meursault lui-même.

Le narrateur est désenchanté, en colère : sa vie est foutue ; à cause de Meursault qui a tué son frère ( mais lui-même, s’est mis à ressembler à cet étranger à avoir des points communs avec lui !!) ; à cause du meurtre que lui-même a dû commettre « Quand j’ai tué donc, ce n’est pas l’innocence qui, par la suite, m’a le plus manqué, mais cette frontière qui existait jusque là entre la vie et le crime. C’est un tracé difficile à rétablir ensuite. L’Autre est une mesure que l’on perd quand on tue »; à cause de sa mère qui lui a réclamé de venger le mort, de parler de lui, de rester à ses côtés à elle… le livre commence par maman est vivante ( en écho à maman est morte…) et cette maman est très encombrante, autant par sa présence que celle de Meursault par son absence ; à cause des mœurs de son pays auxquelles il n’a jamais adhéré , socialement il est très en marge ; à cause de la religion, car l’Islam pratiqué de plus en plus, et avec de plus en plus de rigueur dans son pays lui pèse.

Le monologue d’Haroun dévoile un mal-être profond, une crise d’identité. Plus le récit avance et plus il est proche de son ennemi Meursault, sauf que son style est coloré, imagé et vivant, et qu’il ne lésine pas sur l’humour…n’est-il pas en train de révéler ce que Meursault ne pouvait pas exprimer ? Il en est la face cachée, le double inversé, le frère ennemi : n’a-t-il pas tué à 2 heures en pleine obscurité alors que Meursault le fit à 14heures en plein soleil N’est-il pas un fils exemplaire lorsque Meursault fut le fils indigne par excellence ? Ne renvoie-t-il pas dos à dos les imams et les prêtres Et tout est à l’avenant…

C’est le roman d'un homme pris au piège de la vengeance ( je sais que si Moussa ne m'avait pas tué- en réalité: Moussa M'ma et ton héros réunis, ce sont eux mes meurtriers - j'aurais pu mieux vivre, en concordance avec ma langue et un petit bout de terre quelque part dans ce pays mais tel n'était pas mon destin. )et à travers cette expérience, on a aussi un réquisitoire contre la colonisation, une critique de la société dans l’Algérie d’aujourd’hui, une méditation sur la mort et le sens de la vie,un exercice de style parodique, cela fait beaucoup et c'est un peu brouillon, mais on s'attache à l'homme que l'Etranger a tuer...

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 13:55

Début du 20 ème siècle, domaine de Lahardane campagne irlandaise : le prochain village Kilaurens est à quelques kilomètres. Dans la propriété, vivent Le capitaine Gault sa femme, la trentaine, et leur petite fille Lucy. Des voyous ont empoisonné les chiens, puis quelques jours plus tard apporté des bidons d’essence pour incendier la propriété. Le maître de maison a tiré en l’air pour effrayer les incendiaires et les faire fuir. Il a blessé un garçon à l’épaule.

Il y a pas mal de soulèvements dans cette partie de l’Irlande. D’autres familles ont quitté la région. La femme de Gault (anglaise) prend peur et veut partir. Le capitaine s’y résout. Mais Lucy la fillette refuse de quitter les lieux. A- t’elle bien compris la situation ?? Sans doute pas. Et elle est très attachée à Lahardane, davantage qu’à ses parents, peut-être ? En tout cas, elle organise sa fugue le jour du départ, s’enfuit en forêt avec de la nourriture et l’idée de rejoindre la servante à présent congédiée en faisant du stop. Elle pense que ses parents ne partiront pas sans elle, et que, l’ayant retrouvée chez la bonne, ils renonceront au départ.

Mais rien ne va se passer comme prévu...

Ce récit traite de la solitude, de l'abandon, de la culpabilité, et aussi des étonnants pouvoirs de la terre natale ( sans idéologie ) sur certains de ceux qui y sont nés; il a pour héroïne Lucy, et le domaine de Lahardane auquel elle voue un attachement viscéral. l'action est évidemment lente comme toujours avec cet auteur, et plus encore que d'ordinaire, mais on se laisse volontiers entraîner, tant l'écriture est belle et juste.

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 18:19

Liana Levi, 2014, 540 pages.

Dans un petit village des Alpes piémontaises, en 2012, la crise économique frappe de plein fouets des jeunes gens qui ne discernent aucun avenir digne de ce nom. Les deux héros sont pourtant décidés à se battre : Andrea fils d’un avocat, maire de la ville, a abandonné l’université. Il rêve d’élever des vaches dans la montagne à l’exemple de son grand-père ;en outre, il souffre d’être moins aimé que son frère aîné, s’est fabriqué un destin à la Caïn. Marina, fille d’un couple séparé, ayant toujours vécu dans un climat de grande, précarité sociale, et d’instabilité familiale, veut devenir chanteuse se variété.

C’est dans une fête de village, qu’ Andrea revoit Marina, avec qui il a eu autrefois une longue liaison orageuse. Ils vont renouer, mais Andrea veut une femme pour élever ses enfants, le seconder à la ferme dont il rêve, et se charger des tâches ménagères. Marina a les moyens et les capacités de faire carrière dans la chanson, et détesterait la vie de fermière. En dépit de l’attirance sexuelle et de similitudes de caractères ces deux-là ne vont pas bien ensemble. Et pourtant, ils semblent condamnés à se fuir et se retrouver, se rapprocher et se repousser, s’aimer et se haïr sans trêve !

En plus de cette histoire d’amour impossible, le récit suit pas à pas l’évolution du devenir des deux jeunes gens l’un dans l’élevage, l’autre dans la show-business, ainsi que leurs relations conflictuelles avec leurs familles et leurs amis. Conflits, antagonismes, rivalités, sont les maîtres mots de ce roman violent , écrit d’une plume énergique, vigoureuse, pleine de sève, hommage à la combativité de ces jeunes gens, et aux magnifiques et rudes paysages du pays qui vit naître cette jeune romancière de trente ans, pleine de talent.

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 12:23

(Down the River, 1998)

Un couple de fermier James et Bridget et leur fille unique Mary treize ans, dans les années 80 campagne irlandaise. James abuse de sa fille, qui, honteuse, terrorisée, menacée, n’ose se rebeller ni se confier à personne. On pense à l’héroïne d’Herbjorg Wassmo dans sa trilogie norvégienne…

Un de ses professeurs soupçonne que l’atmosphère familiale est délétère et réussit à la faire admettre dans une institution religieuse. Mary y reste peu. Elle plaît à la sœur Aquinate , de façon ambiguë, mais elle est vite renvoyée chez elle car sa mère vient de mourir. Livrée encore plus à son père, elle tombe enceinte à 14 ans. Elle fugue, se refugie à Dublin chez un sympathique jeune saltimbanque, doit encore repartir

Une voisine cinquantenaire Betty prend sur elle de l’emmener en Angleterre la faire avorter : Hélas les bigotes du coin, en tête la terrible Roisin, mais aussi Nonni, Veronica… s'en mêlent Betty a des ennuis avec la justice.

Finalement Mary fait l’objet d’un procès au retentissement national.

Le roman est intéressant en partie seulement car les personnages qui se mêlent de l’affaire sont très nombreux et certain d'entre eux paraissent puis disparaissent au bout de deux ou trois pages. Les bigotes, véritables furies pro-life, occupent un très grand nombre de pages décrivant leurs prêchi-prêcha, menaces et agissements. A la longue cela irrite, le lecteur connaît déjà bien leurs arguments qui ne varient point.

Très douée, la romancière, ici, se montre trop prolixe…mais les personnages de Mary, ses deux parents, la voisine Betty, le copain du sinistre père incestueux, le jeune homme qui l’héberge, sont très réussis.

Les haltes près de la rivière (titre original : Down the River) reviennent de façon récurrentes pour Mary et pour sa mère, c’est poétique et très triste.

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 16:56

Christian Bourgois, 2013, 276 pages.

Chaque fois que Holly a les idées noires, elle fait claquer dans sa tête un élastique imaginaire et pense à autre chose. Ce truc lui a été suggéré par un psychothérapeute et elle s’y est tenue. Sauf que ce matin de Noël, le procédé ne fonctionne plus si bien.

Holly s’est réveillée très tard, après un cauchemar d’où subsiste un leitmotiv « c’est comme si quelque chose les avait suivis depuis la Russie »

Ce voyage en Russie, en Sibérie plus exactement, elle et son mari Eric l’ont effectué 13 ans plus tôt, pour adopter un enfant dans un orphelinat. L’enfant, ce fut Tatiana, « Bébé Tatty », âgée de quinze ans aujourd’hui.

Noël devrait être un jour heureux, un jour anniversaire, mais Holly est poursuivie par la pensée qu’une malédiction s’est abattue sur la famille. En même temps, elle doit s’occuper de tâches ménagères urgentes ; préparer un repas de fête pour une dizaine d’invités. toute envahie qu'elle est, par de sombres évocations : cette bosse qui pousse sur la main d’Eric, les nombreux deuils qu’elle a enduré dans sa famille ( A 50 ans à peine, elle est la seule survivante), son corps mutilé qu’elle n’a jamais accepté. Holly, victime ainsi que les femmes de sa famille d’un gène défectueux, avait dû, encore jeune, se faire amputer des organes génitaux. Tatiana, l'enfant parfaite, n'a jamais vu un médecin.

Tatiana est l’enfant rêvée de Holly ; c’est un poème de Wallace Stegner « Esprit d’hiver » qui a présidé à cette rêverie exotique d’une Russie légendaire, et amené Holly à adopter un bébé, forcément magnifique, arraché au sordide d’un orphelinat sibérien.

Il est maintenant onze heures et Tatiana ne se lève pas. Lorsque elle fait son apparition, elle est bizarre, absente, pensive, ou encolérée, inatteignable, changeant tout le temps de vêtements, se réfugiant souvent dans sa chambre.

La famille et les amis auraient dû arriver, mais une soudaine tempête de neige retient tout le monde sur la route, ou à la maison. L’i-phone de Holly sonne fréquemment avec pour entrée en matière Hard-Rain-s-gonna-Fall, tragique sonnerie de téléphone. Un climat de frayeur s’installe et va crescendo envahissant toute la maison les actions et objets les plus communs.La détresse de Holly s’ exprime à travers les actions et les souvenirs les plus ordinaires aussi bien que dans ses réflexions : de la vaisselle brisée accidentellement, des odeurs bizarres pas vraiment identifiables, l’évocation de poules qui s’étripent, l’accoutrement de Tatiana (cette robe noire et ces chaussures hideuses d’où viennent-t-elle ?), ces reflets bleutés qui effraient et fascinent sur le visage de sa fille, le téléphone qui renvoie un rire enregistré, et toutes les pauvres ruses de Holly pour s’écarter d’une vérité qui pourtant la serre de plus en plus près. A travers Holly et ses divagations se fait aussi entendre la voix de Tatiana, accusant sa mère de n'avoir pas pris ses responsabilités.

Holly a écrit des poèmes autrefois, mais ne parvient plus à écrire depuis longtemps. Tatiana devait en quelque sorte remplacer cette œuvre absente; mais l'adolescente en chair et en os, pose d'autres problèmes...

C’est là un monologue, nous sommes enfermés dans la conscience de Holly. Il est judicieux que ce soit écrit à la troisième personne, pour donner un peu de hauteur.

On retrouve les métaphores préférées de Kasischke sur la neige ( Les mêmes ont pu séduire dans "Un oiseau blanc dans le blizzard"), sur la fascination opérée par le sang et la viande ( on se souvient là de " La vie devant ses yeux") et il s'agit aussi de la confrontation d'une femme avec ce qu'elle savait mais voulait ignorer. On peut y voir aussi une réflexion sur les fantasmes liés au désir d'être mère, des variations réussies sur l'angoisse de mort. un récit riche et dense avec une certaine économie de moyens.

La fin nous permet de revisualiser les diverses scènes avec un supplément de beauté tragique.

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