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21 mars 2019 4 21 /03 /mars /2019 21:14

 

 

Livre de Poche folio, 2006 , 437 pages (1ere publication en 1966).

Les années 60, la vie dans un kibboutz, dans les environs de Tel Aviv, dont témoigne l’un de ses membres. Ce narrateur c’est « nous », il parle au nom des membres de la communauté, et, pour le roman, des personnages secondaires, peu ou pas connus du lecteur.

Les habitants du kibboutz s’observent les uns les autres, bavardent, se jugent, commentent les comportements de leurs comparses.

Nous faisons connaissance avec deux familles à problèmes : les Renouven et les Berger : Harich enseigne l’ hébreu dans la  communauté, et la littérature générale ; il a aussi l’habitude de composer des vers avec les événements (plus ou moins ordinaires) qui ponctuent ou secouent sa vie et / ou celles de ses comparses. Sa femme Eva, a quitté la communauté, et son époux aussi par conséquent, pour un destin tout différent en Allemagne. Elle a laissé au kibboutz deux enfants, dont la charmante Noga, trop intelligente pour s’intéresser aux garçons de son âge,  qu’un admirateur très empressé baptise joliment «  petite Turquoise ». Renouven privé de femme s’est rapproché d’une certaine Bronka. Ils sont très malheureux…

Personne , au kibboutz n’est content de son sort ; même si certains sont résignés. Ils sont proches d’une zone ennemie et les Palestiniens ne se font pas oublier. D’un côté comme de l’autre, on est sur le qui-vive, prêt à un conflit armé. Les jeunes garçons de la communauté ne rêvent que d’engagement et d’héroïsme, les petits garçons jouent à la guerre, très sérieusement…

C’est un récit très vivant, l’on s’attache à tous les personnages, on participe à leur vie communautaire, et ce qu’elle implique de contraintes assumées, à leurs craintes d’une guerre proche, aux problèmes de couple,  de certains d’entre eux.

D’Amos Oz , récemment disparu,  j’avais lu son dernier  roman «  Judas » ; il me tardait de le lire encore.

 

 

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 22:41

 

Point 2004, 214 pages (édition originale 1999)

Voici le roman d’apprentissage de l’écrivain israélien décédé en janvier ; sa prime enfance en Bucovine, territoire roumain à l’époque, ukrainien par la suite ; les souvenirs de ses parents, de ses grands parents, et des langues dans lesquelles il fut élevé (l’allemand qu’il parlait avec sa mère, le yiddish de ses grands parents) sa première année d’école, puis la guerre, la séparation d’avec la mère ( tuée dans les premiers mois du conflit) le ghetto, la disparition de son père, le camp de déportés dont il s’échappe, la vie dans les forêts d’Ukraine, il se cache et travaille plusieurs mois par ci par là au service de personnes marginales vivant dans des conditions précaires  ; enfin la rencontre d’autres enfants réfugiés et le départ clandestin pour la Palestine, la vie en Israël, les études, ses apprentissages d’écritures, ses déboires entre plusieurs langues ( l’allemand, le yiddish, l’hébreu qu’il apprend avec peine …) ses relations avec ses mentors, vivants et morts :  les écrivains Agnon, Gershom Sholem, Kafka, Schulz, et les russes.

Les souvenirs de son enfance perturbée sont livrés par bribes  (il explique comment il a réussi à en écrire petit à petit mais pas sous la forme d’une narration…) ;

« Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le cœur a beaucoup oublié principalement des lieux des dates, des noms de gens, et pourtant je ressens ces jours là dans tout mon corps. Chaque fois qu’il pleut, chaque fois qu’il fait froid, , où que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, où dans les forêts qui m’ont abrité longtemps. La mémoire s’avère –t-il  a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l’odeur de la paille pourrie ou dur cri d’un oiseau pour me transporter loin et à l’intérieur.

Je dis à l’intérieur, bien que je n’ai pas encore trouvé de mots pour ces violentes taches de mémoire. Au fil des années j’ai tenté plus d’une fois de toucher les châlits du camp et de goûter la soupe claire qu’on y distribuait. Tout ce qui ressortait de cet effort était un magma de mots ou plus précisément des mots inexacts, des rythmes faussés, des images faibles ou exagérées. Une épreuve profonde ai-je appris peut être faussée facilement.  «

C’est un récit passionnant dans sa première partie, lorsque l’auteur retrouve des moments de son enfance tragique et aventureuse. Sa formation d’écrivain, m’intéresse aussi, notamment ses problèmes avec les langues : celle qu’il veut repousser et qui insiste ( l’allemand) celle qu’il apprend avec peine, l’hébreu, et j’ai aimé un peu moins ses relations avec les mentors mentionnés plus haut ; cet aspect est plus conventionnel. Pourtant, c’est un récit essentiel, à lire et relire…

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 11:59

 

Gallimard, 348 pages. 2016

Shmuel Ash 24 ans, étudie en vue d’une thèse sur Jésus dans la tradition juive. Il  apprécie l’interprétation des Evangiles ( déjà maintes fois soutenue) selon laquelle Judas aurait « livré » Jésus, croyant fermement qu’il descendrait de la croix, aidé par des pouvoirs surnaturels (dieu), en accord avec Jésus ( qui y croyait moins que lui).  C’est une thèse qui plaît aux athées (qu’ils soient juifs ou chrétiens) ; Jésus est un homme comme les autres, qui s’est fait avoir, ainsi que Judas,  et le véritable traître, c’est Dieu…

Faisait partie d’un groupe socialiste, Shmuel admire les héros de la toute jeune révolution cubaine. Cependant, il vit à Jérusalem, est un citoyen de l’état d’Israël, un état qui survit tant bien que mal à dix ans de guerre.  Nous sommes en 1959, au début de l’hiver ; le jeune homme n’a plus de quoi financer ses études, ni même son quotidien. Shmuel répond à une petite annonce ; on recherche un jeune homme de compagnie pour un monsieur âgé très cultivé, recherchant un interlocuteur pour converser. C’est Gershom Wald, ex-historien, handicapé en deuil de son fils. Le troisième personnage est une femme, Atalia  belle-fille de Gershom, veuve, qui travaille dans une agence de détectives privés. Très séduisante. Outre que Shmuel est aussi bavard que le vieux, il sort d’une déception sentimentale et Atalia lui plaît aussitôt. Le principal de l’histoire consiste en discussions entre  Shmuel et Gershom, et en tentatives d’approche de la belle Atalia.  Les défunts sont également très présents : Micha, fils de Gershom assassiné au début de la guerre d’indépendance , et Shaeltiel Abravanel, père d’Atalia : était opposé à la création d’un état juif, fut  considéré comme traître et mis en quarantaine.

Le récit  évolue vers une certaine affection entre les trois personnages, établissement de rituels de repas et paroles, de balades dans Jérusalem la nuit, en hiver ; il fait froid ( et pourtant, on entendra un grillon striduler( !!) c’est le seul miracle…

 

Au bout de quelques mois Shmuel sera renvoyé à d’autres aventures (il a sa vie à faire, les autres hélas n’ont que leur deuil et ne vont plus évoluer) et aura perdu quelques illusions.

J’ai aimé les personnages qui sont très attachants ( les deux hommes surtout, Atalia fait un peu femme fatale , et a moins d’originalité que les deux autres),  les nombreuses discussions, qui nous ramènent vers ce problème insoluble : comment faire cohabiter israéliens et palestiniens ?  le côté roman d’apprentissage du jeune Shmuel, la vie quotidienne dans cette maison, que l’auteur nous fait partager avec ses personnages, une vie difficile, mais  pas désespérée pour autant. Le courage, le goût de vivre, la curiosité intellectuelle ne leur fait jamais défaut.

Ce roman dit " de la rentrée" n'a pas obtenu de prix; et je m'aperçois que j'en ai chroniqué deux autres ( 14 juillet et  Au début du septième jour ) qui n'ont pas été primés non plus! Il existe tellement de prix littéraires, que j'aurais juré qu'il y en avait au moins un pour chaque bon roman de la rentrée! Je me trompais...

 

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 23:59

Le Poète de Gaza

Actes sud Noir, 2011.

 

Le narrateur est un agent des Services Secrets israéliens. Il est chargé d’éviter les attentats-suicides. Une mission particulièrement délicate l’attend : capturer le chef d’une organisation terroriste palestinienne. Pour cela il va approcher Dafna, romancière israélienne, afin d’entrer en contact avec Hani, son ami palestinien, également écrivain, qui est le père du chef terroriste. Hani est coincé à Gaza, atteint d’un cancer en phase terminale.

Peut-on encore lire un  Actes sud noir  sans cancer en phase terminale?  ( il n'y a pas longtemps j'ai souffert avec une jeune femme très malade dans la Tristesse du samouraï).

 

Un bon point tout de même, ici, la maladie sert l’intrigue. Le narrateur va tenter de rapatrier le malade dans un hôpital d’Israël. Son état de santé devrait le rendre plus facile à berner.

Le narrateur se fait passer auprès de Dafna pour un écrivain cherchant un agent littéraire, assorti d'un riche bienfaiteur… Notre espion est un lettré !

Dafna semble comprendre de quoi il retourne, accepter implicitement le marché, et en profite pour demander des compensations : le narrateur doit s’occuper de son fils à elle, drogué et endetté, le ramener à la maison.

Hani, lui, ne se doute de rien. Petit à petit, le narrateur s’attache au couple d’écrivains, cultivés, pacifistes, nostalgiques, si différents des gens qu’il a coutume de fréquenter. Mais il doit mener à bien sa mission…

 

Avant d’en arriver à l’intrigue proprement dite, le narrateur nous fait assister par le menu à des scènes d’interrogatoire violentes auxquelles il participe. Longues et répétitives, elles ont pour but de nous rendre crédible un homme qui pourrait apparaître un rien trop sympathique pour un agent des services secrets.  Pour peu qu’on veuille se laisser prendre, et subir patiemment ces interrogatoires du début, le récit est bien conçu, et on le suit volontiers.

Cependant le suspense est minime, les personnages assez convenus (le jeune homme camé désespéré, la romancière  fascinante décidément trop belle…) et on ne va rien apprendre de neuf, sauf sur l’utilisation des cédrats dans les fêtes religieuses juives.

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 20:18

L'Olivier, 2008. 320 pages

Aaron Appelfeld est un romancier israélien que le Salon du Livre de mars 2008, m'a donné envie de connaître.

Je suis en retard pour le lire mais moins que pour les Salons précédents (Inde et Russie) dont je n'ai pas davantage lu les livres achetés à ces occasions.


Nous voilà en Bucovine, à la frontière de l'Ukraine, de la Pologne et de la Roumanie, en pleine guerre.

Les Mansfeld sont des notables appréciés et tiennent une pharmacie. Persécutés comme tous les juifs, et parqués dans un ghetto. Le père et  l'oncle  d'Hugo ont été déportés, la mère, craignant pour elle et son fils,  doit confier ce garçon de onze ans à une ancienne camarade de classe, Mariana  qui  est employée dans une maison close.  


Hugo doit demeurer la nuit dans un réduit communiquant avec la chambre de Mariana, qui lui ouvre sa porte dans la journée. Cette pièce qui  l'intrigue  est évidemment bien différente de ce qu'il a connu «  Cette chambre ne ressemblait pas à une chambre. Les tentures roses et les effluves de parfum lui conféraient l'aspect d'un salon de coiffure pour dames. Il y en avait un près de chez lui. Là-bas aussi il y avait des meubles roses. On y lavait la tête de femmes plantureuses et on leur faisait les ongles des pieds et des mains. L'ambiance étai à la  nonchalance, au rire et au plaisir. Sa mère n'en franchissait jamais le seuil... »


Au fils des mois, une relation forte se noue entre le garçon et sa protectrice. Mariana est alcoolique, malheureuse, très croyante, persuadée de vivre dans le péché. Elle pense se concilier les bonnes grâces de Dieu en  cachant  un enfant juif à ses risques et périls, en même temps elle s'attache fort à Hugo en souvenir de l'oncle Sigmund qu'elle a aimé.

Hugo vient d'une famille athée («  L'idée que la vie était passagère, et que les morts ne se relevaient pas, lui était déjà douloureuse. ») et, au contact de Mariana,  apprend des prières, des passages de la Bible aussi bien que le développement de sa sensualité et  la méditation, dans son incarcération forcée.  

 Le progrès de cette relation donne au livre la forme d'un roman d'apprentissage.



Ce roman est très prenant, explore les deux destins de la femme et du jeune garçon, sans fioritures avec justesse. Les dialogues sont courts, vifs et justes, et les phrases sobres, sans ornements.

 Ce style contraste avec  les logorrhées de Mariana, ses plaintes diverses, ses  envolées lyriques religieuses, quasi mystiques, et qui finissent par lasser, parce qu'à l'inverse d'Hugo, le lecteur, s'il la trouve sympathique, n'en est pas amoureux, et n'est pas prêt à  endurer tous ses discours.

La façon dont ces jeunes femmes vivent les derniers moments de la maison close, avant leur fuite, est bien vue, la relation de leur procès terriblement vraie,  mais là aussi, les discours religieux de certaines, relatés dans leur intégralité m'ont lassée, alors que peut-être j'aurais dû les trouver poétiques ???


La fin du roman laisse une impression  ambiguë. Lorsqu'Hugo retourne dans sa ville natale, après l'arrivée de l'armée russe et la fuite des allemands, il rencontre le portier du collège où il allait en classe trois ans plus tôt qui peine à  le reconnaître.

« Hugo s'adressa à lui comme autrefois :

-         Bonjour, monsieur Ivan.

Ce dernier transperça Hugo de son regard.

-         Qui es-tu ?

-         Mon nom est Hugo Mansfeld, vous ne vous souvenez pas de moi ?

-         Je vois que les juifs reviennent...

Il était difficile de savoir ce qu'il en pensait. »

Sa famille a disparu, ainsi que ses amis et il n'a plus Mariana.

D'autre part, il rencontre aussi des gens heureux de le voir, et des réfugiés...prêt à endurer d'être à présent seul au monde.


 

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