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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 09:25

Oe-Kenzaburo-Le-Faste-Des-Morts-Livre-896640863 ML

 

 

Gallimard, nouvelles

 

 

Ces récits sont contemporains de «  Gibier d’élevage »,( 1958-62) et la toute première Le Faste des morts lança la carrière de l’auteur.

Un étudiant en Lettres se présente à la morgue de l’Institut médico-légal, où il s’est fait embaucher pour une journée. Il s’agit de transférer les vieux cadavres impropres à la dissection, d’une cuve où le liquide de conservation s’est détérioré, à une nouvelle cuve, mieux aseptisée. Chaque cadavre doit recevoir une nouvelle étiquette numérotée autour de sa cheville.

L’étudiant fait ce travail à cause de la rémunération censée être bonne. L’étudiante qui est également embauchée, espère se payer un avortement avec la somme gagnée.

Le récit relate cette journée pas comme les autres. Manipuler des cadavres et être en tête-à tête avec eux, toute une journée, c’est une expérience particulière éprouvante. Le faste est un titre qui paraît cynique. En fait, c’est lorsque un employé négligeant, laisse tomber un corps à terre, et que le gardien de l’Institut médico-légal le morigène de traiter ainsi ses pensionnaires, que l’employé négligent lâche «  Quel luxe pour les morts ! », reprenant ainsi le curieux adjectif du titre.

L’étudiant tente de se faire une représentation neuve, plus exacte, débarrassée des poncifs, du cadavre, et bien sûr de la mort ; après tout la mort est ce qui nous importe dans la vie. A l’aube de sa carrière, Oe vise déjà l’essentiel… pour ce faire, il décrit minutieusement ce qu’il voit, et ressent. L’hyperréalisme, les petits détails concrets de l’opération, voire du quotidien, se mêlent à un lyrisme étrange, à la limite du fantastique «  les morts murmuraient d’une voix lourde et grave dont les échos, multiples et entremêlés, étaient difficiles à distinguer. »

Bien sûr il s’agit d’une danse macabre : dans la cuve, les cadavres bougent, se touchent , se frottent, s’entrelacent » un des morts pivotant lentement plongea au fond du liquide, plongea au fond du liquide, l’épaule la première. Seul, son bras raidi émergea un moment, puis de nouveau le reste du corps remonta doucement à la surface. « 

La matérialité du cadavre, son poids, lui donne la dimension de « chose » que le vivant masque. Puis l’étudiant se met à dialoguer avec les morts ( en fait, il monologue et on le sait) ; il aborde aussi le sujet de la sexualité. Une très jeune morte, qui vient d’arriver sur la table de dissection, lui provoque des sensations…

Un texte d’une grande richesse, et d’une beauté singulière.

 

 

Le Ramier

Dans une maison de redressement, le narrateur est un adolescent délinquant parmi d’autres, enfermé pour expier des actes illégaux dont on ignore la teneur. «  Mais nous qui avions été arrêtés et fondus dans le moule criminel, avant même que notre forfait ne se retourne contre nous-mêmes avec le poids de l’événement, de quel crime pouvions-nous nous repentir ? … nous n’avions pas envie de nous approprier nos crimes comme un bien, au même titre que nos pantalons et nos chaussures »  Solidaires entre eux et pourtant soumis à l’autorité des aînés, notamment « le Marin »qui commande à toute la chambrée et s’est choisi un favori. Le soir au crépuscule, les jeunes ont le droit à un moment de liberté . Il leur arrive d’épier « le métis » fils adoptif du directeur, garçon plus jeune qu’eux, blanc et pâle aux yeux bleus.  Le métis va au collège, joue avec une chienne de race, a des activités personnelles. Cela leur rappelle qu’ils n’ont pas d’avenir «  déviés de la trajectoire de la croissance, isolé du reste des enfants qui eux grandissaient à l’extérieur, dépossédés de toute volonté de grandir… nous étions de jeunes vieillards qui n’avaient besoin d’aucun projet, qui ne souhaitaient devenir personne. »

Mais le narrateur va faire l’expérience de la culpabilité, à travers une série d’événements mineurs en apparence mais qui, pour ces garçons incarcérés, prend de l’importance, et va tourner mal.  Un chien bâtard va copuler avec la chienne racée du « métis » et se faire tuer par un des éducateurs. Les garçons répliquent en tuant la chienne, qu’ils balancent dans un canal qui court le long du mur et sert de décharge municipale. Ce canal, paysage peu ragoûtant, qu’ils contemplent si souvent… Une nuit, le narrateur escalade quelques murs, dans l’intention de s’emparer d’un pigeon ramier, élevé par le gardien du Centre. Arrivé à la cage, il trouve le « métis «  qui l’a devancé…

Une histoire qui peut paraître banale mais racontée de façon si juste, et aussi tellement désespérée que l’on s’y attarde longtemps. Cela tient à l’atmosphère bien rendue, la description soigneuse de ces lieux de désolation, les sentiments ambigus des garçons à l’égard du « métis » et la façon dont ce même garçon est à son tour affecté par la présence et les actes des jeunes détenus, et entraîné dans un processus qui le dépasse autant qu’eux…

 

 

Seventeen

Cette nouvelle met en scène un narrateur qui vient d’avoir ses dix-sept ans. Il se sent « mal dans sa peau » comme on dit et n’a pas de bonnes relations avec sa famille. Seule sa sœur se souvent de son anniversaire, mais c’est pour le railler. S’il reste si longtemps dans la salle de bain, c’est qu’ »il se saisit de sa propre chair ». Il n’a pas d’appui. Son frère aîné avec qui il partageait autrefois des activités, semble avoir sombré dans une sorte de dépression. Père et mère n’interviennent pas, on ne saura pas pourquoi. La sœur seule , semble avoir des idées politiques conservatrices, mais sans plus.

Le jeune homme est obnubilé par la masturbation. Sachant que cette pratique n’a rien d’inquiétant, il reste persuadé que c’est une tare, et  qu’il souffre de maladie.

Lorsque débute le récit, il est déjà violent au point de blesser sa sœur ; mais cela va empirer. Se sentant humilié par ses camarades de classe, et vulnérable, le garçon, dans le monologue qui nous est présenté, va se faire recruter par un organisme d’extrême-droite, l’Armée Impériale et en devenir l’un des membres les plus zélés et les plus dangereux. Au début du récit ce garçon n’est pas bête, et il a même assimilé des connaissances scolaires. Tout cela pour finir!! Ce récit dénonce la sottise et l’infantilisation de pensées voire le délire, qui caractérisent l’extrême-droite. La famille du garçon ne lui est d’aucune aide. Rien de neuf sur ces basculements adolescents dans une délinquance hélas autorisée , mais beaucoup de justesse dans la description du processus.

 

Ce serait intéressant de comparer ce récit avec l'"Enfance d'un chef"; le sujet est le même, et Oe a étudié la littérature française et fait une thèse sur Sartre.

 

Seventeen est paru dans la collection "Folio-deux euros" , vous pourriez le lire séparément. Personnellement je préfère les deux premiers récits...

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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 14:50

l'éloge de l'ombre

Comment les chinois et les japonais créent-ils la beauté ?

 

D’abord, en utilisant les effets de la lumière, le rayonnement. En ménageant, dan s leur réalisation d’objets et d’habitations des degrés divers d’opacité. En sachant utiliser des clartés ternes. En se servant de la pénombre qui est « la couleur crépusculaire et qui conserve à grand-peine un dernier reste de vie ».

L’autre procédé mis en oeuvre est la dissimulation. Les objets, pour être beaux , pour être séduisants, doivent être devinés, entrevus, sous certains contours, et non apparaître dans la trivialité d’une évidence sans charme.

L’objet  peut être « manquant », si l’on laisse penser qu’il pourrait y être, dissimule ce qu’il a de précieux, tout en montrant qu’il n’y est pas. L’ombre joue aussi ce rôle.

Par quels moyens concrets, arriver à un tel résultat :

-les shôjis : volets de papier blancs.

- le toit-parasol.

- le toko noma : des renfoncements, des cassures de volumes. Divers degrés d’obscurités dans une pièce.

Dans les renfoncements, on colle des peintures à motifs floraux, ce qui donne à l’ombre une dimension de profondeur.  La peinture est une surface qui recueille les effets de lumière.

Je dois dire que lorsque l’on pénètre à Gennevilliers dans la bibliothèque sphérique, vitrée, sans aucun renfoncement, ni relief, on comprend ce qui peut être pénible dans les réalisations occidentale.

 

-          Le papier qui soutiendra le montage d’une œuvre d’art doit avoir un aspect antique, des craquelures dans la monture.

-           

Comment arranger un toko no ma ?

Créer un espace rigoureusement vide, le remplir de gradés d’ombre, grâce à la place de la fenêtre, et au filtrage par les shôjis des rayons du soleil. Cette lumière devient froide et terne.

Créer un univers ambigu où l’ombre et la lumière se confondent.  Une pénombre blafarde, des reflts blanchâtres. La clart diffuse doit donner une impression de pesanteur. L’auteur insiste sur « l’épaisseur de l’ombre ». On doit éprouver une sorte d’appréhension dans ces quasi-ténèbres, comme si l’on était face à l’éternité, en perdant la notio du temps.

Les paravents dorés et les cloisons mobiles captent de la clarté extérieure rien que des reflets irréels comme des songes. L’or, le doré joue le rôle d’un réflecteur de lumière. Les autres métaux se ternissent plus rapidement.

Mais , un autre métal est aussi essentiel, le jade, pour son aspect trouble et ses volutes de couleur incertaines, vaguement vertes.

Les couleurs qui comptent : des stratifications d’ombre, au contraire des occidentaux qui  privilégient les couleurs condensant le soleil en elles. L’objet oriental ne brille pas , il révèle la patine.

Les orientaux exploitent la pauvreté de la lumière. Ils n’aiment pas non plus, les vastes pelouses vertes, dans un jardin, et multiplient les bosquets. Ils  fuient la vive clarté. On doit «  Découvrir la beauté des ténèbres, leur pigment obscur tapi au fond de la peau ».

Les costumes

Le costume de Nô, avec ses couleurs éclatantes, forme un contraste heureux avec le teint japonais. Il renvoie à une existence de jadis. L’acteur est non grimé.

Le Kabuki : l’attrait de ce théâtre est érotique. Il reste un univers de fiction. Les visages fabriqués de toutes pièces ne paraissent pas authentiques.

 

Les marionnettes de bunraker , poupées féminines que l’on anime, n’ont rien qu’une tête et des mains. E procédé rappelle les femmes d’autrefois : elles n’avaient d’existence réelle qu’au dessus du col et au bout des manches, le reste entièrement dans l’obscurité. Costumes auxcouleurs ternes, noircissement des dents, elles étaient une parcelle de l’ombre, transition entre l’ombre et le visage, apparition blanche dans l’obscurité( ciel ! les islamistes avec leur burqua leurs tchador… n’ont rien inventé !).

 

Ce que dit Tanizaki est effrayant concernant les femmes. Des siècles de dénégation du corps féminin…

 

Au final, tout de même, un programme esthétique tout à fait intéressant.

 

 

Tanizaki chat

Tanizaki avec chat

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 23:20


Gallimard, 298 pages.


J’ai déjà chroniqué la première nouvelle «  Gibier d’élevage » lue en Folio 2. Une œuvre de jeunesse de l’auteur, très classique, facile à lire, bien qu’extrêmement perturbante. Je ne vais pas la publier à nouveau, il suffira de cliquer sur le lien. Dans ce premier récit, où un jeune garçon, est fasciné par un prisonnier noir capturé pendant « la guerre », par les gens de son village, ou plutôt de sa tribu, car ils vivent de façon très archaïque, il y avait déjà de la brutalité et une sauvagerie sans concession…

Le second récit «  Dites-nous comment survivre à notre folie » est encore plus éprouvant à la lecture.

C’est l’histoire d’un homme qui vient d’être père pour la première fois, et son enfant souffre  de graves  handicaps mentaux et physiques. Sa réaction est de se rapprocher de cet être, en profonde empathie, réussir à éprouver ce qu’il éprouve, bien qu’il ne le sache pas réellement, car le petit à quatre ans, ne réussit qu’à répéter les phrases qu’on lui adresse, sans rien manifester de personnel. Au moins le père parvient-il à éprouver en partie les mêmes souffrances physiques, notamment lors d’un funeste examen ophtalmologique destiné à mesurer l’acuité visuelle de l’enfant. « Destiné… », en principe, car il est vécu par le père et le fils, comme une grave persécution.Je vous recommande tout spécialement ce docteur à face de mante religieuse, qui sort l'oeil de l'orbite....

Le père éprouve aussi le besoin de jouer un rôle protecteur ; maintenant il fait chambre à part avec sa femme, pour pouvoir tenir la main de l’enfant bien serrée dans la sienne toute la nuit. Il l’emmène, tous les jours, manger un bol de bouillon d’os avec des nouilles et un Pepsi-cola. Père et enfant sont devenus obèses ensemble, se promènent ensemble, ne se quittent pas.  L’homme feint la complicité avec le petit, lui parle beaucoup, avec l’idée que feindre cette complicité et faire comme si le petit comprenait, provoquera un éveil chez lui.

Cependant il se demande si c’est son fils qui a besoin de lui ou l’inverse ? «  La menotte de l’enfant lui servait de défense contre les autres gens ; et lui, qui, lorsqu’il sortait seul, devait prendre des tranquillisants s’en trouvait métamorphosé en ce type d’extraverti. Il lui suffisait de serrer dans sa main celle de son fils pour se sentir délivré, même au milieu de la foule… »

Cependant l'homme se fait agresser avec son fils et se reconnaît impuissant .Il devra se résigner à moins s’occuper de cet enfant. Alors, il reprend ses travaux d’écriture, une biographie de son père. Il voudrait éclaircir certaines zones d’ombre de la vie de ce géniteur, et entre en conflit avec sa mère…. Là aussi, il devra se résigner à perdre ses illusions…  La nouvelle montre un cheminement vers la lucidité et une plus grande indépendance d’esprit.


On apprécie que le récit soit à la fois très réaliste, très précis dans les descriptions, comportant un grand nombre de sensations physiques, d’expériences concrètes, de la vie quotidienne, dans ce qu’elle a de cruel surtout, et d’un niveau de pensée très élaboré.  Les conflits présentés sont abordés avec une grande justesse.


Dans « Agwîî le monstre des nuages », un autre homme jeune a aussi eu un bébé présentant une anomalie mais le père l’a fait euthanasier, et a fui le foyer conjugal. Il a donc  agi d’une façon très différente  du premier. Mais, peu après, il est victime d’une hallucination : un énorme bébé venu du ciel vient se poser près de lui dès qu’il sort dans la rue ou se tient près d’une fenêtre, et avec qui il discute. Il l’appelle Agwîî, parce que ce son est le seul que le bébé ait eu le temps de prononcer. Il correspond sans doute à notre «  arheu », sinon à l’expression d’un cri. En somme, la victime s’est vengée, et le fantôme le hante.

Le narrateur du récit, un jeune étudiant, est rémunéré pour accompagner dans ses sorties l’homme devenu partiellement fou. Le récit balance entre hyperréalisme et poésie : l’homme tourmenté par le bébé fantôme explique son point de vue à l’étudiant : le ciel est peuplé des créatures que nous avons perdues, de sorte que l’étudiant en vient à aimer le « monstre » et presque à ressentir son existence, alors même qu’il se demande si l’homme ne joue pas la folie…

La quatrième nouvelle "le jour où il daignera essuyer nos larmes" porte également sur les relations père-fils dans ce qu’elles ont de plus dramatiques et primitives. Mais il ne s'agit pas seulement du père biologique, mais d'une autorité supérieure...

Le héros de l’histoire est encore plus tourmenté que les précédents. Il ne quitte plus son lit, se croyant atteint d’un cancer du foie. Il en ressent les effets avec terreur mais hélas, non sans jouissance, de sorte qu’il n’en sort pas.

Les affections du foie sont relatives à la bile noire, soit la mélancolie, et c’est peut-être là le mal véritable de cet homme. Quoi qu’il en soit, il se prépare à la mort, appareillé de lunettes de plongées vertes, servant à altérer sa vue. Les mêmes lunettes que portait l’Autre…

  Il fait à une infirmière censée être son exécutrice testamentaire, le récit de sa vie, cherchant à se souvenir des « happy days ». Hélas les réminiscences qui lui viennent, qu’il s’arrache devrait-on dire, avec l’aide de l’infirmière qui le questionne, sont tout sauf heureuses.   Le narrateur mêle les sensations actuelles du héros et ses réminiscences, cris et narrations, scènes dramatiques, tout s’enchevêtre, de sorte qu’il parfois difficile de saisir ce qui est arrivé dans le passé.

Au bout d’un moment, on se rend compte que celui-là qui, dans le récit est désigné sous le nom de l’Autre, est le père. On saura que le héros a perdu son père à la guerre, tué devant ses yeux, que ce même père avait fait assassiner un autre fils, déserteur, et que la mère n’est pas innocente aux yeux du malade.

 

Ces relations affolantes d’amour-haine entre père et fils font penser à Kafka : fils blessé physiquement et moralement, mutilé, rendu à l’état d’animal, tué même, victime du père bestial et cruel, lutte à mort entre les deux, fausses réconciliations, étrangeté des situations, déréliction à toutes les pages, tendance à la claustration, les deux univers sont assez proches.  

Après lectures des nouvelles, on prendra connaissance de la préface, qui replace les nouvelles dans leur contexte historique elles furent écrites à des époques différentes et correspondent à des moments particuliers de l’histoire personnelle de l’auteur. Mais ne pas s’attendre non plus à de grands éclaircissements.

Et si vous êtes comme moi, vous ferez des cauchemars….

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 00:29

Pays de neige

 

 

Biblio-roman, 2008

1ere publication 1955. 190 pages.

Ecrit entre 1935 et 1947.

 

Shimamura se rend dans une station thermale au début de l’hiver. Il voyage en train depuis Tokyo vers ces montagnes neigeuses non nommées. Au sortir d’un long tunnel, une jeune voyageuse s’adresse à un aiguilleur pour lui poser une question. Shimamura apprécie son timbre de voix chaud, profond, vibrant. Ensuite, il l’observe reflétée dans la vitre, s’occupant de son compagnon de train malade. Le jeu des lumières dans son visage reflété lui donne un aspect particulier. Cette jeune femme lui rappelle Komako, la femme qu’il va retrouver à la station thermale, devenue sa maîtresse à son premier séjour, au  printemps dernier, et il évoque cette époque. Son séjour hivernal va ressembler au précédent et en différer sur plusieurs points. La neige est omniprésente, Komako, devenue geisha à plein temps, est surmenée, insatisfaite de sa condition, et Yoko la femme du train apparaît de temps à autre pour soigner l’homme malade, puis bientôt l’enterrer. Elle était son infirmière et peut-être davantage. Komako a été aussi liée à cet homme. Shimamura cherche à en savoir plus, à comprendre le vécu de ces deux femmes. Mais les propos et attitudes de Komako et Yoko resteront en partie énigmatiques à  Shimamura. D’ailleurs, son regard sur les choses et les êtres est dominé par la contemplation esthétique, ainsi que par la perception de signes à déchiffrer.     

Il y aura aussi un troisième séjour de Shimamura, à l’automne suivant.

A chaque séjour, correspondent pour cet homme oisif et fortuné, qui a beaucoup écrit sur l’art traditionnel de son pays, les plaisirs esthétiques qui changent à chaque saison, blancheur et neige en hiver, nature renaissante au printemps, couleur rouge des bois d’érables en automne, et blancheur de première neige et d’étoiles, bleu et noir de la nuit( ces couleurs correspondent aussi à des événements importants), les plaisirs  qui se répètent, les bains et les rencontres avec sa maîtresse, ainsi que  les apparitions de Yoko. Le blanc et le rouge, en particulier, se retrouvent dans le maquillage de Komako, le noir dans sa chevelure.  Car les femmes aussi font  partie du paysage. Elles n’en sont pas moins vivantes, de plus en plus stressées à chaque séjour, et l’anxiété liée à leurs conditions précaires, augmente, jusqu’à créer un climat sombre et pessimiste. Shimamura est parfois pressé par l’une ou l’autre femme, de les emmener, en pure perte. Il a une famille à Tokyo. Il est aussi, et avant tout ,observateur, jouisseur, esthète, consommateur.

Même si les souvenirs de Shimamura remontent au printemps, le récit commence et s’achève par une voix de femme, celle de Yoko au début de l’hiver, inquiète, celle de Komako à la fin de l’automne suivant, effrayée et criant.  Entre les deux, cette histoire belle, étrange, et triste, où ce qui compte est suggéré davantage que dit.   

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 15:24

Seisho Matsumoto

 

Actes-sud noir.

 

Roman se déroulant au début des années 70.

 

 

Tsuneo Asai, ingénieur commercial dans le secteur agro-alimentaire, dévoué à son métier, vient de perdre sa femme Eiko.

On l’a trouvée morte, dans un magasin de cosmétiques, tenu par une femme de 35/40 ans Mme Tashakashi.  Celle-ci raconte qu’Eiko s’est précipitée dans la boutique, victime d’un malaise, et à l'arrivée du docteur, elle avait succombé à une crise cardiaque. Ce n’était pas sa première crise, mais on ne la savait pas si malade. Elle menait une vie normale, à condition de ne pas faire de gros efforts…

Asai trouve étrange que sa femme soit allée dans ce quartier ( Yoyogi) loin de chez eux, où elle n’avait jamais parlé de se rendre.

Eiko s’adonnait à l’écriture de haïku sous la direction d’un professeur et un certain nombre de ses poèmes avaient été publiés. Asai l’écoutait en parler distraitement, peu intéressé. Elle non plus ne prêtait aucune attention aux activités professionnelles de son époux. Ils vivaient chacun leur vie, même le côté charnel du mariage leur faisait défaut.

 

Cependant, Asai commence à arpenter cette rue, où sa femme a trouvé la mort, persuadé que quelque chose lui a été dissimulé.  Imaginer que son épouse menait une existence assez riche ( promenades culturelles, composition de haïku et probable liaison amoureuse) tandis que lui s’ennuyait au travail, lui déplaît.

Il interviewe le médecin, inspecte les maisons de rendez-vous du quartier, se balade partout. Le quartier regorge de malaises et de non-dits. Les descriptions minutieuses qu'en fait l'auteur  évoquent un tableau de peinture . D'autres séquences dans le roman méritent aussi d'être appelées tableaux.

Les personnages rencontrés sont faux, hypocrites dans leur extrême politesse, mais Asai y est habitué, et, de petits indices en intuitions, d’enquêtes détectives en raisonnements, il parvient à reconstituer plus ou moins les faits…

 

Il lui reste à décider que faire à propos de son rival….

On ne sera pas déçu par la suite !!

 

Asai n’est pas un personnage sympathique.  A parler abondamment de son métier dans l’agro-alimentaire (toutes ces conserves de viandes pleines de produits chimiques...)   il ne passionne pas. Voulant créer une atmosphère de malaise et de mystère autour du quartier Yoyogi et du décès de sa femme, il réussit davantage à plaire, même en  reprenant tout le temps son  raisonnement à zéro pour l’alimenter du supplément d’investigations et de résultats du jour. Ces répétitions lassent, mais j’ai remarqué ces  répétitions de choses qui nous paraissent inutiles à redire et d’accumulations de petits détails chez plusieurs écrivains japonais ( Murakami, voire Ishiguro), et donc cela ne doit pas être pris ni pour une maladresse de traduction,ni pour une faiblesse d’écriture de l’auteur.

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 23:00

la Ballade de l'impossible1987 ; Belfond, 390 pages.

 

Ce roman ayant été adapté au cinéma, cela m’a donné l’idée de me replonger dans une œuvre de Murakami. J’avais aimé «  A l’est de la frontière, à l’Ouest du soleil »,et  les Amants du Spoutnik,( fort déconcertant par ailleurs !),  mais

 

moins « Kafka sur le rivage ».

 

 

 

Ce roman, l’un de ses premiers, est un récit de formation traité sur le mode romantique, tout autant qu’une longue méditation nostalgique.

A l’âge de 37 ans, Watanabe, le narrateur, entend la chanson des Beatles « Norvegian Wood », et sombre dans la tristesse.

Cette chanson était la préférée  de Naoko, son amour de jeunesse, dix-huit ans plus tôt.

Watanabe s’immerge dans les souvenirs. Il venait d’intégrer l’université en 1968, pour étudier le théâtre  occidental, dans sa dimension littéraire.  Le suicide de son ami Kizuki l’affecta profondément. Il commença à sortir avec Naoko, l’amie de cet ami, pour la consoler, et aussi tenter sa chance auprès d’elle.  La jeune fille ne tarda pas à sombrer dans la dépression, fut admise dans une maison de santé d’inspiration antipsychiatrique, où elle se fit une amie Reiko, qui met un peu d’animation et d’allégresse dans le  sinistre parcours de Naoko , que Watanabe s’efforce de partager.

Watanabe nous raconte sa relation avec Naoko, pendant deux ans, l’attente de sa guérison, sans véritable espoir, ses rencontres avec une autre jeune femme Midori, et un étudiant plus âgé, tout deux  plein d’énergie, qui l’aident à survivre. Il éprouve l’ennui fréquemment, le bonheur de temps à autre, la confusion surtout.

L’étudiant nous conte aussi son intégration sociale difficile:  il ne s’intéresse pas beaucoup à ses études, bien que passionné par la lecture. Il reste étranger à l’agitation politique en vigueur à l’université, et s’efforce d’être hors-norme, en lisant les auteurs qui ne sont surtout pas à la mode. Le Gatsby de Fiztgerald revient plus d’une fois dans le récit. Il devient conscient des différences de classes sociales…

Ce roman contient de belles pages : la promenade mortifère avec Naoko dans une plaine, où se trouve un puits sans fond est d’une grande beauté poétique. Certaines évocations de Midori ou de son camarade de chambre, sont empreintes d’un comique bienvenu.

Mais la plupart du temps, le récit se noie dans la répétition de petits détails fastidieux, qui n’apportent rien à l’ensemble. Pourquoi les repas, et les actes sexuels, les plus significatifs comme les plus insignifiants, sont-ils décrits par le menu, avec autant de répétitions peu variées ?

 

 

Après la page 150 le récit a commencé à m’ennuyer, mais je l’ai poursuivi néanmoins jusqu’à son terme.

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 00:34

La mort en ete Mishima305 pages folio 1953, dix nouvelles courtes.

 

Il  y a une contradiction dans ces textes, c’est que ces nouvelles sont parfaitement achevées et pourtant donnent  une impression d’inachèvement de suspension comme si tout n’était pas dit.

 

Patriotisme :

le narrateur décrit le « seppuku » ( terme que nous traduisons parfois par «  hara kiri »bien que le terme noble soit Seppuku : ce suicide est réservé aux samouraï) d’un soldat qui en 1936 ne veut tirer ni sur ses amis devenus mutins  pour s’opposer à l’armée impériale ,ni se joindre à eux…

Il entraîne dans la mort sa jeune épouse Reiko !

Dès qu’elle entend dire à la radio que les compagnons de son époux se sont mutinés elle sait immédiatement ce qui va suivre : pour racheter l’honneur de son groupe il va se suicider selon le célèbre rituel, et elle mourra aussi. Elle range leurs effets, et se prépare au grand départ .

Le jeune homme doit se suicider en public : rentré chez lui, il annonce à Reiko qu’elle sera seule ce public. Quel honneur !

Après lui,  Reiko se suicidera en se tranchant la carotide ; les femmes n’ont pas le droit de pratiquer le seppuku…qui est une façon bien particulière de s’entailler l’abdomen, puis de faire glisser le poignard afin de faire sortir les viscères.

Ce récit est impressionnant : Mishima était fasciné par ce type de suicide cependant le narrateur du texte émet quelques réticences à l’endroit d’un conditionnement auquel les jeunes mariés adhèrent sans hésitation.

En effet la lettre d’adieu du jeune homme stipule simplement  «  vive l’armée impériale » , ce qui est relativement banal comme texte pour accompagner un tel geste…

 La perfection de l’exécution du suicide montre à quel point  ce jeune couple héroïque veut incarner les valeurs inculquées. Dans un tel geste, il n’y a plus de place pour une quelconque individualité, les corps et esprits des deux jeunes appartiennent à la société.

En fait, il y a davantage que l’héroïsme : une véritable attirance pour la mort vécue comme une aventure terrifiante : la mise en scène du suicide est relatée avec précision, ainsi que les petits obstacles rencontrés pour se donner la mort…

La main droite sur le sabre le lieutenant commença de s’entailler le ventre par le travers. Mais la lame rencontrait l’obstacle des intestins qui s’y emmêlaient et dont l’élasticité la repoussait constamment … saisi d'une violente nausée, le lieutenant laissa échapper un cri rauque.

Vomir rendait l'affreuse douleur plus affreuse encore, et le ventre qui jusque-là était resté ferme, se souleva brusquement,  la blessure s’ouvrit en grand et les intestins jaillirent comme si la blessure vomissait à son tour"

Les  jeunes croient à un au-delà, et j’ai été intéressée par la sensualité qui accompagne le geste .Avant de le perpétrer, ils ont  eu des relations sexuelles pour la dernière fois , et l’ont fait  mieux et plus fort que d’ordinaire.

Pour un lecteur occidental, il est difficile de croire à des valeurs que la communauté ou la société inculque, comme l’indique le titre. Cependant  la tentation de se détruire lorsque l’on est jeune existe en Occident.

 Pour nous lorsqu’un jeune couple se suicide, Il y a soit rébellion contre la société, ou refus de vieillir et d’affronter la médiocrité de l’âge  adulte, et l’on pense à Tristan et Iseut.

 

Patriotisme  inspira à Mishima un court-métrage dans lequel on  a voulu voir une  répétition générale de son propre et spectaculaire suicide, qui eut lieu le 25 novembre 1970 ; Mishima tentait paraît-il un coup d’état pour restaurer les valeurs du Japon traditionnel. Ayant échoué ( je ne pense pas qu’il souhaitait réussir, car il n’avait pas de propension à devenir un homme d’état…) il se suicida avec l’aide d’un comparse devant une assemblée nombreuse.

 

 

 

Dans  ce court métrage ,Mishima a filmé le double suicide raconté dans "Patriotisme". Si l'image n'est pas très claire, c'est néanmoins très impressionnant.... et assez beau. Vous n'êtes pas obligés de  tout  regarder.

 

 

Si vous aimez ce type de récit, vous pouvez aussi lire «  le Maître du thé «  de Yasushi Inoué  qui relate un autre suicide du même type chez un homme plus âgé.

 

 

La mort en été

 

C’est le récit du deuil de Tomoko, jeune femme qui a perdu deux enfants et sa belle-sœur qui les gardait. Les enfants ont péri  noyés ( un  instant d’inattention) et la femme de crise cardiaque due au choc  et peut-être aussi au désir d’en finir après avoir vu ce dont sa rêverie avait été la cause.

Les enfants ont péri  noyés dans une vague, sous le grand soleil d’été, ce fait accentue l’horreur de la tragédie…qui est parfaitement décrite, ainsi que la beauté de l’océan et du rayonnement solaire.

 

Ce deuil comporte la culpabilité ( Tomoko pense qu’elle aurait dû être là) et le désir de mourir : elle retourne sur la plage avec son mari, l’enfant survivant et la petite fille née après ces événements : elle se tient debout devant les vagues sur la plage «  Qu’est ce qu’elle attend ? » se demande son mari. Il le savait d’ailleurs très bien.

Le récit s’achève sur cette inquiétude.

Elle attend qu’une vague l’emporte à son tour, si elle est vraiment coupable. Mais aussi l’on sent cette attente folle que ses enfants renaissent miraculeusement de la vague !

Dans cette fin de ce récit, il y ambigüité. Que vat-elle faire ?

Je crois qu’elle va  repartir chez elle et se résigner. Elle et son mari sont réalistes.

C’est la nouvelle qui donne son titre au recueil,  et la meilleure aussi à mon sens.

Onnogata : le titre signifie «  acteur spécialisé dans les rôles féminins »

Cet amour d’un jeune universitaire pour Mandjiku un acteur de Kabuki qui joue les femmes à la perfection sur scène comme dans la vie, est d’abord un culte rendu à sa beauté androgyne. Purement  esthétique. Il se transforme en jalousie lorsque l’objet d’amour, Mandjuki, tombe réellement amoureux d’un jeune metteur en scène moderne très différent de lui.

On ne sait ce que l’adorateur tombé dans la jalousie va pouvoir faire, il se le demande lui-même….

Il se pourrait qu’il se suicide.

La nouvelle a l’avantage de présenter le théâtre Kabuki, ces gestes ritualisés, si différents de notre propre théâtre, lequel repose davantage sur le contenu des pièces, narration dialogue et intrigue. Ici c’est l’observation d’un  rituel qui compte. On se rend compte que le théâtre japonais va à l’essentiel, là où nous pourrions passer pour des bavards…

Le style est précis, sobre et incroyablement efficace.

 

 

Trois millions de Yens

Est une nouvelle amère,  qui critique la société occidentale où l’on cherche à s’approprier des biens à consommer. Un jeune couple « moderne »( années 60) projette de parvenir au bonheur, en programmant toute sorte de réalisations ( posséder des objets indispensables ; procréer et élever des enfants suivant une logique consumériste…) et se procurer l’argent pour y parvenir par des moyens fort discutables.

 

Je n’ai aimé que ces quatre nouvelles sur les dix proposées…je ne vais donc pas parler des autres, qui se laissent lire sans plus.  Le recueil en vaut la peine !

 

Lu dans le cadre du challenge  nécrophile, organisé par Fashion.

 

Pour la suite de mes lectures mishimiennes je pense me tourner vers une histoire qui se déroule à la mer, car je le trouve excellent à décrire le littoral et l’océan.

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 23:49

La Maison où je suis mort autrefoisActes-sud Noir 2010. ( 1ere édition originale en 1994).252 pages,  18 euros

 

Le titre absolument irrésistible, m'a fait me précipiter sur cet ouvrage!

 

On a tous une maison où l'on est mort autrefois.

 

Voilà  une variation éprouvante à partir de ce thème.

 

Il y a deux ans, le narrateur de ce récit a  eu des nouvelles de Sakaya , son amie de jeunesse qu’il a fréquentée six ans du Lycée à l’université. Mariée et mère d’un enfant, elle n’assume pas du tout sa condition.  Le narrateur, dans le cadre de son emploi a écrit plusieurs articles sur les femmes qui maltraitent leurs enfants et Sakaya  est justement dans cette situation.

 

En outre, son père vient de décéder, lui  léguant un jeu de clefs et un plan pour se rendre en un  lieu déterminé, où , de son vivant, il se rendait seul, sans explications.

 

Elle veut  y aller, espérant élucider son cas, dominer son mal-être, apprendre quelque chose de sa petite enfance. Elle n’a aucun souvenir avant l’âge de sept ans, et le peu qu’on lui a raconté sonnait faux et ne lui rappelait rien. Cette démarche lui fait peur et elle réclame l’aide de son ancien ami. A vrai dire, elle ne connait personne d’autre…

Le narrateur ne veut pas renouer avec elle, sachant qu’il n’a  aucune chance, mais il accepte finalement de l’accompagner en ce lieu…

 

Le plan les mène à une maison abandonnée près d’un lac, dans la montagne. Une maison que semble-t-il les habitants ont dû quitter très vite sans rien emmener. Les pièces possèdent un certain confort  sauf que l’électricité n’est pas installée, et que l’on ne peut entrer que par la cave ! le frigo est plein, ils pénètrent dans les chambres et cherchent à en identifiera les occupants.

Celle  du jeune garçon de la famille retient vite leur attention. Livres de classe, bureau, vêtements… et même son journal intime à partir de quoi va commencer à s’élaborer le passé.

Tout cela date de 23 ans, et les  pendules sont immobilisées à une certaine heure comme si le temps s’était arrêté.

On se demande comment et par qui  la maison est "hantée..."

 

Les deux protagonistes vont  reconstituer le passé de cette étrange famille avec laquelle Sakaya avait peut-être des liens qu’on a soigneusement occultés pour de mystérieuses raisons.

 

Cette enquête est très bien faite ! On progresse à partir d’indices, et l’on résout l’énigme petit à petit par le raisonnement.  Il est impossible au lecteur de tout deviner d’avance, je le dis aux fins limiers, tout le monde aura des surprises ! La conduite de l’intrigue est rigoureuse et  passionnante.

 

A propos de souvenirs, ceux d’avant sept ans, sont avant tout des souvenirs-écrans mélange de fantasmes et de scènes vécues. La reconstitution de la vérité est possible par l’interprétation des indices livrés par les souvenirs.

 Ici les indices sont les objets trouvés dans la maison, son apparence, l’investigation à partir de ces matériaux.  Grâce à ces indices le passé est reconstitué avec certitude quant à ce qui importe le plus…

 

Mais que Sakaya finisse par se souvenir complètement de ce qu’elle a occulté, voilà qui est fort rare ; et mérite d’être souligné.

 

****

 

Découvrez aussi :

 

A u sud de la frontière à l'ouest du soleil Haruki Murakami

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 09:30

 Folio 2 eurosgibier d'élevage

120P 1958.

 

 

      le grand  écrivian japonais Oe Kenzabûro, lauréat du prix Nobel de littérature en 1994 a écrit ce texte dans les années 50; cette nouvelle est l'une de ses toutes premières oeuvres, et a reçu un prix au Japon en 1958.

 

 

      Pendant la seconde guerre mondiale, dans un village retiré, un avion américain s’est écrasé dans la forêt , et les villageois ont fait prisonnier l’unique rescapé, un soldat noir et l’ont enchaîné dans une cave. Le prisonnier est signalé à la ville et l’on attend qu’un fonctionnaire surnommé «  Gratte-papier » en informe la préfecture qui doit décider de son sort.

        Ces villageois vivent de façon très rustique. Ils n’ont pas l’eau courante, ni savon, ni vêtements de rechange, se baignent dans la fontaine du village et dans la rivière en contrebas. Les enfants sont livrés à eux-mêmes et n’ont pas reçu d’éducation.

Le narrateur est un garçon de huit-dix ans qui vit avec son père et son jeune frère. Le père chasse les belettes  pour leurs peaux qu’il vend à la ville.

 

C’est l’été et les enfants ne vont plus à l’école. Le narrateur et ses amis sont pénétrés par la crainte de la présence du prisonnier noir. Pour eux ce n’est pas un « ennemi » ;ils assimilent les gens de couleur  à des animaux. Le Noir est bien plus grand et plus fort qu’aucun être humain adulte du village. Son langage, ils ne le saisissent pas comme une langue étrangère. Ils éprouvent une terreur sacrée.

Ce personnage va devenir pour les enfants un animal-dieu, un être plus ou moins sacré «  à cause de son absolue beauté ».  Les mois passent  et les adultes s’en désintéressent en attendant les ordres de la préfecture tandis que pour le narrateur et ses amis il est le principal centre d’attraction. D’inquiétant, il devient bienveillant, voire un compagnon de jeu pour les enfants, sans cesser d’avoir pour eux un caractère animal et sacré. La relation est ambigüe, mais elle évolue…

Puis les adultes interviennent à nouveau, changeant la donne.  La fin est très cruelle et ne laisse aucune illusion sur les relations humaines, «  A War of Everyone against Everyone » comme disait le philosophe  Hobbes.

Et pourtant j’ai été assez satisfaite du tout dernier événement, d’une sorte de justice sauvage perpétrée par les enfants.  

 

Le narrateur a bien le point de vue d’un enfant, privé de toute éducation, mais il s’exprime dans un langage soutenu, une prose simple mais élaborée, qui ne convient guère à sa condition sociale telle qu’il la décrit. On le suppose adulte, sorti de  la misère et de l’inculture, et relatant de façon aussi réaliste que possible un terrible souvenir d’enfance, en le plaçant dans une perspective mythique.  

Un récit remarquable de justesse et de vérité.****

 

 

Découvrez aussi :

 

Kenzabûro Oe Le Jeu du siècle

 

Le Plan déchiqueté ( Kobo Abe)

 

Kobo Abe " La Femme des sables"

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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 09:54

 

Gallimard ( Du monde entier), 1988.

La première parution a eu lieu en 1967 au Japon.

 

Scène inaugurale :

Nous sommes en ville. Mitsu, Le narrateur, perturbé, descend en tremblant dans une fosse septique en construction dans son sous-sol. Il a perdu «  la sensation fiévreuse de l'attente". Il ressasse le suicide de son ami qu'il vient d'apprendre. Ce dernier s'est pendu, la figure peinte en rouge, avec un concombre dans l'anus. Un acte qui semblera provocateur à des occidentaux. L'ami avait subi un traitement dans un hôpital psychiatrique d'où tous les malades sortent abouliques.

Mitsu réfléchit aussi  à son enfant  anormal, dont sa femme et lui ne savent que faire.  Enfin, il évoque ce jour de son enfance où il a perdu un oeil, des camarades l'ayant blessé. Il ressent tous ces malheurs, au moment où débute le récit, comme une série de malédictions qui vont le mener à sa fin...

 

Afin d'y voir plus clair, Mitsu retourne à Shikkoku, l'île de son lieu de naissance, rencontrer sa famille, celle qui est encore en vie, et ses ancêtres...il doit notamment y voir son frère Taka.


La lignée familiale est difficile à porter. Leur père était suspect et désavoué par la mère, probablement trafiquant de drogues. L'arrière-grand -père fut un personnage . Il s'était enfermé dans son pavillon pendant une insurrection paysanne, et le frère de cet homme, qui avait conduit l'insurrection, disparut ensuite.

Des frères ennemis...

 

Mitsu et Taka reviennent sur les lieux de cette insurrection qui s'est produite un siècle auparavant, pour enquêter sur les circonstances .Et, sans l'avoir consciemment voulu, ils vont rejouer cette scène de l'histoire familiale et locale, Mitsu s'identifiant pour cela à l'arrière-grand père, Taka au frère de cet homme.

 

Ainsi les deux frères vont s'affronter au cours d'une action qui aura un sens pour tous les deux. Solitaire Mitsu contre leaderTaka, et que chacun trouve sa place dans l'histoire.

 

Alors cessera la malédiction.

 

Résultat : je dévoile tout, car le roman est un peu déconcertant, et il est utile de savoir où cela mène pour mieux saisir.

  Taka découvre qu'il veut le sacrifice, le rachat de sa propre vie , de ses fautes ( relations incestueuses avec sa sœur) et aspire à une mort violente. La situation le sert : dans leur village natal, la population manque de tout et il réussit sans peine à monter une vraie insurrection. D 'abord, il séduit la population en créant un club de football.

Le titre original du roman c'est «  le football ».C'est lui le "Jeu du siècle..."

 

Mitsu lui, est donc resté à l'écart de l'insurrection ( bien qu'elle prenne un tour positif) et finit par comprendre qu'il ne faut pas chercher à s'identifier à ses ancêtres. Il a raison. Malgré lui , il ne peut qu'imiter l'arrière-grand-père en se retranchant dans le pavillon.

Trompé par sa femme, enceinte de Taka, à présent défunt, il accepte un poste de traducteur en Afrique.

Il faut également composer avec l'ancêtre féroce Shosokabê ( sorte de père primitif sanguinaire) qui poursuit les fils, lesquels sont sauvés en se réfugiant dans un ravin habitable : c'est là une légende qui est à l'origine de la lignée dont Mitsu et Taka sont issus.


On s'étonne qu'il se produise un si grand nombre d'événements de contingence pure, dans un récit où le narrateur, semble d'un bout à l'autre, plongé dans la méditation et/ou le monologue.

 

Fin: Mitsu remonte de la cave où il s'était retranché, remonte vers la vie.

C'est une sorte de happy end auquel on n'osait croire...

 

  Challenge ABC 2009 lettre O

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