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28 juillet 2006 5 28 /07 /juillet /2006 20:47

 

C’est quelques temps auparavant (à Minneapolis, où il ne réussissait pas à chanter dans les »bons » clubs ni à se faire des relations utiles) que Bob avait trouvé un recueil de poésies de Dylan Thomas ; le prénom lui plaît pour ses sonorités et sa graphie et il songe à utiliser Allen (son deuxième prénom) pour se faire un nouveau nom :

« Dès que j’aurais quitté la maison, j’allais me faire appeler Robert Allen. C’était bien moi après tout mes parents me les avaient donnés ces prénoms… je me doutais que Dylan avait dû un jour être Dillon, que l’intéressé avait lui aussi changé l’orthographe de son nom... »

 

Dylan Thomas s’est toujours appelé ainsi. Originaire du Pays de Galles, il porte le nom de Dylan, personnage de la mythologie celte : celui-là est né de la déesse Arianrod et de son frère le druide Gwyddyon, nous dit Jean Markkale dans son étude « Les Celtes et la civilisation celtique » publié chez Payot. Dans le mabinogi de Math (récit médiéval d’un chef de guerre celte), ce guerrier veut s’approprier Arianrod « Il la fait sauter par-dessus sa baguette magique … elle donne alors naissance à deux enfants . L’un se précipite vers la mer et sera appelé Dylan Eil Ton (Fils de la Vague) ou Dylan Ei Mor (Fils de la Mer) ce qui constitue un jeu de mots entre Mordr, la mère, et Mor, la mer, ce qui veut dire que Dylan entreprend immédiatement le regressum at uterum. Il est mort-né. »

 

Les sonorités et la graphie, c’est important, mais la signification aussi. Bien des chansons de Dylan tournent autour de ce « regressum at uterum » ; de la mort aussi ; mais c’est une source d’inspiration fréquente ; aussi n’a-t-on pas trouvé cela particulier. Quant aux chansons qui se réfèrent au déluge, elles sont légion.

A Hard Rain s'Gonna Fall; When the Ship comes in; Shelter from the Storm...

Baie des Trépassés ( Finisterre)

Souvent les chansons de Dylan sont d’ailleurs un « flooding » un déluge verbal (cette tendance lui est restée).

 

 

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26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 22:08

1969 (suite)

Au lycée je ne parlais pas de mon entreprise, n’ayant trouvé personne qui s’intéressât à Dylan comme il convenait. Si j’avais dit que je le trouvais émouvant avec le nez de travers, le visage long, cette manière de faire la gueule sur les pochettes de disques à compter du troisième LP ( on disait « LP », par snobisme même les plus sobres s’y sont risqués au moins une fois) mais avec un rendu si naturel, les tempes très serrées comme si on l’avait sorti aux forceps… et d’autres bizarreries de ce genre , c’est moi que l’on aurait regardée de travers. Où peut-être aurait-on voulu communier dans le même esprit et ç’eut été pire.

 

Les autres filles écoutaient de « la musique pop » en privilégiant les nouveautés ; je ne parvins jamais à m’y intéresser. Même les autres folk singer, dont Dylan s’étaient un temps inspirés ne me convenaient pas le temps d’un disque : ils ne savaient ni éviter la rengaine, ni jouer de la monotonie, et n’avaient guère d’intensité dramatique.

Je n’ai pas de goût pour le « rock » ; pour moi c’est juste un procédé qui peut se révéler utile pour faire de bonnes chansons. Le folk ne signifie rien de plus. Ni l’un ni l’autre ne sont pour moi des valeurs. Il est vrai que le folk se chante au coin du feu ou autour d’un feu de bois ( même s’il manque ce feu de bois, on ne peut que l’imaginer) et ça peut être sympathique ou horripilant. Horripilant si on le revendique comme une idéologie ; ce que fait Joan Baez par exemple. Dans le DVD de Scorsese, Joan Baez apparaît dans un décor « feu de bois ». Les folk singer sont pavés de bonnes intentions comme l’enfer.

Le rock , ça se joue en concert, ça ne se chante pas vraiment, ça se danse, ça se hurle, ça rassemble des grandes foules ( et le folk des petites), ça peut être excitant. Le feu y existe aussi pour détruire et s’autodétruire. Incendie, électrocution…les rockers se prennent volontiers pour Prométhée.

 

Mais ça favorise l’instinct grégaire. Le folk aussi. Il est dangereux de les prendre au sérieux.

Dylan n’a pas une voix taillée dans le rock. Sur l’album « Bringing It All Back Home » la seule chanson de rock réussie c’est « Subterreanean Homesick Blues » parce que c’est un blues comme son titre l’indique. « Stuck Inside Of Mobile… »( sur B.O.B) est aussi très bonne pour la même raison : c’est le blues qui en est le fondement. D’autres chansons qui ont reçu un traitement rock sont catastrophiques à mes yeux ( « One two many morning » sur « Live 66 »).

Le blues c’est autre chose ; le blues a une histoire, c’est celle d’un peuple déraciné et persécuté ; d’autres qui sont dans le même cas peuvent s’y reconnaître et aussi des individus solitaires. A l’origine ce n’est pas une musique commerciale. Dylan est un chanteur de blues ; et aussi un chanteur de ballades. Les ballades ont souvent pour origine l’amour courtois ; Dylan en récupère les codes à sa manière ( « Sad-eyed lady… » ; « Tomorrow is a long time »…) On dit qu’il a inventé l’anti-chanson d’amour ; non, bien sûr ! la plupart des chansons d’amour courtois sont extrêmement discourtoises…)

Un mois plus tard, à peine venais-je de découvrir Dylan jusque dans ses textes, il fallait déjà l’enterrer. Ce fut ce concert de l’île de Wight, ainsi que le disque « Nashville Skyline » dont parlèrent certains magazines, que je feuilletais à l’époque (Rock and Folk, Actuel Nova Press…). Dylan y apparaissait dans un nouveau déguisement insolite vêtu d’un complet blanc, pourvu d’une barbiche et les traits figés, prêt à intégrer un cercueil. Les commentaires lus dans ces revues, ainsi que le contenu du nouveau disque ne laissaient pas de doute : le chanteur ne pouvait ou ne voulait plus s’adresser à la fraction cultivée de son public, et se contenterait désormais d’être un artiste de variétés sans prétention.

 

Ce message tout à fait clair et qui se révéla juste à quelques albums près, tomba dans beaucoup d’oreilles sourdes et malentendantes ; plus de trente ans se sont écoulés et l’on peut toujours lire à intervalles réguliers dans des magazines éclairés et des revues fort sérieuses, des commentaires dithyrambiques à propos du dernier « Dylan ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 juillet 2006 6 22 /07 /juillet /2006 12:42

B-2.JPG  

 

1969.

Le 21 juillet, la famille parisienne s’étant rassemblée autour du poste de télévision pour le spectacle des premiers pas humains sur la lune (J’appris bien plus tard qu’il n’avaient vu ce soir là qu’une mise en scène en studio), j’étais assise en tailleur sur mon lit, et je copiais méthodiquement sur un cahier les mots de vocabulaire que j’ignorais tirés des textes de plusieurs chansons de Dylan qui figuraient sur l’album « Bringing It All Back Home. » Je ne possédais qu’un vieux dictionnaire édition de 1910, ayant appartenu à un arrière-grand-père. On ne m’avait rien acheté de moderne pour la classe. Il était relié demi-chagrin mais cela n’aidait pas vraiment. Pour me donner plus de chance, j’avais écrit sur un cahier quantité d’expressions et de mots mêlant l’argot et le langage familier : ce lexique provenait du « Gimmick » d’une certaine « Adrienne » que j’avais lu dans un magasin ou une librairie et dont j’avais mémorisé le contenu en partie pour le retranscrire, n’osant pas me risquer à tenter de dérober un livre une nouvelle fois tant j’étais inapte à cet exercice.

 

J’ai appris beaucoup d’anglais en peu de temps, car je ne savais presque rien : j’avais détesté cette langue depuis la sixième jusqu’à ce que j’entendisse Dylan chanter. Je trouvais à sa voix, ou à sa manière de chanter une présence particulière une densité, voire dans certains cas quelque chose d’étrangement inquiétant.

Unheimlich.

 

C’était comme d’interminables monologues, un monde très fermé où l’on avait irrésistiblement envie de pénétrer. Si la voix avait beaucoup de présence, nombre de textes parlaient d’absence, de départ, de rupture, de manque et le contraste enchantait.

J ’avais mis longtemps à réunir quelques éléments adéquats pour une approche des textes. J’ai traduit à ma façon un grand nombre de chansons, toutes celles qui me tombaient sous la main, (il y eut aussi divers songes-book,) je les adaptais parfois et j’en ai appris une vingtaine au moins qui, fréquemment dans mon existence devaient surgir et se dérouler sans effort ni hésitation en des circonstances variées ; mentalement en lassante compagnie pour conjurer l’ennui, seule et à pleine voix pour le quotidien diurne ou noctune, parfois en rêve.

Enfin je parlais/lisais/chantais dans une autre langue que la mienne ; c'était comme d'apprendre à parler une deuxième fois.

À l’époque, la plupart de chansons anglo-saxonnes qui retenaient mon attention, me parlaient toujours de sexualité quelque fussent le contenu et les intentions réelles des interprètes.

Plus tôt, au moins trois ans auparavant, lorsque j’entendais « Satisfaction » à la radio, c’était le cri furieux ou railleur d’un amant qui constatait ne pas arriver à l’orgasme avec une fille. Je ne sais pourquoi la scène avait lieu dans un garage ou une mansarde. La fille était-elle consentante ou violée ? C’est là ce que je n’aurais su déterminer. Les auxiliaires du chanteur avaient-ils eux aussi tenté de trouver avec elle la « satisfaction » ? Etait-ce elle qui décidait qui la sautait ou le Maître ? Autant de questions qui ne trouvaient pas de réponse satisfaisante. En tous cas, ils étaient tous impuissants et prenaient le public à témoin. Aussi lorsque je voulais écrire mon histoire là dessus je ne trouvais pas davantage la satisfaction …du mot juste.

« Hey Jude », ça parlait de types qui expliquaient affectueusement à leur camarade coincé comment il devrait s’y prendre pour réussir la relation sexuelle qu’il craignait de rater.

« A-Hard Rain-s’Gonna-Fall » c’était très au-dessus : la fin du monde.

Oui, mais dans quel contexte ?

Une mère pose à son fils des questions apparemment anodines et en fait indiscrètes ; le petit vient de sortir de sa chambre, il est troublé sexuellement : c’est ce qu’indique le refrain qui va crescendo, s’arrête à un acmé et retombe en détumescence, évoquant la montée de l’orgasme, puis l’éjaculation. Sans compter les mots. Hard ? C’est très proche de "I’m hard on". Et cette « pluie », quel genre de liquide évoque-t-elle ? Comment s’étonner que la dangerosité du désir pressant pour la mère toute proche ne génère autre chose que des représentations de fin du monde ?

 

Dans son étude sur le "folk song" ( non réédité en ce moment) Jacques Vassal donne le titre et les paroles de la ballade dont Dylan s'est inspiré pour " Hard Rain" ; cette chanson s'intitule " The Ballad Of Lord Randal". Il s'y trouve aussi le dialogue d'un fils avec sa mère. Le fils a simplement été empoisonné par sa bien-aimée et se couche en agonie. J'ai pu entendre la chanson par Aldred Deller ( je n'ai pas eu accès à d'autres enregistrements). Dylan a fortement "dilaté" la mélodie.

Et en lieu et place d'une agonie , nous avons une naissance, c'est ce que nous apprend le texte modifié en regard du palimpseste.

"A-Hard-Rain S'Gonna Fall" est la chanson par laquelle Dylan s'annonce, s'intronise en quelque sorte tel qu'il sera pour longtemps." Dylan le fils de la Vague" comme le disent certains textes mythiques.

On sent que ça commence avec beaucoup d'énergie dans cette longue litanie

"And I'll stand on the ocean before I 'll start sinkin'/And I'll know my song well before I'll start singin' "

 

 

Dans son étude sur le folk song (non rééditée en ce moment) Jacques Vassal donne le titre et les paroles de la chanson dont Dylan s’est inspiré pour Hard Rain ; il s’agit de la « ballade de Lord Randal » dont le texte a déjà la structure d’un dialogue avec la mère : mais il s’agit d’un jeune homme qui va mourir empoisonné par sa bien-aimée.

J’ai pu entendre cet enregistrement par Alfred Deller et l’on s’aperçoit que Dylan a fortement dilaté la mélodie de la ballade initiale qui lui servit de palimpseste.

On constate aussi qu’à la place d’une agonie il y a une naissance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 juillet 2006 2 18 /07 /juillet /2006 10:58

Au milieu des années 60, au cours du languissant séjour d’été à Saint-Brévin l’Océan ( petite station balnéaire à la frontière de la Vendée et de la Bretagne) là ma mère louait une villa deux mois et demi. Cette année-là elle avait retenu des places au Casino de la plage où se produisait Hugues Aufray. C’était le premier spectacle (si l’on excepte le cirque) auquel il m’était donné d’assister devant une scène. Evidemment je ne compte pas le cinéma et la télé, ni tout ce qui comporte un écran.

Hugues Aufray interprétait Dylan à sa façon très scout et bien pensante. Ma mère possédait le disque « Hugues Aufray chante Dylan ». Le chanteur, auquel je donnais quarante ans, un âge tout à fait vénérable, avait rendu hommage au maître, à qui « il devait tout ». Le maître était bien plus jeune que le disciple. Le maître aurait pu être le fils du disciple. J’étais fort impressionnée ( En fait, ai-je constaté plus tard si l’on considère les deux dates de naissance, moins de dix ans les sépare).

Hugues Aufray était maquillé d’une épaisse couche de fond de teint ambré : aucune baigneuse enduite d’huile solaire ne pouvait rivaliser avec lui. Même ce chanteur de bonne famille se devait de porter un masque voyant.

Je devins accroc à mon poste à transistor, guettant le moment où j’entendrais enfin Dylan. Je l’emportais partout, au bord de l’eau, le soir. Mais jamais je ne réussissais à l’entendre. La radio diffusait souvent « Tambourine Man » chanté par les Byrds, ainsi que Peter Paul and Mary sur « Blowind In The Wind » ; les même interprétaient « Le Déserteur » en français. D’après ce que je croyais savoir de Dylan, il ne faisait aucun doute à mes yeux que « Le Déserteur » devait être une de ses chansons arrangées en français !

 

Puis nous revînmes chez mes grands-parents en Normandie. Il y eut les imprécations et les tonalités vengeresses de Like A Rolling Stone, c’était le morceau que les chaînes de radio françaises s’étaient mises à propager. Cette fois, c’était vraiment Dylan, mais pas du tout ce que j’aurais attendu. A mes oreilles c’étaient de imprécation et de la vengeance et je n’avais aucune chance de comprendre les paroles, les paroles c’étaait très important ; j’attendais des mots mis en musique plutôt que l’inverse. Aujourd’hui encore je n’aime pas tellement cette chanson autour de laquelle, curieusement on continue de faire du bruit. A l’époque je m’y fit, n’ayant rien d’autre à me mettre sous les tympans. En fait, cette violence ne me déplaisait pas. Les anathèmes dylaniens absorbés, je coupai le son et me précipitai dans la salle à manger où ma grand-mère nous avait servis à Apère et à moi (à moins qu’elle n’en fut au stade de la préparation) deux verres de « Ceylan » et des tartines grillées à la confiture.

 

Un peu plus tard, je me trouvais devant la télé grandpaternelle à écouter Le « Quart d’heure » d’Emmanuel d’Astier (De la Vigerie) avec mon grand père. EADV, un journaliste émérite, grand et maigre qui s’exprimait une fois par semaine environ juste avant les informations sur n’importe quel sujet politique, social, technique, voire les variétés et la chanson « à texte », fumant la pipe entre chaque réplique. Un vieux monsieur qui tentait d’être spirituel et aussi d’exprimer les revendications de ce qu’on appellerait plus tard « La France profonde ». Mon grand-père le trouvait très distingué, intelligent et original et moi aussi à l’époque, j’assistais au « Quart d’heure », qui était annoncé plusieurs jours à l’avance comme le moment essentiel de la semaine. Emmanuel d’Astier se voulait branché et il aimait la jeunesse. Un jour il fit l’éloge de Dylan, et s’intéressa à son concert donné à Paris. Question insolite peut-être, mais qui me tenait à cœur je demandai à me rendre à ce concert de Dylan, sans m’adresser directement à mon grand-père que je craignais , mais en spécifiant que d’Astier en avait parlé. On eût que j’avais jeté un vrai pavé dans une mare. Ils ouvrirent tous de grands yeux ébahis. Personne ne parut comprendre cette demande, ni même connaître l’existence de Dylan. Cependant mon grand-père s’en fut en ville, en ramena un trente-trois tour des Beatles et produisit une explication d’où il ressortait que les Beatles étaient bien plus convenables, à preuve la reine les avaient décorés. J’appris deux chansons « Penny Lane » et « Yesderday » que j’aime encore aujourd’hui. Mais ils n’avaient pas des voix assez masculines et m’énervaient.

 

Il paraissait évident que si les Beatles étaient les fous de la Reine, Dylan était le fou du Roi.

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 juillet 2006 6 08 /07 /juillet /2006 21:21

bob01.jpg  

Dans les dernières pages de Sniper un roman noir de Frédéric Fajardie, un couple de criminels pathétiques, cernés par la police, s’enferment dans leur chambre et se flinguent mutuellement. Enlacés, ils agonisent au son de « Mr Tambourine Man »qu’ils font retentir dans tout l’immeuble. Cette sortie follement romantique m’avait donné l’envie d’écouter à nouveau mes vieux disques de Dylan presque oubliés. C’était il y a… dix ? Quinze ? Vingt ans ? Comment savoir ?

 

Mais ce fut un jour inoubliable ! Quelques unes des chansons de Dylan m’apparurent à nouveau comme l’accompagnement idéal de toutes les agonies, désespoirs et fin de vie qui n’en finissent pas. Et pourquoi pas des autres moments de l’existence ?

Mon histoire de Dylan :

Début des années 60 : J’appris que la terre tournait sur elle-même et autour du soleil, qu’on était accrochés à une boule, et que les lois de la pesanteur et la « gravitation » nous évitaient de choir dans le vide. Newton avait laissé tomber une pomme pour faire des observations scientifiques. Eve l’avait ramassée et mangée. Le serpent les avait piqués. Un courageux serviteur noir avait sucé le venin qui paralysait le savant pour le sauver parce qu’il croyait au progrès et à la générosité humaine. Le savant lui-même avait sucé le venin d’Eve devenue toute violette de cyanose parce qu’il en était amoureux. Tout le monde survivait, le serviteur gagnait sa liberté et vivait tranquille en cultivant un lopin de terre. La science et la religion étaient sauvées.

Ma mère me ressassait que lorsqu’il était deux heures de l’après-midi chez nous, il était neuf heures du matin en L’amis même français, alors je pris goût à ce petit américain et lui inventait une existence de mon cru ; je l’appelai Dylan : je ne savais qui c’était mais j’avais vu sa photo dans « Paris Match » et plusieurs choses étaient sûres : il portait une casquette en velours brun, avait de cheveux de la même couleur que les miens mais bouclés et il était plausible comme personnage accompagnateur de ma solitude. L’Amérique, ce n’était pas un problème : ma grand-mère avait descendu du grenier à Oulins un gros roman poussiéreux intitulé « Le Lys de Brooklyn » qui racontait la vie d’une famille pauvre de ce quartier au début du vingtième siècle. Et surtout de l’héroïne Francie Nolan. Cette lecture faisait suite à un abrégé de la même histoire « Une petite fille de Brooklyn », parue dans la Bibliothèque rose ; peut-être dans la verte. La version intégrale que ma grand-mère m’avait remise et que l’on pourrait sans doute actuellement qualifier de populiste comportait quelques détails sur l’alcoolisme du père, les accouchements de la mère et des autres femmes, la tentative d’agression de Francie par un maniaque sexuel dans un escalier… je ne sais jusqu’à quel point je comprenais ces événements, je fis plusieurs lectures de l’ouvrage ; dans un premier temps Dylan fut le petit frère de Francie et quelques années plus tard il deviendrait un amoureux insaisissable et récalcitrant. Dans l’immédiat, je devais changer le nom et le prénom de l’héroïne, le nom surtout puisque Dylan et Nolan se contrariaient phonétiquement. Ce ne fut jamais possible ! Je dus me borner à les rebaptiser Nol.

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 juin 2006 4 15 /06 /juin /2006 14:17

The walls of Red Wing.( S'écoute dans les "Bootlegs vol. 1)

Adaptation possible :

Les Murs de Redwing

Oh ces temps de réclusion
I
ls me hantent si souvent
Ces mômes que nous étions
De douze à dix-sept ans
Enchaînés hors-la-loi
Rej’tés comme des parias
Pour je ne sais quel crime
Dans les murs de Redwing.

Dans la cour délabrée
Tu marches néantisé
T’as plus d’voix pour chanter
Plus d’idées pour penser
Et dans chaque nouveau pas
Tu cherches les airs d’autrefois
Tu trouves pas une rime
Dans les murs de Redwing.
 

La porte est bardée de fer
Les murs ceints d’barbelés
N’approche pas des barrières
Aux fils électrifiés
Et ne d’mande pas ton reste
Tu t’appelles numéro sept
Y’a pas d’nom qui te désigne
Derrière les murs de Red Wing

Et le voilà ton lot
Un séjour au cachot
Adieu la promenade
Le cinoche les ballades
Mais pas les instants
Qu’ils te surveillent menaçants
Quels supplices t‘imagines
Derrière les murs de Red Wing.

Il y a tant de gardiens
Aux sourires narquois
Qui arborent leurs gourdins
Comme des sceptres de rois
Ils essaient de te coincer
Derrière le tas de bois
Ta cervelle est en ruines
Dans les murs de Red Wing.

La nuit allonge ses ombres
Entre les barreaux sombres
Et le vent violent cogne
Les parois suintent et résonnent
Tant de nuits à te raidir
A feindre de dormir
L’aube arrive te ranime
Encore les murs de Redwing.

Lourdement la pluie martèle
Le toit d'la citadelle
Et les cris nocturnes t’effrayent
Font siffler tes oreilles
Un bruit sec, la clé du gardien
Répète le même refrain
Une autre nuit se termine
Dans les murs de Red Wing.

 

Certains vivent dans les nuages
D’une prison bien sage
Et d’autres se tirent de là
Pour devenir hommes de loi
Mais toi tu es résistant
Tu les attends au tournant
Les verras-tu en ruines
Les murs de Redwing ?

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- 

 

  Texte original


Walls Of Red Wing

Oh, the age of the inmates
I remember quite freely:
No younger than twelve,
No older 'n seventeen.
Thrown in like bandits
And cast off like criminals,
Inside the walls,
The walls of Red Wing.

From the dirty old mess hall
You march to the brick wall,
Too weary to talk
And too tired to sing.
Oh, it's all afternoon
You remember your home town,
Inside the walls,
The walls of Red Wing.

Oh, the gates are cast iron
And the walls are barbed wire.
Stay far from the fence
With the 'lectricity sting.
And it's keep down your head
And stay in your number,
Inside the walls,
The walls of Red Wing.

Oh, it's fare thee well
To the deep hollow dungeon,
Farewell to the boardwalk
That takes you to the screen.
And farewell to the minutes
They threaten you with it,
Inside the walls,
The walls of Red Wing.

It's many a guard
That stands around smilin',
Holdin' his club
Like he was a king.
Hopin' to get you
Behind a wood pilin',
Inside the walls,
The walls of Red Wing.

The night aimed shadows
Through the crossbar windows,
And the wind punched hard
To make the wall-siding sing.
It's many a night I pretended to be a-sleepin',
Inside the walls,
The walls of Red Wing.

As the rain rattled heavy
On the bunk-house shingles,
And the sounds in the night,
They made my ears ring.
'Til the keys of the guards
Clicked the tune of the morning,
Inside the walls,
The walls of Red Wing.

Oh, some of us'll end up
In St. Cloud Prison,
And some of us'll wind up
To be lawyers and things,
And some of us'll stand up
To meet you on your crossroads,
From inside the walls,
The walls of Red Wing.

Copyright ©1963; renewed 1991 Special Rider Music

 

 

 

 

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10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 17:24

It’s all over now Baby blue.  

I’ve  found  a way to talk about my little one. 

And say someyhing  for her.  

 This song could be  a little requiem, the good prayer that is fine for the  little girl  I lost  when  Atropos cut the thread of her very short life, thirty-one years ago. She was nine days old.  

I did not  find what to do every time  came the gloomy day of this sad aniversary. 

Now, it’s different. 

“You must leave now take what you need  you think will last 

But whatever you wish to keep you’d better grab it fast 

Yonder stands your father with his gun 

Crying like a fire in the sun. 

Pain ‘s finished when death is coming  through  

And it’s all over now baby blue 

The highway is for gamblers  life is a nonsense 

Take what you have gathered from coincidence 

Your mother who ‘s stuck close to your bed 

Can’t keep her tears  pouring on your head 

But you’re not an helpless child since I can reach you 

It’s all over now baby blue 

Leave your stepping stones something calls for you  

Forget the womb you left it will not follow you 

The next baby who’s rapping at  the door 

Will never stand in the clothes you once wore 

Can we strike another match ang go start a new 

When it’s all over baby blue?

 

 

 

 

 

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Présentation

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  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
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