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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 20:53

LP, 1955, 392 pages.

plus de quarante ans après, je reprends ce roman! j'avais oublié plein de détails, et même certains personnages.

J’avais oublié, surtout, que le narrateur du roman est une servante ( Mrs Dean, appelée Hélène ou Nelly suivant les cas) et que nulle autre personne ne donne son avis ! les autres récits ( ceux de Zillah une autre servante, une lettre d’Isabelle, les points de vue de la jeune Cathy) sont rapportés aussi par Nelly.

 

Mr Lockwood, revenu de Hurlevent la demeure qui appartient à son propriétaire Heathcliff, demande à sa servante Nelly de lui parler des êtres curieux qu’il a vus là-bas, Heathcliff, le sinistre patron, Hareton son neveu par alliance, et Cathy sa nièce, veuve de son fils Linton.

C’està Thrushcross Grange l’autre demeure, guère différente de Hurlevent, et distante de quelques milles de celle-ci qu’il apprend toute l’histoire, de ces deux malheureuses familles les Earnshaw et les Linton.

Nelly avait à peu près l’âge du fils aîné Earnshaw, Hindley, soit 15 ans, lorsque le maître de maison, rentra d’un petit voyage en ramenant Heathcliff ; ce garçon avait à peu près six ans, l’âge de Catherine la fille des Earnshaw. La maitre de maison le présenta comme un petit orphelin mourant de faim presque mort, qu’il a recueilli, parce qu’il lui rappelle un de ses enfants mort en bas âge.

Le lecteur pense, lui, que ce « petit bohémien » comme le désigne la servante, est peut-être un fils naturel du maître qu’il a recueilli parce qu’il n’avait plus de mère.

Quoiqu’il en soit, il manifeste le désir qu’il soit élevé avec et comme ses propres enfants.

C’est alors que la dissension naît . Hindley persécute ce petit garçon dont il est jaloux, Catherine en fait son compagnon de jeu. Nelly, qui est à al fois servante, et compagne de jeu des enfants, déteste Heathcliff, à l’égal d’Hindley dont elle est plus ou moins amoureuse. C’est pourquoi nous n’auront jamais de point de vue un peu neutre sur la situation.  Franchement je le regrette!

 

La grande affaire, on le sait,  c’est la passion amoureuse que se vouent Heathcliff et Catherine. Une passion que Nelly s’emploie à mettre à mal ; elle fait tout ce qu’elle peut pour éloigner les amoureux et les fâcher, et favoriser les accointances de Cathy pour le jeune homme qui vit dans la demeure de Thrushcross Grange.

Les caractères sont très tranchés, il y a les forts et les faibles. On meurt beaucoup, et on agonise loonguement dans ce récit de « romantisme très noir ». On se tape dessus, on fait des crises d’hystérie, on gémit, on se morfond. Je croyais me souvenir de belles et sombres descriptions de la lande dévastée par les vents. Mais, à la relecture, il me semble que les descriptions sont un peu maigres...

Bien contente d’être arrivée à la fin !

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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 23:09

Dusty Answer, 1ere publication 1927

Phébus, 2003, 382 pages.

le récit dles premiers émois amoureux de Judith, jeune fille solitaire, au début du vingtième siècle, dans la campagne anglaise.

Fille unique, voyant assez peu ses parents, Judith est éduquée à domicile par des précepteurs, et à l’occasion par son père. Elle fait des études sérieuses, de vraies humanités (c’était rare au début du vingtième siècle pour les filles) sort peu, et ne fréquente que les enfants de la propriété voisine : quatre garçons et une fille , deux des garçons sont frères, les autres enfants cousins, élevés par leur grand-mère: Charlie, le préféré de Judith, Julien le frère de Charlie intelligent mais pas très beau, Martin qui l’adore et qu’elle trouve casse-pied, Roddy insaisissable et mystérieux, et Mariella la fille, passionnée surtout par les animaux.

A 18 ans, Judith n’a pas vu ses amis depuis plusieurs années ; et voilà qu’ils reviennent amputés de Charlie, mort à la guerre. Mariella est veuve de Charlie, et a un petit garçon dont elle ne sait que faire. Julien a fait de bonnes études comme Judith, il devrait être son interlocuteur et peut-être plus. Mais le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.

Judith intègre un collège de jeune filles, pour achever ses études ; elle va y cultiver une relation privilégiée avec l’irrésistible Jennifer. Cependant Jennifer voudrait quelque chose de plus charnel ...

La première éducation sentimentale de Judith s’achève avec le roman. Elle est au seuil d’une nouvelle existence…

Le roman est émaillé de jolies descriptions de nature qui rappellent les belles heures du romantisme. Les êtres, eux, sont exactement à l’inverse de cette belle nature : insatisfaits, malheureux, se heurtant durement les uns aux autres ; et aussi il faut bien le dire, plutôt riches et désœuvrés sinon oisifs. les personnages sont bien campés.

Un roman un peu long mais qui a ses charmes.

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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 17:01

La Mère de Pearl Buck

Lu vers douze ans ; l'un de mes premiers livres " adultes".

Dans la Chine du milieu du vingtième siècle( pas de date mais on devine) une famille de paysans qui cultivent le riz et élèvent des poules.

La mère ( toujours désignée sous ce nom) est contente de son sort : concevoir, être enceinte , enfanter, sarcler dans les champs, s'occuper de nourrir enfants mari et vieille belle-mère, vivre au rythme des saisons. Le mari,au contraire, dépressif , part pour la ville et ne revient pas. La mère continue, le temps passe, elle a un amant, et la grossesse à faire passer comme sanction. Puis sa fille devient aveugle, son fils aîné se marie, une belle fille vient vivre avec eux, le plus jeune fils se fait décapiter : il militait activement en tant que communiste...

La façon dont vivent ces paysans est terrible : tout le monde partage le même lit, il n'est jamais question de faire d'ablutions, on ne change guère de vêtements, le soir on enlève ceux de dessus, et on les remet le matin. Ils ne mangent que du riz, quelquefois avec un peu de chou et un œuf dessus...

Il n'y a pas de nom dans ce livre ; on désigne la mère, le père le fils aîné, la fillette, la cousine, le fils cadet...

Après cette première lecture, j'ai lu au moins une dizaine d'autres Pearl Buck, en moins d'un an, avec des noms et des lieux plus déterminés.

Vitia Hessel Le Temps des parents

Mercure de France, 1969; Un roman que j’ai adoré à l’âge de seize ans. Ouh là là ! Ce que ça vieillit (le livre, surtout).

J'avais adoré ce roman. Je m'étais identifiée à cette adolescente de mon âge ( Nana ou Nathalie) , née juste après la guerre ,ses problèmes, son amie qui lui fait faux bond ( Renée) les garçons auxquels elle commence à s'intéresser. Son vécu au début des années 60 me convenait mieux que l'après 68, période où il fallait avoir obligatoirement un ou plusieurs copains et commencer à coucher, ou alors faire partie des petites filles modèles.

J'enviais aussi ces enfants nés dans un milieu intellectuel, le Lycée Fénelon, les études classiques, un avenir préservé du pire, entouré de gens, sinon vraiment cultivés, en tout cas instruits... Lorsqu'un enfant ( le garçon nommé JP) avait des symptômes de névrose gênants, on l'emmenait voir un psychanalyste. Cette personne l'écoutait et ne le menaçait pas de le faire interner. Même si la "fameuse Dame" n'était pas un génie et ne résolvait pas tous les problèmes, JP finissait par se sentir mieux. Les parents ne maltraitaient pas leurs enfants. Ils faisaient des erreurs, mais tâchaient de les rattraper. J'enviais même la grande fille "Dominique", dont le père avait disparu sans laisser de traces.

J'ai longtemps vécu avec ces personnages.Si malheureux, bien que reconnaissant par moments leur relatif bonheur.

Je revivais les scènes avec eux. Je rêvais de vivre dans un tel milieu.J'ai même utilisé les trois jeunes et le petit garçon (Jojo) dont il est question dans le récit, pour en faire des personnages d'un feuilleton personnel.

Vitia Hessel a été l'épouse de Stéphane Hessel, qui a fait fait parler de lui pendant quelques temps, pour ses prises de position politiques, pas neuves, mais pleines de bon sens. Elle est décédée bien avant lui.

D'où l'idée de relire ce roman, sûrement autobiographique. Je n'ai pu vraiment mettre à bien cette tâche; il a pris de l'âge, et moi aussi. Les personnages sont trop présents à mon esprit, trop ancrés dans une époque révolue, pour que je puisse le reprendre avec un œil neuf.

N'empêche je me demande si Stéphane Hessel est bien le "mari " ennuyé mais correct, décrit dans le roman,et qui peut bien être son ami Simon, alter-égo, l'époux de Diane , le disparu, jetant le trouble dans la famille.

l'homme décrit dans le Temps des parents,pratique le même métier qu'Hessel, au début des années 60, et sa position politique "mendésiste" est semblable. On y parle abondamment de la guerre d'Algérie, cela s'achève ou presque, sur Charonne. L'homme du roman ne fut pas,en tout cas, un rédacteur de la charte des droits de l'homme, bien qu'il y ait participé.

Mais franchement je n'arrive pas bien à le relire!

De ces livre que l'on a lu très jeunes et avec lesquels " on a vécu", demeure l'impression étrange qu'ils n'existent que dans cette époque révolue, quoique encore présente à l'esprit. Les lignes que l'on a devant les yeux ne parviennent pas à signifier quelque chose pour le contexte présent.

Je ressens la même chose pour Vendredi ou les limbes du Pacifique de Tournier. L'ayant lu jeune, et relu plusieurs fois avec passion, chaque fois que je veux le reprendre, je ne sais quoi en penser.

Le Lys de Brooklyn de Betty Smith ;***

Lu et relu entre 1965 et 1968 sur le vieil exemplaire sorti du grenier par ma grand-mère.

46 ans plus tard Belfond le réédite !

Je n’avais pas oublié grand-chose de cette histoire ( au début du vingtième siècle, dans un quartier pauvre de Brooklyn, l’histoire de Francie Nolan de 11 à 17 ans et des flash-back) évidemment, je n’éprouve pas la même chose qu’avant. Pour moi, à présent, C’est un roman populaire, de bonne facture, sans style particulier. Le récit d’apprentissage de l’héroïne reste intéressant en dépit de facilités sentimentales et d’un peu de misérabilisme. J’aime bien le passage où Francie entre en conflit avec son institutrice parce qu’elle a abandonné les rédactions pleines de jolis récits et de détails « bourgeois » pour écrire ses « histoires de papa ». En mémoire de son père, décédé tôt, chanteur de cabaret sous-employé, barman et alcoolique, elle commence à décrire son existence d’artiste frustré de père pauvre et aimant quoique malhabile et sans ressources ; elle en vient à décrire la vie des familles nécessiteuses comme la sienne : l’institutrice lui met de mauvaises notes : on ne doit pas parler de ces choses-là ! Et Francie résiste, et pour finir cesse de remettre ses rédactions et brûle les trucs complaisants qu’elle écrivait autrefois.

Relectures partielles
Relectures partielles
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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 08:45

LOL

 

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C'est en 1964, que Margurite Duras, dont on fête le centenaire cette année, publie "Le Ravissement de Lol V.Stein".

 

 Lola Valérie Stein, jeune fille de dix-neuf ans appartenant à la bourgeoisie aisée de T.Beach,  est fiancée à Samuel Richardson ,autre jeune oisif. Un soir au bal du casino, Samuel s’éprend brutalement d’une étrangère, Anne-Marie Stretter. Lol et son amie Tatiana les regardent danser toute la nuit sans réagir ni l’une ni l’autre. Lol semble heureuse de les contempler. Les deux amants partis aux premières lueurs du jour, on éteint les lumières et Lol s’évanouit.

Après quelque temps de totale prostration, elle  rencontre Jean Bedford, violoniste, qui l'épouse, quoiqu’on la tienne pour folle, et la ramène dans sa ville natale S.Thala. Lol n'a pas à s'occuper de sa maison ni de sa progéniture. Elle marche dans les rues, au hasard, et fait une rencontre : Jacques Hold.

 

Le narrateur de l'histoire, c’est Jaques Hold,  médecin amant de Tatiana. Lol l'a vu en compagnie de Tatiana, et la voilà réintégrée dans le monde du désir : rejouer la scène du bal, mais en ayant le beau rôle...


Jacques Hold se laisse faire, d'une certaine façon...
Il aime Lol mais surtout décide de l’aider pour qu’elle sorte d’un état de confusion mentale consécutive à la « scène du bal ».

 Jacques Hold ne sait pas grand chose de l'affaire: «  C’est à partir du faux-semblant indiqué par Tatiana, de ce que j’invente sur la nuit du casino de T.beach, que je raconterai ensuite mon histoire de Lol V.Stein. »

C’est de son enquête, plus que d'amour, qu’il nous fait part, et elle se déroule chronologiquement.

-il se fait raconter Lol avant le bal selon les souvenirs de Tatiana : Lol  «  absente de sa propre existence », « cœur inachevé ». Tatiana n’a jamais cru que Lol  aimait son fiancé ni qui que ce soit. « elle vous filait entre les doigts comme de l’eau »

Et pourtant, après avoir perdu ce jeune homme, elle s'effondre! Pourquoi?

Lol se voit ravir (dérober) son fiancé sous ses yeux ,de la façon la plus  explicite, par Anne-Marie Stretter (personnage central du « vice-consul » qui fait ici une apparition pour « enlever » Michaël,  une proie facile).

Lol est ravie, elle jouit du spectacle au lieu d’en souffrir,  d’éprouver désespoir colère et haine à l’égard des protagonistes.

A la fin du bal,  lorsque les lumières s’éteignent, que le couple s’éclipse  la fascination retombe.

Jacques Hold l’emmène sur le lieu «  du crime » a-t’on envie de dire afin qu’elle puisse « vivre ce qu’elle n’a pas vécu »;

 

Cette histoire de couples à trois, où nul n'y trouve son compte, cette amitié entre deux femmes qui n'en est pas une, ce chagrin d'amour d'une jeune fille qui  ne s'en remet jamais... parce qu'elle ne l'a pas éprouvé, nous intrigue, et pourrait nous ennuyer à la fin, parce que le narrateur ressasse un peu toujours les mêmes phrases sans que rien ne puisse se régler.

L'autre problème, c'est que Duras nous place dans une sorte d'abstraction, où l'on voit se mouvoir des silhouettes, où l'on peut même se figurer pleinement "la scène du bal " mais les personnages évoluent dans un espace-temps quasiment sidéral, on suit leurs évolutions, on ne ressent pas d'empathie pour eux.


Et pourtant le problème de Lol nous concerne : nous sommes tous à un moment donné, complètement largués par quelqu'un qui se détourne de nous, qui nous replace en régression dans la position de l'enfant en  face de la dite scène primitive. Nous n'en sommes pas pour autant, comme elle,  frappés de folie durable, mais, tout de même...

 

  Les phrases dans LVS sont désincarnées, ressassées distantes, parfois  incantatoires :
Elles ressemblent autant que possible à l’héroïne Lol, absente à elle-même et au monde en même temps.

Le narrateur veut expliquer avec des mots la V ( érité) de Lol V. Stein.

La «  grâce ployante d’oiseau mort » d’Anne-Marie Stetter, « emblème d’une obscure négation de la nature, son élégance et son repos dans le mouvement …inquiétait. »

  Nous sommes invités à contempler cette danse de la scène du bal comme une danse macabre. C’est la mort incarnée dans une femme, qui est entrée dans la salle.

 Jacques Hold qui, au fond, s’ennuie avec Tatiana, voit en Lol la possibilité d’une dimension d’être supplémentaire,  mais c’est sur le mode du non-être qu’elle lui parvient. comme il est le narrateur, on se trouve nous aussi placés dans l'ennui et le non-être.
Lol et Hold se conjoignent phonétiquement, mais pas dans l'histoire où rien ne va advenir. Stein désigne sans doute l’état de Lol après le bal : pétrifiée.

 

Il y a de la poésie dans beaucoup d' heureuses formulations, et les relations entre ces personnes, pour insatisfaisantes qu'elles soient, me paraissent justes et bien vues. Maintenant que Marguerite Duras et ses emportements sont loin derrière, à tête froide, je trouve que ce texte, au moins, tient encore la route, me plaît encore.

 

 

Sources de Lol:

1) C’est dans un asile psychiatrique, et au cours d’un bal, que Marguerite Duras a «  rencontré » ( si l’on peut dire ) la jeune femme qui serait Lol V.Stein. Et tenté de la connaître. Lol l’a impressionnée parce que «  peu marquée par la maladie », ce qui est rare chez ceux qui vivent en institution. Avant d’écrire , elle imagine un scénario un film, et une actrice pour l’interpréter : Loleh Bellon.

 Elle pense que c’est une bonne chose «  que l’on puisse réagir comme Lol en perdant l’objet aimé sans souffrir, sans haine »…ces instants de dépossession de soi sont fréquents , tous l’éprouvent ; certains s’en rendent compte. Le « ravissement » ( rapture, fading) généralisé serait une sorte de fraternité supérieure , un monde où tout pourrait s’échanger, il n’y aurait pas de perte de l’objet car pas de possession non plus.
Mais Lol V.Stein  telle que Jacques Hold la décrit est une victime, non une marginale.

 

2) Alcoolisme : M.Duras était en cure de désintoxication lorsqu’elle écrivit  «  Le Ravissement » ; cela compte beaucoup pour l’explication du roman : les liquides y sont nombreux et pas de boisson forte. Ils habitent S.Thala ( abréviation de thalassa) au bord de l’eau, Lol » vous fuit entre les mains comme de l’eau » ; Jacques Hold veut boire «  le lait insipide et brumeux qui sort de la bouche de Lol »

 

3) Le « ravissement «  désigne enfin et en dernière analyse la position de l’écrivain en regard de ce qu’il écrit et aussi en regard du monde. L’étrange état de dépossession de soi de Lol est aussi le sien. Ce qu’il écrit est sa création, pas son monde. Il n’y vit pas autrement que Lol dans la « scène du bal » ; il en est fasciné et rejeté. 

La société où il vit le regarde à peu près comme on regarde Lol : absent parti vivant ailleurs, fou peut-être. Comme Lol il n’est ni dans son monde fictif ni dans le monde de la réalité.

Comment vivre cela  est aussi la question du livre. Mais «  Lol n’aurait pas écrit »  dit Marguerite.

 

 

 

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 16:59

  la ferme des animaux

 

 

Les animaux de la ferme de M. Jones sont différents des autres : ils se sont trouvés un ancêtre Sage l’Ancien, de l’espèce porcine, dont les propos circulent dans les mémoires après sa mort «  nous avons un ennemi commun l’homme, qui nous exploite ; cela ne peut plus durer !"

Profitant d’une vacance du pouvoir humain, les animaux s’emparent de la ferme. Sage l’Ancien, a des disciples devenus naturellement leaders : Napoléon et Boule de neige font merveille  pour rédiger sept commandements réglant leur vie future, plus la décision de vivre en autarcie, un drapeau, un chant révolutionnaire Bêtes d’Angleterre, dont les couplets sont donnés : essayez de le fredonner sur l’air de l’Internationale, cela fonctionne.

 

Trop inventif, Boule de Neige provoque la jalousie de son acolyte et pourtant rival Napoléon  qui l’évince et désormais régnera par la force avec des chiens-soldats. Il y aura des purges napoléoniennes des massacres en série. Enfin retour au … calme… avec cette loi devenue célèbre «  tous les animaux sont égaux mais certains le sont plus que d’autres ».

 

Orwell joue sur les différentes appréhensions du porc. Aujourd’hui affublé de connotations négatives, il fut considéré comme sacré…

Il insiste sur l’absence de révolte de la part des animaux : l’âne Benjamin comprend la situation mais ne cherche pas à mobiliser ses congénères  contre les cochons déviants. D’aucun le diraient cynique.

Un effet comique remarquable est obtenu avec les moutons ( accessoires indispensables du pouvoir parce qu’ils répètent ce qui se dit le plus fort) en train de bêler les slogans.

Si certains animaux n’arrivent pas à s’alphabétiser correctement, c’est que l’instruction autorise le savoir ( lire les commandements) et qu’ils ont peur de savoir…

 

Une lecture réjouissante quoique pessimiste pour les adolescents et tous les âges! 

 

Indispensable à faire étudier au collège!

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 15:57

  l'aliéniste00

1896 à New-York. Le psychiatre Kreizler s’intéresse de près à la série de meurtres perpétrés sur des enfants et adolescents ainsi qu’aux mutilations odieuses subies par les victimes. En marge des enquêteurs officiels, se constitue une cellule de recherche pour établir l’identité du tueur , et se donner une chance de découvrir ses motivations pathologiques.

Kreizler est secondé par Phil, journaliste, Sara, secrétaire au bureau de la police judiciaire, Teddie ( 12 ans ) et Cyrus, tous deux anciens délinquants « guéris » par Kreizler. La cellule est protégée par Theodor Roosevelt, alors préfet de police. Le groupe n’a pas que le tueur pour cible, mais doit légalement se protéger contre un policier vendu à la pègre, et se garder d’un personnage ambigu mi-truand mi-socialiste, lui aussi à la tête d’un groupe armé.

L’enquête conduit le groupe dans les asiles ( dont le tristement célèbre Sing Sing) , les quartiers sinistrés de New-York, et les night-club où l’on prostitue de jeunes garçons.

Le petit groupe se frome intellectuellement en lisant Wiliam  James, Kraeplin, Kraft-Ebbing (ces deux derniers ont fourni des descriptions poussées des diverses pathologies) et Darwin. On évoque aussi les expériences de Freud et Breuer. Bref, les voilà à la pointe du progrès…

Le roman est travaillé dans le sens d’une langue correcte et précise, les descriptions sociales des milieux asilaires et délinquants sont soigneusement observées. On y dresse  un inventaire des connaissances en psychiatrie et psychologie de l’époque. Les rebondissements et suspenses se produisent à point nommé, lorsque l’on sent que l’on va s’ennuyer.

On peut s’étonner de voir Theodor Roosevelt protéger un groupe qui entreprend une enquête tenue pour diabolique, à l’époque. L’histoire est inventée à partir de documents véritables.

L’intérêt scientifique de Kreizler pour le meurtrier qu’il voudrait « faire parler » afin d’en apprendre davantage sur la psychopathologie, se double du dégoût de Phil, le journaliste qui avait rêvé le tueur comme un personnage hors du commun, et l’ayant vu et entendu s’écrie «  ce n’était que ça ! »

En effet, le tueur est un « pauvre type » une brute, un cas social, et sans doute un débile pas vraiment léger.  Malgré tout, Kreizler reste fasciné, persuadé qu’il y a une vérité, des mobiles cachés, chez l’être irrécupérable qu’il tente de faire s’exprimer. Epris d’aventure, Phil avait auréolé le criminel d’un prestige, et le voyant s’en détourne, déçu. L’aliéniste, lui, continue , en quelques sorte à l’idéaliser.

Or, comme disait Brecht, les « grands » criminels ne sont que des auteurs de grands crimes. (in « la Résistible ascension d’Arturo Ui »).

 

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 00:53

  Edith Clever La Marquise d'O

 

La Marquise d'O Edith Clever ( film de Rohmer)

 

 

 

la Marquise d'OLa nouvelle titre reprend une anecdote contée par Montaigne dans ses Essais

 

La marquise fait mettre une annonce dans les journaux locaux : elle est enceinte et prie le père de l’enfant de l’épouser. Or c’est une femme de bonne réputation veuve depuis trois ans, et déjà mère de famille nombreuse…

 

 

Il y a un an :

La marquise, en son château de M. ( Italie) attaqué par les russes est sur le point d’être violée par des soldats ; un officier le comte F. fait fuir les indésirables, la ^porte, évanouie dans une chambre que l’armée n’a pas envahie. Illui parle en français…

Cet officier disparaît, est même donné pour mort après avoir été blessé ; il criait dans son délire «  Julietta ! Cette balle te venge ! » A ce moment, le prénom de la marquise apparaît…

Aux premiers signes de la grossesse la marquise feint, ainsi que sa mère de n’y pas croire. . Le comte F. reparaît vivant , et lui offre de l’épouser. Il se fait éconduire.

Le combat douloureux se prolonge entre le comte qui tente de se faire accepter comme époux et de réparer sa faute( une faute grave car il est également amoureux). Et la marquise qui exige de lui des épreuves toujours plus importantes pour la mériter un jour.

Les épreuves : obligation de se déclarer publiquement pour ce qu’il fut , et que suggère l’annonce dans la gazette, de subir un refus ; le mariage finalement accompli, le Comte devra procéder par séries d’approches successives, pour « gagner son épouse »  et le droit de vivre avec elle maritalement.

La mère de la marquise est toujours présente pour énoncer à voix haute ce que sa fille pense dela situation et qu’elle tait, afin que le Comte poursuive son entreprise…

Ce rituel me semble prévu dès le début de l’aventure.  Menacée par des êtres dépravés, la marquise vit apparaître le Comte «  comme un ange ». L’Ange de l’Annonciation ?

Dans ces circonstances troublées, ils s’éprennent l’un de l’autre. Ces circonstances sont d’ailleurs tout à fait propices à la naissance d’un sentiment amoureux.

La marquise s’évanouit alors que  tout danger de la part des brutes est écarté. Son éducation  ne l’autorise pas à consentir de façon consciente. Plus tard, le Comte sera  à la hauteur de ce qu’on lui demande.  

 

Ce récit reprend de façon originale le thème du roman courtois. Il met en scène ce qu’une femme peut désirer d’un homme.

L’histoire se termine bien, profitez-en, car ce ne sera pas toujours le cas !

 

 

Le Tremblement de terre au Chili.

 

La situation historique a une importance symbolique. C’est une fin du monde.

Dona Joséfa fille de gentilhomme, mise enceinte par un jeune espagnol Jeronimo Rugera, est condamnée à mort. Lui, également emprisonné, veut se pendre.

A ce moment, donc la terre tremble à Santiago. Les éléments   naturels se mettent en accord avec la situation d’urgence désespérée des jeunes gens.

Le bouleversement rend le suicidaire décidé à sauver sa vie et épargne Josefa du châtiment promis .

Pendant les moments critiques le jeune couple et son bébé sont en sécurité. Les rescapés s’entendent entre eux, et les identités ne comptent plus.

C’est après le retour  en ville, que les deux jeunes gens sont à nouveau en danger. On va les accuser d’avoir provoqué le séisme en offensant Dieu….

 

Comme dans la précédente nouvelle, le thème du sentiment paternel est très présent. Jeronimo a tout de suite aimé son fils, et Don Fernando l’aimera comme un père, ayant perdu le sien.

 

Fiançailles à Saint-Domingue

Au temps de la révolution française, près de Port au Prince, l’abolition de l’esclavage a permis aux noirs  une certaine revanche.

 

Congo  Hoango s’est débarrassé de son patron et vit sur ses terres avec une servante et sa fille Toni, métisse. Les deux femmes doivent  attirer les voyageurs blancs que Hoango massacrera.

Un de ces voyageurs ( suisse de Genève) et Toni  se plaisent et passent la nuit ensemble. Ils décident de fuir, et de se marier plus tard.

Mais pour donner le change à son maître, Toni est forcé d’user de subterfuges qui paraissent à son amoureux très ambigus…

 

L’Enfant trouvé

En accueillant  le jeune Niccolo  atteint d’une maladie contagieuse,Piachi  prend un risque pour son propre fils Paolo. Ce dont meurt Paolo semble être du geste de son père, qui le met en danger pour un inconnu malade dont il ne sait rien. Geste étrange, car il n’est pas coutumier des « bonnes œuvres ».  Mais Elvire, la jeune épouse de Piachi  est possédée par des souvenirs…

  Adopté, Niccolo a tout pour devenir le fils maudit. En fait, il sera le révélateur de ce que la famille Piachi a de bizarre...

 

Toutes ces nouvelles mettent en scène des intrigues amoureuses, des passions, trahisons… qui font songer aux Chroniques italiennes de Stendhal.  Pour faire quelque chose de ces mélos, ce n’était pas gagné. Kleist y parvient grâce à ses narrations très classiques, l’absence de fioritures dans l’exposition des faits,  et l’abondance de non-dits, dans le récit et  les pensées des personnages.

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 23:17


   1869 éditions folio

 

 

En 1940, Frédéric Moreau revient de chez un oncle, chez qui sa mère l’avait envoyé pour montrer sa sollicitude en vue d’un héritage. Procédure humiliante, que le jeune homme s’est efforcé d’oublier en passant un jour à Paris, où il ira faire son droit à la rentrée prochaine.

Le voilà sur le bateau qui le ramène à Nogent-sur-Seine  chez  sa mère. Il cherche l’aventure et l’amour auxquels le prédispose son mental naïf et exalté. Bien sûr il va trouver !  Attiré par un homme deux fois plus âgé que lui, qui lui en impose tellement il est bien vêtu et hâbleur :Jacques Arnoux, dont le costume est savamment décrit en particulier des bottes rouges en cuir de Russie ( un avantage indiscutable que l’on va retrouver par la suite).  Arnoux mène Frédéric à sa femme Marie, et c’est la coup de foudre. Marie est comme »une apparition ».  Là aussi c’est la parure qui va compter et aussi l’exotisme : Frédéric s’imagine que cette femme est andalouse, voire créole, à cause de ses cheveux noirs, de sa peau brune, de son châle. Il faut qu’il ait de l’imagination…

Il se passera plusieurs mois avant que Frédéric, devenu étudiant à Paris, ne retrouve l’atelier d’Arnoux. Marchand de tableaux, apte à vendre 300 francs une croûte qu’il a achetée 1500 en produisant une fausse facture de 4000… totalement ignorant de l’art véritable. Quelques mois se passent encore, avant que Frédéric ne puisse pénétrer rue de Paradis où vit la Dame.  C’est aussi la décoration très kitsch des appartements, abondamment décrite par le narrateur, qui augmente le charme de Marie aux yeux de Frédéric.

Rue de Paradis, ce sera aussi une sorte d’enfer. Pour voir Marie le plus souvent possible, Frédéric se fait l’obligé d’Arnoux, son esclave, devient un parasite de la maison,  ira même jusqu’à lui donner de l ’argent . En effet, Arnoux s’étant aperçu plus ou moins  de la  situation, prétendra souvent être au bord de la faillite et devoir quitter la ville :s’ils quittent la ville, comment la revoir ?

L’existence de Frédéric s’organise donc autour de Marie Arnoux, dont on reste longtemps à ignorer quels sentiments elle éprouve pour Frédéric.  Marie est cependant un repère important pour une vie aussi fluctuante que celle de ce jeune homme.  L’autre repère, c’est Charles Deslauriers, son ami de collège. Tout les sépare : la classe sociale, les intérêts, les penchants, le tempérament, voire les idées politiques, ils sont tout le temps fâchés et se retrouvent avec plaisir quelques temps plus tard, à intervalles réguliers.Cette amitié réelle et durable est un point positif dans un roman fort pessimiste.

 

 

 

L’Education sentimentale c’est aussi une fresque sociale. Plusieurs groupes humains  sont décrits plutôt férocement : les amis de Frédéric : Sénécal  pur et dur, inspiré de Saint-Just, Hussonnet, journaliste opportuniste, assez rigolo par moment, Martinon très conservateur, Dussardier  révolutionnaire au premier degré, Pellerin le plus mauvais peintre que l’on puisse rêver, Regimbart, un homme politique : il passe son temps dans les bistrots à boire et bavarder …

Sans compter les femmes, la jeune provinciale Louise Roque, l'épouse du financier Dambreuse ( très redoutable devant le cercueil de son mari...), Rosanette  orpheline illettrée qui a survécu grâce à ses charmes, Mlle Vatnaz vieille institutrice intriguante et féministe ...

Flaubert s'est inspiré, dit-on, des Caractère de La Bruyère pour camper ses personnages et il a très bien réussi.

 

 

De l'Education sentimentale, il a aussi eu l'ambition de faire  un roman historique, relatant la Révolution de 1848, celle de 1851, qu'il a vécues lui-même au même âge que Frédéric  et c’est tout à fait passionnant. Son récit du sac des Tuileries en particulier.

 

Dans l'ensemble, en épit de certaines descriptions un peu lassantes, mais pouvant toujours enrichir le vocabulaire, je trouve ce roman aussi bon que Madame Bovary.

 

 

 

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Published by Dominique Poursin - dans relecture
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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 14:20

 

la Métamorphose bilingue    Edition bilingue de poche

 

 

      Mon blog s’allonge malgré moi, et je remarque qu’il est finalement peu représentatif des écrivains que j’ai le plus aimés.  Rien sur Kafka, rien sur Thomas Mann !  Faute d’avoir lu de nouvelles œuvres, je me suis penchée sur cette édition bilingue fort agréable car je ne lis pas l’allemand sans aide, sauf s’il s’agit de textes vraiment simples.

 

Le 24 juin 1924,décédait Franz Kafka, voilà l'occasion de relire deux oeuvres où l'on meurt très bien à la fin...

 

        Tout le monde connait l’histoire de Gregor Samsa, infortuné VRP, qui se réveille un matin «  transformé en une véritable vermine ». Cette phrase provient du narrateur omniscient qui  tout de suite nous révèle l’état de Gregor.

La Métamorphose est écrite à la troisième personne, au style indirect libre. Outre le point de vue de ce narrateur, il y a celui de Gregor, qui préfère croire que ses sensations bizarres  sont «  le premier signe d’un refroidissement, mal professionnel des voyageurs de commerce » . Pourtant « il apercevait son ventre bombé, brun, divisé par des arceaux rigides, au sommet duquel la couverture du lit, sur le point de dégringoler tout à fait, ne se maintenait que d’extrême justesse ».

Bien des lecteurs sont dégoûtés ( un mot que j’ai souvent entendu) par la multiplication des détails réalistes dus à cette métamorphose.

 

Personnellement, cela me fait sourire, je trouve que l’effet recherché est surtout humoristique, un humour vraiment noir mais humour tout de même. Cet effet est produit par différents choix  d’écriture :

- Le narrateur omniscient, pas plus que le personnage, ne s’étonnent de cette transformation qui devrait leur paraître incroyable.  Il s’agit d’un fait surnaturel et il est considéré comme devant être admis, dès l’incipit. Cependant le champ lexical ne relève ni du fantastique, ni du surnaturel, ni de la stupéfaction face à une chose aussi extraordinaire.

Bien au contraire, le réalisme domine, et les soucis domestiques parsèment le texte : le réveil ne sonne pas, le chef de bureau attend, comment faire pour sortir du lit lorsque l’on est dans un état pareil, rassurer la famille, se cacher? Différentes stratégies sont exposées dans le détail.

 

- A part ce qui est arrivé à Gregor, le reste du texte reflète une vie normale autour de Samsa. Les réactions hostiles et violentes du père, de la mère, de la sœur etc.… sont banales étant donné la situation.

C’est là ce que l’on peut dire de la première partie, surtout événementielle : les réactions de Gregor à sa métamorphose, l’arrivée du chef de bureau, les appels de la famille précipitent l’action.

Gregor réussit à ouvrir la porte provoquant un affolement général. Chassé, enfermé dans la chambre, il a été blessé, le père lui a écrasé une patte.

On dit que c’est un « insecte monstrueux » et on ne dit pas quelle est sa taille. Il est assez grand pour se hisser jusqu’à la serrure et regarder au travers.  Comme un enfant de trois ans environ, dirais-je.

 

 

La partie 1 installe le décor et donne à voir les péripéties immédiates inhérentes au violent changement de situation dans cette famille Samsa, la partie 2 voit l’action se ralentir.

 

La métamorphose est ici un mode de vie différent.  Elle n'est pas traitée comme dans  des contes et légendes où c' est une intervention visant un but. Gregor n'a pas été changé en insecte par un ennemi, ni par une bonne fée, pour être protégé de ses poursuivants; il n'est pas devenu repoussant pour éprouver l'amour d'une jeune fille.

Il  ne va pas reprendre sa forme initiale. Il restera comme il est. Dans les contes, on dirait " c'est un faux héros".

 

Gregor s' adapte : dans sa nouvelle position, il doit changer sa façon de se déplacer, d’appréhender les lieux, de voir sans être vu. Les objets ordinaires prennent une grande importance : le verrou, la serrure, le lit, la porte.

Gregor prend du  plaisir, pendant cette période : à regarder par le trou de la serrure, à marcher le long des murs, à écouter sa sœur jouer du violon. J’insiste sur le fait, qu’en dépit de sa terrible infortune, il prend du plaisir depuis le début. D’abord,  à terroriser sa famille par son apparition monstrueuse… hélas pour lui, il ne s’est pas déguisé ! C’est du réel…

Sa sœur nettoie la chambre chaque jour ( il reste caché), et lui donne à manger. Il  se nourrit en suçant des aliments  qui l’auraient rebuté autrefois.

L’insecte-homme ne ressent plus comme avant «  il semblait étrange à Gregor que parmi les divers bruits du repas, on ne distinguât jamais que celui de leurs dents en train de mâcher, comme s’il fallait montrer à Gregor qu’on avait besoin de dents pour manger, et que même avec les plus belles mandibules on ne pouvait arriver à rien ».

Tout ce qui n’est pas la chambre, devient pour lui un au-delà susceptible d’être évoqué, sans plus.

Hélas, un jour, la mère et la sœur décident de vider cette chambre « qui ne sert plus ».Pendant l’opération Gregor doit rester caché mais il se précipite sur une affiche à laquelle il tient beaucoup et s’y colle : elle représente une  femme vêtue d’un manteau de fourrure. Il adore cette fourrure… le symbole sexuel me paraît évident.

 

Gregor est sévèrement puni. ..

 

Partie 3 Il ne cesse de décliner  tandis que sa famille prospère, comme s’il fallait qu’il s’efface pour leur permettre un épanouissement ! Grete travaille come vendeuse et prend des cours, la mère fait de la couture pour un magasin, le père est devenu huissier de justice. Cette partie est profondément tragique. On n’a plus envie de sourire…

Une nouvelle apparition de Gregor  aux siens (il y en a une pour chaque partie) va  lui être fatale.

Du temps de Gregor, qui faisait vivre toute la famille de son salaire, le père était un homme vieilli » cet homme qui autrefois restait terré au fond de son lit épuisé  lorsque Gregor partait en déplacement … ) à présent il porte un bel uniforme bleu, un peu raide, avec des boutons dorés comme en portent les huissiers de banque » ; c’est ainsi que Gregor se fait avoir. Son père tout ragaillardi est capable de le poursuivre et de lui lancer un projectile.

  Quelle sorte d’insecte est Gregor ?

Qu’est-ce qui ressemble à un insecte  et qui a pourtant en soi quelque chose de  l’humanité ?

En septembre 1912, Kafka va marier une de ses   sœurs : Valli ; en novembre, une autre sœur Elli, sa cadette met au monde un enfant, le premier de la génération suivant celle de Kafka. Pendant cette période, il écrit la Métamorphose…

 

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 13:02

 

Circonstances entourant l’écriture de l’œuvre.

Commencé en 1914, au moment de la rupture de ses fiançailles avec Felice Bauer. La famille de cette jeune femme considère cela comme un délit et le convoque en présence d’un avocat, pour le forcer à se marier tout de même.

C’est ce que dit Elias Canetti dans » l’Autre procès » . Ces circonstances ont fourni à Kafka un argument, mais si nous disons qu’il a fait ici son propre procès, nous réduisons la portée du roman.

 

Inachevé, le Procès ne peut être résumé. Surtout que j’ai toujours été incapable de faire des résumés.

Le début et la fin sont entièrement rédigés et « finis » ; mais les chapitres intermédiaires pourraient être mis dans n’importe quel ordre. De son vivant, Kafka fit publier «  La cathédrale ; devant la loi » sorte d’apologue qu’un prêtre raconte à Joseph K. visiblement pour lui signifier quelle est sa place dans le monde et surtout quel sens peut avoir sa vie.  Ce chapitre est placé presque toujours en avant-dernière position.

La traduction à laquelle je me réfère est celle que fit paraître Bernard Lortholary en Garnier-Flammarion, en 1983 ; c’est lui qui a rafraîchi la traduction du texte, lui donnant une nouvelle interprétation différente de celle de Vialatte. Dans la préface, le traducteur dit avoir été frappé

Par le fait que le Procès est fait « d’un certain nombre d’hypothèses fragmentaires ». Lortholary a également insisté sur le fait que Vialatte, dont la traduction faisait foi jusque là, n’a pas suffisamment pris en compte l’aspect comique du Procès. C’est donc à une autre relecture que Lortholary nous conviait ? Que je ne fais qu’aujourd’hui !

Depuis lors,  l’encre a encore coulé à propos de ce Procès…. Mais je ne sais pas grand-chose là-dessus.

 

On ne peut  lire le Procès naïvement, lorsque l’on a pris connaissance d’n certain nombre d’avis et de textes sur le sujet. On ne peut pas non plus se rappeler toutes les lectures que l’on fit et qui influencent la nôtre. On  ne peut pas en faire une lecture vierge. On voudrait bien tenter de se poser des questions pragmatiques, tenter de jouer le jeu, sans oublier la portée symbolique…

On fait tout de même.

L’incipit «  Il fallait qu’on eût calomnié Joseph K. car un matin, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté ».

On se demande  qui est ce narrateur qui nous informe là.

Tout le monde sait que Joseph K. est victime d’une « arrestation » comme nul n’en a jamais vue : deux messieurs frappent à sa porte et entrent (pourquoi n’est-ce pas fermé à clef ?) dans la chambre qu’il occupe chez sa logeuse, et le prennent au saut du lit pour lui signifier ladite arrestation ; ils ne possèdent aucun mandat d’arrêt, aucun chefs d’accusation, et pas d’uniforme ( des messieurs en costume de voyage…)mais ils connaissent le nom de Joseph K. Ce dernier affecte de prendre les choses à la légère mais cette intrusion le désempare tellement qu’il se laisse manger son petit déjeuner  par les intrus, ne sait plus comment s’habiller, voudrait téléphoner au procureur Hasterer( un véritable ami…) puis y renonce et ne le fera jamais.

Les deux messieurs ( les gardiens)un soi-disant lieutenant, et trois jeunes gens de la banque où il travaillent, réussissent ainsi à l’importuner. K. pense que c’est une plaisanterie mais il est décidé « à jouer la farce jusqu’au bout ».

Or, ce sera une farce tragique. Un an après jour pour jour, K. habillé de noir attendra «  deux messieurs » qui l’emmèneront aux confins de la ville pour l’exécuter. «  Deux acteurs de seconde zone » notera-t-il. Il ne fera rien pour se défendre, acceptera d’aller avec eux et leur facilitera la tâche.

 

Entre ces deux événements, Joseph K s’occupe de son affaire :

Il est appelé au téléphone pour se rendre à un interrogatoire,

Le juge se trompe sur son métier, ignore son nom, mais K. parait tout de même être attendu. Il se plaint de la justice et refuse d’être interrogé. On lui dit qu’il se prive «  d’un interrogatoire ».Il fait un discours devant un auditoire en ignore la portée.  La semaine suivante, il revient, au « tribunal », se trouve mal et deux employés le conduisent dehors.

Il est témoin d’une correction donnée à la banque où il travaille par « un bourreau » aux deux gardiens qui l’avaient arrêté.

Ce spectacle se répète chaque fois qu’il ouvre ce petit cabinet à la banque, d’où le fait qu’il renonce à l’ouvrir à nouveau.

Son oncle qui a appris son procès lui recommande un prétendu avocat, Maitre Huld toujours au lit et atteint d’une mystérieuse maladie. Il décrit les principales requêtes à effectuer pur le procès tout en soulignant qu’elles sont aussi nécessaires qu’inutiles.

K. se laisse distraire par Leni la jeune maîtresse de l’avocat. Il obtiendra aussi l’adresse du peintre du tribunal Titorelli. Ce dernier lui apprend que l’acquittement n’est pas possible, qu’il peut seulement faire traîner son procès. A condition de s’en occuper sans cesse.

 

Enfin après avoir retiré son affaire au juge, il va dans une cathédrale pour retrouver un italien, selon le directeur de la banque, il doit la lui faire visiter. C’est un prêtre qu’il rencontre et qui l’appelle par son nom : il se désigne comme l’aumônier des prisons et lui dit l’apologue « devant la loi » sorte de définition de la condition humaine qui s’achève sur une pointe : un gardien est là pour surveiller la porte de la loi afin que l’homme soit dissuadé d’y pénétrer et fer me la porte à sa mort «  car cette entrée seule lui était destinée ». K. semble dégoûté d’une existence  passée à attendre l’issue de son procès. Aussi, un an plus tard, il se laisse mener et décapiter par les eux messieurs qu’il attendait et arrivent curieusement bien qu’il n’ait pas été prévenu.

 

 

Joseph K est interpellé, importuné, par plusieurs personnes qui connaissent son nom, alors qu’elles n’ont aucune raison pour cela.

Il est accusé on ne saura jamais de quoi ni par qui. Les personnages rencontrés et désignés comme faisant partie du tribunal ne sont guère convaincants comme tels. On ne sait jamais de quoi on parle. K. s’en soucie de moins en moins. Il  déclare plusieurs fois devoir prouver qu’il  est innocent. Mais de quoi puisqu’il n’a pas vu dans les événements de sa vie ce qui était susceptible d’être litigieux, et par rapport  à quoi ? Il n’est pas plus coupable  qu’innocent.

Ce procès est  à la fois trsè abstrait et tout plein de détails hyperréalistes.

Nous ne voyons les choses que du point de vue de Joseph K. Lorsqu’un autre narrateur arrive il adopte le point de vue de K.  Ce serait au lecteur d’interpréter et de commenter.

 

Les détails grotesques et ridicules étonnent de la part de K. qui est si sérieux.  Les personnages n’ayant aucune consistance, aucun passé, même pas Joseph K,  il faut compter cependant sur ces détails qui donnent au procès sa singularité.

Relevé de quelques détails : le tribunal siège dans des greniers irrespirables pleins de poussière set de papiers où  peu importe ce qu’on écrit, pourvu qu’on écrive (c’est l’avocat qui le dit !)Des requêtes sans objet, car on ne se préoccupe pas d’accuser de « quelque chose » ; le fait se suffit à lui-même.

Bloch l’accusé type,  son alter ego,   lui apprend que la vie d’un accusé est faite d’humiliations de servilité et que «  le procès «  remplit la vie toute entière comme une maladie grave. Le  procès, c’est la vie…

Un avocat  vous reçoit au lit cloué par une maladie mystérieuse, et à qui une maîtresse, sans doute mineure, apporte sa soupe devant les accusés.

Dans la salle du tribunal une femme lave du linge d’enfant dans un baquet. On dit que c’est la femme de l’huissier et c’est la femme de tout le monde au tribunal ( Leni aussi…)

Cette salle a tout d’un théâtre, mais les spectateurs sont  des vieillards à barbe blanche.

Deux gardiens se font rosser dans un débarras à la banque où  travaille K. Scène magique obsédante qui se produit chaque fois qu’il ouvre la porte.

 

Donc la justice est vraiment en dessous de tout, et Titorelli le peintre donne de l’artiste une idée caricaturale. Les femmes du tribunal sont toutes des putains (femme de l’huissier, Leni, fillettes qui ont leurs entrées chez Titorelli) le nommé  Bloch donne une idée navrante de l’accusé, soumis et rampant.

Si  la justice comme on la comprend fonctionnait, le peintre et  l’avocat pourraient être accusés de détournement de mineures ( Leni la maîtresse  de l’avocat, et les fillettes du peintre sont bien trop jeunes…).

L’aumônier des prisons seul,  raconte une histoire susceptible d’intéresser Joseph K. On  peut penser que c’est une mise en abîme du Procès. L’homme de la campagne, c’est lui, Joseph K. Il a rencontré « la loi » sous la forme d’un gardien qui suggère un lieu au-delà de lui, et prétend qu’il faut une autorisation pour y entrer. Le gardien fait la loi, comme les gardiens venus arrêter Joseph K lui ont dit que  la loi existait, pour lui Joseph K. à compter de ce matin-là, où ces messieurs sont arrivés. Et la vie de Joseph K. sera comme celle de l’homme de la campagne, dépendante de  la loi. Lorsqu’il meurt, on ferme.

La grande porte de la loi est toujours ouverte

Cette entrée  t’était seule destinée.

Entrer dans  la loi serait donc la seule chose susceptible de donner un sens à la vie ? Mais entrer dans la loi, c’est  inimaginable, parce que la loi n’est  pas localisée quelque part. Aussi l’homme ne voit-il que son représentant ( le gardien) et une vague lumière au-delà. Si on ajoute foi à la parole du gardien, on se tient devant comme devant un objet sacré à contempler, et on attend, sachant que rien n’arrivera que la mort, au bout d’un certain temps.

Si l’on s’irrite de rester devant un gardien, que l’on ne trouve pas cette contemplation satisfaisante, on se dit : celui-là  qui pose  un interdit une limite à ne pas franchir, c’est un baratin bien connu, mais pas suffisant, car pourquoi serait-il interdit d’entrer ?

Les interdictions d’entrer se font par rapport à des lieux concrets. Donc cela ne vaut pas pour «  la loi ».  Pour  se rendre compte de ce qui est au-delà, vérifier qu’il y a quelque chose, il faut  s’en prendre à ce gardien. C’est le seul obstacle visible.  

En ce qui concerne Joseph K., il n’imagine pas s’en prendre au gardien, et ne veut pas attendre la mort, sans autre forme de procès que celui présenté par Bloch et le prêtre.

Il opte  pour une fin précipitée.

 

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