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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 15:53

Seuil (Fiction et Cie) 2012, 220 pages.

Il s’agit d’un roman biographique, dont le personnage principal est Alexandre Yersin ( 1863- 1943), médecin, chercheur en biologie, inventeur, explorateur, grand voyageur… un homme exceptionnel, connu seulement dans les milieux scientifiques, avant que l’auteur ne le signale à l’attention du public littéraire.

« Comme nous tous, Yersin cherche à faire de sa vie une belle et harmonieuse composition… sauf que lui y parvient. »

Né dans le canton de Vaud, orphelin de père, Yersin montre très tôt de l’intérêt pour toutes les sciences expérimentales. Avant même d’être reçu médecin il devient chercheur en microbiologie, avec l’équipe de Pasteur qui vient de guérir de la rage le jeune Joseph Meister. Mieux encore, il va partir en Asie du sud-est avec la Compagnie Maritime, découvrir un espace inexploré et une tribu (les Moï) un espace qu’il va coloniser sous le nom de Nha-Trang ; il y aura d’autres épisodes mémorables notamment son action sur le bacille de la peste à Hong-Kong, ses étonnants travaux en botanique, et sur les animaux d’élevage et de laboratoire. Sans compter la triste vieillesse du chercheur qui aura connu le nazisme (voir le double sens du titre).

L’auteur raconte le vie de Yersin à la troisième personne, avec de belles phrases choisies, laconiques, désenchantées mais admiratives. Beaucoup de phrases sans verbes mais d’une haute tenue littéraire. Des phrases en suspens comme je les aime, et même de l’humour (les développements sur les animaux « sacrifiés » par Yersin, en principe pour trouver des vaccins…)

L’auteur parsème son récit de leitmotivs : par exemple le refrain lancinant à propos des hommes sans père, celui du besoin de mouvement des vrais aventuriers de la vie. Des refrains qui donnent un rythme étonnant à ce récit.

Patrick Deville a aussi mis en parallèle le personnage de Rimbaud avec celui de Yersin.

Ils ne se sont pas connu ; Rimbaud est plus âgé de 9 ans et mourut prématurément ( si Yersin était tombé sur lui, il eût sans doute pu le soigner !). En outre, la littérature n’était pas un objet dont Yersin aurait pu s’emparer avec profit. Ce qui les rapproche, c’est l’absence de père (et donc l’errance), le goût de l’aventure, la curiosité inlassable ; Rimbaud quitta les Parnassiens devenus routiniers, comme Yersin les « Pasteuriens » lorsqu’ils n’eurent plus rien à lui apprendre et lui plus rien à découvrir dans ce contexte…

Les héros de l’auteur sont des hommes passionnants et passionnés, qui n’aiment pas s’ennuyer et vont de découvertes en découvertes, même au péril de leur vie. Il sait nous faire partager son enthousiasme.

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 23:51

choplin guernica

 

 

Rouergue, la Brune, 2011, 159 pages.

 

Dans cette petite ville du pays Basque espagnol, non loin de Bilbao, fin avril 1937, au moment du tristement célèbre bombardement de la ville par l’aviation nazie. Un jeune homme Basilio, peintre autodidacte, s’éloigne de la ville pour aller dans les marais non loin des rives de la Mundaca. Il tente de peindre le paysage et surtout un héron cendré qui vient fréquemment pêcher dans le coin. L’oiseau représente pour lui tout ce qui est important sur terre. «  Comme chaque fois il s’émerveille de la dignité de sa posture… c’est d’abord ça qu’il voudrait rendre par la peinture. Cette sorte de dignité qui tient aussi du vulnérable , du frêle, de la possibilité du chancelant… le regard du héron. Ça aussi Basilio voudrait en témoigner.. rendre quelque chose de cette inquisition pure de ce miroir aux énigmes du monde.


En dehors de sa peinture, Basilio n’a pas grand-chose dans la vie. Ilest logé au couvent, par Maria,  travaille dans une ferme, on le paie en nature : un cochon et un sac de haricots qu’il réussit à vendre au Marché avec l’aide de son vieil oncle boiteux, doté d’un bon sens commercial. Il s’intéresse à Celestina et promet de lui peindre un héron !

Le jour du bombardement, Basilio était au marais pour peindre le héron. Sa façon de regarder les choses témoigne d’un véritable artiste. Lorsqu’il retourne ne ville, il photographie le massacre à l’aide de l’appareil de son ami l’encadreur, qui lui aussi peint depuis longtemps. Comme le héron dans le marais, le raid aérien, la  ville bombardée, la détresse et la peur des visitâmes, sont  décrite simplement avec de belles phrases justes.

Pourtant, on a le sentiment que l’auteur ne sait quoi faire de son personnage de peintre. Basilio se rend à Paris, aidé en cela par ses amis l’encadreur et le prêtre Eusébio : tous deux ont entendu dire que Picasso avait peint le massacre de Guernica (sans le voir) «  les artistes savent faire ces choses –là » dit Eusebio. Ils lui paient le voyage ; il faut que Basilio voit la toile de Picasso, montrée à l’exposition universelle, et tente d’entrer en contact avec lui.

Mais Basilio, très timide , n’a pas son oncle à ses côtés comme lorsqu’il cherchait vainement à vendre le cochon au marché de Guernica… il nava pas s’adresser au peintre, et bien qu’il reste fasciné devant le tableau de Guernica , on ne saura même pas ce qu’il en pense ! Elégamment, on va dire que c’est une « fin ouverte »; vulgairement, que cela ne termine en queue de poisson. Ou en plumes de héron, si l’on veut.

Il reste quelques magnifiques paragraphes…

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 09:30

kuperman nous étions des etres vivants

 

Gallimard, 2010, 203 pages.

 

Mercandier-presse, édition de livres et albums pour la jeunesse, est victime d’un « plan social » et d’une « restructuration ». Un repreneur Paul Cathéter va s’occuper de rentabiliser la petite maison d’édition en déshérence. Pour commencer, il monte les employés les uns contre les autres, promettant à certains un bon poste, s’ils lui indiquent qui devrait être licencié.

Il ya aura beaucoup de licenciements, mais ceux des employés dont nous entendons les voix particulières, sont les premiers touchés et ils le savent. Agathe Rougier ne vit que pour son travail et une collection de poupées datant de son enfance auxquelles elle pense souvent dans ses moments de solitude. Déjà à l'époque, entre les poupées, il était question de compétitivité.

Ariane Stein, divorcée avec deux enfants,  s’effraie à l’idée qu’elle devra dire «  je n’ai plus de travail » à ses enfants, qui alors risquent de lui échapper complètement pour vivre avec la nouvelle amie de son ex-mari.  Ariane nous inquiète avec sa façon de dire "je ne bouge pas".Patrick Sabaroff est décidé à faire  de son mieux pour plaire au nouveau patron… en vain ! Muriel, nommée directrice générale ne supporte pas de devoir dénoncer ses collègues… Dominique, nommée directrice adjointe, se demande sur quel pied danser.

Il y a aussi le  chœur comme dans les tragédies grecques, ( le "nous" du titre) qui représente les salariés de l'entreprise et nous informe du contexte, pour exprimer les angoisses, et la colère des   employés tous condamnés au chômage au  à plus ou moins longue échéance, et sinon à ramper devant Cathéter qu’on appelle « le gros porc ». Le repreneur  n'est pas un personnage, c'est l'anonymat de l'ultra-libéralisme inhumain et uniquement préoccupé de rentablilité. 

Des romans comme celui-là, décrivant le naufrage des entreprises, broyées par le monde moderne, il s'en écrit beaucoup depuis plusieurs années. Je n'ai pas le courage de les lire, d'ordinaire, mais j'aime beaucoup Nathalie Kuperman...


Son choix de l'oralité, est comme toujours parfaitement maîtrisé, en rapport avec la situation.

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 00:35

Nagasaki

 

 

2010, Stock, 108 pages.

 

Un homme de cinquante ans Shimura qui vit seul depuis toujours, soupçonne quelqu’un de s’introduire dans sa maison en son absence. Ila remarqué que le niveau de la bouteille de jus de fruit avait baissé, au frigo. Qu’un yaourt manquait sur le nombre stocké.

Rien d’autre, mais il n’en faut pas plus pour qu’une présence invisible l’obsède. Il inspecte tout chez lui ; s’endort tard et difficilement. «  Un sommeil en simili, lourd et gris comme un nuage obèse, a eu raison de ces pensées ».Le logis a pris une tournure inquiétante.  L’homme est troublé, mais rationnel.  S’étant muni d’une webcam, il observe sa cuisine à distance du bureau où il travaille comme météorologue : bientôt cela se confirme, une ombre traverse la cuisine. C’est une femme ! bien sûr qu’elle mange et qu’elle boit…

Indigné et curieux à la fois, Shimura contemple l’intruse. Des sentiments complexes le travaillent. Il appelle la police, puis téléphone chez lui pour prévenir la femme…trop tard.

La passagère clandestine va donc être appréhendée ; Elle vivait dans un grand placard inutilisé, depuis près d’un an ! Shimura ne se sentira plus jamais chez lui, où qu’il aille.

Shimura vivait seul. L’autre s’est dévoilé à lui sous la forme d’une personne qui s’est introduite dans sa maison, sans qu’il le sache consciemment ; une personne et une femme.

Pendant ce court récit, l’intruse va aussi prendre la parole, raconter son vécu, le pourquoi de son squat incognito dans cette maison, et la vie qu’elle mena par la suite.  Il se pourrait qu’elle veuille communiquer avec Shimura. Mais comment apparaître autrement que comme celle qui troubla définitivement son intimité, qui lui rendit impossible le sentiment du « chez-soi » ? 

Le récit est tiré d’un fait divers qui eu lieu au Japon. L’auteur est français, et le Japon est ici davantage une métaphore qu’un pays  

«  Il m’apparaissait que Nagasaki était longtemps restée comme un placard tout au bout du vaste appartement Japon avec ses quatre pièces principales en enfilade- Hokkaido , Honshu,  Shikoku et Kyushu ; et l’empire, tout au long de ces 25 ans, avait pour ainsi dire feint d’ignorer qu’un passager clandestin, l’Europe, s’était installé dans cette penderie ». C’est plus ou moins la clef de cette histoire dérangeante, écrite dans une langue de grande qualité, une histoire sur laquelle on n’a pas fini de méditer, un récit où l'on se pose des questions philosophiques. Et un auteur que l'on ne manquera pas de lire encore à l'occasion.

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 00:30

j'ai renvoyé Marta

 

 

Gallimard, 2007.


Sandra vient d’embaucher une femme de ménage, Marta, qui porte le même nom que sa grand-mère, et qui est d’origine polonaise aussi.  Sa grand-mère l’a élevée après quelques années désastreuses passées auprès de sa mère alcoolique et atteinte de psychose. Marta, c’est aussi l’enfant de Sandra, sa petite fille de 14 mois. Dans cette histoire, il y a aussi son mari, plus les deux fils de celui-ci, qui vivent avec eux en garde alternée.

On ne sait si Marta est ou non bonne ménagère. Apparemment correcte et gentille, elle trouble énormément son employeuse. Toutes sortes d’idées délirantes lui viennent. Faire le ménage avant que Marta n’arrive, pour que celle-ci n’ait pas l’occasion de juger une maison négligée ! Mettre des objets dans des endroits spéciaux pour voir si Marta ne va pas les voler. Inspecter jalousement tous les endroits où elle est censée nettoyer. Et bien d’autres choses qui donnent des épisodes parfois drôles, parfois absurdes, sinon inquiétants. Rapport à son enfance traumatisante que Marta a fait remonter, Sandra déraisonne.  

Monologue, comme dans son dernier roman  ( les raisons de mon crime) ,monologue de la narratrice ; mais pas ce genre de monologue pénible où l’on se sent enfermé dans l’univers étriqué de l’autre. A travers les pensées de Sandra, les faits et gestes qu’elle relate, et les scènes familiales, nous connaissons les autres qui vivent autour d’elle, et avons l’impression de les accompagner.  

Nous connaissons l’univers de Sandra mais devinons les autres points de vue. Un monologue « ouvert ». Une fin ouverte aussi.

Un bon livre. Sans que l’auteur cède le moins du monde au compassionnel, les personnages nous sont tous sympathiques.

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 20:58

 

Persécution

 

 

Liana Lévi, 2010. 421 pages.

 

Banlieue romaine (‘lOlgiata)  1986. Le professeur Léo Pontecorvo est installé à table pour le repas du soir avec Rachel sa femme, et ses deux fils adolescents, Filippo et Samuel.  Le monde s’écroule subitement pour Léo.

«Quelqu’un à la télé sous-entendait que le professeur avait baisé la petite copine de Samuel… quand je dis petite copine, je parle d’un oisillon de douze ans et demi aux cheveux couleur citrouille et au museau de fouine parsemé de taches de rousseurs »

Léo Pontecorvo est médecin spécialisé en cancérologie- plus spécialement dans le traitement d’une forme de leucémie qui n’atteint que les enfants. Il a sa propre clinique, est efficace et fort apprécié.

 

Cependant, depuis quelque temps tout va mal : il a confié la gestion de cette clinique à des personnes qui ont détourné de l’argent à leur profit, et c’est finalement lui qui est accusé de malversations. De plus un de ses assistants à qui il avait prêté de l’argent et qu’il a dû virer, se venge en l’accusant d’usure.

 

Et maintenant, cette nouvelle accusation bien plus grave «Finalement, elle avait réussi ; la gamine que son fils avait fait venir chez eux  environ un an plus tôt et que Rachel et lui-le couple le plus ouvert et le plus tolérant de leur milieu-avaient accueilli sans histoires, avait réussi à détruire leurs vies. »

 

Léo se lève de table et s’enfuit au sous-sol où se trouve une pièce qu’il utilise pour se détendre. Il n’en sortira plus guère. Il est séparé de sa femme et ses enfants, qui ne lui parlent plus et font comme s’il n'existait pas.

 

Pendant sa réclusion, Léo revient sur les circonstances qui l’ont fait accuser.Camilla, la  copine de son fils Samuel,  venue avec eux en vacances,  ne veut pas faire du ski avec les garçons, et reste au chalet. Rachel, qui en fait ne voulait pas d’elle, part tous les jours en courses, la laissant à Léo à charge pour lui de la divertir. Il est intimidé par cette fillette, qui le regarde un peu trop fixement, et s’enthousiasme de petites attentions banales. Puis elle tombe malade et Léo, médecin,  la soigne. Mais le lendemain, Léo trouve une serviette hygiénique à côté de la baignoire, puis une lettre déposée dans un endroit intime.  Il voudrait en parler à sa femme, mais …


Le drame de Léo habilement raconté, laisse entendre des motivations complexes à sa conduite  faite pour s’attirer les pires ennuis. La peur de sa femme, très vertueuse, et qui régente tout dans la maison.  Egalement médecin de formation, Rachel a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper du mari et des enfants comme le veut la tradition juive stricte à laquelle elle s’est soumise. Soumise, mais elle le fait payer cher !

Léo  n’a jamais trompé son épouse, trouvant plus de plaisir à refuser les avances des femmes qu’il croise qu’à céder à l’une d’elles. 


Tout ce qui dans ce récit à rapport avec cette affaire, intéresse le lecteur. Problème de couple de Rachel et Léo, relations avec les enfants, attitudes différentes des époux envers la tradition juive, problèmes de classe sociale, bêtise et corruption de l’appareil judiciaire : C’est assez bien vu. Il manque cependant le point de vue de Camilla "la petite salope" et de ses parents, personnages importants dont on ne nous dit presque rien.

 

La déchéance de Léo dans le sous-sol est comparée à celle de Grégoire Samsa dans la Métamorphose : il est souvent fait référence à ce texte, et le narrateur s’amuse à copier plus ou moins le destin de Léo sur celui de Samsa.  Y compris la terrible jouissance de Léo à se laisser glisser sur la pente fatale.


Mais le narrateur se perd aussi en digressions ennuyeuses et trop convenues sur la possessivité de la mère juive, sur de petits détails de l’histoire de la famille, qui n’ont guère de rapport avec le sujet principal.  De trop nombreux personnages à peine esquissés alourdissent le récit,  les parents de Rachel et ceux de Léo dont on raconte trop l’histoire, des anecdotes sans intérêt.

 

Un ton inutilement cynique parfois, et condescendant vis-à vis de Léo, une insistance, des redondances désagréables sur les étapes de la déchéance du héros. Si Piperno admire la Métamorphose, il ne prend pas exemple sur la prose discrète précise et impitoyable de Kafka qui ne fait mouche que parce qu’elle est dépouillée. Le narrateur, lui, est un grand bavard, se sent supérieur à son personnage,  et à cause de cela son récit n’est qu’à moitié convaincant.

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 00:59

Gallimard, 2012, 178 pages.

 

Le début des années 60 ; Paris, quartier Montsouris, Montparnasse, et alentours. Le narrateur Jean, se souvient d’avoir eu avec Dannie une brève liaison.  Il  déambulait autour de la cité universitaire, sans autre occupation que d’écrire dans un carnet noir, elle vivait provisoirement dans une chambre de cette cité, pas plus étudiante que lui…

De simples  rencontres  mais sans que l’on sache si c’est le hasard qui les provoque

 

C’est une jeune femme compliquée, mystérieuse, marginale, recherchée, ou seulement surveillée ?  par la DGSE ou une organisation du même genre.  Fuyant une  situation dangereuse, un passé trouble. Elle déménageait tout le temps d’hôtel en chambre d’étudiants et fréquentait des tocards : Paul Chastagnier, Aghamouri, Duwelz, Gérard Marciano, «  Georges »( qui semble dangereux), délinquants ou réfugiés politiques,  dont elle aurait bien voulu se rendre indépendante .

Une liste de noms que Jean rajoute dans son carnet noir,  à celle qui jusque là était surtout faite de personnages littéraires : Tristan Corbière rue Frochot, Nerval rue de la Vieille Lanterne, La baronne Blanche Jeanne Duval et Marie –Anne Leroy  qui fut guillotinée dans ce triste quartier du Montparnasse. Ceux-là sont partis pour toujours, et le narrateur n’a pu les connaître.    Dannie, selon lui, ressemblait à la baronne Blanche.

Cette baronne est semble-t-il une roturière longtemps amante du roi Léopold de Belgique qui la fit baronne, tout en la fréquentant clandestinement.

Le charme de cette brève liaison vient de la sensation d’être en permanence menacé sans trop savoir de quoi, du délice de devoir se dissimuler avec une jeune femme, à l’identité floue.  Une courte virée à «  Feuilleuse dans l’Eure-et-Loir »  dans une maison, où ils squattaient dans la clandestinité. Il y oublia un manuscrit déjà avancé.

Dannie, il ne l’a pas rêvée. Même si à présent« la plupart des immeubles vous donnaient l’impression de vous trouver en présence d’un chien empaillé, un chien qui avait été le vôtre et que vous aviez aimé de son vivant »

Le roman déroule les souvenirs comme d’ordinaire chez Modiano, à parti d’itinéraires géographiques, de nom propres( ici et pour « Dannie » un nom en cache un autre) de réminiscences de fragments de vie, déambulations nocturnes,  moments où il cherche à en savoir plus sur cette amie «  entraînée dans une sale affaire » sans doute criminelle, tout en jouissant de ne pas vraiment savoir et de la rencontrer en se cachant avec elle.

Quoi de plus semblable au fruit défendu ?

C’est pourquoi, longtemps après il cherche toujours à se rappeler ces moments particuliers.


N’ayant lu que trois romans de Modiano, je vois tout de même bien des schémas qui se répètent, notamment l’existence d’une héroïne toujours en fuite, magnifiée par son destin aventureux, mais n’occultant pas le côté « fille perdue ,orpheline abandonnée » . De même les quartiers de Paris sont étranges, mystérieux, et cependant misérables et à priori sans attraits, quoique la situation leur en prête…

 

Encore un beau texte, plein de charme, en tout cas...

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 15:50

 

Métamorphoses

 

 

 

Vivianne Hamy, 2012, 331 pages.

 

Alix s’inquiète pour son demi-frère Alban, dont elle s’est occupée presque comme d’une mère depuis leur enfance. Les parents ont toujours été très occupés par leur agence de voyage à vendre du dépaysement africain.  Alban est  plutôt instable et imprévisible, tantôt bon élève tantôt cancre, peu intégré à la société, aimant s’étourdir jusqu’à l’évanouissement par exemple dans les coasters (montagnes russes). Après des études spécialisées en chimie moléculaire, il travaille sur une thèse. Pourquoi s’inquiéter ?

L’ex-ami d’Alix, Ostend, devenu homosexuel lui parle de son frère qu’il semble maintenant connaître mieux qu’elle. Il se serait converti à l’islam radical. Aurait changé de nom et se ferait appeler Abdelkrim Youssef.

Alix  tente d’avoir une discussion sérieuse avec son frère. Il est en effet converti et, pour se défendre lui dit qu’elle même s’est transformée : autrefois plasticienne, elle a cessé de croire à l’art postmoderne, travaille à présent sur un chantier de restauration de peintures murales anciennes. De la discussion sort le fait qu’Alix doute de ce qui lui convient en tant qu’artiste et en général. Mais Alban lui, est convaincu. Lui, autrefois solitaire, s’est trouvé des amis, une communauté, des certitudes. Jusqu’où cela peut-il aller ?

Lorsqu’Alban part au Kenya, soi-disant pour un voyage touristique, en fait pour retrouver un groupe d’islamistes somaliens, pense Alix, elle se rend à son domicile, fouille dans ses papiers, décidée à savoir, à agir. Le studio d’Alban est plein de prospectus touristiques et de brochures vantant les mérites de l’Islam. Le langage est le même : expéditions paradisiaques, nouvelle vie enchanteresse, rêve, autre monde…

Mais comment un homme aussi intelligent et instruit qu’Alban peut-t-il prendre cela au sérieux ?

Alix veut rester en contact avec son frère, le sauver de lui-même, et accessoirement éviter des attentats … elle s’y consacre, approchant  ceux de son entourage qui semblent impliqués, interrogeant, menaçant, enquêtant avec acharnement, remuant ciel et terre.  On dirait une mère cherchant à reprendre son enfant à des ravisseurs. Alix a plus de trente ans, mais renonce facilement à la vie qu’elle menait. Seul son frère compte. Ils forment un couple jusque là indissocié. On ressent l’engagement d'Alban comme une façon de provoquer l'admiration de sa soeur, mais aussi une tentative désespérée pour se détacher d'elle, et mener enfin  sa propre vie.  Il ne pouvait pas s’y prendre plus mal. A la suite d’Alix, les parents, la police, les Services du Renseignement s’en mêlent…

 

Le texte se présente comme le journal d’Alix écrit au jour le jour au présent de l’indicatif, récit de sa quête du frère tantôt perdu, tantôt plus ou moins retrouvé, dans un sentiment d’urgence, bouillonnant d’émotions et de réflexions contradictoires. Les métamorphoses annoncées sont celles d’Alban qui lui paraît changé à chaque rencontre, insaisissable. En fait, rien ne change vraiment, leur lien est indéfectible, et l’unique vraie métamorphose sera biologique.


Je n'ai pas trouvé dans ce roman de réflexion politico-sociale  poussée. Rien de plus que ce que l'on trouve dans les  journaux. L'intrigue est axée sur la relation fusionnelle du frère et de la soeur.

 
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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 14:09

 

Minuit, 2012 ; 155 pages.


Viviane et son mari se séparent. Julien a fui « l’horreur conjugale » et sort avec une jeunesse. Viviane et lui n’étaient mariés que depuis trois ans, et ont dépassé la quarantaine. Que s’est-il passé ? Viviane a eu un enfants sur le tard, elle ne croyait plus à la conjoncture mari-enfant la concernant, elle planait tellement qu’elle n’a pas bien évalué le potentiel de son conjoint.

Maintenant la voilà seule avec  l’enfant le bébé, ou « la petite », douze semaines.


Douze semaines ? Pourquoi pas trois mois ? On dit « une grossesse de x semaines », surtout dans le langage médical, mais dès que l’enfant est né et a dépassé un mois de vie, c’est rare que l’on compte en semaines.


Le narrateur parle à la deuxième personne du pluriel : Vous. Vous êtes Viviane … c’est dur d’être Viviane quand on vous le commande si expressément. Par chance, cet artifice qui pourrait vous bloquer, ne vous dérange pas trop. La narration fluide et alerte, vous y aide.


La situation aussi : Julien est un vrai salaud, vous n’avez aucune  peine à le haïr ; vous voulez bien reprendre le jeu de couteaux, cadeau de mariage auquel il n’a pas touché, et vous ressentez le malaise de Julia, pardon Elisabeth, non  Viviane, au moment de quitter ce qu’elle avait cru un foyer conjugal. Vous non elle, enfonce la touche »Psy » sur son portable. Vous n’auriez pas eu de mention « Psy » sur votre portable, mais simplement le nom du praticien. Non seulement c’est un « psy » mais en plus, on lui dit «  docteur », il prescrit des médicaments, et malgré tout cela il voudrait vous psychanalyser. On ne peut pas tout faire !

Donc, Viviane a tué cet imposteur. Crime de sang. C’est aller un peu loin mais « il n’a jamais vu en vous qu’une bourgeoise, une pâle carriériste, une névrosée de base qu’on domestique à coups de pilules blanches ou bleues ». La jeune femme ne lui a jamais fait aucune impression, c’est une patiente lambda, il est comme son Julien , et elle le tue à la place de son mari…

Comme dans l’Assassin à la pomme, il y a donc crime, et enquête, et cette intrigue on la vit rapidement comme  le prétexte à dérouler des phrases. Le fond semble se séparer  de la forme, si vous voulez.

Le criminel en herbe fait des choses de plus en plus bizarres, et  on ne voit pas très bien à quoi cela rime. La narration est élégante, aussi, les déambulations dans Paris précises, rigoureuses, bien balisées. Rue du Pot de Fer, du Roi de Sicile, rue de la Clef, Vocabulaire parfois original : « Oui, Jean-Paul, stridules-tu d’un air homicide » ( le patron aussi, elle voudrait bien le tuer). Viviane est aussi un peu jalouse de cette rouquine enceinte qu'elle suit et entreprend de faire parler.

A la fin Mme Hermant, Viviane, oui au fait quand s’appelle-t-elle Fauville ? , j’ai oublié … n’est guère plus avancée qu’au début.

Ce que j'ai ressenti moi, tout de même, c'est qu'elle voudrait  bien tuer plein de gens. Elle a la haine, c'est cela le message, il est tout simple, et  vous le comprenez.

Et la petite a peut-être bien treize semaines,maintenant, avec un peu de chance, ou douze et demie ?

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 23:01

  lassassin à la pomme verte

Editions Serge Safran, 2012 , 180 pages.


Un premier roman. Le premier roman surtout s’il se montre vers le mois de septembre, est un genre en soi. Un objet particulier, en voie de disparition.

En exergue du roman un passage de La Vie de Marianne qui trace le portrait d’une femme qui s’occupe principalement à plaire.

 

Rien à voir avec le roman lui-même...

 

Il s’agit du séjour d’une semaine dans un hôtel parisien « le Paradise » et l’on suit plusieurs personnes qui y séjournent : Sébastien le réceptionniste ; Craig le professeur de français venu des Etats Unis pour faire des recherches à la TGB. Elena venue d’Italie présenter des vêtements de mode pour le compte d’une maison de couture. Un autre italien qui porte un nom s’apparentant à Paparazzi, une femme de chambre, Amélie, et d'autres gens apparaissant plus tard.

 

Le nommé Paparzzi fait sensation en annonçant qu’il est polygame et a généreusement fécondé ses épouses. Craig est jaloux et il semble espérer une aventure avec Elena ; celle-ci est polie et aimable, et ne sait pas ce qu’elle pense de tout cela.

 

Le réceptionniste est un observateur assidu  des allée et venues de l'hôtel, e s'amuse à interpréter les comportements des clients.

 

Bientôt l’Italien polygame va être retrouvé mort par Amélie, la femme de chambre. On conclut au crime et l’on recherche l’assassin. Selon Sébastien, l’assassin est aussi discret que le personnage au chapeau melon de Magritte dissimulé derrière sa pomme verte.

Beaucoup  de personnages de Magritte ont le visage dissimulé par quelque chose. Moi j'ai une préférence pour la colombe, en fait. A propos de ce tableau Magritte disait « Chaque chose que nous voyons en cache une autre, nous désirons toujours voir ce qui est caché par ce que nous voyons. Il y a un intérêt pour ce qui est caché et que le visible ne nous montre pas. Cet intérêt peut prendre la forme d'un sentiment assez intense, une sorte de combat dirais-je, entre le visible caché et le visible apparent. » . Assurément le réceptionniste est curieux et réussit parfois à créer une ambiance de mystère, concernant sa propre vie, en tout cas.

C’est un récit à plusieurs voix. Chacun des personnages s’exprime de façon distinguée ( comme chez Marivaux ???). Il y a quelques expressions heureuses. Je ne me suis pas vraiment intéressée  aux personnages, Sébastien excepté, ni à l’intrigue, qui tourne vite au grand n’importe quoi !  Si le réceptionniste avait été seul à parler le roman aurait eu plus de force. Le rajout de personnages supplémentaires (surtout au milieu et à la fin) est une erreur. J’ai failli m’intéresser à Elena lorsqu’elle annonce qu’elle a perdu son emploi…c'est dire si l'intrigue principale m'a laissée froide.

Avec certains romans (les premiers comme les autres) on ne comprend pas très bien où l'auteur veut en venir...

 

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Présentation

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  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
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