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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 00:59

Gallimard, 2012, 178 pages.

 

Le début des années 60 ; Paris, quartier Montsouris, Montparnasse, et alentours. Le narrateur Jean, se souvient d’avoir eu avec Dannie une brève liaison.  Il  déambulait autour de la cité universitaire, sans autre occupation que d’écrire dans un carnet noir, elle vivait provisoirement dans une chambre de cette cité, pas plus étudiante que lui…

De simples  rencontres  mais sans que l’on sache si c’est le hasard qui les provoque

 

C’est une jeune femme compliquée, mystérieuse, marginale, recherchée, ou seulement surveillée ?  par la DGSE ou une organisation du même genre.  Fuyant une  situation dangereuse, un passé trouble. Elle déménageait tout le temps d’hôtel en chambre d’étudiants et fréquentait des tocards : Paul Chastagnier, Aghamouri, Duwelz, Gérard Marciano, «  Georges »( qui semble dangereux), délinquants ou réfugiés politiques,  dont elle aurait bien voulu se rendre indépendante .

Une liste de noms que Jean rajoute dans son carnet noir,  à celle qui jusque là était surtout faite de personnages littéraires : Tristan Corbière rue Frochot, Nerval rue de la Vieille Lanterne, La baronne Blanche Jeanne Duval et Marie –Anne Leroy  qui fut guillotinée dans ce triste quartier du Montparnasse. Ceux-là sont partis pour toujours, et le narrateur n’a pu les connaître.    Dannie, selon lui, ressemblait à la baronne Blanche.

Cette baronne est semble-t-il une roturière longtemps amante du roi Léopold de Belgique qui la fit baronne, tout en la fréquentant clandestinement.

Le charme de cette brève liaison vient de la sensation d’être en permanence menacé sans trop savoir de quoi, du délice de devoir se dissimuler avec une jeune femme, à l’identité floue.  Une courte virée à «  Feuilleuse dans l’Eure-et-Loir »  dans une maison, où ils squattaient dans la clandestinité. Il y oublia un manuscrit déjà avancé.

Dannie, il ne l’a pas rêvée. Même si à présent« la plupart des immeubles vous donnaient l’impression de vous trouver en présence d’un chien empaillé, un chien qui avait été le vôtre et que vous aviez aimé de son vivant »

Le roman déroule les souvenirs comme d’ordinaire chez Modiano, à parti d’itinéraires géographiques, de nom propres( ici et pour « Dannie » un nom en cache un autre) de réminiscences de fragments de vie, déambulations nocturnes,  moments où il cherche à en savoir plus sur cette amie «  entraînée dans une sale affaire » sans doute criminelle, tout en jouissant de ne pas vraiment savoir et de la rencontrer en se cachant avec elle.

Quoi de plus semblable au fruit défendu ?

C’est pourquoi, longtemps après il cherche toujours à se rappeler ces moments particuliers.


N’ayant lu que trois romans de Modiano, je vois tout de même bien des schémas qui se répètent, notamment l’existence d’une héroïne toujours en fuite, magnifiée par son destin aventureux, mais n’occultant pas le côté « fille perdue ,orpheline abandonnée » . De même les quartiers de Paris sont étranges, mystérieux, et cependant misérables et à priori sans attraits, quoique la situation leur en prête…

 

Encore un beau texte, plein de charme, en tout cas...

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 15:50

 

Métamorphoses

 

 

 

Vivianne Hamy, 2012, 331 pages.

 

Alix s’inquiète pour son demi-frère Alban, dont elle s’est occupée presque comme d’une mère depuis leur enfance. Les parents ont toujours été très occupés par leur agence de voyage à vendre du dépaysement africain.  Alban est  plutôt instable et imprévisible, tantôt bon élève tantôt cancre, peu intégré à la société, aimant s’étourdir jusqu’à l’évanouissement par exemple dans les coasters (montagnes russes). Après des études spécialisées en chimie moléculaire, il travaille sur une thèse. Pourquoi s’inquiéter ?

L’ex-ami d’Alix, Ostend, devenu homosexuel lui parle de son frère qu’il semble maintenant connaître mieux qu’elle. Il se serait converti à l’islam radical. Aurait changé de nom et se ferait appeler Abdelkrim Youssef.

Alix  tente d’avoir une discussion sérieuse avec son frère. Il est en effet converti et, pour se défendre lui dit qu’elle même s’est transformée : autrefois plasticienne, elle a cessé de croire à l’art postmoderne, travaille à présent sur un chantier de restauration de peintures murales anciennes. De la discussion sort le fait qu’Alix doute de ce qui lui convient en tant qu’artiste et en général. Mais Alban lui, est convaincu. Lui, autrefois solitaire, s’est trouvé des amis, une communauté, des certitudes. Jusqu’où cela peut-il aller ?

Lorsqu’Alban part au Kenya, soi-disant pour un voyage touristique, en fait pour retrouver un groupe d’islamistes somaliens, pense Alix, elle se rend à son domicile, fouille dans ses papiers, décidée à savoir, à agir. Le studio d’Alban est plein de prospectus touristiques et de brochures vantant les mérites de l’Islam. Le langage est le même : expéditions paradisiaques, nouvelle vie enchanteresse, rêve, autre monde…

Mais comment un homme aussi intelligent et instruit qu’Alban peut-t-il prendre cela au sérieux ?

Alix veut rester en contact avec son frère, le sauver de lui-même, et accessoirement éviter des attentats … elle s’y consacre, approchant  ceux de son entourage qui semblent impliqués, interrogeant, menaçant, enquêtant avec acharnement, remuant ciel et terre.  On dirait une mère cherchant à reprendre son enfant à des ravisseurs. Alix a plus de trente ans, mais renonce facilement à la vie qu’elle menait. Seul son frère compte. Ils forment un couple jusque là indissocié. On ressent l’engagement d'Alban comme une façon de provoquer l'admiration de sa soeur, mais aussi une tentative désespérée pour se détacher d'elle, et mener enfin  sa propre vie.  Il ne pouvait pas s’y prendre plus mal. A la suite d’Alix, les parents, la police, les Services du Renseignement s’en mêlent…

 

Le texte se présente comme le journal d’Alix écrit au jour le jour au présent de l’indicatif, récit de sa quête du frère tantôt perdu, tantôt plus ou moins retrouvé, dans un sentiment d’urgence, bouillonnant d’émotions et de réflexions contradictoires. Les métamorphoses annoncées sont celles d’Alban qui lui paraît changé à chaque rencontre, insaisissable. En fait, rien ne change vraiment, leur lien est indéfectible, et l’unique vraie métamorphose sera biologique.


Je n'ai pas trouvé dans ce roman de réflexion politico-sociale  poussée. Rien de plus que ce que l'on trouve dans les  journaux. L'intrigue est axée sur la relation fusionnelle du frère et de la soeur.

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 14:09

 

Minuit, 2012 ; 155 pages.


Viviane et son mari se séparent. Julien a fui « l’horreur conjugale » et sort avec une jeunesse. Viviane et lui n’étaient mariés que depuis trois ans, et ont dépassé la quarantaine. Que s’est-il passé ? Viviane a eu un enfants sur le tard, elle ne croyait plus à la conjoncture mari-enfant la concernant, elle planait tellement qu’elle n’a pas bien évalué le potentiel de son conjoint.

Maintenant la voilà seule avec  l’enfant le bébé, ou « la petite », douze semaines.


Douze semaines ? Pourquoi pas trois mois ? On dit « une grossesse de x semaines », surtout dans le langage médical, mais dès que l’enfant est né et a dépassé un mois de vie, c’est rare que l’on compte en semaines.


Le narrateur parle à la deuxième personne du pluriel : Vous. Vous êtes Viviane … c’est dur d’être Viviane quand on vous le commande si expressément. Par chance, cet artifice qui pourrait vous bloquer, ne vous dérange pas trop. La narration fluide et alerte, vous y aide.


La situation aussi : Julien est un vrai salaud, vous n’avez aucune  peine à le haïr ; vous voulez bien reprendre le jeu de couteaux, cadeau de mariage auquel il n’a pas touché, et vous ressentez le malaise de Julia, pardon Elisabeth, non  Viviane, au moment de quitter ce qu’elle avait cru un foyer conjugal. Vous non elle, enfonce la touche »Psy » sur son portable. Vous n’auriez pas eu de mention « Psy » sur votre portable, mais simplement le nom du praticien. Non seulement c’est un « psy » mais en plus, on lui dit «  docteur », il prescrit des médicaments, et malgré tout cela il voudrait vous psychanalyser. On ne peut pas tout faire !

Donc, Viviane a tué cet imposteur. Crime de sang. C’est aller un peu loin mais « il n’a jamais vu en vous qu’une bourgeoise, une pâle carriériste, une névrosée de base qu’on domestique à coups de pilules blanches ou bleues ». La jeune femme ne lui a jamais fait aucune impression, c’est une patiente lambda, il est comme son Julien , et elle le tue à la place de son mari…

Comme dans l’Assassin à la pomme, il y a donc crime, et enquête, et cette intrigue on la vit rapidement comme  le prétexte à dérouler des phrases. Le fond semble se séparer  de la forme, si vous voulez.

Le criminel en herbe fait des choses de plus en plus bizarres, et  on ne voit pas très bien à quoi cela rime. La narration est élégante, aussi, les déambulations dans Paris précises, rigoureuses, bien balisées. Rue du Pot de Fer, du Roi de Sicile, rue de la Clef, Vocabulaire parfois original : « Oui, Jean-Paul, stridules-tu d’un air homicide » ( le patron aussi, elle voudrait bien le tuer). Viviane est aussi un peu jalouse de cette rouquine enceinte qu'elle suit et entreprend de faire parler.

A la fin Mme Hermant, Viviane, oui au fait quand s’appelle-t-elle Fauville ? , j’ai oublié … n’est guère plus avancée qu’au début.

Ce que j'ai ressenti moi, tout de même, c'est qu'elle voudrait  bien tuer plein de gens. Elle a la haine, c'est cela le message, il est tout simple, et  vous le comprenez.

Et la petite a peut-être bien treize semaines,maintenant, avec un peu de chance, ou douze et demie ?

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 23:01

  lassassin à la pomme verte

Editions Serge Safran, 2012 , 180 pages.


Un premier roman. Le premier roman surtout s’il se montre vers le mois de septembre, est un genre en soi. Un objet particulier, en voie de disparition.

En exergue du roman un passage de La Vie de Marianne qui trace le portrait d’une femme qui s’occupe principalement à plaire.

 

Rien à voir avec le roman lui-même...

 

Il s’agit du séjour d’une semaine dans un hôtel parisien « le Paradise » et l’on suit plusieurs personnes qui y séjournent : Sébastien le réceptionniste ; Craig le professeur de français venu des Etats Unis pour faire des recherches à la TGB. Elena venue d’Italie présenter des vêtements de mode pour le compte d’une maison de couture. Un autre italien qui porte un nom s’apparentant à Paparazzi, une femme de chambre, Amélie, et d'autres gens apparaissant plus tard.

 

Le nommé Paparzzi fait sensation en annonçant qu’il est polygame et a généreusement fécondé ses épouses. Craig est jaloux et il semble espérer une aventure avec Elena ; celle-ci est polie et aimable, et ne sait pas ce qu’elle pense de tout cela.

 

Le réceptionniste est un observateur assidu  des allée et venues de l'hôtel, e s'amuse à interpréter les comportements des clients.

 

Bientôt l’Italien polygame va être retrouvé mort par Amélie, la femme de chambre. On conclut au crime et l’on recherche l’assassin. Selon Sébastien, l’assassin est aussi discret que le personnage au chapeau melon de Magritte dissimulé derrière sa pomme verte.

Beaucoup  de personnages de Magritte ont le visage dissimulé par quelque chose. Moi j'ai une préférence pour la colombe, en fait. A propos de ce tableau Magritte disait « Chaque chose que nous voyons en cache une autre, nous désirons toujours voir ce qui est caché par ce que nous voyons. Il y a un intérêt pour ce qui est caché et que le visible ne nous montre pas. Cet intérêt peut prendre la forme d'un sentiment assez intense, une sorte de combat dirais-je, entre le visible caché et le visible apparent. » . Assurément le réceptionniste est curieux et réussit parfois à créer une ambiance de mystère, concernant sa propre vie, en tout cas.

C’est un récit à plusieurs voix. Chacun des personnages s’exprime de façon distinguée ( comme chez Marivaux ???). Il y a quelques expressions heureuses. Je ne me suis pas vraiment intéressée  aux personnages, Sébastien excepté, ni à l’intrigue, qui tourne vite au grand n’importe quoi !  Si le réceptionniste avait été seul à parler le roman aurait eu plus de force. Le rajout de personnages supplémentaires (surtout au milieu et à la fin) est une erreur. J’ai failli m’intéresser à Elena lorsqu’elle annonce qu’elle a perdu son emploi…c'est dire si l'intrigue principale m'a laissée froide.

Avec certains romans (les premiers comme les autres) on ne comprend pas très bien où l'auteur veut en venir...

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 21:08

le sermon sur la chute de Rome

 

 

 

Actes sud, 2012, 202 pages.

 


En dépit de ce titre austère, je ne pensais pas qu’Actes-sud faisait dans la littérature de prédication, et ce titre devait  à mon sens, être humoristique ou lu au second degré.

 C’est un roman d’éducation bien classique qui se joue là. Deux jeunes gens Corses, l’un Libéro, né et élevé en ce pays, l’autre Matthieu, dont ce sont les origines, et qui n’y passe que des vacances, sont amis et suivent un cursus universitaire de philosophie à Paris.

Pendant ce temps Marcel, un homme âgé, le grand –père de Matthieu, se penche sur son triste passé. Dernier enfant d’un couple déjà bien pourvu, né d’un père revenu mal en point de la Grande Guerre,  il a toujours souffert de malchance, d’ulcère, de mélancolie, ainsi que de deuils successifs.

Les deux jeunes gens abandonnent la philo après leurs masters. Matthieu a travaillé sur Leibniz et Libero sur Augustin.  Ils décident de reprendre le bar de Marie-Angèle, dans le petit village Corse que connaît bien Libero. Ce bar n’arrive pas à être correctement géré depuis que la fidèle servante l’a quitté une nuit sans explication.

Avoir envie de tenir  un bar peut semble curieux, lorsque l’on a suivi un cursus de philo. Cependant, ce n’est pas rare de voir des étudiants de philo désabusés s’orienter vers des destins particuliers. Matthieu suit les préceptes de Leibniz «  tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » il n’en retient que l’aspect «  cliché ». Libero, lui, est avide d’agir, d’avoir affaire à la matière concrète, à la vie.

Les deux amis doivent gérer une équipe disparate : un guitariste vantard et obscène qui anime les soirées musique, une serveuse en chef, qui a l’habitude se prostituer, d’autres serveuses qui attirent les clients mais ne tardent pas à poser des problèmes, des habitués qui viennent se saouler et chercher des filles. Sans compter d’autres personnages qui compliquent tout… notamment Marcel qui a permis à Matthieu d’ouvrir le bar, juste par malignité, semble-t-il.

On sait dès l’entrée que cela va mal se terminer. Que ce modeste établissement de boissons est promis à la déchéance «  au pillage et au sang ». Sauf pour Aurélie la sœur, partie faire des fouilles à Annaba l’ancienne Hippone, pour y retrouver des vestiges de la cathédrale d’Augustin.

Le sermon sert d’ouverture à la plupart des chapitres. «  Ce que L’homme fait, l’homme le détruit » ; «  car dieu a fait pour toi un monde périssable et tu es toi-même promis à la mort» ; « où ira-tu en dehors du monde ? » Dit à voix haute par Bossuet ça  aurait  sûrement de l’allure, et même par Augustin pourquoi pas ? Ici cela tombe un peu à plat.


Comparer la faillite tragique du bar avec la chute de Rome, ne donne pas, à mes yeux, de grandeur ni de signification supplémentaire à l’issue malheureuse de l’entreprise des deux jeunes gens trop idéalistes.Au contraire, cela gâche l'affaire!  les personnages vont nous paraître vite stéréotypés : Matthieu est trop candide, Aurélie est trop parfaite, Colonna trop méchant, Virgile trop fruste... tout le monde est trop quelque chose...


Pour apaiser ses amis chrétiens Augustin leur dit que la chute de Rome n’est pas la fin du monde. Puis que c’était prévisible, car dieu bâtit sur du sable… !

Pas nécessaire d’en passer par Dieu. Valéry disait au sortir de la Grande Guerre « Nous autres civilisations, savons maintenant que nous sommes  mortelles… nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie» et autres considérations guère différentes de celles d’Augustin. Sauf qu’il nous fait grâce du jugement dernier et de la miséricorde divine.

A part le sermon d’Augustin, le récit est construit de façon classique. Une narration vigoureuse, des descriptions soignées, des dialogues crus pour animer les personnages.

Rien d’original. Rien de neuf. Ce roman est bien écrit, mais il sent la démonstration.

Ce récit s'inscrit dans une problématique de recherche du salut, où pénitence, péché et chute de l'homme jouent un rôle non négligeable.

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 22:12

les-lisieres,M91793

 

 

 

Flammarion, 2012, 454 pages

Paul Steiner quarante ans , écrivain, résidant en Bretagne, face à la mer, séparé de sa femme Sarah, temporairement espère-t-il, Porté sur la bouteille, atteint de temps  à autre d’une Maladie que l’on identifie comme un genre de dépression.

Son frère François, vétérinaire dans la région parisienne, lui enjoint de venir voir ses parents à V. dans la banlieue sud, car leur mère vient d’être hospitalisée suite à une fracture du col du fémur.

Paul ne va presque jamais dans cette banlieue où il a passé ses enfance et adolescence.  Depuis cette époque, il a fait du chemin. Il ne renie pas le milieu modeste dont il est issu, et dont il a souvent parlé dans ses livres, mais ne sait comment s’adresser à son père et à son frère,  et redoute de rencontrer ses anciens amis de là-bas. Là-bas, c’est la cité ouvrière, puis les petits pavillons un peu plus vivables, mais une ville fantôme rien qui ressemble à un lieu  où l’on vit vraiment.

Paul a changé de milieu social, mais il ne se sent bien nulle part, ni chez les intellectuels, ni chez les ouvriers, ni dans la petite bourgeoisie… d’ailleurs adolescent déjà, il préférait le cinéma de minuit aux virées entre copains pour voir des « blockbusters » , la littérature au journal l’Equipe, écoutait ses musiques préférées en cachette de tout le monde… en dépit de ses différences, il était et est toujours avide de contacts humains…

le paradis pour lui, c’est une plage bretonne par grand vent, et la ville de Kyôto au Japon. Justement, au Japon, c’est la catastrophe :la centrale nucléaire de Fukushima est fort mal en point.

Pendant quelques temps, Paul va toutefois affronter son passé, ses père et frère, tendance droite décomplexée, ses anciens camarades, aux prises avec le chômage,  la précarité sociale sous toutes ses formes, la pauvreté quelquefois. Tous lui en veulent : ce dont il parle dans ses livres, il ne le vit pas vraiment, lui c’est un planqué derrière son ordinateur dans sa belle maison. Pour son frère et son père, c’est encore pire : à leur yeux, écrire des livres et en parler ne revient qu’à faire le malin… Paul a toujours été irresponsable, c’est bien connu !

Du côté des femmes, d’autres problèmes l’attendent : un secret de famille que sa mère lui dévoile, son ex-amie de lycée Sophie qui semble vouloir lui tomber dans les bras après vingt ans de silence ! Paul ne se méfie pas et tombe dans plusieurs pièges.


Voilà un roman foisonnant à plusieurs entrées : le meilleur est la description sans fard des situations de ses anciens amis restés en banlieue se débattant dans des situations difficiles. Intéressant aussi est le malaise des retrouvailles avec les amis rencontrés, les difficultés de contact bien rendues. Les descriptions de la nature sont bonnes aussi, en particulier la Bretagne, les Côte d’Armor, plus précisément. Le moins bon c’est une certaine complaisance dans le malheur que Paul étale à l’envi, des longueurs lorsqu’il veut fustiger l’attitude de certaines personnes,  exagérant parfois le trait jusqu’à la caricature. Les récits  concernant sa femme et son amie érotomane sont un peu trop romanesques.

A sa place je ne me comparerais pas à Annie Ernaux : car leurs écritures sont complètement différentes. Adam recherche l’amplitude, le souffle, le lyrisme ( et les trouve parfois) tandis qu’Annie Ernaux recherche la sobriété.

On ne peut nier cependant qu’Olivier Adam écrive bien mieux que dans le précédent livre que j’ai lu de lui (Falaise).

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 23:54

Au nom du frère  

Seuil, 2002.

Le narrateur se présente come faisant son ultime rapport sous la forme d’un journal.

Paul, son frère, vient de mourir ( octobre 1984), on peut calculer l’année, mais elle n’est pas donnée. Il avait 43 ans, le rapporteur 44 et demi. Ils avaient toujours vécu ensemble. Paul a succombé au sida ( non nommé, facilement identifiable). Il était homosexuel, c’est également dit entre les lignes.

Jean, le frère aîné, avait décidé dans les années 60 de se mettre «  au service » de son frère.  On est frappé par cette expression…

Paul s’est enfermé au sous-sol de la maison familiale, pour écrire. Il avait alors vingt ans.  Jean, qui travaillait comme conseiller dans une entreprise, avait l’occasion de voir beaucoup de monde. Son travail consistait à s’occuper des employés , à les écouter exprimer leurs doléances. Ingénieur en ergonomie, en quelque sorte. Ous les soirs, il descendait raconter sa journée à Paul, ce qu’il avait appris de neuf sur les gens côtoyés. Ces précisions fournissaient à Paul une substance qu’il mettait en forme. En apparence Paul vit dans de bonnes conditions pour réaliser son rêve d’écriture ( que l’on appelle en famille sa « marotte »). Nul souci domestique,  solitude assurée, pas d’obligation de gagner sa vie. Une grande pièce pour lui tout seul.

Moralement, c’est très difficile à vivre. L’existence de Paul est seulement tolérée par la famille. Le père, médecin qu’on appelle « Grant », a longtemps insisté pour qu’il travaille. Léa, la belle-mère des jeunes gens ne dit rien et n’en pense pas moins. Jean, quant à lui, ai de son frère, comme onl’a dit, mais reconnaît que ce n’est pas sans ambiguïté de sentiments («  Je suis le gardien de mon frère »).

Paul est dépendant de ces trois personnes qui l’acceptent lui, son écriture, et son homosexualité, tout en le condamnant.

Le titre de la première partie «  Mort d’un hibou » ne laisse guère de doute sur les vrais sentiments de Jean, même s’il tente de les celer. Il écrit «  je n’ai pas eu le choix ».

Paul publiera un livre «  Le Seul moment » et ne parviendra plus à écrire. Alors, il écrira sur l’écriture, et l’impossibilité d’écrire. Déjà très dépendant de sa famille, couvé comme un enfant, il tombe malade et régresse trois ou quatre ans jusqu’à sa mort.

Pendant cette période, Jean commence à écrire. Il rédige son « rapport sur Paul », sur leur enfance, parents, amis, etc.… Nous découvrons, outre le « cas » (Paul), une famille fermée sur elle-même, dont Paul est le symptôme douloureux. Dans cette famille, on ne quitte la maison que pour mourir… le père mort, Léa vit avec Jean, espérant qu’il prendra la suite du père. Tous deux ont des liaisons sans importance pour passer le temps.

Dans la deuxième partie du récit « L’Eclaircie », son journal, Léa et lui se dissimulent de moins en moins que la disparition de Paul est un bienfait pour eux. Jean va rejoindre Léa en Egypte où elle est partie… mais il ne sort pas de la famille…

Un roman  qui ressemble à  Mauriac….

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 23:46

le tiroir à cheveux 


POL, 2005, 135 pages.

 

La narratrice dont on ignore le nom a vingt ans, et vit dans un petit studio avec ses deux petits garçons Pierre et Titouan.  Au début, nous croyons que Pierre est le bébé, et Titouan l’aîné, puis nous découvrons lentement que Pierre est lourdement handicapé : il a cinq ans, ne parle ni ne marche ne tient pas droit et elle le nourrit avec une pipette.

Cette très jeune femme l’a eu à quinze ans, et n’a rien dit à personne. L’environnement hostile ( son père, un gendarme despote, le père de l’enfant, un ado irresponsable) l’ont forcée à  dissimuler si bien sa grossesse et le début du travail d’accouchement que la naissance difficile n’a laissé aucune chance à Pierre. Sinon d’avoir une mère aimante, qui guette le moindre signe d’intelligence ou de satisfaction chez son enfant.

La jeune femme travaille dans un salon de coiffure, et c’est une véritable vocation car elle nourrit une passion pour les cheveux et l’art du coiffage. 

Il y a là comme un symbole du tissage et du filage. La narration est elle-même admirablement tissée, de façon à nous imprégner de cette atmosphère douloureuse et pleine de vie.


Petit à petit, nous apprenons son passé d’enfant et d'adolescente, à la fois malmenée et  laissée pour compte, dans un village où l’on vit de façon rude et frustre. La mère de la narratrice veut sans doute se racheter en cherchant à faire admettre le petit Pierre dans un centre pour handicapé, mais la jeune femme s’y oppose, en vain, bien qu’elle ait au moins une amie, sa voisine qui lit tout le temps « une intello »…sa voisine qui l'admire " d'avoir eu cet enfant défendu" d'oser vivre cette vie difficile, comme si elle l'avait choisie, avec autant de passion que de pragmatisme.

 


Cette histoire éprouvante, est racontée dans une langue magnifique, poétique, des métaphores simples et éclairantes, on est tout de suite très ému, dès les premières lignes,   mais l'auteur a  un sens profond de la retenue, évite tout sentimentalisme,  et conserve l'émotion entière.


Je voulais mettre des extraits, mais je m'aperçois que j'ai déjà rendu le livre...

 

Ce récit est aussi bon que «  les mains gamines » ( 2008) et supérieur encore aux «  Adolescents troglodytes ».

 

Emmanuelle Pagano est un écrivain majeur révélé  en ce début de 21eme siècle. Elle rencontre davantage qu'un succès d'estime, mais n'est pourtant pas assez lue à mon avis.


En mars, elle  a publié un recueil de nouvelles que je chroniquerais plus tard.

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 13:14

  Des corps

 

 

 

 

Gallimard, 2010, 142 pages.

 

Deux monologues à la troisième personne du singulier, pour faire parler deux femmes en pleine crise conjugale à un siècle de distance : Claire et Henriette. Leurs propos sont alternés et l’on passe de l’un à l’autre sans transition, le monologue de l’une s’interrompt au milieu d’une phrase pour reprendre et s’achever dans la narration de l’autre.

Cet effet de style devrait nous faire sentir que les deux femmes sont semblables même si leurs histoires sont très différentes. D’autres correspondances viennent rendre ces femmes solidaires : le rôle positif joué par le piano, la tendresse et la crainte pour leurs petites filles, une panne de voiture, et leurs hommes, qui sont vraiment minables, dans un cas comme dans l’autre.

De nos jours, Claire vient de rentrer de vacances avec sa petite fille de 5 ans et ne veut pas regagner le domicile conjugal. Elle s’est rendu compte, depuis un moment déjà, qu’elle "n’aime" plus son mari. Plus exactement : elle ne le désire plus. Un matin, au petit déjeuner, il lui est apparu comme « un petit garçon » et l’homme en lui, elle ne l’a plus perçu. En psychanalyse on dirait « son mari n’a plus le phallus ». Non seulement il n'a plus le phallus, mais il n'a pas le statut d'homme à ses yeux. Elle a commencé à s’ennuyer à son côté, et à détester les amis qu’ils fréquentent.

La séparation est inévitable, car Claire a de bons revenus qui vont lui permettre de vivre seule, probablement avec la garde de son enfant.

C’est tout pour l’intrigue. Claire se retrouve en panne de voiture, abandonne cette voiture, trouve sa valise trop lourde, l’abandonne aussi, erre un moment avec sa petite fille, se saoule pour se retrouver dans une chambre d’hôtel extrêmement confortable, et se souvenir de son métier, rare et difficile, elle fabrique des pianos de concert.

Le mérite de l’auteur, c’est d’avoir montré une femme qui ne quitte pas son mari « parce qu’elle a rencontré quelqu’un d’autre », comme c’est trop souvent le cas dans les fictions, mais une femme qui se rend compte qu’elle aspire à vivre seule, et qu’elle est prête à « s’aimer ».

Henriette, l’autre femme, en 1914, désire encore Joseph, son second mari, homme politique embarqué dans une situation difficile, mais lui s’est trouvé une maîtresse, qu’il partage avec un journaliste. Henriette est à la fois déprimée désespérée et folle de rage. Dans cette situation périlleuse, elle manque de se perdre mais choisit la vie… l’histoire est inspirée de celle d’Henriette Caillaud, dont l’aventure  est bien connue.

Tout cela est rendu dans une narration «  à fleur de peau », vive, exubérante, bien rythmée, de façon à nous faire éprouver les sentiments les sensations le chagrin, au cours d’évocations, d’énumérations, et de détails réalistes ; certaines phrases sont bien trouvées, d’autres un peu convenues. Certaines situations bien rendues, restent dans l’esprit du lecteur : le mari devenu stupide aux yeux de la femme au petit déjeuner, la petite fille jouant du piano tandis que sa mère observe à la fois cette enfant et son père tourné vers sa maîtresse.

 

 

l'avis d'Anis

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 23:22

dans-le-cafe-de-la-jeunesse  

Folio, 2007, 148 pages.

Dans un café du quartier de l’Odéon se réunissent tous les jours quelques hommes d’âges divers portant des noms comme des pseudonymes : La Houppa, Zacharias, le docteur Vala, Bowing… l’un d’eux (Adamov) est célèbre. Tous sont bohèmes, un peu perdus, autrefois délinquants, à se réinventer une vie, alcoolisés.


Parmi ces hommes, il y a une femme, Louki.


C’est l’existence de cette femme, sa trajectoire, que vont évoquer tour à tour quatre narrateurs ; Le premier, est étudiant à l’Ecole des Mines. Attiré par Louki, il la trouve mystérieuse, peu causante, et se pose des questions sur son compte. Lui-même bien timide, n’ose s’adresser à elle, non plus qu’aux autres. Il se sent différent.

Grâce à un agenda tenu par l’un des participants, il retrace les passages de Louki dans le café, le jour où elle est venue pour la première fois, les heures où elle vient, le livre qu’elle lit »horizon perdu » ,l’homme qui l’accompagne… et cette enquête si elle fait surgir des êtres et des lieux, ne fait , d’abord, qu’épaissir le mystère de Louki.


Le second narrateur, Caisley, est bien plus doué. Détective privé, autrefois espion, il enquête sur Louki à la demande de son mari ; elle a déserté un soir le foyer conjugal et n’a jamais reparu.

Caisley découvre l’enfance errante de Jacqueline (prénommée Louki) seule sans un petit appartement de Montmartre alors que sa mère « travaille «  au Moulin Rouge, ses fugues, le manque d'argent, sa fréquentation de Guy de Vere, spécialisé dans les sciences occultes… et l’ayant repérée, décide de n’en rien dire à son mari. Il est sous le charme de Louki.


C’est Louki elle-même qui est en charge du troisième récit. Elle évoque le quartier où elle a vécu (Montmartre) ses escapades d’abord timides puis plus enhardies pour aller plus loin, plus haut ( Montmartre pour moi c’était le Tibet), ses lectures de science fiction, puis d’ésotérisme, la quête éperdue d’un sens à donner à l’existence. « Je n’étais vraiment moi-même qu’à l’instant où je m’enfuyais. Mes seuls bons souvenirs sont des souvenirs de fuite et de fugue ».

Personnage modianesque typique, elle cherche ardemment à transcender cette vie de jeune fille pauvre, sans perspective d'avenir. En éprouvant l’exaltation des fugues, de couper les ponts, d’être dans ce moment de transition où l’on quitte une vie pour commencer autre chose.

Mais cela va plus loin...

« J’attendrais bientôt le bord de la falaise et je me jetterais dans le vide. Quel bonheur de flotter dans l’air et de connaître enfin cette sensation d’apesanteur que je recherchais depuis toujours ».


Le dernier témoin c’est Roland. L’amant de Louki, est comme elle, un nomade vivant un temps dans une chambre d’hôtel puis dans un autre; ils arpentent Paris, fuyant certains quartiers qui leur rappellent de mauvais souvenirs, cherchant des repères dans d’autres, marchant inlassablement jusqu’au Condé ou ailleurs ; Roland tente d’écrire sur » les zones neutres » : « Il existait à Paris, des zones intermédiaires, des no man’s land où l’on était à la lisière de tout, en transit, ou même en suspens ». En fait, ce sont des endroits où l’on éprouve l’absence, où nul ne pourrait venir vous chercher, où l’on peut se cacher. Roland tente d’énumérer tous ces lieux… peine perdue ! A mon avis, tout ce qui prend vie sous la plume de Modiano est zone neutre, no man’s land, où l’on se cache, où l’on vit incognito.

 Epris de philosophie, c’est surtout l’Eternel retour qui fascine Roland. Son « éternel retour »  à lui, c’est revivre certaines choses du passé, les magnifier pour les réécrire. Et ces choses ce sont Louki, la femme qu’il aime, et tout ce qui l’entourait.


Patrick Modiano a composé là un itinéraire parisien poétique, où les lieux comptent autant que les êtres, un récit dont l’action réside dans les incessantes déambulations de personnages dans les rues le jour, la nuit…On n’a jamais évoqué Montmartre comme il le fait ! Ce fameux " château des Brouillards" qui,dans la réalité , n'a que son nom pour lui... Sans compter les autres quartiers.

C’est une extraordinaire recréation de lieux où l’on vit « comme en suspens ».

 

 

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