Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 17:42

613S63AP1KL.-AA240-.jpg1-  Claude Amoz « Etoiles cannibales ».Rivages Noir, 2004. 

Le meurtre perpétré sur le jongleur bègue Nano ne  reçoit pas de réponse satisfaisante. Pas davantage les tortures qu’a subies la chienne à trois pattes. On ne soupçonne sérieusement ni la jeune droguée, ni l’éducateur. Pour les personnages, on est déçu que le Taleb ne soit autre que Mehdi, le vieillard qui rôde dans la cuisine d’Habiba et feint d’être gâteux. On le sait dès le départ ; on espérait autre chose. C’est sur lui qu’on misait. Il est vrai les personnages sont tous des exclus et des rejetés : c’est le monde habituel de Claude Amoz et on l’a aussi choisie pour cela. Son texte reste poétique et lorsqu’on rencontre des chiens dans ses livres on les aime même si dans la vie on les évite. On peut néanmoins préférer « Dans la tourbe », et «  L’ancien crime » ou « Le Caveau » plus habiles plus satisfaisants.

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
13 mai 2006 6 13 /05 /mai /2006 15:12

l'Enfant éternel

 

 

 

 

LP, 1997.

1er publication Gallimar ( L’Infini) Prix Femina.397 pages.

 

Cette histoire pourrait figurer dans le livre de Ginette Raimbault «  Lorsque l’enfant disparaît » où elle évoque  les cas de plusieurs familles , personnes célèbres ou non, ayant perdu au moins un enfant, et écrit ensuite à propos de cette perte.

D’ailleurs Philipe Forest écrit lui-même à propos de Victor Hugo et Mallarmé et de leurs deuils respectifs, façon de se mettre sur les rangs des écrivains endeuillés de cette façon particulière, si douloureuse. Le titre de son récit est tiré du « Tombeau d’Anatole » de Mallarmé, essayant lui aussi d'ancrer la disparition de son petit garçon dans la littérature, dans un espace fictif où l'enfant trouve une place.

 

Cette éternité de l’enfant qui meurt , c’est le temps qui s’étire pour vivre les derniers moments.

Il n’y a pas, dans ce récit, d’enfant mort, la mort ne se conçoit pas, et celle d’un enfant non plus-du moins s‘il a vécu un certain temps…même in utéro, dans certains cas.

Pauline a vécu quatre ans et a succombé à un ostéosarcome. Le narrateur de cette histoire est le père de l’enfant, non nommé, auteur du livre.

La tragédie vécue par Pauline et ses parents est narrée de façon à peu près chronologique depuis l’avant-tragédie ( Une semaine à la neige) jusqu’à la fin de Pauline un an plus tard, avec l’épilogue ou la conclusion du père( j’ai fait de ma fille un être de papier)

L’auteur tente de se définir comme écrivain ( entre les chapitres on lit des moments de réflexion) écrivain mais pas romancier, tant l’histoire de Pauline et la manière dont elle est relatée , réaliste, documentaire, suscitant la réflexion, paraît éloignée d’une œuvre de fiction même autobiographique.

Pourtant l’auteur emploie le mot « roman ». « Un roman est une entaille dans le bois du temps ». C'est dans la fiction, que l'enfant vit encore.

Les chapitres 3 à 6 de cette troisième partie «  Dans le bois du temps » sont largement consacrés à des considérations sur l’écriture et le roman : «  De façon essentielle, un livre ne devrait exister que s’il se fait malgré son auteur , en dépit de lui, l’obligeant à toucher le point même de sa vie, où son être, irrémédiablement se défait ». C’est assez juste.

On est également intéressées par les pages dans lesquelles l’auteur se demande pourquoi des romanciers ( ou romancières) n’ont pas voulu avoir d’enfants. Balzac dit «  on fait des enfants ou des livres pas les deux". Pourquoi le refus de l’enfant de chair, lorsque l’on choisit des êtres de papier ?

 

Dans l’ensemble, ce roman donne l’impression d’une rédaction fort soignée, (on sent que c’est le prof qui écrit)  et d’une famille exemplaire : la petite fille est héroïque devant ses souffrances. Elle montre une adaptation exceptionnelle à l’hôpital et ses cruelles contraintes. Malgré la maladie elle ne ressemble jamais à « une petite fille qui va mourir » , mais exerce son charme jusqu’à la fin sur le personnel soignant les multiples opérations et traitements sont subis sans révolte.

C’est là peut-être tout le mystère des jeunes enfants. Leur monde est très différent du nôtre. Leur perception du temps, de la vie, de la mort, de l’importance de tout cela, est tellement dissemblable   de celle de l’adulte, que l’on est toujours surpris. Reste que la souffrance physique est  tout de même éprouvée…

Le narrateur parle de l’acharnement thérapeutique qu’on leur a reproché de laisser faire : lorsque Pauline est si atteinte que la guérison ne se conçoit plus guère, on la torture encore, certes pas pour la faire souffrir, mais pour reculer la séparation finale, pour pouvoir toujours attendre un miracle.

Pauline pourrait ne pas se prêter à cette torture, mourir avant, ou montrer par son comportement que l’insupportable n’est rien d’autre que l’insupportable. Sans doute se prête-t-elle à la tyrannie des parents désespérés, et des médecines, parce qu’elle ne veut pas leur manquer. L’enfant se soucie moins, semble-t-il ici, d’avoir peur pour soi, que pour les autres, en disparaissant.

Cela nous amène à nous demander « qu’est-ce qui fait que l’on a peur pour soi ? De «  se manquer à soi » ? Cela se peut-il ? Il faudrait parler de l’angoisse de castration qui, en psychanalyse, est corrélative de l’angoisse de mort, et de la plus ou moins grande sévérité du surmoi.

Ces symptômes se développent à l’âge de trois ans, environ. C’est à ce moment-là que Pauline est tombée malade. Elle est encore exempte de ces symptômes. Jusqu’ici son existence s’était déroulée sans nuages. 

La conduite d’Alice, sa mère, se révèle aussi impressionnante. Jamais le moindre manquement, ni défaillance, pas de pleurs, ni devant l’enfant, ni devant le malheur, jamais de découragement apparent, une assistance et une complicité toujours parfaite envers la fillette.

Le narrateur-auteur lui aussi est , au moins «  Quelqu’un de bien ». Ceci d’ailleurs va à l’encontre de ses réflexions sur le roman. Si celui-ci s’écrit contre et malgré son auteur , il ne donnerait pas au lecteur une image sans faille du monde qui est le sien. Ici nous avons l’impression que tout le monde est irréprochable.

C’est normal, il doit préserver son épouse, lui-même, Pauline dont il y a ici un panégyrique, voire une hagiographie, avec le récit du malheur d’une famille, et comment pourrait-il en être autrement ?

Lorsque l’on lit un récit sur des êtres confrontés à des maladies graves, mortelles, et à leur entourage, on a toujours des récits héroïques. Je songe aussi aux livres de Marie Depussé. Peut-être la souffrance rend-elle héroïque ?

Il lui arrive aussi de dire «  des choses vraies » : par exemple sur les gens très malades qui s’en sont sortis et déclarent ensuite orgueilleusement que c’est parce qu’ils étaient courageux et /ou avaient envie de vivre. Ainsi nul ne peut dire qu’il se bat contre le réel ( la maladie qui atteint le corps) le réel n’étant pas un adversaire.

Vrai aussi les réunions de parents d’enfants malades «  qui n’ont en fait rien à se dire » ; l’expérience de la maladie ne les réunit pas, elle les sépare, elle les fait vite se tourner le dos ».

L’auteur nous dit être davantage du côté du lyrisme, du pathétique, vouloir donner une vision tragique non masquée de ce qui a été vécu. Lisons-le de cette façon, donc.

 

 

Autres réflexions : l’auteur pense que les rites funéraires sont un homage aux morts. Ils sont tout aussi bien la crainte d’une vengeance qui pousse les vivants à les honorer. Croyons-nous les morts vraiment morts ? Et les vivants tellement vivants ?

Comment percevons-nous les êtres que l’on ne connaît que virtuellement ? Les connaissances « Internet » ? Dont on ne sait pas le nom, que l’on n’a pas vu en vrai ? Que l’on ne peut toucher ? Ce ne sont pas des êtres « de papier », mais des êtres… numériques ? cybernétiques ? éventuels ?  potentiels ?

«  Le vivant devient être de fiction, simulacre que l’on fait vivre, parce qu’il retient en lui la forme hallucinée de ce qui a été ».

 

 

En tout cas, un livre important, qui permet de se poser à nouveau les questions essentielles sur lesquelles toujours nous achoppons.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
23 avril 2006 7 23 /04 /avril /2006 17:38

« W ou le Souvenir »

Georges Pérec aurait eu 70 ans le 7 mars 2006 il y a un mois et demi.

2070733165-08--SCLZZZZZZZ-V24303288-AA240-.jpgSon œuvre autobiographique écrite en 1970-74 (Date à la fin du récit) est rééditée chez Gallimard (L’Imaginaire).

 

 

 

Le récit comporte XXXVII chapitres (qui sont écrits en chiffres romains non par hasard et Pérec a 37ans lorsqu’il achève.

Cette partie porte en exergue une citation de Queneau « Cette brume insensée où s’agitent des ombres, comment pourrais-je l’éclaicir ? »

Deux récits s’entrecroisent en contrepoint avec deux narrateurs différents. L’un s’appelle Gaspard Winckler( c’est un nom d’emprunt) l’autre a le même nom que l’auteur. La relation entre les deux récits, incertaine d’abord, va en se précisant et tous deux reprennent les mêmes thèmes l’un sur le mode réaliste l’autre onirique. Au dernier chapitre le narrateur du second récit (Pérec) nous livre le secret de la genèse du premier qu’il appelle son »fantasme ». Il l’avait mentionné aussi dans le récit 1 au début : « Je réinventais W » et l’écrivis à partir de dessins faits à l’âge de 13 ans ». 

 

Cependant le livre démarre sur le 1 en italique, voulant sans doute marquer que le « fantasme » est premier, même reconstruit. 

Récit 1 : le narrateur qui a dû déserter et se cacher en Allemagne sous un faux nom Gaspard Winckler, est retrouvé par un certain Otto Apfelstrahl (Poire d’acier) qui l’informe que le nom qu’on lui a donné est porté par quelqu’un d’autre : le fils sourd-muet d’une cantatrice qui partait avec ce garçon, un docteur et un précepteur pour une croisière devant changer la vie de l’enfant : Jusque là il paraissait autiste.(Ces personnages, les lecteurs de la « Vie mode d’emploi » les reconnaîtront). 

Ils firent naufrage aux alentours de la Terre de Feu et l’on retrouva tous les cadavres à l’exception de celui de Gaspard Winckler. Otto incite Winckler à chercher celui qui porte son nom. 

Ici s’achève la première partie : elle sonne comme un fait divers, du roman d’aventure, et du roman fantastique : mystère, mort violente, enquêtes, étrangeté que Pérec réutilisera dans la Vie mode d’emploi. (Cantatrice, mort violente de la fille,assassinat- et Gaspard Winckler y deviendra un personnage central, le fabriquant de puzzles).

 

Ici, Winckler apprend qu’il est la pièce d’un puzzle qu’il ne connaît pas… 

Partie II : le récit romanesque tourne court : Winckler y décrit minutieusement la vie à W, censée être le fruit de ses recherches vers la Terre de Feu. Il en a reconstitué l’existence quotidienne. 

« Il y aurait là-bas, à l’autre bout du monde, une île. Elle s’appelle W. » 

C’était une nouvelle Olympie. On y dresse des hommes à devnir des athlètes ; du moins le lecteur est-il censé le croire au début.

-Les athlètes sont peu nourris. Juste assez pour fournir le travail.

- on fait du sport et on ne travaille pas.

- on se livre à des jeux inutiles : c’est le « sport » (souvent honteux, démoralisant).

-l’athlète est esclave. Page 218 : « Ils sont pathétiques et rejoignent la figure du déporté ».

 

-Dans les jeux appelés « Atlantiades » les gagnants se partagent les femmes. Cela s’appelle « la grande fête de la conception »(Viol, poursuite, …) 

Au début de la description de l’île W, on pense à la République de Platon.

On pense que les athlètes décrits sont des genres de « gardiens de la Cité » dégénérés. Or les athlètes restent incultes jusqu’à 14 ans, et les femmes parquées.

Gaspard Winckler ne reparle plus de son « homonyme noyé » (Noyé comme le petit garçon que gardait la fille de la cantatrice in « Vie mode d’emploi »). 

Signification du W (Nom de l’île). Il s’agit d’une variante possible d’écriture de la croix gammée.

C’est à partir du X toutefois que Pérec (dans le premier récit) fait sa recherche sur cette lettre, et son incognito. « Deux V accolés par leurs pointes dessinent un X. En prolongeant les branches du X par des segment s égaux et perpendiculaires on obtient une croix gammée, elle-même décomposable par une rotation de 90° d’un des segments en sur son coude inférieur en signe SS ;la superposition de deux V tête-bêche aboutit à une figure XX dont il suffit de réunir horizontalement les branches pour obtenir une étoile juive."
 

En parallèle se déroule le premier récit qui est une autobiographie des premières années de l’auteur « Huit ans, huitième ».

Ces années sont celles d’un garçon devenu rapidement orphelin de père(1940) puis de mère ( déportée en 1944) et vivant au hasard des familles de tantes et de cousins qui l’accueillaient pour un temps. Bien qu’il fut confié nommément à une tante, il en vit défiler beaucoup : dans tout ce fatras, il cherche des points de repère selon une méthode inspirée de la psychanalyse et examine ses souvenirs en analysant à partir de quoi et pour quelle raison il les aurait fabriqués. Cette enquête, sérieuse, précise, et pointilleuse ( comme l’est la description à W).

Citation de W « Il y a deux mondes, celui des maîtres et celui des esclaves. Les maîtres sont inaccessibles et les esclaves s’entredéchirent… mais même cela l’athlète W ne le sait pas. Il préfère croire à son « Etoile »( jeu de mots sinistre mais inévitable).
 

Le texte 1 possède quelques pages en caractères gras qui furent écrites une vingtaine d’années plus tôt et que l’auteur a annotées. Souvent pathétiques. « Il m’arrive de penser que mon père n’était pas un imbécile ».
 

Le récit manque tourner court page 58 : « Je ne sais pas si je n’ai rien à dire, je sais que je ne dis rien ; je ne sais pas si ce sue j’aurais à dire n’est pas dit parce qu’il est l’indicible (l’indicible n’est pas tapi dans l’écriture, il est ce qui l’a déclenché bien avant. Je sais que ce que je dis est blanc, est neutre, est signe une fois pour toutes d’un anéantissement ».
Mais « Je ne retrouverais jamais dans mon ressassement même, que l’ultime reflet d’une parole absente à l’écriture, le scandale de leur silence et de mon silence… » L’écriture est le souvenir de leur mort et l’affirmation de ma vie. »

 Vous voyez que tout Blanchot et même Beckett se trouvent dans Pérec...mais Pérec est bien plus vivant.
L’univers concentrationnaire : l’exposé sur W, la vie de la Cité, gloire du « Corps » etc… est marquée par la répétition suggérée de chaque geste, chaque existence, chaque journée, pareille à celle qui précède : il en est ainsi de tous les récits d’univers concentrationnaires. Celui que décrit Primo Lévi dans « Si c’est un homme » a beau être parfaitement réaliste ( on nous a dit que celui de W est « un fantasme ») on y retrouve la même scansion, la même difficulté à lire, l’histoire où par définition il ne se passe plus rien, sinon la dégradation radicale de l’homme. On y retrouve également tous les sévices les jeux idiots, et humiliants auxquels les détenus doivent se plier.
Pérec a mené le suspense et l’ironie dans « W » commençant par une histoire romanesque et mystérieuse pour ensuite tourner court nous introduire à W en laissant croire durant de nombreuses pages que, pour étrange et un peu vile qu’elle parût, elle tenait debout, pour en révéler l’horreur interne petit à petit avec un envahissement progressif implacable.

Si l'on  doit aller sur l'île déserte emporter Flaubert pour le dix neuvième siècle et Pérec pour le vingtième

 

 

Partager cet article

Repost0
22 avril 2006 6 22 /04 /avril /2006 13:52

2070417166-08--SCLZZZZZZZ-AA240-.jpgAprès « Monsieur de Sainte-Colombe » c’est le parcours esthétique et intime d’un peintre que Quignard nous retrace.

Meaume, le héros, graveur lorrain au 17eme siècle a été défiguré par l’eau-forte. Adolescent, son rival amoureux lui a lancé un flacon d’acide au visage. « Afin que privé de visage, il soit tout à son œuvre ».

 

 

Le visage lorsqu’il objet du regard de l’autre force celui qui le possède à se préoccuper de l’image qu’il va donner de lui et qu’il donne malgré lui. Il masque l’intériorité, et on le confond avec la personne. C’est le point de vue de l’auteur. 

Le héros a été défiguré à cause d’une femme qu’il cherchait à aimer en dépit de son refus. Il a vécu une relation authentique qu’il ne croit pas pouvoir revivre une seconde fois .Sa nouvelle compagne Marie fera les frais de ses doutes…et son mal d’amour trouve une expression dans son œuvre.

Meaume expérimente une nouvelle forme de gravure apparue en 1642, technique qui s’oppose à celle de la tradition consistant « à vernir une table rase et à faire mordre le cuivre par l’acide en le repoussant. La nouveauté ce sera de faire table rase du passé en hachurant la plaque et la noircissant intégralement. En appuyant sur la plaque, les blancs ressortent (inversement à la révélation en photographie qui fait surgir le noir du blanc). C’est la même opposition que l’on retrouve dans l’opposition sexuelle ». 

Contexte : la Rome antique (évoquée) et celle du 17eme siècle. Le monde romain ne croyait pas à grand-chose, il y régnait cruauté, lucidité, indécence, décadence. Au 17eme siècle : guerre civile, liens sociaux détruits, persécution des protestants.

On peut trouver la théorie de cette fiction dans "le Sexe et l'effroi".            

 On dit au graveur dont nous est conté ici l’apprentissage qu’il est « un peintre, et non un graveur voué au noir et blanc, c'est-à-dire à la concupiscence ». Pour Quignard, c’est le noir et blanc qui est érotique, pas la couleur. Les contrastes y sont plus forts. La couleur « habille » elle ne montre pas la nudité.

Meaume,fait son choix, il  se veut graveur « Je suis un homme que les images attaquent. Je fais des images qui sortent de la nuit. J’étais voué à un amour ancien dont la chair ne s’est pas évanouie dans la réalité mais dont la vision n’a plus été possible parce que l’usage ne a été accordée à un plus beau visage »
Écriture : condensée, allusive, formules laconiques, débordantes de pensées brillantes, désir de laisser place au silence et à la méditation. Je dirais aussi que le ton est un peu péremptoire.
Narration : histoire pleine d'opacités, de nostalgie contée en successions de petites scènes. Au fil de ses périples (Bruges, Ravello, Rome, les Pyrénées, la Normandie, Paris, Londres, Rome encore, Utrecht où il meurt), Meaume se concentre sur la déception amoureuse qu'il exprime dans son art.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
16 mars 2006 4 16 /03 /mars /2006 14:01

9782070776917.gifCe n’est pas le énième livre sur la survie du corps professoral et des collégiens en ZEP.


C’est un ouvrage important qui restitue sans fioritures mais avec rigueur sobriété humour et émotion le quotidien des profs et des élèves. L’établissement scolaire est situé à Paris dans un quartier défavorisé ; le professeur de français a trente ans nous vivons avec lui une année scolaire d’une classe de troisième dont il est le professeur principal.

Les enseignants sont majoritairement français, les élèves d’ethnies différentes, ont des problèmes de langue, d’exil, d’argent, de famille. Chaque élève porte un sweat shirt, pourvu d’un dessin que l’enseignant reçoit comme un message à déchiffrer, ou un renseignement sur les aspirations des ados. Les rituels quotidiens décrits dans le détail, sont autant de répétitions qui rythment le récit. La scène se passe dans la salle de classe, de permanence, le bureau du CPE, la cour, les escaliers.

Des lieux où tous font le maximum pour apprendre.

Beaucoup de préoccupations s’expriment métaphoriquement à travers le mauvais fonctionnement du distributeur de boisson, de la photocopieuse. On est bouleversé par l’effondrement de certains élèves qui se voient refuser une seconde générale. 

C’est un bon livre. 

A lire aussi : Catherine Henri " Prof sentimental" chez POL. Approche très différente et tout aussi juste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
1 mars 2006 3 01 /03 /mars /2006 17:22

Les Particules élémentaires. Michel Houellebecq. Flammarion, 1998.

 

 

Ecrit par un clone d'humain, dans quelques décennies, le récit  concerne deux frères Michel et Bruno, et leur existence à la fin du vingtième siècle. En ce temps où le monde était réduit à l'impuissance du fait qu'on naissait d'une copulation entre un homme et une femme, chose horrible par excellence.

Horrible et impossible à effectuer par Michel et Bruno, tant ils ont trouvé ça détestable.

Ils ont traversé diverses époques, en ne retenant de celles-ci que le côté superficiel, "à la mode" par exemple les étudiants de 68 forcément bêtement gauchistes, la période "hippie" forcément nimbée de drogue-perversion-mysticisme à la noix, l'écologisme forcément " retour à la nature"....et donc ils arrivent à la fin du siècle désespérés et despotiques, car ils n'ont rien approfondi...

 


  Le sujet du roman  c'est  l’impuissance, oui, mais l'impuissance masculine dans ses manifestations  psychiques et physiques.


Deux façons d 'être impuissants :

Un homme qui refuse l'idée de sexualité et même de procréation ; le biologiste, Michel. Il rêve d'un monde à la Huxley qui se réalisera.  C'est un dictateur en ( im)puissance.

Bruno son ami : lui il cherche l'âme soeur, la femme parfaite, le moyen d'avoir des orgasmes satisfaisants ... et n'y parvient pas.

Il est comme tout le monde, quoi...!


Et ce qui me fait dire cela c'est le style de Houellebecque d'une affligeante banalité qui accentue le côté " monsieur tout le monde" du personnage. 

Un style un langage qui sont  grossiers et vulgaires, plutôt que crus. Les personnages secondaires sont caricaturés. La mère de Bruno , évidemment est une "salope droguée prostituée",et un vrai déchet, qui abandonne son fils. Lequel cependant n' jamais manqué d'argent.L'auteur ignore ce qu'est le véritable abandon! moi je le sais. 
Des récits complaisants, notamment l'humiliation de Bruno dans les toilettes de son collège, tombe à plat à cause de l'accumulation de détails sordides.

  L’impuissance, on le voit ici, conduit au racisme et au totalitarisme.
Des auteurs nihilistes, on n'en manque pas( et je n'aime pas ce parti pris), mais certains comme Céline ou Thomas Bernhardt savent écrire et sont intelligents... d'autres au contraire se complaisent dans la médiocrité.

 

 

 

 


Christophe Donner «  L’empire de la morale : le fossile et la marteau » Grasset, 2001.

Ce roman ressemble à celui du précédent comme un frère.


  Nous avons là un  genre d’autobiographie dont les différents personnages sont hâtivement caricaturés.


Vulgaire, sotte, sans esprit, la narration  accumule les clichés les plus éculés (la mère est une salope le père est un con le psy est une ordure… et le Narrateur est un  dom Juan évidemment irrésistible...!  il raconte toute une vie de  sornettes à de très complaisantes maîtresses…
Christophe  Donner est pire   peut-être que houellebecque…ce n'est pas peu dire !


Quand je pense que Christophe Donner a la charge d’une chronique littéraire dans le Monde … !!!!!

 

 

 

Partager cet article

Repost0
15 février 2006 3 15 /02 /février /2006 17:27
Delaume.jpg
Farrago, 2001.

Roman autobiographique.

Chloé, c’est aussi Chloé, narratrice  dans la fiction.

Je ne connais pas son vrai nom, mais elle  est née le 10 mars 1973. 

Boris Vian est né un 10 mars ( 1920). Et Chloé, vous le savez comme moi, c'est cette amie de Colin qui se trouve mourir d'un nénufar dans la poitrine dans l'Ecume des jours.

Mais rien,  chez Chloé Delaume,  ne  rappelle Vian.

Ici, elle nous raconte un épisode traumatisant de sa vie et l'existence qu'elle mena ensuite.

Son père a tué sa mère, un jour, elle avait dix ans, en 1983. L'épisode est relaté au début du roman de façon très particulière.

Elle s’adresse à une sorte de psy qu’elle a l’impression d’étonner, genre vous comprenez moi je suis revenue de tout…

Elle a une  excellente maîtrise du vocabulaire.Surcharge abondamment dans les vingt premières pages et les trente dernières. 

Le milieu du récit  est  moins recherché.

Ce «  forcing baroque » cet amoncellement de mots qui se demandent ce qu’ils font ensemble et sur quoi l’on tombe, et qu’on relit en s’interrogeant, c’est le récit du crime.

On m’a appris qu'elle composait des alexandrins en prose.

A l’écrit, je ne les entends pas. Je ne reçois que la mauvaise foi de la narratrice, et son impression d'être profondément détachée de tout.

A lire à voix haute, surprise ! le texte chante!
Je dirais que c'est de la littérature orale, exclusivement. 

 


Je vous conseille pour plus de précisions un article très approfondi sur Chaperlipopette

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher