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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 10:05

Verticales (Minimales), 128 pages, 2012.

Dans le Transsibérien se dirigeant vers la Sibérie, Un appelé, Aliocha, à peine majeur, songe à déserter . la future vie de caserne lui fait horreur, d’autres soldats plus âgés l’ont déjà tabassé… Il rencontre une française deux fois plus âgée que lui, Hélène, qui fuit une existence contraignante. Elle est montée à Irkoutsk, et n veut s’arrêter qu’au terminus à Valdivostock.  Il la force un petit peu à le cacher dans son compartiment de première classe. Traqués par l’adjudant chef Letchov,  et un sale type qui veut les dénoncer, Hélène et Aliocha, avec l’aide d’une employée du train, tentent  d’échapper à leurs poursuivants… Nous sommes dans la Russie actuelle, et l’on sent que l’URSS survit…

 

C’est une longue nouvelle, dan laquelle l’auteure parvient, comme elle sait toujours y faire, à insuffler un sentiment d’urgence, notre sympathie pour des personnages hors du commun, du suspense bien dosé, et  témoigner de la beauté de paysages naturels, le lac Baïkal y jouant un grand rôle, même si seulement aperçu de loin.

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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 23:03

Actes sud, 2012, 252 pages

Un jeune marocain de vingt ans, chassé par sa famille : il a couché avec sa cousine on les a surpris. La fille est envoyée quelque part au loin. Le garçon, Lakhdar, mène une vie errante, vagabondage, petits boulots, et finit par trouver une place fixe dans une communauté religieuse dirigée par le cheikh Nourredine : attiré par la chose écrite, il apprécie de vendre des livres de morale et préceptes religieux, et des Corans bon marché. Avec son ami de toujours, il va draguer et se fait une amie de Barcelone, Elena avec qui il réussit à nouer une relation sérieuse.

Mais la communauté du Cheikh, lors des soulèvements du printemps arabe, choisit le camp de la répression, et la veut plutôt sanglante… Lahkdar, qui n’a pour ami, que le Cheikh et Bassam,  choisit de fermer les yeux ; pourtant, la librairie explose, et il doit chercher ailleurs de quoi subsister…

 

C’est là un roman que je situerai dans la tradition picaresque, le héros part de rien, sa liaison avec sa cousine tourne à la  tragédie, à cause des mœurs rétrogrades de sa famille, il va d’aventures en aventures, vivant d’expédients, apprend peu à peu à ouvrir les yeux sur des vérités gênantes, et à choisir son camp… pour autant tout n’est pas recevable dans ce récit ; la fin me laisse dubitative. Les nombreuses références littéraires ne sont pas désagréables, ponctuant le récit de la triste vie quotidienne du héros, un peu répétitive. L’ensemble m’a plu.   Ce roman est davantage structuré que «  Boussole », qui avait aussi ses charmes. Le meilleur, pour moi, reste «  Parle leur de batailles de  rois et d’éléphants " mais je suis loin d'avoir tout lu de cet auteur !

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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 14:19

 

JC Lattès 2017, 316 pages.

Summer est la sœur du narrateur, disparue, au cours d’un pique-nique, près du lac Léman, il y a vingt-quatre ans de cela.

Le narrateur était le petit frère de 14 ans, boutonneux, sujet aux tics, qui accompagnait les quatre filles de 19 ans , Summer et ses amies. Mal à l’aise, fasciné par les cheveux, blond, bruns, dénoués comme des lianes, les bikinis et les petits shorts, les longues jambes dorées,  les rires complices et les chuchotements dont il est exclu, bien qu’elles soient gentilles avec lui… elles ont joué à cache-cache, et voilà Summer disparue !

Ces vingt-quatre ans, nous allons les vivre avec l’adolescent devenu un homme seul, qui n’a cessé de penser à sa sœur, à se demander où elle pouvait être, ce qui lui était arrivé. A ‘l’aide, de réminiscences (revivre des scènes à al fois ordinaires et énigmatiques,avec les parents, la sœur, les amies, le copain de Summer, les amis des parents, revivre des moments particuliers et les interroger, ces moment, à l’aide d’un questionnement qui fait la part belle aux métaphores filées de créatures marines, d’eaux scintillantes ou sombres, aux profondeurs pleines de secrets, de monstres et de poissons… Enfant, Summer possédait un aquarium qu’elle peuplait d’espèces particulières de poissons ; une passion qu’elle partageait avec son père.

Ce regard porté par le narrateur, observateur troublé, espion aussi, ressemble à celui des garçons dans Virgin Suicide ; difficile de ne pas évoquer ce film tant l’ambiance y ressemble.

Le garçon nous conte aussi ses expériences, un copain bizarre , une amie de Summer qui devient sa maîtresse mais ne lui révèle rien de ce qu’il veut savoir, et il la quitte, les parents toujours aussi agaçants, avec leurs non-dits,  les psys et autres sophrologues ( vraiment les pires qu’on puisse trouver apparemment…)

Il est mal parti, le mec ! Et pourtant, il va réussir, trouver ce que dans le fond il n’ignorait pas.

Il nous fait participer à cette quête, avec une écriture travaillée, il est vrai, mais pas très originale. Une rêverie aquatique, parfois un peu forcée, et d’autres métaphores plutôt sinistres (description du psy ) bref un ensemble soigné mais quelquefois à la limite du ridicule.  

Et voilà ce que ça donne :

Les profondeurs du  lac Léman, des masses sombres à la surface, monstres suffocants, imaginer l’intérieur de leur bouche chair rose

Quelquefois Summer est là, immobile sous la surface ; ses cheveux bougent dans le courant… Mais ce n’est pas elle, ce sont les algues qui ont dessiné un corps

La nuit, Summer me parle sous l’eau… Sa bouche est ouverte, palpitante, comme celle des poissons noirs. Comme un chuchotement de l’eau je suis là.

Cela a commencé il y a quatre mois…. Mon bureau de la tour USB des Eaux-vives à Genève… le jet d’eau semblait à portée de main… l’eau qui retombe en écume soyeuse , comme de la mousse , du champagne ou une gigantesque giclée de sperme.

La moquette beige, épaisse, dégageait l’odeur suave de ces produits d’entretien, dont le leu translucide évoque un ciel de printemps ou une mort hygiénique.

Le ciel translucide comme le cœur d’un dieu.

Il est tellement difficile de savoir ce qui a eu lieu, ce qui n’était qu’un rêve. Qui étions-nous ? Quelles forces souterraines habitaient nos cœurs ?

La construction du roman est bonne, les divers moments de vie qui se  superposent dans la conscience du narrateur sont présentés habilement. Les plages de rêveries sont coupées par des actions et des dialogues courts et secs, si bien qu’on se laisse entraîner.

 

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 23:20

Grasset, 326 pages, 2017

Le narrateur, qui vient de perdre sa femme,  décide de retourner au pays de son enfance Liévin, qu’il a quitté en 1974, juste après la terrible catastrophe minière, qui a coûté la vie à 42 mineurs ; son frère Joseph fut la quarante-troisième victime, et, depuis, Michel. son jeune frère, vit dans le deuil. Suite eu décès de Joseph, son père a mis fin à ses jours, sa mère s’est éloignée. Michel  a vécu seul toutes ces années ( bien qu’avec son épouse) dans la culte de Joseph dont il garde les effets comme autant de reliques dans une cave.

Mais à présent, il est temps d’agir. Il va chercher à retrouver le contremaître qui assurait la sécurité de la mine, en ce temps là, et s’est montré particulièrement négligent…

  "J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J’allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n’avaient jamais payé leurs crimes.

Michel a une raison particulière de se venger, qui donne à son action un sens double. Ce vengeur se définit aussi comme écrasé par une forte culpabilité. En dépit de son mariage, il a vécu dans le deuil de son frère, et n’a rien fait d’autre que célébrer les rituels de son passé avec lui.

Un récit émouvant, terrible à bien des égards ; certaines choses étonnent : que Joseph ait choisi d’être mineur dans les années 70, (un choix, oui, car il avait un autre job) m’a saisie ; décider d’être mineur dans les années 70 ?? Il n’y avait aucune tradition familiale dans ce sens, son père était fermier.

Joseph a invoqué la fierté la solidarité l’amitié qui lie les ouvriers. Il l’a si bien fait sentir à son petit frère, que celui-ci était prêt à le suivre ! Il n’empêche, ce choix laisse à penser.  Les mineurs sont considérés comme des héros, la tradition de ce métier a une aura bien particulière, qui perdure dans les années 70 ; à Liévin, on recrute encore, mais beaucoup de mines ferment.

Sans vouloir dévoiler la fin, je dirais que la lettre d’adieu du père (qui va revêtir une énorme importance dans ce récit) m’a beaucoup choquée.

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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 21:37

Denoël (Sueurs froides), 334 pages.

C’est l’histoire de plusieurs femmes qui se retrouvent un jour ou l’autre sans-abri, et parquées de force par « les autorités » dans un cimetière de voitures «  la Casse » ; le gouvernement a décidé qu’aucun sans-abri n’errerait dans le pays, et n’a trouvé mieux que de les enfermer dans cette sorte de bidonville : la Casse. Surveillés par des gardiens armés et autorisés à en découdre.

Chaque entrant se voit attribuer un véhicule accidenté dans lequel il va loger ; pour se nourrir, il faudra travailler dans les champs, ou, comme Ada, la vieille Afghane qui est là depuis longtemps, s’occuper des malades à l’aide de ses potions préparées avec des herbes. Elle a un statut à part, considérée un peu comme une magicienne. Plusieurs jeunes femmes vivent autour d’elle comme une sorte de communauté. La dernière venue c’est Moe, une jeune femme venue des îles, qui a suivi Rodolphe promesse d’une vie meilleure. Mais cette vie fut pire,  et Moe finit à la Casse avec son bébé.

Malgré la sympathie et l’entraide des autres femmes, Moe voudrait échapper à cet affreux destin, surtout pour son fils. Elle accepte de se prostituer, de transporter de la drogue, pour se faire plus d’argent. Car avec une forte somme, on peut payer le droit de retrouver sa liberté…

Dans ce dernier opus, l’auteur m’a nettement moins séduite que dans les précédents. Son écriture, toujours très soignée, est moins nerveuse, moins inspirée. Les histoires des femmes autour d’Ada et Moe finissent par se ressembler, et l’auteur appuie avec complaisance sur l’horreur de leurs situations, multipliant les détails atroces, inutiles pour bien comprendre. L’histoire de Moe et celle d’Ada suffisaient au propos, les autres, on pouvait les évoquer en quelques lignes, mais elles s’étalent,  et je les ai endurées tant bien que mal.

La «  Casse » est une possibilité qui transforme le récit en « science-fiction »; cela correspond à un gouvernement totalitaire, mais  nous n’avons pas d’autres  renseignements sur ce qu’est devenue la France. Au lieu de s’appesantir sur quelques destins, l’auteur aurait dû imaginer la situation politique et sociale dans son ensemble, de cette  société qu’elle situe dans

un avenir proche.  

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 23:40

Minuit, 2017, 173 pages.

L’intrigue du roman tient en peu de lignes, elle est tout entière résumée dans la 4me de couverture ; l’homme appelé Kermeur narrateur du récit, a investi une forte somme dans l’achat d’un appartement devant être construit dans les deux ans par un promoteur immobilier ( Lazenec) venu apparemment pour construire des immeubles avec vue sur la mer.

Mais si le vieux château a bien été détruit, le complexe immobilier, censé relancer la croissance dans une petite ville plombée par le chômage, n’a jamais vu le jour… Lazenec est donc un escroc, mais chose curieuse, il est resté sur place, n’a jamais été inquiété.

Et donc, Kermeur , le roman débute ainsi, a précipité le soi-disant promoteur dans l’eau, le regardant se noyer.

Ce premier chapitre (la noyade de Lazenec) est d’un humour réjouissant, même si retenu ( ce sont les sternes qui rient de voir le type se noyer, et les mouettes qui pourraient raconter l’histoire…)

 

C’est aussi le début d’un dialogue entre le narrateur et le juge qui instruit l’affaire. Peut-être est-ce un dialogue fictif inventé par Kermeur en lieu et place de celui qui aura lieu, pensé-je au début de ma lecture ?

Car, aucun accusé ne parle à un juge comme Kermeur le fait, et aucun juge ne réagit non plus comme celui-là…

Pourtant,  la suite nous fait entrer dans l’histoire, et le lecteur s’identifie au juge, il écoute de la même façon que lui, le déroulé du récit, et comment, non seulement Kermeur, mais toute une ville s’est fait rouler et ruiner en quelque années de temps.

Et Kermeur qui ne cesse de se demander comment il a pu se laisser séduire par ce Lazenec à qui il ne faisait même pas confiance, car Kermeur a toujours été socialiste, et il voyait parfaitement en Lazenec le capitaliste véreux... il n'aimait pas non plus les futurs grands immeubles, et préférait ce vieux château dont il était le gardien; et surtout, il avait ce projet d'acheter un bateau avec son indemnité de chômage...comment il en est arrivé à faire le contraire de ce qu'il voulait, de ce en quoi il croyait...

Malgré l’humour et l’ironie toujours sous-jacente, beaucoup de passages sont dramatiques. Dans ce registre,  J’ai aimé la soirée de la cuite prise avec le maire, et le passage où l’on voit Kermeur, au cours d’une fête foraine, s’accrocher à la grande roue, qui emmène son fils, la grande roue de l’infortune…

Le style est un mélange de réalisme vif, notamment dans les dialogues, et de rêverie sur le temps et l’espace de cette presqu’île bretonne ; ces rêveries englobent aussi l’espoir qui a saisi les malheureux riverains à la vue de la maquette que Lazenec a présenté : «  les Grands Sables »  seul résultat palpable du projet de transformation de la ville.

« Maintenant je vous raconte ça comme si j’avais eu les clefs en main dès le début mais bien sûr pas du tout, j’étais aveugle comme saint Paul après sa chute de cheval ».

Cette comparaison vient couronner le premier contact qu’il a eu avec Lazenec, lui parlant d’appartement, avec vue sur la rade, et de « rendement » . Curieuse comparaison qui fait de l’escroc l’équivalent de Dieu, persuadant Paul de se convertir au christianisme. Il y eut aussi «  les petits costumes de flanelle… on aurait dit comme des témoins de Jéhovah venu expliquer la Bible. Sauf qu’en guise de Dieu ils avaient Lazenec ».

Lui, Kermeur a traité directement avec Lazenec, devenu Judas  « à force donc, il m’a même appelé par mon prénom, et à force encore, oui, il a fini par m’embrasser ».

Les métaphores bibliques nous suivent jusqu’à la fin « souvent quand je respire l’air libre de la mer…je récite à voix haute les lignes de l’article 353, comme un psaume de la Bible écrit par Dieu lui-même… ».

C'est donc aussi l'histoire d'un homme qui aurait voulu pêcher dans un bateau lui appartenant, et se retrouve à pécher comme dans la Bible...

 

 

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 11:10

Marseille, la corniche Kennedy, le mois d’août, le fort ensoleillement, des blocs de rocher d’où l’on peut sauter dans l’eau : 3 mètre c’est simple, 7 mètres c’est le Just Do It, déjà assez casse-cou, et 12 mètres c’est le Face to Face dangereux, car on ne voit pas trop où l’on tombe,( il y a en bas des récifs périlleux à éviter), riche en production d’adrénaline et de bravoure adolescente. Ces sauts sont interdits. Eddy et Mario deux adolescents vivant dans la précarité des cités nord sont les seuls à le pratiquer. Bientôt ils seront rejoints par Suzanne, qui s’ennuie dans son existence bourgeoise feutrée. Silvestre Opéra est un flic qui doit surveiller les troubles de l’ordre public ; il devrait arrêter les trois jeunes….

L’écriture de Kerangal , intense , portée au lyrisme, accompagne bien les révoltes, réjouissantes insolences , effervescences adolescentes, leur vertiges, leur attirance pour le danger.

Et même cette façon qu’ils ont d’échapper au pire, de préférer la vie.

En revanche, la vie du policier frustré, endeuillé ( pourquoi porte-t-il ce nom Silvestre Opéra ?) m’a plutôt ennuyée.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 23:53

Gallimard, 202 pages, 2015

L’année 1968, vue par Anne, 21 ans en mai, jeune épouse de Jean-Luc Godard 37 ans. Elle vient de tourner un film avec Philippe Fourastié, Bruno Cremer la traitait durement. D’autres engagements l’attendent : Marco Ferreri, Carmelo Bene et Pasolini pour Porcherie. Des cinéastes dont on voit encore les films avec intérêt, même si certains ont mal vieilli.

Jean-Luc tente de tourner avec les Beatles, et finalement ce sera les Rolling Stones ( One plus One ) puis emmènera Anne vers Montréal et encore plus loin pour tourner le quotidien des mines de charbon en Alaska. Jean-Luc cherche à faire « un autre cinéma » après mai 68. La période est chahutée. Anne ne veut pas de révolution. Elle comprend mai 68 comme une fête de la jeunesse, pas plus. Elle s’affirme jeune bourgeoise nantie voulant profiter de ses belles années ; et apprentie actrice, avide d’expériences variées dans ce domaine.

Jean-Luc se veut révolutionnaire, tendance Mao. Présenté comme Anne le fait, on dirait un hystérique en pleine confusion. Son engagement n’est pas facile à comprendre. Lui aussi est un bourgeois aisé, que peut-il saisir de la cause des classes opprimées ? Que peut le cinéma pour eux ? Et depuis quand Jean-Luc cherche-t-il l’intérêt des autres plutôt que le sien propre ? Des questions épineuses, difficiles à résoudre…

On aime les pérégrinations d’Anne en patins à roulettes dans les rues du quartier latin. En fait, je comprends les deux points de vue.

Le couple s’est installé dans un appartement rue St Jacques. Déjà ils ne s’entendent plus très bien et même encore moins. Début 1969, Jean-Luc fait une tentative de suicide après avoir eu une crise de jalousie non fondée.

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 13:15

C

Gallumard, 2016

 

Vie d’un ami de Catherine qu’elle appelle Thomas Bulot ; avec qui elle a eu une brève liaison. Il allait de femme en femme avec préférence pour le BDSM ; sa carrière de jeune intellectuel le mène aux USA : il quitte la France après avoir échoué deux fois au concours de l’ENS.

Là-bas il est étudiant-chargé de cours, puis enseignant lui-même, de Ny à Portland et de Salt Lake City à Richmond. Il réussit toujours à décrocher un poste même si ce n’est pas dans une université brillante. Ce n’est qu’un début !

Il ne se range pas, là où ses amis se mettent en ménage, commencent à faire des bébés. Lui, a des peines de cœurs mais beaucoup de liaisons avec des femmes intéressantes. Il vit mal chaque fin de liaison, même s’il nous paraît évident qu’avec lui ( et elles ! ces femmes qui partagent un moment son existence) la vie de couple longue durée ne convient pas.

Le problème c’est qu’il dépense sans compter et se trouve criblé de dettes car au départ il est bien moins riche que le train de vie qu’il mène. Le problème c’est la thèse qu’il a terminée mais n’arrive pas à transformer en livre.( il faut reconnaître que ces travaux universitaires sont ennuyeux dès lors qu’on a la sensation de répéter tout le temps la même chose…) . Bref on le comprend sauf lorsqu’il dépense trop, et se dépense trop toujours à courir d’un endroit à l’autre

Diagnostiqué bipolaire, il finit par se suicider : le traitement impose de ne pas boire, et il ne peut se passer d’alcool…

Ça se lit, mais la narratrice ne réussit pas à nous convaincre que Thomas était quelqu’un de très particulier, voire de particulièrement intéressant… la faute en est à son style assez plat sans doute…on ne pense pas qu’on l’aurait adoré mais qu’il nous aurait fatigué avec son train de vie très « tourbillon ».

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 02:54

Verticales, 2010, 317 pages.

C’est à Georges Diderot ingénieur, chef de projet que le prologue est consacré : nous voyons tout de suite que c’est un homme exceptionnel. Il m’a curieusement fait penser à l’Alexandre Yersin de Peste et choléra ; présenté un peu de la même façon comme un aventurier de la vie, un homme sans attaches, passionné par ce qu’il fait, tout entier dans l’instant présent, et le présent, ce n’est pas la contemplation, c’est engager toutes ses ressources à la résolution d’un problème.

D’autres personnages : Summer Diamantis, ingénieure des travaux publics, préposée à la production du béton, Sanche Alfonse Cameron, grutier ( de Dunkerque) et foreur, Mo Yun ancien mineur, ouvrier, nomade, réellement parti de Chine… Duane Fisher et Buddy Loo, ouvriers affectés au contrôle des effluents, surveillant la régularité des flux dans les pompes, évitent que les moteurs chauffent… Katherine Thoreau conductrice de bulldozer, chargée d’une famille nombreuse et problématique… sont de la même trempe.

Tous ces personnages et d’autres, différents, plus fragiles, vont se retrouver sur le même chantier de la ville de Coca en Californie, le maire, surnommé le Boa, ayant décidé d’y faire construire un pont pour relier les deux berges d’une large rivière. Le titre parle de « naissance » plutôt que de construction, et ce n’est pas par hasard ; le dynamisme, l’énergie des protagonistes augurent d’une vie nouvelle.

Ils auront à vaincre des obstacles ; parmi ceux que gênent la construction du pont, certains n’hésiteront pas devant des manœuvres crapuleuses voire criminelles, des écologistes s’en prennent à Diderot lui-même, des ouvriers vont protester contre leur exploitation, Ralph Waldo l’architecte rêve de paysage, ne se comprend pas avec Diderot, pragmatique avant tout.

Ecriture dense, lyrique, longues phrases travaillées dans l’oralité, documentation très fouillée dans les domaines de la construction d’un pont, et bien distribuée : ça ne ressemble jamais à un mode d’emploi ni à un ouvrage technique, c’est toujours poétique et sensible en même temps que réaliste. L’intrigue comporte des péripéties diverses, les liaisons amoureuses sont de la partie, et la ville recèle des lieux quasi magiques, comme cette forêt si dense, et les chutes de Sugar Falls.

Cependant, je ne me suis pas intéressée à l’histoire de la ville, et j’ai passé ces pages ; je suis gênée aussi par certains noms : Diderot (même si le personnage est éclairé…) Thoreau, voire Diamantis, et surtout « Coca » … reprendre les noms d’écrivains célèbres et les attribuer tels quels à des personnages de roman crée un effet de néantisation de ces personnages. Cela n’empêche pas de les aimer ces êtres…comme dans tous les romans de Kerangal, ils sont magnifiés, rendus exceptionnels par l’intensité de leurs implications dans leurs quotidiens, dans leurs gestes les plus banals.

Il n'y a que des défauts mineurs, l’ensemble est une belle création littéraire.

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