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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 21:37

Denoël (Sueurs froides), 334 pages.

C’est l’histoire de plusieurs femmes qui se retrouvent un jour ou l’autre sans-abri, et parquées de force par « les autorités » dans un cimetière de voitures «  la Casse » ; le gouvernement a décidé qu’aucun sans-abri n’errerait dans le pays, et n’a trouvé mieux que de les enfermer dans cette sorte de bidonville : la Casse. Surveillés par des gardiens armés et autorisés à en découdre.

Chaque entrant se voit attribuer un véhicule accidenté dans lequel il va loger ; pour se nourrir, il faudra travailler dans les champs, ou, comme Ada, la vieille Afghane qui est là depuis longtemps, s’occuper des malades à l’aide de ses potions préparées avec des herbes. Elle a un statut à part, considérée un peu comme une magicienne. Plusieurs jeunes femmes vivent autour d’elle comme une sorte de communauté. La dernière venue c’est Moe, une jeune femme venue des îles, qui a suivi Rodolphe promesse d’une vie meilleure. Mais cette vie fut pire,  et Moe finit à la Casse avec son bébé.

Malgré la sympathie et l’entraide des autres femmes, Moe voudrait échapper à cet affreux destin, surtout pour son fils. Elle accepte de se prostituer, de transporter de la drogue, pour se faire plus d’argent. Car avec une forte somme, on peut payer le droit de retrouver sa liberté…

Dans ce dernier opus, l’auteur m’a nettement moins séduite que dans les précédents. Son écriture, toujours très soignée, est moins nerveuse, moins inspirée. Les histoires des femmes autour d’Ada et Moe finissent par se ressembler, et l’auteur appuie avec complaisance sur l’horreur de leurs situations, multipliant les détails atroces, inutiles pour bien comprendre. L’histoire de Moe et celle d’Ada suffisaient au propos, les autres, on pouvait les évoquer en quelques lignes, mais elles s’étalent,  et je les ai endurées tant bien que mal.

La «  Casse » est une possibilité qui transforme le récit en « science-fiction »; cela correspond à un gouvernement totalitaire, mais  nous n’avons pas d’autres  renseignements sur ce qu’est devenue la France. Au lieu de s’appesantir sur quelques destins, l’auteur aurait dû imaginer la situation politique et sociale dans son ensemble, de cette  société qu’elle situe dans

un avenir proche.  

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13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 23:40

Minuit, 2017, 173 pages.

L’intrigue du roman tient en peu de lignes, elle est tout entière résumée dans la 4me de couverture ; l’homme appelé Kermeur narrateur du récit, a investi une forte somme dans l’achat d’un appartement devant être construit dans les deux ans par un promoteur immobilier ( Lazenec) venu apparemment pour construire des immeubles avec vue sur la mer.

Mais si le vieux château a bien été détruit, le complexe immobilier, censé relancer la croissance dans une petite ville plombée par le chômage, n’a jamais vu le jour… Lazenec est donc un escroc, mais chose curieuse, il est resté sur place, n’a jamais été inquiété.

Et donc, Kermeur , le roman débute ainsi, a précipité le soi-disant promoteur dans l’eau, le regardant se noyer.

Ce premier chapitre (la noyade de Lazenec) est d’un humour réjouissant, même si retenu ( ce sont les sternes qui rient de voir le type se noyer, et les mouettes qui pourraient raconter l’histoire…)

 

C’est aussi le début d’un dialogue entre le narrateur et le juge qui instruit l’affaire. Peut-être est-ce un dialogue fictif inventé par Kermeur en lieu et place de celui qui aura lieu, pensé-je au début de ma lecture ?

Car, aucun accusé ne parle à un juge comme Kermeur le fait, et aucun juge ne réagit non plus comme celui-là…

Pourtant,  la suite nous fait entrer dans l’histoire, et le lecteur s’identifie au juge, il écoute de la même façon que lui, le déroulé du récit, et comment, non seulement Kermeur, mais toute une ville s’est fait rouler et ruiner en quelque années de temps.

Et Kermeur qui ne cesse de se demander comment il a pu se laisser séduire par ce Lazenec à qui il ne faisait même pas confiance, car Kermeur a toujours été socialiste, et il voyait parfaitement en Lazenec le capitaliste véreux... il n'aimait pas non plus les futurs grands immeubles, et préférait ce vieux château dont il était le gardien; et surtout, il avait ce projet d'acheter un bateau avec son indemnité de chômage...comment il en est arrivé à faire le contraire de ce qu'il voulait, de ce en quoi il croyait...

Malgré l’humour et l’ironie toujours sous-jacente, beaucoup de passages sont dramatiques. Dans ce registre,  J’ai aimé la soirée de la cuite prise avec le maire, et le passage où l’on voit Kermeur, au cours d’une fête foraine, s’accrocher à la grande roue, qui emmène son fils, la grande roue de l’infortune…

Le style est un mélange de réalisme vif, notamment dans les dialogues, et de rêverie sur le temps et l’espace de cette presqu’île bretonne ; ces rêveries englobent aussi l’espoir qui a saisi les malheureux riverains à la vue de la maquette que Lazenec a présenté : «  les Grands Sables »  seul résultat palpable du projet de transformation de la ville.

« Maintenant je vous raconte ça comme si j’avais eu les clefs en main dès le début mais bien sûr pas du tout, j’étais aveugle comme saint Paul après sa chute de cheval ».

Cette comparaison vient couronner le premier contact qu’il a eu avec Lazenec, lui parlant d’appartement, avec vue sur la rade, et de « rendement » . Curieuse comparaison qui fait de l’escroc l’équivalent de Dieu, persuadant Paul de se convertir au christianisme. Il y eut aussi «  les petits costumes de flanelle… on aurait dit comme des témoins de Jéhovah venu expliquer la Bible. Sauf qu’en guise de Dieu ils avaient Lazenec ».

Lui, Kermeur a traité directement avec Lazenec, devenu Judas  « à force donc, il m’a même appelé par mon prénom, et à force encore, oui, il a fini par m’embrasser ».

Les métaphores bibliques nous suivent jusqu’à la fin « souvent quand je respire l’air libre de la mer…je récite à voix haute les lignes de l’article 353, comme un psaume de la Bible écrit par Dieu lui-même… ».

C'est donc aussi l'histoire d'un homme qui aurait voulu pêcher dans un bateau lui appartenant, et se retrouve à pécher comme dans la Bible...

 

 

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 11:10

Marseille, la corniche Kennedy, le mois d’août, le fort ensoleillement, des blocs de rocher d’où l’on peut sauter dans l’eau : 3 mètre c’est simple, 7 mètres c’est le Just Do It, déjà assez casse-cou, et 12 mètres c’est le Face to Face dangereux, car on ne voit pas trop où l’on tombe,( il y a en bas des récifs périlleux à éviter), riche en production d’adrénaline et de bravoure adolescente. Ces sauts sont interdits. Eddy et Mario deux adolescents vivant dans la précarité des cités nord sont les seuls à le pratiquer. Bientôt ils seront rejoints par Suzanne, qui s’ennuie dans son existence bourgeoise feutrée. Silvestre Opéra est un flic qui doit surveiller les troubles de l’ordre public ; il devrait arrêter les trois jeunes….

L’écriture de Kerangal , intense , portée au lyrisme, accompagne bien les révoltes, réjouissantes insolences , effervescences adolescentes, leur vertiges, leur attirance pour le danger.

Et même cette façon qu’ils ont d’échapper au pire, de préférer la vie.

En revanche, la vie du policier frustré, endeuillé ( pourquoi porte-t-il ce nom Silvestre Opéra ?) m’a plutôt ennuyée.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 23:53

Gallimard, 202 pages, 2015

L’année 1968, vue par Anne, 21 ans en mai, jeune épouse de Jean-Luc Godard 37 ans. Elle vient de tourner un film avec Philippe Fourastié, Bruno Cremer la traitait durement. D’autres engagements l’attendent : Marco Ferreri, Carmelo Bene et Pasolini pour Porcherie. Des cinéastes dont on voit encore les films avec intérêt, même si certains ont mal vieilli.

Jean-Luc tente de tourner avec les Beatles, et finalement ce sera les Rolling Stones ( One plus One ) puis emmènera Anne vers Montréal et encore plus loin pour tourner le quotidien des mines de charbon en Alaska. Jean-Luc cherche à faire « un autre cinéma » après mai 68. La période est chahutée. Anne ne veut pas de révolution. Elle comprend mai 68 comme une fête de la jeunesse, pas plus. Elle s’affirme jeune bourgeoise nantie voulant profiter de ses belles années ; et apprentie actrice, avide d’expériences variées dans ce domaine.

Jean-Luc se veut révolutionnaire, tendance Mao. Présenté comme Anne le fait, on dirait un hystérique en pleine confusion. Son engagement n’est pas facile à comprendre. Lui aussi est un bourgeois aisé, que peut-il saisir de la cause des classes opprimées ? Que peut le cinéma pour eux ? Et depuis quand Jean-Luc cherche-t-il l’intérêt des autres plutôt que le sien propre ? Des questions épineuses, difficiles à résoudre…

On aime les pérégrinations d’Anne en patins à roulettes dans les rues du quartier latin. En fait, je comprends les deux points de vue.

Le couple s’est installé dans un appartement rue St Jacques. Déjà ils ne s’entendent plus très bien et même encore moins. Début 1969, Jean-Luc fait une tentative de suicide après avoir eu une crise de jalousie non fondée.

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 13:15

C

Gallumard, 2016

 

Vie d’un ami de Catherine qu’elle appelle Thomas Bulot ; avec qui elle a eu une brève liaison. Il allait de femme en femme avec préférence pour le BDSM ; sa carrière de jeune intellectuel le mène aux USA : il quitte la France après avoir échoué deux fois au concours de l’ENS.

Là-bas il est étudiant-chargé de cours, puis enseignant lui-même, de Ny à Portland et de Salt Lake City à Richmond. Il réussit toujours à décrocher un poste même si ce n’est pas dans une université brillante. Ce n’est qu’un début !

Il ne se range pas, là où ses amis se mettent en ménage, commencent à faire des bébés. Lui, a des peines de cœurs mais beaucoup de liaisons avec des femmes intéressantes. Il vit mal chaque fin de liaison, même s’il nous paraît évident qu’avec lui ( et elles ! ces femmes qui partagent un moment son existence) la vie de couple longue durée ne convient pas.

Le problème c’est qu’il dépense sans compter et se trouve criblé de dettes car au départ il est bien moins riche que le train de vie qu’il mène. Le problème c’est la thèse qu’il a terminée mais n’arrive pas à transformer en livre.( il faut reconnaître que ces travaux universitaires sont ennuyeux dès lors qu’on a la sensation de répéter tout le temps la même chose…) . Bref on le comprend sauf lorsqu’il dépense trop, et se dépense trop toujours à courir d’un endroit à l’autre

Diagnostiqué bipolaire, il finit par se suicider : le traitement impose de ne pas boire, et il ne peut se passer d’alcool…

Ça se lit, mais la narratrice ne réussit pas à nous convaincre que Thomas était quelqu’un de très particulier, voire de particulièrement intéressant… la faute en est à son style assez plat sans doute…on ne pense pas qu’on l’aurait adoré mais qu’il nous aurait fatigué avec son train de vie très « tourbillon ».

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 02:54

Verticales, 2010, 317 pages.

C’est à Georges Diderot ingénieur, chef de projet que le prologue est consacré : nous voyons tout de suite que c’est un homme exceptionnel. Il m’a curieusement fait penser à l’Alexandre Yersin de Peste et choléra ; présenté un peu de la même façon comme un aventurier de la vie, un homme sans attaches, passionné par ce qu’il fait, tout entier dans l’instant présent, et le présent, ce n’est pas la contemplation, c’est engager toutes ses ressources à la résolution d’un problème.

D’autres personnages : Summer Diamantis, ingénieure des travaux publics, préposée à la production du béton, Sanche Alfonse Cameron, grutier ( de Dunkerque) et foreur, Mo Yun ancien mineur, ouvrier, nomade, réellement parti de Chine… Duane Fisher et Buddy Loo, ouvriers affectés au contrôle des effluents, surveillant la régularité des flux dans les pompes, évitent que les moteurs chauffent… Katherine Thoreau conductrice de bulldozer, chargée d’une famille nombreuse et problématique… sont de la même trempe.

Tous ces personnages et d’autres, différents, plus fragiles, vont se retrouver sur le même chantier de la ville de Coca en Californie, le maire, surnommé le Boa, ayant décidé d’y faire construire un pont pour relier les deux berges d’une large rivière. Le titre parle de « naissance » plutôt que de construction, et ce n’est pas par hasard ; le dynamisme, l’énergie des protagonistes augurent d’une vie nouvelle.

Ils auront à vaincre des obstacles ; parmi ceux que gênent la construction du pont, certains n’hésiteront pas devant des manœuvres crapuleuses voire criminelles, des écologistes s’en prennent à Diderot lui-même, des ouvriers vont protester contre leur exploitation, Ralph Waldo l’architecte rêve de paysage, ne se comprend pas avec Diderot, pragmatique avant tout.

Ecriture dense, lyrique, longues phrases travaillées dans l’oralité, documentation très fouillée dans les domaines de la construction d’un pont, et bien distribuée : ça ne ressemble jamais à un mode d’emploi ni à un ouvrage technique, c’est toujours poétique et sensible en même temps que réaliste. L’intrigue comporte des péripéties diverses, les liaisons amoureuses sont de la partie, et la ville recèle des lieux quasi magiques, comme cette forêt si dense, et les chutes de Sugar Falls.

Cependant, je ne me suis pas intéressée à l’histoire de la ville, et j’ai passé ces pages ; je suis gênée aussi par certains noms : Diderot (même si le personnage est éclairé…) Thoreau, voire Diamantis, et surtout « Coca » … reprendre les noms d’écrivains célèbres et les attribuer tels quels à des personnages de roman crée un effet de néantisation de ces personnages. Cela n’empêche pas de les aimer ces êtres…comme dans tous les romans de Kerangal, ils sont magnifiés, rendus exceptionnels par l’intensité de leurs implications dans leurs quotidiens, dans leurs gestes les plus banals.

Il n'y a que des défauts mineurs, l’ensemble est une belle création littéraire.

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 09:59

Gallimard, 227 pages, 2016.

 

Avec un exergue de La Fontaine, et ses fameux pigeons :

« Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?

Que ce soit aux rives prochaines ;

Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau.

Toujours divers toujours nouveau ;

Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.»

 

Un jeune couple sur une décennie ( de 2005 à 2015) et d’environ 25 à 35 ans. Cela ressemble à une reprise de « Les Choses « de Pérec, adapté à une autre époque. D’ailleurs lorsque Théodore et Dorothée (des noms anagrammatiques) pendent leur crémaillère, on leur offre le roman de Pérec.

Qu’ils ne liront pas. Mais ils liront Houellebec et même Sartre et Camus, et ce sera assez drôle...

Le contexte sociopolitique est différent, les biens de consommation désirés ne sont pas les mêmes, mais on retrouve la thématique des Choses, avec moins d’ambition, et une certaine frilosité ; et le couple retombe toujours sur ses pieds, recherchant une nouvelle façon de se ressourcer. C’est bien tourné, assez humoristique, satirique aussi ( les personnages de Gisswein, l’énarque ultra-libéral, et de Manu le social-démocrate, sont chargés comme il faut! ).

Il ne s’agit pas seulement de peindre une époque, et des façons de vivre, mais de montrer comment un couple peut durer dix ans ( comme le dit l’exergue, ne comptant que l’un sur l’autre) sans enfant, sans réussite particulière, sans changement de situation ni de logement, sans ascension sociale… on les appellerait des « losers relatifs »- mais ils sont gagnants puisque toujours ensemble, et surmontant vite les turbulences et passages à vide, pour se lancer dans d’autres mini-aventures ; des périodes se succèdent : on se passionne pour le végétalisme, la décoration d’appartement, diverses formes de sexualité ( ne sortant jamais de l’ordinaire), l’écriture de livres ( jamais achevés) , les séries télé, diverses sortes d’engagements sociaux ( vite renoncés) ; le tango, la littérature de fiction, et celle d'idées...

Ce couple banal et sans histoire, nous amuse et nous ennuie aussi un peu. Si au début, on pense au couple des Choses, la suite ressemble davantage à Bouvard et Pécuchet ( en moins drôle). Le roman vaut pour sa construction, son esprit satirique, les questions qu'il pose, et les réponses qu'il ne donne pas; par exemple, un couple ne peut-il tenir qu'en parfaite symbiose comme ces pigeons? Et de qui ou de quoi sont-ils exactement la dupe?

 

 

 

 

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 14:50

Albin Michel 2016, 379 pages.

Un petit village en France, Beauval, entouré de sous-bois épais. Juste avant Noël le 23 décembre, Le petit Rémi Desmets disparaît.  Il avait six ans.

Son voisin Antoine Courtin, 12 ans, n’avait que lui comme ami ; lui et le chien des Desmets renversé la veille par une voiture et achevé par M. Desmets.

Antoine avait construit une cabane dans un arbre : Rémi et le chien étaient les seuls à s’y intéresser. Emilie n’aimait pas cette cabane.

Après la mort du chien, et le désintérêt d’Emilie, Antoine avait détruit la cabane….

Les deux jours qui suivent, on recherche le possible kidnappeur de Rémi ; on arrête M. Kowalski, le patron de Madame Courtin, dont on a vu la camionnette sur la route près du sous-bois...

Puis vient la terrible tempête de 1999, qui est particulièrement forte vers Beauval et s’accompagne d’inondations. La battue du bois de St Eustache, s’avère impossible.

 

En 2011, Antoine est devenu médecin ; il ne veut plus rien avoir à faire avec Beauval, et partir loin avec son amie Laura. Des événements imprévus le ramènent à Beauval...

Tout le temps du roman, on est dans la conscience d’Antoine ; le suspens est constant : comme lui, on a peur, et on désespère… 

Le roman est bien agencé, on éprouve ce qu’il faut d’empathie et de crainte pour Antoine, on regrette qu’il ait gâché sa vie, en partie. La vie du village de Beauval, les commérages, les inimitiés, les non-dits, les retournements de situations savamment orchestrés,  tout là-dedans est criant de vérité.

 Je n’ai pas beaucoup lu de Pierre Lemaître : pour l’instant, ce roman est celui que je préfère…

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 12:37

Denoël, 302 pages 2016.

 

Après la Champagne et les montagnes albanaises, c’est en Patagonie que nous entraîne L’auteur. Toujours plus loin !

Dans la région des plaines au climat semi-aride, au début du vingtième siècle, nous partageons l’existence d’une famille d’éleveurs de vaches et moutons ; qui se compose de « la mère » , et ses fils :  les jumeaux Mauro, grand et fort ,son frère Joaquin, Steban dit le débile, et Rafael «  le petit ».

Ces êtres vivent d’une façon très frustres, ne se lavent jamais, ne vont pas à l’école, toute leur vie c’est le travail , d’abord s’occuper des bêtes, cultiver aussi un peu, toute la journée, sans aucun congé, et dès qu’ils savent marcher, ils bossent ! Ce qui frappe c’est l’extrême violence des rapports qu’on hésite à dire «  filiaux ». Ces êtres se haïssent et se craignent. Les aînés maltraitent les plus jeunes surtout le « petit » un peu moins le débile, qui a eu la riche idée de se faire passer pour tellement idiot qu’il intéresse moins la féroce jalousie des terribles jumeaux. La mère ne protège pas les plus jeunes. Elle les déteste tous, ne compte que leur capacité de travail. Et tout les quatre obéissent à la mère, et la craignent. C’est que la mère elle a réussi à faire fuir le père ( le débile en sait plus que les autres là-dessus…)

Un jour, à la ville, la mère a tout perdu au poker. Le fermier a gagné Joaquin qu’elle avait mis en jeu. Le voilà parti travailler chez un autre propriétaire.

Un autre jour, c’est Rafael, qui part à la recherche des chevaux qui se sont enfuis.

Ces deux départs vont amener des changements à la ferme.

 

Décrivant l’existence de cette famille de sauvages, rendus à un total dénuement affectif,  l’auteur nous montre les rapports de force, ( détruire le plus faible) et ce  qui est à la base du lien social : le sentiment de crainte ; les fils craignent la mère, et ne remettent pas en cause son hégémonie ; ils attendent aussi d’elle le nourrissage, tous les quatre, les bourreaux comme les victimes. Enfin, le travail  le rendement, le rapport à leurs animaux qui leur est d’un grand secours. Apparemment, ces êtres n’ont pas d’affection les uns pour les autres ; mais ils recherchent des alliances.  La progression du récit  montre l’humanisation de Rafael le « petit » capable de commencer à créer le fameux lien social, lorsque l’occasion lui en est donnée. En fait, il reste davantage que la poussière...

Le vocabulaire est très précis ; l’élevage des moutons et vaches n’a pas de secrets pour l'auteur, ni la vie élémentaire de chasseur-cueilleur, la nature est rude mais belle ( comme la voit Rafael) et il y a de la poésie dans ces pages austères. Encore une pleine réussite pour Sandrine Collette, une très bonne romancière.

Je n’aurais pas édité ce livre dans une collection de romans policiers. S’il y a un crime ou plusieurs, dans un roman, ce n’est pas une raison pour décréter que c’est un policier !

 

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 13:02

Stock, 2016, 537 pages.

Thomas , informaticien spécialisé dans la conception de logiciels de contrôle et surveillance ;ce soir il attend sa femme, Camille, également informaticienne. Il a préparé un repas pour les diex ans de vie commune ( elle n’aime pas dire «  mariage ») , mais ne sait si elle va pourvoir venir car elle est de plus en plus prise par son travail. En fait, elle ne viendra pas car elle a eu un grave accident de voiture, sur une route départementale en Normandie, où elle n’avait aucune raison de se trouver. A partir de cette tragédie, Thomas va devoir affronter les abysses du désespoir ; pour lutter contre l’affliction il enquête de façon pragmatique: connaître la cause de l’accident, et où sa femme allait ce soir là. Étude sérieuse, l’ordinateur de bord du véhicule, les objets du sac de Camille, le contenu du coffre, les demandes aux amis qu’elle avait ( et qu’il ne connaissait pas). Sa quête va également le mener vers son frère aîné éleveur de moutons dans les Pyrénées ; plus tard sa sœur qui gère une ONG au Cameroun… son job aussi il va devoir le réévaluer, ses rapports avec ses deux enfants…

Suite : le Moleskine. L’auteur utilise presque exclusivement le présent de narration, et les dialogues sans guillemets, très vivants,  pour instiller un sentiment d’urgence, exprimer les déplacements permanents de Thomas, dans ses pensées (retour dans le passé, cauchemars, sensations de perte et d’effroi) et dans la réalité ( il est toujours en mouvement, à pieds en voiture , en taxi, en tacots brinquebalants, escalade des montagnes des escaliers…) . Tout cela s’intègre à merveille dans le flux narratif, bourré de virgules, ce qui le rend à la fois souple et violent.  J’ai apprécié aussi les descriptions précises et toujours significatives de lieux auxquels on ne prête que peu d’attention d’ordinaire : des défilements de bâtiments dans  des zones industrielles, des  terrains vagues, des bords de route, des entrées d’immeubles etc.… traités aussi noblement que les paysages de montagne, et l’église abbatiale de Rouen. De toute façon la variété de lieux décrits à de quoi éblouir ! Je n’ai rien dit du Cameroun, pour la troisième partie, et c’est tout aussi impressionnant. En dépit des épreuves traversées, une fin plutôt optimiste.

Un très bon roman dit «  de la rentrée » .

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