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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 09:59

Gallimard, 227 pages, 2016.

 

Avec un exergue de La Fontaine, et ses fameux pigeons :

« Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?

Que ce soit aux rives prochaines ;

Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau.

Toujours divers toujours nouveau ;

Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.»

 

Un jeune couple sur une décennie ( de 2005 à 2015) et d’environ 25 à 35 ans. Cela ressemble à une reprise de « Les Choses « de Pérec, adapté à une autre époque. D’ailleurs lorsque Théodore et Dorothée (des noms anagrammatiques) pendent leur crémaillère, on leur offre le roman de Pérec.

Qu’ils ne liront pas. Mais ils liront Houellebec et même Sartre et Camus, et ce sera assez drôle...

Le contexte sociopolitique est différent, les biens de consommation désirés ne sont pas les mêmes, mais on retrouve la thématique des Choses, avec moins d’ambition, et une certaine frilosité ; et le couple retombe toujours sur ses pieds, recherchant une nouvelle façon de se ressourcer. C’est bien tourné, assez humoristique, satirique aussi ( les personnages de Gisswein, l’énarque ultra-libéral, et de Manu le social-démocrate, sont chargés comme il faut! ).

Il ne s’agit pas seulement de peindre une époque, et des façons de vivre, mais de montrer comment un couple peut durer dix ans ( comme le dit l’exergue, ne comptant que l’un sur l’autre) sans enfant, sans réussite particulière, sans changement de situation ni de logement, sans ascension sociale… on les appellerait des « losers relatifs »- mais ils sont gagnants puisque toujours ensemble, et surmontant vite les turbulences et passages à vide, pour se lancer dans d’autres mini-aventures ; des périodes se succèdent : on se passionne pour le végétalisme, la décoration d’appartement, diverses formes de sexualité ( ne sortant jamais de l’ordinaire), l’écriture de livres ( jamais achevés) , les séries télé, diverses sortes d’engagements sociaux ( vite renoncés) ; le tango, la littérature de fiction, et celle d'idées...

Ce couple banal et sans histoire, nous amuse et nous ennuie aussi un peu. Si au début, on pense au couple des Choses, la suite ressemble davantage à Bouvard et Pécuchet ( en moins drôle). Le roman vaut pour sa construction, son esprit satirique, les questions qu'il pose, et les réponses qu'il ne donne pas; par exemple, un couple ne peut-il tenir qu'en parfaite symbiose comme ces pigeons? Et de qui ou de quoi sont-ils exactement la dupe?

 

 

 

 

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 14:50

Albin Michel 2016, 379 pages.

Un petit village en France, Beauval, entouré de sous-bois épais. Juste avant Noël le 23 décembre, Le petit Rémi Desmets disparaît.  Il avait six ans.

Son voisin Antoine Courtin, 12 ans, n’avait que lui comme ami ; lui et le chien des Desmets renversé la veille par une voiture et achevé par M. Desmets.

Antoine avait construit une cabane dans un arbre : Rémi et le chien étaient les seuls à s’y intéresser. Emilie n’aimait pas cette cabane.

Après la mort du chien, et le désintérêt d’Emilie, Antoine avait détruit la cabane….

Les deux jours qui suivent, on recherche le possible kidnappeur de Rémi ; on arrête M. Kowalski, le patron de Madame Courtin, dont on a vu la camionnette sur la route près du sous-bois...

Puis vient la terrible tempête de 1999, qui est particulièrement forte vers Beauval et s’accompagne d’inondations. La battue du bois de St Eustache, s’avère impossible.

 

En 2011, Antoine est devenu médecin ; il ne veut plus rien avoir à faire avec Beauval, et partir loin avec son amie Laura. Des événements imprévus le ramènent à Beauval...

Tout le temps du roman, on est dans la conscience d’Antoine ; le suspens est constant : comme lui, on a peur, et on désespère… 

Le roman est bien agencé, on éprouve ce qu’il faut d’empathie et de crainte pour Antoine, on regrette qu’il ait gâché sa vie, en partie. La vie du village de Beauval, les commérages, les inimitiés, les non-dits, les retournements de situations savamment orchestrés,  tout là-dedans est criant de vérité.

 Je n’ai pas beaucoup lu de Pierre Lemaître : pour l’instant, ce roman est celui que je préfère…

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 12:37

Denoël, 302 pages 2016.

 

Après la Champagne et les montagnes albanaises, c’est en Patagonie que nous entraîne L’auteur. Toujours plus loin !

Dans la région des plaines au climat semi-aride, au début du vingtième siècle, nous partageons l’existence d’une famille d’éleveurs de vaches et moutons ; qui se compose de « la mère » , et ses fils :  les jumeaux Mauro, grand et fort ,son frère Joaquin, Steban dit le débile, et Rafael «  le petit ».

Ces êtres vivent d’une façon très frustres, ne se lavent jamais, ne vont pas à l’école, toute leur vie c’est le travail , d’abord s’occuper des bêtes, cultiver aussi un peu, toute la journée, sans aucun congé, et dès qu’ils savent marcher, ils bossent ! Ce qui frappe c’est l’extrême violence des rapports qu’on hésite à dire «  filiaux ». Ces êtres se haïssent et se craignent. Les aînés maltraitent les plus jeunes surtout le « petit » un peu moins le débile, qui a eu la riche idée de se faire passer pour tellement idiot qu’il intéresse moins la féroce jalousie des terribles jumeaux. La mère ne protège pas les plus jeunes. Elle les déteste tous, ne compte que leur capacité de travail. Et tout les quatre obéissent à la mère, et la craignent. C’est que la mère elle a réussi à faire fuir le père ( le débile en sait plus que les autres là-dessus…)

Un jour, à la ville, la mère a tout perdu au poker. Le fermier a gagné Joaquin qu’elle avait mis en jeu. Le voilà parti travailler chez un autre propriétaire.

Un autre jour, c’est Rafael, qui part à la recherche des chevaux qui se sont enfuis.

Ces deux départs vont amener des changements à la ferme.

 

Décrivant l’existence de cette famille de sauvages, rendus à un total dénuement affectif,  l’auteur nous montre les rapports de force, ( détruire le plus faible) et ce  qui est à la base du lien social : le sentiment de crainte ; les fils craignent la mère, et ne remettent pas en cause son hégémonie ; ils attendent aussi d’elle le nourrissage, tous les quatre, les bourreaux comme les victimes. Enfin, le travail  le rendement, le rapport à leurs animaux qui leur est d’un grand secours. Apparemment, ces êtres n’ont pas d’affection les uns pour les autres ; mais ils recherchent des alliances.  La progression du récit  montre l’humanisation de Rafael le « petit » capable de commencer à créer le fameux lien social, lorsque l’occasion lui en est donnée. En fait, il reste davantage que la poussière...

Le vocabulaire est très précis ; l’élevage des moutons et vaches n’a pas de secrets pour l'auteur, ni la vie élémentaire de chasseur-cueilleur, la nature est rude mais belle ( comme la voit Rafael) et il y a de la poésie dans ces pages austères. Encore une pleine réussite pour Sandrine Collette, une très bonne romancière.

Je n’aurais pas édité ce livre dans une collection de romans policiers. S’il y a un crime ou plusieurs, dans un roman, ce n’est pas une raison pour décréter que c’est un policier !

 

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 13:02

Stock, 2016, 537 pages.

Thomas , informaticien spécialisé dans la conception de logiciels de contrôle et surveillance ;ce soir il attend sa femme, Camille, également informaticienne. Il a préparé un repas pour les diex ans de vie commune ( elle n’aime pas dire «  mariage ») , mais ne sait si elle va pourvoir venir car elle est de plus en plus prise par son travail. En fait, elle ne viendra pas car elle a eu un grave accident de voiture, sur une route départementale en Normandie, où elle n’avait aucune raison de se trouver. A partir de cette tragédie, Thomas va devoir affronter les abysses du désespoir ; pour lutter contre l’affliction il enquête de façon pragmatique: connaître la cause de l’accident, et où sa femme allait ce soir là. Étude sérieuse, l’ordinateur de bord du véhicule, les objets du sac de Camille, le contenu du coffre, les demandes aux amis qu’elle avait ( et qu’il ne connaissait pas). Sa quête va également le mener vers son frère aîné éleveur de moutons dans les Pyrénées ; plus tard sa sœur qui gère une ONG au Cameroun… son job aussi il va devoir le réévaluer, ses rapports avec ses deux enfants…

Suite : le Moleskine. L’auteur utilise presque exclusivement le présent de narration, et les dialogues sans guillemets, très vivants,  pour instiller un sentiment d’urgence, exprimer les déplacements permanents de Thomas, dans ses pensées (retour dans le passé, cauchemars, sensations de perte et d’effroi) et dans la réalité ( il est toujours en mouvement, à pieds en voiture , en taxi, en tacots brinquebalants, escalade des montagnes des escaliers…) . Tout cela s’intègre à merveille dans le flux narratif, bourré de virgules, ce qui le rend à la fois souple et violent.  J’ai apprécié aussi les descriptions précises et toujours significatives de lieux auxquels on ne prête que peu d’attention d’ordinaire : des défilements de bâtiments dans  des zones industrielles, des  terrains vagues, des bords de route, des entrées d’immeubles etc.… traités aussi noblement que les paysages de montagne, et l’église abbatiale de Rouen. De toute façon la variété de lieux décrits à de quoi éblouir ! Je n’ai rien dit du Cameroun, pour la troisième partie, et c’est tout aussi impressionnant. En dépit des épreuves traversées, une fin plutôt optimiste.

Un très bon roman dit «  de la rentrée » .

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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 09:06

L’Olivier, 2015

Le narrateur apprend le décès d’un certain Jean-Michel Laborde, ancien maire de la ville de banlieue où il a grandi, ancien député, ancien ministre, et surtout ex-amant de sa mère.

Il y a vingt ou trente ans de cela, la famille d’Olivier, petite bourgeoisie apparemment sans histoire, a été bouleversée par scandale sexuel impliquant sa mère et ce Laborde. Ils auraient forcé des employées de la mairie à se livrer à des jeux sexuels en les menaçant ou leur promettant on ne sait quel poste bien payé (qu’elles n’obtinrent pas) les jeunes femmes, terrorisées, avaient toutefois fini par porter plainte…

Ce que raconte le narrateur, c’est le vécu et le devenir des enfants de ces familles, (son frère, lui, la fille du maire) livrés à eux-mêmes, alors que leurs parents engagés dans un processus complexe d’amour-haine, passent leur temps à se quereller violemment, piquer des crises échapper aux journalistes, les vies familiales ayant explosé, se réduisent à de perpétuelles tourmentes. A cela, le narrateur réagit par le repli sur soi, la distanciation, la fille du maire, la révolte, le frère aussi, et d’autres enfants choisissent de soutenir leurs parents corrompus, et de nier l’évidence.

Tout cela n’est pas mal vu…

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 09:50
Sorj Chalandon Profession du père *****

Grasset, 316 pages.

Le père, c’est André Choulans, le fils c’est Emile, la mère n’est pas nommée.

Nous sommes à Lyon, en 1961, Emile a 12 ans. Il vit avec ses deux parents dans un petit appartement. Le père est délirant et violent : il se dit agent secret, prétend faire partie de l’OAS et travailler dans le plus grand secret à l’élimination du général de Gaulle. Mais il affirme aussi avoir été chanteur ( un des Compagnon de la chanson!), et bien d’autres choses… Il paraît qu’Emile a un parrain américain ( Ted) qu’il n’ a jamais vu, mais il veille sur lui.

La mère ne dément pas. Elle n’y a pas intérêt car le père frappe fort (ceinture, coups de poing…) lorsqu’on le contredit, ou simplement lorsqu’il est de mauvaise humeur, et procède à toutes sortes de punitions (enfermement dans un placard, privation de nourriture…)

Ce qui arrive souvent.

L’essentiel de l’affaire, c’est que le père envoie Emile mettre des lettres d’insultes et de menaces dans la boîte aux lettres d’un député gaulliste qui vit dans un quartier proche du leur. Emile s’acquitte consciencieusement de sa tâche. Il embauche même un camarade de classe …

En réalité le père quitte rarement la maison et reste souvent au lit. On ne sait pas ce qu’il a fait autrefois ni comment il en est arrivé là ; il possède un béret rouge de para et un Mauser en état de marche ; on ne sait pas si ça lui a appartenu ou s’il l’a pris quelque part et fantasme dessus. De la famille de la mère, on n’apprend rien non plus. Apparemment c’est elle qui fait vivre la famille, elle travaille comme employée de bureau.

On peut regretter de ne rien savoir du vécu antérieur de ce couple, de ce qui les a amenés là…

Emile se console au musée des Beaux-arts devant le saint François de Zurbaran qui le fascine ; c’est même là que je découvre qu’on est à Lyon. Jusque là je les croyais à Paris !

Les services sociaux ne devraient-ils pas intervenir? Nul ne se plaint ; la mère est tellement habituée à cette vie, qu’elle est complice du père.Et même un peu dupe..

Emile croit un peu trop facilement ce que son père lui dit (il a 12, puis 13 ans…) mais il n’a connu que ça…et sa façon de jouer le jeu instauré par le père est aussi une manière de se défendre contre lui. En attendant mieux...

Huis clos terrible et plutôt bien rendu, écriture sobre, humour noir.les caractères sont fouillés, nous n'avons pas de personnages transparents ni de manichéisme, et le comportement de la mère, par exemple, est intéressant, en fait assez énigmatique.

La deuxième partie est traitée de façon plus sentimentale, et traîne un peu en longueur.

Je ne suis pas particulièrement intéressée par les écrits de Sorj Chalandon. Ici, c’est le titre du livre et son sujet qui m’ont incitée à le lire ! Je trouve que l’auteur a traité le sujet d’une façon assez convaincante. Je craignais le pathos, le lyrisme, il y en a mais pas trop !

J’ai eu un peu de mal à croire qu’Emile pouvait s’en tirer aussi bien dans sa vie d’adulte.

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 14:19
Joël Dicker le Livre des Baltimore ***

De Fallois, 450 pages

Marcus Goldman l’écrivain de « L’Affaire Harry Québert », s’est installé en Floride dans la maison de feu son oncle Saul ; il veut écrire un livre sur sa jeunesse et celle de ses cousins les « Goldman-de-Baltimore » avec qui il formait un clan particulièrement soudé : à présent, rien de tout cela n’existe plus, car il y a eu « le Drame » dix ans auparavant.

Marcus vivait avec ses parents à Monclair ; l’oncle Saul, ainsi que Hillel son fils, et Woody leur enfant adoptif, habitaient Baltimore avec un train de vie nettement plus élevé que la famille de Marcus. Celui-ci les admirait et les enviait : toutefois, il faisait partie du clan.

Avec les années il apparut que quelques fissures lézardaient le merveilleux groupe. L’affection inconditionnelle que se portaient les membres n’excluait pas la rivalité et parfois la haine… et les adultes ne sont pas en reste ! Jusqu’au fameux « Drame ».

Marcus revient en arrière, faisant alterner plusieurs périodes : certaines concernent l’enfance de Hillel, sa rencontre avec Woody, leur amitié, d’autres des moments de leur adolescence où se produisent des incidents qui paraissent mineurs mais auront leur importance par la suite, des moments d’après le Drame, de sorte que nous passons d’une époque à l’autre ( et il y en a une bonne douzaine) jusqu’à ce que soit élucidé complètement la véritable histoire des Goldman .

La construction du récit est bonne, et elle ménage le suspense et les révélations, mais le récit lui-même est souvent laborieux et le propos naïf. Ce qu’il y a de bon dans le roman, ce sont les personnages d’Hillel et Woody et l’évolution de leur relation. Le reste m’a déplu, je l’avoue.

Un exemple : Le personnage d’Alexandra ! Le narrateur est incapable de lui donner le moindre relief ! On reste à ignorer le type de chansons qu’elle compose (on a l’impression fâcheuse que ce sont de banales chansons d’amour…), on ne sait rien de son style d’interprétation, de son jeu de scène, et même sa personnalité se réduit à des superlatifs : géniale, extrêmement belle, pétillante…

Hillel et Woody mis à part, et un peu l’oncle Saul, les personnages ne sont pas caractérisés, ils n’ont rien de particulier. C’est bien dommage pour un roman de cette longueur ! Quant aux nombreuses pages sur le football, et le droit commercial, elles sont longues et répétitives… malgré les qualités de construction, et le duo Hillel-Woody, bien souvent le récit m’a fait l’effet d’un pensum.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 11:24
Poulets grillés; Le crime de Julian Wells; La Rigole du diable

Sophie Hénaff Poulets grillés ****+

Albin Michel, 2015, 340 pages.

Lauréate du prix du polar de Montigny 2015.

(Ce sera hélas le dernier salon du polar pour Montigny, la mairie ne veut plus le reconduire !)

Le directeur du quai des Orfèvres Buron a constitué une brigade de flics spéciaux ayant fait l’objet d’une commission disciplinaire, et mis au rancart. Dorénavant ils vont retravailler tous ensemble. Il leur a affecté un appartement grand mais décati avec des pièces pouvant servir de bureau, de vieux meubles, un antique téléphone en bakélite…

S’y retrouvent d’abord la commissaire Anne Capestan, coupable d’avoir tué un criminel sans la légitime défense. Elle dirigera le groupe. Ensuite viennent Lebreton écarté pour homosexualité, une autre jeune femme qui écrit une série policière à succès, le lieutenant Torres, accusé de porter malheur… et une dizaine d’autres tout aussi marginaux et bien typés.

Ces flics héritent d’affaires classées trop vite notamment l’assassinat d’une vieille dame, soi-disant un cambriolage qui a mal tourné, et celui d’un marin ayant fait signer une pétition pour indemniser les victimes du naufrage d’un ferry venant de Floride…

Les nouveaux enquêteurs, Capestan en tête ne tardent pas à s’apercevoir que les deux affaires sont liées.

Ce roman est fort agréable à lire, humoristique, et non dépourvu d’émotion, avec des formules amusantes, de l’action, du suspens, tout cela tiré d’une idée de départ originale, et dont l’auteur a su tirer tout le parti possible. Un premier roman très réussi !

Le crime de Julian Wells ****Thomas H. Cook

Seuil Policiers, 289 pages, 2015 édition originale en 2012

Après le suicide de son ami Julian, Philip cherche à comprendre ce geste car Julian n’a laissé aucune explication.

Philip est critique de livres ; Julian après des études de science politique, a failli devenir diplomate comme le père de Philip auquel il était attaché ayant perdu le sien trop tôt.

Finalement, il s’est consacré à l’écriture de livres dans lesquels il reprenait certaines affaires criminelles parmi les plus abominables que l’on puisse trouver, surtout en ce qui concerne la torture: ainsi reprit-t-il le massacre d’Oradour sur Glane, les exactions de Gilles de Rais, celles de la comtesse Bathory et d’autres affaires moins connues… décrivant par le menu ce qu’endurèrent les victimes. A chaque fois il se rendait sur place et prenait des foules de notes interviewait des gens.

Pourquoi cette fixation malsaine, se demandèrent souvent ses proches ? Qu’apportait-il de plus que quelques détails macabres et des réflexions un peu fumeuses sur le mal ? Puisque des passages des livres de Julian sont abondamment cités, le lecteur réfléchit à la portée du travail de Julian…de son obsession pour la torture il veut tirer quelque chose : un autre regard sur des affaires criminelles, une réflexion sérieuse.

Il semble que son témoignage sur un pays africain ( le Swaziland) ait une portée sociale importante ( c’est celui dont on parle le moins, dommage…) celui sur l’espion russe doit sans doute apporter aussi des informations intéressantes ; les autres semblent plus limités …

Philip se met à enquêter sur un secret que Julian lui aurait celé ; en effet, Julian a tout de même laissé un mot bizarre en dédicace de son premier livre : « A Philip, en souvenir de mon crime dont il fut témoin ». Il semble donc que cette pratique (écrire des livres sur les tortures criminelles) soit une sorte de pénitence que Julian s’était imposée. Et qui n’a pas suffi puisqu’il a fallu qu’il se tue ! Mais quel est son crime ? Qu’est ce qui a empoisonné sa vie ? Philip ne se souvient pas qu’il ait commis la moindre mauvaise action en sa présence !

Avec l’aide de Loretta la sœur de Julian, ils passent au peigne fin la vie de Julian, ce qu’ils en connaissaient, ce qu’ils peuvent en apprendre. Il semblerait que tout se soit joué en Argentine : Julian et Philip s’y rendirent encore jeunes, et visitèrent la ville à l’aide d’une jeune guide jolie et cultivée Marisol.

Marisol disparut soudainement à la fin de leur séjour, probablement victime de la Junte ( nous étions au début des années 80). Mais elle ne semblait pas devoir subir un tel sort, ne faisait pas de politique. A moins qu’elle ne soit différente de ce qu’elle paraissait ? Et si c’était Julian qui était autre que ce qu’il montrait ??

.

C’est un roman sur la culpabilité et les ravages qu’elle peut occasionner ; ce serait un bon livre si le narrateur Philip n’était pas aussi rasoir ! Il raconte en dix pages ce qu’il pourrait dire en trois et son délayage présente peu d’intérêt. Les nombreuses citations dont il truffe son récit font penser à Ken Bruen ( pour moi ce n’est pas un compliment…). On s’ennuie souvent, et c’est bien dommage, car l’idée de départ était excellente, le parcours de Julian intéressant…

Sylvie Granotier La Rigole du diable ****

Albin Michel suspense

Catherine Monsigny, jeune avocate, va plaider pour la première fois : Elle défens Myriam, accusée d’avoir empoisonné son mari Gaston. Myriam est une jeune femme noire émigrée du Gabon ; elle avait épousé un célibataire de 60 ans qui venait de perdre sa maman. Ça se passe dans la Creuse. Autrefois Catherine, à présent parisienne, a vécu aussi dans cette campagne lointaine : au cours d’une promenade, sa mère a perdu la vie battue à mort par un individu que la petite fille de 4 ans aurait pu voir sans en avoir conservé le souvenir.

Catherine vient de faire la connaissance de Cédric, petite quarantaine et entame une liaison qui n’est pas de tout repos. Elle s’en fait aussi pour son père, veuf depuis longtemps, seul et inquiet…

Le roman vaut par la psychologie d’au moins trois personnages : Myriam, accusée d’avoir empoisonné Gaston, une femme difficile d’approche, qui semble cacher pas mal de secrets ; Cédric l’amant tour à tour aimant, possessif, inquiétant, ironique, dont on ne sait quoi penser ; et le père de Catherine qui n’a jamais voulu révéler à sa fille quoi que ce soit sur le meurtre de sa mère.

Que sait-il au juste et que n’a-t-il pas voulu savoir ?

Poulets grillés; Le crime de Julian Wells; La Rigole du diable
Poulets grillés; Le crime de Julian Wells; La Rigole du diable

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 00:07
Antoine Choplin La nuit tombée

La Fosse aux ours, 2012, 121 pages.

Deux ans après la catastrophe de Tchernobyl, Gouri revient à Prypiat, où il vivait avec sa famille, désireux de récupérer un objet précieux dans son ancien appartement. A présent, ils sont domiciliés à Kiev, Gouri y est devenu écrivain public. Sa fille est malade, suite aux irradiations.

C’est pour elle qu’il va chercher cet objet encombrant, et il a attelé une remorque à sa moto.

En chemin, il s’arrête chez des amis dont le village est situé en dehors de la zone d’exclusion ; ils sont restés dans leur habitat.Le mari de Vera, Iakov, fit partie des liquidateurs, il a beaucoup travaillé pour la patrie, et il en est sorti gravement brûlé. Ses jours sont comptés.

A Gouri, qui n’a participé qu’aux premiers travaux visant à éteindre le réacteur, il raconte la suite des événements. D’autres amis viennent se joindre à eux. On mange on chante, on raconte, on boit de la vodka. Gouri va ensuite cheminer jusqu’à la ville-fantôme, où il a vécu des jours heureux ( Prypiat était une ville agréable, et jouissait d’installations culturelles), conduit par un jeune homme, Kouzma qui connaît bien l'endroit, et sait comment éviter les pillards aussi bien que les gardes qui surveillent la zone interdite.

Ce n’est pas un récit politique. Les personnages, tous plus ou moins atteints, et de diverses façons par la catastrophe encore toute proche, ne s’interrogent pas sur une éventuelle responsabilité des gouvernants, ni sur le bien ou mal fondé des centrales nucléaires. Le témoignage de ceux qui ont participé aux divers nettoyages de la zone, fait apparaître une fierté d’avoir fait son devoir de citoyen, de s’être exposé à des risques dont ils ne cherchaient pas à mesurer les conséquences.

Gouri, lui qui est plus ou moins l'intellectuel du groupe, voit les choses avec plus de recul, et ne dit pas tout ce qu’il pense… il écrit des poèmes dont plusieurs sont cités. Ses poèmes sont censés mettre en texte, et en chants, l’ensemble des sensations et pensées d'une communauté que lie l'expérience de cette catastrophe. Ils font apparaître une grande nostalgie, des terreurs de traumatisme allant jusqu’à la folie parfois, et aussi une certaine fascination pour ces lieux sinistrés. La fascination à voir la catastrophe d'après ses retombées ( une atmosphère de fin du monde, des arbres qui rougeoyaient dans la forêt …) mêlée au sentiment de perte : les gens s’accrochent à leur maison. Ils sont fiers de survivre « comme l’orchestre du Titanic qui continua à jouer alors que le navire s’enfonçait… » dit Gouri.

Un récit qui explore les mentalités des survivants, leurs façons de supporter un vécu difficile, de refuser d’être des victimes.

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 19:14
Honoré de Balzac Eugénie Grandet ****

Librairie Ernest Flammarion, 26 rue Racine Paris ( c’est un vieux livre, date d’impression non précisée) 285 pages.

vous pouvez le trouver en poche évidemment.

Saumur, de 1806 à 1826 environ

En 1806 monsieur Grandet dit aussi le père Grandet ou le Bonhomme a 56 ans s’est enrichi par l’usure et la spéculation, sans compter une existence très chiche à la limite de la pauvreté qu’il impose à sa femme et à sa fille Eugénie ( 10 ans).

Ex-tonnelier, il a fait fortune en achetant des biens du clergé confisqués et vendu pour peu de chose pendant la révolution. En 1806, il acquiert la Légion d’Honneur. Il bénéficie également cette année là de divers héritages lui venant de sa femme et de parents à lui.

Eugénie atteint 20 ans, des prétendants s’amènent : le notaire Cruchot (flanqué de deux de ses parents) laid et bien plus âgé qu’elle. Le fils Grassin, Adolphe dont la mère est coquette et rêve de Paris;. En même temps arrive de la capitale Charles Grandet, son cousin, dont le père s’est fait sauter la cervelle car il avait moult créances qu’il ne pouvait honorer et s’estimait ruiné et déshonoré.

Eugénie n’a jamais encore vu un jeune homme de bonne mine ; elle s’en amourache aussitôt. Charles, lui, a déjà une maîtresse une femme mariée qu’il conservera longtemps d’ailleurs. Eugénie ne lui déplaît pas et il est encore assez agréable, même si le narrateur laisse pointer habilement la canaille qui couve en lui.

Eugénie lui donne son « douzain » un certain nombre de pièces d'or de provenances diverses, un joli petit pécule, que papa lui a »donné » avec plein de guillemets car Le père Grandet ne donne jamais rien, et demande régulièrement à jouir de contempler l'argent dans sa matérialité ! Eugénie vient de braver un interdit…

Variation sur le thème de l’avarice, ce roman ( paru dans « scène de la vie de province » ) nous explique le mécanisme de l’enrichissement par l’usure, et c’est assez complexe ! je me suis souvent perdue dans les chiffres, les termes de finance, et ce qui n’arrange rien, c’est que les diverses monnaies de l’époque ne me sont pas familières. Bref je n’ai pas tout compris. Côté roman, on souffre de l’existence morne de la pauvre Eugénie, ( et encore plus de celle de sa mère) qui n’aura pas connu grand-chose de l’existence et subi bien des désillusions. Pourtant, elle ne cède pas tout, Eugénie… un roman sans concession, très noir, qui nous informe sur la mesquinerie la scélératesse la bêtise aussi, d’un groupe de provinciaux et parisiens ordinaires, extrêmement bien dessinés.

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