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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 09:06

L’Olivier, 2015

Le narrateur apprend le décès d’un certain Jean-Michel Laborde, ancien maire de la ville de banlieue où il a grandi, ancien député, ancien ministre, et surtout ex-amant de sa mère.

Il y a vingt ou trente ans de cela, la famille d’Olivier, petite bourgeoisie apparemment sans histoire, a été bouleversée par scandale sexuel impliquant sa mère et ce Laborde. Ils auraient forcé des employées de la mairie à se livrer à des jeux sexuels en les menaçant ou leur promettant on ne sait quel poste bien payé (qu’elles n’obtinrent pas) les jeunes femmes, terrorisées, avaient toutefois fini par porter plainte…

Ce que raconte le narrateur, c’est le vécu et le devenir des enfants de ces familles, (son frère, lui, la fille du maire) livrés à eux-mêmes, alors que leurs parents engagés dans un processus complexe d’amour-haine, passent leur temps à se quereller violemment, piquer des crises échapper aux journalistes, les vies familiales ayant explosé, se réduisent à de perpétuelles tourmentes. A cela, le narrateur réagit par le repli sur soi, la distanciation, la fille du maire, la révolte, le frère aussi, et d’autres enfants choisissent de soutenir leurs parents corrompus, et de nier l’évidence.

Tout cela n’est pas mal vu…

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 09:50
Sorj Chalandon Profession du père *****

Grasset, 316 pages.

Le père, c’est André Choulans, le fils c’est Emile, la mère n’est pas nommée.

Nous sommes à Lyon, en 1961, Emile a 12 ans. Il vit avec ses deux parents dans un petit appartement. Le père est délirant et violent : il se dit agent secret, prétend faire partie de l’OAS et travailler dans le plus grand secret à l’élimination du général de Gaulle. Mais il affirme aussi avoir été chanteur ( un des Compagnon de la chanson!), et bien d’autres choses… Il paraît qu’Emile a un parrain américain ( Ted) qu’il n’ a jamais vu, mais il veille sur lui.

La mère ne dément pas. Elle n’y a pas intérêt car le père frappe fort (ceinture, coups de poing…) lorsqu’on le contredit, ou simplement lorsqu’il est de mauvaise humeur, et procède à toutes sortes de punitions (enfermement dans un placard, privation de nourriture…)

Ce qui arrive souvent.

L’essentiel de l’affaire, c’est que le père envoie Emile mettre des lettres d’insultes et de menaces dans la boîte aux lettres d’un député gaulliste qui vit dans un quartier proche du leur. Emile s’acquitte consciencieusement de sa tâche. Il embauche même un camarade de classe …

En réalité le père quitte rarement la maison et reste souvent au lit. On ne sait pas ce qu’il a fait autrefois ni comment il en est arrivé là ; il possède un béret rouge de para et un Mauser en état de marche ; on ne sait pas si ça lui a appartenu ou s’il l’a pris quelque part et fantasme dessus. De la famille de la mère, on n’apprend rien non plus. Apparemment c’est elle qui fait vivre la famille, elle travaille comme employée de bureau.

On peut regretter de ne rien savoir du vécu antérieur de ce couple, de ce qui les a amenés là…

Emile se console au musée des Beaux-arts devant le saint François de Zurbaran qui le fascine ; c’est même là que je découvre qu’on est à Lyon. Jusque là je les croyais à Paris !

Les services sociaux ne devraient-ils pas intervenir? Nul ne se plaint ; la mère est tellement habituée à cette vie, qu’elle est complice du père.Et même un peu dupe..

Emile croit un peu trop facilement ce que son père lui dit (il a 12, puis 13 ans…) mais il n’a connu que ça…et sa façon de jouer le jeu instauré par le père est aussi une manière de se défendre contre lui. En attendant mieux...

Huis clos terrible et plutôt bien rendu, écriture sobre, humour noir.les caractères sont fouillés, nous n'avons pas de personnages transparents ni de manichéisme, et le comportement de la mère, par exemple, est intéressant, en fait assez énigmatique.

La deuxième partie est traitée de façon plus sentimentale, et traîne un peu en longueur.

Je ne suis pas particulièrement intéressée par les écrits de Sorj Chalandon. Ici, c’est le titre du livre et son sujet qui m’ont incitée à le lire ! Je trouve que l’auteur a traité le sujet d’une façon assez convaincante. Je craignais le pathos, le lyrisme, il y en a mais pas trop !

J’ai eu un peu de mal à croire qu’Emile pouvait s’en tirer aussi bien dans sa vie d’adulte.

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 14:19
Joël Dicker le Livre des Baltimore ***

De Fallois, 450 pages

Marcus Goldman l’écrivain de « L’Affaire Harry Québert », s’est installé en Floride dans la maison de feu son oncle Saul ; il veut écrire un livre sur sa jeunesse et celle de ses cousins les « Goldman-de-Baltimore » avec qui il formait un clan particulièrement soudé : à présent, rien de tout cela n’existe plus, car il y a eu « le Drame » dix ans auparavant.

Marcus vivait avec ses parents à Monclair ; l’oncle Saul, ainsi que Hillel son fils, et Woody leur enfant adoptif, habitaient Baltimore avec un train de vie nettement plus élevé que la famille de Marcus. Celui-ci les admirait et les enviait : toutefois, il faisait partie du clan.

Avec les années il apparut que quelques fissures lézardaient le merveilleux groupe. L’affection inconditionnelle que se portaient les membres n’excluait pas la rivalité et parfois la haine… et les adultes ne sont pas en reste ! Jusqu’au fameux « Drame ».

Marcus revient en arrière, faisant alterner plusieurs périodes : certaines concernent l’enfance de Hillel, sa rencontre avec Woody, leur amitié, d’autres des moments de leur adolescence où se produisent des incidents qui paraissent mineurs mais auront leur importance par la suite, des moments d’après le Drame, de sorte que nous passons d’une époque à l’autre ( et il y en a une bonne douzaine) jusqu’à ce que soit élucidé complètement la véritable histoire des Goldman .

La construction du récit est bonne, et elle ménage le suspense et les révélations, mais le récit lui-même est souvent laborieux et le propos naïf. Ce qu’il y a de bon dans le roman, ce sont les personnages d’Hillel et Woody et l’évolution de leur relation. Le reste m’a déplu, je l’avoue.

Un exemple : Le personnage d’Alexandra ! Le narrateur est incapable de lui donner le moindre relief ! On reste à ignorer le type de chansons qu’elle compose (on a l’impression fâcheuse que ce sont de banales chansons d’amour…), on ne sait rien de son style d’interprétation, de son jeu de scène, et même sa personnalité se réduit à des superlatifs : géniale, extrêmement belle, pétillante…

Hillel et Woody mis à part, et un peu l’oncle Saul, les personnages ne sont pas caractérisés, ils n’ont rien de particulier. C’est bien dommage pour un roman de cette longueur ! Quant aux nombreuses pages sur le football, et le droit commercial, elles sont longues et répétitives… malgré les qualités de construction, et le duo Hillel-Woody, bien souvent le récit m’a fait l’effet d’un pensum.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 11:24
Poulets grillés; Le crime de Julian Wells; La Rigole du diable

Sophie Hénaff Poulets grillés ****+

Albin Michel, 2015, 340 pages.

Lauréate du prix du polar de Montigny 2015.

(Ce sera hélas le dernier salon du polar pour Montigny, la mairie ne veut plus le reconduire !)

Le directeur du quai des Orfèvres Buron a constitué une brigade de flics spéciaux ayant fait l’objet d’une commission disciplinaire, et mis au rancart. Dorénavant ils vont retravailler tous ensemble. Il leur a affecté un appartement grand mais décati avec des pièces pouvant servir de bureau, de vieux meubles, un antique téléphone en bakélite…

S’y retrouvent d’abord la commissaire Anne Capestan, coupable d’avoir tué un criminel sans la légitime défense. Elle dirigera le groupe. Ensuite viennent Lebreton écarté pour homosexualité, une autre jeune femme qui écrit une série policière à succès, le lieutenant Torres, accusé de porter malheur… et une dizaine d’autres tout aussi marginaux et bien typés.

Ces flics héritent d’affaires classées trop vite notamment l’assassinat d’une vieille dame, soi-disant un cambriolage qui a mal tourné, et celui d’un marin ayant fait signer une pétition pour indemniser les victimes du naufrage d’un ferry venant de Floride…

Les nouveaux enquêteurs, Capestan en tête ne tardent pas à s’apercevoir que les deux affaires sont liées.

Ce roman est fort agréable à lire, humoristique, et non dépourvu d’émotion, avec des formules amusantes, de l’action, du suspens, tout cela tiré d’une idée de départ originale, et dont l’auteur a su tirer tout le parti possible. Un premier roman très réussi !

Le crime de Julian Wells ****Thomas H. Cook

Seuil Policiers, 289 pages, 2015 édition originale en 2012

Après le suicide de son ami Julian, Philip cherche à comprendre ce geste car Julian n’a laissé aucune explication.

Philip est critique de livres ; Julian après des études de science politique, a failli devenir diplomate comme le père de Philip auquel il était attaché ayant perdu le sien trop tôt.

Finalement, il s’est consacré à l’écriture de livres dans lesquels il reprenait certaines affaires criminelles parmi les plus abominables que l’on puisse trouver, surtout en ce qui concerne la torture: ainsi reprit-t-il le massacre d’Oradour sur Glane, les exactions de Gilles de Rais, celles de la comtesse Bathory et d’autres affaires moins connues… décrivant par le menu ce qu’endurèrent les victimes. A chaque fois il se rendait sur place et prenait des foules de notes interviewait des gens.

Pourquoi cette fixation malsaine, se demandèrent souvent ses proches ? Qu’apportait-il de plus que quelques détails macabres et des réflexions un peu fumeuses sur le mal ? Puisque des passages des livres de Julian sont abondamment cités, le lecteur réfléchit à la portée du travail de Julian…de son obsession pour la torture il veut tirer quelque chose : un autre regard sur des affaires criminelles, une réflexion sérieuse.

Il semble que son témoignage sur un pays africain ( le Swaziland) ait une portée sociale importante ( c’est celui dont on parle le moins, dommage…) celui sur l’espion russe doit sans doute apporter aussi des informations intéressantes ; les autres semblent plus limités …

Philip se met à enquêter sur un secret que Julian lui aurait celé ; en effet, Julian a tout de même laissé un mot bizarre en dédicace de son premier livre : « A Philip, en souvenir de mon crime dont il fut témoin ». Il semble donc que cette pratique (écrire des livres sur les tortures criminelles) soit une sorte de pénitence que Julian s’était imposée. Et qui n’a pas suffi puisqu’il a fallu qu’il se tue ! Mais quel est son crime ? Qu’est ce qui a empoisonné sa vie ? Philip ne se souvient pas qu’il ait commis la moindre mauvaise action en sa présence !

Avec l’aide de Loretta la sœur de Julian, ils passent au peigne fin la vie de Julian, ce qu’ils en connaissaient, ce qu’ils peuvent en apprendre. Il semblerait que tout se soit joué en Argentine : Julian et Philip s’y rendirent encore jeunes, et visitèrent la ville à l’aide d’une jeune guide jolie et cultivée Marisol.

Marisol disparut soudainement à la fin de leur séjour, probablement victime de la Junte ( nous étions au début des années 80). Mais elle ne semblait pas devoir subir un tel sort, ne faisait pas de politique. A moins qu’elle ne soit différente de ce qu’elle paraissait ? Et si c’était Julian qui était autre que ce qu’il montrait ??

.

C’est un roman sur la culpabilité et les ravages qu’elle peut occasionner ; ce serait un bon livre si le narrateur Philip n’était pas aussi rasoir ! Il raconte en dix pages ce qu’il pourrait dire en trois et son délayage présente peu d’intérêt. Les nombreuses citations dont il truffe son récit font penser à Ken Bruen ( pour moi ce n’est pas un compliment…). On s’ennuie souvent, et c’est bien dommage, car l’idée de départ était excellente, le parcours de Julian intéressant…

Sylvie Granotier La Rigole du diable ****

Albin Michel suspense

Catherine Monsigny, jeune avocate, va plaider pour la première fois : Elle défens Myriam, accusée d’avoir empoisonné son mari Gaston. Myriam est une jeune femme noire émigrée du Gabon ; elle avait épousé un célibataire de 60 ans qui venait de perdre sa maman. Ça se passe dans la Creuse. Autrefois Catherine, à présent parisienne, a vécu aussi dans cette campagne lointaine : au cours d’une promenade, sa mère a perdu la vie battue à mort par un individu que la petite fille de 4 ans aurait pu voir sans en avoir conservé le souvenir.

Catherine vient de faire la connaissance de Cédric, petite quarantaine et entame une liaison qui n’est pas de tout repos. Elle s’en fait aussi pour son père, veuf depuis longtemps, seul et inquiet…

Le roman vaut par la psychologie d’au moins trois personnages : Myriam, accusée d’avoir empoisonné Gaston, une femme difficile d’approche, qui semble cacher pas mal de secrets ; Cédric l’amant tour à tour aimant, possessif, inquiétant, ironique, dont on ne sait quoi penser ; et le père de Catherine qui n’a jamais voulu révéler à sa fille quoi que ce soit sur le meurtre de sa mère.

Que sait-il au juste et que n’a-t-il pas voulu savoir ?

Poulets grillés; Le crime de Julian Wells; La Rigole du diable
Poulets grillés; Le crime de Julian Wells; La Rigole du diable
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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 00:07
Antoine Choplin La nuit tombée

La Fosse aux ours, 2012, 121 pages.

Deux ans après la catastrophe de Tchernobyl, Gouri revient à Prypiat, où il vivait avec sa famille, désireux de récupérer un objet précieux dans son ancien appartement. A présent, ils sont domiciliés à Kiev, Gouri y est devenu écrivain public. Sa fille est malade, suite aux irradiations.

C’est pour elle qu’il va chercher cet objet encombrant, et il a attelé une remorque à sa moto.

En chemin, il s’arrête chez des amis dont le village est situé en dehors de la zone d’exclusion ; ils sont restés dans leur habitat.Le mari de Vera, Iakov, fit partie des liquidateurs, il a beaucoup travaillé pour la patrie, et il en est sorti gravement brûlé. Ses jours sont comptés.

A Gouri, qui n’a participé qu’aux premiers travaux visant à éteindre le réacteur, il raconte la suite des événements. D’autres amis viennent se joindre à eux. On mange on chante, on raconte, on boit de la vodka. Gouri va ensuite cheminer jusqu’à la ville-fantôme, où il a vécu des jours heureux ( Prypiat était une ville agréable, et jouissait d’installations culturelles), conduit par un jeune homme, Kouzma qui connaît bien l'endroit, et sait comment éviter les pillards aussi bien que les gardes qui surveillent la zone interdite.

Ce n’est pas un récit politique. Les personnages, tous plus ou moins atteints, et de diverses façons par la catastrophe encore toute proche, ne s’interrogent pas sur une éventuelle responsabilité des gouvernants, ni sur le bien ou mal fondé des centrales nucléaires. Le témoignage de ceux qui ont participé aux divers nettoyages de la zone, fait apparaître une fierté d’avoir fait son devoir de citoyen, de s’être exposé à des risques dont ils ne cherchaient pas à mesurer les conséquences.

Gouri, lui qui est plus ou moins l'intellectuel du groupe, voit les choses avec plus de recul, et ne dit pas tout ce qu’il pense… il écrit des poèmes dont plusieurs sont cités. Ses poèmes sont censés mettre en texte, et en chants, l’ensemble des sensations et pensées d'une communauté que lie l'expérience de cette catastrophe. Ils font apparaître une grande nostalgie, des terreurs de traumatisme allant jusqu’à la folie parfois, et aussi une certaine fascination pour ces lieux sinistrés. La fascination à voir la catastrophe d'après ses retombées ( une atmosphère de fin du monde, des arbres qui rougeoyaient dans la forêt …) mêlée au sentiment de perte : les gens s’accrochent à leur maison. Ils sont fiers de survivre « comme l’orchestre du Titanic qui continua à jouer alors que le navire s’enfonçait… » dit Gouri.

Un récit qui explore les mentalités des survivants, leurs façons de supporter un vécu difficile, de refuser d’être des victimes.

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 19:14
Honoré de Balzac Eugénie Grandet ****

Librairie Ernest Flammarion, 26 rue Racine Paris ( c’est un vieux livre, date d’impression non précisée) 285 pages.

vous pouvez le trouver en poche évidemment.

Saumur, de 1806 à 1826 environ

En 1806 monsieur Grandet dit aussi le père Grandet ou le Bonhomme a 56 ans s’est enrichi par l’usure et la spéculation, sans compter une existence très chiche à la limite de la pauvreté qu’il impose à sa femme et à sa fille Eugénie ( 10 ans).

Ex-tonnelier, il a fait fortune en achetant des biens du clergé confisqués et vendu pour peu de chose pendant la révolution. En 1806, il acquiert la Légion d’Honneur. Il bénéficie également cette année là de divers héritages lui venant de sa femme et de parents à lui.

Eugénie atteint 20 ans, des prétendants s’amènent : le notaire Cruchot (flanqué de deux de ses parents) laid et bien plus âgé qu’elle. Le fils Grassin, Adolphe dont la mère est coquette et rêve de Paris;. En même temps arrive de la capitale Charles Grandet, son cousin, dont le père s’est fait sauter la cervelle car il avait moult créances qu’il ne pouvait honorer et s’estimait ruiné et déshonoré.

Eugénie n’a jamais encore vu un jeune homme de bonne mine ; elle s’en amourache aussitôt. Charles, lui, a déjà une maîtresse une femme mariée qu’il conservera longtemps d’ailleurs. Eugénie ne lui déplaît pas et il est encore assez agréable, même si le narrateur laisse pointer habilement la canaille qui couve en lui.

Eugénie lui donne son « douzain » un certain nombre de pièces d'or de provenances diverses, un joli petit pécule, que papa lui a »donné » avec plein de guillemets car Le père Grandet ne donne jamais rien, et demande régulièrement à jouir de contempler l'argent dans sa matérialité ! Eugénie vient de braver un interdit…

Variation sur le thème de l’avarice, ce roman ( paru dans « scène de la vie de province » ) nous explique le mécanisme de l’enrichissement par l’usure, et c’est assez complexe ! je me suis souvent perdue dans les chiffres, les termes de finance, et ce qui n’arrange rien, c’est que les diverses monnaies de l’époque ne me sont pas familières. Bref je n’ai pas tout compris. Côté roman, on souffre de l’existence morne de la pauvre Eugénie, ( et encore plus de celle de sa mère) qui n’aura pas connu grand-chose de l’existence et subi bien des désillusions. Pourtant, elle ne cède pas tout, Eugénie… un roman sans concession, très noir, qui nous informe sur la mesquinerie la scélératesse la bêtise aussi, d’un groupe de provinciaux et parisiens ordinaires, extrêmement bien dessinés.

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 12:11
Mathias Enard Boussole ****+

Actes Sud, 375 pages.

Un musicologue viennois ( de nos jours) insomniaque, Franz Ritter ( Ritter signifie chevalier c’est humoristique par rapport au personnage ) ; sa nuit : il n’arrive pas à dormir et craint d’être atteint d’une grave maladie ; pour se désennuyer il convoque ses souvenirs de voyages en compagnie notamment de Sarah une femme française dont il a toujours été amoureux ( mais ils n’ont vécu ensemble que de brefs moments)

Leurs rencontres en Styrie au château d’Hainfeld, en Egypte en Turquie, à Istanbul ; en Syrie à Palmyre ; en France à Saché le château de Balzac, où le narrateur franco-autrichien passait des vacances. À Paris …

Sarah est archéologue a fait une thèse sur les représentations orientales dans la culture française. Avec elle, il est parti sur les traces d’aventurières fascinantes : Marguerite Andurain, Anne-Marie Schwarzenbach, Jane Digby…

Il évoque aussi ses moments musicaux les plus passionnants, le voyage de Liszt à Constantinople où il joua pour le sultan. Il est abondamment question de Thomas Mann et du Dr Faustus ( je n’avais pas pensé à cette lecture depuis longtemps, je suis bien aise qu’on me la rappelle !).

Les relations culturelles fructueuses entre le proche orient et l’Europe (surtout la France et l’Autriche) sont le leitmotiv de ce roman ( pas tout à fait roman, recueils de promenades de réflexions et d’histoires) ; on apprend par exemple que sur le manuscrit original de la Peau de chagrin la sentence mortifère, gravée sur le talisman était écrite en arabe.

Ce recensements de propos et de récits, parfois amusant, ou tenant du roman d’aventures, quelquefois lyriques ( sans exagérer), nostalgiques souvent, liés toujours à un lieu géographique et à une femme ( ou un ancien ami) en même temps qu'à une référence culturelle, fait penser quelquefois à la manière de Pascal Quignard. Mais l’écriture est plus souple, jamais péremptoire, les tonalités variées, et l’humour est au rendez-vous.

Curieux de l’orient ( au temps d’une magnificence disparue) de la culture germanique, de la littérature française du 19 eme siècle, et de la musique romantique, baroque, et moderne, du parcours de quelques femmes exceptionnelles, ce livre est pour vous.

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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 12:29
Antoine Choplin Une forêt d’arbres creux

La Fosse aux ours, 2015, 116 pages.

En 1941, Le dessinateur Bedrich Fritta de Prague est déporté à Terezin( le camp de Theresienstadt) avec sa femme Johanna et son petit garçon. Dans un premier temps ils souffriront de la faim et du froid mais ne seront pas torturés. Bedrich doit passer ses journées à dessiner des plans pour l’agrandissement du sinistre domaine ; il partage l’atelier avec d’autres juifs tous spécialisés dans les arts graphiques.

La nuit, les dessinateurs reviennent en secret dans l’atelier et se remettent au travail pour mettre ne scène sur papier leur quotidien et celui des autres déportés. Les réalisations sont dissimulées derrière un mur. Elles sont destinées à servir de témoignage quant à la vie réelle dans le camp. Une vie que l’on nous décrit avec simplicité et précision, un récit qui émeut et terrorise aussi.

Le titre se réfère aux deux arbres que Bedrich aperçoit par delà les barbelés à son arrivée au camp. Des arbres qui ne cachent pas la forêt de supplices au-delà d’eux.

Deux arbres ( des ormes pense-t-il) qui sont beaux jeunes et luxuriants déjà mais dont l’entrelacement complexe et chaotiques des branches induit une sensation angoissante, suggère la souffrance de ceux qui vivent au-delà de ces arbres. Pou lui, ce ne sont pas de vrais arbres, il visualise « un gouffre … s’ouvrant à la base du tronc ». Le narrateur compare les fils de fer barbelés derrière les arbres, à une portée musicale inférant des sons discordants « Drôle de portée avec ses barres de mesure, vide de toute mélodie, et contre laquelle, à y bien regarder, semble se disloquer la promesse des choses ». Au cours du récit, il y aura effectivement un concert…

La métaphore est très juste, et ce prologue donne le ton de l’ensemble. Le style est magnifique, travaillé sans être surchargé, une poésie amère et vraie s’en dégage.

A lire, impérativement ! j’avais déjà remarqué cet auteur avec « le Héron de Guernica»

Les dessins de Bedrich Fritta ont été exposés au musée Juif de Berlin ; vous pouvez télécharger le fichier et en profiter. Son style de dessin me fait penser à Bruno Schulz…

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 13:24
MathMathias Enard Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants.

Actes sud, 2010, 154 pages

1506 : Michel Ange embauché par le pape Jules, (le cardinal de la Rovere, tout aussi dangereux que son prédécesseur Borgia) , pour édifier le tombeau sur lequel devra se dresser la statue de Moïse, ne reçoit plus de subventions ; il est même éconduit. Fuit à Florence pour tenter de trouver un autre job. Là, miracle, un envoyé du sultan Bayazid le contacte : le souverain aimerait qu’il préside à la construction d’un pont sur la Corne d’Or à Constantinople, un pont reliant les deux parties de la cité. Même si Michel Ange a peur que le pape l’apprenne il est séduit par la nouvelle et originale commande.

Le récit c’est cet intermède oriental, raconté à la 3 eme personne d’une écriture sobre et de haute tenue ; nous apprenons à connaître le personnage fictif inspiré du grand sculpteur alors âgé de 30 ans, déjà auteur de la fameuse Piéta, homme timide orgueilleux grand travailleur curieux de tout. Ses découvertes : l’architecture de la cité ottomane de nombreuses lectures, la musique lors d’un spectacle somptueux, le désir amoureux, que les circonstances périlleuses ne permettent pas d’assouvir.

L’autre narrateur est cette chanteuse andalouse qui passe parfois la nuit auprès du maître, et lui tient un discours à la fois énamouré et réaliste. Ni l’un ni l’autre ne sont libres…

C’est un beau récit, très romanesque, mais lucide, et des personnages auxquels on s’attache d’emblée.

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 18:28
Laurent Binet La septième fonction du langage **

Grasset, 495 pages.

L’auteur imagine que Roland Barthes renversé par une camionnette et victime d’un traumatisme crânien qui lui fut fatal, a été victime d’un assassinat plutôt que d’un accident. Les conducteurs l’auraient heurté intentionnellement, et un individu de l’hôpital ( peut-être une infirmière ?)L’aurait achevé. Et pourquoi donc ? Il détenait un document important. Un document qui explique comment faire pour persuader d’une manière infaillible n’importe quel auditoire de faire n’importe quoi.

Vraiment ? Une telle recette peut-elle exister ? Non, bien sûr ! (Sauf dans la science fiction, on entre dans la pensée des gens par télépathie etc. vous avez lu des trucs de ce genre…)

Tout le monde le sait ! Le langage nous entraîne où il veut, et l’on n’a sur lui que peu de prises. Bien sûr on peut s’entraîner à l’art de persuader, au sophisme, et obtenir de brillants résultats dans les joutes oratoires… et on en lira quelques unes dans ce roman, qui tient de la satire ( bien lourde caricature de quelques intellectuels ) de la série policière, du roman d’aventure.

Bref un policier Bayard et un étudiant en sémiologie Simon mènent l’enquête. Simon est une sorte de Sherlock Holmes qui à observer les gens déduit immédiatement leur passé leur profession leur situation de famille leur niveau de vie etc.…

Ce roman grouille de clichés et cela saute aux yeux dès la première phrase : « la vie n’est pas un roman. C’est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du XXème siècle a toutes les raisons d’être angoissé au dernier degré. Sa mère est morte avec qui il entretenait des rapports très proustiens. «

Pourquoi ne pas dire simplement qu’il était très attaché à sa mère ? L’adjectif « proustien » est tellement tarte à la crème que cela me fait tiquer.

Personnellement je n’ai pas réussi à croire à cette histoire, je suis restée en dehors presque tout le temps. La façon dont l’auteur caricature Sollers, Kristeva, Foucauld, et Henri-Lévy est tellement appuyée que l’effet en est raté : je n’ai même pas souri ! Il y a beaucoup de pages où l’on subit les ébats sexuels extrêmement vulgaires de plusieurs personnages saisis du démon de midi-minuit, dans n’importe quelle position et dans les endroits les plus attendus comme les plus improbables un sauna, une photocopieuse, un cimetière, et que sais-je encore …

Seules m’ont plu les pages italiennes, notamment celles consacrées au carnaval de Venise, à certaine reconstitutions historiques, et dans une certaine mesure les joutes oratoires du club du Logos encore que les châtiments infligés aux perdants sont limite débiles !

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