Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 12:11
Mathias Enard Boussole ****+

Actes Sud, 375 pages.

Un musicologue viennois ( de nos jours) insomniaque, Franz Ritter ( Ritter signifie chevalier c’est humoristique par rapport au personnage ) ; sa nuit : il n’arrive pas à dormir et craint d’être atteint d’une grave maladie ; pour se désennuyer il convoque ses souvenirs de voyages en compagnie notamment de Sarah une femme française dont il a toujours été amoureux ( mais ils n’ont vécu ensemble que de brefs moments)

Leurs rencontres en Styrie au château d’Hainfeld, en Egypte en Turquie, à Istanbul ; en Syrie à Palmyre ; en France à Saché le château de Balzac, où le narrateur franco-autrichien passait des vacances. À Paris …

Sarah est archéologue a fait une thèse sur les représentations orientales dans la culture française. Avec elle, il est parti sur les traces d’aventurières fascinantes : Marguerite Andurain, Anne-Marie Schwarzenbach, Jane Digby…

Il évoque aussi ses moments musicaux les plus passionnants, le voyage de Liszt à Constantinople où il joua pour le sultan. Il est abondamment question de Thomas Mann et du Dr Faustus ( je n’avais pas pensé à cette lecture depuis longtemps, je suis bien aise qu’on me la rappelle !).

Les relations culturelles fructueuses entre le proche orient et l’Europe (surtout la France et l’Autriche) sont le leitmotiv de ce roman ( pas tout à fait roman, recueils de promenades de réflexions et d’histoires) ; on apprend par exemple que sur le manuscrit original de la Peau de chagrin la sentence mortifère, gravée sur le talisman était écrite en arabe.

Ce recensements de propos et de récits, parfois amusant, ou tenant du roman d’aventures, quelquefois lyriques ( sans exagérer), nostalgiques souvent, liés toujours à un lieu géographique et à une femme ( ou un ancien ami) en même temps qu'à une référence culturelle, fait penser quelquefois à la manière de Pascal Quignard. Mais l’écriture est plus souple, jamais péremptoire, les tonalités variées, et l’humour est au rendez-vous.

Curieux de l’orient ( au temps d’une magnificence disparue) de la culture germanique, de la littérature française du 19 eme siècle, et de la musique romantique, baroque, et moderne, du parcours de quelques femmes exceptionnelles, ce livre est pour vous.

Partager cet article

Repost0
31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 12:29
Antoine Choplin Une forêt d’arbres creux

La Fosse aux ours, 2015, 116 pages.

En 1941, Le dessinateur Bedrich Fritta de Prague est déporté à Terezin( le camp de Theresienstadt) avec sa femme Johanna et son petit garçon. Dans un premier temps ils souffriront de la faim et du froid mais ne seront pas torturés. Bedrich doit passer ses journées à dessiner des plans pour l’agrandissement du sinistre domaine ; il partage l’atelier avec d’autres juifs tous spécialisés dans les arts graphiques.

La nuit, les dessinateurs reviennent en secret dans l’atelier et se remettent au travail pour mettre ne scène sur papier leur quotidien et celui des autres déportés. Les réalisations sont dissimulées derrière un mur. Elles sont destinées à servir de témoignage quant à la vie réelle dans le camp. Une vie que l’on nous décrit avec simplicité et précision, un récit qui émeut et terrorise aussi.

Le titre se réfère aux deux arbres que Bedrich aperçoit par delà les barbelés à son arrivée au camp. Des arbres qui ne cachent pas la forêt de supplices au-delà d’eux.

Deux arbres ( des ormes pense-t-il) qui sont beaux jeunes et luxuriants déjà mais dont l’entrelacement complexe et chaotiques des branches induit une sensation angoissante, suggère la souffrance de ceux qui vivent au-delà de ces arbres. Pou lui, ce ne sont pas de vrais arbres, il visualise « un gouffre … s’ouvrant à la base du tronc ». Le narrateur compare les fils de fer barbelés derrière les arbres, à une portée musicale inférant des sons discordants « Drôle de portée avec ses barres de mesure, vide de toute mélodie, et contre laquelle, à y bien regarder, semble se disloquer la promesse des choses ». Au cours du récit, il y aura effectivement un concert…

La métaphore est très juste, et ce prologue donne le ton de l’ensemble. Le style est magnifique, travaillé sans être surchargé, une poésie amère et vraie s’en dégage.

A lire, impérativement ! j’avais déjà remarqué cet auteur avec « le Héron de Guernica»

Les dessins de Bedrich Fritta ont été exposés au musée Juif de Berlin ; vous pouvez télécharger le fichier et en profiter. Son style de dessin me fait penser à Bruno Schulz…

Partager cet article

Repost0
30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 13:24
MathMathias Enard Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants.

Actes sud, 2010, 154 pages

1506 : Michel Ange embauché par le pape Jules, (le cardinal de la Rovere, tout aussi dangereux que son prédécesseur Borgia) , pour édifier le tombeau sur lequel devra se dresser la statue de Moïse, ne reçoit plus de subventions ; il est même éconduit. Fuit à Florence pour tenter de trouver un autre job. Là, miracle, un envoyé du sultan Bayazid le contacte : le souverain aimerait qu’il préside à la construction d’un pont sur la Corne d’Or à Constantinople, un pont reliant les deux parties de la cité. Même si Michel Ange a peur que le pape l’apprenne il est séduit par la nouvelle et originale commande.

Le récit c’est cet intermède oriental, raconté à la 3 eme personne d’une écriture sobre et de haute tenue ; nous apprenons à connaître le personnage fictif inspiré du grand sculpteur alors âgé de 30 ans, déjà auteur de la fameuse Piéta, homme timide orgueilleux grand travailleur curieux de tout. Ses découvertes : l’architecture de la cité ottomane de nombreuses lectures, la musique lors d’un spectacle somptueux, le désir amoureux, que les circonstances périlleuses ne permettent pas d’assouvir.

L’autre narrateur est cette chanteuse andalouse qui passe parfois la nuit auprès du maître, et lui tient un discours à la fois énamouré et réaliste. Ni l’un ni l’autre ne sont libres…

C’est un beau récit, très romanesque, mais lucide, et des personnages auxquels on s’attache d’emblée.

Partager cet article

Repost0
5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 18:28
Laurent Binet La septième fonction du langage **

Grasset, 495 pages.

L’auteur imagine que Roland Barthes renversé par une camionnette et victime d’un traumatisme crânien qui lui fut fatal, a été victime d’un assassinat plutôt que d’un accident. Les conducteurs l’auraient heurté intentionnellement, et un individu de l’hôpital ( peut-être une infirmière ?)L’aurait achevé. Et pourquoi donc ? Il détenait un document important. Un document qui explique comment faire pour persuader d’une manière infaillible n’importe quel auditoire de faire n’importe quoi.

Vraiment ? Une telle recette peut-elle exister ? Non, bien sûr ! (Sauf dans la science fiction, on entre dans la pensée des gens par télépathie etc. vous avez lu des trucs de ce genre…)

Tout le monde le sait ! Le langage nous entraîne où il veut, et l’on n’a sur lui que peu de prises. Bien sûr on peut s’entraîner à l’art de persuader, au sophisme, et obtenir de brillants résultats dans les joutes oratoires… et on en lira quelques unes dans ce roman, qui tient de la satire ( bien lourde caricature de quelques intellectuels ) de la série policière, du roman d’aventure.

Bref un policier Bayard et un étudiant en sémiologie Simon mènent l’enquête. Simon est une sorte de Sherlock Holmes qui à observer les gens déduit immédiatement leur passé leur profession leur situation de famille leur niveau de vie etc.…

Ce roman grouille de clichés et cela saute aux yeux dès la première phrase : « la vie n’est pas un roman. C’est du moins ce que vous voudriez croire. Roland Barthes remonte la rue de Bièvre. Le plus grand critique littéraire du XXème siècle a toutes les raisons d’être angoissé au dernier degré. Sa mère est morte avec qui il entretenait des rapports très proustiens. «

Pourquoi ne pas dire simplement qu’il était très attaché à sa mère ? L’adjectif « proustien » est tellement tarte à la crème que cela me fait tiquer.

Personnellement je n’ai pas réussi à croire à cette histoire, je suis restée en dehors presque tout le temps. La façon dont l’auteur caricature Sollers, Kristeva, Foucauld, et Henri-Lévy est tellement appuyée que l’effet en est raté : je n’ai même pas souri ! Il y a beaucoup de pages où l’on subit les ébats sexuels extrêmement vulgaires de plusieurs personnages saisis du démon de midi-minuit, dans n’importe quelle position et dans les endroits les plus attendus comme les plus improbables un sauna, une photocopieuse, un cimetière, et que sais-je encore …

Seules m’ont plu les pages italiennes, notamment celles consacrées au carnaval de Venise, à certaine reconstitutions historiques, et dans une certaine mesure les joutes oratoires du club du Logos encore que les châtiments infligés aux perdants sont limite débiles !

Partager cet article

Repost0
20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 09:16
Delphine de Vigan D’après une histoire vraie

JC Lattès, 479 pages.

Après le succès de son roman autobiographique » Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine se sent un peu dépassée par les événements. Pendant des heures elle à dû signer des autographes à des gens qu’elle ne connaît pas ! Prise de vertige, elle se sauve, et se sent mal : ce roman lui a valu trop de médiatisation, et de l’inimitié parmi certaines personnes de sa famille, mises en scène dans le récit avec une transparence peut-être exagérée.

Delphine aspire à tourner la page ; elle dispose d’une intrigue fictionnelle, dans laquelle nul ne se reconnaîtrait ; mais elle peine à écrire cette nouvelle histoire. C’est dans ce contexte que surgit L., une femme que la narratrice ne nous désignera que par cette initiale bien qu’elle connaisse son nom. Tous les autres personnages ont un nom, mais L. reste anonyme dans le récit.

Cette femme, est élégante, à l’aise en public, dynamique, dominatrice ; en même temps elle semble dépendre de Delphine, car elle en vient à la contacter quotidiennement voire plusieurs fois par jour sous des prétextes divers. Pire encore, lorsque Delphine lui confie son problème d’écriture et sa nouvelle intrigue de roman, L. l’encourage à persister dans l’autobiographie. Il faut dire que L. est auteur de biographies pour les stars : elle écrit, certes, mais se tient en deçà de la littérature, et la littérature c’est en principe ce que vise Delphine…

Là où n’importe qui se sentirait harcelée, Delphine se laisse faire : elle croit avoir trouvé une amie parfaite à qui elle peut tout dire.

Le lecteur se demande jusqu’où ce duo mortifère va pouvoir aller. Il espère quelque chose de corsé ! Et il sera exaucé, plus ou moins, mais il faudra être patient…

Pour moi, c’est à peu près tout ! D’autres lecteurs ont trouvé que les longues conversations de Delphine et son double machiavélique enrichissaient le propos. Je n’en suis pas certaine. L. se borne à affirmer que Delphine doit rester dans « le vrai » le « vécu » le « réel », en gros ce qui se réfère clairement à une réalité tangible en dehors de la fiction. Et Delphine de rétorquer que peu importe : Le roman c’est une histoire à laquelle le lecteur veut croire ; il sait bien que l’auteur ne l’a pas inventée de toutes pièces : suivant les cas, il cherchera à démonter le processus, à identifier derrière les personnages des personnes existantes. Ou non.

J’avoue m’être ennuyée à suivre cette controverse. Toutes ces discussions à propos du degré de fiction requis pour faire un roman ne sont pas d’un grand intérêt parce que Le débat ne progresse jamais, elles ne font que répéter longuement les mêmes propos, tout en resserrant leur lien.

L’auteur voudrait nous livrer à la fois un genre de thriller psychologique à suspense et une réflexion sur le roman. La réflexion commence bien mais elle piétine ; le thriller est lent à venir. Le style est assez plat, l'écriture peu travaillée : même si je n'aime pas trop les fioritures, je souhaite être emportée par une belle écriture, quelques trouvailles, un rythme...! Ici, nous sommes bien dans le roman, mais ce n'est pas encore de la littérature.

Partager cet article

Repost0
6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 09:07
Jean-Paul Sartre La Mort dans l’âme ***

Folio 378 pages

3 eme tome des Chemins de la liberté, ce dernier roman me semble inachevé ; il est en tout cas beaucoup moins bon que les précédents.

Cette fois nous sommes en juin 1940 ; la guerre a été déclarée neuf mois auparavant ; nous retrouvons les personnages de l’âge de raison confrontés à ce nouvel état de choses

Gomez est à NY où il cherche du travail comme critique de peintre pour gagner sa vie. Il ne pense guère à Sarah et au petit Pablo, restés en France, et lancés sur les routes de l’exode avec peu de chances de parvenir à le rejoindre. Boris suite à une blessure sans gravité est démobilisé. Il a entendu parler par des amis du groupe de futurs résistants qui s’organise à Londres autour de De Gaulle et a une opportunité de les rejoindre. Ivich est à présent mariée, son mari ( Georges un personnage mineur du Sursis) est au front ; elle ne peut supporter sa belle-famille et s’est enfuie à Marseille où Boris veut la confier à Lola. Ivich déjà enfuie de chez ses parents dans le Sursis, avait trouvé refuge chez Mathieu, dans son appartement… mais on la quittait dans le roman précédent, déchirant le billet donné par Mathieu, puis couchant avec on ne savait quel type ( à présent on le sait). Elle ne voulait sans doute pas se faire entretenir par Mathieu mais cela aurait mieux valu que de tomber dans les premiers bras venus …

Daniel resté dans Paris occupé y rencontre le jeune Philippe cette fois réellement déserteur, l’héberge et cherche à le sonder se laisserait-il séduire ? On dirait que non…

Nous ne sauront pas ce que deviennent ces personnages abandonnés au milieu d’un tournant de leur vie… Sartre se focalise sur Mathieu : depuis neuf mois qu’il est soldat, il a de plus en plus l’impression de perdre son temps, s’ennuie à mourir, subit une sorte de déréalisation. Comme ses camarades, d’ailleurs… Il n’est pas en première ligne, mais décide de combattre à la première occasion. Et le voilà enfin agissant pendant quinze minutes avant de tomber (on le suppose) sous les coups de l’ennemi. Cette page est restée célèbre, elle n’est pas mal en effet.

La seconde partie très longue et passablement ennuyeuse nous fait suivre Brunet, également mobilisé, qui sera fait prisonnier par les allemands et se fera un ami qu’il gagne à ses convictions ( je n’ai pas compris ce qu’il avait pensé du pacte germano-soviétique, mais j’ai passé bien des pages…)

Partager cet article

Repost0
4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 21:20
 Jean-Paul Sartre Le Sursis ****+

Folio, 1972 ( 1ere publication 1945)

435 pages.

Nous sommes en septembre 1938 pendant cette semaine critique où plusieurs chefs d’état européens dont le sinistre chancelier Hitler sont réunis parce que le führer prétend chasser des territoires tchèques les ressortissants non-allemands, autrement dit démanteler la Tchécoslovaquie. Si les Français et les Anglais s’y opposent, la guerre sera inévitable.

Et de fait, tous les personnages de ce second opus qui suivent l’actualité ou sont informés par ouï-dire, s’attendent à la guerre.

L’auteur fait vivre une cinquantaine de personnages très variés dans leur quotidien pendant ces quelques jours ; l’attente de la guerre sera leur dénominateur commun.

Nous avons des gens directement concernés : à Prague, un couple tchèque déjà maltraité par ses voisins nazis et qui ne savent comment échapper à leur destin ; deux familles de juifs parisiens qui se déchirent ; certains se veulent français, prétendent oublier leurs origines croyant que cela les sauvera ; d’autres sont à juste titre effrayés, sachant l’existence de camps de déportations de juifs. Les chefs d’état réunis pour une soi-disant négociation qui se soldera par le recul face à l’agression hitlérienne ( la seconde après l’Anschluss) ; l’auteur montre bien la honte ressentie par Chamberlain et Daladier qui vont céder ; il s’introduit dans leur conscience…

Et dans celles des autres, les personnages de l’Age de raison, que l’on connaît déjà et quelques autres.

Beaucoup d’hommes sont invités à rejoindre leur caserne de rattachement, dont Mathieu le personnage principal de l’Age de raison toujours convaincu de la superfluité de son existence qui attend la guerre avec fatalisme et ennui ; mais aussi Boris le jeune amant de Lola, qui balance entre pacifisme et engagement, le cadre du Parti communiste Brunet et le simple militant mécano Maurice dont la rencontre inopinée montre les divergences ; le Général Gomez occupé à lutter contre la dictature d’Espagne délaissant sa femme et son fils, le jeune Philippe enfui de chez lui, qui veut militer pour la paix et se prend pour un déserteur, Gros Louis un brave berger venu des Pyrénées trouver du travail à Marseille ne sachant rien de la situation politique, une jeune violoniste et son ami de retour du Maroc connaissant des moments difficiles indirectement liés à la situation, des handicapés grabataires de tous âges sont déplacés de leur hôpital, l’un d’eux se révolte contre les agissements des « debout » … Dans ce roman « choral » s’entrelacent toutes sortes de vies humaines que l’on regarde exister pendant cette semaine où la guerre « en sursis » est repoussée une dernière fois.

L’auteur réussit à effacer la présence du narrateur omniscient pour rendre les aventures de ses personnages de façon très vivante. Tout cela me paraît très juste et bien vu, souvent pathétique, excepté les pénibles monologues du personnage de Daniel…

Partager cet article

Repost0
22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 11:28
Patrick Modiano Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier ****

Un titre qui interpelle surtout si on n'a pas du tout le sens de l'orientation...

Jean Daragane romancier solitaire reçoit un coup de téléphone : à la gare de Lyon on a retrouvé son carnet d’adresses ; un carnet périmé mais le nom de Guy Torstel y figure, avec un vieux numéro de téléphone qui n’est plus attribué ; ce nom intéresse Gilles Ottolini l’homme qui a retrouvé le carnet.

Il donne RDV à Daragane rue de l’Arcade (près du boulevard Haussmann) Daragane répugne à ce rendez vous il a l’impression que cet Ottolini veut le faire chanter ( mais à propos de quoi ?)

Avec Ottolini se trouve une certaine Chantal sa compagne. Daragane la rencontre seule : ils vont discuter à partir d’une robe assez curieuse avec un dessin d’hirondelles que Chantal doit parfois porter dans de pénibles circonstances. Jean perçoit bientôt qu’Ottolini est une sorte de voyou proxénète et joueur de casino. Chantal et Ottolino semblent parents d’individus auxquels Daragane eut affaire lorsqu’il était petit. Ils craignent que l’on enquête sur un meurtre déjà ancien.

Le récit se focalise sur plusieurs époques : l’époque actuelle où Daragane est tiré de sa tranquillité par les deux individus qui lui rappellent un passé pénible. Il tient bon grâce à un arbre qu’il contemple par la fenêtre de son studio : un tremble ou un charme. Ces deux mots « tremble ou charme » résument le ressenti de l’écrivain par rapport à ce passé fait de crainte et d’un certain enchantement… et son enracinement à ce passé.

Sa mère (dont il ne sait plus rien) l’avait confié à une certaine Annie Astrand à à St Leu la forêt … Daragane préfèrerait ne pas se souvenir, mais il est entraîné malgré lui à faire son enquête. Le second niveau de récit c’est le moment, où, déjà écrivain il revit cette femme … un court moment, cette femme pour qui il avait écrit un premier roman.

Un troisième niveau de narration le ramène petit garçon, à son vécu avec elle ; le passé sort de l’ombre, du moins un épisode douloureux une séparation d’avec cette maman de substitution qu’il avait bien aimée. Ne te perd pas dans le quartier était une phrase qu’elle avait écrite pour lui, lorsqu’il sortait seul ou rentrait seul de l’école.

On se passionne vraiment pour cette histoire, bien que Modiano l’ait déjà racontée de diverses façons sous d’autres angles. Sa façon de nous introduire pas à pas , à l’aide de divers indices ( des noms de personne, de lieu, des éléments clé comme un arbre, des rencontres fugaces avec des gens plus ou moins identifiés) sa manière d’opacifier les éléments pour en laisser apparaître un petit coin lumineux qui semble éclairer quelque chose de précis qu’on élucidera pas pour autant… tout cela continue à charmer et à faire trembler.

Partager cet article

Repost0
14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 09:21
 Georges Simenon Le Petit saint ****

Presse-Pocket, 1965, 186 pages.

C’est l’histoire de Louis Cuchas né fin du 19 eme siècle rue Mouffetard cinquième des six enfants de Gabrielle Cuchas, dont le mari alcoolique a disparu ; elle est marchande des quatre saisons aux Halles. A beaucoup d’amants de passage, et tout le monde dort dans la même pièce les enfants séparés des adultes par un simple drap tendu.

Louis est différent de ses frères et sœur, il est très observateur, se tient en deçà des histoires de la famille au jour le jour, bien qu’il se tienne au courant, et parle peu. La contemplation est son activité favorite. Un des amants de sa mère lui offre des crayons de couleur et joue avec lui aux échecs. Ces deux activités vont décider de son avenir. Il deviendra peintre après avoir aidé sa mère dans son métier et être devenu commerçant aux Halles pendant pas mal d’années. Peintre sans école, ni surréaliste, ni cubiste, ni rien de tout cela, mais pas non plus académique ou pompier. Un talent très personnel. Des tableaux sont décrits et permettent d’imaginer la chose.

Son surnom « petit saint » lui vient du fait qu’il ne se bagarre pas en classe, en rend pas les coups qu’on lui donne ( il est vraiment petit, ne dépassera pas 1m55) et reste franchement très raisonnable pour un garçon qui a reçu peu d’éducation et est entouré de mauvais exemples. Mais sa sagesse n’a rien d’un choix moral, elle est due à son indifférence pour les passions humaines. Il n’éprouve ni envie, ni jalousie, ni peine ni regret, tout entier plongé dans la contemplation.

Outre l’apprentissage de Louis qu’il rend crédible et assez intéressant, l’auteur décrit la vie des gens dans ce quartier populaire, où l’on est pauvre sans être nécessiteux. Les personnages de la famille de Louis sont bien rendus, peu fouillés (le roman est court)mais plus que de simples silhouettes.

Partager cet article

Repost0
27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 13:42
Olivier Adam Peine perdue**+

L’Olivier, 2014

Antoine, jeune chômeur, footballeur prometteur mais violent, fait un petit boulot dans un camping, dans les environs de la corniche de l’Estérel. Repeindre des mobil-homes. C’est là qu’il se fait fracasser la crâne, on ne sait pas par qui. Il n’a pas pu aller cherche Nino son petit garçon pour aller voir nager les dauphins. Et il n’ira pas de sitôt. En plus, une tempête menace…

On a 22 monologues à la troisième personne, de gens qui vivent là dans ce paradis pour touristes, qui est leur décor naturel car pour la plupart, ils y sont nés. Des jeunes gens de trente ans et des poussières, qui sont chômeurs, ou font des travaux difficiles et sous-payés ; avec des petits enfants (ou non). D’autres gens venus de Paris, à la dérive, squattant une maison, se droguant, souhaitant mourir pour x raisons…

Au début, on s’intéresse à eux, à leurs problèmes, jusqu’à la page 100 environ, puis on trouve que ça se répète, on passe pas mal de pages. Les défauts d’Adam sont toujours un peu les mêmes : forcer dans le misérabilisme, trop traîner dans le sentimental, manquer de sobriété. En faire trop. Il nous inonde, nous submerge comme la fameuse tempête …

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Nuagesetvent
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • Contact

Rechercher