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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 16:39

  Non-dits0

Minuit, 2000

 

Mathilde retourne dans une ferme abandonnée sur les lieux de son enfance et adolescence, pour tirer au clair un drame qui s’y est joué, et dont on n’a jamais parlé qu’à mots couverts, que l’on n’a jamais commenté. Il s’agit d’une sale histoire.

Il y avait trois sœurs : Léa, cultivée, mélomane, a reçu de l’éducation. Camille, effacée, boude tous les jours, et Lisa, pie jacassante et haineuse, assure la conversation. Les deux dernières ne sont pas du même père que Léa mais ne veulent pas qu’on en parle.

A la mort des parents, elles se retrouvent ruinées dans un grand domaine impossible à faire fructifier.

Léa fréquente secrètement Léonce, un jeune homme cultivée comme elle. Le secret leur plaît, mais le mariage est pour bientôt. La même Léa qui semble tout commander à la maison, « arrange » un mariage entre Thomas le fils des métayers et Camille, sa sœur. Thomas a toujours jalousé cette famille de propriétaires.  Il aime bien la ferme et pense que l’on pourrait tirer quelque chose de ce bâtiment et de ses dépendances. Il croit aussi et surtout que les propriétaires ont de  l’argent.

Il se fait avoir, s’endette, remet malgré tout la ferme sur pieds, et se venge en courtisant Lisa et délaissant Camille. Il essaie même de pervertir Mathilde, progéniture de Léonce …et Lisa. Car Léonce a fréquenté Lisa pour s’amuser et l’a mise enceinte. Tandis que Léa crève de haine, et devient la vieille fille au piano.

Léonce est malheureux en ménage, et ne sait comment aimer Mathilde avec qui il parlait des grandes choses de la vie ; Lisa est jalouse de la complicité père fille. Puis le drame se produit…

 


L’histoire est racontée ne une vingtaine de chapitres, courts, monologues de quelques pages. Mathilde, Thomas, Léa, Camille, Lisa, Léonce s’y expriment à tout de rôle, trois ou quatre fois chacun.

Passé et présent se mêlent dans la tête des narrateurs. Si chacun raconte bien l’histoire de son point de vue, il n’y a pas pour autant de « voix » différentes. Des façons de dire , des rythmes, phrases, vocabulaires, propres à chacun, il y en a un peu, mais pas suffisamment. C’est d’ailleurs très difficile à obtenir….

Non-dit ; un thème important. Gisèle Fournier ose parler  de choses apparemment démodées tels que les mariages arrangés, forcés ( ça n’arrive pas que dans les « populations immigrées ») où ça n’arrange rien du tout, du conjoint qui voudrait partir et n’y réussit jamais ( Camille n’a pas de métier), de la jalousie dans le couple, de l’enfant qu’on ne désirait pas, d’un temps où l’on ne choisit pas. Elle ose parler d’argent, d’ambition, de classe sociale, de différences culturelles  rendant la compréhension impossible au sein d’une même fratrie.

Bourdieu disait : « ce qui est obscène, ce n’est plus de parler du sexe, c’est de parler du social » .L’un dépend de l’autre, on le voit ici.

Et ce récit, intelligent, attachant, lucide et écrit de façon très classique, est tout de même publié aux éditions de Minuit.

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 12:33

Gallimard, 243 pages

Premier roman ; l’auteur est né en 1982. Ce n’est pas vraiment un roman ; c’est surtout un témoignage.

Damien North professeur de philosophie dans une université, accusé un jour de pédopornographie. On a trouvé dans le disque dur de son ordinateur des milliers de photos de ce genre, vraiment perverses.

Damien a 45 ans, et ne fréquente plus de femme depuis qu’il a perdu sa compagne douze ans auparavant. Elle était d’ailleurs beaucoup plus âgée que lui. Il se consacre à son travail, à ses recherches, et ne s’intéresse plus guère à la sexualité. Timide, aimant la solitude attaché à son existence bien rangée avec ses rituels. Il croit qu’un virus a ramené ces photos dans l’ordinateur. Mais on n’en trouve pas. Il est arrêté, et doit plaider coupable car selon son avocat, c’est le meilleur moyen de s’en tirer à bon compte. Aussitôt la chose sue, Damien est suspecté par son frère, accusé par une étudiante à qui il n’a rien fait, mais qui lui en veut d’une mauvaise note...

Le récit de l’erreur judiciaire montre des psychiatres d’une grande bêtise, un commissaire cruel et stupide, une justice aveugle, un avocat bien intentionné mais qui donne de mauvais conseils, et la société autour s’éloignant du prévenu, l’espionnant, croyant l’avoir vu mal se conduire. La charge est impitoyable, le témoignage accablant !

Par exemple, lorsque Damien se porte volontaire pour passer des tests de psychiatrie, destiné à évaluer son degré de dangerosité. Bien qu’il réussisse à réagir selon les normes d’un homme hétéro, on le juge encore plus suspect, on l’accuse de simuler la normalité, parce que son potentiel culturel est élevé.

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 21:33

LP 1er parution 1948 ; 285 pages.

Une ville non nommée, pendant une guerre, dans une situation ressemblant à Paris sous l’occupation. En tout cas un régime de dictature. Une ville (sans doute Flamande ?) où tous les personnages portent des noms germaniques.

Frank vit avec sa mère qui tient un salon de manucure (faux salon et vrai bordel) ; il a presque 19 ans et lui sert de rabatteur. En outre, il se fait de l’argent en se livrant à des trafics avec des voyous qu’il retrouve Chez Timo. Kromer, un de ses complices, de peu son aîné, se vante d’avoir étranglé une femme, et tué un homme. Il donne les détails. Frank décide de pratiquer l’homicide, lui aussi. La victime sera un militaire habitué de la brasserie, appelé « l’eunuque » ; il le poignardera et lui prendra son revolver. Dans une impasse, dans la neige, qui ne cesse de tomber.

Arrivé sur les lieux, il croise Gerhard Holst, un homme qui lui importe sans qu’il sache trop pourquoi. Holst et sa fille Sissy sont leurs voisins de palier ; ce sont des gens honnêtes et pauvres. A présent, Holst conduit des tramways, mais dans une autre vie, il était professeur. Frank voudrait que Holst le voie tuer l’eunuque avec son couteau.

Frank fait tout ce qu’il peut pour se faire remarquer avec ses activités illicites et tout l’argent qu’il gagne. Il se fait provoquant, et décide de séduire Sissy …

Un récit très sombre, où Frank à la recherche d’une raison de vivre et de l’approbation d’une figure paternelle, développe une attitude ambiguë et suicidaire.

Autour de lui gravite une société que l’état de guerre associé au totalitarisme a minée, et où la crapulerie et la misère sévissent. Sans compter la peur qui transforme les rapports humains. Tout cela est bien décrit par l’auteur .

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 21:45

Minuit, 2006, 373 pages.

A Bruxelles, le 28 mai 1985. Geoff et ses deux frères sont partis de Liverpool, leur ville, assister au match de football qui oppose Le club de cette ville, (dits les Reds) à la Juventus de Turin.

Geoff aurait préféré rester, il n’aime pas le foot, et n’ignore pas que ses frères, Doug en tête, sont des voyous. Pourtant, il espère depuis toujours, lui le petit dernier, se faire admettre dans la tribu familiale ( tout en souhaitant s’en détacher) ; on boit beaucoup, on jette des canettes de bière dans les pneus des voitures , on insulte tout le monde ; puis Geoff se rend compte que ses frères rejoignent un groupe de hooligans.

Jeff et Tonino eux aussi sont à Bruxelles ; ils viennent de Vendée. Étudiants en histoire de l’art, ils sont venus s'offrir quelques jours de détente. Tonino est originaire d’Italie du Nord. Ils font la connaissance d’un couple de jeunes, Gabriel et Virginie. Ceux-ci ont des billets pour le match que Gabriel vient juste de se faire offrir et il s’en vante imprudemment.

Le lendemain, Tonino et Jeff font connaissance d’un couple d’italiens jeunes mariés Francesco et Tana à qui leurs parents ont payé un voyage de noces qui comporte d’assister au fameux match.

Gabriel, furieux, rôde autour du stade pour retrouver Tonino et Jeff, qui ont volé leurs billets la veille.

La catastrophe a lieu : les hooligans et leurs copains (dont Geoff et ses frères) ont prit d’assaut une tribune et provoqué l’effondrement d’un mur et la chute d’un groupe de spectateurs : tombé les uns sur les autres, ils s’écrasent.

Polyphonique, le récit repose sur plusieurs monologues : Geoff le petit frère des hooligans qui a participé aux brutalités, Jeff l’ami de Tonino, et son rival malheureux en amour ; Gabriel qui assiste à la catastrophe de l’extérieur ; Tana, perdue dans la tourmente avec son jeune époux.

Les personnages sont complexes, travaillés par des élans conflictuels.

Le texte est très travaillé, souvent d’une grande beauté, et, le sujet s’y prête, d’une grande violence aussi. Les propos sont très vivants très dialogués, avec de longues plages de réflexion, et soudain l’affolement, et puis la stupéfaction. Fréquent changements de rythmes. Des leitmotivs scandent les récits, témoignant du ressassement des protagonistes, et poétisant le texte. C’est un récit élégiaque, surtout dans la seconde partie. Certains paragraphes s’apparentent au genre de la déploration.

Une belle œuvre.

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 15:54

Seuil 2013, 362 pages.

La narratrice évoque trois amies qui lui furent chères et qu’elle rencontra entre 16 et 18 ans au Lycée ou à l’université. C’est encore jeune, qu’elle les a perdues de vue, ou perdu tout court. Florence, Suzanne et Judith l’ont marquée à vie.

Trois femmes ! sont-ce les Moires, les Parques ???

L’évolution de la vie des trois amies et de la relation avec la narratrice donne lieu plusieurs chapitres : sentiment de l’innocence, la perception de l’existence, le sentiment sexuel, le surgissement du réel, le temps des désillusions. C’est là une approche plutôt philosophique de ce qu’elle sait de ses trois amies, ce savoir englobant leurs enfances, les moments où elle les fréquenta (quelques années intenses), et ce qu’elles sont devenues.

Voulant donner une vision complète des trois femmes, la narratrice raconte aussi l’histoire de leurs parents (voire de leurs grands-parents) . Cela m’a induite quelque peu en erreur au début. De sa rencontre initiale avec Florence, La narratrice opère un soudain glissement, de sorte que je croyais lire la vie de Florence alors que c’était celle de sa mère ! Ensuite on s’habitue à ces glissements narratifs.

Ce sont de beaux hommages à ces trois amies. Il est bien sûr question de l’effervescence intellectuelle qui entoura mai 68 et se poursuivit tout au long de la décennie suivante, pour décroître petit à petit. La narratrice est ses trois amies eurent l’occasion d’y participer. Avec Florence le festival d’Avignon et les turbulences du Living Theatre, avec Suzanne les cours de Deleuze et les expériences à la clinique de La Borde, avec Judith les séminaires de Lacan, Julia Kristeva, Benveniste. Les trois femmes sont différentes mais se ressemblent pourtant en quelques points : elles sont aventureuses, ont le goût du risque, se mettent volontiers en danger, se comportent de façon très « libérée » et la narratrice, toujours un peu en retrait, les admire, les accompagne et finit par ne plus les suivre…

La façon dont ces trois amitiés si originales, tournent court assez vite pour des raisons diverses, autodestruction, mauvais destin, traumatisme suite à une maladie, induit une profonde tristesse.

Au moins la narratrice peut se souvenir de ses amies en revivant des moments forts et de riches expériences, des moments encore perçus comme valables ; aucune de ses amies ne l’a trahie, méprisée, ou rejetée, et pour elle l’amitié n’est pas un vain mot.

Je n’ai pas reçu ce récit comme un roman. J’ai l’impression que l’auteure a utilisé ses souvenirs ( et peut-être enquêté pour approfondir) et n’a pas eu vraiment recours à la fiction. Pas davantage que dans le récit « A ce soir » , que j’ai également aimé. Chacun de ces destins de femme pourrait donner lieu à un roman, ou une biographie plus longue. On le souhaite car on s’est attaché à elles.

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 00:14

Seuil, 2013, 397 pages.

C’est une jeune femme de 25 ans, Nour, qui vient de quitter sa ville natale de Laghouat en Algérie pour rejoindre en France son mari Hassan.

Le couple avait d’abord vécu à Alger dans un studio. Hassan a un diplôme universitaire mais ne trouvait pas de travail. Il s’est lancé dans des combines, dont Nour ne savait rien, et ne voulait rien savoir.

Il est finalement parti en France, et a loué un appartement en Seine-Saint-Denis, dans la cité de Louveplaine, et devait travailler comme menuisier. N’ayant plus de nouvelles de lui, Nour prend l’avion.

Le récit décrit sept mois de sa vie à Louveplaine, une existence riche en événements et en épreuves.

Dans l’appartement presque vide, elle ne trouve que différentes sortes de drogues bien cachés, qu’elle finira par revendre lorsqu’elle aura rencontré Sonny. Ce lycéen de seize ans, un ami et collaborateur d’Hassan vient la voir, et s’occupe d’elle, la faisant participer aux diverses combines. Hassan et ses amis ne pratiquent pas seulement le trafic de stupéfiants mais l’organisation de combats de chiens dans les caves, spectacles sanglants qui attirent aussi de nombreux parieurs. J’ignorais jusqu’à l’existence de cette spécialité… Nour sympathise aussi avec Soufia une voisine infirmière, un vieux monsieur et son chien…

Le temps passe et Nour finit par bien connaître la cité, les amis de Sonny, les flics qui surveillent la cité les autres lycéens amis de Nour, et tout ce qui fait l’ordinaire de la vie là-bas : l’ascenseur qui ne fonctionne pas, le parc, l’autoroute, la tour Aragon que l’on va détruire sous ses yeux et la tour Triolet où elle survit tant bien que mal. Mais aussi des détails presque mythiques : le bois qui entoure Louveplaine et où l’on a vu un cerf ; le parc et ses splendeurs passées. Hélas Hassan lui-même reste introuvable…

C’est le deuxième roman d’une jeune romancière de trente ans, et ce texte est dans l’ensemble bien intéressant, parfois assez fort. L’univers qu’elle décrit est dur, impitoyable, mais elle sait le rendre attrayant et son intrigue est bien menée. Voulant donner de l’épaisseur à Louveplaine ainsi qu’à ses personnages, elle se lance aussi dans de nombreuses digressions concernant la vie et les sentiments des policiers du commissariat, du personnel de l’hôpital, l’historique de la cité et du parc, qui peuvent sembler un peu longs, mais le roman vaut le détour.

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:46

Grasset, 493 pages.

Nina et Samuel vivent une existence plutôt tristounette dans un studio à Clichy-sous-Bois. Lui, est travailleur social et elle mannequin pour Carrefour. Samuel écrit depuis longtemps et vise la grande édition. Ses manuscrits sont toujours refusés. Nina voudrait un enfant, elle frise la quarantaine, mais Samuel a toujours dit non. Enfant adopté, et deux fois orphelin, écrivain raté, il n’a plus envie de grand-chose.

Il y a vingt ans, étudiants ils vivaient déjà ensemble, lorsque leur ami commun Samir Tahar avait séduit Nina. Samuel l’avait regagnée suite à une tentative de suicide. Depuis, vingt ans se sont écoulés, et Samir a disparu de leurs vies.

Le couple tombe sur un reportage à la télévision : Samir est devenu un avocat réputé, et a épousé la fille d’un riche entrepreneur juif; il vit fastueusement à New-York. En outre, il ne s’appelle plus Samir… mais Samuel ! Et se prétend juif comme son ex-ami dont il a emprunté la biographie, ou du moins ses grandes lignes. En effet, Samir n’a obtenu son statut enviable, qu’au prix d’un mensonge sur ses origines. Sa vieille mère et son demi-frère maghrébins comme lui, vivent toujours dans la banlieue ouvrière dont il est issu, et nul ne sait leur existence, de même qu’ils ne connaissent pas la famille fondée par Samir aux Etats-Unis.

Samuel est jaloux et furieux contre son ex-ami, et Nina se souvient qu’elle l’a aimée… ils vont entrer en contact avec lui. Samuel veut s’assurer des sentiments de Nina à son égard, clarifier une situation depuis toujours bancale, et demander des comptes pour le vol de son identité.

La vie de ces trois personnages va changer complètement, suit à cette entrevue, et à d’autres péripéties. On se doute que Samir va devoir refaire face à ses origines…

C’est un récit qui coule comme un grand fleuve impétueux, bouillonnant, parfois majestueux, charriant une grande quantité d’alluvions. Abondance de phrases, d’adjectifs, de mots, ponctuation riche et marquée. Pour décrire une situation ou qualifier un élément, l’auteure emploie souvent plusieurs mots synonymes séparés par des tirets. Voilà qui instaure un certain rythme saccadé, violent. La narration se perd dans de longues digressions concernant la sexualité exubérante de Samir, les processus de naufrages lorsque les personnages ont tout perdu (ce qui leur arrive souvent) et les moments d’exaltation lorsque les mêmes sont follement heureux ou en tout cas bouleversés. C’est un récit cyclothymique (de nos jours on dit « bipolaire » je ne m’y habitue pas…) où l’on passe des sommets aux bas-fonds sans vraies transitions.

De nombreux personnages secondaires font de brèves apparitions et tous ont droit à de mini-biographies comme notes en bas de pages, ce qui m’a induite en erreur au début : j’ai eu l’impression qu’il y aurait un procès, et que ces notes avaient pour but de présenter les témoins qui viendraient à la barre !!

La colonne vertébrale qui tient le récit, c’est le personnage de Samir, dont le parcours et la personnalité intéressent et posent de vraies questions ; les autres ne sont que des faire-valoir ; le personnage de Nina m’a déçue, je l’aurai aimé plus consistant.

La fin est très bien.

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 08:47

Gallimard, 2013, 310 pages.

En Inde, dans la petite ville de Kovalam, sud du pays, se déroule un festival culturel organisé par l’Alliance Française. La maîtresse de cérémonie c’est Géraldine, une jeune femme d’origine bretonne, qui a épousé un Indien musulman (ce qui ne lui pose aucun problème religieux!). Les participants sont Charlotte, française installée à New-York, réalisatrice d’un film sur elle et sa meilleure amie, dont elle pleure le récent décès. Il y a aussi Roland, auteur d’essais pseudo-philosophiques, sexagénaire venu avec sa très jeune amie italienne Renata , sa énième compagne . Et il y a Raphaël Eleuthère (serait-il Grec ?) un romancier genre « beau ténébreux », qui plaît aux femmes et les déconcerte par ses manières brusques, imprévisibles, bizarres.

Chacun d’entre eux va essayer de promouvoir son œuvre à l’occasion du festival, et Géraldine l’animatrice va tenter de faire valoir ses qualités propres. Hélas, Géraldine se distingue par son impréparation, Roland perd des places au classement du Nouvel Obs, Charlotte ne peut pas visionner son film, et Raphaël endort les quelques auditeurs avec ses dissertations. Heureusement Cupidon et ses flèches redynamisent l’atmosphère !

Ce roman est très classique dans sa forme, sans ambition stylistique, on le lit pour l’intrigue, espérant qu’elle soit intelligente et bien menée.

Les problèmes amoureux des participants sont agréables à suivre, quoique sans originalité. On pourrait déceler de la critique sociale dans le déroulement de cette manifestation culturelle coûteuse et qui ne sert pas à grand-chose et où finalement tout le monde s’ennuie, ce qui a pour résultat d’attiser les passions… les errements des personnages dans les environs de Kovalam et Delhi constituent une promenade touristique un peu cliché mais pas caricaturale. Les récits des enfances et vies des personnages ennuient un peu, mais dans l’ensemble on se laisse entraîner sans déplaisir.

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 09:51

Minuit, 2013, 169 pages.

Je n’avais pas lu JP Toussaint depuis longtemps, quelques relectures mises à part. Je me méfiais de ses histoires de Marie, supputant que son humour très particulier lui faisait faux bond dans ce type d’entreprise.

Et me voilà tout de même suivant Marie, artiste spécialiste de la haute couture, et désirant s’investir »en marge de la mode, sur un terrain expérimental proche des expériences les plus radicales de l’art contemporain.

C’est donc la fameuse robe de miel ! on pense vaguement aux robes de Peau d’âne couleur de Temps, de Lune etc. Mais pas du tout !c’est une robe de haute couture sans couture il s’agit de tartiner (d’enrober si on veut) une pauvre fille de la substance en question sur certaines parties du corps (les autres seront poudrées) et la faire suivre par un essaim d’abeilles au son d’une certaine musique électronique.

Le spectacle est parfaitement réussi « le top-modèle martyr entouré de multiples figures de douleur figées, les visages européens, asiatiques, interdits, ralentis, arrêtés, comme dans une vidéo de Bill Viola… » Et même au –delà de ce que l’on avait espéré, puisqu’il y a de l’imprévu parfaitement assumé par Marie.

Des vidéos de ce Bill Viola, on peut en regarder une ou deux pour se mettre dans l’ambiance…c’est plus fantomatique, plus étrange que le tableau qu’on imagine, mais tout dépend aussi de l’éclairage.

Après ce prologue violent, axé humour noir, qui vérifie le vieux proverbe « Honey soit qui miel y pense », c’est la relation amoureuse du narrateur avec Marie qui prend le relai : les partenaires sont séparés, bien que toujours ensemble, c’est à ce prix que dure la relation. En effet, Marie absente, le narrateur attend son appel téléphonique en rêvant d’elle, et autour d’elle, se construisant des fantasmes, jouissant en quelque sorte de cette pause dans la relation, suspendue, mais laissant la possibilité d’une reprise.

Le portrait qui est fait de Marie, n'est pas d'abord celui d'une femme particulière, mais un ensemble de traits :femme d'affaire, artiste très tendance avec goût pour le sadisme, élégance de la mise, nue ou pas, dispositions d'harmonie avec le monde (elle se fond bien dans le décor, on pense à des femmes de Julien Gracq), un ensemble composite, d'où émerge de temps à autre, une femme quasi "normale" avec des problèmes et des attitudes sans surprise.

De Tokyo à l’île d’Elbe, d’un vernissage auquel le narrateur assiste en voyeur, à une suite d’incendies dans une Toscane automnale guère plus gaie que la place Saint-Supplice, d’un cimetière lugubre à un hôtel sans chauffage, Marie et son compagnon se refont une santé. On est content de voir que l’amoureux narrateur supporte aussi bien la présence de Marie que son absence, et continue à la rêver esthétiquement, sans oublier la réalité concrète.

On leur souhaite tout le bonheur possible !

Certaines situations ont ce même potentiel d'étrangeté et d'absurde qu'autrefois, mais dans l'ensemble, l'amoureux narrateur a changé de ton.

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 17:38

Actes-sud, 2013, 347 pages.

Scénariste en fin de vie, Milo, allongé sur un lit d’hôpital rêve ce que fut sa vie et celles de ses proches.

Cela prend donc la forme d’un scénario-roman, qui suit alternativement Milo, demi-indien devenu Québécois puis Brésilien d’adoption, depuis son enfance chaotique, jusqu’à son état actuel, mais aussi son grand-père Neil Noirlac, irlandais , rêvant de devenir écrivain, admirateur de Yeats, pris dans la tourmente de la guerre entre les deux Irlande et les Anglais, puis contraint à l’exil. Le troisième personnage Awinita fut la mère de Milo, Indienne Crie, prostituée et ses efforts pour en sortir.

Le narrateur introduit dans le roman son ami Paul Schwarz, metteur en scène, pour que le récit que nous lisons prenne l’apparence des prémices d’un éventuel long métrage. « Coécrit par Milo Noirlac et Paul Schwarz et produit par Blackout film ». Sombre programme !!

En tant que cinéaste, il intervient pour commenter le récit, indiquer si c’est un plan ou une séquence, les changements de point de vue et les ruptures « on coupe » ou les fondus , au noir le plus souvent, puisque le noir est la couleur dominante, indiquée dans le titre, le nom d’un personnage, et les humeurs de Milo son « noir du noir ». Le récit est « noir » aussi, on s’en rend compte soit très douloureux et avec peu de bonheur. Le fameux « on coupe » est à double sens et ces moments de ruptures scandent les récits à bon escient. Tout cela au rythme d’une danse brésilienne, la capoeira, dont les différentes figures donnent aux chapitres leurs noms.

Dans l’ensemble, Nancy Huston reste fidèle aux techniques de narration qu’elle affectionne et qui lui réussissent – parfois très bien- depuis les « Variations Goldberg », à savoir le monologue intérieur, le dialogue au style direct, une oralité maîtrisée exprimant des sentiments vifs que l’on ressent « à fleur de peau »mais non sans humour… évidemment noir !

Ici elle mélange de façon savoureuse plusieurs langages, le français du Québec, l’anglais canadien familier, avec parfois un peu d’allemand, des extraits de poèmes (Yeats et Shakespeare en particulier) le français écrit, et celui en phrases courtes et sans verbes du récit scénaristique. Cette forme de roman-scénario convient bien au talent particulier de l’auteur : les récits de vie des trois personnages mettent en scène des époques, moments d’Histoire, lieux et situations personnelles très variées. On aime particulièrement le « nous », appliqué au vécu douloureux d’Awinita, et l’histoire de Neil (la plus intéressante des trois).

Ce récit est ambitieux et dans l’ensemble très réussi, quoique un peu bavard. On ne « coupe » peut-être pas assez ?

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