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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 21:20
Yves Ravey Un Notaire peu ordinaire ***+

Minuit, 2013, 108 pages

Même si la première de couverture indique « roman » il s’agit d’une nouvelle, assez longue, qui pourtant m’a parue courte.

Après 15 ans de prison, Freddy est libre. Il avait été accusé d’avoir violé Sonia, une fillette de l’école maternelle. On croit comprendre qu’il n’y avait pas de vraie preuve. La conduite de Freddy en prison fut exemplaire et Dietrich son éducateur répond de lui, le loge à l’hospice, tente de lui trouve un emploi. Freddy lui, va à la pêche…

Freddy a adopté un chien ; il est à la rue et s’en va vers Mme Rebernak , sa cousine, demander l’hospitalité. Elle le rejette le supposant dangereux. Elle a une fille lycéenne Clémence, autrefois dans la même classe que l’infortunée Sonia. Et un fils un peu plus âgé, le narrateur de l’histoire. Les Rebernak ont un budget des plus justes ; Mme Rebernak est veuve et a obtenu un poste d’agent de service au collège à la mort de son mari. Elle le doit au notaire Montussaint, qui allait à la chasse avec son mari. Le mari a été victime d’un accident de chasse (c’est ce qu’on a dit) : son fusil est encore entre les mains de monsieur le notaire « qui nous a rendu tellement de services » ! Là on croit voir poindre l’humour noir…

Clémence sort avec Paul le fils du notaire, sauf que c’est le notaire qui s’intéresse à elle, et ce n’est pas récent …. Entre le danger Freddy et le danger Montussaint , Mme Rebernak tremble pour sa fille ,qui elle, n’a peur de personne…

Ce récit est bien écrit, sans effet de style, sans vraie intrigue ( on comprend tout de suite ce qui va se passe) les dialogues sont rapportés au style indirect libre, le récit coule bien. On ne saisit pas trop l’intérêt de cette histoire ; on est indigné bien sûr de la lamentable conduite du notable délinquant et jusque là couvert par ses magouilles et sa soi-disant respectabilité. Mais c’est un peu comme un fait divers bien relaté.

Le plus intéressant du roman est le personnage de Freddy : on ne sait rien de lui, sauf sa condamnation, le fait qu’il possédait une photo de classe de Maternelle et avait cerclé de rouge l’image de Sonia, le fait qu’il va à la pêche, et qu’il tente d’aider Clémence… inutile de chercher peut-être?. On n’a pas l’impression que l’auteur nous pousse à l’introspection.

Le narrateur ( le frère de Clémence) relate les faits de façon distanciée. Il n’est pas curieux de ce qui reste dans l’ombre : la personnalité de Freddy, dont on voudrait bien en savoir un peu plus…. Le titre est assez bizarre : le notaire, est très ordinaire à mes yeux, puisque dans ce type de récit, les notables sont toujours des crapules, et celui-là ne déroge pas à la règle !!

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 14:29

2001, 153 pages.

La narratrice évoque un moment de sa vie, la crise grave qu’elle traversa autrefois. C’est l’errance d’une très jeune femme, vivant dans une grande détresse morale mais aussi précarité matérielle , habitant un petite chambre près de la place Blanche, et n’ayant pour source de revenus qu’une place de baby-sitter préoccupante : en effet la petite fille qu’elle garde, vu l’abandon où elle est laissée lui fait penser à elle au même âge. Cette enfant vit prés du Bois de Boulogne, là où la narratrice, enfant, passa deux années décisives …

Mais ce ne serait rien si la jeune femme, incertaine de son identité ( cela faisait une douzaine d’années qu’on ne l’appelait plus « la Petite Bijou ») n’avait vu au métro Châtelet, une femme d’âge mur, dans un manteau jaune vieilli, une femme qui lui semble être sa mère. Elle n’en est pas absolument sûre, mais elle y croit. Or, sa mère qu’elle n’a plus revue depuis son départ précipité au Maroc est censée être morte là-bas. La narratrice, dont le vrai prénom est Thérèse, va la filer, repérer l’endroit où elle habite, près de la porte de Vincennes un immeuble miteux. Et peut-^tre la rencontrer pour être sûre… mais cette femme aperçue dans le métro l’a vue, elle aussi, et « son regard se posait sur moi, mais c’était le regard que les voyageurs échangent machinalement entre eux ».

A partir de cette mère-fantôme qu’elle poursuit tout en la fuyant, Thérèse arpente certains quartiers parisiens, cherche à se repérer dans son jeune passé marqué ^par la confusion, la douleur, la marginalité l’énigme. Au milieu de tout cela, ce pseudonyme adorable « La Petite Bijou » qu’elle porta à l’âge de 7 ans « son nom d’artiste » ; sa mère aussi avait changé de nom elle s’appelait « Comtesse Sonia O’Dayaué » et toutes les deux jouaient dans un film… cette espèce de conte de fée, qui n’est même pas un bon souvenir, comment et pourquoi a-t-il cessé ? comment la petite Bijou a-t-elle cessé d’être précieuse pour sa mère et son entourage, et l’a-t-elle vraiment été ?

Dans sa quête elle va être aidée par un jeune homme rencontré dans une librairie, qui travaille à résumer et traduire des émissions de radio en de nombreuses langues ( car il est polyglotte) et une pharmacienne réconfortante.

Ce personnage en pleine déréliction est l’un des plus poignants de l’œuvre de Modiano ; le roman est en apparence écrit simplement, mais fait d’une belle prose poétique. Le retour des néons verts qui apaisent la jeune femme, les appellations curieuses telles que cette langue « le persan des prairies » parlée par son ami, les courses affolées autour de la gare de Lyon, tant de trouvailles miraculeuses font de ce roman un vrai bijou… pas si petit que cela.

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 08:45

LOL

 

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C'est en 1964, que Margurite Duras, dont on fête le centenaire cette année, publie "Le Ravissement de Lol V.Stein".

 

 Lola Valérie Stein, jeune fille de dix-neuf ans appartenant à la bourgeoisie aisée de T.Beach,  est fiancée à Samuel Richardson ,autre jeune oisif. Un soir au bal du casino, Samuel s’éprend brutalement d’une étrangère, Anne-Marie Stretter. Lol et son amie Tatiana les regardent danser toute la nuit sans réagir ni l’une ni l’autre. Lol semble heureuse de les contempler. Les deux amants partis aux premières lueurs du jour, on éteint les lumières et Lol s’évanouit.

Après quelque temps de totale prostration, elle  rencontre Jean Bedford, violoniste, qui l'épouse, quoiqu’on la tienne pour folle, et la ramène dans sa ville natale S.Thala. Lol n'a pas à s'occuper de sa maison ni de sa progéniture. Elle marche dans les rues, au hasard, et fait une rencontre : Jacques Hold.

 

Le narrateur de l'histoire, c’est Jaques Hold,  médecin amant de Tatiana. Lol l'a vu en compagnie de Tatiana, et la voilà réintégrée dans le monde du désir : rejouer la scène du bal, mais en ayant le beau rôle...


Jacques Hold se laisse faire, d'une certaine façon...
Il aime Lol mais surtout décide de l’aider pour qu’elle sorte d’un état de confusion mentale consécutive à la « scène du bal ».

 Jacques Hold ne sait pas grand chose de l'affaire: «  C’est à partir du faux-semblant indiqué par Tatiana, de ce que j’invente sur la nuit du casino de T.beach, que je raconterai ensuite mon histoire de Lol V.Stein. »

C’est de son enquête, plus que d'amour, qu’il nous fait part, et elle se déroule chronologiquement.

-il se fait raconter Lol avant le bal selon les souvenirs de Tatiana : Lol  «  absente de sa propre existence », « cœur inachevé ». Tatiana n’a jamais cru que Lol  aimait son fiancé ni qui que ce soit. « elle vous filait entre les doigts comme de l’eau »

Et pourtant, après avoir perdu ce jeune homme, elle s'effondre! Pourquoi?

Lol se voit ravir (dérober) son fiancé sous ses yeux ,de la façon la plus  explicite, par Anne-Marie Stretter (personnage central du « vice-consul » qui fait ici une apparition pour « enlever » Michaël,  une proie facile).

Lol est ravie, elle jouit du spectacle au lieu d’en souffrir,  d’éprouver désespoir colère et haine à l’égard des protagonistes.

A la fin du bal,  lorsque les lumières s’éteignent, que le couple s’éclipse  la fascination retombe.

Jacques Hold l’emmène sur le lieu «  du crime » a-t’on envie de dire afin qu’elle puisse « vivre ce qu’elle n’a pas vécu »;

 

Cette histoire de couples à trois, où nul n'y trouve son compte, cette amitié entre deux femmes qui n'en est pas une, ce chagrin d'amour d'une jeune fille qui  ne s'en remet jamais... parce qu'elle ne l'a pas éprouvé, nous intrigue, et pourrait nous ennuyer à la fin, parce que le narrateur ressasse un peu toujours les mêmes phrases sans que rien ne puisse se régler.

L'autre problème, c'est que Duras nous place dans une sorte d'abstraction, où l'on voit se mouvoir des silhouettes, où l'on peut même se figurer pleinement "la scène du bal " mais les personnages évoluent dans un espace-temps quasiment sidéral, on suit leurs évolutions, on ne ressent pas d'empathie pour eux.


Et pourtant le problème de Lol nous concerne : nous sommes tous à un moment donné, complètement largués par quelqu'un qui se détourne de nous, qui nous replace en régression dans la position de l'enfant en  face de la dite scène primitive. Nous n'en sommes pas pour autant, comme elle,  frappés de folie durable, mais, tout de même...

 

  Les phrases dans LVS sont désincarnées, ressassées distantes, parfois  incantatoires :
Elles ressemblent autant que possible à l’héroïne Lol, absente à elle-même et au monde en même temps.

Le narrateur veut expliquer avec des mots la V ( érité) de Lol V. Stein.

La «  grâce ployante d’oiseau mort » d’Anne-Marie Stetter, « emblème d’une obscure négation de la nature, son élégance et son repos dans le mouvement …inquiétait. »

  Nous sommes invités à contempler cette danse de la scène du bal comme une danse macabre. C’est la mort incarnée dans une femme, qui est entrée dans la salle.

 Jacques Hold qui, au fond, s’ennuie avec Tatiana, voit en Lol la possibilité d’une dimension d’être supplémentaire,  mais c’est sur le mode du non-être qu’elle lui parvient. comme il est le narrateur, on se trouve nous aussi placés dans l'ennui et le non-être.
Lol et Hold se conjoignent phonétiquement, mais pas dans l'histoire où rien ne va advenir. Stein désigne sans doute l’état de Lol après le bal : pétrifiée.

 

Il y a de la poésie dans beaucoup d' heureuses formulations, et les relations entre ces personnes, pour insatisfaisantes qu'elles soient, me paraissent justes et bien vues. Maintenant que Marguerite Duras et ses emportements sont loin derrière, à tête froide, je trouve que ce texte, au moins, tient encore la route, me plaît encore.

 

 

Sources de Lol:

1) C’est dans un asile psychiatrique, et au cours d’un bal, que Marguerite Duras a «  rencontré » ( si l’on peut dire ) la jeune femme qui serait Lol V.Stein. Et tenté de la connaître. Lol l’a impressionnée parce que «  peu marquée par la maladie », ce qui est rare chez ceux qui vivent en institution. Avant d’écrire , elle imagine un scénario un film, et une actrice pour l’interpréter : Loleh Bellon.

 Elle pense que c’est une bonne chose «  que l’on puisse réagir comme Lol en perdant l’objet aimé sans souffrir, sans haine »…ces instants de dépossession de soi sont fréquents , tous l’éprouvent ; certains s’en rendent compte. Le « ravissement » ( rapture, fading) généralisé serait une sorte de fraternité supérieure , un monde où tout pourrait s’échanger, il n’y aurait pas de perte de l’objet car pas de possession non plus.
Mais Lol V.Stein  telle que Jacques Hold la décrit est une victime, non une marginale.

 

2) Alcoolisme : M.Duras était en cure de désintoxication lorsqu’elle écrivit  «  Le Ravissement » ; cela compte beaucoup pour l’explication du roman : les liquides y sont nombreux et pas de boisson forte. Ils habitent S.Thala ( abréviation de thalassa) au bord de l’eau, Lol » vous fuit entre les mains comme de l’eau » ; Jacques Hold veut boire «  le lait insipide et brumeux qui sort de la bouche de Lol »

 

3) Le « ravissement «  désigne enfin et en dernière analyse la position de l’écrivain en regard de ce qu’il écrit et aussi en regard du monde. L’étrange état de dépossession de soi de Lol est aussi le sien. Ce qu’il écrit est sa création, pas son monde. Il n’y vit pas autrement que Lol dans la « scène du bal » ; il en est fasciné et rejeté. 

La société où il vit le regarde à peu près comme on regarde Lol : absent parti vivant ailleurs, fou peut-être. Comme Lol il n’est ni dans son monde fictif ni dans le monde de la réalité.

Comment vivre cela  est aussi la question du livre. Mais «  Lol n’aurait pas écrit »  dit Marguerite.

 

 

 

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 15:15

Gallimard Verticales, 281 pages

Je dois être la dernière à lire ce roman, abondamment commenté dans les blogs et la presse. Je n'étais pas tentée : le sujet me stressait. Vivre deux cent et quelques pages dans un hôpital ,assister à la mort d'un jeune homme,en service de réanimation, partager la détresse de ses parents survivants, puis subir sans anesthésie une transplantation cardiaque minutieusement décrite, pas facile pour une malheureuse lectrice qui passe le plus clair ( ou sombre) de son temps à sentir rôder la mort !

Je me suis laissée faire, parce que le récit commence magnifiquement, glorieusement, par l'exercice de surf hautement jouissif de Simon Limbres, et qu'on est transporté. on ne pense plus à ce qui va suivre, et de fil en aiguille, la très belle écriture de Maylis de Kerangal ne nous autorise pas à lâcher prise. L'entrée en matière donne le ton : dans ce roman, on ne sera jamais au creux de la vague, presque toujours sur la crête, ou en ascension, avec de petites phases de repos, et c'est une vraie chance!

Tout en pratiquant une prose exigeante et sans concession, l’auteur ne s’adresse pas à un petit groupe d’initiés. On sent qu’elle écrit pour toucher le plus grand nombre de lecteurs possibles, avec beaucoup de générosité.

Bien que l’auteur parle surtout de la mort, la côtoie sans cesse, et nous promène dans un centre de réanimation et une salle d’opération pour nous relater avec le plus de précision possible une transplantation cardiaque, c’est un récit très vivant qu’elle nous livre là.

Il y a aussi cette ode non au progrès de la médecine, ce qui serait un peu plat, mais à la transgression des tabous, qui court à travers le texte, rappel des tableaux qui montrent l’anatomie humaine ( le Rembrandt bien sûr), des premiers savants qui osent ouvrir les corps les observer, manipuler les organes, décrire la circulation du sang. Parler du sang et de la circulation de celui-ci c’est rappeler que le corps est périssable, mortel, que sa substance est en perpétuelle transformation.

Pourtant le récit ne manque pas non plus du sens du sacré ; le personnage-clé de Thomas Rémige et son action ( infirmier coordinateur des dons d’organe, mais aussi réalisant une sorte de thanatopraxie sur le corps, et des rites funéraires incluant le chant »l’ode à la belle mort ») en témoigne ; certaines comparaisons du corps mort avec celui du Christ, aussi.

Le récit distille des pointes d’humour noir ( la receveuse Claire se demandant ce que l’on va faire de son cœur mal en point une fois qu’on le lui aura retiré , va-t-on le recycler ? Deviendra –t-il de la pâté pour chien ?) et il est aussi bien réaliste que semblable à une sorte de geste héroïque ; un héroïsme pourtant humble, et tous les jours recommencé. Les personnages sont en état de tension extrême, assoiffés de perfection dans ce qu’ils font, et éprouvent aussi souvent la jouissance que la crainte ( qui va avec, d’ailleurs).

De longues phases bien charpentées,la syntaxe est à la fois savante et simple à suivre, de belles métaphores, une ponctuation généreuse, un vocabulaire juste et précis, pas si technique qu’on l’a dit ( le minimum pour que l’on comprenne la situation) et d’une grande beauté. le mélange de réalisme cru et de sublime fait merveille. Sans doute y-a-t-il quelques petites choses en trop : le personnage de Juliette et celui de Rose ne s'imposaient pas, et l'on passe vite les pages les concernant.

L'ensemble demeure excellent.

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 22:46

LP, 1970, 610 pages

1ere publication en 1964

C’est un roman autobiographique car si Violette écrit à la première personne et se désigne par ses prénoms et patronyme authentiques, elle change les noms de certaines des personnes qu’elle met en scène. Elle écrit ce livre en 1963 dans un village du Vaucluse où elle s’est retirée et relate sa vie de la naissance en 1907 jusqu’en 1944, à la Libération, avec de fréquents retour à son quotidien de femme seule écrivant et vivant en milieu rural.

Elle est donc née d’une très jeune fille, servante dans une maison bourgeoise, et du fils de famille, qui ne la reconnut pas. La mère de Violette, femme débrouillarde et pleine de ressources, obtient une pension de la part de la famille du garçon pour l’éducation de l’enfant illégitime. Plus tard elle se mariera et réussira dans le domaine de la couture et du prêt-à -porter. Violette ne connut pas son père, mais elle put fantasmer sur son compte, voire l’imiter, tant sa mère en était amoureuse. Outre ces deux personnages, c’est sa grand-mère « Fidéline » qui lui a laissé, dans son enfance, un souvenir impérissable. Evoquer cette femme sous diverses appellations « l’ange Fidéline » ; « ma vieille pomme ratatinée » est un soutien pour Violette dans les heures sombres.

Après l’enfance, nous avons les années de pensionnat, où elle connut des amours homosexuelles, une longue liaison avec une femme, un mariage raté, une alliance longue et conflictuelle avec Maurice Sachs écrivain et organisateur de trafics en tout genres. Les personnages sont mis en scène sous un angle qui les rend ambigus, insaisissables, attachants et détestables, toujours singuliers.

A Paris, Violette a de multiples occupations professionnelles toutes en rapport avec l’édition, la littérature, le journalisme. Elle fréquente des écrivains et des artistes. Pendant la guerre, elle se révèle très douée pour le marché noir.

Si ce récit nous intéresse, c’est que l’auteur a une écriture très personnelle, où l’on reconnaît d’emblée un écrivain. Ce qui frappe, c’est son talent inépuisable pour inventer des métaphores originales.

Je cite au hasard :

« Toute une saison d’ouragan et de tempêtes voulait naître dans ma gorge. Je soulevai mon rideau de percale, la soirée par la fenêtre était un défi de douceur. »

« Elle s’est levée, elle s’est occupée de son bébé ; il dormait de ce sommeil idéal : celui d’une pâquerette en plein champ dans la fraîcheur de sept heures du soir »

Ce ne sont pas les meilleures, mais elles sont plaisantes et justes malgré leur excentricité. Et dans le roman, il n’y en a pas qui sonnent faux, en dépit de leur abondance.

La narration est souple vivante, les dialogues, les descriptions nous plongent immédiatement dans le monde de l’auteur. Tout en maintenant le registre de la confidence au lecteur, elle n’est pas pour autant sentimentale, et se tient dans une familiarité humoristique. Elle nous fait aimer aussi bien la ville que la campagne, les cheminements sous la pluie, les querelles d’amoureux déçus, les comptes d’apothicaire. .. Un véritable écrivain.

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 17:21

L’Archipel (suspense), 2013.

Le jour de l’Armistice 1918, Léonie, une jeune femme pleine de vie, prend des notes en vue d’écrire un article qu’elle espère faire publier à l’Excelsior ou au Petit Parisien. Seule, sans nouvelle de son mari parti au Front, elle doit se débrouiller pour vivre. Il lui a laissé un appartement, mais aucun argent pour subsister. Léonie est une femme instruite, qui fréquente les artistes et écrivains de Paris. Elle pense à Guillaume Apllinaire « Krosto » qu’on va enterrer bientôt.

Pourtant la fin de la guerre la met dans un état particulier. Elle vient de décider que c’en était fini des corsets, et des jupes longues. Elle aspire à la liberté. D’abord, à présent, elle ira seule au café !

C’est là qu’elle rencontre Edgar, un très bel homme, revenu du Front avec juste une blessure au flanc gauche. Très vite, elle devient sa maîtresse. Edgar prétend être dans le commerce de l’art, entrepose des toiles dans sa chambre, un Modigliani, un Soutine… lui propose une participation sur les ventes. Edgar va pourtant disparaître, après une sortie au théâtre, et Léonie le rechercher en compagnie d’un autre ex-soldat, Norbert Rameaux, photographe professionnel. A eux deux ils forment une paire de journalistes émérites ; Très vite, Léonie se fait un nom de plume « Lys de Pessac ». On soupçonne qu’Edgar disparu n’est pas un individu recommandable…. Doivent-ils le rechercher pour le livrer à la police, et Léonie renoncer à lui ?

Pendant quelques mois, et 300 pages, l’auteur brosse la vie intellectuelle et artistique du Paris de 1918/19, une vie passionnante. Il nous fait croiser Modigliani et sa maîtresse Jeanne, Gertrude Stein et Alice Toklas, Cocteau et Radiguet, Breton et Tzara… Léonie se transforme en femme émancipée des années folles, amorce une nouvelle vie amoureuse, participe à des enquêtes criminelles, dont l’une la concerne personnellement, l’autre est une affaire célèbre qui a remué l’opinion, et il y aura aussi l’attentat dont Clémenceau réchappa.

Avant d’être un roman policier, c’est un récit historique où l’on plonge brièvement mais avec intérêt dans cette société de l’immédiat après guerre.

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 16:39

  Non-dits0

Minuit, 2000

 

Mathilde retourne dans une ferme abandonnée sur les lieux de son enfance et adolescence, pour tirer au clair un drame qui s’y est joué, et dont on n’a jamais parlé qu’à mots couverts, que l’on n’a jamais commenté. Il s’agit d’une sale histoire.

Il y avait trois sœurs : Léa, cultivée, mélomane, a reçu de l’éducation. Camille, effacée, boude tous les jours, et Lisa, pie jacassante et haineuse, assure la conversation. Les deux dernières ne sont pas du même père que Léa mais ne veulent pas qu’on en parle.

A la mort des parents, elles se retrouvent ruinées dans un grand domaine impossible à faire fructifier.

Léa fréquente secrètement Léonce, un jeune homme cultivée comme elle. Le secret leur plaît, mais le mariage est pour bientôt. La même Léa qui semble tout commander à la maison, « arrange » un mariage entre Thomas le fils des métayers et Camille, sa sœur. Thomas a toujours jalousé cette famille de propriétaires.  Il aime bien la ferme et pense que l’on pourrait tirer quelque chose de ce bâtiment et de ses dépendances. Il croit aussi et surtout que les propriétaires ont de  l’argent.

Il se fait avoir, s’endette, remet malgré tout la ferme sur pieds, et se venge en courtisant Lisa et délaissant Camille. Il essaie même de pervertir Mathilde, progéniture de Léonce …et Lisa. Car Léonce a fréquenté Lisa pour s’amuser et l’a mise enceinte. Tandis que Léa crève de haine, et devient la vieille fille au piano.

Léonce est malheureux en ménage, et ne sait comment aimer Mathilde avec qui il parlait des grandes choses de la vie ; Lisa est jalouse de la complicité père fille. Puis le drame se produit…

 


L’histoire est racontée ne une vingtaine de chapitres, courts, monologues de quelques pages. Mathilde, Thomas, Léa, Camille, Lisa, Léonce s’y expriment à tout de rôle, trois ou quatre fois chacun.

Passé et présent se mêlent dans la tête des narrateurs. Si chacun raconte bien l’histoire de son point de vue, il n’y a pas pour autant de « voix » différentes. Des façons de dire , des rythmes, phrases, vocabulaires, propres à chacun, il y en a un peu, mais pas suffisamment. C’est d’ailleurs très difficile à obtenir….

Non-dit ; un thème important. Gisèle Fournier ose parler  de choses apparemment démodées tels que les mariages arrangés, forcés ( ça n’arrive pas que dans les « populations immigrées ») où ça n’arrange rien du tout, du conjoint qui voudrait partir et n’y réussit jamais ( Camille n’a pas de métier), de la jalousie dans le couple, de l’enfant qu’on ne désirait pas, d’un temps où l’on ne choisit pas. Elle ose parler d’argent, d’ambition, de classe sociale, de différences culturelles  rendant la compréhension impossible au sein d’une même fratrie.

Bourdieu disait : « ce qui est obscène, ce n’est plus de parler du sexe, c’est de parler du social » .L’un dépend de l’autre, on le voit ici.

Et ce récit, intelligent, attachant, lucide et écrit de façon très classique, est tout de même publié aux éditions de Minuit.

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 12:33

Gallimard, 243 pages

Premier roman ; l’auteur est né en 1982. Ce n’est pas vraiment un roman ; c’est surtout un témoignage.

Damien North professeur de philosophie dans une université, accusé un jour de pédopornographie. On a trouvé dans le disque dur de son ordinateur des milliers de photos de ce genre, vraiment perverses.

Damien a 45 ans, et ne fréquente plus de femme depuis qu’il a perdu sa compagne douze ans auparavant. Elle était d’ailleurs beaucoup plus âgée que lui. Il se consacre à son travail, à ses recherches, et ne s’intéresse plus guère à la sexualité. Timide, aimant la solitude attaché à son existence bien rangée avec ses rituels. Il croit qu’un virus a ramené ces photos dans l’ordinateur. Mais on n’en trouve pas. Il est arrêté, et doit plaider coupable car selon son avocat, c’est le meilleur moyen de s’en tirer à bon compte. Aussitôt la chose sue, Damien est suspecté par son frère, accusé par une étudiante à qui il n’a rien fait, mais qui lui en veut d’une mauvaise note...

Le récit de l’erreur judiciaire montre des psychiatres d’une grande bêtise, un commissaire cruel et stupide, une justice aveugle, un avocat bien intentionné mais qui donne de mauvais conseils, et la société autour s’éloignant du prévenu, l’espionnant, croyant l’avoir vu mal se conduire. La charge est impitoyable, le témoignage accablant !

Par exemple, lorsque Damien se porte volontaire pour passer des tests de psychiatrie, destiné à évaluer son degré de dangerosité. Bien qu’il réussisse à réagir selon les normes d’un homme hétéro, on le juge encore plus suspect, on l’accuse de simuler la normalité, parce que son potentiel culturel est élevé.

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 21:33

LP 1er parution 1948 ; 285 pages.

Une ville non nommée, pendant une guerre, dans une situation ressemblant à Paris sous l’occupation. En tout cas un régime de dictature. Une ville (sans doute Flamande ?) où tous les personnages portent des noms germaniques.

Frank vit avec sa mère qui tient un salon de manucure (faux salon et vrai bordel) ; il a presque 19 ans et lui sert de rabatteur. En outre, il se fait de l’argent en se livrant à des trafics avec des voyous qu’il retrouve Chez Timo. Kromer, un de ses complices, de peu son aîné, se vante d’avoir étranglé une femme, et tué un homme. Il donne les détails. Frank décide de pratiquer l’homicide, lui aussi. La victime sera un militaire habitué de la brasserie, appelé « l’eunuque » ; il le poignardera et lui prendra son revolver. Dans une impasse, dans la neige, qui ne cesse de tomber.

Arrivé sur les lieux, il croise Gerhard Holst, un homme qui lui importe sans qu’il sache trop pourquoi. Holst et sa fille Sissy sont leurs voisins de palier ; ce sont des gens honnêtes et pauvres. A présent, Holst conduit des tramways, mais dans une autre vie, il était professeur. Frank voudrait que Holst le voie tuer l’eunuque avec son couteau.

Frank fait tout ce qu’il peut pour se faire remarquer avec ses activités illicites et tout l’argent qu’il gagne. Il se fait provoquant, et décide de séduire Sissy …

Un récit très sombre, où Frank à la recherche d’une raison de vivre et de l’approbation d’une figure paternelle, développe une attitude ambiguë et suicidaire.

Autour de lui gravite une société que l’état de guerre associé au totalitarisme a minée, et où la crapulerie et la misère sévissent. Sans compter la peur qui transforme les rapports humains. Tout cela est bien décrit par l’auteur .

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 21:45

Minuit, 2006, 373 pages.

A Bruxelles, le 28 mai 1985. Geoff et ses deux frères sont partis de Liverpool, leur ville, assister au match de football qui oppose Le club de cette ville, (dits les Reds) à la Juventus de Turin.

Geoff aurait préféré rester, il n’aime pas le foot, et n’ignore pas que ses frères, Doug en tête, sont des voyous. Pourtant, il espère depuis toujours, lui le petit dernier, se faire admettre dans la tribu familiale ( tout en souhaitant s’en détacher) ; on boit beaucoup, on jette des canettes de bière dans les pneus des voitures , on insulte tout le monde ; puis Geoff se rend compte que ses frères rejoignent un groupe de hooligans.

Jeff et Tonino eux aussi sont à Bruxelles ; ils viennent de Vendée. Étudiants en histoire de l’art, ils sont venus s'offrir quelques jours de détente. Tonino est originaire d’Italie du Nord. Ils font la connaissance d’un couple de jeunes, Gabriel et Virginie. Ceux-ci ont des billets pour le match que Gabriel vient juste de se faire offrir et il s’en vante imprudemment.

Le lendemain, Tonino et Jeff font connaissance d’un couple d’italiens jeunes mariés Francesco et Tana à qui leurs parents ont payé un voyage de noces qui comporte d’assister au fameux match.

Gabriel, furieux, rôde autour du stade pour retrouver Tonino et Jeff, qui ont volé leurs billets la veille.

La catastrophe a lieu : les hooligans et leurs copains (dont Geoff et ses frères) ont prit d’assaut une tribune et provoqué l’effondrement d’un mur et la chute d’un groupe de spectateurs : tombé les uns sur les autres, ils s’écrasent.

Polyphonique, le récit repose sur plusieurs monologues : Geoff le petit frère des hooligans qui a participé aux brutalités, Jeff l’ami de Tonino, et son rival malheureux en amour ; Gabriel qui assiste à la catastrophe de l’extérieur ; Tana, perdue dans la tourmente avec son jeune époux.

Les personnages sont complexes, travaillés par des élans conflictuels.

Le texte est très travaillé, souvent d’une grande beauté, et, le sujet s’y prête, d’une grande violence aussi. Les propos sont très vivants très dialogués, avec de longues plages de réflexion, et soudain l’affolement, et puis la stupéfaction. Fréquent changements de rythmes. Des leitmotivs scandent les récits, témoignant du ressassement des protagonistes, et poétisant le texte. C’est un récit élégiaque, surtout dans la seconde partie. Certains paragraphes s’apparentent au genre de la déploration.

Une belle œuvre.

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