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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 16:46

Seuil (Fiction et Cie) 2013, 330 pages.

Peu après la mort de Louis XIV, le Régent Philippe d’Orléans prend un bain et la décision de marier le futur Louis XV alors âgé de 11 ans avec la petite infante Anna Maria Victoria fille du Roi d’Espagne ; afin que les deux pays persévèrent dans leur bonne entente, et surtout parce que l’infante n’a que 4 ans et ne risque pas d’avoir un héritier de sitôt. Or Philippe espère régner ; son neveu l’ayant toujours écarté du pouvoir et des grandes décisions. Pour que le marché soit équitable, il donnera sa plus jeune fille âgée de douze ans à l’héritier du trône d’Espagne Luis, encore adolescent.

Le récit raconte l’histoire de cette transaction, le déroulement de ces mariages arrangés, en s’attachant aux destinées des deux princesses : la petite Marie Anne Victoire, venue d’Espagne avec ses poupées et sa nourrice, charmant toute la cour, en espérant toujours être aimée de Louis, et Louise-Elisabeth d’Orléans parachutée à la cour d’Espagne avec pour nouvelle famille une belle-mère tyrannique, un beau-père voyeur et un jeune époux niais et tremblant.

Les portraits des deux fillettes, leur façon de s’accommoder (ou pas) de ce qu’on attend d’elles, sont saisissants de vérité. On découvre que l’on peut à la fois être une princesse et « un paquet de linge sale ». Que la gloire et la déchéance peuvent survenir dans la prime enfance. Les second rôles sont nombreux et tous intéressants. On aime surtout la Princesse Palatine (Elisabeth Charlotte de Bavière) une femme vraiment exceptionnelle qui mériterait un roman pour elle seule. Un autre personnage écrivain, le Duc de Saint-Simon, n’a pas ici le beau rôle, il serait plutôt vu à travers ses ridicules.

Réalisme cru, poésie et humour noir se mêlent avec bonheur dans ces descriptions des familles princières et de leurs intérêts : goût ou horreur du pouvoir, hypocrisies et flatteries, des travers que l’on connaît bien, mais si bien mis en scène, qu’on dévore ce roman intelligent et sensible d’une seule traite.

Voir aussi de Chantal Thomas les Adieux à la Reine .

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 16:54

L’Olivier, 153 pages.

Emma a envoyé Tristan à la chasse. Ils ont emménagé dans un petit village et Tristan doit s’intégrer. Le voilà donc parti avec trois acolytes pour complaire à Emma, qui le veut chasseur et viril, sinon rien. Tristan a du mal à jouer le jeu avec les trois types plus âgés que lui, dont il ne comprend pas les manières brutales, et n’aime pas le langage grossier. Le rituel de la chasse lui semble complexe. Il a tiré un lapin et l’a vite fourré dans sa gibecière. Le lapin vit encore et même s’exprime, poursuit une conversation secrète avec Tristan ; ils discutent des différences entre animaux et humains. Avec ses compagnons, en revanche c’est de plus en plus difficile… Voilà que Dumestre, le plus agressif tombe dans un trou. Les autres partent chercher du secours, et Tristan reste près de l’orifice. Il tente de communiquer avec le blessé …

On peut dire de ce texte, à l’allure de fable plus ou moins philosophique, qu’il est bien écrit, et pourtant le style m’agace. Le parti pris est celui du monologue intérieur à la troisième personne, qui va avec souplesse et fluidité de Tristan au lapin, et à un troisième individu, Farnèse. Des phrases courtes et quelques bonheurs d’expression. L’intrigue est plutôt relâchée, le vécu de certains personnages (la maman de Tristan, le nommé Farnèse, Emma…) est peu crédible parce que trop outré. Mais c’est une fable et l’on ne peut pas demander à une fable d’être réaliste. Sauf que je suis en peine de trouver la moralité, ni ce qu’a voulu dire l’auteur.

Extrait « Me pendre, oui, très simplement, pour arrêter ce que je n’ai pas le moyen d’arrêter autrement. Me pendre pour me punir (à ces mots, un afflux de sang au ventre, à la tête, la transe du soulagement, la danse de la culpabilité vaincue), hum, comme ce serait bon d’être bonne. Mais cela ne dure pas. La punition ne saurait laver l’injure, ni faire disparaître la souillure ».

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 15:56

Arléa 1er Mille, 219 pages.

A l’occasion d’une admission à l’hôpital pour s’être blessé au bras, Jacques, la soixantaine, universitaire grammairien, doit dire son groupe sanguin. Laurence, sa fille de 35 ans environ, est présente. Ce groupe sanguin, comparé au sien, permet de dire qu’ils ne sont pas du même sang. Jacques l’admet mais ne veut rien dire de plus. En fouillant dans la chambre de sa mère, Laurence exhume des lettres d’un certain Guillermo Zorgen. Des lettres et des poèmes, plutôt lyriques et exaltés. Comment sa mère a-t-elle connu cet homme ?

Elle se renseigne sur Zorgen. Dans les années 70 il fut le chef du MLT, un groupe révolutionnaire « anti-capitaliste », prônant l’action directe. Laurence réussit à rencontrer d’anciens membres de ce groupe. Notamment Pierre, journaliste, qui était très proche de Zorgen. Mais aussi l’historien Dévoldère à présent passé à droite. Et une femme Francine, qui lui apprend bien des choses…

Laurence espère être la fille naturelle de Guillermo. Cette personnalité qui se dessine au fil des lettres, des témoignages, des articles de journaux, lui plaît. Guillermo n’est pas un gauchiste ordinaire. Il semble plus sincère, son langage est indemne de toute théorie absconse, il ne défend aucune théorie d’ailleurs, ni aucune vision du monde un peu originale.

Le groupe dont il est le chef provoquait des incendies et destructions d’appartements de banquiers et autres gens représentant le capitalisme. Il fit de la prison et fut impliqué dans un incendie criminel. Sa mort à trente trois ans au milieu des années 70 n’a pas été élucidée. Ses anciens amis pensent à un règlement de compte maquillé en suicide, mais le suicide n’est pas exclu non plus. Et quel fut le rôle des parents de Laurence dans tout cela ?

Ce roman prend la forme d’enquête où se succèdent des monologues de personnages (surtout Laurence), des articles de journaux, des lettres de Guillermo, des dialogues entre les différents protagonistes. Les narrations sont variées mais le récit est un peu trop court pour que l’on prenne la mesure des différents personnages, qui ne sont qu’esquissés. Guillermo, individu sans doute fictif, pourrait être inspiré de Pierre Goldman, du moins en partie.

On n'a aucune peine à suivre Laurence dans sa recherche passionnée. Problème : le personnage de Guillermo ne me plaît pas autant qu’à elle, loin de là !

Il ne m’inspire même aucune sympathie. Les témoignages des anciens amis ne cachent rien de ce que qu’il avait de déplaisant, violent, crâne, et tête brûlée. Et le groupe de rigoriste. De sorte qu’on ne saisit pas très bien pourquoi il séduisait tous ces gens. Les poèmes cités sont ceux là même que composent certains collégiens exaltés, et sa prose n’est pas différente. Je n’ai tout simplement pas pu m’intéresser à ce personnage !

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 10:33

Buchet-Chastel. Environ 250 pages.

Claire, fille de paysans, possédant une ferme dans le Cantal à mille mètre d’altitude pas trop loin de Saint-Flour.

Après sept années de pensionnat religieux à St-Flour, elle fait Lettres Classiques à la Sorbonne, devient prof, et nous la retrouvons à l’âge de quarante ans, propriétaire d’un appartement à Paris, passant ses vacances avec sa sœur aînée (sage-femme) et son neveu, en voyages et sorties culturelles. S’étant accommodée de sa double appartenance, Paris et le Cantal. Mieux vaut deux pays que pas du tout !

1ere partie : la narration est assumée par « on » entité comprenant Claire encore enfant, ses parents, son frère, et une relation chaleureuse avec sa tante et son oncle installés à Gentilly, elle postière et lui ouvrier à Paris ; une première approche de la capitale et de son ambiance. Les déplacements chez l’oncle et la tante, et observations de leurs différences lorsqu’ils rendent visite au pays.

Le pays natal est rendu avec bonheur ( je veux dire « bonheur d’expression ») : ce n’est pas un éden, c’est un lieu où l’on vit, où l’on travaille, la besogne est constante, des moments de repos sont durement gagnés, au passage on jouit fugacement « du feulement continu de la rivière », des « fragrances d’été, grillons têtus, » et « promenades de nuit…jonchées d’étoiles et lune laiteuse »

2me partie : Claire étudie à la Sorbonne, narration 3 me personne point de vue de Claire : trois ans avant son concours, axée surtout sur le latin et le grec. Ses difficultés » les études sont sa guerre » et ses triomphes discrets. Vivant chichement d’une bourse, et de remplacements dans une banque au Palais Royal deux mois l’été.

« Juillet flamboyait dans sa gloire de jambes nues, de pieds finement gainés de savantes lanières et de robes plus ou moins minimalistes … » . il y a de la beauté, ressentie par l’étudiante, de l’envie, une lucidité critique qui ne la quitte pas, même dans l’émoi.

Un professeur M ; Jaffre ; un étudiant allumé Jean-René, une étudiante généreuse Véronique. Une véritable amie Lucie, ses parents si agréables qui accueillent l’étudiante esseulée, une famille cultivée, qui fait découvrir à Claire la musique( Bach) la littérature ( dont Flaubert et Félicité) le cinéma ( le terrible A nos amours de Pialat ). Quelques amis hommes (pas mal mais ne méritent pas le nom d’aventures). Une femme de la banque Mme Rablot, ses problèmes avec les hommes mari fils frères « les deux syllabes de Michel, qui était celui de son défunt frère, creusaient dans sa voix un abîme de douceur fugitive et navrée ».

L’après midi chez Véronique et ses parents : « On écoute de la musique « La Callas, prêtresse majuscule s’évertuait, répandue, inqualifiable et difficile. C’est du moins l’impression majeure qu’en retira Claire, abasourdie par cette exécution en règle. L’air était grand ,et italien. Véronique et ses parents se taisaient dans le silence qui suivit l’éruption ; on se rhabillait, quelque chose resterait engorgé sous les mots, avait été nu dans la pièce tapissée de livres, une femme avait crié ».

3 me partie. Claire a quarante ans. Elle est devenue ce que j’ai dit dans le prologue. Vient chercher son père ( 70 ans) à la gare de Lyon et son neveu, pour quelques jours de vacances. Narration à la troisième personne, Claire d’abord, puis surtout son père. « Avec des femmes comme Claire, qui ne voulaient pas se charger d’une famille, supporter un mari, des enfants, et habitaient dans des appartements bourrés de livres, allaient à des spectacles ou voir des peintures dans des musées , à Paris , en Autriche, à New-York, au lieu d’élever des gosses et de s’occuper d’une maison, avec rien que des femmes comme elles , qui gagnaient leur argent sans attendre après les hommes, ça serait bientôt la fin du monde ». C’est par la voix et les réflexions désabusées du père, que nous comprenons que Claire a réussi sa vie.

Conclusion sur une visite au Louvre. Il trouve que les sols sont beaux.

Belle narration, langue choisie, phrases inspirées, sans rien d’ampoulé ni de faux ! On y croit, et on apprécie. Un ensemble assez désenchanté mais plein de vigueur, de la subtilité dans des phrases très travaillées. Un auteur à lire encore.

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 15:53

Seuil (Fiction et Cie) 2012, 220 pages.

Il s’agit d’un roman biographique, dont le personnage principal est Alexandre Yersin ( 1863- 1943), médecin, chercheur en biologie, inventeur, explorateur, grand voyageur… un homme exceptionnel, connu seulement dans les milieux scientifiques, avant que l’auteur ne le signale à l’attention du public littéraire.

« Comme nous tous, Yersin cherche à faire de sa vie une belle et harmonieuse composition… sauf que lui y parvient. »

Né dans le canton de Vaud, orphelin de père, Yersin montre très tôt de l’intérêt pour toutes les sciences expérimentales. Avant même d’être reçu médecin il devient chercheur en microbiologie, avec l’équipe de Pasteur qui vient de guérir de la rage le jeune Joseph Meister. Mieux encore, il va partir en Asie du sud-est avec la Compagnie Maritime, découvrir un espace inexploré et une tribu (les Moï) un espace qu’il va coloniser sous le nom de Nha-Trang ; il y aura d’autres épisodes mémorables notamment son action sur le bacille de la peste à Hong-Kong, ses étonnants travaux en botanique, et sur les animaux d’élevage et de laboratoire. Sans compter la triste vieillesse du chercheur qui aura connu le nazisme (voir le double sens du titre).

L’auteur raconte le vie de Yersin à la troisième personne, avec de belles phrases choisies, laconiques, désenchantées mais admiratives. Beaucoup de phrases sans verbes mais d’une haute tenue littéraire. Des phrases en suspens comme je les aime, et même de l’humour (les développements sur les animaux « sacrifiés » par Yersin, en principe pour trouver des vaccins…)

L’auteur parsème son récit de leitmotivs : par exemple le refrain lancinant à propos des hommes sans père, celui du besoin de mouvement des vrais aventuriers de la vie. Des refrains qui donnent un rythme étonnant à ce récit.

Patrick Deville a aussi mis en parallèle le personnage de Rimbaud avec celui de Yersin.

Ils ne se sont pas connu ; Rimbaud est plus âgé de 9 ans et mourut prématurément ( si Yersin était tombé sur lui, il eût sans doute pu le soigner !). En outre, la littérature n’était pas un objet dont Yersin aurait pu s’emparer avec profit. Ce qui les rapproche, c’est l’absence de père (et donc l’errance), le goût de l’aventure, la curiosité inlassable ; Rimbaud quitta les Parnassiens devenus routiniers, comme Yersin les « Pasteuriens » lorsqu’ils n’eurent plus rien à lui apprendre et lui plus rien à découvrir dans ce contexte…

Les héros de l’auteur sont des hommes passionnants et passionnés, qui n’aiment pas s’ennuyer et vont de découvertes en découvertes, même au péril de leur vie. Il sait nous faire partager son enthousiasme.

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 23:51

choplin guernica

 

 

Rouergue, la Brune, 2011, 159 pages.

 

Dans cette petite ville du pays Basque espagnol, non loin de Bilbao, fin avril 1937, au moment du tristement célèbre bombardement de la ville par l’aviation nazie. Un jeune homme Basilio, peintre autodidacte, s’éloigne de la ville pour aller dans les marais non loin des rives de la Mundaca. Il tente de peindre le paysage et surtout un héron cendré qui vient fréquemment pêcher dans le coin. L’oiseau représente pour lui tout ce qui est important sur terre. «  Comme chaque fois il s’émerveille de la dignité de sa posture… c’est d’abord ça qu’il voudrait rendre par la peinture. Cette sorte de dignité qui tient aussi du vulnérable , du frêle, de la possibilité du chancelant… le regard du héron. Ça aussi Basilio voudrait en témoigner.. rendre quelque chose de cette inquisition pure de ce miroir aux énigmes du monde.


En dehors de sa peinture, Basilio n’a pas grand-chose dans la vie. Ilest logé au couvent, par Maria,  travaille dans une ferme, on le paie en nature : un cochon et un sac de haricots qu’il réussit à vendre au Marché avec l’aide de son vieil oncle boiteux, doté d’un bon sens commercial. Il s’intéresse à Celestina et promet de lui peindre un héron !

Le jour du bombardement, Basilio était au marais pour peindre le héron. Sa façon de regarder les choses témoigne d’un véritable artiste. Lorsqu’il retourne ne ville, il photographie le massacre à l’aide de l’appareil de son ami l’encadreur, qui lui aussi peint depuis longtemps. Comme le héron dans le marais, le raid aérien, la  ville bombardée, la détresse et la peur des visitâmes, sont  décrite simplement avec de belles phrases justes.

Pourtant, on a le sentiment que l’auteur ne sait quoi faire de son personnage de peintre. Basilio se rend à Paris, aidé en cela par ses amis l’encadreur et le prêtre Eusébio : tous deux ont entendu dire que Picasso avait peint le massacre de Guernica (sans le voir) «  les artistes savent faire ces choses –là » dit Eusebio. Ils lui paient le voyage ; il faut que Basilio voit la toile de Picasso, montrée à l’exposition universelle, et tente d’entrer en contact avec lui.

Mais Basilio, très timide , n’a pas son oncle à ses côtés comme lorsqu’il cherchait vainement à vendre le cochon au marché de Guernica… il nava pas s’adresser au peintre, et bien qu’il reste fasciné devant le tableau de Guernica , on ne saura même pas ce qu’il en pense ! Elégamment, on va dire que c’est une « fin ouverte »; vulgairement, que cela ne termine en queue de poisson. Ou en plumes de héron, si l’on veut.

Il reste quelques magnifiques paragraphes…

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 09:30

kuperman nous étions des etres vivants

 

Gallimard, 2010, 203 pages.

 

Mercandier-presse, édition de livres et albums pour la jeunesse, est victime d’un « plan social » et d’une « restructuration ». Un repreneur Paul Cathéter va s’occuper de rentabiliser la petite maison d’édition en déshérence. Pour commencer, il monte les employés les uns contre les autres, promettant à certains un bon poste, s’ils lui indiquent qui devrait être licencié.

Il ya aura beaucoup de licenciements, mais ceux des employés dont nous entendons les voix particulières, sont les premiers touchés et ils le savent. Agathe Rougier ne vit que pour son travail et une collection de poupées datant de son enfance auxquelles elle pense souvent dans ses moments de solitude. Déjà à l'époque, entre les poupées, il était question de compétitivité.

Ariane Stein, divorcée avec deux enfants,  s’effraie à l’idée qu’elle devra dire «  je n’ai plus de travail » à ses enfants, qui alors risquent de lui échapper complètement pour vivre avec la nouvelle amie de son ex-mari.  Ariane nous inquiète avec sa façon de dire "je ne bouge pas".Patrick Sabaroff est décidé à faire  de son mieux pour plaire au nouveau patron… en vain ! Muriel, nommée directrice générale ne supporte pas de devoir dénoncer ses collègues… Dominique, nommée directrice adjointe, se demande sur quel pied danser.

Il y a aussi le  chœur comme dans les tragédies grecques, ( le "nous" du titre) qui représente les salariés de l'entreprise et nous informe du contexte, pour exprimer les angoisses, et la colère des   employés tous condamnés au chômage au  à plus ou moins longue échéance, et sinon à ramper devant Cathéter qu’on appelle « le gros porc ». Le repreneur  n'est pas un personnage, c'est l'anonymat de l'ultra-libéralisme inhumain et uniquement préoccupé de rentablilité. 

Des romans comme celui-là, décrivant le naufrage des entreprises, broyées par le monde moderne, il s'en écrit beaucoup depuis plusieurs années. Je n'ai pas le courage de les lire, d'ordinaire, mais j'aime beaucoup Nathalie Kuperman...


Son choix de l'oralité, est comme toujours parfaitement maîtrisé, en rapport avec la situation.

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 00:35

Nagasaki

 

 

2010, Stock, 108 pages.

 

Un homme de cinquante ans Shimura qui vit seul depuis toujours, soupçonne quelqu’un de s’introduire dans sa maison en son absence. Ila remarqué que le niveau de la bouteille de jus de fruit avait baissé, au frigo. Qu’un yaourt manquait sur le nombre stocké.

Rien d’autre, mais il n’en faut pas plus pour qu’une présence invisible l’obsède. Il inspecte tout chez lui ; s’endort tard et difficilement. «  Un sommeil en simili, lourd et gris comme un nuage obèse, a eu raison de ces pensées ».Le logis a pris une tournure inquiétante.  L’homme est troublé, mais rationnel.  S’étant muni d’une webcam, il observe sa cuisine à distance du bureau où il travaille comme météorologue : bientôt cela se confirme, une ombre traverse la cuisine. C’est une femme ! bien sûr qu’elle mange et qu’elle boit…

Indigné et curieux à la fois, Shimura contemple l’intruse. Des sentiments complexes le travaillent. Il appelle la police, puis téléphone chez lui pour prévenir la femme…trop tard.

La passagère clandestine va donc être appréhendée ; Elle vivait dans un grand placard inutilisé, depuis près d’un an ! Shimura ne se sentira plus jamais chez lui, où qu’il aille.

Shimura vivait seul. L’autre s’est dévoilé à lui sous la forme d’une personne qui s’est introduite dans sa maison, sans qu’il le sache consciemment ; une personne et une femme.

Pendant ce court récit, l’intruse va aussi prendre la parole, raconter son vécu, le pourquoi de son squat incognito dans cette maison, et la vie qu’elle mena par la suite.  Il se pourrait qu’elle veuille communiquer avec Shimura. Mais comment apparaître autrement que comme celle qui troubla définitivement son intimité, qui lui rendit impossible le sentiment du « chez-soi » ? 

Le récit est tiré d’un fait divers qui eu lieu au Japon. L’auteur est français, et le Japon est ici davantage une métaphore qu’un pays  

«  Il m’apparaissait que Nagasaki était longtemps restée comme un placard tout au bout du vaste appartement Japon avec ses quatre pièces principales en enfilade- Hokkaido , Honshu,  Shikoku et Kyushu ; et l’empire, tout au long de ces 25 ans, avait pour ainsi dire feint d’ignorer qu’un passager clandestin, l’Europe, s’était installé dans cette penderie ». C’est plus ou moins la clef de cette histoire dérangeante, écrite dans une langue de grande qualité, une histoire sur laquelle on n’a pas fini de méditer, un récit où l'on se pose des questions philosophiques. Et un auteur que l'on ne manquera pas de lire encore à l'occasion.

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 00:30

j'ai renvoyé Marta

 

 

Gallimard, 2007.


Sandra vient d’embaucher une femme de ménage, Marta, qui porte le même nom que sa grand-mère, et qui est d’origine polonaise aussi.  Sa grand-mère l’a élevée après quelques années désastreuses passées auprès de sa mère alcoolique et atteinte de psychose. Marta, c’est aussi l’enfant de Sandra, sa petite fille de 14 mois. Dans cette histoire, il y a aussi son mari, plus les deux fils de celui-ci, qui vivent avec eux en garde alternée.

On ne sait si Marta est ou non bonne ménagère. Apparemment correcte et gentille, elle trouble énormément son employeuse. Toutes sortes d’idées délirantes lui viennent. Faire le ménage avant que Marta n’arrive, pour que celle-ci n’ait pas l’occasion de juger une maison négligée ! Mettre des objets dans des endroits spéciaux pour voir si Marta ne va pas les voler. Inspecter jalousement tous les endroits où elle est censée nettoyer. Et bien d’autres choses qui donnent des épisodes parfois drôles, parfois absurdes, sinon inquiétants. Rapport à son enfance traumatisante que Marta a fait remonter, Sandra déraisonne.  

Monologue, comme dans son dernier roman  ( les raisons de mon crime) ,monologue de la narratrice ; mais pas ce genre de monologue pénible où l’on se sent enfermé dans l’univers étriqué de l’autre. A travers les pensées de Sandra, les faits et gestes qu’elle relate, et les scènes familiales, nous connaissons les autres qui vivent autour d’elle, et avons l’impression de les accompagner.  

Nous connaissons l’univers de Sandra mais devinons les autres points de vue. Un monologue « ouvert ». Une fin ouverte aussi.

Un bon livre. Sans que l’auteur cède le moins du monde au compassionnel, les personnages nous sont tous sympathiques.

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 20:58

 

Persécution

 

 

Liana Lévi, 2010. 421 pages.

 

Banlieue romaine (‘lOlgiata)  1986. Le professeur Léo Pontecorvo est installé à table pour le repas du soir avec Rachel sa femme, et ses deux fils adolescents, Filippo et Samuel.  Le monde s’écroule subitement pour Léo.

«Quelqu’un à la télé sous-entendait que le professeur avait baisé la petite copine de Samuel… quand je dis petite copine, je parle d’un oisillon de douze ans et demi aux cheveux couleur citrouille et au museau de fouine parsemé de taches de rousseurs »

Léo Pontecorvo est médecin spécialisé en cancérologie- plus spécialement dans le traitement d’une forme de leucémie qui n’atteint que les enfants. Il a sa propre clinique, est efficace et fort apprécié.

 

Cependant, depuis quelque temps tout va mal : il a confié la gestion de cette clinique à des personnes qui ont détourné de l’argent à leur profit, et c’est finalement lui qui est accusé de malversations. De plus un de ses assistants à qui il avait prêté de l’argent et qu’il a dû virer, se venge en l’accusant d’usure.

 

Et maintenant, cette nouvelle accusation bien plus grave «Finalement, elle avait réussi ; la gamine que son fils avait fait venir chez eux  environ un an plus tôt et que Rachel et lui-le couple le plus ouvert et le plus tolérant de leur milieu-avaient accueilli sans histoires, avait réussi à détruire leurs vies. »

 

Léo se lève de table et s’enfuit au sous-sol où se trouve une pièce qu’il utilise pour se détendre. Il n’en sortira plus guère. Il est séparé de sa femme et ses enfants, qui ne lui parlent plus et font comme s’il n'existait pas.

 

Pendant sa réclusion, Léo revient sur les circonstances qui l’ont fait accuser.Camilla, la  copine de son fils Samuel,  venue avec eux en vacances,  ne veut pas faire du ski avec les garçons, et reste au chalet. Rachel, qui en fait ne voulait pas d’elle, part tous les jours en courses, la laissant à Léo à charge pour lui de la divertir. Il est intimidé par cette fillette, qui le regarde un peu trop fixement, et s’enthousiasme de petites attentions banales. Puis elle tombe malade et Léo, médecin,  la soigne. Mais le lendemain, Léo trouve une serviette hygiénique à côté de la baignoire, puis une lettre déposée dans un endroit intime.  Il voudrait en parler à sa femme, mais …


Le drame de Léo habilement raconté, laisse entendre des motivations complexes à sa conduite  faite pour s’attirer les pires ennuis. La peur de sa femme, très vertueuse, et qui régente tout dans la maison.  Egalement médecin de formation, Rachel a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper du mari et des enfants comme le veut la tradition juive stricte à laquelle elle s’est soumise. Soumise, mais elle le fait payer cher !

Léo  n’a jamais trompé son épouse, trouvant plus de plaisir à refuser les avances des femmes qu’il croise qu’à céder à l’une d’elles. 


Tout ce qui dans ce récit à rapport avec cette affaire, intéresse le lecteur. Problème de couple de Rachel et Léo, relations avec les enfants, attitudes différentes des époux envers la tradition juive, problèmes de classe sociale, bêtise et corruption de l’appareil judiciaire : C’est assez bien vu. Il manque cependant le point de vue de Camilla "la petite salope" et de ses parents, personnages importants dont on ne nous dit presque rien.

 

La déchéance de Léo dans le sous-sol est comparée à celle de Grégoire Samsa dans la Métamorphose : il est souvent fait référence à ce texte, et le narrateur s’amuse à copier plus ou moins le destin de Léo sur celui de Samsa.  Y compris la terrible jouissance de Léo à se laisser glisser sur la pente fatale.


Mais le narrateur se perd aussi en digressions ennuyeuses et trop convenues sur la possessivité de la mère juive, sur de petits détails de l’histoire de la famille, qui n’ont guère de rapport avec le sujet principal.  De trop nombreux personnages à peine esquissés alourdissent le récit,  les parents de Rachel et ceux de Léo dont on raconte trop l’histoire, des anecdotes sans intérêt.

 

Un ton inutilement cynique parfois, et condescendant vis-à vis de Léo, une insistance, des redondances désagréables sur les étapes de la déchéance du héros. Si Piperno admire la Métamorphose, il ne prend pas exemple sur la prose discrète précise et impitoyable de Kafka qui ne fait mouche que parce qu’elle est dépouillée. Le narrateur, lui, est un grand bavard, se sent supérieur à son personnage,  et à cause de cela son récit n’est qu’à moitié convaincant.

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