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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 15:54

Seuil 2013, 362 pages.

La narratrice évoque trois amies qui lui furent chères et qu’elle rencontra entre 16 et 18 ans au Lycée ou à l’université. C’est encore jeune, qu’elle les a perdues de vue, ou perdu tout court. Florence, Suzanne et Judith l’ont marquée à vie.

Trois femmes ! sont-ce les Moires, les Parques ???

L’évolution de la vie des trois amies et de la relation avec la narratrice donne lieu plusieurs chapitres : sentiment de l’innocence, la perception de l’existence, le sentiment sexuel, le surgissement du réel, le temps des désillusions. C’est là une approche plutôt philosophique de ce qu’elle sait de ses trois amies, ce savoir englobant leurs enfances, les moments où elle les fréquenta (quelques années intenses), et ce qu’elles sont devenues.

Voulant donner une vision complète des trois femmes, la narratrice raconte aussi l’histoire de leurs parents (voire de leurs grands-parents) . Cela m’a induite quelque peu en erreur au début. De sa rencontre initiale avec Florence, La narratrice opère un soudain glissement, de sorte que je croyais lire la vie de Florence alors que c’était celle de sa mère ! Ensuite on s’habitue à ces glissements narratifs.

Ce sont de beaux hommages à ces trois amies. Il est bien sûr question de l’effervescence intellectuelle qui entoura mai 68 et se poursuivit tout au long de la décennie suivante, pour décroître petit à petit. La narratrice est ses trois amies eurent l’occasion d’y participer. Avec Florence le festival d’Avignon et les turbulences du Living Theatre, avec Suzanne les cours de Deleuze et les expériences à la clinique de La Borde, avec Judith les séminaires de Lacan, Julia Kristeva, Benveniste. Les trois femmes sont différentes mais se ressemblent pourtant en quelques points : elles sont aventureuses, ont le goût du risque, se mettent volontiers en danger, se comportent de façon très « libérée » et la narratrice, toujours un peu en retrait, les admire, les accompagne et finit par ne plus les suivre…

La façon dont ces trois amitiés si originales, tournent court assez vite pour des raisons diverses, autodestruction, mauvais destin, traumatisme suite à une maladie, induit une profonde tristesse.

Au moins la narratrice peut se souvenir de ses amies en revivant des moments forts et de riches expériences, des moments encore perçus comme valables ; aucune de ses amies ne l’a trahie, méprisée, ou rejetée, et pour elle l’amitié n’est pas un vain mot.

Je n’ai pas reçu ce récit comme un roman. J’ai l’impression que l’auteure a utilisé ses souvenirs ( et peut-être enquêté pour approfondir) et n’a pas eu vraiment recours à la fiction. Pas davantage que dans le récit « A ce soir » , que j’ai également aimé. Chacun de ces destins de femme pourrait donner lieu à un roman, ou une biographie plus longue. On le souhaite car on s’est attaché à elles.

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 00:14

Seuil, 2013, 397 pages.

C’est une jeune femme de 25 ans, Nour, qui vient de quitter sa ville natale de Laghouat en Algérie pour rejoindre en France son mari Hassan.

Le couple avait d’abord vécu à Alger dans un studio. Hassan a un diplôme universitaire mais ne trouvait pas de travail. Il s’est lancé dans des combines, dont Nour ne savait rien, et ne voulait rien savoir.

Il est finalement parti en France, et a loué un appartement en Seine-Saint-Denis, dans la cité de Louveplaine, et devait travailler comme menuisier. N’ayant plus de nouvelles de lui, Nour prend l’avion.

Le récit décrit sept mois de sa vie à Louveplaine, une existence riche en événements et en épreuves.

Dans l’appartement presque vide, elle ne trouve que différentes sortes de drogues bien cachés, qu’elle finira par revendre lorsqu’elle aura rencontré Sonny. Ce lycéen de seize ans, un ami et collaborateur d’Hassan vient la voir, et s’occupe d’elle, la faisant participer aux diverses combines. Hassan et ses amis ne pratiquent pas seulement le trafic de stupéfiants mais l’organisation de combats de chiens dans les caves, spectacles sanglants qui attirent aussi de nombreux parieurs. J’ignorais jusqu’à l’existence de cette spécialité… Nour sympathise aussi avec Soufia une voisine infirmière, un vieux monsieur et son chien…

Le temps passe et Nour finit par bien connaître la cité, les amis de Sonny, les flics qui surveillent la cité les autres lycéens amis de Nour, et tout ce qui fait l’ordinaire de la vie là-bas : l’ascenseur qui ne fonctionne pas, le parc, l’autoroute, la tour Aragon que l’on va détruire sous ses yeux et la tour Triolet où elle survit tant bien que mal. Mais aussi des détails presque mythiques : le bois qui entoure Louveplaine et où l’on a vu un cerf ; le parc et ses splendeurs passées. Hélas Hassan lui-même reste introuvable…

C’est le deuxième roman d’une jeune romancière de trente ans, et ce texte est dans l’ensemble bien intéressant, parfois assez fort. L’univers qu’elle décrit est dur, impitoyable, mais elle sait le rendre attrayant et son intrigue est bien menée. Voulant donner de l’épaisseur à Louveplaine ainsi qu’à ses personnages, elle se lance aussi dans de nombreuses digressions concernant la vie et les sentiments des policiers du commissariat, du personnel de l’hôpital, l’historique de la cité et du parc, qui peuvent sembler un peu longs, mais le roman vaut le détour.

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:46

Grasset, 493 pages.

Nina et Samuel vivent une existence plutôt tristounette dans un studio à Clichy-sous-Bois. Lui, est travailleur social et elle mannequin pour Carrefour. Samuel écrit depuis longtemps et vise la grande édition. Ses manuscrits sont toujours refusés. Nina voudrait un enfant, elle frise la quarantaine, mais Samuel a toujours dit non. Enfant adopté, et deux fois orphelin, écrivain raté, il n’a plus envie de grand-chose.

Il y a vingt ans, étudiants ils vivaient déjà ensemble, lorsque leur ami commun Samir Tahar avait séduit Nina. Samuel l’avait regagnée suite à une tentative de suicide. Depuis, vingt ans se sont écoulés, et Samir a disparu de leurs vies.

Le couple tombe sur un reportage à la télévision : Samir est devenu un avocat réputé, et a épousé la fille d’un riche entrepreneur juif; il vit fastueusement à New-York. En outre, il ne s’appelle plus Samir… mais Samuel ! Et se prétend juif comme son ex-ami dont il a emprunté la biographie, ou du moins ses grandes lignes. En effet, Samir n’a obtenu son statut enviable, qu’au prix d’un mensonge sur ses origines. Sa vieille mère et son demi-frère maghrébins comme lui, vivent toujours dans la banlieue ouvrière dont il est issu, et nul ne sait leur existence, de même qu’ils ne connaissent pas la famille fondée par Samir aux Etats-Unis.

Samuel est jaloux et furieux contre son ex-ami, et Nina se souvient qu’elle l’a aimée… ils vont entrer en contact avec lui. Samuel veut s’assurer des sentiments de Nina à son égard, clarifier une situation depuis toujours bancale, et demander des comptes pour le vol de son identité.

La vie de ces trois personnages va changer complètement, suit à cette entrevue, et à d’autres péripéties. On se doute que Samir va devoir refaire face à ses origines…

C’est un récit qui coule comme un grand fleuve impétueux, bouillonnant, parfois majestueux, charriant une grande quantité d’alluvions. Abondance de phrases, d’adjectifs, de mots, ponctuation riche et marquée. Pour décrire une situation ou qualifier un élément, l’auteure emploie souvent plusieurs mots synonymes séparés par des tirets. Voilà qui instaure un certain rythme saccadé, violent. La narration se perd dans de longues digressions concernant la sexualité exubérante de Samir, les processus de naufrages lorsque les personnages ont tout perdu (ce qui leur arrive souvent) et les moments d’exaltation lorsque les mêmes sont follement heureux ou en tout cas bouleversés. C’est un récit cyclothymique (de nos jours on dit « bipolaire » je ne m’y habitue pas…) où l’on passe des sommets aux bas-fonds sans vraies transitions.

De nombreux personnages secondaires font de brèves apparitions et tous ont droit à de mini-biographies comme notes en bas de pages, ce qui m’a induite en erreur au début : j’ai eu l’impression qu’il y aurait un procès, et que ces notes avaient pour but de présenter les témoins qui viendraient à la barre !!

La colonne vertébrale qui tient le récit, c’est le personnage de Samir, dont le parcours et la personnalité intéressent et posent de vraies questions ; les autres ne sont que des faire-valoir ; le personnage de Nina m’a déçue, je l’aurai aimé plus consistant.

La fin est très bien.

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 08:47

Gallimard, 2013, 310 pages.

En Inde, dans la petite ville de Kovalam, sud du pays, se déroule un festival culturel organisé par l’Alliance Française. La maîtresse de cérémonie c’est Géraldine, une jeune femme d’origine bretonne, qui a épousé un Indien musulman (ce qui ne lui pose aucun problème religieux!). Les participants sont Charlotte, française installée à New-York, réalisatrice d’un film sur elle et sa meilleure amie, dont elle pleure le récent décès. Il y a aussi Roland, auteur d’essais pseudo-philosophiques, sexagénaire venu avec sa très jeune amie italienne Renata , sa énième compagne . Et il y a Raphaël Eleuthère (serait-il Grec ?) un romancier genre « beau ténébreux », qui plaît aux femmes et les déconcerte par ses manières brusques, imprévisibles, bizarres.

Chacun d’entre eux va essayer de promouvoir son œuvre à l’occasion du festival, et Géraldine l’animatrice va tenter de faire valoir ses qualités propres. Hélas, Géraldine se distingue par son impréparation, Roland perd des places au classement du Nouvel Obs, Charlotte ne peut pas visionner son film, et Raphaël endort les quelques auditeurs avec ses dissertations. Heureusement Cupidon et ses flèches redynamisent l’atmosphère !

Ce roman est très classique dans sa forme, sans ambition stylistique, on le lit pour l’intrigue, espérant qu’elle soit intelligente et bien menée.

Les problèmes amoureux des participants sont agréables à suivre, quoique sans originalité. On pourrait déceler de la critique sociale dans le déroulement de cette manifestation culturelle coûteuse et qui ne sert pas à grand-chose et où finalement tout le monde s’ennuie, ce qui a pour résultat d’attiser les passions… les errements des personnages dans les environs de Kovalam et Delhi constituent une promenade touristique un peu cliché mais pas caricaturale. Les récits des enfances et vies des personnages ennuient un peu, mais dans l’ensemble on se laisse entraîner sans déplaisir.

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 09:51

Minuit, 2013, 169 pages.

Je n’avais pas lu JP Toussaint depuis longtemps, quelques relectures mises à part. Je me méfiais de ses histoires de Marie, supputant que son humour très particulier lui faisait faux bond dans ce type d’entreprise.

Et me voilà tout de même suivant Marie, artiste spécialiste de la haute couture, et désirant s’investir »en marge de la mode, sur un terrain expérimental proche des expériences les plus radicales de l’art contemporain.

C’est donc la fameuse robe de miel ! on pense vaguement aux robes de Peau d’âne couleur de Temps, de Lune etc. Mais pas du tout !c’est une robe de haute couture sans couture il s’agit de tartiner (d’enrober si on veut) une pauvre fille de la substance en question sur certaines parties du corps (les autres seront poudrées) et la faire suivre par un essaim d’abeilles au son d’une certaine musique électronique.

Le spectacle est parfaitement réussi « le top-modèle martyr entouré de multiples figures de douleur figées, les visages européens, asiatiques, interdits, ralentis, arrêtés, comme dans une vidéo de Bill Viola… » Et même au –delà de ce que l’on avait espéré, puisqu’il y a de l’imprévu parfaitement assumé par Marie.

Des vidéos de ce Bill Viola, on peut en regarder une ou deux pour se mettre dans l’ambiance…c’est plus fantomatique, plus étrange que le tableau qu’on imagine, mais tout dépend aussi de l’éclairage.

Après ce prologue violent, axé humour noir, qui vérifie le vieux proverbe « Honey soit qui miel y pense », c’est la relation amoureuse du narrateur avec Marie qui prend le relai : les partenaires sont séparés, bien que toujours ensemble, c’est à ce prix que dure la relation. En effet, Marie absente, le narrateur attend son appel téléphonique en rêvant d’elle, et autour d’elle, se construisant des fantasmes, jouissant en quelque sorte de cette pause dans la relation, suspendue, mais laissant la possibilité d’une reprise.

Le portrait qui est fait de Marie, n'est pas d'abord celui d'une femme particulière, mais un ensemble de traits :femme d'affaire, artiste très tendance avec goût pour le sadisme, élégance de la mise, nue ou pas, dispositions d'harmonie avec le monde (elle se fond bien dans le décor, on pense à des femmes de Julien Gracq), un ensemble composite, d'où émerge de temps à autre, une femme quasi "normale" avec des problèmes et des attitudes sans surprise.

De Tokyo à l’île d’Elbe, d’un vernissage auquel le narrateur assiste en voyeur, à une suite d’incendies dans une Toscane automnale guère plus gaie que la place Saint-Supplice, d’un cimetière lugubre à un hôtel sans chauffage, Marie et son compagnon se refont une santé. On est content de voir que l’amoureux narrateur supporte aussi bien la présence de Marie que son absence, et continue à la rêver esthétiquement, sans oublier la réalité concrète.

On leur souhaite tout le bonheur possible !

Certaines situations ont ce même potentiel d'étrangeté et d'absurde qu'autrefois, mais dans l'ensemble, l'amoureux narrateur a changé de ton.

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 17:38

Actes-sud, 2013, 347 pages.

Scénariste en fin de vie, Milo, allongé sur un lit d’hôpital rêve ce que fut sa vie et celles de ses proches.

Cela prend donc la forme d’un scénario-roman, qui suit alternativement Milo, demi-indien devenu Québécois puis Brésilien d’adoption, depuis son enfance chaotique, jusqu’à son état actuel, mais aussi son grand-père Neil Noirlac, irlandais , rêvant de devenir écrivain, admirateur de Yeats, pris dans la tourmente de la guerre entre les deux Irlande et les Anglais, puis contraint à l’exil. Le troisième personnage Awinita fut la mère de Milo, Indienne Crie, prostituée et ses efforts pour en sortir.

Le narrateur introduit dans le roman son ami Paul Schwarz, metteur en scène, pour que le récit que nous lisons prenne l’apparence des prémices d’un éventuel long métrage. « Coécrit par Milo Noirlac et Paul Schwarz et produit par Blackout film ». Sombre programme !!

En tant que cinéaste, il intervient pour commenter le récit, indiquer si c’est un plan ou une séquence, les changements de point de vue et les ruptures « on coupe » ou les fondus , au noir le plus souvent, puisque le noir est la couleur dominante, indiquée dans le titre, le nom d’un personnage, et les humeurs de Milo son « noir du noir ». Le récit est « noir » aussi, on s’en rend compte soit très douloureux et avec peu de bonheur. Le fameux « on coupe » est à double sens et ces moments de ruptures scandent les récits à bon escient. Tout cela au rythme d’une danse brésilienne, la capoeira, dont les différentes figures donnent aux chapitres leurs noms.

Dans l’ensemble, Nancy Huston reste fidèle aux techniques de narration qu’elle affectionne et qui lui réussissent – parfois très bien- depuis les « Variations Goldberg », à savoir le monologue intérieur, le dialogue au style direct, une oralité maîtrisée exprimant des sentiments vifs que l’on ressent « à fleur de peau »mais non sans humour… évidemment noir !

Ici elle mélange de façon savoureuse plusieurs langages, le français du Québec, l’anglais canadien familier, avec parfois un peu d’allemand, des extraits de poèmes (Yeats et Shakespeare en particulier) le français écrit, et celui en phrases courtes et sans verbes du récit scénaristique. Cette forme de roman-scénario convient bien au talent particulier de l’auteur : les récits de vie des trois personnages mettent en scène des époques, moments d’Histoire, lieux et situations personnelles très variées. On aime particulièrement le « nous », appliqué au vécu douloureux d’Awinita, et l’histoire de Neil (la plus intéressante des trois).

Ce récit est ambitieux et dans l’ensemble très réussi, quoique un peu bavard. On ne « coupe » peut-être pas assez ?

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 16:46

Seuil (Fiction et Cie) 2013, 330 pages.

Peu après la mort de Louis XIV, le Régent Philippe d’Orléans prend un bain et la décision de marier le futur Louis XV alors âgé de 11 ans avec la petite infante Anna Maria Victoria fille du Roi d’Espagne ; afin que les deux pays persévèrent dans leur bonne entente, et surtout parce que l’infante n’a que 4 ans et ne risque pas d’avoir un héritier de sitôt. Or Philippe espère régner ; son neveu l’ayant toujours écarté du pouvoir et des grandes décisions. Pour que le marché soit équitable, il donnera sa plus jeune fille âgée de douze ans à l’héritier du trône d’Espagne Luis, encore adolescent.

Le récit raconte l’histoire de cette transaction, le déroulement de ces mariages arrangés, en s’attachant aux destinées des deux princesses : la petite Marie Anne Victoire, venue d’Espagne avec ses poupées et sa nourrice, charmant toute la cour, en espérant toujours être aimée de Louis, et Louise-Elisabeth d’Orléans parachutée à la cour d’Espagne avec pour nouvelle famille une belle-mère tyrannique, un beau-père voyeur et un jeune époux niais et tremblant.

Les portraits des deux fillettes, leur façon de s’accommoder (ou pas) de ce qu’on attend d’elles, sont saisissants de vérité. On découvre que l’on peut à la fois être une princesse et « un paquet de linge sale ». Que la gloire et la déchéance peuvent survenir dans la prime enfance. Les second rôles sont nombreux et tous intéressants. On aime surtout la Princesse Palatine (Elisabeth Charlotte de Bavière) une femme vraiment exceptionnelle qui mériterait un roman pour elle seule. Un autre personnage écrivain, le Duc de Saint-Simon, n’a pas ici le beau rôle, il serait plutôt vu à travers ses ridicules.

Réalisme cru, poésie et humour noir se mêlent avec bonheur dans ces descriptions des familles princières et de leurs intérêts : goût ou horreur du pouvoir, hypocrisies et flatteries, des travers que l’on connaît bien, mais si bien mis en scène, qu’on dévore ce roman intelligent et sensible d’une seule traite.

Voir aussi de Chantal Thomas les Adieux à la Reine .

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 16:54

L’Olivier, 153 pages.

Emma a envoyé Tristan à la chasse. Ils ont emménagé dans un petit village et Tristan doit s’intégrer. Le voilà donc parti avec trois acolytes pour complaire à Emma, qui le veut chasseur et viril, sinon rien. Tristan a du mal à jouer le jeu avec les trois types plus âgés que lui, dont il ne comprend pas les manières brutales, et n’aime pas le langage grossier. Le rituel de la chasse lui semble complexe. Il a tiré un lapin et l’a vite fourré dans sa gibecière. Le lapin vit encore et même s’exprime, poursuit une conversation secrète avec Tristan ; ils discutent des différences entre animaux et humains. Avec ses compagnons, en revanche c’est de plus en plus difficile… Voilà que Dumestre, le plus agressif tombe dans un trou. Les autres partent chercher du secours, et Tristan reste près de l’orifice. Il tente de communiquer avec le blessé …

On peut dire de ce texte, à l’allure de fable plus ou moins philosophique, qu’il est bien écrit, et pourtant le style m’agace. Le parti pris est celui du monologue intérieur à la troisième personne, qui va avec souplesse et fluidité de Tristan au lapin, et à un troisième individu, Farnèse. Des phrases courtes et quelques bonheurs d’expression. L’intrigue est plutôt relâchée, le vécu de certains personnages (la maman de Tristan, le nommé Farnèse, Emma…) est peu crédible parce que trop outré. Mais c’est une fable et l’on ne peut pas demander à une fable d’être réaliste. Sauf que je suis en peine de trouver la moralité, ni ce qu’a voulu dire l’auteur.

Extrait « Me pendre, oui, très simplement, pour arrêter ce que je n’ai pas le moyen d’arrêter autrement. Me pendre pour me punir (à ces mots, un afflux de sang au ventre, à la tête, la transe du soulagement, la danse de la culpabilité vaincue), hum, comme ce serait bon d’être bonne. Mais cela ne dure pas. La punition ne saurait laver l’injure, ni faire disparaître la souillure ».

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 15:56

Arléa 1er Mille, 219 pages.

A l’occasion d’une admission à l’hôpital pour s’être blessé au bras, Jacques, la soixantaine, universitaire grammairien, doit dire son groupe sanguin. Laurence, sa fille de 35 ans environ, est présente. Ce groupe sanguin, comparé au sien, permet de dire qu’ils ne sont pas du même sang. Jacques l’admet mais ne veut rien dire de plus. En fouillant dans la chambre de sa mère, Laurence exhume des lettres d’un certain Guillermo Zorgen. Des lettres et des poèmes, plutôt lyriques et exaltés. Comment sa mère a-t-elle connu cet homme ?

Elle se renseigne sur Zorgen. Dans les années 70 il fut le chef du MLT, un groupe révolutionnaire « anti-capitaliste », prônant l’action directe. Laurence réussit à rencontrer d’anciens membres de ce groupe. Notamment Pierre, journaliste, qui était très proche de Zorgen. Mais aussi l’historien Dévoldère à présent passé à droite. Et une femme Francine, qui lui apprend bien des choses…

Laurence espère être la fille naturelle de Guillermo. Cette personnalité qui se dessine au fil des lettres, des témoignages, des articles de journaux, lui plaît. Guillermo n’est pas un gauchiste ordinaire. Il semble plus sincère, son langage est indemne de toute théorie absconse, il ne défend aucune théorie d’ailleurs, ni aucune vision du monde un peu originale.

Le groupe dont il est le chef provoquait des incendies et destructions d’appartements de banquiers et autres gens représentant le capitalisme. Il fit de la prison et fut impliqué dans un incendie criminel. Sa mort à trente trois ans au milieu des années 70 n’a pas été élucidée. Ses anciens amis pensent à un règlement de compte maquillé en suicide, mais le suicide n’est pas exclu non plus. Et quel fut le rôle des parents de Laurence dans tout cela ?

Ce roman prend la forme d’enquête où se succèdent des monologues de personnages (surtout Laurence), des articles de journaux, des lettres de Guillermo, des dialogues entre les différents protagonistes. Les narrations sont variées mais le récit est un peu trop court pour que l’on prenne la mesure des différents personnages, qui ne sont qu’esquissés. Guillermo, individu sans doute fictif, pourrait être inspiré de Pierre Goldman, du moins en partie.

On n'a aucune peine à suivre Laurence dans sa recherche passionnée. Problème : le personnage de Guillermo ne me plaît pas autant qu’à elle, loin de là !

Il ne m’inspire même aucune sympathie. Les témoignages des anciens amis ne cachent rien de ce que qu’il avait de déplaisant, violent, crâne, et tête brûlée. Et le groupe de rigoriste. De sorte qu’on ne saisit pas très bien pourquoi il séduisait tous ces gens. Les poèmes cités sont ceux là même que composent certains collégiens exaltés, et sa prose n’est pas différente. Je n’ai tout simplement pas pu m’intéresser à ce personnage !

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 10:33

Buchet-Chastel. Environ 250 pages.

Claire, fille de paysans, possédant une ferme dans le Cantal à mille mètre d’altitude pas trop loin de Saint-Flour.

Après sept années de pensionnat religieux à St-Flour, elle fait Lettres Classiques à la Sorbonne, devient prof, et nous la retrouvons à l’âge de quarante ans, propriétaire d’un appartement à Paris, passant ses vacances avec sa sœur aînée (sage-femme) et son neveu, en voyages et sorties culturelles. S’étant accommodée de sa double appartenance, Paris et le Cantal. Mieux vaut deux pays que pas du tout !

1ere partie : la narration est assumée par « on » entité comprenant Claire encore enfant, ses parents, son frère, et une relation chaleureuse avec sa tante et son oncle installés à Gentilly, elle postière et lui ouvrier à Paris ; une première approche de la capitale et de son ambiance. Les déplacements chez l’oncle et la tante, et observations de leurs différences lorsqu’ils rendent visite au pays.

Le pays natal est rendu avec bonheur ( je veux dire « bonheur d’expression ») : ce n’est pas un éden, c’est un lieu où l’on vit, où l’on travaille, la besogne est constante, des moments de repos sont durement gagnés, au passage on jouit fugacement « du feulement continu de la rivière », des « fragrances d’été, grillons têtus, » et « promenades de nuit…jonchées d’étoiles et lune laiteuse »

2me partie : Claire étudie à la Sorbonne, narration 3 me personne point de vue de Claire : trois ans avant son concours, axée surtout sur le latin et le grec. Ses difficultés » les études sont sa guerre » et ses triomphes discrets. Vivant chichement d’une bourse, et de remplacements dans une banque au Palais Royal deux mois l’été.

« Juillet flamboyait dans sa gloire de jambes nues, de pieds finement gainés de savantes lanières et de robes plus ou moins minimalistes … » . il y a de la beauté, ressentie par l’étudiante, de l’envie, une lucidité critique qui ne la quitte pas, même dans l’émoi.

Un professeur M ; Jaffre ; un étudiant allumé Jean-René, une étudiante généreuse Véronique. Une véritable amie Lucie, ses parents si agréables qui accueillent l’étudiante esseulée, une famille cultivée, qui fait découvrir à Claire la musique( Bach) la littérature ( dont Flaubert et Félicité) le cinéma ( le terrible A nos amours de Pialat ). Quelques amis hommes (pas mal mais ne méritent pas le nom d’aventures). Une femme de la banque Mme Rablot, ses problèmes avec les hommes mari fils frères « les deux syllabes de Michel, qui était celui de son défunt frère, creusaient dans sa voix un abîme de douceur fugitive et navrée ».

L’après midi chez Véronique et ses parents : « On écoute de la musique « La Callas, prêtresse majuscule s’évertuait, répandue, inqualifiable et difficile. C’est du moins l’impression majeure qu’en retira Claire, abasourdie par cette exécution en règle. L’air était grand ,et italien. Véronique et ses parents se taisaient dans le silence qui suivit l’éruption ; on se rhabillait, quelque chose resterait engorgé sous les mots, avait été nu dans la pièce tapissée de livres, une femme avait crié ».

3 me partie. Claire a quarante ans. Elle est devenue ce que j’ai dit dans le prologue. Vient chercher son père ( 70 ans) à la gare de Lyon et son neveu, pour quelques jours de vacances. Narration à la troisième personne, Claire d’abord, puis surtout son père. « Avec des femmes comme Claire, qui ne voulaient pas se charger d’une famille, supporter un mari, des enfants, et habitaient dans des appartements bourrés de livres, allaient à des spectacles ou voir des peintures dans des musées , à Paris , en Autriche, à New-York, au lieu d’élever des gosses et de s’occuper d’une maison, avec rien que des femmes comme elles , qui gagnaient leur argent sans attendre après les hommes, ça serait bientôt la fin du monde ». C’est par la voix et les réflexions désabusées du père, que nous comprenons que Claire a réussi sa vie.

Conclusion sur une visite au Louvre. Il trouve que les sols sont beaux.

Belle narration, langue choisie, phrases inspirées, sans rien d’ampoulé ni de faux ! On y croit, et on apprécie. Un ensemble assez désenchanté mais plein de vigueur, de la subtilité dans des phrases très travaillées. Un auteur à lire encore.

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  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
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