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27 mai 2006 6 27 /05 /mai /2006 13:56



A la FNAC rayon sociologie, question de société psycho et développement personnel :

 

les titres sautent aux yeux avec violence comme des couleurs criardes, comme des chiens excités qui défendent leur bout de page avec d’épouvantables aboiements :

 Des drames « Jamais plus sans… ma fille, mon chien, mes vitamines… »


 


« Génération 69 : ils ne vous disent plus merci » ;

«  Ils ne travaillent plus, ils ne bougent plus … mais ils changent le monde » ;

Victime du pouvoir du  Devoir, du Divan, des Média, du Tabac, des Ancêtres, … Réagissez !

  Il faut sauver la planète !


Comment peut-on être ministre ?… (C’est Luc Ferry qui se le demande)

Démissionne mon vieux, on ne va pas te regretter...


Pourquoi mon Dieu ? (L’abbé Pierre s’interroge)

  L’Empire du mal ?  Les USA ? Tragicomique Amérique ;

Faut-il avoir peur de… 

Ne plus permettre l’accouchement sous X

Et jappements  sulfureux : Rencontre sous X.

Heureusement  que l’on peut :

Guérir de… Sans passer par…C’est facile… Simple pression du doigt…


et  qu’il y a « Les Dix commandements du bonheur »


Révélez le manager qui est en vous-même








Conquérir le cybermonde c’est possible…


« Ceux qui aiment ne peuvent pas perdre « (c’est JP Huchon président de la région Ile de France qui vous le dit)
Polochon! Notre président ! ils sont si fiers, eux les planqués des petites villes  Bobos du Val d'Oise de n'avoir pas réussi à empêcher l'élection d'un président de région qui dit être de gauche!!


et Surtout :

«  Grands-mères un amour tendre et féroce » si elles n’étaient pas là que deviendraient-on ?











Pourtant l’on fuit vers la cafétéria avec un objet plat large et dense publié par l’université de Laval  qui va tout vous apprendre sur «  Internet utopie et désillusion » un titre qui ne provoque aucune poussée d’adrénaline.  Sagement assise à une table, à côté d’une pile de BD haute comme le pic du Midi, je lis tout sur l’examen de L’IRC (Internet Relay Chat) et son fonctionnement.


Ma voisine, toujours brune vêtue d’un pull blanc, plus que jamais fourmi dans un verre de lait, ne fait plus trembler la table ; elle prend peut-être un médicament ?
Que lit-elle ? « Hélène : j’ai commencé par un joint ». C’est cela ! elle s’est mise à je ne sais quel produit étrange et elle s’inquiète déjà. Visiblement elle est attirée par toute cette agitation qui fait ressembler le rayonnage « société » à une arène de cirque.


Le visage d’Hélène s’affiche en gros plan avec des lunettes énormes, et une coiffure savamment déstructurée. Hélène  a dû payer cher sa perruque. Elle ressemble à Polnareff jeune avec le nez tourné vers l’ouest.

 

J’apprend moi, des universitaires de Laval, que l’usager du Chat est sans pouvoir : un luser ( lame user ou loser user) . Je sors mon carnet de vocabulaire. 
Le Flooding : déversement d’un déluge  de paroles. C’est ce qui se passe muettement sur le stand "questions de société".

Et ce flot dingue n’est pas endigué organisé ni porté par une voix.

Le deuxième voisin est parti en emportant ses BD comme une pile de grands carreaux de plâtres. Pour éviter le flooding , essayer la commande « ignore » filtrer les messages de l’importun.

 
Hélène a commencé par un joint, et ma voisine poursuit par un sandwich dans lequel elle mort à belle dents ; une lutte s’engage entre elle et la demi baguette récalcitrante tandis que la substance blanche et molle qui  garnissait les deux tranches de pain s’en échappe et risque de tomber sur l’énigmatique visage  à lunettes noires et boucles artistement disposées d’Hélène qui a commencé par un joint.


« Kick : expulser l’importun . Commande « ban ». L’exclusion permanente vous met en liste noire ( K-lines)  si c’est sur le canal ou G-lines si vous êtes expulsé  du réseau tout entier.
L’enfant qui naît est  en G-lines et sitôt venu au monde il cesse d’être virtuel.  ( A suivre)


L’enfant qui vient au monde cesse d’être virtuel et le redevient très vite, si le statut d’enfant le  positionne en adulte en puissance. Ce n’est pas toujours le cas. Beaucoup considèrent l’enfance comme une valeur en soi.

Ce sont des robots qui filtrent les messages en premier tri grâce à un «  script répressif » ; ça doit se passer  ainsi. Le censeur prend le relais.
Le livre me tombe des mains.


J’attaque « les nouveaux chiens de garde »de Serge Halimi, nouvelle édition actualisée et augmentée avec la préface déjà ancienne de Bourdieu.

 

Serge Halimi explique qu’en France les journalistes sont décidément trop proches du pouvoir, et lui sont inféodés de telle manière que la liberté de la presse, quoique acquise depuis longtemps, demeure un vain mot. La quasi-totalité des organismes de presse ont  appelé à voter oui au référendum sur le traité européen rebaptisé « constitution », pour la plus grande confusion des citoyens.
Divorce relatif de certains journaux et de leurs lecteurs.

Ce mal-être inquiète les journalistes à tel point qu’ils réagissent en lançant moult discussions sur la liberté de la presse, de sorte que cela devient le thème à la mode ; cela  devient  un sujet de conversation comme un autre, des forums de discussion s’ouvrent, gouffres où l’on engloutit la parole pour la banaliser.

Bientôt on va en parler tellement que les usagers des médias, saisi d’overdose crieront «  de grâce lâchez-nous les bottes, vite changez de sujet ! ». C’est ainsi que l’on a raison des questions les plus importantes.

Plus j’avance dans Serge Halimi, moins j’ai envie d’acheter le(s) quotidien(s) dont je fais l’acquisition deux ou trois fois par semaine, mais je pense aussi que je ne pourrais les remplacer par aucun autre.

Chaque organe de presse anciennement de gauche, a son lot de journalistes destinés à entretenir l'image de gauche du journal. L'auteur appelle ces journalistes faussement rebelles des " faux impertinents" .

Peut-on dire que Pierre Marcelle,par exemple,serait un "faux impertinent"? Ce serait pousser le bouchon un peu loin...

 
Ma voisine a changé de lecture elle aussi, maintenant, elle s’initie à la politique grâce à «  E
tre de droite : un tabou ? »

Il me semble qu’à présent le tabou c’est très largement, être de gauche, position considérée comme archaïque, débile, même plus intellectuelle : l’intellectuel autrefois de « gauche » s’est reconverti soit  dans le centrisme, soit  dans la religion, soit le libéralisme, quand il ne défend pas un extrémisme quelconque,  quelquefois il se plaint de tout et en appelle à  un nouvel humanisme et à la défense de valeurs mal définies. On ne se demande plus «  ce qu’en pensent les intellectuels ».


 

 

D’ailleurs cette engeance est de moins en moins citée, en passe d’être remplacée par …le Citoyen Lambda, le Consommateur, le Français de Base, le Français d'En Bas ? 
  le Français d'en bas il vit souvent au quinzième étage, ou au troisième sous-sol.  Rarement, a t'il droit même, à un problématique  rez de chaussée...


 

Tant pis, j’ai faim et je vais commander mollement les salades habituelles avec carottes œuf dur et assaisonnement. Si seulement je réussis à enlever les agrafes qui maintiennent le couvercle au corps du récipient en plastique dur.

Pour finir, je feuillette Bardadrac, les Mémoires de Gégé, soit le dictonnaire autobiographique de Gérard Genette , cet auteur dont j’ai appris, copié et récité les « Figures » surtout le tome 3, dans le passé, pour l’obtention d’un concours. Ceci est un ouvrage de divertissement. L’éminent professeur veut pratiquer l’humour pour parodier sa profession.
A « nativité » on  lit à peu près ceci :
 

 Les bergers et les mages grillent sèche sur sèche. Enfin Joseph sort de la crèche.

- Alors ?

- c’est une fille.

Continuez l’histoire.


J'ai retenu que Gégé avait fréquenté un collège à Pontoise, et que, le 7 juin 1942, jour de ses douze ans, les élèves juifs avaient dû commencer à porter l'étoile jaune. Lui ( protestant alors) et certains de ses camarades ont voulu porter aussi l'étoile jaune par défi et révolte. Ils  la portèrent, ce jour-là  uniquement, car les adultes sont intervenus...

Vive Gégé


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17 mai 2006 3 17 /05 /mai /2006 14:01

Si-la-gauche-savait.jpg 

 

Entre toutes les pointes dont le livre est émaillé,  la meilleure semble être :

« J’ai soutenu Mitterrand comme la corde soutient le pendu ».

 

 

« Si la gauche savait… : entretiens avec Georges-Marc Benamou » Robert Laffont, octobre 2005.

 

 

Ce livre a l’avantage de présenter Michel Rocard, sous forme de réponses à des questions ce qui, pour le lecteur rend le contenu plus vivant, surtout s’il n’est pas vraiment accoutumé à lire des livres sur la politique. Rocard a le don de la formule brillante, et ce n’est pas déplaisant, même si on ne sait trop quoi penser de certaines de ses déclarations.

 On suit sa formation,, son entrée en politique quand il a formé un petit parti à Science po encore étudiant, on  fait connaissance avec son éthique héritée du protestantisme, ( le défaut ou la qualité dominante étant l’individualisme), ce qui, de ses problèmes personnels a compté dans son parcours. « C’est un miracle que je sois devenu hétérosexuel » estime Rocard, et des miracles, il n’y en aura pas d’autres. Son parcours politique est hérissé de difficultés et d’obstacles.

On accompagne l’histoire du PSU depuis sa création en 1960 «  une drôle de maison  où se retrouvent tous les dissidents de gauche, les meilleurs, et de toute obédience … des communistes authentiques qui l’ont voulu moral et anticolonialiste, de vrais sociaux-démocrates, des cathos en voie de laïcisation, quelques trotskystes… le PSU est bordélique et riche de toutes les diversités de la gauche française »

De ce bordel, MR devra s’extirper pour en intégrer un autre le PS, une manière de tomber de Charybde en Scylla :

« le PS est un petit parti qui tout au long de son histoire va se limiter à rassembler quiconque a envie d’être conseiller municipal  ou plus, et quelques curieux ».

Comment Rocard a vécu les différents problèmes des années 60 et 70, l’Algérie (il était contre l’insoumission et s’en explique), le gaullisme, Mai 68, comment il a supporté la gauche « cette bande d’archaïques sclérosés »,  dans laquelle il a dû naviguer à contre-courant, parce qu’il n’aurait rien pu faire en politique s’il s’isolait.

L’électron libre : une expression  que Rocard utilise  à l’envi, voulant être et paraître aux yeux des lecteurs comme ce citoyen-et-homme politique  qui  traverse les groupes, les organisations, les partis, sans s’y inféoder, résistant aux  compromis intolérables, et se faisant  virer chaque fois qu’il dérange trop.

Mais vous avez  trop souvent joué perso, rétorque GM Bénamou. 

Rocard argumente : il était isolé à cause de ses différences, on en a profité pour le getthoïsér lui et son groupe, devenus  «  les parias de la deuxième gauche », et comme si cela ne suffisait pas, Mitterrand  lui  envoie Fabius «  le chef des tueurs… venu pour m’assassiner ».

Rocard se fait interroger sur son « parler vrai » qui a fait l’objet déjà d’un livre entier ( « Le parler-vrai : l’effet Rocard » de Hamon et Rothman, 1988).

Pour moi, le « parler vrai » renvoie à la formule d’Aragon, défendant la bonne fiction comme «  un mentir vrai ». Et je ne vois pas très bien le rapport.  

Le livre reflète avant tout les compromis et contradictions que l’homme politique doit assumer pour se faire connaître et avoir une chance d’accéder à un poste où il puisse enfin agir:  sauf que, arrivé là, il se trouve encore  empêché : « Mitterrand me disait de faire des choses qui se voient… je préférais être efficace »

Le problème selon Rocard c’est que les hommes politiques « méprisent les rudes contraintes de l’art de produire et de distribuer que par convention on appelle l’économie ». En 1981, l’équipe qui arrive au pouvoir « ignore même ce qu’est une balance des paiements ».

Il pense aussi que les nationalisations sont  une idée sociale-démocrate, pas une conception communiste.

Difficile de trancher. Si quelqu’un a lu le livre, qu’il m’éclaire.

 

Michel Rocars reste à mes yeux un homme politique assez original, intelligent, pas trop "politicien", et le seul homme politique, à ma connaissance,qui se soit fait psychanalyser du moins, d'après ce qu'il a pu en dire, cela ressemblait d'assez près à ce que j'appelle une analyse...

 

 

 

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28 avril 2006 5 28 /04 /avril /2006 09:52

Et vous m'aimez  follement mais qu'y a-t-il derrière tout cela ?


 Freud (150 ans  dans quelques mois) est encore assez  frais pour vous en donner une idée.

Il  lit le roman d'un écrivain suédois (Jensen,) et découvre que  l'oeuvre littéraire se construit comme un rêve éveillé.

Nous sommes en 1907, comme si c'était hier.


L'histoire de la " Gradiva" : Norbert Hanold, archéologue, s'est épris d'une jeune fille sculptée sur un bas-relief romain. C'est surtout la démarche de la jeune fille qui l'attire, une façon de poser le pied qui évoque la danse. Il a fait effectuer un moulage de cette oeuvre pour la contempler à tous moments, l'a baptisée " Gradiva » : celle qui s'avance".

Bientôt cela ne suffit plus. Il rêve qu'il rencontre cette jeune femme à Pompéi en août 79, au moment de la terrible éruption du Vésuve. Il la voit s'allonger sur une dalle alors que les poussières et les fumées émanant du volcan vont les ensevelir tous deux.


. Resté sous l'emprise du rêve, il part pour Pompéï , arpente les lieux, ne tarde pas à rencontrer Gradiva, dans " La Maison de Méléagre". Croyant à un fantôme, il ne s'étonne pas que la jeune pompéienne soit semblable à celle du rêve, ni même qu'elle déclare ne parler que l'allemand, et s'appeler Zoé. Progressivement, Zoé lui fait comprendre qu'elle est son amie d'enfance, et qu'il l'a oubliée depuis longtemps, absorbé par ses travaux scientifiques. Pour dissiper le délire, elle l'appelle par son nom : " Je vois que tu es fou Norbert Hanold".


Certains mécanismes psychiques ont déplacé l'intérêt de Norbert sur ce bas-relief romain et cette créature de marbre, mécanismes qui sont ceux qu'utilise l'inconscient pour transformer le contenu latent d'un rêve en contenu manifeste. L'objet qui intéresse réellement le rêveur se déplace sur un autre objet de moindre intérêt mais qui fait encore signe au premier. Le résultat en est le refoulement.


Le déplacement s'opère également par métaphore : l'archéologie représente ainsi la recherche du passé individuel. par l'apparition de négations, par la condensation de plusieurs éléments en un seul, rendant l'objet méconnaissable, par la déconstruction de la chaîne des liaisons qui peuvent faire remonter l'archéologue de la vision d'un mouvement de danse sur une sculpture à une fillette avec qui il jouait autrefois


En analysant le rêve d'angoisse de Norbert Hanold, Freud s'aperçoit que le fait de s'imaginer pompéien comme l'objet aimé témoigne d'une tentative de rapprochement mais que la conséquence du rêve : partir à Pompéi l'éloigne de l'objet d'amour. Car Zoé habite toujours dans la même rue que lui à Vienne. L'éruption et l'ensevelissement rendent compte du refoulement, du moment supposé où Norbert,( pour des raisons que l'auteur nous laisse ignorer souligne Freud) a nié l'existence de la jeune fille aimée, ne la laissant subsister que dans ses pensées inconscientes.


Le désir inconscient lutte pour se faire reconnaître : il apparaît sous la forme d'une oeuvre d'art, qui rappelle l'objet aimé, il la rend vivante dans le rêve, et il montre son caractère sexuel : Gradiva s'allonge souplement et calmement sur la dalle, au moment de l'éruption volcanique, alors qu'elle devrait s'enfuir....


L'histoire de Jensen se termine de façon romanesque : grâce à la jeune fille ; l'archéologue abandonne son délire et l'épouse. La jeune fille joue le rôle de l'analyste mais c'est par amour pour le patient. Elle se dédouble, consciente d'être le véritable objet d'amour.

 Ce serait, dit Freud, impossible dans la réalité. Si l'analyste aide le patient à retrouver l'objet et la cause de son désir débarrassé de ce qui le rendait méconnaissable, ce n'est pas pour autant que le patient va pouvoir réaliser ce désir. L'analyste n'est pas Zoé ; au moment du dénouement, il s'effacerait, et Norbert, dans le meilleur des cas, retournerait à son hôtel et commencerait à y regarder les jeunes filles, tout en continuant à se passionner pour les sculptures féminines, sachant les apprécier comme des oeuvres d'art.


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27 avril 2006 4 27 /04 /avril /2006 13:26

C’est un compte-rendu sérieux et efficace de cette horrible affaire de « pédophilie » qui commence au début du siècle, lorsque les quatre enfants de Myriam et Thierry, couple délinquant et pervers, habitant dans un modeste HLM à Outreau près de Boulogne sur Mer, ne peuvent plus supporter les sévices que les parents leur infligent, et, pour se soustraire à des week-end perturbants commencent à accuser leurs père et mère par la bouche du second d’entre eux, le leader de la fratrie. L’assistante maternelle qui recueille les aveux du gamin, met la machine judiciaire en branle. Jusque là tout est clean. Mais les enfants commencent à accuser d’autres que leurs parents, la mère, au début hésitante, se voit forcer par le juge d’emboîter le pas aux dires de ses enfants, espérant par ce faire s’attirer la clémence du magistrat, visité par la certitude délirante que les enfants ne peuvent mentir, mu par l’ambition de démanteler un gigantesque réseau de pédophilie auquel il veut croire.

 

1)La suspicion automatique du personnel éducatif et sanitaire à l'égard d'une certaine population ne fait aucun doute. Parce que les locataires de cette tour de HLM vivent dans un milieu défavorisé, n'ont pas eu accès au minimum de culture et d'éducation que la société doit donner, ils sont condamnés à rester marginaux, et à être accusés de délinquance à la moindre occasion.


2) Florence Aubenas met aussi en scène les personnages de Myriam la mère des enfants et  celui du juge Burgaud qui se laisse bluffer par elle, un couple qui manifestement délire, jusqu'au drame.



Dans le souvenir encore frais de l’affaire Dutroux où l’on n’en fit pas assez pour sauver les victimes, voici qu’on en fait trop (Outreau ou pas assez).

 

 

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31 janvier 2006 2 31 /01 /janvier /2006 13:08

La réponse de Freud à Michel Onfray :

L'Avenir d'une illusion ; texte de 1927.

 

Michel Onfray dans son livre Le Traité d'athéologie considère Freud comme un de ces «  faux athées » qui ont gardé  de la religion dans laquelle ils ont été élevés l'éthique ou la morale peut-être les deux. Et il  ne se trompe pas. Dans ces écrits politiques (On peut aussi compter «  Malaise dans la culture ») tout en déplorant les méfaits de la croyance religieuse,  Freud ne propose pas une éthique athée.

Avec l'aide de la théorie psychanalytique Freud s'interrogeait sur l'avenir de la culture occidentale. «  culture » ( Kultur) et « civilisation » sont pour lui synonymes.


Pour interroger le devenir de la civilisation, la psychanalyse privilégie le domaine de l'altérité, les échanges des hommes entre eux, le problème de la répartition des biens, plutôt que celui de l'acquisition du savoir et de la domination progressive de la nature.


Le premier de ces domaines d'investigation,  Freud l'appelle «  régulation des affaires humaines »

Les hommes tendent à régler leurs rapports intersubjectifs de manière à obtenir le moins de déplaisir possible pour chacun, pour le plus grand nombre.

Cette tâche est politique puisqu'elle suppose d'éviter la guerre. Le pari est difficile, les hommes ont des tendances antisociales (destruction de l'autre aussi bien que de soi), et n'aiment pas spontanément le travail.

 Pourquoi ?

Le travail, selon Freud, est un jeu dont la satisfaction est différée.


Une majorité d'individus est contrainte par une minorité de privilégiés entretenant un conflit permanent et une répression des désirs. 

Les foules sont inintelligentes et inaccessibles aux arguments. Il est nécessaire qu'elles soient contraintes par une instance gouvernante créée dans le but de préserver la civilisation.

Mais  ces instances gouvernantes ne sont pas plus intelligentes que les foules elles-mêmes et si un guide s'en détache, c'est par nécessité vitale et non pour ses capacités. Les hommes ont intériorisé l'instance dirigeante sous la forme du « surmoi » ( über-Ich) en ce qui concerne les interdits majeurs à la base de toute civilisation. Contraints d'obéir à des chefs , ils obéissent davantage à une représentation du chef qu'à un personnage particulier, qui n'en est qu'une figure passagère.


Les désirs humains qui, au nom de la préservation de l'espèce, demeurent non satisfaits, s'appellent privations. Elles ont un sens car elles se fondent sur des interdits : l'interdit d'inceste, le cannibalisme, le meurtre ... et sont intégrées par le surmoi. Les privations sont génératrices de productions culturelles, les hommes substituant à ces désirs interdits des pratiques éthiques et singulières pour chaque nation. Ces pratiques substitutives  sont respectées par crainte du châtiment.


D'autres désirs également insatisfaits sont de natures différentes et aboutissent à des frustrations. Elles n'ont pas de sens car n'étant pas fondées sur des interdits :  la mort n'a pas de sens( d'ailleurs l'inconscient ne la reconnaît pas). Elle n'a pas de fonction civilisatrice n'étant rien d'autre qu'un processus naturel. L'homme, être parlant, ne peut l'admettre du fait qu'il n'y a rien à en dire. La plupart du temps il se croit immortel, ça n'arrive qu'aux autres, mais s'angoisse si cela touche un »proche ».  Les hommes vont doter de sens et humaniser la nature (mortelle) et ses manifestations. C'est ainsi que naît  un processus appelé religion.


Paul Valéry dit «  la question des religions, c'est de savoir si les morts sont vraiment morts ».



Les satisfactions secondaires substitutives aux frustrations ( imposées par la nature) et aux privations ( imposées par la civilisation) naissent du refoulement. On les appelle idéaux et réalisations artistiques.

Un idéal est narcissiquement satisfaisant parce que celui qui le défend entre en conflit avec d'autres idéaux et le sien lui parait d'autant meilleur.
Les fonctions de l'art , à l'opposé, sont  anti-conflictuelles, elles exaltent l'identification ( une jouissance en commun) et réconcilient les éléments d'une communauté.


Les satisfactions substitutives nées de frustrations occupent une place à part puisque l'homme réagit à la frustration (principalement le fait d'être mortel) par l'idée religieuse ou « illusion ».


L'illusion, contrairement à l'erreur  qui est une faute objective, est une croyance erronée, motivée par le désir et la subjectivité ; elle est indifférente à l'effectivité. Freud la différencie de l'idée délirante qui prend la place de l'effectivité et s'y substitue pour la personne qui en est affectée.


L'illusion subsiste donc,  en non-contradiction avec une effectivité par ailleurs assumée comme telle. Bien entendu, si Freud réserve à la religion le terme d'illusion , il n'exclut pas que ceux qui pratiquent des religions puissent avoir des idées délirantes.


L'animisme, premier état de la religion,  sera remplacé par une nouvelle illusion mieux adaptée à la nouvelle conjoncture.  Il y aura des dieux  dont la fonction sera d'abord de réconcilier les hommes avec la mort (réversibilité, passage vers une autre vie...) ensuite d'adoucir les privations que la civilisation impose, et enfin d'exorciser la nature. A cette phase, les idées religieuses ont pour fonction  de compenser aussi bien des frustrations que des privations. La figure du père devient alors centrale dans l'esprit religieux des hommes.

Le père est craint de l'enfant qui n'en espère pas moins une protection de sa part. De Dieu, l'homme attend le même service.

La position du dieu est fragile :

S'il commande aux forces naturelles il faut se persuader que ses voies sont insondables.

S'il a seulement créé la nature, étant donné la façon imprévisible dont celle-ci se conduit et la non-réponse du dieu à l'effroi humain, il faut conclure qu'il a abandonné sa créature. Car s'il y est lui-même soumis il perd son statut divin.

Les hommes s'en tirent en  déclarant la foi inséparable du doute.

Arrivé à un tournant de son histoire, l'homme fait endosser au dieu l'origine de la civilisation en plus de la nature et le charge d'en faire respecter les règles. Il concentre les qualités divines sur un seul dieu selon un mécanisme inconscient que Freud explique dans la Traumdeutung : la condensation de plusieurs désirs disparates en une seule figure. Dieu finit par être exactement identifié au père et de fait il aura un enfant : soit sous la forme d'un peuple élu, soit sous la forme du Christ.


La deuxième partie de L' »Avenir d'une illusion «  est centrée sur le problème de la foi chrétienne :  l'idée religieuse est un dogme qui réclame un acte de foi.

La façon la plus avantageuse de contourner ce problème est le doute qui permet l'activité  rationnelle,  non sans tourmenter l'obsédé.

Une autre façon d'esquiver la difficulté est de se comporter « comme si » c'était vrai. Les ruses de l'inconscient font d'une foi acharnée un détachement qui est celui de la négation.  Le conscient nie ce que l'inconscient retient : c'est la façon habituelle dont la névrose se présente.

Il est fréquent aussi de masquer Dieu derrière des abstractions «  c'est une force qui nous dépasse » , « c'est quelque chose, tout de même ».


Une seule attitude ne serait pas religieuse : reconnaître son impuissance en face de la nature. Toute démarche visant à se réconforter face à cette situation est forcément religieuse.

En vertu du principe de négation, l'athéisme parait être une attitude religieuse parmi d'autres.


La conclusion implicite de Freud serait  que l'homme occidental n'échappe pas à Dieu, étant l'héritier de cette civilisation judéo-chrétienne. Tout au plus peut-il reconnaître que la civilisation est basée sur des interdits (lois) pour survivre et que la religion n'est que la consolation, la compensation des hommes aussi bien déprivés par les interdits que frustrés par la nature.

Autrement dit ; l'essence même de la religion n'est pas la loi en soi : elle n'est pas non plus « naturelle ». Elle se situe à un niveau où l'homme est un enfant devant un père, dans un registre qui est celui de la névrose, et implique que le père n'est pas mort, est donc à craindre, et qu'on peut en tirer des satisfactions, des récompenses etc...

Un niveau que la plupart d'entre nous croient avoir dépassé ce qui fait que Freud est souvent  rejeté.  Ceux qui ont coutume de se déclarer athées ou incroyants, n' admettent pas  qu'inconsciemment ils ont à découdre avec le père. Inversement, ceux qui se déclarent croyants n'admettent pas que la religion  puisse être une illusion.

La plupart des gens, même de bonne foi, n'admettent pas l'existence de l'inconscient. Ce serait admettre qu'ils ne connaissent que très peu de leurs pensées véritables... l'inconscient est toujours nié,  y compris bien sûr lorsqu'on prétend  l'admettre...

L'avenir des idées religieuses en tant qu'illusions parait florissant à Freud. Alors même que la science se développe et devrait éliminer les causes de croyances religieuses, ce fait transforme des attitudes religieuses classiques en attitudes athées, sceptiques, et autres variantes qui signifient seulement que l'homme se dissimule, qu'il est resté un enfant dépendant d'un père.


Sigmune Freud " L'Avenir d'une illusion" PUF ( Quadridge), 1999.

Indice de satisfaction : 9/10.




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