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2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 12:53


Agullo,2021, 358 pages


Un roman noir croate!


Croatie, 1989. Dans un bourg de la côte dalmate, Silva, 17 ans, disparaît durant la fête des pêcheurs. L'enquête menée par Gorki Sain fait émerger un portrait complexe de cette jeune fille qui prenait et revendait de la drogue. Quand le régime de Tito s'effondre, l'inspecteur est poussé à la démission et l'affaire classée. Seule la famille de Silva poursuit obstinément les recherches.
À travers ce drame intime et la quête de la vérité par la famille, L’Eau rouge déploie dans une grande fresque les bouleversements de la société croate : chute du communisme, guerre de 1991 à 1995, effondrement de l’économie et de l’industrie, statut des vétérans de guerre, explosion de l’industrie touristique et spéculation foncière, investissements étrangers et corruption… Ou comment les traumatismes de l’Histoire forgent les destins individuels.


Davantage roman que polar,roman historique qui témoigne à travers les destins de quelques personnages de profonds bouleversements dans cette province de Yougoslavie, devenue état indépendant après une longue guerre contre les Serbes,et finalement ce village ( Misto àcôté de Split)  devient la proie des promoteurs immobiliers et s'enlaidit alors que les touristes affluent dès la fin du printemps.
la disparition de Silva donne lieu à des rebondissements et n'est élucidée que dans les dernières pages. Explication d'ailleurs peu convaincante...

la façon dont les différents protagonistes évoquent la jeune fille au fil des années évolue assez peu (sauf chez le père, Jakov ) la psychologie reste rudimentaire. Il n'empêche que pour un polar c'est vraiment bien écrit...

 

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 11:27

10/ 18 (Grand détectives) 2007, 324 pages.

          1er publication 1998.

 

Ce romancier russe a mis en scène une « murder-party » sur un navire quittant Paris,  en partance pour l’île de Ceylan ; deux hommes,  Eraste Fandorine, un jeune russe excentrique (on comprend que c’est un personnage récurrent) et le commissaire Gauche( français)  cherchent un criminel qui aurait embarqué ; avant d’être sur le bateau, il a tué dix personnes ( la domesticité de lord Little Bird, un riche Anglais) en leur injectant une dose d’opium mortelle, puis assassiné Little Bird, lui prenant dans sa collection d’ objets indiens plus ou moins précieux, un bouddha en or et un foulard de soie.

 

On ne sait pourquoi, car le bouddha a été retrouvé dans la seine, et le foulard… n’avait pas grande valeur…

Gauche a trouvé plusieurs suspects, de nationalités diverses,  qu’il a fait réunir pour les surveiller pendant la traversée. Il a choisi ceux qui n’avaient pas les  insignes en forme de baleine qu’on remet à chaque passager : en effet, le meurtrier a oublié ce badge sur sa victime, qui le lui avait arraché.

Cependant pour compléter sa collection de suspects il a aussi pris un docteur (louche, car il sait faire les piqûres, et italien) et Fandorine, qu’il a pris pour un suspect.

La traversée est donc mouvementée, aventureuse, les passagers à surveiller sont très bien campés et ont tous évidemment quelque chose à cacher, les deux enquêteurs ne cessent de se quereller, pour notre plus grand plaisir, et le roman s’avère une parodie très réussie et distrayante. Le style est plus enlevé que celui d’Agatha. Pour le reste, il n’a rien à lui envier !

 

 

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 19:07

 

Noir sur Blanc, 2018, 330 pages.

Sept jours dans la vie d’un homme et d’une femme, voisins, qui, nous le sentons sont appelés à se rencontrer même si de prime abord, ils ont tout l’air de s’éviter. Enfants, ils ‘étaient perdus ensemble et retrouvés dans la forêt, à présent ils ont plus de 40 ans. La femme est venue pour vendre sa datcha, l’homme réside dans la sienne et n’aime pas franchement la compagnie…

Cela se passe de nos jours au nord de Saint-Pétersbourg  à l’orée d’une forêt dense, à la fin d’un mois de juillet torride.

Les sept chapitres portent le titre des sept jours de la création selon la Bible. La vie des  héros du roman suivent donc cette évolution, bien que la fin du roman évoque davantage la fin du monde que le début.

La narration épouse tour à tour les pensées et sensations  de chaque personnage ( l’homme et la femme-ils ne sont pas nommés donc ils sont plus ou moins exemplaires ?) selon un flux de conscience  (un quasi monologue intérieur) qui mélange les remarques sur leur ressenti corporel , leurs actions au quotidien, leurs problèmes concrets, le souvenir de leur vie passée et des êtres maintenant disparus, les parents , et pour l’homme un ami cher, des  dialogues venus de l’extérieur  prononcés par les gens qui les entourent ( des gens ordinaires , des voisin, un soi-disant réparateur, des vieilles femmes…), des bruits, des  tout cela se fond en un méli-mélo vivant et fourmillant où parfois l’on se perd… on ne sait plus qui a dit quoi, il faut revenir en arrière.

On peut penser à Faulkner à Virginia Woolf … bref,  c’est ce type de construction narrative qu’a choisi l’auteur,  et elle y excelle. Diverses tonalités traversent le récit , le  mal être, le tragique, les mauvais rêves, voire le délire dominent,  mais aussi les soucis quotidiens et parfois,  on a presque envie de rire : lorsque l’homme tente de faire de la confiture de cassis et perd son dentier en goûtant l’affreuse mixture qu’il a obtenue !

Quoique non nommés, l’homme et la femme ont de personnalités très affirmées : l’homme est  traducteur de métier, il est sur un roman de science fiction qui l’ennuie et en même temps ça le sauve de ses pensées morbides : car son quotidien est infesté de soucis lié à la datcha où il vit : la serrure de l’abri de jardin est cassée et il n’arrive pas à la faire réparer, le fonctionnement des appareils ménagers est précaire, l’approvisionnement en nourriture difficile, et surtout à chaque instant il croit entendre ses parents décédés lui faire des remontrances sur sa façon de vivre et de gérer le tout venant (on se demande même s’il ne les entend pas réellement parler ses parents, si la frontière du réel et de l’imaginaire ne s’abolit pas pour lui).  La femme est plus réaliste mais elle aussi est gênée par  ses parents défunts : ils auraient aimé qu’elle soit une intellectuelle comme eux, et elle a opté pour des études commerciales, et y a réussi ; cela n’empêche pas un vécu douloureux et des remords à propos de mauvais souvenirs et de regrets ( elle voudrait avoir un enfant mais elle a déjà 47 ans) et elle est venue pour vendre une maison pleine de fantômes  . Une maison où dans la pièce à vivre son père avait accroché  une reproduction du Jugement Dernier de Bosch, ce  n’est pas de tout repos, mais pourquoi ne l’a-t-elle jamais décrochée ?

L’un et l’autre n’arrivent pas à vivre bien et la nature ne va pas les y aider.

Et les champignons ? Eh bien ils sont maléfiques, vénéneux et empoisonnent la vie et même l’estomac ; la femme consomme des champignons peu comestibles et s’en ressent..

Je ne  suis pas sûre d’avoir bien compris le message final,  mais le récit est captivant  et d’une haute tenue littéraire.

 

 

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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 13:40

 

Un recueil de sept nouvelles qui a commencé par me plaire, et qui se révèle inégal.

j’aime les nouvelles qui mettent en scène plusieurs fillettes venant de milieux socioculturels différents dans la Russie des années 50 : dans « Un si bel amour », qui donne son nom au titre,  Tania, la fillette pauvre, amoureuse de sa prof, est prête à d'incroyables sacrifices  pour lui offrir une corbeille de fleurs ! Une déception s’en suit, mais le destin de cette presque adolescente, tôt rudoyée par la vie, ne cessera de nous étonner.   Deux autres nouvelles mettent en scène Tania et ses amies de classe : les jumelles d’origine arménienne ( rescapées du génocide) Aliona la fillette juive dont les parents sont relativement à l’aise ( et sa mère américaine) et quelques autres…ces filles d'origine et de milieu social très différents sont excellemment mises en scène  dans le Goûter d’anniversaire et  «  la varicelle », qui m'a plu  encore davantage…

La quatrième histoire est bien aussi, où l’on suit la pauvre Nina, veuve de son mari et de sa mère ( qui se détestaient ) et bizarrement persécutée par un gros chat noir, qui semble presque un fantôme maléfique , sorti d'une histoire de Poe. Titre : la Bête.

Ensuite ça se gâte : je n’ai pas aimé l’histoire fort longue et ennuyeuse de la vieille mégère qui tyrannise son monde, encore moins la nouvelle qui est inspirée de « Lolita » …

 

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 12:06

Actes sud 550 pages

La préface de l’auteur nous apprend qu'elle fait partie de la génération Gorbatchev ; elle est née en 1948.

« Il nous a été plus facile d’accepter l’effondrement de l’idée communiste parce que nous n’avons pas vécu en un temps où cette idée était jeune et forte, auréolée de la magie pas encore dissipée d’un romantisme désastreux et d’espoirs utopiques. Nous avons grandi sous le règne des vieillards du Kremlin »

« Je pose des questions non sur le socialisme mais sur l’amour la jalousie l’enfance la vieillesse… sur les détails d’une vie qui a disparu… l’histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles restent toujours en marge… je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne. «

 

L’auteur a collecté une masse de témoignages de gens de tous âges et de conditions diverses pour parler de leur vie : cela commence par des « propos dans les cuisines « une dizaine de personnes parlent, anonymes, et se répondent : on est un peu perdu !

Même si elle a fait un résumé des principaux faits en URSS et après sa chute, débutant à la mort de Staline ( 5/03/1953) jusqu’en 2012, c’est parfois difficile de remettre les propos des personnes interviewées dans leur contexte politique exact.

Plus éclairant sont les témoignages de deux femmes de même âges ( 49 ans au moment de l’interview c'est-à-dire aujourd’hui sans doute quelques années de plus) ; elles se connaissent et ne sont pas ennemies mais vont donner des avis diamétralement opposés sur la Pérestroïka qu’elles ont connue toutes deux dans leur jeunesse et de près car elles occupaient des fonctions importantes à Moscou.

L’une regrette l’Urss pourvoyeuse d’idéaux, l’autre apprécie ce que Gorbatchev et son équipe a fait naître en dépit des privations et du chaos favorisant la corruption dans les années 90 ; l’époque était difficile : on vivait mal. On attendait autre chose ; chacune réagit suivant ses attentes. D’autres témoignages sur cette époques font apparaître des destins différents même si l’on retrouve des schémas identiques : le putsch de 1991, les prises de positions diverses, la peur ou l’excitation, la crise financière des années 90, chômage et inflation monstre, fut un drame pour certains, cette jeune femme et sa mère ne pouvant même pas faire enterrer la grand-mère, obligées de garder le cadavre, puis livrées aux aléas d’une bande de voleurs qui les sauve puis les jette à la rue… d’autres familles ont souffert de malnutrition, mais n’ont pas connu un sort aussi horrible.

Mais on lira aussi des vies de personnes plus âgées qui ont connu l’époque stalinienne, la seconde guerre mondiale, le Goulag, l’Afghanistan, et qui sont nostalgique de cette époque. Le « capitalisme » a tout détruit selon eux. Toutes les valeurs auxquelles ils croyaient…vivant misérablement, persécutés, parfois dénoncés par leurs voisins, ils n’en regrettent pas moins cette époque…

 

Tous les récits sont éprouvants, mais certains sont de terribles drames. Notamment le récit de cette femme arménienne vivant en Azerbaïdjan , puis devant s’enfuir en Russie, où elle ne sera jamais acceptée de toute façon.

L’auteur a présenté les témoignages de telle sorte que deux personnes de même âge ayant vécu à la même époque puissent livrer des ressentis différents, voire opposés.

Les récits prennent la forme du monologue, bien que celui ou celle qui s’exprime s’adresse à l’auteur. Les récits de vie sont sans doute remaniés mais l’oralité en est préservée, l’émotion, l’impression d’un jaillissement de la parole, les répétitions, tout ce qui laisse penser à une parole authentique, et favorise l’empathie. Les récits, de ce fait, sont souvent très longs, parfois logorrhéiques, pas toujours faciles à endurer jusqu’au bout.

  1. faisant pénétrer dans le quotidien de familles ordinaires, on partage la vie des gens, ce que des essais et des livres d’histoire ne sauraient faire. A travers ces témoignages forcément subjectifs, on apprend beaucoup.

C’est un livre à acheter, et à lire par petites tranches. Avant de le lire, il faut s'être bien informé de chaque tranche d'histoire de l'Urss à la Russie de nos jours( sans compter les pays qui s' sont plus ou moins séparé ) de façon à bien remettre en contexte tous les propos recueillis. 

 

 

 

 

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 21:56

une banale histoire 48249 250 400 

Folio 2 euros, 131 pages.

 

Moi qui avais de bons souvenirs de Tchekhov, que cette longue nouvelle m’a donc ennuyée au plus haut point !

Le narrateur est un professeur de biologie-médecine de 62 ans, qui enseigne encore, mais pense sa fin prochaine, et n’arrête pas de l’envisager. Il se base sur un autodiagnostic dont on reste à ignorer les détails. Toutes les deux pages il se dit qu’il va mourir bientôt, dans quelques mois, là tout de suite… c’est le leitmotiv de son récit.

Nicolaï Stépanovitch est mécontent de tout, à commencer par sa femme Varia, devenue épaisse et grippe-sou, il se demande ce qu’il a pu lui trouver autrefois. Sa fille il la trouve égoïste, elle lui coûte cher avec ses cours au conservatoire de musique. Il déteste son futur gendre dont il fait un portrait effrayant, ce serait un. Son fils est officier, qu’est-ce qui lui a pris d’embrasser la carrière militaire ?

Les étudiants sont stupides, les collègues casse-pied, l’époque insupportable, le théâtre de maintenant imbuvable. Les sorties théâtrales, quel ennui ! Une bonne pièce ne devrait pas être jouée, elle se suffit d’être lue. « Je n’ai jamais partagé cet engouement pour le spectacle. Amon avis, si une pièce est bonne, point n’est besoin, pour qu’elle fasse l’impression voulue, d’importuner des acteurs ; on peut se borner à la lire. Si elle est mauvaise, aucun jeu ne la rendra bonne. »  Intéressant de lire cela sous la plume de ce dramaturge dont les pièces sont et furent si souvent mises en scène…

C’était au temps où le théâtre, occidental en tous cas, était surtout du texte. Ce genre littéraire a évolué, et nombreuses sont à présent les pièces qui reposent presque entièrement sur la mise en scène !

Enfin, il y a Katia, une orpheline dont la famille s’occupe depuis longtemps. Enfant, elle a vécu avec eux, ensuite elle a fréquenté un internat. Nicolaï l’aime davantage que ses propres enfants, bien qu’il la critique aussi beaucoup. Katia est partie jeune vivre sa vie, c'est-à-dire se lancer come actrice dans ne troupe de théâtre, en Europe. Là-bas, elle a connu bien des déboires, amoureux et professionnels et la voilà encore jeune, revenue près de son père adoptif dans une maison qu’elle loue. Aussi désespérée que Nicolaï mais pour d’autres raisons. Ils ne peuvent rien l’un pour l’autre ! L’on a rarement lu un texte aussi déprimant.

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 23:28

Viviane Hamy, 300 pages.

la ballade d'Iza

première publication en 1963.

 

En 1960, en Hongrie, petite ville de province, Etelka vient de perdre son mari Vince. Elle a 75 ans. Sa fille Iza trentenaire surbookée,  l’emmène à Budapest vivre avec elle. Elle a une belle chambre d’amis ; Etelka (désignée par  l’expression la vieille femme la plupart du temps) ne s’accoutume pas et se sent inutile. Elle s’occupait surtout de travaux domestiques, cuisine, travaux d’aiguille, entretien de sa maison. Chez Iza, elle ne peut rien faire de tout cela. Sa cuisine trop calorifique déplaît ; son café à la Turque aussi. Elle ne peut tricoter pour Iza qui n’aime que le prêt-à-porter.

Elle a peur  des objets modernes. Le frigo lui paraît une grosse bête ronronnant. La cuisinière et le toaster ne valent pas un vrai feu. Elle s’ennuie sans son mari, duquel elle était exagérément dépendante. Il décidait de tout ce qui n’était pas le travail domestique.

Iza sa fille, est heureusement tout le contraire : elle a suivi l’exemple de son père. Médecin rhumatologue très appréciée, elle n’a besoin de personne, et règle parfaitement sa vie. Elle va de liaisons en liaisons sans s’engager ( a déjà divorcé après 7ans de vie commune).

Iza ne veut pas fonder de foyer, or les hommes cherchent cela. Son ex-mari est en train de s’attacher à une infirmière ( qui avait déjà donné de la joie au père d’Iza dans ses derniers moments).

Dans le même temps, on nous relate l’existence difficile et même héroïque, de certains des personnages de l’histoire, dans une Hongrie communiste, mais criminelle envers ses ouvriers, rapide à mettre à l’écart un juge qui  ne veut pas condamner un innocent, sans cadeau pour les fils et filles de travailleurs qui mettent toute leur énergie à faire des études supérieures, sans compter les  heures périlleuses de la guerre.

Le roman conte donc les relations d’incommunicabilité entre les différents personnages tous  exceptionnels.  Magda Szabo, ainsi que je m’en étais déjà aperçue, met en scène des héros, et on se sent bien insignifiant auprès d’eux.

Etelka, la vieille femme, n’en fait pourtant pas partie…ni son sympathique lapin que vous voyez sur la première de couverture.

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 10:08


Rue KatalinViviane Hamy, 2006, 235 pages.

1er publication 1969.

 

Les Ekeles , leur fille Iren, et leur gendre Balint, vivent à l’étroit dans un appartement du centre de Budapest, avec  la petite fille qu’Iren a eue d’un premier mariage. Nous sommes en 1968. Ils ne sont pas heureux, ne cessent de penser au passé, lorsqu’ils vivaient rue Katalin, dans des maisons avec jardin, avant la guerre. Ces maisons ne sont plus, et certaines personnes chères ont également disparu, notamment Le couple Held et leur fille Henriette, compagne de jeu d’Iren et Balint, victimes des persécutions nazies.

Blanka, la sœur d’Iren vit loin d’eux dans une île au climat tropical, dépendante d’un époux et d’une famille riches, qui la séquestrent, tout en l’entourant de sollicitude

Henriette, disparue depuis longtemps, circule au milieu d’eux, comme fantôme, sans être reconnue. Vivants et morts sont obsédés par l’existence d’autrefois, tel un paradis perdu.

Au fil des chapitres, nous prenons connaissance de ce passé, plongés dans les pensées de l’un ou l’autre des protagonistes.

Tout commence en 1934, lorsqu’Henriette et ses parents arrivent rue Katalin, où vivent déjà les Elkeles et Balint, ainsi que son père. Dans les jeux des enfants perce déjà la rivalité amoureuse : les trois fillettes sont folles de Balint. Les parents sont difficiles, la vie est loin d’être idyllique, mais ces êtres sont jeunes et pleins de passion, quoique déjà perturbés…

 

Ce récit est surtout un roman psychologique et de mœurs. Bien sûr,  les événements historiques  (seconde guerre mondiale, persécution nazie, dictature communiste) y tiennent une part non négligeable, et se mêlent de gâcher irrémédiablement la vie, déjà bien  compliquée, des personnages.

  La narration souple navigue dans les pensées des uns et des autres, dans un va-et -vient du présent au passé et d’un personnage à l’autre. La forte présence du fantôme de la jeune Henriette qui se promène parmi les vivants  et prend de plus en plus d’importance est là  pour désigner  là une vraie tragédie : les survivants à la famille Held, vont se comporter comme des morts-vivants tout le restant de leurs jours. Les connaissances qu’ils font à l’âge adulte, ils les tiendront à distance, rejetant comme peu important tout ce qui n’a  pas de lien avec la rue Katalin. Soit qu’ils aient été traumatisés par leurs deuils, soit que leurs familles aient vécu trop repliées sur elles-mêmes la constat est désespérant.

 

Il n’empêche que pour l’auteur, l’âme humaine est généralement torturée, et  le présent  alourdi par les souvenirs et les regrets.

 

 

 

 Lu dans le cadre de la semaine hongroisesemaine hongroise 7 au 13 mars

 

D'autres billets chez Schlabaya et Cryssilda.

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 15:50

metamorphose-dun-mariageLivre de poche, 2008, 500 pages. Traduit du hongrois.

 

Ce roman  met en scène trois personnages deux femmes, et un homme qui les a épousées l’une après l’autre, en tout trois dialogues que ces trois protagonistes énoncent  tour à tour, chacun s’adressant à un ou une amie, longtemps après les faits, pour raconter ce mariage, mais aussi sa vie tout entière. 

Ce sont en fait des monologues car l’interlocuteur ne parle pas , mais on évoque ses réponses, destinées à relancer le récit…

C’est Ilonka,  première épouse de Peter, qui ouvre le feu.

Elle est issue de  la bourgeoisie moyenne et a épousé en Peter un bourgeois aisé. Sa vie a changé dut tout au tout. Sa vie conjugale a été ratée, son mari étant toujours occupé ailleurs, elle a passé le temps à chercher l’nnemie la rivale ( quitte dans un premier temps à l’imaginer en la personne d’un ami de Peter)…à conquérir son mari inaccessible…

 

Ensuite Peter s’exprime, pour évoquer ses deux mariages l’n très convenable avec Ilonka l’autre qui lui paru très aventureux et excitant avec Judit, jeune femme qui servait dans sa famille de bonne à tout faire…il parle aussi longuement de son enfance, de sa jeunesse, de ses voyages, de son ennui profond, de son regret de n’être pas artiste ou écrivain.

 

Puis c’est Judit , la servante devenue maîtresse de maison, après avoir vécu une enfance misérable à la campagne et une vie de bonniche bien meilleure chez ses bourgeois aisés, qu’elle mérpisait tout en les enviant…

S'approprier les biens matériels et culturels de la classe dominante, tel est son but ; elle les apprécie tout en les méprisant, ce qui n'est pas sans provoquer des contradictions chez ce personnage.

 

Ces trois témoignages ( en fait il y en a quatre...) ne manquent pas d’intérêt. On y vérifie ou l’on y découvre, c’est selon que chacun désire  ce qui lui paraît inaccessible,qui se refuse à lui,  et ce qui lui fait figure d’interdit. Ilonka aime son mari qu’elle a senti loin d’elle dès le départ . Chaque personnage est conditionné par sa classe sociale, et son sexe ( les préjugés véhiculés à propos de son sexe, et auquel il se conforme).  Tout cela est fort bien observé. Ilonka est prisonnière de ce qu’on lui a dit sur les femmes, les femmes n’ont pour but qu’aimer un homme et avoir un ou des enfants, les femmes ont besoin du bonheur, pas les hommes.

Les femmes ne sont pas intéressées par la politique, ainsi il sera peu question des bouleversements qu’elle a vécu : deux guerres mondiales, l’installation d’une  démocratie communiste, sa chute , rien de tout cela nel’a marquée sérieusement ! Pauvre Ilonka, toujours à la poursuite de sa rivale, elle est vraiment cruche, mais comment lui en vouloir ?

 

Peter décrit longuement les travers de la bourgeoisie, et les idées préconçues sur les hommes, dont  il ne s’est pas affranchi car il les a trouvées à son avantage.  Le contexte politique est un peu plus présent  dans sa vie.  Toute fois ses préoccupations sont avant tout intellectuelles, etlorsqu'il tente d’annalyser ses échecs conjugaux , il a une façon particulière de faire semblant de se mettre  en question, en se réservant tout de même le beau rôle.

Toutefois, c’est  Judit, la servante qu’il a épousée, qui  a vraiment vécu les conflits sociaux-politiques, guerres, dictatures,  et la déportation des juifs  ne lui a pas échappé contrairement aux deux autres…

 

Il y a aussi Lazar, cet écrivain original, qui joue un rôle pour chacun des protagonistes, et dont la mélancolie décadente est présente dans chacun des récits...

 

L’écriture est assez originale surtout les métaphores employées.

Un défaut tout de même, ces monologues sont un peu longs, et répétitifs concernant les enfances des protagonistes, et redondants parfois.On passe quelque pages de temps à autre. L’ensemble est néanmoins riche d’analyse socio-psychologiques de trois êtres très différents, (cinq en réalité), et de méditations sur divers sujets fondamentaux.

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 11:47

 

Stock Cosmopolite, 2010, 1ere publication 2010

 

 

Purge

  La maison

 

 

  Aliide  a presque toujours vécu dans cette maison familiale en plein cœur de l’Estonie, une maison "nourricière"et un toit relativement protecteur, dont elle tire tout ce dont elle peut encore  jouir.

Elle y est née, y a grandi, l'a perdue et regagnée, la défend contre l'adversité, fait corps avec elle,  et espère y mourir.

 

      Elle y a souffert. Elle était la sœur cadette, éclipsée en toutes choses par son aînée Inga. L’avènement du communisme, puis l’occupation allemande  n’ont apporté que des malheurs supplémentaires ; disparitions des parents, désertion du  beau-frère qu’il  faut cacher, ce qui rend   la famille suspecte à jamais aux yeux du régime dictatorial, sans compter la pauvreté et  les privations en tout genre, qui sont le lot des pays en guerre.

Un pays gouverné par des dictateurs est un pays en guerre de toute façon!!   

      Maintenant l’Estonie est indépendante, Aliide est veuve et seule, sa fille unique vit en Finlande.

 

Elle vit toujours dans la crainte, des voleurs, des jeunes gens du coin, et du surgissement  de son passé.

 

la jeune fille 

La jeune fille qu’elle vient de trouver inanimée près d’un arbre, elle ne la laisse pas entrer sans méfiance. Mais il vaut mieux examiner l’ennemi de près… 

Zara, la jeune fille,  est en fuite.   Venue de Russie où elle n’avait aucun avenir,  pour être serveuse dans un bar à Berlin, elle s’est retrouvée  la proie de dangereux proxénètes. Si elle a atterri chez Aliide ce n’est pas par hasard… mais Aliide n’en sait encore rien…

 

le combat 

Ce  roman très prenant, relate le vécu de deux femmes en particulier, et plusieurs autres, qui, victimes de conditions de vie particulièrement désespérantes, mènent un combat  acharné pour survivre, conserver un peu de dignité, et avoir un minimum de plaisir, fût-ce au prix du crime.

 

 

les mouche 

La force du récit tient dans le fait que les situations sont décrites à l’aide de petits détails présentés comme essentiels, de métaphores filées qui prennent du sens au fur et à mesure de la lecture, par exemple ces mouches qui reviennent tout le temps obséder Aliide…et dont on comprend à la fin du livre la réelle signification.

 

les hommes

J'ai l'impression que "Purge" est un roman qui plaît surtout aux femmes.  En particulier aux femmes qui ont  eu des problèmes avec l'autre sexe.C'est à dire quatre-vingt dix pour cent au moins...

 

Le constat du livre c'est que les hommes sont vraiment  des tyrans, des pervers, ou sinon des imbéciles, et souvent tout cela à la fois. Le contexte historique de guerre et de dictature, puis d"indépendance, où règne un certain chaos, autorise les pires atrocités de la part des hommes, dont les instincts lamentables se révèlent alors qu'en démocratie et en temps de paix, ils sont relativement dissimulés.

 

Le personnage de Hans qui devrait " racheter" les autres n'est pas très positif. Enfin, il fait ce qu'il peut, et ne peut pas grand chose!!!

 

Un constat très pessimiste...

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