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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 20:12

10/ 18, 1985.

(1ère publication en 1960).

Gombrowicz est décédé neuf ans plus tard, il y a quarante ans déjà!








Le narrateur qui porte le même nom et prénom que l'auteur ( est-ce autobiographique?), fuit Varsovie en 1943 avec un ami Frédéric, pour se retirer à la campagne où un nommé Hippolyte les héberge.


Frédéric est un artiste qui s'est jadis occupé de théâtre. Pour effectuer les gestes les plus insignifiants, il a toujours l'air de jouer, c'est cette caractéristique qui a plu à Witold «  il ne faisait que se comporter, il se comportait sans cesse ».


Ces deux messieurs d'un certain âge, oisifs, et attirés par les jeunes gens, vont s'intéresser à la fille de leur hôte Hénia, et à Karol, un jeune voisin en rupture avec ses parents, que Hippolyte a accueilli chez lui en échange de menus services.

Les deux adolescents se connaissent depuis l'enfance.


C'est le premier dimanche de leur séjour, lorsque Witold et Frédéric se sont contraint à aller à la messe avec la famille, que l'esprit de Witold commence à battre la campagne.

La course en calèche l'énerve «  la perversité de cette randonnée me frappa tout à coup, car nous étions comme sortis d'une image d'Epinal-une photo morte du vieil albumde famille- et sur la colline le véhicule périmé était visible de très loin, ce qui rendait la contrée particulièrement ironique, d'une méprisante cruauté ».

Le plaisir qu'il escompte obtenir du manège de son ami Frédéric qui se comporte en parfait croyant allant même jusqu'à prier avec ferveur, ne lui sied pas autant qu'il le faudrait. «  l'église n'était plus une église. L'espace y avait fait irruption mais un espace cosmique, déjà noir,et cela ne se passait même plus sur terre, ou plutôt la terre se transforma en une planète suspendue dans le vide de l'univers, le cosmos fit sentir sa présence toute proche, nous étions en plein dedans... suspendus avec nos cierges et notre lumière et c'est là-bas dans l'espace infini, que nous manigancions ces choses étranges avec nous et entre nous, semblables à des singes qui grimaceraient dans le vide».


C'est ainsi, que pour faire exister ce « vide », il jette son dévolu sur les jeunes gens, la garçon d'abord, en fonction de ses penchants. Mais la réalisation de ses pulsions n'est pas possible, donc il invente une intrigue dramatique à propos des jeunes gens.


Ils se rend bientôt compte que Frédéric partage son goût.


Les deux compères, décident, par caprice et perversité, que les deux adolescents doivent se mettre ensemble : ce fantasme les poursuit et ils interrogent les jeunes gens sur leurs penchants :

Hénia est promise à Albert, un notaire nettement plus âgé qu'elle, et semble se contenter de cela, et Karol préfère les femmes mûres plus expérimentées que les jeune filles.

Les deux amis ne recueillent guère de succès dans leur entreprise, même si Frédéric fait accomplir des jeux théâtraux aux jeunes gens, en vue d' exciter la jalousie du notaire. Mais des événements fortuits vont les servir dans leur tâche...


Le style : le récit consiste en un monologue vif, enlevé, bavard, où Witold entrelace ses pensées avec le récit des événements et les dialogues des personnages qui viennent rompre une éventuelle monotonie du texte.


Du côté de l'intrigue, on est partiellement satisfait : on n'arrive pas à croire que les deux adolescents obéissent réellement à Witold et Frédéric pour leur plaire,on peut penser qu'ils agissent pour leur propre compte, et ne se sont jamais souciés de ces deux messieurs et de leurs manigances, en fait les gesticulations intellectuelles de ces deux messieurs et leurs prétendues manipulations des jeunes nous semblent vaines. Ainsi le fait que les deux jeunes gens se soient amusés à écraser le même ver de terre,chacun à un bout, lui paraît un signe: ce ver sera identifié à l'ennemi que les jeunes sont prêts à anéantir...


Reste la vision du monde du narrateur, originale, loufoque, qui intéresse sans séduire. Mélange de sarcasmes, comparaisons réalistes aussi bien que de rêveries romanesques.

 

Challenge ABC Lettre G

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 10:23

Editions Folio, 218 pages. Acheté au salon du livre dont l'invité était la Russie. Il y a plusieurs années de cela...


 On raconte les deux dernières semaines de vie d'un peintre juif russe, Alik,  émigré dans un loft de Manhattan depuis vingt ans .

Il est atteint d'une dégénérescence musculaire. Nous sommes dans le passé ( les années 90) : il n'y a ni téléphone portable, ni ordinateur...!


Ce sujet, souvent traité, du héros qui meurt et de la famille qui évolue autour de lui. Qui lui fabrique bruyamment son cercueil sous ses fenêtres ? Propos fielleux, fatalisme, sollicitude  hypocrite ? Non ! Pas du tout. Pas le genre !  Lui, Alik, il aime tous le monde et tout le monde l'aime. La famille, c'est une communauté d'émigrés : trois maîtresses principales dont deux au moins le tripotent amoureusement, parmi elles une épouse. Une fillette jamais reconnue ni élevée mais qui l'aime aussi. Des amis médecins qui lui font la conversation, une italienne qui lui fait la lecture, une polonaise qui lui fait la toilette,   des musiciens sud-américains qui lui font une aubade, un prêtre pour le baptiser, un rabbin pour s'y opposer. 

Le prêtre lui dit «  qu'il y a un troisième entre nous ».

Alik fut soudain accablé d'une tristesse mortelle. Lui, il ne sentait aucun troisième. D'ailleurs le troisième c'est un personnage d'histoire drôle. Et voilà que soudain c'était pour lui une souffrance atroce que sa gourde de Nina le sente, que ce pope naïf le sente, et que lui, Alik, ne sente rien. Et l'absence de cette présence, il la ressentait avec autant d'acuité que l'on ressent sans doute la présence elle-même, qui sait...

 

C'est triste, gai, drôle, humoristique, intelligent, plein de vie !


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5 janvier 2006 4 05 /01 /janvier /2006 15:44

Cosmos de Witold Gombrowicz  ( 1969)
 
 
 roman glauque pour employer une expression à la mode.
 
 

Le narrateur, étudiant, et son ami Fuchs qui appréhende de reprendre son travail dans un bureau d'étude, ont encore deux semaines de vacances devant eux. Arrivés dans un village, cherchant une pension de famille, ils aperçoivent dans les fourrés un moineau pendu à hauteur d'homme. Inquiets et curieux, ils prennent pension dans la maison d'en face et commencent à observer le comportement des logeurs.


Le maître de maison, Léon parle un curieux langage fait de néologismes, fabrique des boulettes de pain qu'il sale et observe à la loupe pendant les repas. Sa femme s'appelle Bouboule. La servante Catherette a un morceau de la lèvre inférieure un peu de travers, suite à un accident : ce morceau de chair semble pendre.Léna, la fille de la maison, est fort avenante mais mariée à un architecte qui parle vraiment très peu.


Bientôt , toutes sorte de signes indiquent aux garçons la route vers l'étrangleur de moineaux Une ligne au plafond qui forme une flèche, un bout de bois dans le jardin pendu au bout d'une corde, un timon dans une cabane qui désigne la chambre de Catherette… dans laquelle il n'est pas normal de trouver un clou enfoncé dans le mur, très bas, et encore moins une aiguille et une lime plantées dans la table…d'autres anomalies se précisent : Bouboule tape de toutes ses forces avec une pioche dans une souche , la nuit .des bruits violents se produisent , chez Léna et son époux, qui cessent dès que le narrateur frappe à leur porte.

Venu les épier par leur fenêtre éclairée, du haut d'un sapin, il voit Léna se déshabiller, pendant que son mari regarde fixement une théière, puis éteint la lumière.

De rage, le narrateur en étrangle le chat de Léna et le pend. Le lendemain de cette nuit funeste, tout le monde cherche le coupable…



On se demande si la famille est vraiment anormale, ou si Fuchs, et le narrateur, ne sont pas en train de délirer, tant de petits faits ont, pour eux, commencé à prendre une sorte de signification.

Une ambiguïté qui  séduit.
 

 Alors, Léon décide une excursion commune dans la montagne pour se changer les idées…

 
Cosmos ?

Vouloir mettre de l'ordre dans le chaos ou révéler le chaos sous l'ordre apparent ?

 

A partir du fait étrange de ce moineau pendu, les garçons cherchent à mettre au jour la faille en se repérant dans un dédale de signes et de petits faits qui les obsèdent. C'est un regard d'enfant qui le plus souvent, préside à leurs découvertes.

Qui d'autre qu'un enfant observerait avec intensité un enchevêtrement de lignes et de craquellement dans le plâtre, de taches brunâtres dans l'angle d'un plafond par ailleurs blanc, et y verrait une carte géographique, avec des indices ?


 Et qui d'autre qu'un enfant, verrait dans une sorte de ligne zigzagante à un autre plafond….une flèche ?


Qui d’autre repèrerait les petits défauts physiques (un bout de chair de travers), en serait  choqué et fasciné à la fois, nous les rendrait  obscènes ?


Et qui ‘autre s'intéresserait aux manies langagières et  gestuelles du maître de maison ?


Retourné à ces indices de chaos originel, plus vrais que la réalité apparente, les protagonistes jouent sérieusement à détraquer encore plus la réalité : d'abord, dans le langage qui s'affole au point de perdre les notions élémentaires de syntaxe (c’est Léon qui a donné l'exemple), en diverses occasions. Puis de trouver la solution de l'énigme : qui a tué le moineau et donc fera pire ? Peut-on provoquer la catastrophe ou la précipiter ?


Mais il n'y a peut-être une autre façon de voir ? Et si les protagonistes de la maison ne livraient que des indices de folie et étaient loin de céder à la catastrophe que leurs attitudes suggèrent ?


Quelque chose dans l'utilisation d'un lexique concret et obscène, dans le ton, les rythmes, fait penser à plus d'un texte de Rimbaud en vers ou en prose.

 

Cosmos est un livre dans lequel on s’embarque pour un autre monde….

 

Pour ce qui est des autres romans de l’auteur : « La Pornographie » doit ressembler à Cosmos, vous tenir en haleine pour ne plus vous lâcher, je compte le lire bientôt.

Ferdydurke, le plus célèbre, je ne peux pas le lire. L’auteur s’y étale complaisamment, avec ce que l’on appellerait aujourd’hui un « ego surdimensionné ».

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