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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 23:38

10/18 ( Domaine étranger), 2002 ( 1ere édition japonaise en 1992), 224 pages.

 

Hajime a rencontré Shimamoto alors qu'ils étaient encore enfants. Il se vivait différent des autres, parce qu'enfant unique, elle l'était aussi. De surcroît Shimamoto boitait suite à une poliomyélite. Avec la fillette il écoute de la musique (classique notamment) et lit beaucoup.

Cette relation privilégiée l'entraîne dans une vision du monde féminine, et l'éloigne encore davantage du groupe.

Mais au seuil de l'adolescence, il cesse de voir Shimamoto, comme s'il la fuyait.

 

Vingt ans plus tard, Hajime a connu des liaisons insatisfaisantes et s'est résigné à épouser Kukiko, femme au foyer, sans piquant, mais dévouée et bonne mère. Il a réussi à ouvrir un club de jazz , grâce à son beau-père, et s'ennuie.

Shimamoto, il l'a revue un jour de pluie, et suivie : lorsqu'elle s'enfuyait il s'est trouvé nez à nez avec un inconnu qui lui a donné une somme d'argent pour se taire, le prenant pour un autre...

Un soir de pluie, Shimamoto apparaît dans son club. Belle, maquillée, ornée de bijoux, mais sans bague, ne boitant plus. Elle ne veut rien dire de son existence.

Ils renouent, et vont une journée faire un voyage près d'un fleuve, où Shimamoto disperse les cendres d'un bébé qu'elle a eu l'an passé et qui n'a pas survécu.

Cette expérience forte les rapproche et ils décident de s'enfuir tous deux...

 

 

Cette aventure sentimentale évite le romantisme et la facilité, ce qui, avec de tels ingrédients, n'était pas gagné.  Shimamoto conserve son mystère, et une personnalité hors du commun,  même si on la soupçonne de se faire entretenir par un  souteneur, et de devoir tremper dans des affaires louches, ce qui n'a rien de beau ni d'original. C'est dans sa façon d'apparaître les soirs de pluie,  de s'éclipser sans que le narrateur s'en aperçoive, d'être fardée sans avoir l'air d'un mannequin ou d'une actrice, sans jamais de vulgarité, dans ses propos et ses gestes simples et profonds, si bien qu'elle transcende sa condition, et que jamais  Hajime n'essaie d'imaginer  les détails de sa sinistre existence.

Les deux protagonistes communient avec des morceaux de musique fétiches comme la chanson « the Star-Crossed Lovers » qui renvoie au titre du récit. Au Sud de la frontière c'est encore l'espoir, à l'Ouest du soleil, au contraire, c'est la fin, comme le relate ce récit inséré dans le texte à propos d'un paysan qui part chaque matin dans son champs et repart le soir après une journée de labeur où il n'a vu que le champ et le ciel, où le soleil décline vers l'ouest : un soir il s'en va vers l'ouest et disparaît...  

Le récit est donc hanté par la mort. L'expédition d'Hajime et de Shimamoto à la campagne le long d'un fleuve, en plein hiver, est d'une poésie sombre et  effrayante, amenée par petites touches, poésie à laquelle participent  les éléments liquides ( neige, eau, pluie)dont Shimamoto a besoin pour se maintenir en vie.

 

«  Un étroit chemin non asphalté serpentait le long du fleuve. J'ignore où il menait, mais il était terriblement désert et silencieux, et paraissait interminable...la neige accrochée aux talus formait de lignes blanches droites et nettes. Les corbeaux, innombrables, lançaient des cris brefs à notre vue, comme pour signaler notre arrivée à leurs camarades... nous pouvions voir de tout près leurs pattes aux couleurs vives et leurs becs acérés comme des pointes. »

Au retour de ce petit voyage funèbre, Shimamoto est victime d'une sorte  d'hypothermie assez sévère, et son compagnon croit voir la mort personnifiée...

 

 

 

Ce récit de Murakami m'a plu bien davantage que « Kafka sur le rivage ». Je l'avais d'ailleurs abandonné en cours de route.

Il appartient  à une source d'inspiration bien différente : un type de récit plus intimiste, plus sobre, avec presque toujours deux personnages principaux dont une femme mystérieuse, qui dissimule bien des choses la concernant, et que le narrateur aime ou par qui il est fasciné. Autour de ces éléments forts simples, c'est la vie et la mort de toute chose qui est ainsi, avec bonheur, mise en texte.

 « Les Amants du Spoutniks », appartient aussi à ce type de récit (avec des éléments de littérature fantastique) ainsi que « la Ballade de l'impossible » que je lirai sans doute aussi.

 

Lu dans le cadre de Blogotrésor choix N° 2

 

 

Lire aussi la chronique de Lou

 

 

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 19:41

Yoko Ogawa La Marche de Mina.

Actes-sud, 2008, 317 pages.

 

Publié une dizaine d'années après les nouvelles que j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier (Les Abeilles, La Piscine...),  ce roman de Yoko Ogawa est d'esprit très différent. C'est un récit d'éducation de facture plus traditionnelle, sans éléments relevant du fantastique, et dépourvu aussi de la violence de sentiments qui animait un récit tels que « la Piscine » dans lequel la jalousie et la cruauté jouaient un grand rôle.

 

Tomoko se souvient d'une année de sa vie entre douze et treize ans qu'elle a passée dans la famille de sa tante à 100 kms de chez elle, suite au veuvage précoce de sa mère.

 

Elle ne connaît de cette famille que le landau qu'ils ont offert  à sa mère douze ans auparavant lequel était somptueux. Leur demeure, une vaste résidence occidentale,  l'est également. L'oncle de Tomoko dirige une usine qui fabrique une boisson sucrée le Fressy qui se vend très bien, et passe, dans la famille, pour un  complément alimentaire à vertus médicinales.

Tomoko est sous le charme de son oncle, très bel homme, d'origine allemande, qui a des secrets, car il s'éclipse souvent pendant de longues périodes. De la grand-mère Rosa qui évoque son Allemagne natale, de Mme Yoneda la cuisinière. De sa tante, qui occupe ses journées à boire du whisky, fumer, et prélever dans les documents qu'elle lit, des «  coquilles » pour les envoyer aux différents éditeurs ou directeurs des publications.

Les «  coquilles » sont rares explique-t-elle à Tomoko, lorsque l'on a la chance d'en trouver une, c'est comme une pierre précieuse...

 

 

Mais c'est sa cousine Mina, qui la subjugue le plus. A peine plus jeune que Tomoko, Mina lit de la littérature d'adulte. De santé fragile, on la laisse organiser sa vie selon ses caprices : elle est très attachée à Pochiko, un hippopotame nain, dernier vestige du jardin zoologique que fut le jardin de la propriété. Mina se rend à l'école à dos de Pochiko, conduite par le jardinier de la famille. Elle collectionne des boîtes d'allumettes et écrit dedans d'une écriture minuscule ce que les illustrations de la boîte lui inspirent. Ces récits sont empreints d'une réelle poésie, tel que celui des hippocampes assis sur un croissant de lune qui cherchent à sauter sur une étoile, ou les anges qui recousent leurs ailes déchirées, quand ce n'est pas la petite fille qui emprisonne des étoiles dans une bouteille...

Les deux fillettes passent aussi de longs moments dans la «  salle de bain de lumière »

«  il s'agissait d'une petite pièce sans fenêtre au sol carrelé, qui se trouvait dans le coin est du premier étage, décorée du sol au plafond de motifs géométriques musulmans. A u centre de la pièce, deux couchettes recouvertes d'un drap, dans un coin, une lanterne, et au plafond pendaient deux coupoles de forme très étrange comme des bassines en cuivre à l'envers. Rouge foncé,  bleu marine, vert profond, toutes sortes de fils entourés d'un tissu ignifuge pendaient du plafond, retenant  les coupoles. Tout autour en bordure, comme des pétales, huit ampoules étaient fixées, qui, lorsqu'on les allumait, se mettaient à tourner lentement sur elles-mêmes en diffusant une jolie lumière orangée.

Prendre un bain des ces rayons lumineux était considéré comme bon pour la santé. »

Il s'agit sans doute d'une sorte de rayons ultra-violets, peut-être  préconisés contre l'asthme dont souffre Mina. Les deux fillettes sont heureuses dans cette pièce, qui n'a pas de peine à leur apparaître comme magique, et  y passent le meilleur de leur temps, allant jusqu'à y prendre leur goûter.

 

La famille ne sort guère, cependant les fillettes découvrent le monde grâce à la télévision, encore suffisamment sérieuse à cette époque...

 

Récit d'une amitié d'enfance, qui ne se démentit pas à l'âge adulte, la Marche de Mina, est un roman plaisant, émouvant, plein d'imagination.

On s'attache à Pochiko nous aussi, et j'ai même trouvé  une vidéo, car je tenais à voir un hippopotame en action...

 

les débuts dans la vie d'un hippopotame nain.

 

Pour finir lisez l'excellent article de Chiffonnette.

 

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 14:32


Calmann-Lévy, 2001.


Christopher Banks fait le point sur sa vie et ses souvenirs  et ses réflexions nous sont relatées à plusieurs moments-clef de son existence.


Le 24 juillet 1930, à Londres, il fait le bilan des sept années qui viennent de s'écouler. Il se souvient de l'été de 1923 «  le plus merveilleux des étés. Après bien des années où j'avais été  constamment environné de camarades, au pensionnat, puis à Cambridge, je prenais le plus grand agrément à ma seule compagnie ».


C'est en effet, seul que sa mémoire se mettra en route efficacement.


Il rencontre un ami James Osbourne qui l'invite à une soirée. Christopher y croise des personnalités, remarque Sarah Hemmings, une belle jeune femme singulière, «  une jeune femme de petite taille, aux chevaux foncés qui lui tombaient sur les épaules et dont l'allure faisait un peu songer à un elfe. Bien qu'elle s'efforça d visiblement de charmer les deux hommes avec qui elle s'entretenait, je pus voir dans on sourire quelque chose qui aurait pu dans l'instant tourner au ricanement. Une légère voussure des épaules, comme celle d'un oiseau de proie, donnait à son attitude je ne sais quoi de calculateur. Surtout je remarquai dans es yeux une expression particulière- une sorte de sévérité, d'exigence sans bienveillance- Dont j'ai conscience aujourd'hui, rétrospectivement , que ce fut sûrement cela plus que tout autre chose qui me conduisit à la scruter des yeux avec tant de fascination ce soir là ». Ce portrait témoigne de la tenue de langue du récit, élégante, raffinée, cherchant à capter les éléments dissimulés.


Sourire froid et grâce hautaine, elle lui plait tout de suite. Cette jeune femme ne cesse de se fiancer avec des hommes d'envergure, dont elle attend beaucoup et qui sombrent dans la déchéance, ou ratent leurs objectifs,  dès lors qu'elle s'intéresse à eux, comme si elle leur jetait un mauvais sort...

Le jeune homme se prépare à devenir détective privé : son choix est déterminé par  le traumatisme qu'il a vécu enfant : à l'âge de dix ans, vers 1910,  alors qu'il vivait à  Shangaï avec ses parents, tous deux disparurent sans laisser de traces et Christopher fut rapatrié en Angleterre, sa patrie qu'il ne connaissait pas,  et adopté par une vieille tante.


Les années passant il devient un brillant détective, revoit Sarah qui commence à s'intéresser à lui, cherche à la fuir autant qu'à l'attirer, ce mouvement contradictoire les faisant se rapprocher lentement l'un de l'autre. En même temps, il enquête sur la disparition de ses parents, en fouillant dans des archives, interrogeant des personnes, et aussi surtout,  faisant des investigations dans sa mémoire.


Le 15 mai 1931, quelques mois plus tard, il  nous entretient à nouveau de ses souvenirs et s'immerge dans son enfance à Shangaï : La petite famille vivait en huis-clos dans une petite société d'Anglais issus du colonialisme, la Concession coloniale. Malgré l'apparente cohérence de ce microcosme,  il fit d'Akira, un enfant japonais, son ami véritable, plutôt que d'un anglais.  Il cherche à déchiffrer les souvenirs qui lui ont laissé une impression bizarre. Le père travaillait pour le compte de Morgan and Brook, la mère (une belle femme dans la tradition victorienne)  menait des campagnes actives contre le trafic d'opium qui mine la population.  Or la société où travaillait le père importait de l'opium. C'est du moins ce qu'apprend son épouse. Les  parents se querellent, le père décide de s'amender et va même jusqu'à s'accuser devant l'enfant. Voir son père s'accuse devant lui, impression pénible pour un enfant et parfaitement rendue.

 D'autres faits sont évoqués. La peur terrible qu'enfant, Akira et lui avaient d'un domestique censé collectionner des mains coupées et les transformer en araignées... l'atmosphère de son enfance paraît inquiétante, les événements se précipitent : Christopher est prêt à revivre la disparition de ses parents, s'interroge sur son oncle Philip et son rôle dans l'affaire,  puis bientôt, il  retournera à Shangaï, faire la lumière. Sa mission est de retrouver ses parents.

 Sarah l'y suit, mariée avec un homme à la retraite. La situation est ambiguë dans la mesure où l'on s'attendait à ce qu'elle épouse Christopher ! Mais il ne veut rien faire de sa vie avant d'avoir  su à quoi s'en tenir pour ses parents,  pouvoir enfin assumer sa condition d'orphelin.

Là-bas à Shangaï d'autres problèmes l'attendent : la société qu'il a connue a volé en éclat, la maison familiale est occupée par une famille chinoise ; nous sommes à présent en pleine guerre sino-japonaise, et c'est dans ce contexte tragique que Christopher se  démène pour retrouver ses parents. Il vit à moitié dans le passé, ce qui pourrait lui faire commettre des erreurs...




Ishiguro mène ce récit avec ses qualités habituelles ; le personnage enquête sur son passé, pour retrouver son identité, dévoiler une vérité qui lui aura été dissimulée ; l'ambiance est à l'investigation non sans effets de nostalgie, de mystère,  d'étrangeté.   Les situations sont toujours ambiguës, le non-dit prédomine,  l'ensemble prend la forme d'une enquête passionnante et douloureuse, où l'on est conduit à s'interroger  sur les personnes et les actes.

La quête de Christopher croise aussi l'Histoire (la guerre sino-japonaise) qui est l'occasion de descriptions de tableaux effrayants et justes.


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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 23:54


    

 

                     Ce roman le premier de l'auteur, a été publié pour la première fois en 1982, il n'avait alors que 28 ans.

 

Il a obtenu le prix du meilleur premier roman 1984. L'exemplaire que j'ai en main est paru dans la collection 19/18(Domaine étranger) en 1990.


Etsuko, la narratrice parle à la première personne. Veuve, elle vit en Angleterre à la campagne, et vient de perdre sa fille aînée Keiko qui s'est suicidée quelque part à Manchester et dont elle n'avait plus guère de nouvelles. Son autre fille Nikki vient lui rendre une visite d'amitié de quelques jours. Pendant ce séjour, elle évoque sa vie au Japon, à Nagasaki, au début des années 50, plus précisément une amitié éphémère avec une femme Sachiko qui semble avoir beaucoup compté pour elle. Ses souvenirs alternent avec le récit du séjour de Nikki.


Juste après les horreurs de la guerre, Etsuko, fraîchement mariée à Jiro, un homme d'affaire très occupé, et enceinte de trois quatre mois, vit dans un HLM, et s'ennuie à mourir. De sa fenêtre, elle voit un terrain vague, une rivière boueuse, au-delà une maisonnette en bois, et au loin ces fameuses collines dont il est question dans le titre, et qui sont le seul spectacle qui lui plaise.

«  Je passais de longs moments-comme je devais le faire au cours des années qui suivirent- à contempler d'un œil vide la vue de ma fenêtre. Par temps clair, je pouvais voir, loin au-delà des arbres qui poussaient sur l'autre berge de la rivière, une ligne de pâles collines qui se découpaient contre les nuages. Cette vue n'avait rien de déplaisant, et elle parvenait quelquefois-rare apaisement- à me soulager du vide des longs après-midi que je passais dans cet appartement. »

« L'œil vide » revient périodiquement dans le récit. Tous les personnages vont avoir à plusieurs reprises un regard ou un œil vide, en toute circonstance. S'agit-il d'ennui, d'absence, ou de cette tabula rasa que la bombe à Nagasaki semble avoir créé, non seulement chez les survivants mais aussi bien chez leurs descendants ?


Elle s'intéresse à Sachiko qui squatte la maison en bois où elle vit avec sa fillette de dix ans Mariko. Les voisines cancanent à propos de l'amant américain de Sachiko, des sa grosse voiture que l'on voit passer, de la fillette qui ne va pas à l'école...


Pendant quelques semaines Etsuko va la fréquenter, lui trouver un petit job, lui prêter de l'argent, s'occuper de sa fillette sauvage, et traumatisée par une mystérieuse femme (imaginaire ?) qui voudrait l'emmener, suivre l'évolution des rapports de Sachiko avec son ami américain, un personnage qui paraît très négatif, mais auquel Sachiko, qui rêve de l'Amérique, s'accroche de toutes ses forces. Etsuko passe aussi du temps avec son beau-père ,vieux monsieur sympathique, et son mari qui semble indifférent à tout autre chose qu'à ses affaires.


Kazuo Ishiguro est un maître dans l'art du suspense : nous attendons tout le temps qu'un drame se produise, comme si un gros nuage noir planait dans un coin du récit, sans l'assombrir vraiment. Le moindre petit détail pèse son poids d'étrangeté...


Pendant le séjour de Nikki, Etsuko et elle sont toutes deux angoissées, et fuient la chambre de Keiko, de laquelle semble parvenir des bruits légers comme si elle était hantée. Ce sentiment les rapproche La rencontre avec une voisine renforce le sentiment de malaise : Etsuko n'a parlé à personne du décès de sa fille et la voisine confond Nikki avec la morte.


Le récit d'Etsuko se clôt de façon énigmatique, à tel point que nous ne savons comment interpréter ses propos. Le récit tout entier que l'on relit, en se livrant à de multiples hypothèses, y gagne en épaisseur, et nous paraît finalement plus mystérieux qu'énigmatique.

Je me rends compte que l'auteur a prêté à son héroïne un monologue où, à l'opposé de ce que l'on attend d'un semblable discours, elle ne dit pas ce qu'elle pense, pas plus que si elle parlait d'elle à la troisième personne...et pire, elle semble taire certaines choses, que l'on pourrait deviner mais qui ne se disent pas.  Elle note des sensations des faits, des paroles et des ambiances, d'une façon distanciée.

 

L'intérêt du récit tient à ce qui est tu, à ce qui est entre les lignes, et confirme mon intérêt pour cet écrivain très original.





 

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1 septembre 2008 1 01 /09 /septembre /2008 23:33

 Folio, 2008.440 pages.Titre et parution d'origine" Never Let Me Go", 2005.

 


C'est l'article de Rose qui m'a donné envie de lire ce roman et je ne le regrette pas!

A l'âge de trente ans, Kath, qui est à un tournant crucial de son existence, réfléchit sur son jeune passé. Elle a été élevée au pensionnat de Hailsham, jusqu'à 18 ans environ, qu'elle a quitté pour devenir « accompagnante »auprès de « donneurs »,  fonctions qui nous semblent énigmatiques au premier abord,   mais ne tarderont pas à s'éclairer, même si la narratrice s'adresse à des lecteurs  qui ont vécu à peu près comme elle, et connaîtront le même destin :

«  Je ne sais pas quelle était la règle là où vous étiez, mais à Hailsham nous étions tenus de passer un genre de visite médicale presque toutes les semaines... sous l'égide de la sévère infirmière Trisha, ou tête de Corbeau, comme on l'appelait... »

 

Hailsham paraît être un de ces internats anglais où sont éduqués des enfants de la bonne bourgeoisie, d'autant que Kath insiste sur le fait qu'elle et ses acolytes ont été des privilégiés. Sports, études, promenades, encouragement à la créativité, organisation de journées d'Echanges où les enfants exposent et vendent aux autres leurs travaux personnels et sont payés en « jetons ».

Les élèves vivaient en huis-clos, protégés et instruits par des «  gardiens » (cela vous a un air platonicien)   communiquant avec le monde  grâce à un camion venu de l'extérieur, qui leur permet d'acquérir des objets personnels.

On murmure parmi les élèves que les plus beaux objets sont choisis par une certaine «  Madame » qui vient en choisir de temps à autre pour sa «  Galerie ».

Mais Tommy, le meilleur ami de Kath ne joue pas le jeu. Il ne créé rien, et pique des colères folles. Il ne sait pas pourquoi.

Mus par la curiosité, Kath et Ruth, son amie intime vont chercher à rencontrer cette Madame.

Cette expérience les  consterne :

Elle ne cria pas et ne laissa même pas échapper un souffle. Mais nous étions tous concentrés pour capter sa réaction, ce qui explique sans doute l'effet qu'elle produisit sur nous. Lorsqu'elle se pétrifia sur place, je jetai un bref coup d'œil à son visage

aujourd'hui encore je vois son expression, le frisson qu'elle semblait réprimer, la réelle terreur d'être frôlée accidentellement par l'une d'entre nous »

 

Kath et ses amis savent qu'ils sont différents des gardiens et des gens du dehors, on leur a dit en quoi, mais ils n'en ont pas pris la mesure.

 

Rien ne sera plus comme avant :

«  la première fois que vous vous apercevez à travers les yeux d'une personne comme celle-là, c'est un instant terrifiant. C'est comme vous entrevoir dans un miroir devant lequel vous passez chaque jour de votre vie, et soudain il vous renvoie autre chose, une image troublante et étrange »

La narratrice et ses amis  vont  progresser en interprétant de petits détails de leur vie. Elle nous laisse découvrir l'absurdité, puis l'indigence réelle de leur situation, comme  eux-mêmes ont pris conscience...

 

 

Le roman est passionnant de bout en bout. Et cependant, il me déçoit : j'attendais de Kathe et ses amis une rébellion, une révolte, même désespérée, un suicide peut-être,  pour témoigner de leur noblesse d'êtres humains, comme on peut en constater dans des livres tels que «  le Meilleur des mondes » ou «  1984 », romans auxquels, en dépit de différences de style et de structure, ce livre s'apparente.

 

 

 

 

 

 

 

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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 23:10

Yoko-Ogawa.2.jpgActes sud Babel, (1995-97)
 

La Piscine : Aya vit dans un institut pour orphelins dont ses parents s'occupent, et elle partage la vie des enfants de tous âges qui  habitent là en attendant une  hypothétique adoption. Elle est très malheureuse, se trouve désavantagée par rapport aux orphelins car elle n'aura jamais la chance d'être adoptée. Manifestement les parents d'Aya n'ont pas su adopter leur fille....

 Elle se distrait à regarder plonger dans la piscine un adolescent de son âge Jun, qui est presque pour elle comme un frère. Elle aime son corps quand il plonge, ses gestes, ses muscles bandés, (il m'est arrivé parfois de vouloir définir la jouissance que j'éprouve au moment où il lève les deux mains comme pour saisir quelque chose dans l'espace avant de disparaître sous l'eau. Mais je n'ai jamais réussi à trouver les mots qui conviennent. Est-ce  parce qu'il s'enfonce dans la vallée reculée du temps, là où les mots n'arrivent jamais ?) ainsi que son humeur toujours agréable.  Jalouse des autres enfants, toutefois elle se plaît à persécuter Rie, une petite fille de deux ans, arrivée depuis peu : la fait pleurer, la fourre dans une grande jarre,( je voulais encore entendre des sanglots de bébés ; je voulais goûter à toutes sortes de pleurs) et finalement lui fait manger une pâtisserie avariée qui la rend très malade. L'originalité de la nouvelle est la façon méticuleuse dont elle décrit sa, perversité, ses sensations de jouissance, distanciée.

Souvent sous forme de questions rhétorique : Est-ce que Jun lui aussi laisse flotter ses muscles en liberté au fond de la piscine comme le fœtus dans le ventre de sa mère ?

 La chute est bonne lorsque Jun le garçon qu'elle chérit physiquement et moralement, tente de la mettre devant ses responsabilités et qu'elle se rend compte qu'il l'observe attentivement lui aussi.

L'Essaim : ce récit est d'une étrangeté totale et assumée. La narratrice se souviens d'une résidence universitaire où elle a vécu. Elle entre en résonnance avec ce bâtiment  lorsqu'elle entend un bruit particulier qui doit presque relever des ultrasons

Pendant que mon esprit remonte vers cette résidence. L'intérieur de ma tête devient tout blanc comme une vaste plaine enneigée et quelque chose résonne faiblement dans le ciel, tout là-haut au-dessus de moi.

En ce qui concerne ce bruit... sa source, son timbre et sa propagation est ambigu, je n'ai plus de mots... j'essaie de lui trouver des comparaisons. Le murmure d'une fontaine en hiver quand une pièce de monnaie tombe au fond en provoquant des éclaboussures ;: le tremblement de la lymphe dans le limaçon tout au fond de l'oreille interne , au moment om l'on descend de manège. ; le bruit de la nuit qui s'écoule à l'intérieur de la paume de la main qui a tenu le récepteur, après le coup de téléphone de l'amant...

 

Des comparaisons originales belles qui rendent le récit aussi poétique qu'effrayant.

Effrayant car la narratrice intervient auprès du directeur de la résidence pour que son cousin puisse y loger. Et le directeur de la résidence est unijambiste et dépourvu de bras. «  Il peut tout faire tout seul... Le matériel pour écrire, la vaisselle ou la télévision étaient disposés à l'endroit le mieux placé pour permettre une utilisation avec le menton, la clavicule et le pied..".

Je crois vous avoir convaincu que Yoko Ogawa,  surtout dans cette nouvelle, autorise le lecteur à faire preuve d'imagination pour se représenter  des scènes troublantes ...

Malgré sa dextérité, l'homme handicapé ne cesse de décliner rapidement, à l'image de sa résidence qui souffre «  d'une déstructuration particulière » ; elle semble se décatir et s'amenuiser à chaque visite ;  on pense à  la maison Usher,et à son triste occupant,  même   si l' assaisonnement est asiatique.

Le dernier étudiant a disparu, que le directeur affectionnait pour ses doigts de la main gauche d'une agilité remarquable, des doigts vivants. Une tache s'élargit au plafond et semble responsable de toutes ces métamorphoses...semble attirer toute chose dans un gouffre profond...

 

La Grossesse : la narratrice st témoin de la grossesse de sa sœur avec qui elle vit, et en relève les bizarreries. Elle finit par souhaiter que cet enfant ne vive pas...le thème me ramène à la toute première histoire...

 

 

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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 00:32

Natsuo-Out.jpgNatsuo Kirino «Out »

 

Out (texte original Out en 1997) traduction 2006 Seuil Points Thriller.

 
 

Ce roman permet une incursion dans le polar japonais féminin : cette auteure marie avec bonheur le documentaire social et le suspense policier. Il y a quelques longueurs mais on ne s’ennuie jamais vraiment tout au long des 656 pages bien tassées.

 
 

Quatre femmes entre 30 et 50 ans travaillent de nuit dans une usine à Tokyo, pour préparer des plateaux-repas à la chaîne. Elles gagnent 7200 yens (un peu moins de 52 euros) pour une nuit de travail. Toutes sont dans des situations difficiles : les conjoints sont absents,

ne travaillent pas, ou ne donnent pas leur salaire, sont cruels ou amorphes, les logis sont exigus, les femmes manquent d’argent, l’une d’elle est même surendettée, et poursuivie par des usuriers.  

 

Lorsqu’elles arrivent chez elles le matin, c’est pour faire le ménage, la cuisine, les courses… s’occuper des enfants pour la plus jeune, composer avec  des adolescents difficiles pour les aînées, sans compter que  la plus âgée Yoshié est en charge d’une parente grabataire.

 

Le soir où Kenji Yamamoto rentre chez lui saoul après avoir tout claqué au jeu, et tapé Yayoi, sa jeune épouse, c’en est trop pour elle. Un peu plus tard, elle appelle sa collègue Masako, pour lui demander de l’aide, elle vient d’étrangler le conjoint délinquant… Masako décide de la secourir, et s’assure de l’aide  des deux autres collègues qui se connaissent bien. Découper le corps, en dispatcher les morceaux dans des sacs qu’il faut jeter sans attirer l’attention, voilà la tâche dont elles s’acquittent.  

 

La gent masculine ne tarde pas à rattraper ces femmes courageuses pour exploiter leur talent à éliminer les cadavres gênants. Pressées par  le besoin, Masako et Yoshié, les plus douées, se voient contraintes d'adjoindre des activités criminelles régulières à leurs obligations domestiques…mais d’autres personnages entrent aussi dans la danse soit pour tenter d’exercer une vengeance, soit pour assouvir des pulsions meurtrières à l’encontre de l’une de ces femmes.

 

De plus,  dans les poubelles d’un grand parc, une partie d’un corps est retrouvé et la police enquête…

 

A vrai dire, ce que l’on apprécie  le plus, c’est l’observation aiguë de la vie des classes laborieuses, spécialement les femmes, qui, non sans ironie, passent de la découpe de tranches de viande pour panier-repas, à celle de cadavres. Plus conventionnelle mais non dénuée d’intérêt est la partie où elles sont poursuivies par  un pervers psychopathe.  

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 11:45

Publié pour la première fois en 1961, le roman a été traduit aux éditions Albin Michel en 1970. J’ai en main l’exemplaire du Livre de poche biblio qui comporte 124 pages.


A 67 ans, Eguchi se considère comme un « vieil homme », encore capable de mener à bien une relation sexuelle. Sur le conseil d’un ami, il se met à fréquenter une maison de tolérance assez curieuse : la mère maquerelle endort elle-même ses employées, de très jeunes filles, avec un narcotique puissant, et leur fait passer la nuit, nues sous une couverture chauffante, avec un client d’au moins soixante ans, le «  client de tout repos » qui n’est pas censé leur faire beaucoup de mal. Lui-même reçoit deux comprimés de somnifère, qu’il n’est pas obligé de prendre…

Nous savons que cette drogue est employée pour violer des filles que l’on enlève. Ici, ce serait un genre de prostitution soft, non dépourvue de danger pour autant.

La tenancière, qui accueille Eguchi avec un excellent thé, a des réactions contradictoires : elle le dissuade d’aller trop loin, mais, vu l’exigence de clandestinité, quoi qu’il arrive, il ne saurait être inquiété…   

Eguchi va se rendre cinq fois dans la maison de passe, avec chaque fois une jeune fille différente ; ces expériences sont particulières, et se rejoignent. Il éprouve envers les jeunes filles  la sollicitude d’un père qui s’inquiète qu’elles aient froid, se souvient de ses propres filles, à des moments clés, de ses relations avec elles. Le plaisir érotique de la contemplation, du toucher, génère des souvenirs imprégnés de poésie.


Il ressent aussi la frustration de partager la couche d’une femme inconsciente, craint qu’elle ne se réveille, souhaite la réveiller, considère avec émotion les paroles et les gestes de la dormeuse, illusoire communication…


Et cette frustration s’affirme un plaisir suspect : l’objet du désir lui est offert sans défense.   Il sera tenté de les violer effectivement, voire de les étrangler.

A vrai dire, cette situation m’évoque le film d’Almodovar, « Parle avec elle ».

Eguchi finira, comme il le souhaite, par se trouver confronté avec la mort réelle...

 
 
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 00:18

undefinedYasunari Kawabata. Le Grondement de la montagne

 

Albin Michel 1969.

 

 

 

Juste après la guerre, le Japon se relève difficilement. Près de Tokyo, Shingo Otagwa, 62 ans fait durer mélancoliquement son troisième âge, hanté par la mort et par des rêves de beauté.

 

Il contemple ses échecs familiaux, et se livre à ses obsessions tout en s’en défendant mollement.

 

Son fils Shuichi a pris une maîtresse et délaisse sa femme Kikuko. Shingo est amoureux de cette jeune personne qui lui rappelle une autre jeune fille à présent décédée, dont il était amoureux dans sa jeunesse. Il n’a pu épouser que sa sœur, Yusako, qui ne lui a jamais plu. Yusako elle-même vit dans le souvenir de cette sœur idéalisée.

 

 Shuichi n’a semble t’il épousé une jolie jeune fille à peine pubère, que pour la donner à ses parents…

 

La fille de Shingo, Fusako a des soucis conjugaux elle aussi, et revient à la maison avec deux petites filles.

 

Les pensées de Shingo qui forment la matière du livre, se cristallisent sur des plaisirs et dégoûts esthétiques relatifs aux événements de sa vie et représentés par des atmosphères, des objets d’art, et de menus événements afférents.

 

La mort de la jeune femme qu’il aima, c’est ce bouquet d’érable rougissant sur l’autel.

 

Son mariage c’est la chute d’une châtaigne rebondissant sur des pierres en une belle courbe, un moment de plaisir et un signe menaçant.

Il s'inquiète de la pousse  des végétaux : les queues de renard, le ginkgo sont-ils toujours  en bonne santé, comme si la sienne en dépendait, croit entendre un grondement la nuit annonciateur de séisme.

 

Les animaux font signe eux aussi ! Teru la chienne errante et ses petits qui semblent s’immiscer dans la vie de la famille, et promettre la fécondité… le cri d’un milan qui revient tous les ans.

 

 Les rêves de Shingo jouent un grand rôle et de quasi hallucinations : rêve de mort, rêves érotiques en rapport avec la jeune fille qu’il aime encore et ses diverses incarnations.

 

 

 

Kikuko apprécie les attentions dont elle est l’objet la part du vieux monsieur et partage avec lui bien des plaisirs ; mais elle a aussi une volonté propre et souhaite s’établir avec sa belle-sœur à tenir une boutique. C’est ce qu’on peut leur souhaiter de mieux et Shingo le sait bien, quoiqu’il tente de retenir la jeune fille…

Les rêves éveillés de Shingo sont matière à un récit d'une grande beauté esthétique.

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 août 2007 7 19 /08 /août /2007 10:38

la-Derni--re-m--tamorphose.jpgCe récit est publié en 2007 chez Philippe Picquier, et traduit du japonais par Corinne Atlan.

Dans un long monologue théâtral que l’on hésite à qualifier de roman, un jeune homme met en scène son mal de vivre. 

Suite à des problèmes avec son despote de patron, il a décidé de s’enfermer dans sa chambre et de n’en plus sortir, c'est-à-dire de devenir un hikikomori (reclus volontaire).  En outre, il entretient ses parents car son père est au chômage depuis très longtemps. C’est la dépression disent les autres. Lui, il pense à La métamorphose de Kafka, souhaitant parvenir à se transformer en «  cancrelat ». (Mot écrit en gras et répété).

A défaut de réussir une transformation aussi radicale que  Gregoire Samsa, il réfléchit à la Métamorphose ainsi qu’à d’autres nouvelles de Kafka, et fait sur ces textes des  commentaires sur la condition humaine et les rôles que l’on nous impose,tout au long de la vie, la société, les proches (ceci n’a rien de bien nouveau) mais ce qui est plus fin, c’est que l’auteur réfléchit aussi sur les rôles que l’on joue pour soi… en face de soi, pour se duper soi-même.

Bientôt nous apprenons que la réclusion du narrateur fait suite au dépit qu’il éprouva après avoir tenu un blog « journal intime plus critique de livres » sur le Net, avide qu’il était de reconnaissance par un public plus vaste que ses parents et quelques liaisons sentimentales décevantes. Un site qu’il appelait EARL (le comte dit-il mais il y a aussi Lear dedans). Il envisage d’annoncer son suicide sur tous les sites possibles  croyant intéresser les gens par ce biais :

«  Ça fera un sacré grabuge, c’est sûr ! Le téléphone sonnera sans répit dans tous les commissariats du pays, dans le combiné on entendra des cris désespérés demandant d’empêcher mon suicide ! Ils chercheront tous éperdument à savoir qui est EARL ! … les médias eux aussi, ayant eu vent de ce tumulte, se rueront sur mon site !... » Moi désignera en même temps l’ensemble de tous les anonymes du cyberespace ! Tout le monde sera «  Moi » ! »

Le roman s’achève ainsi dans une progression nette vers la paranoïa, l’auteur ayant voulu montrer semble t’il le développement d’un ressassement qui tourne au délire et à l’explosion de haine contre soi.

Le propos est décousu et volubile, le ton vif et rageur donne tantôt dans la dérision, tantôt dans l’analyse introspective, Quelquefois de l’humour et aussi un peu d’ennui. L’ensemble vaut la peine d’être lu.  

 
 
 
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