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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 09:01

210 pages, publié en 1972 inachevé

Une femme et son futur ex-gendre conduisent la fille et fiancée de ceux-ci Ineko dans une maison de repos. Ineko est atteinte d’une curieuse maladie considérée comme la manifestation d’un trouble de la personnalité : elle ne voit plus le corps humain, de temps à autre. En fait, elle ne voit plus le corps de son fiancé en dessous des épaules. Cela a commencé alors qu’ils avaient une relation sexuelle apprend le jeune homme à la mère.En fait, le malaise est bien plus ancien. On apprend petit à petit comment Ineko a développé son symptôme, le rôle ambigu qu’elle devait jouer auprès de son père

Le fiancé n’est pas d’accord pour interner Ineko ; il va la délivrer menace t-il. En chemin ils voient des choses bizarres : le garçon une souris blanche la mère un champ de pissenlit qui ressemble à des êtres humains jeunes ou angéliques ??? Elle ne sait pas ; toutes les demi-heures ils entendent sonner la cloche de l’asile supposant que c’est Ineko qui la fait sonner et les appelle. Cependant la cloche ne sonne jamais de la même façon et leur inspire des sentiments variés.

Ils s’arrêtent dans une auberge.

L’échange de propos entre la mère et le fiancé est intéressant. Ces deux êtres cultivent des sentiments contradictoires envers Ineko et leurs ressentis sont exprimés avec beaucoup de poésie, ainsi que des quiproquos parfois amusants. Ils nous informent sur le trouble d’Ineko, le rendent moins mystérieux, mais pas moins problématique : le dialogue baigne dans une atmosphère mélancolique et inquiétante, parsemée aussi de propos humoristiques. Au fond ces deux là s’entendent bien mieux qu’ils n’en ont l’air. On se demande s’ils ne vont pas former un vrai couple, la pauvre Ineko étant définitivement écartée de l’affaire… on ne saura pas car l’histoire est inachevée. Cet inachèvement contrarie mais n'empêche pas d'être encore une fois envoûté par la belle prose de ce grand écrivain.

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 22:23
Alice Munro Rien que la vie ****+

L’Olivier octobre 2014, 313 pages.

Titre original :Dear Life 2012

Nous avons là une quinzaine de nouvelles courtes d’Alice Munro qu’on ne cesse de comparer à Tchekhov depuis qu’elle a obtenu le Nobel.

L’auteur décrit la vie de quelques personnages, leur vie quotidienne et une portion importante de leur vie tout court, avec les faits importants qui en ont infléchi le cours. Souvent il ne se passe rien au sens d’un événement romanesque, et pourtant les récits fourmillent d’aventures et de rebondissements. L’auteur se plaît à mettre en place des situations frustrantes: dans Admunssen ; la jeune institutrice qui trouve un poste dans un sanatorium, n’a pas le droit d’enseigner vraiment. Elle s’applique à éprouver de l’amour pour le médecin, car elle s’ennuie : pas de romance évidemment, et pas de vrais regrets. Sauf pour l’admirable paysage… Un autre personnage de ce sanatorium, une lycéenne enthousiaste et pleine de ressources dans cet univers triste et austère, reste une énigme : comment s’y prend-elle pour être heureuse ?

J’ai aimé particulièrement la nouvelle « Train » : un soldat qui revient du front, saute du train trente kilomètres avant sa destination, lorsque l’engin ralentit suffisamment. Nous restons à ignorer longtemps (presque jusqu’au terme du récit !)pourquoi il ne voulait pas aller jusqu’au bout ; pendant ce temps Jackson vivra sa vie : rencontre fortuite d’une vache dynamique, d’une fermière enjouée, vivant dans le passé, et dans des conditions vétuste, avec qui il s’établit, puis les circonstances qui lui font aller en ville…

Dans « Corrie » un couple illégitime est victime de chantage de la part d’une domestique. Sur ce thème vraiment classique, l’auteur a brodé quelque chose d’original. Il y a aussi des situations vraiment dramatiques comme dans « La Gravière » : deux fillettes et leur chien, un couple désuni, le ressentiment de la cadette envers une aînée trop entreprenante cette hyperactivité masquant son désarroi.

Dans « Vue sur le lac » on ne devine pas tout de suite ce que signifie l’errance de la narratrice qui cherche dans une ville inconnue un médecin apparemment introuvable. Ce récit est d’une féroce ironie. L’ironie est présente dans la plupart des récits , plus ou moins appuyée. Le titre anglais « Dear Life » est également ironique, ce que ne dit pas le titre français.

Un recueil qui m’a bien plu dans l’ensemble. L’auteur nous présente les quatre dernières nouvelles comme plus autobiographiques que les précédentes « je crois qu’elles sont les premières et dernières choses- et aussi les plus proches-que j’aie à dire de ma propre vie ». Elles sont centrées sur l’expérience du deuil, notamment celui de la jeune servante à qui la narratrice était fort attachée, victime d’un accident mortel. La fillette appréhende de voir un corps mort , son premier mort, et finalement n’éprouve pas du tout ce à quoi elle s’attendait…précisément, c’est là une des jouissances offertes par ce recueil : on est toujours surpris !

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 13:42
Olivier Adam Peine perdue**+

L’Olivier, 2014

Antoine, jeune chômeur, footballeur prometteur mais violent, fait un petit boulot dans un camping, dans les environs de la corniche de l’Estérel. Repeindre des mobil-homes. C’est là qu’il se fait fracasser la crâne, on ne sait pas par qui. Il n’a pas pu aller cherche Nino son petit garçon pour aller voir nager les dauphins. Et il n’ira pas de sitôt. En plus, une tempête menace…

On a 22 monologues à la troisième personne, de gens qui vivent là dans ce paradis pour touristes, qui est leur décor naturel car pour la plupart, ils y sont nés. Des jeunes gens de trente ans et des poussières, qui sont chômeurs, ou font des travaux difficiles et sous-payés ; avec des petits enfants (ou non). D’autres gens venus de Paris, à la dérive, squattant une maison, se droguant, souhaitant mourir pour x raisons…

Au début, on s’intéresse à eux, à leurs problèmes, jusqu’à la page 100 environ, puis on trouve que ça se répète, on passe pas mal de pages. Les défauts d’Adam sont toujours un peu les mêmes : forcer dans le misérabilisme, trop traîner dans le sentimental, manquer de sobriété. En faire trop. Il nous inonde, nous submerge comme la fameuse tempête …

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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 09:20
Valérie Zénatti Jacob, Jacob ****

L’Olivier, août 2014, 166 pages

C’est une famille de juifs pauvres à Constantine en 1944 ; le plus jeune fils de Rachel, Jacob, est appelé au front. Il vient juste d’obtenir son baccalauréat. La famille : Haïm le père cordonnier, Abraham le fils aîné, cordonnier aussi, boivent beaucoup, battent femmes et enfants. Deux autres fils Isaac et Alfred sont présentés comme ne valant pas grand-chose ; Madeleine, femme d’Abraham, et ses trois enfants Gabriel, Fanny, et Camille aiment profondément Jacob

Les femmes sont toujours à la cuisine, ménage, service des hommes, aucune distraction ni joie, les enfants dorment sur des matelas, ne sont pas nourris à leur faim. Jacob est le seul élément civilisé, parmi les adultes, et il va se battre en première ligne, pour délivrer la France, à l’hiver 1944, à Mulhouse. Ses camarades sont juifs arabes chrétiens, ils s’entendent encore bien, et chacun respecte les traditions, la religion du voisin. Tous sont logés à la même enseigne, cruelle, donner leur vie pour la France !

Le neveu de Jacob Gabriel fera plus tard la guerre d’Algérie, dans un contexte différent : il devra tuer des Arabes.

Récit poétique, bien écrit, à fleur de peau, sensible ; on s’attache immédiatement aux personnages ; il n’y a guère d’espoir pour cette famille plus ou moins sacrifiée. Deux descendants de Jacob survivent à ces conditions difficiles et auront une vie presque normale.

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 20:56
Chloe Hooper Fiançailles ****+

Christian Bourgois, 2013, 303 pages.

Liese Campbell, agent immobilier pour le compte de son oncle, fait visiter des appartements à vendre à Melbourne et dans les environs. Elle s’est exilée après avoir été licenciée de son job d’architecte dans son Angleterre natale.

Liese a des dettes, car depuis longtemps elle vit au-dessus de ses moyens, et ne peut s’empêcher d’acheter des objets coûteux lorsqu’elle se sent dépressive ( c'est-à-dire souvent).

Pour améliorer sa situation financière, elle se prostitue : un seul client, Alexander Quolqu’houn, fermier prospère, avec qui elle se livre à des jeux érotiques plus ou moins pervers dans les appartements qu’elle est censée faire visiter. Ces jeux sont assortis de scénarios mis au point par Liese qui fait semblant d’être prostituée depuis longtemps et d’avoir d’autres clients, pour mieux exciter Alex… et elle-même.

Sa liaison rémunérée lui plaît autant qu’à Alexander, et elle n’a semble-t-il nul besoin de feindre le plaisir. Cependant, elle veut quitter l’Australie pour Shanghai : un nouveau job et d’autres aventures.

Elle accepte avec enthousiasme la proposition écrite d’Alexander lui proposant un dernier week-end ensemble, encore mieux payé que d’ordinaire, dans sa propriété en plein milieu du bush. Elle ne connaît pas du tout, ayant passé tout son temps en ville.

Aussitôt arrivée dans cette propriété loin de tout, Liese se sent dépaysée, et se rend compte qu’Alexander ne veut pas jouer le même jeu que d’habitude : il affecte le mépris pour la prostitution, ne veut pas la toucher, lui insinue tranquillement qu’ils vont rester ensemble se marier, avoir des enfants. Lise se rend compte qu’elle ne peut quitter la propriété, Alexander l’enferme, plus ou moins. Il détient des lettres compromettantes… La comédie du mariage et du sauvetage de la fille perdue, c’est un scénario que doivent parfois jouer les prostituées. Tout de même Alexander pousse le bouchon un peu loin !

Liese est paniquée. Elle veut s’enfuir. En même temps, elle ne déteste pas complètement la situation. Alexander continue à lui plaire tout en l’effrayant et en lui posant un problème insoluble

Ce qui disent les lettres est faux, mais révèle quelque chose de Lise. Serait--elle un peu nymphomane justement ? Aurait-elle envie de se marier finalement ? Pourquoi a-t-t-elle accepté de suivre cet homme dans un endroit si loin de tout ?

Le roman ne permet pas de répondre de façon sûre à ces questions. La fin surprend mais ne résout pas tout. On continue à s’interroger sur certains points, la dernière page tournée.

Cela me fait penser au roman « Une fille qui danse » de Julian Barnes ; car dans ce récit également, la fin ne m’a pas permis de tout comprendre ! Mais, c’est assez bien enlevé, les deux personnages sont complexes, le repas de fiançailles avec de nouveaux personnages aux petits rôles bien fignolés est un morceau de choix…

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 13:27

Rouergue ( la Brune) 2011, 163 pages.

Haute Saône ; Ste Marie, un village, proche de Raddon-et-Chapendu, en pays vosgien ; Angélique et Catherine 17 et 16 ans passent leurs vacances chez leurs grands parents et s’ennuient.

La sœur aînée se trouve un copain à la colo ; Catherine esseulée, aperçoit un jeune homme nu près de la rivière Raddon ; elle l’observe. Plus tard elle le revoit dans le village. Il est vraiment beau, d’autant plus qu’il se tait plutôt que d’infliger à l’adolescente les âneries habituelles proférées par les jeunes garçons immatures. Lors de la soirée dansante de la colo, elle le retrouve dans le parc et couche avec lui. Ils ne se sont encore rien dit. Bientôt elle apprend que Sébastien (c’est son nom) n'est pas exactement comme les autres.... Elle se croyait chanceuse que ce très beau garçon s’intéresse à elle, et elle seule, à présent, elle est effondrée…

Ce que la narratrice dit bien, c’est son chagrin de voir ce qu’est réellement le garçon en question, dès qu’elle le voit la suivre, et se rend compte de l’attitude des autres à son égard : les villageois sont des imbéciles malveillants et conformistes, et la sœur n’est pas très futée non plus.

Quinze ans plus tard Catherine revient sur les lieux avec sa sœur à présent mariée et mère. Elle est restée seule et devenue libraire. Elle pense toujours à cet été, et raconte son histoire à sa sœur mais dans sa tête, seulement. Vu que le portrait de la sœur est loin d’être flatteur, on comprend qu’elle ne lui parle pas en vrai mais en imagination.

Anne Percin réussit à toucher le lecteur, en parlant de l'exclusion, de la solitude, et de l'isolement irrémédiables de ceux qui ne réussissent pas à se couler dans une catégorie sociale admise.

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 20:25

Gall, 366 pages 2014

« j’aimais aussi beaucoup la profondeur de son regard rêveur dont tout à coup de métalliques lueurs d’humilité venaient rapatrier tous les lointains, c’était alors come un assourdissant repentir de tout son être, comme si elle s’en voulait de s’être abandonnée devant témoin aux splendeurs d’illusions pitoyables. »

« La grande cuve du masculin où elle sentit quelle s’enfonçait dans une eau tiède et surpeuplée, profonde, malsaine »

Ces trois extraits nous mettent plus ou moins dans l’ambiance : roman sentimental avec pauvre héroïne esseulée, perdue dans un monde de méchants.

Bénédicte Ombredanne , lectrice des romans de l’auteur ; il l’a rencontrée deux fois : il avait nettement l’impression de vouloir faire sa connaissance. Elle écrivait si bien et lui jetait tellement de fleurs, et si bien tournées !

C’est une femme qui aime profondément la littérature décadente fin 19 eme siècle ( Barbey d’Aurevilly, Villiers de l’Isle Adam, Huysmans…) et a fait une thèse sur cette mouvance particulière, avant de réussir brillamment son agrégation. Il n’y a pas que la littérature, il y a la vie conjugale, hélas !

Elle entretient une relation sadomasochiste avec son mari ; le plus souvent, c’est lui le bourreau, mais parfois c’est elle. Ainsi ce soir là, lorsqu’il lui a plu de se reconnaître dans le portrait du harceleur fait par des femmes qui témoignent sur France-Inter ( le Téléphone sonne ???) et que ça l’a bouleversé. Bénédicte en a profité pour se ruer sur Meetic se trouver un amant. Que le lendemain , elle a rencontré près de la lisière d’une forêt, et alors là, elle s’en est donné à cœur-joie. Et, bien sûr comme elle n’avait pas été discrète le moins du monde, le mari s’est vengé (version bourreau).

Le lecteur se voit infliger lui aussi les harcèlements interminables du mari, et la souffrance de la femme, ceci sur une bonne cinquantaine de pages. Sans compter le récit de la sœur à la fin… Pour avoir osé assister aux ébats de Bénédicte et de son amant d’un jour ?? Lesquels n’avaient rien de saisissant. C’’était de la romance, un peu convenue ; certes on apprend de petits trucs sur le tir à l’arc…

En tout cas, c’est vache de la part de l’auteur !

Disons –le tout de suite, on s’ennuie beaucoup à ces querelles conjugales, on pense que l’un des deux devrait partir, Bénédicte surtout, et que ce ne serait pas impossible : elle a un métier, un salaire correct, une collègue qui l’hébergerait volontiers jusqu’à ce qu’elle ait trouvé une solution ( et on saura plus tard que Bénédicte a aussi une famille, notamment une sœur qui tient à elle…) ; mais Bénédicte ne dit rien de sa situation à personne. Et tant pis pour les enfants, qui sont eux-aussi victimes de la situation diabolique, dont la fin est la plus mélodramatique que l’on puisse imaginer !

Lorsque l’auteur rencontre la sœur de Bénédicte, on espère apprendre quelque chose de plus mais on n’aura rien d’autre qu’un ramassis de clichés. Je ne comprends pas ce que l’on trouve à ce mélo interminable.

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 09:52

Actes-sud, 2014, 153 pages.

Le narrateur se présente comme étant le frère de cet « Arabe » que le Meursault de Camus, plus connu sous son célébrissime titre « l’Etranger », a tué sur une plage d’Oran à l’été 1942. Il semble d’abord prendre la parole pour dire qui était son frère, présenter sa famille, et dénoncer le scandale d’un livre qui oublie que Meursault est d’abord un Français meurtrier d’un Arabe.

L’identité de cet Arabe n’est pas connue des lecteurs du roman. Meursault le nomme l’Arabe, il ne sait rien de sa victime, et ne veut rien en savoir ; nous n’avons que son point de vue pour repère puisque le roman est écrit à la première personne. Le fait que l’Etranger adopte un style détaché peut brouiller les pistes. Ce que narre Meursault est subjectif, il ne représente ni la société, ni le point de vue d’Albert Camus.

C’est mon avis , ce n’est pas celui d’Hanoun, qui avait sept ans au moment des faits. Son frère, la victime, était déjà adulte et il le nomme Moussa. Sa mère et lui ont su qu’il avait été tué mais on ne leur a pas donné le cadavre et la tombe de Moussa est restée vide…

Pour sa mère, avec qui il est resté seul, Haroun a passé sa vie à réparer le mal causé par « le Français » ; apprendre à lire pour rendre compte à sa mère de l’article du journal où l’on relate la mort de Moussa (non nommé) et cette lecture il doit la recommencer inlassablement en y ajoutant chaque fois quelque chose en plus. Puis il doit venger son frère et y parvient exactement vingt ans plus tard en tuant un « roumi » mais la guerre d’Indépendance vient de finir, et son geste ne passe pas pour un acte de guerre, mais pour une vengeance personnelle. Pour finir, il va avoir entre les mains le livre, l’Etranger; et alors commence un long conciliabule entre Haroun et divers personnages : l’écrivain ( Albert Camus) ; l’étudiant ou le lecteur ( français ) du livre, et aussi surtout, Meursault lui-même.

Le narrateur est désenchanté, en colère : sa vie est foutue ; à cause de Meursault qui a tué son frère ( mais lui-même, s’est mis à ressembler à cet étranger à avoir des points communs avec lui !!) ; à cause du meurtre que lui-même a dû commettre « Quand j’ai tué donc, ce n’est pas l’innocence qui, par la suite, m’a le plus manqué, mais cette frontière qui existait jusque là entre la vie et le crime. C’est un tracé difficile à rétablir ensuite. L’Autre est une mesure que l’on perd quand on tue »; à cause de sa mère qui lui a réclamé de venger le mort, de parler de lui, de rester à ses côtés à elle… le livre commence par maman est vivante ( en écho à maman est morte…) et cette maman est très encombrante, autant par sa présence que celle de Meursault par son absence ; à cause des mœurs de son pays auxquelles il n’a jamais adhéré , socialement il est très en marge ; à cause de la religion, car l’Islam pratiqué de plus en plus, et avec de plus en plus de rigueur dans son pays lui pèse.

Le monologue d’Haroun dévoile un mal-être profond, une crise d’identité. Plus le récit avance et plus il est proche de son ennemi Meursault, sauf que son style est coloré, imagé et vivant, et qu’il ne lésine pas sur l’humour…n’est-il pas en train de révéler ce que Meursault ne pouvait pas exprimer ? Il en est la face cachée, le double inversé, le frère ennemi : n’a-t-il pas tué à 2 heures en pleine obscurité alors que Meursault le fit à 14heures en plein soleil N’est-il pas un fils exemplaire lorsque Meursault fut le fils indigne par excellence ? Ne renvoie-t-il pas dos à dos les imams et les prêtres Et tout est à l’avenant…

C’est le roman d'un homme pris au piège de la vengeance ( je sais que si Moussa ne m'avait pas tué- en réalité: Moussa M'ma et ton héros réunis, ce sont eux mes meurtriers - j'aurais pu mieux vivre, en concordance avec ma langue et un petit bout de terre quelque part dans ce pays mais tel n'était pas mon destin. )et à travers cette expérience, on a aussi un réquisitoire contre la colonisation, une critique de la société dans l’Algérie d’aujourd’hui, une méditation sur la mort et le sens de la vie,un exercice de style parodique, cela fait beaucoup et c'est un peu brouillon, mais on s'attache à l'homme que l'Etranger a tuer...

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 13:55

Début du 20 ème siècle, domaine de Lahardane campagne irlandaise : le prochain village Kilaurens est à quelques kilomètres. Dans la propriété, vivent Le capitaine Gault sa femme, la trentaine, et leur petite fille Lucy. Des voyous ont empoisonné les chiens, puis quelques jours plus tard apporté des bidons d’essence pour incendier la propriété. Le maître de maison a tiré en l’air pour effrayer les incendiaires et les faire fuir. Il a blessé un garçon à l’épaule.

Il y a pas mal de soulèvements dans cette partie de l’Irlande. D’autres familles ont quitté la région. La femme de Gault (anglaise) prend peur et veut partir. Le capitaine s’y résout. Mais Lucy la fillette refuse de quitter les lieux. A- t’elle bien compris la situation ?? Sans doute pas. Et elle est très attachée à Lahardane, davantage qu’à ses parents, peut-être ? En tout cas, elle organise sa fugue le jour du départ, s’enfuit en forêt avec de la nourriture et l’idée de rejoindre la servante à présent congédiée en faisant du stop. Elle pense que ses parents ne partiront pas sans elle, et que, l’ayant retrouvée chez la bonne, ils renonceront au départ.

Mais rien ne va se passer comme prévu...

Ce récit traite de la solitude, de l'abandon, de la culpabilité, et aussi des étonnants pouvoirs de la terre natale ( sans idéologie ) sur certains de ceux qui y sont nés; il a pour héroïne Lucy, et le domaine de Lahardane auquel elle voue un attachement viscéral. l'action est évidemment lente comme toujours avec cet auteur, et plus encore que d'ordinaire, mais on se laisse volontiers entraîner, tant l'écriture est belle et juste.

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 18:19

Liana Levi, 2014, 540 pages.

Dans un petit village des Alpes piémontaises, en 2012, la crise économique frappe de plein fouets des jeunes gens qui ne discernent aucun avenir digne de ce nom. Les deux héros sont pourtant décidés à se battre : Andrea fils d’un avocat, maire de la ville, a abandonné l’université. Il rêve d’élever des vaches dans la montagne à l’exemple de son grand-père ;en outre, il souffre d’être moins aimé que son frère aîné, s’est fabriqué un destin à la Caïn. Marina, fille d’un couple séparé, ayant toujours vécu dans un climat de grande, précarité sociale, et d’instabilité familiale, veut devenir chanteuse se variété.

C’est dans une fête de village, qu’ Andrea revoit Marina, avec qui il a eu autrefois une longue liaison orageuse. Ils vont renouer, mais Andrea veut une femme pour élever ses enfants, le seconder à la ferme dont il rêve, et se charger des tâches ménagères. Marina a les moyens et les capacités de faire carrière dans la chanson, et détesterait la vie de fermière. En dépit de l’attirance sexuelle et de similitudes de caractères ces deux-là ne vont pas bien ensemble. Et pourtant, ils semblent condamnés à se fuir et se retrouver, se rapprocher et se repousser, s’aimer et se haïr sans trêve !

En plus de cette histoire d’amour impossible, le récit suit pas à pas l’évolution du devenir des deux jeunes gens l’un dans l’élevage, l’autre dans la show-business, ainsi que leurs relations conflictuelles avec leurs familles et leurs amis. Conflits, antagonismes, rivalités, sont les maîtres mots de ce roman violent , écrit d’une plume énergique, vigoureuse, pleine de sève, hommage à la combativité de ces jeunes gens, et aux magnifiques et rudes paysages du pays qui vit naître cette jeune romancière de trente ans, pleine de talent.

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  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
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