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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 17:06
Les Enfants de Dynmouth William Trevor ****

Phébus (littérature étrangère) 2014, 237 pages

Edition originale même titre 1976

Petit village dans le Dorset : 4000 âmes dont la moitié d’enfants. L’un d’entre eux, déjà adolescent de 15 ans, déscolarisé, passe le temps à errer dans les rues du village et alentour en espionnant ce qu’il peut d’une population, qui, visiblement, ne ferme pas ses fenêtres et se querelle au grand jour.

Timothy Gedge est livré à lui-même depuis longtemps. Il n’a pas de père. Sa mère et sa sœur aînée travaillent toute la journée et forment couple, n’ont jamais rien à lui dire lorsqu’elles rentrent le soir, ne lui achètent même pas suffisamment à manger. Il n’a que la télé pour compagne.

Bientôt c’est la kermesse de Pâques : les forains de la compagnie Ring’s Amusement vont s’installer sur la grand place. Il y aura entre autre un concours « les Talents de demain » ; chaque concurrent y présente un court spectacle : saynète, interprétation de chant ou chanson, prestidigitation…

Timothy a l’intention de présenter un sketch macabre dont l’humour noir n’apparaît qu’à lui ; assassin de trois femmes, il jaillira trois fois d’une baignoire en robe de mariée, puis procédera à un assassinat simulé des victimes en costume d’homme. L’argument lui est inspiré par un groupe de cire du musée Mme Tussaud’s .

Pour se procurer la baignoire, il va tenter de faire chanter Mr Plant le cabaretier, qui en possède une vieille dans sa cour : Plant sort avec sa mère, il les a surpris tous les deux… pour le costume, le rideau de scène, et la robe de mariée,il va aussi faire chanter diverses personnes, dont deux enfants de douze ans encore perturbés par un deuil récent... tout en exerçant son penchant pour la mythomanie,

D’emblée, nul ne rejette Timothy, qu’on sait être un pauvre garçon dont sa famille ne s’occupe pas.

Pourtant il se fait d’abord fraîchement éconduire par ses victimes ! Mais ce blond à l’air avenant, éternel sourire aux lèvres revient à l’attaque aussi longtemps qu’il le faut !

Il va même tenter se soutirer des confidences au pasteur, homme déçu par son métier, le peu d’enthousiasme qu’il suscite dans la paroisse et l’ennui des fêtes de charité.

D’’autres personnages gravitent autour, dont la femme du pasteur déprimée par une fausse couche, miss Lavant, une dame qui ne s’est pas mariée, le Dr Greenblade qu’elle couve des yeux… nous sommes dans une petite ville, les gens vivent un peu comme au 19 eme siècle, et certains d’entre eux sont naïfs.

De plus, Timothy n’invente pas totalement ce qu’il dit : il exagère des situations embarrassantes, y rajoutant des détails vraiment moches…

Roman à l’action très lente comme d’habitude, étude de mœurs bien amenée, personnages crédibles, ce n'est pas son meilleur livre, mais on retrouve les qualités de Trevor.

d'autres romans de Trevor :

En lisant Tourgueniev ( celui qui j'ai préféré)

Ma maison en Ombrie plutôt bien, à lire après le précédent .

Mourir l'été

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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 10:04
1 L’Age de raison JP Sartre ( les Chemins de la liberté 1) ****+

1945, 370 pages ; Livre de poche

Voilà un roman qui traîne sur une étagère depuis je ne sais combien de décennies ! Adolescente, je me suis persuadée que je devais lire Sartre, pour mon éducation intellectuelle. Je me suis donc procurée plusieurs de ses romans : à l’époque, je suis venue à bout du Mur, et j’ai lu aussi la Nausée, avec beaucoup de perplexité. Celui-là était le troisième et je l’ai lâché très vite. J’avais l’impression de pénétrer dans un monde très éloigné de celui que je connaissais. Un monde où l’on vivait d’une façon que mon entourage aurait condamnée. Pourquoi donc me le laissait-t-on lire ?

Mais il m’a suivie, obstinément…

Paris, juin 1938, une époque extrêmement problématique. L' Anschluss a déjà eu lieu. On craint la guerre, et on en parle.

Mathieu Delarue professeur de philosophie cherche de l’argent pour faire avorter sans trop de risques sa maîtresse ; il va passer ces quelques journées à mendier piteusement une somme que lui refusent son frère et son ami / ennemi Daniel ( tu n’as qu’à épouser Marcelle… disent-ils narquoisement), puis à se procurer l’argent de façon frauduleuse . la pauvre Marcelle ne sait pas ce qu’elle veut : tantôt elle se laisse convaincre de se faire avorter, tantôt on la persuade de garder l’enfant… aucun de ces personnages ne sait bien ce qu’il veut. Ils sont tous déchirés de mouvements et de désirs contradictoires.

Mathieu est amoureux d’une petite jeune fille fantasque, plutôt hystérique, une jeune russe issue de la noblesse, née avec la révolution bolchévique, et émigrée : Ivich. Elle se sent déclassée, perdue, il s’humilie se rend ridicule pour elle. En même temps, il tente de retrouver de l'estime pour soi : se voudrait communiste, aimerait aller combattre la dictature en Espagne... n'est pas convaincu.

Les femmes sont décrites comme des poids de chair, Mathieu est attiré par elles, voire fasciné, en même temps qu’elles le dégoûtent plus ou moins. Même Ivich , dont il ne semble pas pouvoir se passer, apparaît laide la plupart du temps.

On dit qu'Ivich est la version sartrienne de Xavière ( l'Invitée) ; ce serait intéressant de comparer ces deux personnages, et les deux récits : Sartre et Beauvoir les ont écrit en même temps s'inspirant d'un même vécu, qu'ils ont ressenti de façon différente.

Ensemble intéressant, personnages bien dessinés, pas du tout enjolivés, on aime cette lucidité. Ce récit est mené de façon classique et à mes yeux (c’est une bonne surprise !) n’est pas daté. Je vais essayer de me procurer les deux tomes qui suivent.

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 12:48

Picquier, Poche, 253 pages.édition de 1994.

Le recueil contient six récits publiés en 1951. Le premier « le Crime de monsieur S. Karma » avec ses 142 pages est une longue nouvelle ou un petit roman avec un grand nombre de personnages.

L’homme en question se réveille ayant oublié son nom. Physiquement, il ressent au-dedans de lui un creux se frappe la poitrine: il sonne creux à l’intérieur. C’est en arrivant à son bureau qu’il repère la plaque de bois pour son nom « S. Karma » (l’initiale n’est pas exactement « S » mais la lettre grecque sigma que mon clavier ne peut pas reproduire).

Il voit également à sa place au bureau un sosie de lui , ou un double, qui dicte tranquillement un texte à la secrétaire Mlle Y …et son arrivée ne cause aucun trouble particulier aux employés : cette entrée en matière nous rappelle le Double de Dostoïevski ; sauf que M. Karma va tout de suite entrer en conflit avec son double, qu’il appelle « Carte-de-visite » car il ne reconnaît pas tout à fait en lui un être en chair et en os. Notre héros va ensuite consulter un médecin, pour tirer au clair son problème physiologique ( se sentir vide) ; il apparaît que non seulement il est vide à l’intérieur, mais qu’il aspire tout ce qui passe à sa portée pour se remplir !

Si le début semble s’inspirer quelque peu du Double, la suite va tourner au Procès de Kafka, car M. Karma est accusé de quelque chose, on ne saura pas très bien quoi, et un tribunal farfelu mais féroce et déterminé va se mettre en place pour juger son cas. Karma signifie « péché « en sanskrit lui reproche-t-on. Il me semble que ce mot renvoie plutôt au destin que chaque être doit endurer, rapport à ses actes dans une vie antérieure. Vouloir y échapper est une faute dans la logique des religions bouddhistes.

Ajoutez à cela que Le pauvre M. Karma doit aussi affronter son père, ses vêtements, ses souliers, tous remontés contre lui et réclamant leur droit à une existence propre… plus on avance dans le récit plus le délire s’intensifie. La crise identitaire vécue par le héros est difficilement interprétable ; l’auteur s’est abreuvé à diverses sources littéraires et philosophiques et l’on s’y perd un peu. Les références au surréalisme notamment Dali, sont nombreuses, et la fantaisie débridée de ce mouvement littéraire se retrouve dans le texte. L’ambiance est aussi à l’humour noir, mais je n’ai pas eu envie de rire….

Les autres récits, beaucoup plus courts sont du même genre. Dans le Cocon rouge, le personnage perd non seulement son nom mais sa forme et recherche sa maison : on suppose qu’il veut retourner à un état fœtal. l’Inondation met en scène une liquéfaction générale des êtres humains provoquant un déluge que même Noé ne peut gérer… La Craie magique montre un homme qui réussit à transformer ses dessins en objets réels mais vous vous en doutez cela finit mal… Le Tanuki de la tour de Babel, est une fiction et une réflexion sur le concept de métamorphose. Des digressions philosophiques, des jeux de mots ( parfois intraduisibles), des rencontres bizarres et une folle échappée voilà ce qui nous attend.

Voilà donc des récit très originaux, surréalistes, déconcertants aussi : vous n’y trouverez pas de construction ni de cohérence et de sobriété comme dans la Femme des sables par exemple, bien que les thèmes soient semblables; C’est l'occasion de découvrir une autre facette de l’écriture de l’auteur, et des sources d'influence diversifiées.

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 18:52
Ron Rash Une terre d’ombre ****+

Seuil, 2012 (titre original The Cove)

Cela commence un peu comme dans « Un pied au paradis » : un ingénieur vient dans une ville, curieusement appelée Mars Hill, en Caroline du nord, annoncer aux habitants que la municipalité a l’intention de noyer le vallon à proximité pour en faire un lac artificiel ; mais, surprise, les gens sont contents ! Dans ce vallon, à présent inhabité, il n’est arrivé que des malheurs…

Nous sommes ramenés quarante ans auparavant, à la fin de la Grande Guerre : Laurel Shelton est une jeune femme courageuse et déterminée, que la population dans son ensemble évite, exclut du groupe, et craint (ou feint de craindre) à cause de sa tache de naissance ; notez que cette tache n’est même pas sur le visage ! Ces gens l’ont prise comme bouc émissaire… elle vit dans la propriété que ses parents achetèrent autrefois dans le fameux vallon presque toujours sombre, entouré de bois, avec Hank son frère, qui a perdu une main en Europe dans les tranchées. Un homme assez âgé Slidell leur voisin, les aide et les apprécie .

A Mars Hill, seule l’institutrice Mlle Calicut, une jeune fille nommée Marcie, quelques rares autres villageois, acceptent de parler à Laurel, et l’estiment.

Laurel a repéré un vagabond qui campe près du vallon à proximité de la rivière ; elle s’occupe de lui lorsqu’il est en détresse, le recueille. Il va aider Hank à la ferme ; ce jeune homme possède une flûte en argent ( un vrai instrument de concert dont il joue parfaitement car ce fut son métier). Il ne parle pas et possède un bout de papier où il est écrit « Walter Smith ne peut plus parler à cause d’une maladie dans l’enfance il a besoin de partir pour New-York »

Le lecteur apprend vite le secret du joueur de flûte, Laurel aussi, un peu plus tard, et cela renforce leurs liens qui vont au-delà de l’amitié. Ils projettent de fuir à la fin de la guerre. En attendant, il faut se cacher…

On nous montre la grande bêtise et la méchanceté des gens du village ; notamment Chauncey un bureaucrate lâche et avide de gloire qui tremble en tenant un fusil ; une bande de violeurs, avec à leur tête l’infâme Judd Parton, qui s’en prirent à Laurel.

Les villageois prennent comme victimes de simples citoyens d’origine allemande, qualifiés de boches, d’espions par leurs voisins lesquels savent très bien qu’ils n’ont rien à se reprocher ; tout comme ils savent que Laurel n’est pas une sorcière ! Simplement, ils débordent de haine !

Les gens de Mars Hill sont très dangereux et vont le prouver au-delà des craintes du lecteur. D’autres le sont un peu moins mais dans l’ensemble cette humanité est très sombre (comme le vallon privé de lumière). Ce roman est fort bien composé comme toujours chez cet auteur, une écriture précise et agréable à lire, on ressent les beautés de la nature la plus rude et la plus désolée, l’échantillon d’humanité montré ici est lamentable, et le propos est plus pessimiste que jamais dirait-t-on.

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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 10:28
Raymond Carver Tais-toi je t’en prie ****

Œuvres complètes T. 3

Ces nouvelles précèdent le recueil que je connaissais « les Vitamines du bonheur » ; il s’y trouve au moins trois nouvelles que J’avais déjà lues : « Obèse » ; « Voisins de palier « et « En voilà une idée ».

Parmi les autres, j’ai particulièrement aimé « La Peau du personnage ». Myers un écrivain en panne d’inspiration et sa femme Paula se rendent chez les Morgan, un couple dont ils avaient loué l’appartement lorsque ces derniers étaient en Allemagne. Les Morgan n’avaient pas apprécié la façon dont on avait traité leur appartement. Pourtant vers Noël lorsque les Myers viennent les voir, ils semblent faire un effort pour se rendre agréable. Toutefois Mr Morgan est vraiment caractériel n’a rien oublié de ses griefs et cherche à se venger.

L’auteur sait composer une histoire intéressante courte avec trois fois rien d’intrigue, quelquefois c'est à peine une anecdote! : un homme qui regarde sa femme servante travailler dans une cafétéria : il se rend compte que les voisins parlent d’elle en termes peu élogieux la trouvant trop charnue. Aussitôt il force son épouse à perdre du poids, en fait une obsession, achète une pèse-personne, la force à se peser tous les jours, lui interdit la nourriture. On voit que c’est le regard des autres hommes qui l’insupporte et détermine le sien. « (Ils t’ont pas épousée »)

« Et ça qu’est-ce tu en dis ? » montre un couple dont le mari veut s’installer à la campagne ; sa femme et lui ont hérité d’une maison où sa femme avait passé son enfance ; grosse désillusion : la maison une vraie bicoque ne correspond pas une seconde à ce qu’il avait imaginé…

« Personne disait rien » : un garçon de dix douze ans dont les parents s’invectivent très fort ; il ne sait pas à propos de quoi, mais craint le pire… le jour suivant il reste à la maison prétextant la maladie, s’ennuie, va pêcher des poissons dont il est très fiers ( le lecteur lui pense d’après la description qu’ils sont à moitié crevés…)

« Jerry et Molly et Sam » : un homme alcoolique mais pas au dernier degré a décidé de se débarrasser de Molly, la petite chienne de ses deux enfants qu’il trouve absolument insupportable ; après s’être donné beaucoup de mal pour la perdre dans un quartier éloigné, devant le grand chagrin des enfants, il repart la rechercher

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 10:36
Aucun homme ni dieu Wiliam Giraldi ****

Autrement, 2015 ( Hold in the Dark, 2014), 309 pages.

Voici un roman que je n'aurais pas lu ( quoique le titre soit attrayant...) si je n'avais pas constaté l'intérêt qu'il a suscité chez les blogueurs!

Nous sommes dans le village de Keelut, dans le Denali (montagnes en Alaska) et c’est l’hiver.

Des loups sont descendus au village de Keelut, et ont dévoré plusieurs enfants. Superstitieux les habitants croient qu’il s’agit d’un mauvais sort. Russell Core écrivain spécialiste des loups, qui les a souvent observés, reçoit une lettre d’une villageoise, Medora : son petit garçon a lui aussi été victime des loups et elle veut que l’écrivain l’aide à abattre le (ou les ) animaux responsables, et retrouver son corps.

Corelui répond se rend au village, lui signifie qu’elle n’est pas maudite ; les loups ne s’attaquent aux hommes que s’ils ont faim (ou peur… comme tous les animaux d’ailleurs).

Après une nuit passée auprès de cette jeune femme, il part observer la meute sans envie de tuer. Fasciné par les loups il doit même lutter contre une envie de se faire dévorer par eux.

De retour au village, Medora s’est enfuie, et Core est mis en présence d’une tragédie dans laquelle le loup ne joue de rôle que totémique. Il existe des masques de loup qui apparemment transforment ceux qui les portent en justiciers redoutables ! Pourtant, les flics sont appelés, et le mari de Medora, Vernon, revient d’Afghanistan où il faisait la guerre (seul moyen pour gagner sa vie…)

On comprend très vite pourquoi la petite famille Slone était « maudite » ; s’en suit une course-poursuite sanglante ; Vernon cherche sa femme et détruit tout sur son passage. Et un carnage de flic ; le chef du village Cheeon qui a perdu femme et enfant et n’a plus de travail est prêt à en découdre lui aussi.

L’écriture est d’excellente tenue ; l’histoire intéresse : les conditions de vie des villageois du Denali ( fin fond de l’Alaska) sont bien rendues. Leurs superstitions et leur haine d’être abandonnés dans des conditions de vie précaire, aussi. Les paysages sont beaux. Nous avons là un roman d’aventures bien fait qu’on ne lâche pas.

Le message manque évidemment de subtilité : les personnages et les loups sont un peu naïvement idéalisés par l’auteur. Pourtant, j’aime bien la façon dont cela se termine….

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 09:01

210 pages, publié en 1972 inachevé

Une femme et son futur ex-gendre conduisent la fille et fiancée de ceux-ci Ineko dans une maison de repos. Ineko est atteinte d’une curieuse maladie considérée comme la manifestation d’un trouble de la personnalité : elle ne voit plus le corps humain, de temps à autre. En fait, elle ne voit plus le corps de son fiancé en dessous des épaules. Cela a commencé alors qu’ils avaient une relation sexuelle apprend le jeune homme à la mère.En fait, le malaise est bien plus ancien. On apprend petit à petit comment Ineko a développé son symptôme, le rôle ambigu qu’elle devait jouer auprès de son père

Le fiancé n’est pas d’accord pour interner Ineko ; il va la délivrer menace t-il. En chemin ils voient des choses bizarres : le garçon une souris blanche la mère un champ de pissenlit qui ressemble à des êtres humains jeunes ou angéliques ??? Elle ne sait pas ; toutes les demi-heures ils entendent sonner la cloche de l’asile supposant que c’est Ineko qui la fait sonner et les appelle. Cependant la cloche ne sonne jamais de la même façon et leur inspire des sentiments variés.

Ils s’arrêtent dans une auberge.

L’échange de propos entre la mère et le fiancé est intéressant. Ces deux êtres cultivent des sentiments contradictoires envers Ineko et leurs ressentis sont exprimés avec beaucoup de poésie, ainsi que des quiproquos parfois amusants. Ils nous informent sur le trouble d’Ineko, le rendent moins mystérieux, mais pas moins problématique : le dialogue baigne dans une atmosphère mélancolique et inquiétante, parsemée aussi de propos humoristiques. Au fond ces deux là s’entendent bien mieux qu’ils n’en ont l’air. On se demande s’ils ne vont pas former un vrai couple, la pauvre Ineko étant définitivement écartée de l’affaire… on ne saura pas car l’histoire est inachevée. Cet inachèvement contrarie mais n'empêche pas d'être encore une fois envoûté par la belle prose de ce grand écrivain.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 09:21

Presse-Pocket, 1965, 186 pages.

C’est l’histoire de Louis Cuchas né fin du 19 eme siècle rue Mouffetard cinquième des six enfants de Gabrielle Cuchas, dont le mari alcoolique a disparu ; elle est marchande des quatre saisons aux Halles. A beaucoup d’amants de passage, et tout le monde dort dans la même pièce les enfants séparés des adultes par un simple drap tendu.

Louis est différent de ses frères et sœur, il est très observateur, se tient en deçà des histoires de la famille au jour le jour, bien qu’il se tienne au courant, et parle peu. La contemplation est son activité favorite. Un des amants de sa mère lui offre des crayons de couleur et joue avec lui aux échecs. Ces deux activités vont décider de son avenir. Il deviendra peintre après avoir aidé sa mère dans son métier et être devenu commerçant aux Halles pendant pas mal d’années. Peintre sans école, ni surréaliste, ni cubiste, ni rien de tout cela, mais pas non plus académique ou pompier. Un talent très personnel. Des tableaux sont décrits et permettent d’imaginer la chose.

Son surnom « petit saint » lui vient du fait qu’il ne se bagarre pas en classe, en rend pas les coups qu’on lui donne ( il est vraiment petit, ne dépassera pas 1m55) et reste franchement très raisonnable pour un garçon qui a reçu peu d’éducation et est entouré de mauvais exemples. Mais sa sagesse n’a rien d’un choix moral, elle est due à son indifférence pour les passions humaines. Il n’éprouve ni envie, ni jalousie, ni peine ni regret, tout entier plongé dans la contemplation.

Outre l’apprentissage de Louis qu’il rend crédible et assez intéressant, l’auteur décrit la vie des gens dans ce quartier populaire, où l’on est pauvre sans être nécessiteux. Les personnages de la famille de Louis sont bien rendus, peu fouillés (le roman est court)mais plus que de simples silhouettes.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 10:32

Actes-sud 2014 365 pages.

C’est l’histoire d’un frère et d’une sœur : Drick qui est psychothérapeute dans un centre psychiatrique, et Suzanne anesthésiste dans un hôpital. Ils ont toujours été proches : très jeunes ils ont perdu leur mère, accidentée d’une falaise (suicide accident, voire crime ?) leur père qui était présent, s’est éloigné d’eux et leur tante, Leida infirmière les a élevés : elle a suscité leurs vocations dans le milieu médical, bien qu’elle ait lâché son métier pour les élever. Ne s’est pas mariée non plus. Bref un sacrifice total sur lequel on s’interroge.

Drik et sa femme Hannah n’ont pas eu d’enfant ( lui n’en voulait pas, elle on ne sait pas, étaient-ils stériles ? on dit qu’ils ont « conservé leur secrets » ????) Suzanne a eu une fille Rose, et Peter son mari est psy tout comme Drik : les deux couples et l’unique descendante sont très proches. Sauf que Rose a voulu vivre seule subitement, ce que Suzanne vit mal. Aurait-elle un copain ?

Au début du roman, Drik a perdu Hannah victime d’une maladie incurable. Il recommence à travailler et reçoit son premier patient depuis la mort de sa femme. Le jeune Allard interne en première année de psychiatrie semble avoir une raison importante de venir ; il ne se plaît pas dans la spécialité qu’il a choisie, et se demande s’il ne doit pas en changer. Tout de suite, Drik a un mauvais pressentiment, ce patient lui déplaît ; mais il attribue ce malaise au fait qu’il est resté trop longtemps sans travailler : il doit tenir bon !

Et pourtant la petite famille si soudée va bientôt voler en éclat !

Dans une post face l’auteur explique qu’elle a voulu mettre en face l’analyse, lieu où l’on cherche à se souvenir, à prendre conscience d’événements et de pensées refoulées, et l’anesthésie, discipline basée sur l’oubli, le sommeil, l’absence de douleur. Avec Drik le lecteur perçoit les difficultés d’une psychothérapie qui se voudrait classique avec un patient qui réagit bizarrement ; avec Suzanne on pénètre dans les blocs opératoires, et on assiste à moult opérations certaines complexes et risquées ; on partage les problèmes des médecins et chirurgiens certains actes chirurgicaux sont « obligatoires mais complètement inutiles, car le patient ne vivra pas longtemps de toute façon ». La proximité de la mort que confère l’anesthésie donne un sentiment de toute-puissance, et Suzanne s’afflige de découvrir que même les anesthésistes peuvent eux-aussi atterrir au bloc opératoire au titre de patients.

La façon dont cette famille (Drik Suzanne et leurs proches) très soudée va progressivement se déliter, est bien décrite, la vie professionnelle de Suzanne intéresse car très bien documentée. Pourtant, on finit par s’ennuyer : d’abord avec Drik et son patient, ces séances laborieuses et qui ne mènent à rien. Drik en dit beaucoup trop à son patient, il ne le laisse pas s’exprimer.

Le bloc opératoire, va nous tenir en haleine plus longuement mais l’écriture est loin d’être aussi convaincante que par exemple « Réparer les vivants » avec laquelle on ne peut s’empêcher de faire quelques comparaisons.

Quant à l’intrigue elle-même, l’élément perturbateur devrait dévoiler tout ce qui ne va pas dans cette famille. Ce n’est pas franchement le cas…

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 22:23
Alice Munro Rien que la vie ****+

L’Olivier octobre 2014, 313 pages.

Titre original :Dear Life 2012

Nous avons là une quinzaine de nouvelles courtes d’Alice Munro qu’on ne cesse de comparer à Tchekhov depuis qu’elle a obtenu le Nobel.

L’auteur décrit la vie de quelques personnages, leur vie quotidienne et une portion importante de leur vie tout court, avec les faits importants qui en ont infléchi le cours. Souvent il ne se passe rien au sens d’un événement romanesque, et pourtant les récits fourmillent d’aventures et de rebondissements. L’auteur se plaît à mettre en place des situations frustrantes: dans Admunssen ; la jeune institutrice qui trouve un poste dans un sanatorium, n’a pas le droit d’enseigner vraiment. Elle s’applique à éprouver de l’amour pour le médecin, car elle s’ennuie : pas de romance évidemment, et pas de vrais regrets. Sauf pour l’admirable paysage… Un autre personnage de ce sanatorium, une lycéenne enthousiaste et pleine de ressources dans cet univers triste et austère, reste une énigme : comment s’y prend-elle pour être heureuse ?

J’ai aimé particulièrement la nouvelle « Train » : un soldat qui revient du front, saute du train trente kilomètres avant sa destination, lorsque l’engin ralentit suffisamment. Nous restons à ignorer longtemps (presque jusqu’au terme du récit !)pourquoi il ne voulait pas aller jusqu’au bout ; pendant ce temps Jackson vivra sa vie : rencontre fortuite d’une vache dynamique, d’une fermière enjouée, vivant dans le passé, et dans des conditions vétuste, avec qui il s’établit, puis les circonstances qui lui font aller en ville…

Dans « Corrie » un couple illégitime est victime de chantage de la part d’une domestique. Sur ce thème vraiment classique, l’auteur a brodé quelque chose d’original. Il y a aussi des situations vraiment dramatiques comme dans « La Gravière » : deux fillettes et leur chien, un couple désuni, le ressentiment de la cadette envers une aînée trop entreprenante cette hyperactivité masquant son désarroi.

Dans « Vue sur le lac » on ne devine pas tout de suite ce que signifie l’errance de la narratrice qui cherche dans une ville inconnue un médecin apparemment introuvable. Ce récit est d’une féroce ironie. L’ironie est présente dans la plupart des récits , plus ou moins appuyée. Le titre anglais « Dear Life » est également ironique, ce que ne dit pas le titre français.

Un recueil qui m’a bien plu dans l’ensemble. L’auteur nous présente les quatre dernières nouvelles comme plus autobiographiques que les précédentes « je crois qu’elles sont les premières et dernières choses- et aussi les plus proches-que j’aie à dire de ma propre vie ». Elles sont centrées sur l’expérience du deuil, notamment celui de la jeune servante à qui la narratrice était fort attachée, victime d’un accident mortel. La fillette appréhende de voir un corps mort , son premier mort, et finalement n’éprouve pas du tout ce à quoi elle s’attendait…précisément, c’est là une des jouissances offertes par ce recueil : on est toujours surpris !

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Présentation

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  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
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