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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 23:17


   1869 éditions folio

 

 

En 1940, Frédéric Moreau revient de chez un oncle, chez qui sa mère l’avait envoyé pour montrer sa sollicitude en vue d’un héritage. Procédure humiliante, que le jeune homme s’est efforcé d’oublier en passant un jour à Paris, où il ira faire son droit à la rentrée prochaine.

Le voilà sur le bateau qui le ramène à Nogent-sur-Seine  chez  sa mère. Il cherche l’aventure et l’amour auxquels le prédispose son mental naïf et exalté. Bien sûr il va trouver !  Attiré par un homme deux fois plus âgé que lui, qui lui en impose tellement il est bien vêtu et hâbleur :Jacques Arnoux, dont le costume est savamment décrit en particulier des bottes rouges en cuir de Russie ( un avantage indiscutable que l’on va retrouver par la suite).  Arnoux mène Frédéric à sa femme Marie, et c’est la coup de foudre. Marie est comme »une apparition ».  Là aussi c’est la parure qui va compter et aussi l’exotisme : Frédéric s’imagine que cette femme est andalouse, voire créole, à cause de ses cheveux noirs, de sa peau brune, de son châle. Il faut qu’il ait de l’imagination…

Il se passera plusieurs mois avant que Frédéric, devenu étudiant à Paris, ne retrouve l’atelier d’Arnoux. Marchand de tableaux, apte à vendre 300 francs une croûte qu’il a achetée 1500 en produisant une fausse facture de 4000… totalement ignorant de l’art véritable. Quelques mois se passent encore, avant que Frédéric ne puisse pénétrer rue de Paradis où vit la Dame.  C’est aussi la décoration très kitsch des appartements, abondamment décrite par le narrateur, qui augmente le charme de Marie aux yeux de Frédéric.

Rue de Paradis, ce sera aussi une sorte d’enfer. Pour voir Marie le plus souvent possible, Frédéric se fait l’obligé d’Arnoux, son esclave, devient un parasite de la maison,  ira même jusqu’à lui donner de l ’argent . En effet, Arnoux s’étant aperçu plus ou moins  de la  situation, prétendra souvent être au bord de la faillite et devoir quitter la ville :s’ils quittent la ville, comment la revoir ?

L’existence de Frédéric s’organise donc autour de Marie Arnoux, dont on reste longtemps à ignorer quels sentiments elle éprouve pour Frédéric.  Marie est cependant un repère important pour une vie aussi fluctuante que celle de ce jeune homme.  L’autre repère, c’est Charles Deslauriers, son ami de collège. Tout les sépare : la classe sociale, les intérêts, les penchants, le tempérament, voire les idées politiques, ils sont tout le temps fâchés et se retrouvent avec plaisir quelques temps plus tard, à intervalles réguliers.Cette amitié réelle et durable est un point positif dans un roman fort pessimiste.

 

 

 

L’Education sentimentale c’est aussi une fresque sociale. Plusieurs groupes humains  sont décrits plutôt férocement : les amis de Frédéric : Sénécal  pur et dur, inspiré de Saint-Just, Hussonnet, journaliste opportuniste, assez rigolo par moment, Martinon très conservateur, Dussardier  révolutionnaire au premier degré, Pellerin le plus mauvais peintre que l’on puisse rêver, Regimbart, un homme politique : il passe son temps dans les bistrots à boire et bavarder …

Sans compter les femmes, la jeune provinciale Louise Roque, l'épouse du financier Dambreuse ( très redoutable devant le cercueil de son mari...), Rosanette  orpheline illettrée qui a survécu grâce à ses charmes, Mlle Vatnaz vieille institutrice intriguante et féministe ...

Flaubert s'est inspiré, dit-on, des Caractère de La Bruyère pour camper ses personnages et il a très bien réussi.

 

 

De l'Education sentimentale, il a aussi eu l'ambition de faire  un roman historique, relatant la Révolution de 1848, celle de 1851, qu'il a vécues lui-même au même âge que Frédéric  et c’est tout à fait passionnant. Son récit du sac des Tuileries en particulier.

 

Dans l'ensemble, en épit de certaines descriptions un peu lassantes, mais pouvant toujours enrichir le vocabulaire, je trouve ce roman aussi bon que Madame Bovary.

 

 

 

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 14:20

la Métamorphose bilingue    Edition bilingue de poche

 

 

      Mon blog s’allonge malgré moi, et je remarque qu’il est finalement peu représentatif des écrivains que j’ai le plus aimés.  Rien sur Kafka, rien sur Thomas Mann !  Faute d’avoir lu de nouvelles œuvres, je me suis penchée sur cette édition bilingue fort agréable car je ne lis pas l’allemand sans aide, sauf s’il s’agit de textes vraiment simples.

 

Le 24 juin 1924,décédait Franz Kafka, voilà l'occasion de relire deux oeuvres où l'on meurt très bien à la fin...

 

        Tout le monde connait l’histoire de Gregor Samsa, infortuné VRP, qui se réveille un matin «  transformé en une véritable vermine ». Cette phrase provient du narrateur omniscient qui  tout de suite nous révèle l’état de Gregor.

La Métamorphose est écrite à la troisième personne, au style indirect libre. Outre le point de vue de ce narrateur, il y a celui de Gregor, qui préfère croire que ses sensations bizarres  sont «  le premier signe d’un refroidissement, mal professionnel des voyageurs de commerce » . Pourtant « il apercevait son ventre bombé, brun, divisé par des arceaux rigides, au sommet duquel la couverture du lit, sur le point de dégringoler tout à fait, ne se maintenait que d’extrême justesse ».

Bien des lecteurs sont dégoûtés ( un mot que j’ai souvent entendu) par la multiplication des détails réalistes dus à cette métamorphose.

 

Personnellement, cela me fait sourire, je trouve que l’effet recherché est surtout humoristique, un humour vraiment noir mais humour tout de même. Cet effet est produit par différents choix  d’écriture :

- Le narrateur omniscient, pas plus que le personnage, ne s’étonnent de cette transformation qui devrait leur paraître incroyable.  Il s’agit d’un fait surnaturel et il est considéré comme devant être admis, dès l’incipit. Cependant le champ lexical ne relève ni du fantastique, ni du surnaturel, ni de la stupéfaction face à une chose aussi extraordinaire.

Bien au contraire, le réalisme domine, et les soucis domestiques parsèment le texte : le réveil ne sonne pas, le chef de bureau attend, comment faire pour sortir du lit lorsque l’on est dans un état pareil, rassurer la famille, se cacher? Différentes stratégies sont exposées dans le détail.

 

- A part ce qui est arrivé à Gregor, le reste du texte reflète une vie normale autour de Samsa. Les réactions hostiles et violentes du père, de la mère, de la sœur etc.… sont banales étant donné la situation.

C’est là ce que l’on peut dire de la première partie, surtout événementielle : les réactions de Gregor à sa métamorphose, l’arrivée du chef de bureau, les appels de la famille précipitent l’action.

Gregor réussit à ouvrir la porte provoquant un affolement général. Chassé, enfermé dans la chambre, il a été blessé, le père lui a écrasé une patte.

On dit que c’est un « insecte monstrueux » et on ne dit pas quelle est sa taille. Il est assez grand pour se hisser jusqu’à la serrure et regarder au travers.  Comme un enfant de trois ans environ, dirais-je.

 

 

La partie 1 installe le décor et donne à voir les péripéties immédiates inhérentes au violent changement de situation dans cette famille Samsa, la partie 2 voit l’action se ralentir.

 

La métamorphose est ici un mode de vie différent.  Elle n'est pas traitée comme dans  des contes et légendes où c' est une intervention visant un but. Gregor n'a pas été changé en insecte par un ennemi, ni par une bonne fée, pour être protégé de ses poursuivants; il n'est pas devenu repoussant pour éprouver l'amour d'une jeune fille.

Il  ne va pas reprendre sa forme initiale. Il restera comme il est. Dans les contes, on dirait " c'est un faux héros".

 

Gregor s' adapte : dans sa nouvelle position, il doit changer sa façon de se déplacer, d’appréhender les lieux, de voir sans être vu. Les objets ordinaires prennent une grande importance : le verrou, la serrure, le lit, la porte.

Gregor prend du  plaisir, pendant cette période : à regarder par le trou de la serrure, à marcher le long des murs, à écouter sa sœur jouer du violon. J’insiste sur le fait, qu’en dépit de sa terrible infortune, il prend du plaisir depuis le début. D’abord,  à terroriser sa famille par son apparition monstrueuse… hélas pour lui, il ne s’est pas déguisé ! C’est du réel…

Sa sœur nettoie la chambre chaque jour ( il reste caché), et lui donne à manger. Il  se nourrit en suçant des aliments  qui l’auraient rebuté autrefois.

L’insecte-homme ne ressent plus comme avant «  il semblait étrange à Gregor que parmi les divers bruits du repas, on ne distinguât jamais que celui de leurs dents en train de mâcher, comme s’il fallait montrer à Gregor qu’on avait besoin de dents pour manger, et que même avec les plus belles mandibules on ne pouvait arriver à rien ».

Tout ce qui n’est pas la chambre, devient pour lui un au-delà susceptible d’être évoqué, sans plus.

Hélas, un jour, la mère et la sœur décident de vider cette chambre « qui ne sert plus ».Pendant l’opération Gregor doit rester caché mais il se précipite sur une affiche à laquelle il tient beaucoup et s’y colle : elle représente une  femme vêtue d’un manteau de fourrure. Il adore cette fourrure… le symbole sexuel me paraît évident.

 

Gregor est sévèrement puni. ..

 

Partie 3 Il ne cesse de décliner  tandis que sa famille prospère, comme s’il fallait qu’il s’efface pour leur permettre un épanouissement ! Grete travaille come vendeuse et prend des cours, la mère fait de la couture pour un magasin, le père est devenu huissier de justice. Cette partie est profondément tragique. On n’a plus envie de sourire…

Une nouvelle apparition de Gregor  aux siens (il y en a une pour chaque partie) va  lui être fatale.

Du temps de Gregor, qui faisait vivre toute la famille de son salaire, le père était un homme vieilli » cet homme qui autrefois restait terré au fond de son lit épuisé  lorsque Gregor partait en déplacement … ) à présent il porte un bel uniforme bleu, un peu raide, avec des boutons dorés comme en portent les huissiers de banque » ; c’est ainsi que Gregor se fait avoir. Son père tout ragaillardi est capable de le poursuivre et de lui lancer un projectile.

  Quelle sorte d’insecte est Gregor ?

Qu’est-ce qui ressemble à un insecte  et qui a pourtant en soi quelque chose de  l’humanité ?

En septembre 1912, Kafka va marier une de ses   sœurs : Valli ; en novembre, une autre sœur Elli, sa cadette met au monde un enfant, le premier de la génération suivant celle de Kafka. Pendant cette période, il écrit la Métamorphose…

 

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 13:02

 

Circonstances entourant l’écriture de l’œuvre.

Commencé en 1914, au moment de la rupture de ses fiançailles avec Felice Bauer. La famille de cette jeune femme considère cela comme un délit et le convoque en présence d’un avocat, pour le forcer à se marier tout de même.

C’est ce que dit Elias Canetti dans » l’Autre procès » . Ces circonstances ont fourni à Kafka un argument, mais si nous disons qu’il a fait ici son propre procès, nous réduisons la portée du roman.

 

Inachevé, le Procès ne peut être résumé. Surtout que j’ai toujours été incapable de faire des résumés.

Le début et la fin sont entièrement rédigés et « finis » ; mais les chapitres intermédiaires pourraient être mis dans n’importe quel ordre. De son vivant, Kafka fit publier «  La cathédrale ; devant la loi » sorte d’apologue qu’un prêtre raconte à Joseph K. visiblement pour lui signifier quelle est sa place dans le monde et surtout quel sens peut avoir sa vie.  Ce chapitre est placé presque toujours en avant-dernière position.

La traduction à laquelle je me réfère est celle que fit paraître Bernard Lortholary en Garnier-Flammarion, en 1983 ; c’est lui qui a rafraîchi la traduction du texte, lui donnant une nouvelle interprétation différente de celle de Vialatte. Dans la préface, le traducteur dit avoir été frappé

Par le fait que le Procès est fait « d’un certain nombre d’hypothèses fragmentaires ». Lortholary a également insisté sur le fait que Vialatte, dont la traduction faisait foi jusque là, n’a pas suffisamment pris en compte l’aspect comique du Procès. C’est donc à une autre relecture que Lortholary nous conviait ? Que je ne fais qu’aujourd’hui !

Depuis lors,  l’encre a encore coulé à propos de ce Procès….

 

On ne peut  lire le Procès naïvement, lorsque l’on a pris connaissance d’n certain nombre d’avis et de textes sur le sujet. On ne peut pas non plus se rappeler toutes les lectures que l’on fit et qui influencent la nôtre. On  ne peut pas en faire une lecture vierge. On voudrait bien tenter de se poser des questions pragmatiques, tenter de jouer le jeu, sans oublier la portée symbolique…

On fait tout de même.

L’incipit «  Il fallait qu’on eût calomnié Joseph K. car un matin, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté ».

On se demande  qui est ce narrateur qui nous informe là.

Joseph K. est victime d’une « arrestation » comme nul n’en a jamais vue : deux messieurs frappent à sa porte et entrent (pourquoi n’est-ce pas fermé à clef ?) dans la chambre qu’il occupe chez sa logeuse, et le prennent au saut du lit pour lui signifier ladite arrestation ; ils ne possèdent aucun mandat d’arrêt, aucun chef d’accusation, et pas d’uniforme ( des messieurs en costume de voyage…)mais ils connaissent le nom de Joseph K. Ce dernier affecte de prendre les choses à la légère mais cette intrusion le désempare tellement qu’il se laisse manger son petit déjeuner  par les intrus, ne sait plus comment s’habiller, voudrait téléphoner au procureur Hasterer( un véritable ami…) puis y renonce et ne le fera jamais.

Les deux messieurs ( les gardiens)un soi-disant lieutenant, et trois jeunes gens de la banque où il travaillent, réussissent ainsi à l’importuner. K. pense que c’est une plaisanterie mais il est décidé « à jouer la farce jusqu’au bout ».

Or, ce sera une farce tragique. Un an après jour pour jour, K. habillé de noir attendra «  deux messieurs » qui l’emmèneront aux confins de la ville pour l’exécuter. «  Deux acteurs de seconde zone » notera-t-il. Il ne fera rien pour se défendre, acceptera d’aller avec eux et leur facilitera la tâche.

 

Entre ces deux événements, Joseph K s’occupe de son affaire :

Il est appelé au téléphone pour se rendre à un interrogatoire,

Le juge se trompe sur son métier, ignore son nom, mais K. parait tout de même être attendu. Il se plaint de la justice et refuse d’être interrogé. On lui dit qu’il se prive «  d’un interrogatoire ».Il fait un discours devant un auditoire en ignore la portée.  La semaine suivante, il revient, au « tribunal », se trouve mal et deux employés le conduisent dehors.

Il est témoin d’une correction donnée à la banque où il travaille par « un bourreau » aux deux gardiens qui l’avaient arrêté.

Ce spectacle se répète chaque fois qu’il ouvre ce petit cabinet à la banque, d’où le fait qu’il renonce à l’ouvrir à nouveau.

Son oncle qui a appris son procès lui recommande un prétendu avocat, Maitre Huld toujours au lit et atteint d’une mystérieuse maladie. Il décrit les principales requêtes à effectuer pur le procès tout en soulignant qu’elles sont aussi nécessaires qu’inutiles.

K. se laisse distraire par Leni la jeune maîtresse de l’avocat. Il obtiendra aussi l’adresse du peintre du tribunal Titorelli. Ce dernier lui apprend que l’acquittement n’est pas possible, qu’il peut seulement faire traîner son procès. A condition de s’en occuper sans cesse.

Enfin après avoir retiré son affaire au juge, il va dans une cathédrale pour retrouver un italien, selon le directeur de la banque, il doit la lui faire visiter. C’est un prêtre qu’il rencontre et qui l’appelle par son nom : il se désigne comme l’aumônier des prisons et lui dit l’apologue « devant la loi » sorte de définition de la condition humaine qui s’achève sur une pointe : un gardien est là pour surveiller la porte de la loi afin que l’homme soit dissuadé d’y pénétrer et fer me la porte à sa mort «  car cette entrée seule lui était destinée ». K. semble dégoûté d’une existence  passée à attendre l’issue de son procès. Aussi, un an plus tard, il se laisse mener et décapiter par les eux messieurs qu’il attendait et arrivent curieusement bien qu’il n’ait pas été prévenu.

Joseph K est interpellé, importuné, par plusieurs personnes qui connaissent son nom, alors qu’elles n’ont aucune raison pour cela.

Il est accusé on ne saura jamais de quoi ni par qui. Les personnages rencontrés et désignés comme faisant partie du tribunal ne sont guère convaincants comme tels. On ne sait jamais de quoi on parle. K. s’en soucie de moins en moins. Il  déclare plusieurs fois devoir prouver qu’il  est innocent. Mais de quoi puisqu’il n’a pas vu dans les événements de sa vie ce qui était susceptible d’être litigieux, et par rapport  à quoi ? Il n’est pas plus coupable  qu’innocent.

Ce procès est  à la fois abstrait et tout plein de détails hyperréalistes.

Nous ne voyons les choses que du point de vue de Joseph K. Lorsqu’un autre narrateur arrive il adopte le point de vue de K.  Ce serait au lecteur d’interpréter et de commenter.

Les détails grotesques et ridicules étonnent de la part de K. qui est si sérieux.  Les personnages n’ayant aucune consistance, aucun passé, même pas Joseph K,  il faut compter cependant sur ces détails qui donnent au procès sa singularité.

Relevé de quelques détails : le tribunal siège dans des greniers irrespirables pleins de poussière , de papiers, où  peu importe ce qu’on écrit, pourvu qu’on écrive (c’est l’avocat qui le dit !). Des requêtes sans objet, car on ne se préoccupe pas d’accuser de « quelque chose » ; le fait se suffit à lui-même.

Bloch l’accusé type,  son alter ego,   lui apprend que la vie d’un accusé est faite d’humiliations de servilité et que «  le procès «  remplit la vie toute entière comme une maladie grave. Le  procès, c’est la vie…

Un avocat  vous reçoit au lit cloué par une maladie mystérieuse, et à qui une maîtresse, sans doute mineure, apporte sa soupe devant les accusés.

Dans la salle du tribunal une femme lave du linge d’enfant dans un baquet. On dit que c’est la femme de l’huissier et c’est la femme de tout le monde au tribunal ( Leni aussi…)

Cette salle a tout d’un théâtre, mais les spectateurs sont  des vieillards à barbe blanche.

Deux gardiens se font rosser dans un débarras à la banque où  travaille K. Scène magique obsédante qui se produit chaque fois qu’il ouvre la porte.

Donc la justice est vraiment en dessous de tout, et Titorelli le peintre donne de l’artiste une idée caricaturale. Les femmes du tribunal sont toutes des putains (femme de l’huissier, Leni, fillettes qui ont leurs entrées chez Titorelli) le nommé  Bloch donne une idée navrante de l’accusé, soumis et rampant.

Si  la justice comme on la comprend fonctionnait, le peintre et  l’avocat pourraient être accusés de détournement de mineures ( Leni la maîtresse  de l’avocat, et les fillettes du peintre sont bien trop jeunes…).

L’aumônier des prisons seul,  raconte une histoire susceptible d’intéresser Joseph K. On  peut penser que c’est une mise en abîme du Procès. L’homme de la campagne, c’est lui, Joseph K. Il a rencontré « la loi » sous la forme d’un gardien qui suggère un lieu au-delà de lui, et prétend qu’il faut une autorisation pour y entrer. Le gardien fait la loi, comme les gardiens venus arrêter Joseph K lui ont dit que  la loi existait, pour lui Joseph K. à compter de ce matin-là, où ces messieurs sont arrivés. Et la vie de Joseph K. sera comme celle de l’homme de la campagne, dépendante de  la loi. Lorsqu’il meurt, on ferme.

La grande porte de la loi est toujours ouverte

Cette entrée  t’était seule destinée.

Entrer dans  la loi serait donc la seule chose susceptible de donner un sens à la vie ? Mais entrer dans la loi, c’est  inimaginable, parce que la loi n’est  pas localisée quelque part. Aussi l’homme ne voit-il que son représentant ( le gardien) et une vague lumière au-delà. Si on ajoute foi à la parole du gardien, on se tient devant comme devant un objet sacré à contempler, et on attend, sachant que rien n’arrivera que la mort, au bout d’un certain temps.

Si l’on s’irrite de rester devant un gardien, que l’on ne trouve pas cette contemplation satisfaisante, on se dit : celui-là  qui pose  un interdit, une limite à ne pas franchir, c’est un baratin bien connu, mais pas suffisant, car pourquoi serait-il interdit d’entrer ?

Les interdictions d’entrer se font par rapport à des lieux concrets. Donc cela ne vaut pas pour «  la loi ».  Pour  se rendre compte de ce qui est au-delà, il faudrait vérifier qu’il y a quelque chose, il faudrait  s’en prendre à ce gardien. C’est le seul obstacle visible.  

En ce qui concerne Joseph K., il n’imagine pas s’en prendre au gardien, et ne veut pas attendre la mort, sans autre forme de procès que celui présenté par Bloch et le prêtre.

Il opte  pour une fin précipitée.

 

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 23:33

sieclelumiereFolio, 1990.

1ere publication en 1962.

 

 

Ce titre qui désigne le 18eme siècle européen gouverné par la raison, est ironique ; on ne verra que des lumières s’obscurcissant.

C’est le seul roman historique de Carpentier qui veut montrer les effets de la Révolution française importée  dans les Caraïbes.

L’action débute en1789, et s’achève à l’insurrection des espagnols contre Napoléon en 1808.

Un action très riche en péripéties de toutes sortes, qui vous emmène de Cuba à La Guadeloupe, de Paris à Bayonne, de Pointe-Pitre à Parimambos, de la Havane à Madrid, en passant par la bagne de Cayenne, et j’en oublie…

Le roman débute par un prélude non daté mais que l’on pourra aisément resituer à la lecture du livre. Ce texte consiste en rêveries sombres d’un narrateur désenchanté, sur un navire, la nuit, à propos de « la Machine » instrument qu’on reconnaître aisément ( mais qui est aussi métaphore de l’Histoire ).

 

Ensuite, nous  sommes à la Havane, vers 1789. Trois adolescents, Sofia,  Juan  et Esteban viennent d’enterrer le père des deux premiers et oncle du troisième.  Ils vont vivre un temps dans la grande maison familiale, seuls, dans un hui-clos. Les domestiques s’occupent d’eux et du commerce des grains que l’adulte a laissé en plan. Vie trépidante, pleine de rêveries, de lectures  et d’expériences enivrantes, de théâtre et carnaval improvisé.  Le paradis prend fin avec l’arrivée de Victor Hugues commerçant à Port au Prince, qui s’installe chez eux en père et grand frère en même temps.  Victor Hugues leur plaît car il ressemble à un aventurier. Il se met à gérer leurs affaires, une bonne chose, car ces jeunes rêveurs se laissaient ruiner sans le savoir. 

Les jeunes gens s’ouvrent à une vie sociale, gagnent une sorte de maturité.  Sofia délaisse son cousin pour l’homme fait,pas vraiment contente mais fascinée tout de même. Les adolescents érpoouvent des sentiments ambigus pour Victor, mais dans l’ensemble, une admiration éperdue domine.

Le but de Victor Hugues,  qui est de les gagner à la cause révolutionnaire qu’il est décidé à importer dans les Antilles, semble gagné. Le quatuor quitte la Havane pour Santiago, par les voies navigables. Esteban est fasciné par l’aspect fantastique du  réel végétal, de la nature luxuriante, presque autant que par l’action sociale…

 

C’est pour moi une relecture que ce Siècle des Lumières, et je le trouve toujours aussi réussi. Roman complexe et ambitieux qui traite plusieurs sujets, l’engagement politique de l’artiste , les événements de la Révolution française et leur impacts aux Caraïbes ( comment faire pour que la Révolution soit  plus qu’une fête ou un mythe, comment faire pour que la pouvoir  n’avilissent pas ceux qui s’en emparent ?) , la formation des jeunes gens ( Esteban et Sofia) leurs évolutions, espoirs, déceptions , mûrissements, régressions ; des descriptions magnifiques, de la nature  ( c’est là qu’on se met à l’aimer), des mouvements de foule, des mouvements d’âme ; la transformation réussie de Victor Hugues, qui a réellement existé, en un personnage de fiction, sans compter des histoires d’amour pas du tout mièvres et très bien rendues. Dans l’ensemble, une écriture superbe.

 

 


 

Lu dans le cadre du" mois cubain" organisé par Cryssilda et Lamalie

  Le mois cubain

 

 

 

Alejo Carpentier ( 1904-1980)


De père français et de mère russe, Alejo Carpentier n’en passa pas moins son enfance à La Havane, et les Caraïbes sont sa vraie patrie. Cependant, il émigre à Paris et découvre la culture européenne, en particulier le mouvement surréaliste , auquel il collabore, et qui enchante sa jeunesse. Les quelques années qu’il passe à  Cuba, dans les années 20, en tant que  journaliste, il les vivra  dans les prisons du dictateur Machado. Ses séjours à Cuba le mèneront fréquemment à l’exil, jusqu’en 1959, où il devient ministre des affaires culturelles sous Fidel Castro. Cependant, plusieurs de ses romans dénoncent la tyrannie (comme celui que je viens de chroniquer) et c’est souvent à Paris qu’il les écrit.

Carpentier est aussi un musicologue émérite qui écrivit un ouvrage sur la musique cubaine et un roman ( Concert Baroque) se déroulant à Venise au 18eme siècle.

Il obtient le prix Médicis étranger en 1979, pour « la Harpe et l’ombre » un roman qui se situe aussi à l’intersection du Nouveau Monde et de l’Ancien. Car le héros en est Christophe Colomb, reconstitution et interrogation sur cette figure historique. Je lirai probablement celui-là d’ici la fin juin.  

On lui a célébré des funérailles nationales à Cuba en 1980, en dépit de ses critiques contre les régimes de dictature latinos, particulièrement évidentes dans son roman, le Recours de la méthode...

Sources : Encyclopédie Universalis, édition 2007.


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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 13:27

 

le Malheur indifférent   Texte de 1977, lu en 1988, relu à présent.

 

      L’écrivain narre la vie de sa mère, utilisant le pronom « on » pour la désigner, sans ironie, car il s’agit d’une histoire tragique. «  On » c’est pour signifier son peu d’identité. Ensuite, ce sera « elle » lorsqu’il aborde cette période de sa vie où elle commence à travailler moins, à avoir du temps libre.

C’est  de devenir elle-même qu’elle périra, lorsque son individualité commencera à la gêner.

Handke hésite entre les « formules frappantes » , le récit documentaire neutre , des descriptions d’instantanés, et  la narration linéaire, se demandant comment l’écrire, cette vie qui s’achève par un suicide , et que, six ou huit mois après, il va s’employer à retracer.

Inutile de se plaindre que je « spoile ». Handke annonce d’emblée l’issue fatale.

La vie de cette femme fut tristement banale..

Je me  souviens dans »la femme gauchère » du personnage de femme traductrice d’ »un cœur simple » de Flaubert. La mère d’Handke, telle qu’il l’a pressentie, ressemble à cette Félicité qui avait ému la femme libre qu’était la traductrice.

Le personnage de la traductrice jouissait d’une liberté dans le couple, pouvait  exprimer une agressivité contenue, avait une aptitude à gérer les conflits, le droit de quitter son conjoint lorsque cela n’allait plus, sans provoquer de catastrophe, ni cesser toute relation avec son « ex ».

La mère de Peter Handke n’a rien connu de tout cela. Elle fut la victime du sort épouvantable réservé aux femmes dans les milieux modestes, en l’occurrence celui des cultivateurs pauvres, et des petits propriétaires en Autriche, au début du siècle. Elle a feint de supporter son sort, sans oublier ses désirs, autres que ceux de ses consœurs , et que, probablement, elle retrouva intacts et non réalisables à la fin de sa vie.

L’auteur fut son fils naturel, et elle dut épouser un autre homme, dur, alcoolique, et avoir d’autres enfants. De cette place de fils naturel qu’il occupe, l’auteur peut se rendre compte à quel point cette vie de famille fut inauthentique.

Ce n’est pas seulement que le monde ait été indifférent ( gleichgültig ?) à cette femme, c’est qu’elle est devenue indifférente à elle-même, et habituée à tenir le faux-semblant pour le vrai. Lorsque les contraintes auxquelles elle se soumettait, le semblant qu’elle assumait, n’ont plus eu lieu d’être, il ne lui est  rien resté.

Peter Handke n’est pas à ce moment là ennemi de l’indifférence. Impersonnalité, et indifférence à soi, sont présentes dans son œuvre. Il y cherche non seulement une écriture, mais une éthique. Plus tard, ce sera seulement une mise à distance.

Ici, il se demande comment supporter cette approche de la vérité à travers un cas négatif. Une vérité qui ne mène à aucune découverte réelle. Ce livre n’explique pas le suicide de sa mère. Il suggère seulement des hypothèses. Dont la principale : elle a voulu garder( ou acquérir) sa dignité en se suicidant.

Surpris et éprouvé par cette mort, il n’ignorait pourtant pas qu’elle fût possible. Sa mère lui en avait déjà parlé. 

La littérature autrichienne a beaucoup souffert aussi, pareillement écrasée, venue tard au monde, souvent confinée à la description de paysages de montagne. Tenue pour médiocre par l’Allemagne, elle engendre des écrivains révoltés privés d’expression, qui deviennent écrivains dans le dépouillement comme l’auteur lui-même.

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 10:00

 

  Relecture.

Hedda Gabler, pièce en quatre actes.

Composée en 1890.

 

Hedda vient d’épouser Georges  Tesman professeur d’histoire. De retour chez eux, elle trouve George pantouflard et ne s’intéresse pas à ses  recherches historiques non plus qu’à sa personne.  La tante Julie qui vit ave ceux, ennuie Hedda avec ses  manières envers Georges, raisonnables, maternelles, et puériles.

Son ancien amoureux Lövborg vient d’écrire un très bon livre avec l’aide de Théa Elvsted une amie qui lui sert de secrétaire. Jouer un tel rôle ennuierait Hedda profondément, mais elle est tout de même jalouse de Théa et va s’employer à faire chuter l’idylle entre lui et Lövsborg qui se laisse faire.

Elle le pousse à boire, alors qu’il avait cessé. Il finit par accompagner Georges au bistrot avec le conseiller Brack , envers qui les Tesman ont des dettes et qui a proposé à Hedda de coucher avec lui pour les effacer.

Au cours de cette nuit de beuverie, Lövsborg perd son manuscrit  que Georges récupère et qu’il donne à Hedda. Elle le jette au feu «  je brûle ton enfant Théa ! » . Hedda est enceinte pour de vrai mais cet enfant est de George, et elle n’en veut pas.

Hedda crie tout le temps qu’elle s’ennuie ; elle est vouée à l’ennui…

Elle donne à Lövsborg le pistolet du Général Gabler son défunt père,  pour qu’il se tue. Il se fait tuer…

Ayant tout détruit de Lovsborg et de Théa un peu trop facilement  pour croire vraiment  avoir joué un rôle, elle contemple le résultat : Théa devient la secrétaire de Georges ; ils essaient de réécrire le livre de Lövsborg d’après ses notes.

Hedda subit un nouveau chantage de la part de Brack.  Elle reçoit le conseiller à coups de pistolets, sans le tuer, puis ne voyant plus d’issue, retourne l’arme contre elle-même.  Les derniers mots sont de Brack «  Cela ne se fait pas ».

 

Hedda ressemble à une femme entourée de gens faibles et ennuyeux. Pas à son niveau. A moins que ce ne soit le contraire?

 

Ce n'est pas clair.

 

 

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 00:54

 

Le Neveu

 

Folio 120 pages

1ere publication 1982.

 

      Ce roman est autobiographique, car l’auteur s’y met lui-même en scène pour nous emmener d’abord dans une clinique où il se remet d’une opération du poumon, au Baumgartnerhöhe dans les environs de Vienne. Son ami Paul Wittgenstein est lui aussi hospitalisé dans l’établissement de soin adjacent le Steinhof, qui est un hôpital psychiatrique.    

 

Le narrateur hésite à aller rencontrer Paul que pourtant il chérit, vu les circonstances difficiles qui pourrait rendre cette entrevue pénible.

 En fait, ils se verront deux fois, et peu de temps avant d’être "libérés" tous les deux.

Ce début en univers concentrationnaire est fort sombre, mais pour la suite du récit, l’auteur nous transporte dans les cafés qu’il fréquenta avec Paul, et dans des lieux extrêmement divers.

 

Si le récit est d’abord pathétique, quoique relaté froidement, la suite comporte quelques passages humoristiques lorsque l’auteur évoque les cérémonies ratées à l’occasion de deux de ses prix littéraires ; il nous fait rire aussi en brossant au vitriol quelques portraits de convives dans les cafés de Vienne, et  d’autres personnes, tels ce couple de musicologues subitement atteints du syndrome du « retour à la nature » qui abandonne tout rapport à la musique et à l’intellect pour se transformer en agriculteurs.

 

Le titre fait évidemment songer au Neveu de Rameau. Il ne s’agit pourtant pas ici d’un dialogue entre le philosophe et le « fou » à propos de quelques sujets d’importance. L’auteur et Paul ont bien plus de points communs.

D’autre part, l’auteur n’est pas plus philosophe que son ami Paul, et ils le sont un peu l’un et l’autre.

Le neveu de Rameau n’était fou que dans le sens de la bouffonnerie et de la marginalité. Paul est également fou au sens premier du terme, il souffre de psychose, avec des symptômes graves.

L’auteur partage avec lui l’amour de la musique, la marginalité, certains symptômes délirants, et la critique féroce de la société dans laquelle ils vivent.

 Thomas Bernhard développe un monologue sans chapitre, avec d’importants ressassements, comme à l’ordinaire, dans ses récits, mais ce roman ne fait pas partie de ceux dont la lecture peut-être considérée comme difficile. Malgré l'affirmation de sa personnalité, ( autodestruction et vouloir-vivre) qui occupe l'espace du récit Bernhard réussit à nous faire sentir la présence de Paul et à mettre en scène leur complicité et leurs débats.

 

 

Les Wittgenstein sont une famille d’entrepreneurs et de mécènes. Paul en est plus ou moins la brebis galeuse, mais il a plus d’un point commun avec Ludwig «  Ludwig c’est sa philosophie qui l’ a rendu célèbre, l’autre Paul peut-être plus fou, mais il se peut que nous croyions du Wittgenstein philosophe que c’est lui le philosophe que parce qu’il a couché sur le papier sa philosophie et pas sa folie, et que nous croyions de l’autre Paul, que c’est lui le fou, que parce qu’il a refoulé sa philosophie au lieu de la publier, et n’a exhibé que sa folie. Tous deux étaient des être extraordinaires et des cerveaux tout à fait extraordinaires, l’un a publié son cerveaux l’autre pas ».

 

Bref nous devons considérer les êtres au-delà des rôles qu’ils sont contraints de jouer, sans pouvoir en faire l’impasse, car il n’est possible d’exister qu’à l’aide de ces rôles, non sans s’en défendre…

Ce récit peut se lire en même temps que ses autobiographies ( L'Origine, la Cave, le Froid, le Souffle, publiés de 1978 à 81 juste avant celui-là). Cependant, relire plusieurs oeuvres de Bernhard à la suite ne me convient pas vraiment.

 

J’ai voulu en savoir davantage sur Paul Wittgenstein, et n’ai pas trouvé grand-chose sur Internet ni ailleurs.

Toutefois, j’ai trouvé des propos fort intéressants sur Wittgenstein sur ce site :

 

http://remue.net/revue/TXT0110lecerf.html

 

 

Christine Lecerf , auteur de «  Carnets de bord pour "Wittgenstein, la philosophie incendiée" écrit :

 

« Il est vrai qu’il a fallu attendre Thomas Bernhard et son génie du paradoxe pour restituer à Ludwig Wittgenstein ce qu’il avait toujours fui parce qu’il y était cruellement attaché : une famille, un foyer extraordinaire de contradictions, où se côtoyait le conformisme et l’extravagance, l’attachement à la tradition et le culte de la modernité. J’ai vérifié. Paul, le neveu de Wittgenstein, a vraiment existé, c’était le fils d’un frère de Karl Wittgenstein, le père de Ludwig. Dans cet esprit génial, gagné par la folie faute de pouvoir s’exprimer, Bernhard a cristallisé la tragédie dorée des fils Wittgenstein : étouffer sous sa propre richesse.’

 

Le neveu Paul était donc en fait pour Ludwig un cousin issu germain. Ce qui d’ailleurs n’a pas si grande importance. Lisez tout ce qu’écrit Christine Lecerf, ça en vaut la peine !

 

Thomas Bernhard est l’auteur du mois de novembre choisi par Sibylline sur Lecture-écriture

 

 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 21:17

                                                

 

Edtions Faber paperback 1972, 258 pages                                                 

Gallimard ( L'Imaginaire) 2007, 271 p

 

 

 

C’est un des livres les plus anciens de ma PAL. Il m’attend depuis 1974, et j’en lisais de temps à autre quelques pages, sans comprendre suffisamment. Ma lecture était toujours longue et laborieuse. Mon anglais n’est pas fameux et la langue américaine m’est encore moins familière.

J’ai fini par acheter  une  traduction à laquelle j’ai eu hélas souvent recours.

C’est donc la seule œuvre de type romanesque de Sylvia Plath, écrite un an avant sa mort en 1962 .

 

Elle s’y met en scène sous le nom d’Esther Greenwood, jeune étudiante de dix-neuf ans, venue à New-York , après avoir gagné un concours organisé par un magazine, pour lequel elle a composé des poésies, histoires, et slogans publicitaires. Elles sont une douzaine de jeunes lauréates qui vont travailler à la rédaction du magazine pendant quelques semaines. Travailler pour tenter d’être admises au cours d’écriture organisé par un écrivain célèbre au mois d’août.

Mais Esther qui n’a jamais quitté  sa Pennsylvanie natale se trouve prise dans un tourbillon de sorties de soirées dansantes décevantes avec sa copine Dorreen et des types de rencontre bêtes et méchants… cela convient à sa nature exubérante mais pas à son esprit critique. Le magazine en question ne donne pas dans la littérature et elle se sent aussi dépaysée intellectuellement.

D’entrée de jeu, la narratrice éprouve un malaise encore plus sérieux ; le roman s’ouvre sur l’exécution des Rosenberg ( nous sommes à la fin du printemps 1953) qui terrifie Esther. Elle ne sait pas grand-chose de ce couple maudit, c’est l’idée de l’électrocution qui la torture…

Puis elle se sent vide comme aspirée par la fameuse cloche de verre qui la menace et revient comme un leitmotiv tout le long du texte.

E n même temps qu’elle évoque de façon très imagée, vive, cocasse, humoristique, les événements de ce mois new-yorkais,  elle revient à son jeune passé ( disparition du père ; déception sentimentale avec un étudiant en médecine particulièrement buté ; conflits avec sa mère ;

et cette curieuse expérience en montagne où, débutante,  elle s’est précipitée sur une piste de ski dangereuse, sachant qu’elle allait tomber et éprouvant une sensation enivrante…)

 

«  The thought that I might kill myself  formed in my mind coolly as a tree or a flower.

… people and tress receded on either hand like the dark sides of a tunnel as I hurtled on to the still, bright point at the end of it, the pebble at the bottom of the well, the white sweet baby cradled in its mother’s bell"

 

De retour chez sa mère, Esther apprend qu’elle n’a pas été retenue pour le cours d’écriture du mois d’août. Elle sombre dans la dépression, fait une tentative de suicide sérieuse, se trouve ballotée d’hôpitaux psychiatriques en cliniques où les traitements qu’on lui inflige sont les pires qui soient. Elle ne semble même pas avoir bénéficié d’une psychothérapie, ou alors c’était tellement succinct que cela ne lui a pas laissé de souvenirs…

Ce récit est tout ensemble terrible et comique au second degré : les portraits des personnages et situations comportent une bonne part  de dérision et d’ironie. La plupart des personnages, femmes, hommes, jeunes, vieux, professeurs, psychiatres, femmes au foyer, compagnes de classe, voisines de chambre, boy-friends,  sont ridicules ( descriptions de vêtements bizarres, de posture, de gestes, de répliques sottes) ou affligeants de bêtise. Pas épargnée non plus,  cette auteure, Philoména Guinéa, qui lui est venue en aide, en la transférant dans une clinique moins dure que la précédente :

C’est le monde où a vécu l’auteur,  et elle n’idéalise pas. Nul ne résiste à sa plume, qui l’air de rien, est bien féroce. Souvent aussi, elle engendre de belles métaphores.

 

Un très bon récit…  

 

 

Lu aussi par Titine et Lilly

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 21:51

« Farewell  To My Lovely », 1940.

Disponible en folio-policier.

Mose Malloy, bagnard cambrioleur, deux mètres et cent vingt kilos, recherche Velma, son ancienne amie, chanteuse du cabaret « Le Florian ».  Il vient de purger une peine de huit ans de prison. Le patron du night-club  qui prétend ne pas pouvoir lui donner de renseignements, en perd la vie illico. Philip Marlowe assiste à la scène et prend en sympathie Malloy toujours amoureux de la femme qui l'a vendu à la police afin de s'en débarrasser. Il décide d'aider l'ex-bagnard.  

Le lendemain il  se rend chez la veuve Florian, ne réussit pas à la faire parler. De retour à son agence, il est embauché  par  un certain Lindsay Mariott qui veut racheter moins cher qu'il ne vaut,  un collier de jade volé à son amie. Cet homme a rendez-vous pour la rançon dans une combe, un peu à l'écart de Miramar del Vasto où il loge, et veut se faire accompagner par sécurité. Le rendez-vous est pour ce soir...


Ce roman de Chandler est un grand classique  et il est structuré à la perfection. L'action se déroule sur six jours du 30 mars au  6 avril, les événements y sont savamment distribués, sans temps mort ni ennui. Des personnages  interviennent dans l'action à un rythme soutenu.   Nous ne saisissons pas  immédiatement leur  rôle dans l'intrigue :   Lindsay et son collier, Mrs Grayle la riche héritière, Jules Amthor et son indien officiant dans une fausse clinique, le grand chef Lairde Brunette et son bar flottant...

Le  charme de Chandler est dans sa conception très elliptique de la narration.

L'action se produit, de bonnes descriptions l'accompagnent,  on ne comprend rien...mais tout finit par s'expliquer ... et  ces personnages sont fort bien agencés, y compris les petits rôles : l'indien, les  flics marginaux bien disposés «  Hemingway » et  Red que l'on n'oublie pas.


On aime le moment où avant de se faire tirer comme un lapin, Malloy veut embrasser son ancienne amie et lui lance amoureusement «  J'te préférais en rouquine ».


Des deux films qui en ont été tirés, je n'ai vu que le second avec Charlotte Rampling et Robert Michum en 1975. Il est très bon. 


 
 
 
 
 
 
 


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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 00:17

 

 

Dans le cadre du challenge «  lire les classiques », organisé par Marie L , j'ai eu l'idée de reprendre le Grand Meaulnes. Mon édition est de 1967.

Cet ouvrage à l'époque m'avait plu,qu'en penserai-je quarante ans plus tard?


De nouvelles éditions de ce roman ont paru mais je m'en suis tenu à mon vieux livre de poche...


Nous sommes à la fin du dix-neuvième siècle à Ste Agathe dans le Berry, la ville la plus proche étant Vierzon.

Un petit village retranché du monde. On y vit au rythme des saisons, sans référence à une actualité politique et sociale quelconque.

Le narrateur François Seurel vit entre ses parents tous deux instituteurs : il appelle sa mère « Millie » et son père «  monsieur Seurel », voyant chez lui le maître davantage que le père. A 15 ans il est écolier et s'ennuie copieusement, lorsque Augustin Meaulnes un peu plus âgé que lui, devient pensionnaire chez ses parents et va partager toutes ses journées.

Le nouveau a du charisme et devient aussitôt le meneur du groupe, en même temps que l'ami de François.

Bientôt ce garçon disparaît pendant trois jours et revient sans s'excuser ni donner d'explication auprès des parents de François qui ne lui demandent rien.

Meaulne fait la loi aussi chez les adultes.


Il se confie à François : s'étant perdu dans la campagne, il s'est trouvé par hasard mêlé à une fête «  étrange »costumée dans un manoir, et s'est fait passer facilement pour un invité. Il y a rencontré Yvonne la jeune châtelaine qui lui a plu et on peut penser que c'est réciproque. Ainsi que son frère Frantz jeune garçon trop gâté, transi par une déception amoureuse..

Meaulne et François ne vivent désormais que pour retrouver ces deux êtres tellement séduisants, et ce château baptisé tantôt «  le Domaine Mystérieux » tantôt le « Pays perdu » ce qui le fait ressembler au paradis perdu.



Un quatuor de personnages se met en place : François, à travers Meaulne aime Yvonne de Galais et Meaulnes aime également Yvonne mais surtout Frantz ce garçon romantique exalté qui est son double aristocratique. Les deux jeunes châtelains sont attirés par les roturiers comme dans les contes.

 Le côté " conte " tout plein de détails oniriques  et le côté "roman du terroir" avec ses nombreuse notations réalistes se mélangent et forment un assemblage curieux.


Le Grand Meaulnes se lit toujours avec plaisir, il ne manque ni d'agrément ni même de charme.

A 25 ans, Alain Fournier était fort talentueux d'écrire avec cohérence habileté et quelques bonheurs d'expression ce récit qui tient à la fois du roman régionaliste, du conte et aussi, hélas, du mélodrame.



 

 

 

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