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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 23:00

le-Nom-de-la-rose.jpg

 

             Publié en 1980, le premier roman d'Eco fut traduit en français  deux ans plus tard aux éditions Grasset. Il fut un succès de librairie et  reçut le prix Médicis du meilleur livre étranger.

 

Jusque là Eco, professeur de sémiologie à Bologne, n'avait écrit que des ouvrages de critiques littéraires utilisant les découvertes linguistiques, les plus lus étant «  Lector in fabula » et «  « L'œuvre ouverte ».

 

Ce premier récit inaugurait une carrière de romancier prolixe, phénomène rare chez les linguistes. Actuellement, Eco a publié «  La Reine Luana » toujours dans la même veine, mêlant les  genres, aventure, histoire, et intrigue plus ou moins policière. Dans chacun de ses romans ( il en a publié 5 ou 6)  on est sûr de s'instruire sur un sujet donné.


Je lis peu de romans historiques, celui-là pourtant fut un véritable régal. D'une lecture apparemment facile et agréable, il ne s'est pourtant pas donné à moi tout entier la première fois, et, la dernière page tournée, restait une belle promesse. Ce qui est la condition idéale pour une, ou plusieurs relectures, voire pour une lecture attentive avec beaucoup de notes.Ici j'en ai tiré quelques vestiges.


A la fin de sa vie,  Adso de Melk, moine franciscain, rédige un épisode de son adolescence qui dura sept jours et le marqua pour toujours.


En novembre 1327, il accompagne Guillaume de Baskerville,  dont il est le novice, dans une abbaye bénédictine, en Italie du nord. L'ordre franciscain a envoyé Guillaume là-bas pour  organiser une rencontre  entre les  envoyés du pape Jean XXII, et les représentants de l'empereur Louis de Bavière,  qui doivent tenter de résoudre des conflits politico-religieux.

Arrivé à l'abbaye, Guillaume explique au moine cellier comment retrouver son cheval, et lui fait la description de l'animal, qu'il n'a jamais vu, des raisons pour lesquelles il a dû partir, et du lieu où il s'est rendu. Le lecteur reconnaît alors Guillaume pour un détective. Ce passage parodie ouvertement le Zadig de Voltaire. "Baskerville" désigne  aussi  le livre de Sherlock Holmes.

Le lecteur se trouve d'emblée  dans un espace d'intertextualité ludique, contrairement au narrateur Adso qui restera le naïf de l'histoire.


L'abbé Abbon, chef de l'abbaye, qui les reçoit, est affolé : le jeune moine Adelphe d'Otrante a été retrouvé mort au pied de la tour.

L'abbaye comprend une tour carrée dont chaque angle est interrompu par une tourelle octogonale.

Ces données nous orientent vers le roman gothique (Otrante, château, mort mystérieuse...)

Adelphe était enlumineur.

Guillaume s'intéresse vivement au crime, ainsi qu'à la bibliothèque de l'abbaye au-dessous des cuisines, où travaillait Adelme l'enlumineur. Dans le scriptorium, il apprend, du moine Béranger, qu'Adelme s'est jeté du mur d'enceinte et qu'un éboulement l'a fait glisser au pied de la tour.

Avec le vieux Jorge, conservateur aveugle de cette bibliothèque, l'atmosphère est tendue : cet homme ferme sa bibliothèque de l'intérieur, refuse l'accès à certains livres qu'il juge « impies » et qui, par exemple, font l'apologie du rire. Le rire vient du Malin.

Venantius, moine traducteur de grec, affirme, contre l'opinion de Jorge,  qu'il existe un traité du rire dont l'auteur est Aristote.Guillaume confie à Adso qu'il a accepté la mission diplomatique afin de consulter ce livre qu'il recherche depuis longtemps...

Le lendemain un autre moine est découvert  mort, dans une cuve emplie du sang d'un porc tué la veille... et ce n'est pas fini !


La suite de cet article intéressera surtout ceux qui ont lu le livre.


En plus de son enquête,   Guillaume reçoit  les visiteurs dont il doit organiser la rencontre. Parmi eux, Bernard Guidoni, inquisiteur de renom,  s'enchante de ces crimes, et désigne comme hérétiques deux moines de l'abbaye.  Ce personnage est un obstacle de taille à l'enquête, et force Guillaume à  préciser ses idées dans le domaine de l'éthique.

En effet il fut lui aussi un inquisiteur « qui  se trompait » et a révisé ses positions. A présent il est opposé aux actes de bravoure inutiles, et ne défend pas le moine, que Guidoni fera brûler, même s'il le juge innocent.

Au terme des sept jours,  Guillaume  réussit à  faire éclater la vérité sur les crimes de sang, et à en empêcher d'autres, au prix de mille tribulations, mais n'obtient pas ce qu'il désirait avant tout...

Adso reçoit de lui plusieurs  messages à méditer de l'aventure, d'abord un fort penchant pour le scepticisme. La passion de l'assassin pour une vérité unique, son fanatisme, le transforme en antéchrist alors qu'il croit servir Dieu. L'unique vérité est d'apprendre à nous libérer de toute passion pour nous approcher de la  vérité.

Le lecteur est un peu surpris qu'Aristote fasse figure de danger public. Dante, qui était chrétien, le considère comme un de ses maîtres. Mais Guillaume se méfie  des fictions et n'aime pas l'auteur de la Divine comédie. Guillaume a lui aussi ses limites.

Le vieux Jorge est à mon sens le vrai héros du livre, un héros tragique. La machine dramaturgique en œuvre dans le roman, le pathétique, l'émotion (tout ce qu'Aristote exige d'un héros tragique) sont assumés par le vieux Jorge.

Adso de Melk est un personnage secondaire et essentiel. Il a « tout enregistré de ce qui s'est passé » et le redit fidèlement, y incluant ce qu'il ne comprend pas, et même ce qui ne peut l'intéresser, dans un souci d'objectivité. Pour lui donner consistance, Eco lui invente une amourette avec une fille du village.

Le roman est à grand spectacle avec de longues descriptions : scènes vues par Adso sur le portail de l'église évoquant des toiles de Bosch.


Dans "l'Apostille au nom de la rose"( livre de poche biblio), Eco  prétend livrer en même temps que ses réactions  à la sortie du roman, les secrets de fabrication de son oeuvre. Il reconnaît avoir pris Borges pour modèle du vieux Jorge. Ce personnage est très négatif...  

Titre : le nom de la rose, c'est «  tout ce qu'on veut » dit Eco, la « structure ouverte «  du titre. " la rose" est un signifiant "ouvert" qui peut recouvrer  une infinité de  contenus  ( celui qui conviendra au lecteur).

Mais ce n'est pas comme si Eco avait écrit " Sans titre"...

On peut penser à la Rose de Paracelse de Borges (histoire très curieuse d'un alchimiste qui ne veut plus de disciples...).


 Eco explique le choix du  contexte historique :

-Guillaume a reçu les leçons du philosophe anglais Roger Bacon, il le cite et porte des lunettes inventées au treizième siècle.

-Pour que Guillaume, franciscain, puisse se conduire en détective, il faut dit Eco  que « les signes soient interprétés, non pas en tant que symboles, mais en tant que traces du réel ». Cela nécessite que l'on soit au moins au quatorzième siècle, vu l'évolution de la pensée.

-Adso doit pouvoir rapporter les discussions entre Guillaume et les émissaires du pape ainsi que les argumentations théologiques.  Il ne le peut qu'à partir du 14eme siècle.

 On apprend quel conflit divise  alors les franciscains. Les uns «  les petits frères des pauvres »aussi appelés les ordres mendiants,  adoptent une conduite sévère et  vivent dans la pauvreté...Attitude que Guillaume condamne comme fanatisme.

Les trompettes de l'Apocalypse : l'assassin a copié  des détails de ce livre de la Bible, pour perpétrer ses crimes et montrer qu'il exécute la vengeance de Dieu.

Ce petit opuscule est intéressant mais ne répond pas à toutes les questions.


Cela reste un bon livre. Peut-être est-ce à lui que l'on doit cette avalanche de  romans  utilisant l'enquête policière, un contexte historique donné,  et l'ésotérisme, car Eco a lancé une mode.  Certains sont excellents, d'autres, comme les Da Vinci code, ne sont pas du tout à la hauteur...



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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 11:50
Ruth Rendell L’Analphabète.
 

Publié au Masque en 1977, ce court roman bien enlevé porte le titre original «  A Judgement In Stone ». Comme la plupart des romans de Rendell, le titre original n'a rien à voir avec le titre choisi pour plaire au lecteur français. Le titre français met l'accent sur l'impossibilitéde lire, et même de déchiffrer. Le titre anglais sur un châtiment ( jugement) de pierre ( stone). Ce titre ne prend tout son sens qu'à la fin du roman.


Le récit s’inscrit dans la série des thrillers psychologiques, et sur le thème du « serviteur criminel », un genre qui comporte beaucoup de chef d’œuvres parmi lesquels «  Le Tour d’écrou » d’Henry James, « Le Serviteur » de Joseph Losey, " Gosford Park " de Robert Altman, " Mademoiselle Julie" la pièce de... (le nom ne me vient pas, merci de compléter dans les commentaires), mais aussi en français « les Bonnes» de Jean Genet, pour ne citer que les exemples qui me viennent à l’esprit.

J’avoue que je ne serais pas encline à rechercher les  livres  qui mettent en scène le «  bon domestique au grand cœur ».


 Toutes ces œuvres témoignent du conflit entre maître et serviteur, des aspects variés qu’il peut prendre, les frustrations et révoltes  d’une  classe exploitée et humiliée,  s’exprimant, faute de mieux, sous forme de pathologie mentale et/ou vengeance  personnelle.

 

Certes, Eunice Parchmann n’a rien pu lire de tout cela, puisqu’elle est analphabète. Mais elle est l’héritière d’une longue tradition.

Surnommée Vieux Parchemin, Eunice vient d’entrer au service des Coverdale, des bourgeois middle class, qui vivent  dans  une grande propriété à 100 km de Londres dans le Suffolk.

 

Eunice va massacrer toute la famille, c’est ainsi que débute le roman, tout de suite placé sous le signe de l’humour noir. Et souvent, nous trouvons d’ironiques prolepses à propos de chaque personnage : «  S’il avait su qu’une semaine, un mois plus tard, il ne serait pas là pour… », qui indiquent une discrète jubilation du narrateur. Un narrateur qui n’est pas Eunice.

 

Vieux Parchemin a grandi dans un quartier modeste à Londres, et a très tôt souffert de la phobie des lettres et des mots écrits, qu’elle ne déchiffrait pas assez vite au goût des adultes.  Ménagère avant tout, elle s’est occupée de ses vieux parents, avant  de pratiquer l’euthanasie sur son père impotent, un jour de grand ras l’bol.

A quarante ans, « passée maître » dans l’art de mettre à jours les petits secrets inavouables, ayant exercé diverses sortes de chantages chez ses voisins, elle a réussi à subsister.

Grâce à l’une de ses victimes, elle obtient de bonnes références pour se faire embaucher dans une famille qui va bien la loger.

On croit avoir trouvé une authentique servante dans la grande tradition victorienne. Eunice astique, frotte, nettoie. Elle aime tout ce qui est non animé,  sur quoi elle peut exercer une action. Les humains et les animaux, mus par une volonté qui leur est propre, lui répugnent. Les Coverdale attendaient une bonne à tout faire plutôt qu’une employée de maison stylée. Ils envisagent Eunice comme une « machine », parce qu’elle est parfaite.

 

Elle apprécie les séries criminelles à la TV, et, un jour de panne, frustrée de ses feuilletons, elle se balade,  fait la connaissance de Joan Smith l’épicière du village. Joan est évangéliste, fait partie d’une secte  « les Compagnons de l’Epiphanie », qui croit à l’imminence de l’Apocalypse.

 Ancienne  prostituée, elle prend plaisir à se confesser, et  à réciter la Bible.

Par ennui, Eunice accepte de faire des tournées évangéliques avec elle. Eunice est vierge et Joan prostituée repentante : la satire des figures féminines du Nouveau Testament est assez grossière, mais bien tournée. Cet improbable couple féminin tient aussi parce que Joan l’aide à dissimuler son secret (l’analphabétisme) aux Coverdale, parce que Joan cancane sur les Coverdale et Eunice cherche à vérifier ses dires, dans l’espoir de trouver une nouvelle occasion de chantage.

 Les Coverdales ne sont pas de mauvais maîtres. Ils sont seulement conformistes, leurs pensées et actes dépendent  étroitement de  leur appartenance de classe, de ses  marques distinctives, ce qui les conduit  à  interpréter faussement les signes de bizarrerie d’Eunice.

Jacqueline la maîtresse de maison, snob et vaniteuse, sans être méchante, aime que Eunice soit laide, parce qu’elle a le même âge et se sent belle à ses côtés. George, l’époux, PDG plein d’humanité, éprouve de la sympathie pour Eunice, croyant que si elle ne tient pas compte de ses avis écrits c’est que sa vue est mauvaise, et l’envoie chez l’ophtalmo.

On s’étonne néanmoins qu’elle ne manifeste aucune émotion le jour du baptême d’un neveu, né peu après son installation, mais on invoque la timidité.

Eunice ignore que feindre la sympathie pour les maîtres fait partie du service.

 

 Elle apprend que Melinda, la fille de la famille, a un amant et se croit enceinte ; et, comble de malheur, cette Melinda, trop observatrice, a compris qu’Eunice ne savait pas lire, lui confie quelle sait, s’offre à lui donner des leçons. Eunice perd son sang-froid, la menace de révéler sa grossesse supposée à la famille et la traite de sale petite putain.

Elle a tout faux. Melinda raconte tout et Eunice est renvoyée.

Une semaine plus tard le jour de la Saint-Valentin, les Coverdale se réunissent dans leur salon pour  écouter un  Dom Giovanni retransmis en direct à la télévision, spectacle que Melinda enregistre au magnétophone.

Eunice et Joan sont ensemble dans la maison, commencent à s’exciter, font quelques actes de menu vandalisme…Eunice a perdu son emploi, n’a plus rien à attendre de ses patrons, n’a pas de préjugés contre le crime, et Joan ne demande qu’à s’y mettre.


 Quelques jours plus tard, nous comprenons le sens du « Judgement In Stone » : le magnéto où l’on enregistrait Dom Giovanni est retrouvé par la police : on y entend les voix des deux meurtrières menaçant les Coverdale et les coups de feu, en même temps que celles des victimes, des chanteurs, et du Commandeur.


Dans son film, «  La Cérémonie » Claude Chabrol a très bien mis en valeur les dernières scènes.  Le film entier, bien sûr, mérite d’être vu. Les prestations respectives de Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert sont excellentes.

 


A cette occasion, Eunice elle-même se fige comme une statue. Et qu’avait-elle été d’autre qu’une «  statue qui parle » ?

La vengeance est double. Eunice est elle-même le châtiment de ces bourgeois qui ont inconsciemment accepté de courir vers leur perte.

Lorsque Jacqueline lui a serré la main pour la première fois, c’est la main du Commandeur qu’elle serrait sans le savoir. Sa fille Paula, n’a-t-elle pas eu l’impression, en voyant Eunice, de ressentir « le passage d’un courant d’air glacé à vous couper le souffle » ?

 

Et faute d’avoir su déchiffrer «le vieux Parchemin », la famille meurt. 

 

Eunice elle-même est punie par l’existence de l’enregistrement témoin du crime, dont elle ignorait l’existence. Cependant, elle ne cède pas… Après quinze ans de détention, elle n’a toujours pas appris à lire…

 
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22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 06:14
Musil-T--rless.jpgLes Désarrois de l’élève Törless
 
Publié pour la première fois en 1906.
 

Törless a seize ans, il a été envoyé par sa famille dans une école privée de l’Autriche Hongrie orientale «  à la frontière de la Russie » où l’on accueille les riches bourgeois et les aristocrates. L’endroit est désolé et aride. Cette description fait l’incipit du roman.

 

Le nouveau pensionnaire a deux camarades plus âgés que lui, Reiting et Beineberg, qui s’entendent pour échafauder de dangereuses utopies. Beineberg est passionné de philosophie orientale. Son appréhension du bouddhisme lui en fait tirer une morale extrémiste inspirée de l’organisation de la société hindoue en systèmes de castes.Il est persuadé  qu’il faut être indifférent au monde et aux sensations. De ses lectures, il a déduit qu’il existe des êtres inférieurs et des êtres supérieurs. De ces derniers, il estime faire partie. Il se livre à des exercices de méditations et d’ascétisme dans un grenier désaffecté, cachette qu’il partage avec Reiting, et dans laquelle Törless se trouve admis.

Reiting aime surtout les complots et les intrigues pour se désennuyer de l’existence d’interne.

 

C’est lui qui a l’idée de tourmenter Basini, un élève moins fortuné qu’eux, et à priori moins favorisé intellectuellement, de par ses origines modeste.

Il a commis un petit vol et les autres le font chanter menaçant de le dénoncer s’il ne cède pas à leurs caprices.

Ils le torturent, le soumettent à la question, pour obtenir un aveu, usent de violences physiques et morales, et lui font exécuter des actions abjectes et stupides.

Basini semble croire que se dénoncer serait pire que de subir la torture.

Il sait que Beineberg et Reiting peuvent le faire tuer par leurs camarades, aptes qu’ils sont à chauffer le groupe.

Le rôle de Törless est celui d’un observateur. Ses deux amis lui confient leurs projets délirants, l’apprécient  parce qu’il est voyeur de leurs manigances, croient lui en imposer ( ce qui n'est qu'à moitié vrai...) et ne se méfient pas de lui.

 

Avec raison au début, car Törless éprouve un mélange de fascination, dégoût, et curiosité pour ces mises en scène sadiques dans les combles de la pension, huis clos où aiment à se retrouver les adolescents qui  ont décoré le grenier et l'ont plongé dans une obscurité trouée de torches baladeuses,  créant une atmosphère dramatique.

Musil disait avoir voulu faire un livre sur le clair-obscur....
 

Törless éprouve de l’attirance pour Basini, il aura des contacts sexuels avec lui comme ses deux comparses. La sensualité se fixe aussi sur certains gestes et attributs de ses camarades, sur une prostituée de rencontre.

Musil dira que rien n’est plus éloigné de lui que l’homosexualité. A présent ces dénégations font sourire. Il est vrai toutefois que l’homosexualité de Törless est différente de celle du Tonio Kröger de Thomas Mann, autre adolescent célèbre contemporain de Törless.

 

L'objet d’amour de Thomas Mann (lisible dans Tonio Kröger)  est vraiment un jeune garçon, que l’on retrouve dans Mort à Venise, ou les Buddenbrock.

Celui de Musil est sa sœur qu’il n’ a pas connue, personnage central de L'Homme sans qualité.  De cette sœur il est déjà question dans Törless.

 

Lorsque Basini est livré aux autres élèves, Törless se décide à intervenir pour lui sauver la vie. Lui assurant la protection des dirigeants de l’école.

Basini est renvoyé à sa mère, Törless demande à partir. Les deux principaux responsables ne sont pas inquiétés.

L’ouvrage se clôt sur une nouvelle attirance de Torless, pour la philosophie kantienne, dont on ne sait ce qu’il va en tirer.

 

 

Une séquence anticipative dans le roman permet de constater que Torless devenu adulte, et rendant compte de cette expérience de jeunesse à un ami, n'a pas de regret de sa conduite de l'époque qui fut loin d'être acceptable. Car il était complice de ses camarades sadiques, et ce qui le fit intervenir n'est pas une réaction morale ni de la pitié pour Basini, mais seulement le fait que l'expérience ne l'intéressait plus, qu'il avait percé à jour ses camarades.

 

On se demande si Torless n’aurait pas pu devenir, non pas Kant, mais plutôt... Heidegger ?

 

 

Musil a eu de l’ambition dans ce premier roman : il voulu faire œuvre esthétique ( «  un livre sur le clair-obscur » réussi) psychologique ( les complexités de l’esprit de Torless  intéressent encore, malgré que Musil se soit tenu à l’écart de la psychanalyse qu’il détestait, et évite ce langage) et enfin œuvre politique.Il a montré comme il l’a dit plus tard «  les dictateurs in nucléo » en Reiting et Beineberg, et en Törless le philosophe appelé à soutenir le régime nazi, sans conviction, sans état d'âme non plus...

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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 16:30

Gaspard-de-la-nuit.jpgNé le 20 avril 1807, il y a deux cents ans ajourd'hui, sous le nom de Louis Napoléon Bertrand, dans le Piémont, d’un père français, militaire, et d’une mère italienne, Aloysius BertrandJ’aime Dijon comme l’enfant, la nourrice dont il a sucé le lait, comme le poète, la jouvencelle qui a initié son cœur »)  émigra très  jeune à Dijon qui est sa ville d’adoption, et source d’inspiration principale. 

 Tenta sa chance à Paris sans vrai succès. Réussit à intéresser le sculpteur David d’Angers et le grand Sainte-Beuve.

Considéré comme le créateur du poème en prose, il écrit pendant sa courte vie (34 ans tout juste) « Gaspard de la nuit : fantaisies à la manière de Rembrandt et Callot » qui furent publiées en 1842, à titre posthume, avec une préface de Sainte-Beuve.

 

Ce recueil de poèmes en prose fut d’abord intitulé «  Bambochades » et se compose de six livres, qui comprennent chacun 6 à 11 poèmes.

Le recueil le moins cher est actuellement l’édition de Gallimard (Poésie) de 1980, dont on peut encore trouver des exemplaires à 3 euros chez Gibert. Le recueil est pourvu de notes conséquentes et d’une préface de Max Milner.

 

Chaque livre a une unité thématique : « Ecole flamande » (imitation en prose des scènes de genre des tableaux de cette époque) 

«  La Nuit et ses prestiges » (traitement du clair-obscur)

« Espagne et Italie » ( prétexte à des scènes de carnaval où l’on croise des masques inquiétants)

«  Les Chroniques » « Le Vieux Paris » (scènes urbaines) «  et «  Silves »( scènes champêtres).

 

Gaspard de la nuit est aussi le titre du prologue dans lequel Louis Bertrand dit comment il  a rencontré Gaspard,  un  étrange personnage parti à la recherche de l’art et qui a ressenti le frisson poétique à entendre rire une gargouille, une monstrueuse figure de damné attachée au flanc d’une cathédrale et en a conclu « puisque dieu et l’amour sont la première condition de l’art-ce qui dans l’art est sentiment- Satan pourrait bien être la seconde condition-ce qui dans l’art est idée ». Il donne  au narrateur  un manuscrit dont il laisse entendre par des paroles sibyllines qu’il est plein de diableries  avant de s’enfuir en ricanant.

Il a essayé de créer «  un nouvel genre de prose » dit-il dans une lettre à David d’Angers en septembre 1837.

Pour la forme, il s’inspire d’un auteur régional qui restera inconnu, lequel écrivait des poèmes en prose  longs et décousus. Bertrand en a changé la thématique et resserré la forme pour rendre des scènes d’allure énigmatiques où l’essentiel reste implicite.

Ces poèmes prennent place dans le genre de la prose poétique prisée depuis le 17eme siècle et épousent la forme de la ballade à cause de leur division en couplets de 5 à 7. Ils restituent aussi l’atmosphère de ce type de poème par leur tonalité et le langage médiéval.

Le Moyen âge exotique est très prisé par les romantiques et Bertrand exploite cette veine, mais il s’inscrit aussi dans une tradition picturale (« Combien de pinceaux j’ai usé sur la toile »dit Gaspard dans le «  prologue ».

 

1) Rembrandt : «  Faire naître la vague aurore du clair-obscur », savoir traiter la lumière . Cela signifie essentiellement pour Bertrand utiliser l’imparfait ou le présent qui étirent la durée ou figent la scène :

«  Des lampes sont allumées dans les tentes au chevet des capitaines morts l’épée à la main »

(La nuit après une bataille)

«  La nuit et ses prestiges »en  est le morceau de choix le plus souvent cité sans doute le plus réussi.   

 Il se sert des contrastes : rêves, hallucinations visuelles, bruits entendus, magie des apparitions surgies de la nuit, référence aux contes.( Ondine )

Dans cette  célèbre « Ondine » la sophistication du langage se mêle à la spontanéité de l’invocation : «  Ecoute ! Ecoute !c’est moi Ondine qui… »

 

Le fantastique médiéval est lié au lexique autant qu’à la thématique : on recherche le maximum d’archaïsmes. Certains ont reproché à Bertrand l’artificialité de ses poèmes un art trop travaillé et surfait : d’autres les ont loués pour les mêmes raisons : les artifices explicites servent ici à créer un autre monde.

 

Callot : c’est la recherche du grotesque, burlesque et farfelu genres qui créent aussi l’inquiétante étrangeté par d’autres moyens.

«  Les Cinq doigts de la main » sont les membres d’une famille qu’on n’aimerait pas fréquenter. Détails triviaux, humour féroce, macabre.

 

A. Bertrand est un faux romantique : il ne doit rien à l’abandon, à l’épanchement ni à  l’effusion sentimentale.

Il est tout occupé de la forme, pratique l’art de la pointe, le dépouillement la simplicité plus proche de l’esthétique classique. 

 
 
 
 
 
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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 18:52

Rosie-Carpe.jpgCe roman a été publié en 2001 par Marie N’Diaye qui a reçu le prix Femina   pour cette œuvre.

 

Rosie vient d’atterrir à l’aéroport de Pointe à Pitre avec Titi : c’est son petit garçon ; ce pourrait être un chat ou un animal en peluche…maltraité.

 Tout va mal pour  elle qui débarque de France sans un sou. Elle espère que Lazare, son frère aîné, qui possède une grande villa, avec "une piscine  élisabethaylorienne » dans son jardin, va les héberger.

 

Elle n’y croit pas trop,  et nous  encore moins. A t-on jamais vu Lazare riche ?

 

Nécessiteuse, Rosie voit  le luxe insolemment déployé des touristes insouciants aux vêtements bariolés.

 

Elle a honte d’elle-même, de « Titi » mal nourri, mal vêtu. «  Les deux volatiles sans qualités Rosie et Titi ».

Elle est en pleine déréliction : «  elle éprouva l’angoisse qui enveloppait continûment le cœur et l’esprit de Titi, cet effroi morne et secret sauvage qui  ne  trouve aucun apaisement que dans la croyance lugubre, amèrement satisfaite, en l’inéluctable tristesse de la vie »

Rosie  ne fait qu’un avec son enfant. Elle  pense à travers lui, se hait à travers lui…

  Alors qu'elle n'espère plus l'arrivée de Lazare, vers le soir, se matérialise un grand jeune homme noir vêtu d’un polo blanc,  La…grand ,  plutôt que La...zare, qui prend sa valise, et que Rosie doit suivre car elle ne sait où aller ; Elle ressent de la haine pour Lagrand et sa belle voiture, « un jeune homme gâté, quoique convenable, bien élevé, et jusqu’à la nuance de sa peau qu’il semble avoir choisie par coquetterie, pour aller avec la Toyota et les mocassins de daim ».
 

 Je me souviens  de « Rose Mélie Rose » publiée par une autre Marie ( Redonnet) à Minuit,  15 ans plus tôt. C’était  déjà une orpheline qui avait connu la détresse, la dérive, de dures tribulations, jetée seule dans le monde,  sur une île, avec un livre de légendes, à la suite de la mort de sa grand-mère.

 Rosie Carpe  n’a pas eu de bonne grand-mère  ni de légende à se raconter. Aucun passé n’est agréable à Rosie, «  une rose jaune » couleur de la fausseté avec un passé teinté d’une « brume jaunâtre », le souvenir flou d’une existence « safranée »,  excepté son frère Lazare, qui, lui, se souvient d’un magnolia blanc , tandis que  Rosie doit renoncer à « La Guadeloupe, un rêve poudré d’or ».

Car  Lazare ne résiste pas à la confrontation avec  sa réalité guadeloupéenne délinquante, et le seul personnage favorable à Rosie, Lagrand, cesse de l’être, car « noir et blanc » il  ne saura pas nuancer   ni  supporter que Rosie soit une « mauvaise mère » rejetant son fils, comme lui a été abandonné par la sienne. Or, que Rosie soit une mauvaise mère, la lectrice le comprend aisément.

« Carpe » semble  indiquer une famille muette «  les quatre Carpe »  à Brive nous apparaissent comme des poissons tassés dans un bocal.  Les parents Carpe ne fréquentaient personne n’ont rien légué à leurs enfants ni lien social ni désir ni joie. Carpe c’est aussi carpere (profiter, jouir).

« L’impression éprouvée durant longtemps, de se mouvoir, elle et Titi, à côté du récit, en dehors d’une vaste et complexe histoire que les autres, même les moins bien lotis, vivaient activement »

 

Marie N’Diaye avait déjà écrit En famille, réécriture inspirée du roman que lisent les fillettes à propos d’une des leurs abandonnée. Le thème est revisité dans Rosie Carpe avec plus de force parce que l’écriture est plus dense, on ne subit pas le découpage de la narration en petits segments  tronqués  d’une chronologie difficile à repérer qui font que le lecteur retournait sans cesse sur ses pas pour  retrouver un segment antérieur.

 

Mais Rosie et Fanny se ressemblent et subissent les même sévices : la mère (ou celle qui en tient lieu)  refuse sa progéniture ;  l’héroïne sans ressources trouve  un job dans un hôtel où on la garde  moyennant   la libre disposition de son corps  par le patron ou son fils.

Un monde où   les hommes  abusent des filles à moins que, comme  Lagrand, ils s’en détournent, et  ne veulent pas  les  toucher.
 
Revenons à Rosie :
 

Le fil de la narration est simple à suivre : 

 

I Rosie arrive en Guadeloupe, est accueillie par Lagrand et découvre une famille qu’elle ne connaissait pas et une vieille bicoque poussiéreuse.

II  Rosie évoque son enfance à Brive et son errance à Paris et dans la banlieue

III Lagrand se raconte son histoire personnelle pendant que le séjour de rosie en Guadeloupe risque de tourner au drame.

IV Epilogue, vingt ans lus tard, Titi devenu  actif  principal et Rosie plus souffre-douleur que jamais.

 

  Un roman dominé par la détresse socio-économique, mentale et existentielle ; détresse,  mot qui convient pour presque tous les personnages du roman même ceux qui s’accrochent passionnément (Lagrand) ou furieusement (Mme Carpe) à des signes extérieurs  avantageux mais illusoires…ou à des vengeances  étranges : Titi à qui Lagrand a servi de modèle paternel, survit  avec force et en martyrisant sa mère  qu’il a décrétée « intouchable » ce qu’elle accepte.

 

Rosie Carpe est un beau texte. Voire un chef d'oeuvre.
 

Rosie enceinte mais elle ne sait pas de qui ni comment ni quand «  c’est une conception immaculée, la graine jetée par un parfait esprit un soir ou un autre de décembre…mon saint enfant… la pure énigme qui barbote en moi »

 Aux préoccupations réalistes et sociales de Rosie concernant son existence, à sa haine de la société qui l’a abandonnée, se mêlent une riche perception physique d’elle-même « elle percevait sa respiration bruyante et se sentait sale, importune, surabondante » des réflexions métaphysiques, et le déploiement d’une expression poétique juste, qui donne consistance   au propos.

 
 
 
 
 
 
 
 
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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 12:48

La-T--l--vision.jpgLa Minuit Touch (l’expression est de Pierre Assouline) : ce sont les ouvrages de fiction publié chez Minuit par des romanciers qui s’inspirent de leurs aînés du Nouveau Roman.

C’est un genre un peu particulier, difficile à cerner. On y trouve le pire comme le meilleur…

 

Jean-Philippe Toussaint publie encore à Minuit. Il fut longtemps à la collection d’ouvrages de fiction ce que Pierre Bayard est encore à la collection « Paradoxe ».

Son meilleur livre me semble être "La Télévision".

Les éditions de Minuit ne proposent pas d'image de couverture. Mais les allemands ont fait un choix différent ...
 

   La première de couverture annonce un roman ; Cela ressemble à un journal intime désintimé ou à des notes réaménagées sans souci de faire un récit. De petites narrations, qui ne se rapportent à aucun fil conducteur aucun noyau dur.

On y décèle pourtant une réflexion générale sur l’image, la représentation visuelle( pas seulement celle de la TV), l’imago, et même le « scopique » soit l’observation, tout ce qui implique de regarder et d’examiner.D’être regardé, de voir ou d’être vu.

Ainsi le narrateur, faux naïf, s’exhibe devant le lecteur, indiquant qu’il est toujours à un moment donné en train de s’habiller ou de se déshabiller, à poile, en train de faire l’amour, (il en indique la façon) de se masturber ( devant la TV, toujours ! que faire d’autre devant la TV ??) Il insiste sur ses parties génitales ; se servant d’un certain nombre de termes familiers ( «  boutique » mot délicieusement désuet pour l’organe mâle très en faveur dans les années 60 pour désigner le pénis des garçonnets).

Nous avons aussi la description de sa calvitie le « duvet de caneton », de son pyjama … tout cela n’est jamais érotique, toujours très ironique, humoristique à l’occasion. Certaines scènes s’inspirent de Chaplin ou Buster Keaton, entraînant le fou rire du lecteur : le narrateur était censé arroser les plantes de ses voisins partis en vacances ; malgré la grande chaleur il n’en a rien fait : il se rend compte qu’il aurait souhaité être payé pour cela.

Il se contente de regarder la TV chez les voisins puisqu’il a décidé de ne plus la regarder chez lui...

J'oubliais ! il semble que la tension dramatique  dans  ce livre  découle de  multiples  tentatives de ne plus regarder la TV pour se consacrer à des tâches plus sérieuses.

Peu avant leur retour, les plantes étant desséchées, il essaie d’en rattraper une ( décrite comme un sexe féminin) en la mettant au frigo. Au retour des propriétaires le narrateur  tente de  sortir incognito la plante du frigo, allant même jusqu’à s’enfermer dans les toilettes avec son butin et  s’en évader   par la fenêtre pour regagner celle de la cuisine en face… : c’est l’épisode le plus réussi du livre.

Un autre épisode assez bien venu s’inspire également du cinéma comique : un Monsieur s’assoit sur son sandwich dans la salle des Dürer au musée Dahlem.

 JPT s’amuse à rappeler ses ouvrages précédents :

La « Salle de bain » :   on y décortique un poulpe … (oui dans la Salle de bain, je veux dire la cuisine de la salle de bain, évidemment), et ici (dans la TV) un oursin, d’une façon très similaire.

La Réticence (roman noir de JPT publié en 1996, injustement oublié) : Lorsque ici ( dans la TV) on  aperçoit un faux malfaiteur «  qui porte un prétendu cadavre dans l’escalier à minuit et demie », le narrateur voit son ex-persécuteur (de la Réticence) monter dans une voiture et parler à un type  «  à qui il a fait peur ». Le «  cadavre » était un poste de TV. Ce livre-ci apparaît comme l’envers de la Réticence qui le précédait : loin de se laisser fasciner par un scénario « noir » le narrateur se plaît dans des scènes ouvertement comiques.

 

Nous sommes à Berlin (j’oubliais !)où le narrateur  s’isole pour écrire un ouvrage sur Titien Vercelli (Initials TV).

Cesse-t'il  de regarder la TV pour se consacrer à ces nobles réalisations picturales du quattrocento ?

Non, pas vraiment !

Il ramène  cette anecdote à quoi l’on a droit chaque fois qu’on lit un ouvrage sur l’art : le pinceau du Titien ramassé par Charles quint venu surveiller la progression du tableau qu’il a commandé au peintre. Mince ! Encore cette anecdote ! Et pire encore, le narrateur veut intituler son œuvre future «  l’art et la politique au seizième siècle »

Il  formule des hypothèses sur  ce que  la célèbre anecdote peut signifier : 1) le Titien a laissé tomber le pinceau de surprise de voir le souverain arriver dans on atelier. 2) il l’a fait exprès par mépris pour voir la réaction de l’autre, s’il s’abaisserait à le ramasser … etc.  dans  tous les cas le conflit entre l'art et la politique est serré.

 Le pinceau est décrit comme un objet phallique avec une insistance un peu outrancière comme si le lecteur n’aurait pas compris les allusions discrètes. C’est la seule critique que l’on puisse faire à un ouvrage réjouissant, sympathique, et  où l’on pose de bonnes questions.

C’était la télévision d’il y a dix ans.

 Le livre a été publié en 1997.

 Aujourd’hui, il n’y a plus ni pinceau ni toile. Il y a sans doute deux personnages dans une sorte d’atelier mais qui est Titien qui est Charles, on ne sait pas, et ils bavardent à n’en plus finir, sous les projecteurs.

Jean-Philippe Toussaint a publié «  Fuir «  et on dit que ce n’est pas drôle du tout.

 
 
 
 
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1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 14:40

La-Parure-2.JPGJ’ai lu sur Télérama que l’on allait diffuser des téléfilms tirés de nouvelles de Maupassant dont « La Parure ».

J’espérais ne plus jamais entendre parler de ce bijou tant il m’a choquée ; ce fut l'une de mes premières lectures " adultes"

A douze ans, « la Parure » me fut un exemple qu’on ne peut décidément rien attendre de la vie.

Rappelons qu’il s’agit d’une jeune femme de condition modeste invitée dans une soirée mondaine (invitation qu’elle a dû gagner à une loterie quelconque), qui emprunte à une amie plus riche une rivière de diamants qu’elle perd.

Terrifiée, elle rachète le même bijou, mais n’ayant pas d’économie, elle travaille à des tâches pénibles pendant dix ans pour rembourser, son mari se voyant entraîné dans cette aventure dégradante.

Au bout d’une décennie, ayant perdu son temps et sa santé, elle tire fierté d’avouer à son amie qu’elle paye depuis dix ans pour le rachat du bijou, apprenant par-là que celui-ci était faux.  Comment a-t-elle pu penser un seul instant que cette amie lui avait prêté un bijou d’une telle valeur ?

Certaines personnes payent leur vie durant pour des fautes qu’elles n’ont pas commises, pour faire la fortune des autres sans le savoir, et apprennent un jour qu’elles ont payé en vain, croient des amitiés qui ne sont que du semblant.
Ce que l’on vous donne est toujours faux…

Des considérations qui laissent cependant ouverte la question : comment cette femme a-t-elle  pu croire qu'on lui avait prêté un bijou d'une telle valeur? Même sa  propriétaire, ne se risquait sans doute pas à le porter dans les soirées, c'est pourquoi elle en possédait une copie. 

Je ne vois qu'une réponse : l'héroïne était dévorée de culpabilité; il lui fallait absolument contracter une dette et la payer, en dégradant profondément sa qualité de vie.

Elle espère tout de même provoquer l'admiration de son amie en lui relatant son dur combat de remboursement.  C'est tout le contraire qui se produit! l'amie n'éprouve que pitié à son endroit. 

 

Voici  Cécile de France dans la Parure ( téléfilm) excellente!

La Parure cecile-france-236300

 

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14 janvier 2007 7 14 /01 /janvier /2007 14:51
La-Dame-du-lac.jpgAnnée de publication : 1943

Edition : Gallimard- Folio , 1995.

Philip Marlowe est employé par Derace Kingsley, riche propriétaire d’une usine de parfum à Los Angeles. L’épouse bien trop jeune de ce monsieur, Crystal, est absente depuis plusieurs mois, et il craint qu’elle n’aie épousé un gigolo , Chris Lavery, et passé la frontière mexicaine. Pour divorcer et se remarier, il faut qu’il la retrouve : elle a un compte en banque bien garni.

 L'infaillible détective constate que le gigolo de Crystal s’est fait tuer et il se rend à Puma Point, un beau chalet dans la montagne, où résidait la disparue. Le gardien, Bill Chass lui apprend que sa femme à lui, Muriel, s’est volatilisée le même jour que Crystal, le 12 juin , un mois plus tôt.

Les deux hommes vont discuter en  buvant un petit jus bien raide près du lac.  Ce dernier semble  particulièrement beau mais il ne faut pas y regarder de trop près…

 Il y a bien une sorte de dame dans le roman, mais c’est un personnage secondaire Mlle Adrienne Frommsett, la maîtresse de Kingsley, à peu près honnête, distinguée, belle, une rareté chez Chandler le misogyne.

On sait que Lancelot reçut d’une dame , la fée Ninienne, un anneau d’or pour se protéger des maléfices et les déjouer. Mais dans le lac à Puma Point, se trouve une femme soumise aux lois de la décomposition, une vraie mortelle, qui fait penser à deux femmes différentes( et on ne peut se prononcer), bien peu dames par ailleurs. Tout de même Marlowe découvre un petit cœur en or ayant appartenu à la mauvaise femme du lac, et qui lui apprend son identité, le mettant définitivement sur la piste. Et cette troisième femme est encore pire que les deux premières .Pauvre chevalier !

On se rappelle que dans «  Le Grand sommeil » déjà, Marlowe était coincée entre Vivian et Carmen, tout un programme littéraire autant que policier.

 
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30 novembre 2006 4 30 /11 /novembre /2006 18:43

Il y a trente ans,  presque  jour pour jour, que mourait Fritz Zorn, auteur zurichois d’un unique ouvrage autobiographique, «  Mars ». Né le 10 avril 1944, il n’avait que trente-deux ans à son décès.

 

«  Zorn » est un pseudonyme  pour « mépris » ; Mars évoque aussi des sentiments de  violence.   Le vrai nom de Zorn est  Fritz Angst, et ce mot de Angst c’est l’angoisse. Une angoisse, qui, mêlée  au courroux, à la rage qu’éprouve l’auteur, court à travers le récit.

 

«  Je suis jeune, riche et cultivé  et je suis malheureux névrosé et seul…  toute ma vie j’ai été sage… naturellement j’ai aussi le cancer, ce qui va de soi…» l’incipit a été souvent cité. Des phrases provocantes et ingénues à la fois, mêlant la dérision et la révolte.

 

L’auteur prévient qu'il ne relate pas son  autobiographie, mais l’ »histoire d’une névrose ou du moins  de certains de ses aspects. »

 

Cependant, décrivant son état et les origines supposées de celui-ci,comme  il n’est pas clinicien, il se retrouve  autobiographe.

D’emblée il annonce que la maladie dont il souffre, un cancer, est l’expression somatique de sa névrose. Il veut s’approprier ce cancer comme son symptôme, l’objet qu’il peut aimer et comprendre.

D’où cette formule que la tumeur est une métaphore de ses « larmes  non versées». Mais à propos de quelle perte particulière, les a-t’il  retenues, nous  ne le savons pas.  

  

En tant que malade il veut coexister le moins mal possible avec son affection, lui donner un sens, et peut-être en donner un à sa mort, qu’à juste titre il suppose proche. Beaucoup d’affections sont suspectées d'avoir des causes psychosomatiques, mais il est impossible de le  prouver scientifiquement. Il serait irrationnel de penser qu'un  cancer se développe  par le seul fait de l’existence d’une névrose. Mais, dans le cas présent, aucune cause biologique n'a pu être trouvée...

 

Pour en savoir plus, on eût dû laisser la parole au psychothérapeute de Mars, mais celui-là n’a rien su faire de mieux que de lui administrer l’extrême-onction, à sa manière profane, en lui certifiant que son livre serait publié après sa mort.

 

Révolte, colère, mépris : mais cette révolte fut d’abord rentrée comme en témoigne le 1er chapitre «  Mars en exil ».

 

Mars évoque son enfance et sa jeunesse à Zürich : il est révolté contre sa famille qui l’a «  éduqué à mort ».

Il épingle les formules langagières que ses parents utilisaient lorsqu’ils ne voulaient pas approfondir un sujet. Cependant, il ne dit rien de précis permettant de se faire une idée de ses parents, camarades ou professeurs, et les filles «  avec lesquelles les relations n’ont pas marché ». On apprend seulement que son petit frère avait acheté un «  mauvais disque «  le Tango criminel » alors que lui, Mars, n’a jamais osé écouter de mauvais disques , persuadé que la musique classique vantée par les adultes était le bon choix.

Maintenant il regrette le Tango Criminel,( j'adore ce titre...) et c’est trop tard.

Trop tard pour vivre.

Mars a fait un doctorat en langues romanes, est devenu professeur d’espagnol, retrouvant timidement la langue du Tango Criminel.

 

A part cette métaphore que je trouve belle, il ne met rien en situation, ne relate aucune scène, peut-être parce qu’il craint d’être reconnu.

Il témoigne toutefois avoir toujours été absent à ce qu’il faisait, absent à soi-même. On le ressent dans on écriture, non pas «  blanche » mais sans couleur.

Cette écriture mélange naïveté et ironie, avec de nombreuses répétitions de phrases aux variations minimes, fourmille de paradoxes parfois un peu faciles :

« Pourquoi aurais-je voulu me suicider, la vie c’est donc différent de la mort ? »

 

En effet, à la vue d’une tumeur qui grossissait rapidement, il n’a pas voulu consulter, attitude suicidaire.

 

S’il avait vécu, , il aurait pu cultiver son goût pour l’aphorisme et écrire des maximes. «  J’ai été éduqué à mort » est une formule qui laisse à penser.

 
 
 
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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 12:15
51X23K5AD6L--AA240-.jpgPublié en 1898.
Edition livre de poche ( biblio), 1987.

Au cours d’une soirée de noël relatée par un premier narrateur, l’on se raconte des histoires de fantômes « délicieuses et horribles » .
Douglas, un des invités, prend la parole pour lire le témoignage de son amie, à présent décédée, qui lui a légué le récit de son expérience traumatisante d'institutrice d'enfants étranges.

Le troisième récit, écrit par l’institutrice,   est donc lu par Douglas à voix haute. Et la femme qui s’y exprime parle à la première personne. Henry James a voulu que le récit soit filtré à travers deux relais de paroles. Comme s’il s’agissait d’une part de préparer un suspense pour le lecteur à travers ces présentations, de capter un auditoire, et d'autre part de rendre douteux le récit de la jeune gouvernante. Nous n’oublions jamais que l’auteur n’a pas voulu qu’elle s’adresse à nous directement.


Cette Jane, institutrice sans le sou, ayant un peu d’instruction, se fait recommander auprès d’un riche propriétaire pour  s’occuper de ses neveux orphelins. Avant même d’entrer dans la place, elle s’interroge, à mots couverts, sur la possibilité de se faire épouser, et part là-bas avec cette idée en tête.
L'idée de se faire épouser par son employeur... cette composante de l'histoire, je ne l'avais pas perçue à ma première lecture. Elle est implicite, mais tout à fait réelle.

C’est l’intendante Mme Grose, une femme « qui ne saurait mentir » et en qui la jeune fille a une sorte de confiance, qui lui présente les enfants et la maison.
Flora et Miles sont des « enfants trop parfaits » pourvus d’un charme irrésistible. Ils ont trop d’intelligence, et surtout se font trop de signes d’intelligence . Leur préceptrice se sent exclue... et comblée en même temps d'avoir de bons élèves.  Jane ressent un sentiment d’étrangeté, de crainte manifeste.

Et bientôt elle se demande anxieusement : que peuvent-ils bien se raconter ? Des secrets ?
Ils semblent mener une double vie. Remarquables pour les études, faisant toujours ce qu’on attend d’eux, ils sont également « toujours absents » regrette Jane. Le petit Miles s’est fait renvoyer de son collège, on ignore pourquoi.

Elle se promène seule, au crépuscule, à côté de l’étang, dans la propriété de son maître, rêvant de le rencontrer. Las ! C’est un homme inconnu qu’elle voit…fort séduisant, mais qui la scrute d’une façon non équivoque.
A parler avec Mrs Grose, elle apprend qu’il s’agit d’un domestique peu scrupuleux qui régentait la maison l’an passé... et qui est déjà mort.
Bientôt Jane « voit » également feu miss Jessel, la gouvernante qui l’a précédée, apprend de Mrs Grose que le domestique et miss Jessel « se conduisaient mal » et qu’ils étaient très proches des enfants. Jane imagine que les fantômes des domestiques ont pris possession des enfants et qu’elle doit les exorciser.

De temps à autre elle se demande si elle n’est pas folle, et cherche des preuves. Elle veut faire avouer Miles ; a t’il vu les domestiques fantômes et diaboliques, et que l’obligent-ils à faire ? Sans s’en apercevoir, elle harcèle le gamin et sa sœur, entretient avec eux un dialogue obscur, interprète leurs réponses comme des aveux de lubricité. Commence à voir les spectres la nuit et va les guetter dans tous les lieux du vieux château. Les enfants prennent l’habitude des promenades nocturnes … un jeu bizarre qui suppose que Jane surveille à la fois les enfants et les « apparitions » d’une fenêtre ou dans un corridor, tandis que les enfants, se sachant vus, prennent la pose dans le jardin, se font surprendre dans un couloir ; et la folie qui gagne la pauvre jeune femme les affole peu à peu…

James utilise au maximum le procédé appelé par Freud « inquiétante étrangeté » de ces « choses » qui sont dans la maison (heimlich) et n’en font pas partie ( unheimlich).Chaque fois que l’on pense au Tour d’écrou, si l’on ne s’interroge plus guère sur ce qui s’est vraiment passé, on relit avec plaisir les passages les plus insolites, spécialement les scènes nocturnes et crépusculaires.

Voir aussi l'avis de Cuné


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