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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 18:52

Rosie-Carpe.jpgCe roman a été publié en 2001 par Marie N’Diaye qui a reçu le prix Femina   pour cette œuvre.

 

Rosie vient d’atterrir à l’aéroport de Pointe à Pitre avec Titi : c’est son petit garçon ; ce pourrait être un chat ou un animal en peluche…maltraité.

 Tout va mal pour  elle qui débarque de France sans un sou. Elle espère que Lazare, son frère aîné, qui possède une grande villa, avec "une piscine  élisabethaylorienne » dans son jardin, va les héberger.

 

Elle n’y croit pas trop,  et nous  encore moins. A t-on jamais vu Lazare riche ?

 

Nécessiteuse, Rosie voit  le luxe insolemment déployé des touristes insouciants aux vêtements bariolés.

 

Elle a honte d’elle-même, de « Titi » mal nourri, mal vêtu. «  Les deux volatiles sans qualités Rosie et Titi ».

Elle est en pleine déréliction : «  elle éprouva l’angoisse qui enveloppait continûment le cœur et l’esprit de Titi, cet effroi morne et secret sauvage qui  ne  trouve aucun apaisement que dans la croyance lugubre, amèrement satisfaite, en l’inéluctable tristesse de la vie »

Rosie  ne fait qu’un avec son enfant. Elle  pense à travers lui, se hait à travers lui…

  Alors qu'elle n'espère plus l'arrivée de Lazare, vers le soir, se matérialise un grand jeune homme noir vêtu d’un polo blanc,  La…grand ,  plutôt que La...zare, qui prend sa valise, et que Rosie doit suivre car elle ne sait où aller ; Elle ressent de la haine pour Lagrand et sa belle voiture, « un jeune homme gâté, quoique convenable, bien élevé, et jusqu’à la nuance de sa peau qu’il semble avoir choisie par coquetterie, pour aller avec la Toyota et les mocassins de daim ».
 

 Je me souviens  de « Rose Mélie Rose » publiée par une autre Marie ( Redonnet) à Minuit,  15 ans plus tôt. C’était  déjà une orpheline qui avait connu la détresse, la dérive, de dures tribulations, jetée seule dans le monde,  sur une île, avec un livre de légendes, à la suite de la mort de sa grand-mère.

 Rosie Carpe  n’a pas eu de bonne grand-mère  ni de légende à se raconter. Aucun passé n’est agréable à Rosie, «  une rose jaune » couleur de la fausseté avec un passé teinté d’une « brume jaunâtre », le souvenir flou d’une existence « safranée »,  excepté son frère Lazare, qui, lui, se souvient d’un magnolia blanc , tandis que  Rosie doit renoncer à « La Guadeloupe, un rêve poudré d’or ».

Car  Lazare ne résiste pas à la confrontation avec  sa réalité guadeloupéenne délinquante, et le seul personnage favorable à Rosie, Lagrand, cesse de l’être, car « noir et blanc » il  ne saura pas nuancer   ni  supporter que Rosie soit une « mauvaise mère » rejetant son fils, comme lui a été abandonné par la sienne. Or, que Rosie soit une mauvaise mère, la lectrice le comprend aisément.

« Carpe » semble  indiquer une famille muette «  les quatre Carpe »  à Brive nous apparaissent comme des poissons tassés dans un bocal.  Les parents Carpe ne fréquentaient personne n’ont rien légué à leurs enfants ni lien social ni désir ni joie. Carpe c’est aussi carpere (profiter, jouir).

« L’impression éprouvée durant longtemps, de se mouvoir, elle et Titi, à côté du récit, en dehors d’une vaste et complexe histoire que les autres, même les moins bien lotis, vivaient activement »

 

Marie N’Diaye avait déjà écrit En famille, réécriture inspirée du roman que lisent les fillettes à propos d’une des leurs abandonnée. Le thème est revisité dans Rosie Carpe avec plus de force parce que l’écriture est plus dense, on ne subit pas le découpage de la narration en petits segments  tronqués  d’une chronologie difficile à repérer qui font que le lecteur retournait sans cesse sur ses pas pour  retrouver un segment antérieur.

 

Mais Rosie et Fanny se ressemblent et subissent les même sévices : la mère (ou celle qui en tient lieu)  refuse sa progéniture ;  l’héroïne sans ressources trouve  un job dans un hôtel où on la garde  moyennant   la libre disposition de son corps  par le patron ou son fils.

Un monde où   les hommes  abusent des filles à moins que, comme  Lagrand, ils s’en détournent, et  ne veulent pas  les  toucher.
 
Revenons à Rosie :
 

Le fil de la narration est simple à suivre : 

 

I Rosie arrive en Guadeloupe, est accueillie par Lagrand et découvre une famille qu’elle ne connaissait pas et une vieille bicoque poussiéreuse.

II  Rosie évoque son enfance à Brive et son errance à Paris et dans la banlieue

III Lagrand se raconte son histoire personnelle pendant que le séjour de rosie en Guadeloupe risque de tourner au drame.

IV Epilogue, vingt ans lus tard, Titi devenu  actif  principal et Rosie plus souffre-douleur que jamais.

 

  Un roman dominé par la détresse socio-économique, mentale et existentielle ; détresse,  mot qui convient pour presque tous les personnages du roman même ceux qui s’accrochent passionnément (Lagrand) ou furieusement (Mme Carpe) à des signes extérieurs  avantageux mais illusoires…ou à des vengeances  étranges : Titi à qui Lagrand a servi de modèle paternel, survit  avec force et en martyrisant sa mère  qu’il a décrétée « intouchable » ce qu’elle accepte.

 

Rosie Carpe est un beau texte. Voire un chef d'oeuvre.
 

Rosie enceinte mais elle ne sait pas de qui ni comment ni quand «  c’est une conception immaculée, la graine jetée par un parfait esprit un soir ou un autre de décembre…mon saint enfant… la pure énigme qui barbote en moi »

 Aux préoccupations réalistes et sociales de Rosie concernant son existence, à sa haine de la société qui l’a abandonnée, se mêlent une riche perception physique d’elle-même « elle percevait sa respiration bruyante et se sentait sale, importune, surabondante » des réflexions métaphysiques, et le déploiement d’une expression poétique juste, qui donne consistance   au propos.

 
 
 
 
 
 
 
 
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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 13:22

ravel.gifRavel prend un bain ; c’est ainsi qu’il entame sa dernière décennie de vie terrestre.

Pourquoi un bain ? Ravel a pour anagramme « laver ». Et d’autres anagrammes assez nombreuses, dont certaines que je n’aimerais pas mentionner. Aucun nom de compositeur français n’en a tant, ai-je l’impression.

Sa baignoire est montée sur des pieds de griffons. Il griffonne encore de très bonnes partitions et ne se fait pas mousser. Longuement il tente de profiter de son bain. Seul.

Il rencontre une femme : Hélène Jourdan-Morhange à la gare Saint-Lazare.

Hélène : l’héroïne de troie, l’éclat du soleil ravélien, un é fermé un è ouvert, le H comme une barre fixe ( vous avez fait votre gym ce matin), Jourdan ( c’est qui ?) dent du jour, Morhange : ce talc si doux et si mortifère, l’ange de la mort qui plane sur Ravel...

Ah les signifiants ! N’en jetez plus… !

Puis d’autres femmes, toutes des cantatrices, avec des noms composés et des toilettes soignées, non sans charme, des admiratrices empressées.

Ce n’est pourtant pas que Ravel puisse se trouver en galante compagnie.

Jamais de la vie.
Pas de rave(l)-party.

Nous n'affirmerons pas non plus que Ravel est sage.

Ni puritain.
Ni… nous ne savons pas.
 

Ravel/travel. Elle (n) le conduit gare Saint-Lazare pour un petit voyage jusqu’au Havre, d’où il va partir pour l’Amérique. Il vivra un an de plus que le France (qui n’en a plus que pour neuf ans) sur lequel il voyage, et qui sera vendu aux japonais.

A qui a-t-on vendu Ravel ?

 

Assez souvent, il va sur le pont du navire, (assez long tRavelling) explore le paquebot : « les rouages plus que les flots lui donnent des idées rythmiques ».

Ravel n’est pas un romantique ; c’est un vrai compositeur. Il fuit les états d’âme, et se passionne pour la technique.

Il lui arrive cependant d’avoir des faiblesses : « ce petit truc en ut mineur »qu’il a torché sans vraiment s’amuser, et qu’on appellera son œuvre la plus célèbre – ce Boléro, puisqu’il faut l’appeler par son nom…

Ravel ravale sa déception.
Mais il ne déteste pas ses appartements.

Il a « un bon sourire sec », mesure "un mètre soixante et un pour quarante-cinq kilos et soixante-seize centimètre de périmètre thoracique."

Je n’ai rien contre. J’ai horreur des poids lourds.

Il avait réussi à s’engager pendant la Grande Guerre en insistant beaucoup.

Ravel est un brave.

Il va fêter ses cinquante-trois ans le sept mars « avec Gershwin qu’il a voulu revoir pour l’écouter jouer«The Man I Love »…il ressemble paraît-il à Faulkner, qui au même moment, « partage sa vie entre deux villes Oxford-Mississipi et la Nouvelle Orléans, deux livres Mosquitos et Sartoris, et deux whiskeys-Jack Daniel’s et Jack Daniel’s ».

Mais ils ne vont pas se rencontrer.

En Amérique, comme ailleurs, Ravel « peut avoir fort à faire même s’il n’en fait rien ».

Il écoute du jazz, boit du bouillon, lit Joseph Conrad et part en tournée. New York, Carnegie Hall, Cambridge…

Il joue mal, s’embrouille un peu : n’est pas Ravel(ing) pour rien. Mais personne ne s’en aperçoit et ça lui est égal. Il ne veut pas donner des leçons de musique à son ami Gershwin.

Ça y est : on a découvert l’Amérique avec Ravel ; c’est dur la vie d’artiste.

Quand il revient en France, c’est bientôt la fin. Cantatrices et bains à nouveau. Il prend des tonnes de médocs et se fait opérer. Dégénérescence musculaire. Ravel râle et vêle. Ravale sa souffrance. Le début et la fin se donnent la main.

Que nous révèle Ravel ?

 

A sa mort il n’a laissé de lui ni image, ni enregistrement de sa voix ou d’un instrument.

Entendons ce message : Ravel est frère des littérateurs qui ne montrent aucune image d’eux (comme Dieu, dont on ne doit pas en principe garder d’image…) et ne laissent que des écrits et pas de voix (tables de la loi). Après lecture, signons-nous. Et ne cherchons pas à comprendre.

 
Never can unravel the mystery.
 

Après cette rave (l)- party, je n’aime plus prendre des bains, je déteste les bateaux et les croisières, je n’aime plus l’Amérique, et surtout pas Gershwin, je hais la date du 7 mars, mais le 9 je me remets lentement.

Je me demande comment j’ai pu écouter du Ravel un jour, et je me sens envahie d’une déprime tenace…

 

Réf .Jean Echenoz, « Ravel »Minuit, janvier 2006.

 
 
 
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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 11:39

C’est un roman autobiographique de Catherine Clémenson publié chez Maurice Nadeau, 2001.

 
En exergue ces propos d’Eugène Delacroix :

«  Ne pas craindre, quand le ton de chair est devenu trop blanc par l’addition de tons froids, de remettre franchement les tons chauds du dessous, pour les mêler de nouveau ».

 

Ces paroles d’un artiste sur la couleur deviennent dans le discours de ce roman lorsque l’on est frigide ne pas craindre de se laisser échauffer par de multiples expériences pour tenter de parvenir à l’orgasme  : les souvenirs d’enfance y pourvoiront et le tout donnera un mélange attrayant 

 

Anne fraîchement quinquagénaire, multiplie les contacts à la recherche d’un quidam qui puisse la mener à l’orgasme qu’elle n’a jamais éprouvé ou si peu ce n’est pas très clair elle a été est toujours regrette t’elle une femme bien dressée.

Son passé : Sa chère tante Suzie qui fréquentait beaucoup, le père inconnu, le mari Samuel dont les parents étaient « de petites gens » et deux fils.

Un amant géologue Marc avec qui elle a vécu quelque dix ans militant à l’OCI guide de montagne et motard.

Elle s’est débarrassé de tout ce monde là et n’a pas de problèmes d’argent.

Bonne occasion pour jouer à la femme libérée : « ces idées de petite bourgeoise catho me hantaient toujours …l’innocence…une relation vraie et profonde… l’autre n’est pas qu’un partenaire c’est une personne… un être humain avec une histoire. Chaque rencontre est un événement. Une circonstance unique. J’y croyais encore à ces sornettes, j’étais bien la dernière …pourtant j’avais fait des études, j’avais milité pour l’avortement…j’avais admiré simone et lu henry miller dans le texte en plus…ma génération  avait fait la révolution sexuelle et institué le droit à l’amour …moi j’avais traversé cette immense partie de jambe en l’air comme une somnambule… »

 

Elle compare sa bonne éducation et le fait d’aller à l’opéra ; elle devait s’y retenir pour ne pas faire de bruit et gêner.  On n’a pas le droit de tousser et de roter à  l’Opéra ! Anne y allait elle peut vous le confirmer. Ce que c’est ch… d’être une petite bourgeoise ! A propos d’Opéra «  il n’y a jamais eu de Pamino.  Qui serait  « Tamino plus viril et Pamina ». Le « P » lui paraît plus moelleux. Elle préfère les sourdes.  Seulement si l’on considère les personnages de la  Flûte c’est la reine de la nuit ( Die Königin dure et sonore)qui est la plus virile et peut-être papageno s’il n’était pas dans un problématique position de valet,    mais les deux jeunes premiers n’inspirent nulle sensualité d’autant plus que les serpents n’ont pas touché le brave petit jeune homme.

 

Le défilé des amants d’un jour d’Anne avec qui elle recherche le sexe sans le sentiment et surtout pas « un compagnon de vie » peut paraître divertissant. La lueur dangereuse qu’ellelit dans certains yeux, lorsqu’elle voudrait bien se dérober ; le mec qui casse la vaisselle et qu’elle blesse avec un couteau ; la cave de Macumbo et son décor de jungle avec piscine «  tu la veux alors prend-là c’est un cadeau ; ses rencontres alternent en contrepoint avec les souvenirs de Marc et Samuel des tantes et de la mère ; sa manière allègre de conter trois histoires en même temps l’enfance, la vie adulte en couple, les rendez-vous récents avec le sexe, préserve le lecteur de l’ennui.

Conclusion : Anne renonce «  à ces contorsions… qui vous déformaient la bouche et vous faisaient mouiller comme une vieille calebasse trouée » dont elle rêvait au début. Elle se retire à la campagne, seule, passionnée désormais par des problèmes de vieux robinets qui gouttent.

Son récit est bien enlevé, les métaphores inventives.

 
 
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26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 10:56

Fabienne Swiatly «  Gagner sa vie » La Fosse aux ours, 2006.


   En treize chapitres l'auteur nous raconte son parcours professionnel qu'elle  fait débuter par ce lui de son père, ouvrier électricien à Arméville (Moselle). Une vie laborieuse en usine, un homme à qui l'on  n'a pas fait de cadeau. Non plus qu'à sa fille.


Fabienne ne se plait pas au lycée de Metz. On l'a mise contre son gré en terminale G3, alors qu'elle  aspirait à une section littéraire.  En 1978, avant le bac, elle fugue avec son amie Corinne pour une existence d'abord nomade vivotant de petits boulots.  Elle  remplit  des barquettes de dattes à Marseille, sert dans restaurant à Etretat, comptable d'un jour dans un lycée professionnel à Barentin ( seine maritime) trie des négatifs et encaisse des chèques dans un labo photo à Paris. D'un écriture sobre et précise, elle dit la frustration de ces tâches répétitives, la mesquinerie de la patronne du restaurant qui lui vole son pourboire sous ses yeux, l'indifférence de la secrétaire en chef du lycée pro qui  lui confie une machine sans lui expliquer correctement la manipulation, toutes sortes   d'exploitations et parfois avilissements  dont elle est l'objet  par des supérieurs hiérarchiques, parfois aussi par des collègues  que leur situation précaire ne rend pas généreuses.


A partir de 1981, elle réussit à travailler pour le compte d'une de ces radios libres, au début non commerciales, autorisées par le nouveau ministère de la culture. Enfin un travail intéressant  quoique peu payé. Devenue attachée de presse dans une entreprise de communication en  architecture et urbanisme, puis rédactrice d'un journal d'entreprise, des responsabilités vraies lui incombent  basées sur un travail d'écriture. Après avoir œuvré pour l'association de défense des droits du détenu à Lyon, elle animera divers ateliers d'écriture, dans un hôpital public à Laval, au centre psychopédagogique de Lyon et finalement, forte de toutes ces expériences,  un atelier d'écriture  littéraire et professionnel à son compte.


 Outre son expérience  d'animatrice de  radio libre, elle exercera plus d'une fois des  emplois   qui sont souvent  occupés par des  bénévoles, pour un salaire plus que maigre ; mais elle  réussit à en vivre et parfois se le verra reprocher !

On ne répétera jamais assez  que la fonction d'animateur socioculturel n'est pas de la charité mais  du travail professionnel qui doit être correctement rémunéré.


En conclusion,  c'est un   documentaire lucide et émouvant  sur le monde du travail, qui va à l'essentiel   et  ne s'embarrasse ni de fioriture ni d'afféterie comme on peut le déplorer  dans certains textes  qui décrivent l'homme au travail, l'homme exploité, privé d'emploi, en utilisant un style, baroque et  recherché,  qui nuit  au rendu de l'expérience. Je pense en particulier à « Petites natures mortes au travail »d'Yves Pagès. On ne relève  pas non plus ce défaut  du  roman fleuve  populaire  dont les  intrigues   sentimentales finissent par lasser ( je pense à «  Les vivants et les morts » de G. Mordillat).   Et  l'expérience personnelle ici  ne tourne pas  à l'autobiographie un peu  désordonnée comme dans«  Mathieu disparaît » de Patrice Robin (POL, 2003) qui pose également le problème du jeune promis à un emploi peu gratifiant et qui veut choisir son métier et sa vie.

      

 Dans  «  Gagner sa vie »,  on trouvera  des phrases miraculeuses  comme celle-ci :

« Et je me dis que le partage de l'écriture est une singulière aventure, comme un voyage que l'on entreprend sans savoir où il nous mènera. Le plaisir du chemin qui se fait. Pas d'autre ambition que ce chemin parcouru ensemble. Le voyage n'est pas toujours une question de destination ».


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27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 12:59
Une-tr--s-vieille-petite-fille.jpg
 
 j’ai poursuivi ma lecture d’ « Une très vieille petite fille » un roman de Michel Arrivé depuis longtemps à la fac de Nanterre où il enseigne la linguistique ; moi, pas encore partie !
Ce n’est pas un livre dont on parle ni dont on parlera : c’est à l’inverse le type même du livre qui sera oublié dans un petit coin ; il me ressemble, voilà aussi une raison d’en parler. 
 
 
 Geneviève, quatre-vingt onze ans, depuis longtemps veuve, voyant peu sa descendance, jouissant d’une bonne santé, a un idéal devenir  immortelle. Elle suit les cours de Madame Bertrand ( 85 ans) qui dirige le cours d’ »Astrologie et de graphologie transcendantale » : elle paie très cher ses cours du mardi. et  une partie de sa retraite d’institutrice  est engloutie par  Madame Bertrand pour des consultations de soixante euros en particulier pour ses conseils de longévité.    Mme Bertrand fait payer cher ses conseils.  Elle lui demande même de petits services comme de lui réserver une chambre d’hôtel. Aux frais de la pauvre Geneviève ça ne fait rien se dit Geneviève : j’ai reçu une lettre me disant que j’avais gagné un gros lot… Geneviève est comme toutes ces vieilles dames crédules ; elle reçoit de la pub par la poste. Vous avez gagné trois cent mille euros et elle y croit. Mais voilà ! Elle s’y croit et fait de nouveaux frais .Car elle adore se faire des cadeaux.
Puis voilà que Madame Bertrand lui dit «  Geneviève, vous savez si vous voulez vivre longtemps encore il ne faut plus écrire ! »
Encore une fois, Geneviève   se laisse berner . Mais elle écrit depuis toujours ( son père lui disait d’écrire une page de son journal chaque jour. Geneviève a toujours observé cette consigne et ne peut s’en passer ! Alors ?
Alors lui dit Mme Betterave le seul moyen c’est de désécrire : la mort dans l’âme Geneviève s’y prête : elle commence à désécrire ce à quoi elle tient le moins dans ses anciens cahiers. Supplice ! Mais elle tient bon.
Il y a là comme un souvenir de la Peau de Chagrin de Balzac : chaque fois que Raphaël manifestait un désir la peau qui représentait son espérance de vie rétrécissait. Cette peau qui était un parchemin où l’on aurait pu écrire.  Là c’est comme si l’espérance de vie éternelle de Geneviève,   était matérialisée et menacée en même temps  sous la forme de cette aigrefine de Mme Bertrand et s’amoindrissait chaque fois qu’elle note : écrire correspondrait donc à manifester un désir et à prendre du plaisir ( même problème que Raphaël…).
Cette vieille dame me ressemble en ce qu’elle se laisse berner : se croyant importante pour Madame Bertrand qui lui laisse croire qu’elle occupe une place importante dans le cours de «  graphologie et astrologie transcendantale » qu’elle y figure comme sujet irremplaçable. Mme Bertrand se sert d’elle à ne rien lui laisser, la fait souffrir. Mme Bertrand gagne de l’argent et du prestige à raconter des histoires de bonnes femmes à un tas de vieilles dames qui craignent de voir la mort approcher.
 Au fil du récit nous suivons les efforts de Geneviève pour désécrire, supprimer ses anciens registres, qui contiennent un exposé de son existence :  un sacrilège  sa page tous les jours , elle n’y avait jamais manqué.
elle se débarrasse de vieilles notes et de vieux souvenirs.  Les fait revivre : on s’aperçoit que cette ancienne institutrice, toujours respectueuse des rites religieux et laïques a su profiter de la vie en douce, sans problème de conscience. C’est que Geneviève vise l’efficacité et le plaisir. Elle y parvient par des chemins détournés.  
Mais le jeu consiste aussi à éliminer les vieux écrits : nul ne doit pouvoir les récupérer même dans sa poubelle. Et à écrire le moins possible moins qu’elle ne désécrit : l’opération doit toujours comporter un moins du point de vue de l’écriture.
Geneviève commence à se méfier de Mme Bertrand : cette dernière lui avait affirmé que sa vie était menacée par l’écriture car elle avait le même thème astral que des poètes morts jeunes : Rimbaud, Jules Laforgue et Alfred Jarry ; Mme Bertrand fait une incursion à la bibliothèque et consulte une encyclopédie qui donne les dates de naissantes des écrivains : elle constate que les poètes cités ne sont pas nés le même jour qu’elle ; pire : ils ne sont pas du même signe ! Elle va demander raison à Mme Bertrand de cette anomalie… esquive de la part de cette dame. Vous savez Geneviève, le problème c’est l’astrologie chinoise… Geneviève réfléchit : qu’est ce qui est dangereux dans l’écriture ? Sont-ce les lettres qui la menacent ? Non ; mais les gens dont elle parle. Ce qu’il faut supprimer , ce ne sont pas les lettres mais les gens…les gens dont elle parle dans ses écrits : on a cru que le mot tuait la chose ; Geneviève estime que c’est l’inverse : ses écrits rendent les êtres si présents qu’il en deviennent maléfiques. C’est donc Mme Bertrand, depuis plusieurs années objet de ses écrits puisqu’elle faisit un peu office de passeport pour l’immortalité,  qui la menace et il faut la supprimer. En effet, ce serait une bonne action que de faire disparaître cette vieille harpie profiteuse. Mais Geneviève ne réussit pas dans son entreprise. Voulant empoisonner son ennemie avec des somnifères dans du thé, elle la voit reparaître au prochain cours d’astro, fraîche comme un gardon ! Que s’est-il passé ? C’est le toubib de Geneviève qui est en cause : il lui fait prendre du Dormital depuis des lustres, l’ayant assurée que cet inoffensif petit calmant est un puissant somnifère !
 
On voit là une réflexion sur l’acte d’écrire ; le livre a été jugé naïf … par les naïfs. Geneviève est apparu comme un personnage ingénu qui se laisse rouler. ( à suivre)
 
 
 
 
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18 octobre 2006 3 18 /10 /octobre /2006 10:36
 
Dan Frank. Les Enfants. Grasset, 2002.
 
 L’auteur raconte la vie d’un homme divorcé qui se dispute la garde des enfants avec son ex-épouse, tente de profiter de sa liberté toute neuve, peut-être de  refaire sa vie avec des succès mitigés. En fait il n’y a pas de liberté qui tienne, la vie de divorcé est un enfer au même titre que les chaînes conjugales. C’est ce que veut prouver Dan Franck et il y réussit  parfaitement.
Pourtant il  utilise le langage familier, ainsi que le  parlé des jeunes, sans l’exploiter aussi bien que par exemple Annie Saumont, ou Claude Sarraute, de sorte que son style agace un peu, et fait parfois basculer le roman dans la démagogie.


 
 
 Jacques Drillon. « Face à face ». Gallimard (L’un et l’autre).

Il évoque la vie de son beau fils Antoine, mort à 25 ans en 2000, avec qui il vivait depuis 1980, lui tenant lieu de père. L’évolution de leur relation, l’éducation qu’il a tentée de lui donner. Antoine avait écrit, avant de mourir, un récit (de fiction) autobiographique « Végétal », que JD considère comme les débuts d’un véritable écrivain.
Ce livre tient de la biographie, et du panégyrique, mais tout simplement c’est un bon livre qui intéresse autant qu’il émeut.

Inversement à Dan Franck, Jacques Drillon évite le style journalistique et racoleur, ne cherche pas à la jouer djeun et branché, reste attaché à la langue classique, et  son propos n’en souffre pas, bien au contraire.
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18 octobre 2006 3 18 /10 /octobre /2006 10:08
Andréa Japp. Et le désert… Grasset, 2000
 Amitié passionnelle entre deux filles ; l’une, grande bourgeoise, meurt d’amour et peint l’autre, orpheline sans éducation, multiplie les aventures avec les hommes et étudie sérieusement l’informatique. S’ensuivent beaucoup de faits tragiques, le suicide de Claire, dont on rend Matha responsable. Foutaises ! Elles s’emmerdaient toutes les deux ensemble et séparées de même. Tout comme le lecteur, car le style est vulgaire, simplement vulgaire, et l’histoire vole très bas, parfois on pense à Houellebecq.

Mon traitement de texte me souligne Houellebecque en rouge : il ne le connais pas encore ! ? Il me propose « Houilleuse ». Houilleuse c’est pas mal ?

Vous en pensez quoi, vous autres,  internautes silencieux?


 
 Camille Laurens " Dans ces bras-là" POL
Camille, c’est une femme ;  qu’on se le dise !  elle nous le chante, elle nous le clame… quand elle ne se rappelle plus d’une chose qu’elle avait l’intention de dire à son psy elle susurre « J’ai un trou ». A mourir de rire.
 
Ces mots d’une chanson de Guy Béart auraient dû nous faire hésiter. Quelques passages intéressants mais la plupart d’une sottise affligeante.


 
Jeanne Benameur ; Les demeurées. LP.
 Je n’aime pas beaucoup le genre : ça sonne archi-faux ! un ton élégiaque qui sent le fabriqué, du lyrisme outrancier, en fait bourré de bons sentiments : l’institutrice sacrifiée à une vocation quasi religieuse, une apologie inconsciente de je ne sais quelle fusion originelle avec la mère ou une créature du même genre.

Une magnification de l’amour maternel à travers ses dégâts « sublimes »




Lydie Salvayre «  Les Belles âmes » Seuil.


Une congrégation de touristes, qui, occurrence hautement improbable, veulent visiter les HLM et les zones des banlieues craignos et plus ou moins bidonvillées d'Europe avec un chauffeur qui en fait partie, un guide du genre de l'abbé Pierre, et un jeune apprenti-guide, Jason, qui est de ces jeunes à problèmes, considérés comme dé sociabilisés, ainsi que sa copine Olympe.

 

Ça se veut une satire des bourgeois qui regardent les jeunes comme des bêtes curieuses et se font remettre à leurs places.

 

Mais les personnages sont stéréotypés, à la limite de la caricature, on n'y croit pas, il y a un personnage d'écrivain «  l'écrivain du groupe » qui semble être un écrivain célèbre, visé par LS, mais je ne l'ai pas reconnu...

 
 

 

 
 
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15 octobre 2006 7 15 /10 /octobre /2006 19:31

Gallimard, 2002, 460 pages.

 

 Thomas, Louise, Zoé, Esther, et le prof traître : des ados exceptionnels, des génies, beaux et intéressants à vous en couper le souffle, sexuellement matures et aptes à vivre libres et se tromper les uns les autres.

Et en plus, ils surfent sur la mer dans les Pyrénées (actuellement s'ils surfent sur le Net ça doit faire un malheur !), ils font des excursions, ils vivent mai 68 avec une réelle intensité, ils font preuve d'héroïsme et d'intelligence !!!

 

Ils contemplent les étoiles comme vous et moi ne le pourrions jamais, myopes et bêtes que nous sommes!!


Louise est fan d'Alexis ( St John Perse, qu'elle appelle par son petit nom et sur lequel elle a presque fait une thèse à seize ans.

 

Ils ont vécu Mai 68 comme personne.


On est chez les dieux...


Malgré cette ambiance, on peut apprécier des pages somptueuses de descriptions champêtres, un historique sérieux et documenté sur la planche à voile (surf), et les activités de cultivatrice de la mère (évidemment, elle aussi est un être exceptionnel...) 

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15 octobre 2006 7 15 /10 /octobre /2006 18:17

Editions de l'Escampette.

Voulant faire des parodies sérieuses, JD (auteur du célèbre traité de ponctuation française ainsi que de plusieurs livres sur la musique classique et contemporaine) reconstitue les dernier jours de Louis XIV, sous forme d'un journal du 30 août 1715 au 1er septembre jour où il mourut deux jours avant son soixante dix septième anniversaire. Il s'inspire de Saint-Simon, entre autres,  et ce journal d'agonisant est d'un naturel et d'une force peu commune qui engendre la sympathie pour le personnage du roi qu'à première vue on n'aime guère. C'était le but recherché (montrer l'humanité du roi qui n'est pourtant pas un sujet) et ce but est  atteint.


Suit une liste ou un inventaire dédié à Agnès Varda des noms des animaux de personnalités très diverses, encore vivantes, ou loin dans le passé, d'Hannibal à Matha Argerich (beaucoup de musiciens bien sûr). Surtout des chats et des chiens mais aussi des singes, des oiseaux, des poissons rouges, des gallinacés, des lions... pas de serpent mais des tortues (celles de Paulhan). On se demande jusqu'à quel point c'est vrai et où il a pu obtenir ces infos, quand on sait soi-même si peu de chose sur le sujet ! Je savais que la guenon de Ferré s'appelait Pépée, c'est à peu près tout !

Bien des associations font sourire dans cette liste, et sentent le canular (mais on s'en réjouit) tel que «  les chiens de Freud  des chow- chow s'appelaient  To-psy Joffri Youpi et Lun yu. Son chien loup Wolf » et encore «  La perruche de Glenn Gould Mozart, ses poissons rouges Bach, Beethoven, Chopin Haydn... »

On s'attend à ce que Colette ait une multitude de chats et l'on n'est pas déçu !

J'aurais bien vu Hemingway avec des chiens, mais ce sont cinquante sept matous  qu'il chérissait !

Il cite aussi les « chats de Jean-Louis Haguenauer [( un pianiste que j'ai  trop peu connu, au lycée, au début des années 70)] et Thomas Dupuis : Awa, Farfadet, Bouboule, Madécasse,    bibiche, Izmir. » On s'amuse aussi du « dogue d'Emily Brontoë  Keeper, ses oies Victoria et Adélaïde, son faucon Hero » et autres facéties qui sont peut-être vraies, on s'en fiche d'ailleurs. L'ensemble est poétique.


La liste suivante s'intitule «  choses qui ont retenu mon attention »miscellanées. Pour cette composition JD s'est souvenu des « Notes de chevet de Sei Sheinagôn » et il le rappelle. Là aussi, il a été bien inspiré. Ces séries de choses qui se croisent en contrepoint appartiennent à des registre différents, et l'on voit revenir les répétitions-variantes avec plaisir. Une série « mots d'esprit », une série citation, des variations prosaïques (les chariots de supermarchés qui roulent de travers) des vacheries (l'inculture de Matha Argerich), des notations littéraires (le cahier des charges de la « Vie mode d'emploi ») et au milieu son beau fils Antoine, évoqué par Antoine Doinel répété sur plusieurs lignes et s'interrompant au milieu d'une       « Antoine       Doi »,cette notation appartenant à une série «observation des enfants ».

L'ensemble est drôle, intelligent et émouvant.





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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 19:49
Une-vie-fran--aise.gif
     C’est l’autobiographie désenchantée de Paul, qui débute par le récit d’un traumatisme : Paul a perdu son frère aîné, Vincent, emporté par une péritonite à l’âge de dix ans. Le narrateur en avait huit. Il ne s’en remettra pas plus que ses parents, d’autant qu’aucune nouvelle naissance ne viendra adoucir ce chagrin.
 
    Né en 1950, à Toulouse, de parents petits bourgeois, Paul est un baby-boomer qui assume tant bien que mal quelques-unes des caractéristiques (qu’à présent des fâcheux dénoncent comme des tares…) de sa génération : gauchiste, oui mais faux, qui feint de lire les maîtres et apprend par cœur quelques citations, musicien, dans un groupe de rock, mais faux aussi, qui se fait jeter de toutes les boîtes de nuit pour incompétence, étudiant faux qui accumule les diplômes sans jamais étudier ni passer le moindre examen, gigolo à ses heures, finalement marié, père, divorcé, bientôt veuf et couvert de dettes… on   s’arrête là, Paul donne vraiment des verges pour le battre à ceux qui dénigrent cette génération et ce n’est peut-être pas une très bonne idée.
Des verges ? En effet, c’est au moins autant la vie d’une personne que celle de son membre viril,  dont l’existence  nous est rappelée à chaque page.
C’est vrai que Paul est préoccupé de question sociopolitiques (les titres des chapitres sont les noms des présidents de la 5eme République : de Gaulle à Chirac), et s’emploie à nous démontrer à travers son destin personnel que les trente glorieuses furent en réalité navrantes, et marquées par l’impuissance des gouvernements successifs.
Mais cette démonstration tourne court, car on s’aperçoit vite que  notre héros  ne veut nous parler en réalité que de ses prouesses sexuelles ; il en rajoute  en nous régalant des  pustules qu’il découvre sur son précieux bout de boyau, des particularités et des humeurs d’icelui, de ses  fantasmes qu’il détaille à l’envi,  de ses combats contre un rival arracheur de dents etc. d’où une sorte de fétichisme de son organe qui rappelle d’autres romanciers contemporains, du sexe masculin( hélas nombreux...) dont il parait s’inspirer et épouser le combat. 
 Il ne s’intéresse aux femmes que dans la mesure où elles se passionnent pour son organe chéri, et s’en détourne dès qu’elle veulent aborder un autre sujet ou tournent leur regard vers autre chose.
 Le style de l’auteur lui n’a rien de particulier si ce n’est qu’il affectionne les clichés, notamment « jouir sans entraves », qui revient une bonne cinquantaine de fois sous sa plume monotone.

ça vaut le coup de le lire, pour information, sur cette génération de types misogynes et pas très futés, nés  dans les années 50, même avant, même après...
 
 
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